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  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 14:49
Reliques de Saint-Pierre

CHAPITRE VIII

Comment Dieu se communique à l'âme par la vision intellectuelle, et donne quelques avis. Des effets de cette vision quand elle est vraie, et du secret qu'il faut garder sur ces faveurs.

1 Pour que vous vous voyez plus clairement, mes soeurs, la vérité de ce que je vous ai dit, et que plus une âme progresse, plus elle vit dans la compagnie de ce bon Jésus, il conviendra de dire comment, lorsque Sa Majesté le veut, il nous est impossible de suivre notre chemin autrement qu'avec Elle : on le voit claire-ment d'après les façons et manières qu'emploie Sa Majesté pour se communiquer à nous et nous témoigner l'amour qu'Elle nous porte par quelques admirables apparitions et visions. Au cas où Dieu vous accorderait l'une de ces faveurs, n'en soyez pas effrayées ; je vais vous résumer quelques-unes de ces choses, si le Seigneur consent à ce que j'y réussisse, afin que même s'il ne nous les accorde pas personnellement, nous le louions très haut de bien vouloir se communiquer ainsi à l'une de ses créatures, Lui qui a tant de majesté et de puissance.

2 Alors que l'âme ne songe pas qu'on puisse lui accorder cette faveur que jamais elle n'a pensé mériter, il lui arrive de sentir près d'elle Jésus-Christ Notre- Seigneur, sans toutefois le voir ni des yeux du corps ni de ceux de l'âme. On appelle cela une vision intellectuelle, je ne sais pourquoi. La personne à qui Dieu fit cette faveur, ainsi que d'autres dont je parlerai plus avant, je l'ai vue fort ennuyée au début ; elle ne comprenait pas ce qu'il en était parce qu'elle ne voyait rien, mais elle était si certaine que Jésus-Christ Notre-Seigneur se montrait affectueusement à elle de cette façon qu'elle ne pouvait en douter, je dis bien qu'elle ne pouvait douter de cette vision. Elle se demandait si elle venait de Dieu ou non, et malgré les grands effets qui l'accompagnaient et lui faisaient comprendre qu'il s'agissait de Dieu, elle avait encore peur ; jamais elle n'avait entendu parler de vision intellectuelle ni songé que cela existât ; mais il était très clair pour elle que c'est ce Seigneur qui lui parlait fort souvent, de la manière que j'ai dite ; jusqu'au jour où il lui fit cette faveur elle n'avait jamais su qui lui parlait, bien qu'elle comprît les paroles.

3 Je sais qu'effrayée par cette vision (qui se prolonge plusieurs jours, et même parfois pendant plus d'un an, contrairement à la vision imaginaire qui s'évanouit vite), elle alla trouver son confesseur, fort inquiète. Il l'interrogea : puisqu'elle ne voyait rien, comment pouvait-elle savoir que c'était Notre-Seigneur ? Et il lui demanda quel visage il avait. Elle lui dit qu'elle n'en savait rien, qu'elle ne voyait pas de visage, qu'elle ne pouvait rien ajouter, qu'elle savait seulement qu'il lui parlait, et que ce n'était pas une idée qu'elle se faisait. Bien qu'on l'effrayât fort, il était encore très fréquent qu'elle ne puisse avoir de doutes, surtout quand il lui disait : " N'aie pas peur, c'est moi ". Telle était la puissance de ces paroles qu'aucun doute ne pouvait alors subsister, elle restait vaillante et joyeuse, en si bonne compagnie ; elle voyait clairement combien cela l'aidait à vivre dans l'habituelle pensée de Dieu et la grande préoccupation de ne rien faire qui Lui déplaise, car il lui semblait qu'il la regardait sans cesse. Et toujours, quand elle voulait s'adresser à Sa Majesté dans l'oraison, et même sans cela, Dieu lui semblait si proche qu'elle ne pouvait manquer de l'entendre ; toutefois elle n'entendait pas de paroles quand elle le voulait, mais inopinément, quand c'était nécessaire. Elle sentait la présence du Seigneur à sa droite, pas à l'aide des sens qui nous font percevoir quelqu'un à côté de nous, mais par une voie plus subtile, qu'on ne doit pas pouvoir définir, aussi certaine, et qui apporte même une bien plus grande certitude ; car on pourrait, ici-bas, se forger des idées, mais point en ce qui nous apporte des gains et effets intérieurs qui seraient inconcevables s'il s'agissait de mélancolie ; le démon lui non plus ne ferait pas tant de bien, l'âme ne vivrait pas dans une telle paix, dans le si constant désir de contenter Dieu, avec tant de mépris pour tout ce qui ne la rapproche pas de lui. On comprit plus tard qu'il ne s'agissait pas du démon, ce fut démontré de plus en plus clairement.

4 Malgré tout, je sais qu'elle était par moments fort craintive, ou dans une immense confusion, puisqu'elle ne savait pas d'où pouvait lui venir tout ce bien (Autobiographie, chap. 27). Comme nous ne faisons qu'une, elle et moi, rien ne se passait dans son âme que je puisse ignorer, je puis donc être un bon témoin et vous pouvez croire que tout ce que je dis à ce propos est vrai. Cette faveur du Seigneur apporte avec elle une confusion et une humilité infinies. Si elle venait du démon, ce serait tout le contraire. Et comme, notoirement, cela vient de Dieu, nul effort humain ne pourrait nous la faire éprouver ; l'âme qui la reçoit ne peut absolument pas penser que cette faveur lui appartient en propre, mais qu'elle lui est donnée par la main de Dieu. Et bien qu'à mon avis certaines des faveurs dont j'ai parlé soient plus importantes, celle-ci apporte une connaissance particulière de Dieu, il naît de cette compagnie constante un amour infiniment tendre pour Sa Majesté, et, comparé à ce que j'ai déjà dit, le désir encore plus vif de se consacrer tout entière à la servir, joint à une grande limpidité de conscience ; cette présence auprès d'elle rend l'âme attentive. Car bien que nous sachions que Dieu voit tout ce que nous faisons, notre nature est telle que nous négligeons d'y penser : l'âme dont nous parlons ne peut le négliger, le Seigneur qui est auprès d'elle la tient en éveil. Et les faveurs dont nous avons parlé sont même beaucoup plus fréquentes, puisque l'âme vit à peu près constamment dans l'amour actuel de celui qu'elle voit ou sent auprès d'elle.

5 Enfin, l'âme reconnaît aux profits qu'elle obtient l'immensité de cette grâce et son très grand prix, elle est reconnaissante au Seigneur qui la lui accorde alors qu'elle ne la mérite point, et elle ne l'échangerait contre aucun trésor ni délice du monde. Donc, quand il plaît au Seigneur de la lui retirer, elle se sent fort seule, mais toute la diligence qu'elle pourrait déployer pour retrouver cette compagnie ne lui sert guère ; le Seigneur l'accorde quand Il veut, on ne peut l'acquérir. Parfois, aussi, c'est la compagnie d'un saint, qui lui est également fort profitable.

6 Vous demanderez comment on comprend quand c'est le Christ, sa Mère très glorieuse, ou un saint, puisqu'on ne voit rien. L'âme ne saurait le dire, elle ne peut comprendre comment elle le comprend, mais elle en a l'immense certitude. Cela semble déjà plus facile lorsque le Seigneur parle ; mais le saint qui ne parle pas, et qui paraît avoir été placé là par le Seigneur pour aider cette âme, est plus surprenant. Il en est ainsi d'autres choses spirituelles qu'on ne saurait exprimer, mais qui nous montrent combien notre nature est basse quand il s'agit de comprendre les grandes grandeurs de Dieu, puisque ses faveurs mêmes nous sont incompréhensibles ; reste à qui les reçoit de vivre dans l'admiration de Sa Majesté et sa louange ; que cette âme remercie particulièrement Dieu de ces grâces, il ne les accorde pas à tout le monde, elle doit les estimer hautement et chercher à mieux servir Dieu, qui l'y aide de tant de façons. C'est pourquoi cette âme ne s'en prisera pas davantage, elle se jugera même la personne du monde la moins utile au service de Dieu ; il lui semblera toutefois qu'elle y est plus obligée que quiconque, la moindre de ses fautes lui transperce les entrailles, à bien juste titre.

7 Ces effets produits sur l'âme dont je viens de parler pourront aider n'importe laquelle d'entre vous que le Seigneur conduirait par cette voie à comprendre qu'il ne s'agit pas d'un leurre ni d'une idée qu'elle se forgerait ; car, comme je l'ai dit, je ne crois pas qu'il soit possible que cette faveur se prolonge ainsi si elle vient du démon, qu'elle soit si notoirement profitable à l'âme et qu'elle l'amène à vivre dans une telle paix intérieure ; ça n'est pas dans ses habitudes, et même s'il le voulait quelqu'un de si mauvais ne peut faire tant de bien ; il y aurait bientôt des fumées d'amour-propre, cette âme se croirait meilleure que les autres. Tandis que la vue d'une âme toujours si fortement attachée à Dieu qu'il occupe seul sa pensée causerait au démon une telle rage que même s'il essayait, il ne recommencerait pas souvent ; et Dieu est si fidèle qu'il ne lui permettrait pas d'en user si librement avec l'âme qui ne prétend à rien d'autre qu'à plaire à Sa Majesté, à exposer sa vie pour son honneur et sa gloire, mais Elle ordonnerait bientôt de la détromper.

8 Ma marotte est et sera de dire qu'à condition que l'âme, comme je l'ai marqué ici, : se conforme aux effets que ces faveurs de Dieu produisent en elle, même si Sa Majesté permettait parfois au démon de l'assaillir, Elle lui donnera la victoire, et il sera confondu. Donc, mes filles, si l'une d'entre vous suivait ce chemin, ne vivez pas dans l'épouvante. Il est bon d'avoir des craintes, et de mieux nous tenir sur nos gardes ; ne soyez pas trop confiantes, car favorisées comme vous l'êtes, vous risqueriez d'être négligentes : ce serait le signe que les faveurs ne viennent pas de Dieu, si vous ne voyiez pas en vous les effets dont j'ai parlé. Il est bon que vous vous en ouvriez au début en confession à un fort bon théologien, ce sont eux qui doivent nous éclairer, ou, à défaut, à une personne de grande spiritualité ; au cas où elle ne le serait point, le très bon théologien est préférable ; si vous le pouvez, parlez en à l'un et à l'autre. Et s'ils vous disaient que vous vous faites des idées, ne vous inquiétez pas, les idées ne peuvent guère faire de bien ou de mal à votre âme, recommandez-vous à la divine Majesté, demandez-lui de ne pas permettre qu'on vous trompe. S'ils vous disaient que cela vient du démon, votre épreuve sera plus grave ; un bon théologien ne vous le dira pas, si les effets indiqués existent ; s'il le disait, je sais que le Seigneur lui-même, qui vous accompagne, vous consolera et vous rassurera, et il donnera ses lumières au théologien pour qu'il vous les transmette.

9 S'il s'agit de quelqu'un qui, bien qu'homme d'oraison, n'est pas conduit par le Seigneur par la même voie que vous, il s'en étonnera et la condamnera. C'est pourquoi je conseille de le choisir très docte, en même temps, si possible, que d'une grande spiritualité ; la prieure devra vous y autoriser, car bien qu'une vie excellente montre que l'âme est en sûreté, la prieure est obligée de lui permettre de s'ouvrir à quelqu'un, pour qu'elles soient rassurées toutes les deux. Quand elle aura vu ces personnes, qu'elle s'apaise et cesse de faire part de ce qui lui advient ; car il arrive que sans qu'il y ait lieu d'avoir peur, le démon inspire des craintes si excessives que l'âme est persécutée et tourmentée (Autobiographie, chap. 28). Elle croit que tout a été tenu secret, et découvre que c'est public ; il s'ensuit pour elle de pénibles épreuves qui pourraient atteindre l'Ordre, étant donné les temps que nous vivons. Il faut donc être fort avisée, je le recommande vivement aux prieures.

10 Mais la prieure ne doit pas imaginer que la soeur qui reçoit ces choses vaut mieux que les autres : le Seigneur conduit chacune d'elles de la manière qui lui semble utile. Elles la prédisposent à devenir une grande servante de Dieu, si elle s'aide elle-même, mais il arrive que Dieu conduise les plus faibles dans cette voie. Il n'y a donc nul motif d'approuver ni de condamner, mais de considérer les vertus ; la plus sainte de toutes sera celle qui servira Notre-Seigneur avec le plus de pénitence, d'humilité et de pureté de conscience, mais on ne peut guère s'en assurer ici-bas, jusqu'à ce que le véritable Juge donne à chacun selon ses mérites. Nous nous étonnerons alors de voir combien son jugement diffère de nos opinions d'ici-bas. Qu'il soit loué à jamais. Amen.

CHAPITRE IX

De la façon dont le Seigneur se communique à l'âme dans la vision imaginaire. Mise en garde, appuyée de raisons, contre le désir d'emprunter cette voie. Chapitre fort profitable.

1 Venons-en maintenant aux visions imaginaires, dont on dit que le démon peut davantage s'y immiscer que dans celles dont nous avons parlé, ce qui doit être vrai ; mais quand elles viennent de Notre-Seigneur, elles me semblent sous certains aspects plus profitables, parce que plus conformes à notre nature ; à l'exception de celles que le Seigneur nous fait connaître dans la dernière Demeure, aucune ne peut leur être comparer.

2 Considérons donc, comme je vous l'ai dit dans le chapitre précèdent, qu'il en est de ce Seigneur comme d'un objet en or dans lequel nous garderions une pierre précieuse d'immense valeur et douée de toutes sortes de vertus, sans l'avoir jamais vue ; nous avons toutefois l'absolue certitude qu'elle est là, car les vertus de la pierre ne manquent pas d'agir efficacement, si nous la portons sur nous. Sans l'avoir jamais vue, nous ne manquons pas de l'apprécier, l'expérience nous a montré qu'elle a la propriété de nous guérir de certaines maladies. Mais nous n'osons pas la regarder, nous ne pouvons pas non plus ouvrir le reliquaire celui à qui appartient le joyau est seul à savoir comment il s'ouvre, nous l'a prêté pour que nous en usions, mais il en a gardé la clef ; il ouvrira le coffret qui lui appartient quand il voudra nous montrer la pierre, il la reprendra même quand il le jugera bon, es ce qu'il fait.

3 Disons tout de suite qu'il lui plaît parfois de l'ouvrir soudain pour le plus grand bien de la personne à qui il l'a prêté. Il est clair que sa joie sera bien plus grande lorsqu'elle se rappellera la splendeur de la pierre, mieux gravée ainsi dans sa mémoire. Il en est de même ici : quand Notre-Seigneur consent à mieux choyer cette âme, il lui montre clairement son Humanité Sacrée sous un aspect de son choix, soit tel qu'il fut dans le monde, ou après sa résurrection. Et bien que cela se produise à une vitesse que nous pourrions comparer à celle de l'éclair, cette image suprêmement glorieuse se grave si profondément dans l'imagination que j'estime impossible qu'elle s'efface, jusqu'à ce que cette âme la voie dans le séjour où elle pourra en jouir a jamais.

4 Je dis image, mais il s'entend que la personne qui la voit n'a pas le sentiment qu'elle est peinte, mais vraiment vivante ; et parfois, elle parle à l'âme, elle lui révèle même de grands secrets. Mais vous devez comprendre que bien que cela dure quelques instants, on ne peut pas plus regarder cette vision qu'on peut regarder le soleil, elle passe donc très rapidement. Toutefois, son éclat, comme l'éclat du soleil, ne blesse pas la vue intérieure, qui voit tout cela ; (je ne saurais rien dire de la vision perçue par la vue extérieure, la personne que j'évoque et dont je puis parler si particulièrement n'est pas passée par là, et il est difficile de rendre compte exactement de ce dont on n'a pas l'expérience), cet éclat est comme une lumière infuse, celle d'un soleil couvert de quelque chose d'extrêmement subtil, comme un diamant, si on pouvait le tailler. Son vêtement semble de toile de Hollande, et presque toujours, lorsque Dieu fait cette faveur à l'âme, elle tombe en extase, car sa bassesse ne peut souffrir une vision aussi effrayante.

5 Je dis effrayante, car bien qu'elle soit la plus belle et la plus délectable qu'on puisse imaginer, même si on s'employait à y penser pendant mille années d'existence, (elle dépasse de beaucoup tout ce que conçoivent notre imagination et notre entendement), cette présence est d'une majesté si grandiose que l'effroi s'empare de l'âme. Nul besoin n'est de demander ici comment elle sait qui se montre à elle sans qu'on le lui ait dit, elle reconnaît bien Celui qui est le Seigneur du Ciel et de la terre, tandis que les rois de ce monde sembleraient bien peu de chose par eux-mêmes, si leur suite ne les accompagnait, s'ils ne disaient qui ils sont.

6 Ô Seigneur ! comme nous vous méconnaissons, nous, chrétiens ! Que sera-ce le jour où vous viendrez nous juger ; puisque lorsque vous venez avec tant d'amitié visiter votre épouse, votre vue cause tant de crainte ? Ô mes filles, que sera-ce quand d'une voix si rigoureuse il dira :

Allez, maudits de mon Père ! " (Mt 25,41)

7 Gardons dès maintenant en mémoire que cette faveur que Dieu fait à l'âme n'est pas le moindre des bienfaits ; saint Jérôme, si saint qu'il fut, n'en éloignait jamais le souvenir, et si nous faisons de même, tout ce que nous pouvons souffrir ici des rigueurs de notre Ordre ne nous pèsera point ; même si cela dure longtemps, ce n'est qu'un moment, comparé à l'éternité. Je vous dis en vérité que si vile que je sois, je n'ai jamais eu peur des tourments de l'enfer ; songeant que les damnés doivent voir pleins de colère les yeux si beaux, si paisibles, si bénins du Seigneur, il me semblait que mon coeur ne pourrait le supporter, en comparaison les tourments ne m'étaient rien ; il en fut ainsi toute ma vie. Combien plus grande encore doit être la crainte de la personne à qui il s'est montré ainsi, et qui éprouve un sentiment si vif qu'elle en perd le sens ! Telle doit être la cause de la suspension des puissances ; le Seigneur vient en aide à sa faiblesse en l'unissant à Sa grandeur dans cette si haute communication avec Dieu.

8 Lorsque l'âme peut regarder longuement ce Seigneur, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une vision, mais d'une sorte de véhémente considération de certaine figure forgée par l'imagination ; une chose morte, en comparaison avec cette autre vision.

9 Il est des personnes, et je sais que c'est vrai car nombreuses, sont celles qui m'en ont parlé, pas seulement trois ou quatre, dont l'imagination est si faible, l'entendement si efficace, ou je ne sais quoi, qu'elles s'abandonnent totalement à l'imagination, et croient voir clairement tout ce qu'elles pensent ; si elles avaient vu la vraie vision, elles comprendraient, sans aucun doute possible, qu'elles se leurrent ; car elles composent elles-mêmes ce que leur imagination évoque sans que nul effet ne s'ensuive ; elles restent froides, bien plus que si elles voyaient une image pieuse. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas d'en faire cas, on l'oublié donc beaucoup plus vite qu'un rêve.

10 Il n'en est pas ainsi de la vision dont nous parlons, l'âme est trés éloignée de l'idée de voir quelque chose, cela ne lui vient pas à l'esprit, et soudain la vision se présente tout entière, une grande crainte, une grande agitation bouleversent toutes les puissances et les sens mais elle les installe aussitôt dans cette paix bienheureuse. De même que lorsque saint Paul fut terrassé (Ac 9,3-4) il y eut tempête et agitation au ciel, ici, dans le monde intérieur, un grand mouvement se produit ; et immédiatement, comme je l'ai dit, tout s'apaise, et cette âme est instruite de si grandes vérités qu'elle n'a plus besoin d'un autre maître ; la vraie sagesse, sans travail de sa part, l'a tirée de son ignorance ; et l'âme garde un certain temps la certitude que cette faveur vient de Dieu ; plus on lui dirait le contraire, moins on pourrait la persuader de craindre d'avoir été trompée. Plus tard, si le confesseur lui fait peur, Dieu la livre à elle-même et la laisse dans l'hésitation, ce serait possible, vu ses péchés, mais elle ne peut toutefois le croire, comme dans les tentations contre la foi où le démon peut agiter l'âme, qui n'en reste pas moins ferme dans sa croyance. Plus on la combat, donc, plus elle garde la certitude que le démon ne pourrait lui donner tous ces biens : et il en est ainsi, il n'a pas une telle puissance sur l'intérieur de l'âme ; il peut susciter une représentation, mais jamais avec cette vérité, cette majesté, ni ces effets.

11 Comme les confesseurs ne peuvent voir cela, ils ont peur, à juste titre, d'autant plus qu'il se peut, d'aventure, que ceux à qui Dieu accorde cette faveur ne sachent pas en parler. Ils doivent être donc sur leurs gardes jusqu'à ce que, avec le temps, ces apparitions montrent leurs fruits, observer peu à peu ce que l'âme y gagne en humilité et en force dans la vertu ; car s'il s'agit du démon, il se montrera bientôt à des signes évidents, on le surprendra en mille mensonges. Si le confesseur a de l'expérience, s'il est passé par là, il aura tôt fait de tout comprendre ; au récit qu'on lui fera, il comprendra immédiatement si c'est Dieu, ou l'imagination, ou le démon ; en particulier si Sa Majesté lui a accordé de connaître les esprits ; s'il a ce don, et s'il est docte, même s'il n'a pas d'expérience il le verra très bien.

12 Ce qui vous est fort nécessaire, mes soeurs, c'est beaucoup de simplicité et de sincérité envers votre confesseur ; je ne parle pas des péchés, cela va de soi, mais du récit que vous lui faites de votre oraison. A défaut, je n'affirmerais point que vous soyez en bonne voie, ni que c'est Dieu qui vous instruit ; car il aime beaucoup qu'envers celui qui le représente vous soyez aussi franche et aussi claire qu'envers lui-même, que vous ayez le même désir de lui faire comprendre toutes vos pensées, et d'autant plus vos oeuvres, si petites soient-elles ! Cela fait, ne soyez ni troublées, ni inquiètes, car même si ces visions ne venaient pas de Dieu, si vous avez de l'humilité et une bonne conscience, elles ne vous nuiront point ; Sa Majesté sait tirer le bien du mal et les voies par lesquelles le démon voudrait vous perdre aboutirons à vous faire beaucoup gagner. En évoquant les grandes faveurs que Dieu vous accorde, vous chercherez à mieux le contenter et à garder son image présente à votre mémoire ; le démon, comme le disait un homme fort docte, est un grand peintre, s'il lui montrait une image du Seigneur d'une vive ressemblance, au lieu de s'en affliger, il s'en servirait pour aviver sa dévotion et ferait la guerre au démon en retournant contre lui sa propre malignité ; car même si un peintre est un mauvais homme, ça n'est pas une raison pour manquer de révérer l'image qu'il a peinte, si elle représente notre souverain Bien.

13 Il jugeait fort sévèrement le conseil de faire les cornes que donnent certains ; il disait que partout où nous voyons notre Roi, nous devons le révérer (Autobiographie, chap. 29) ; je vois qu'il a raison, nous le regretterions nous-mêmes. Si une personne qui en aime bien une autre savait qu'elle outrage ainsi son portrait, cela ne lui plairait point. A plus forte raison, ne devons-nous pas toujours témoigner notre respect au crucifix quand nous le voyons, ou a n'importe quel portrait de notre Empereur ? Bien que j'aie déjà écrit cela ailleurs, je suis heureuse de le répéter ici, car j'ai été témoin de l'affliction d'une personne à qui on ordonnait d'employer ce moyen. Je ne sais qui l'a inventé pour tourmenter celle qui ne peut qu'obéir si un confesseur lui donne ce conseil, et qui croirait se perdre si elle ne le suivait pas. Si on vous le donnait, le mien serait que vous fassiez humblement part de ces raisons et que vous le repoussiez. Les bonnes raisons que quelqu'un m'a données m'ont parfaitement convenu dans ce cas.

14 L'âme gagne beaucoup à cette faveur du Seigneur ; quand elle pense à lui, ou à sa vie et Passion, elle se rappelle son très paisible et beau visage, c'est une immense consolation ; de même nous aurions ici-bas une plus grande joie à voir une personne qui nous fait bien que si nous ne l'avions jamais connue. Je vous le dis, un si savoureux souvenir est fort consolant et profitable. Il apporte encore d'autres et nombreux bienfaits, mais j'ai déjà tant parlé des effets de ces choses, j'en parlerai encore si souvent, que je ne veux ni me lasser ni vous lasser ; toutefois, si vous savez, ou si vous entendez dire, que Dieu accorde ces faveurs aux âmes, je vous recommande de ne jamais le supplier de vous conduire par ce chemin, et de ne point le désirer, si bon qu'il vous paraisse ; il sied de l'apprécier et de le révérer hautement, mais il ne convient pas de le souhaiter, pour plusieurs raisons.

15 Premièrement, c'est un manque d'humilité de vouloir qu'on vous donne ce que jamais vous n'avez mérité, je crois donc que celle qui le désirerait prouve qu'elle n'en a guère ; l'humilité est aussi éloignée de choses semblables qu'un simple laboureur l'est du désir d'être roi, jugeant que c'est impossible et qu'il ne le mérite point ; je crois que jamais cette âme ne les obtiendrait, car le Seigneur commence par donner une grande connaissance de soi à celle qui reçoit cette faveur. Comprendra-t-elle qu'en vérité, avec de telles pensées, le fait qu'elle ne soit pas en enfer est déjà une très grande faveur ? Deuxièmement, elle est bien certaine d'être leurrée, ou en grand danger de l'être, car il suffit au démon de voir une petite porte ouverte pour nous tendre mille pièges. Troisièmement, lorsqu'une personne a un désir très vif, l'imagination lui suggère qu'elle voit ce qu'elle désire, et elle l'écoute, comme ceux qui ont envie de quelque chose y pensent tellement le jour qu'il leur arrive d'en rêver. Quatrièmement, c'est de ma part une grande témérité que de vouloir choisir moi-même le chemin sans savoir quel est celui qui me convient le mieux, au lieu de laisser le Seigneur, qui me connaît, me conduire par celui qui convient, et où je ferai sa volonté en toutes choses. Cinquièmement, pensez-vous que ceux qui reçoivent ces faveurs du Seigneur n'ont guère à subir d'épreuves ? Non, au contraire, elles sont immenses, et de tous genres. Que savez- vous de votre aptitude à les endurer ? Sixièmement, vous pourriez perdre ainsi ce que vous aviez cru gagner, comme ce fut le cas pour Saül quand il devint roi.

16 Enfin, mes soeurs, il y a d'autres raisons que celles-là ; et croyez-moi, le plus sûr est de ne vouloir que ce que Dieu veut, il nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, et il nous aime. Remettons-nous entre ses mains pour que sa volonté s'accomplisse en nous ; nous ne pourrons errer, si nous nous en tenons toujours là avec une volonté bien déterminée. Vous devez remarquer que du fait de recevoir un grand nombre de ces faveurs on n'en mérite pas mieux le ciel, on est plutôt obligé à servir d'autant plus qu'on reçoit davantage. Quant à mieux acquérir des mérites, le Seigneur ne nous en empêche point, cela reste en nos mains ; beaucoup de saintes personnes, donc, n'ont jamais su ce que c'est que de recevoir l'une de ces faveurs, et d'autres, qui les reçoivent, ne sont pas des saintes. Ne pensez pas non plus que ces faveurs soient continuelles, mais des épreuves excessives les accompagnent, le Seigneur ne les accorderait-il qu'une seule fois ; l'âme oublie donc qu'elle pourrait en recevoir d'autres pour ne songer qu'à s'acquitter.

17 Il est vrai que ces faveurs doivent aider immensément à rehausser la perfection des vertus ; mais celui qui les a gagnées au prix de son travail acquiert beaucoup plus de mérites. Je connais une personne à qui le Seigneur avait fait quelques-unes de ces faveurs, j'en connais même deux (l'une était un homme) ; elles étaient si désireuses de servir Sa Majesté à leurs dépens, sans ces grands régals, et si avides de souffrir qu'elles se plaignaient à Notre Seigneur qui les leur accordait, et si elles l'avaient pu, elles les auraient refusées. Je précise qu'elles auraient refusé les régals que le Seigneur donne dans la contemplation, mais pas ces visions, dont elles estimaient enfin les grands avantages.

18 Ces désirs, il est vrai, aussi, sont surnaturels, me semble-t-il, et le fait d'âmes trés amoureuses, qui voudraient que le Seigneur voie qu'elles ne le servent pas pour la solde ; et comme je l'ai dit, jamais elles ne songent qu'elles doivent recevoir le ciel en échange de quoi que ce soit, ce n'est pas dans ce but qu'elles s'efforcent de mieux servir, mais pour satisfaire l'amour, dont la nature est d'agir toujours de mille manières. Si elles le pouvaient, elles chercherait à inventer comment y consumer leur âme ; et s'il leur fallait s'anéantir à jamais pour le plus grand honneur de Dieu, elles le feraient de bon coeur. Qu'il soit loué à jamais, amen, Lui, qui en s'abaissant pour communiquer avec de si misérables créatures, veut montrer sa grandeur.

CHAPITRE X

De plusieurs autres faveurs que Dieu accorde à l'âme par des moyens différents des précédents, et des grands avantages qu'elle en retire.

1 Le Seigneur se communique à l'âme de beaucoup de manières dans ces apparitions ; parfois, quand elle est affligée ; d'autres, quand une grande épreuve l'attend ; d'autres, lorsque Sa Majesté veut trouver en elle ses délices, et la choyer. Il n'y a pas lieu de particulariser chaque chose, mon seul but est de faire comprendre les divers aspects de cette voie autant que je puis les connaître, afin que vous compreniez, mes soeurs, comment ils se présentent, et les effets qui s'ensuivent ; cela, pour que nous ne nous forgions pas l'idée que toute imagination est une vision ; et si c'est une vision, vous n'en serez ni agitées, ni affligées, sachant que c'est possible ; le démon gagne gros à ces agitations, il lui est très agréable de voir une âme affligée et inquiète, car cela l'empêche de s'employer tout entière à aimer et louer Dieu. Sa Majesté a d'autres moyens plus élevés de se communiquer aux âmes, et moins dangereux, le démon ne saurait les contrefaire, il est donc difficile d'en parler car c'est chose très occulte, alors qu'il est plus aisé de faire comprendre les vision imaginaires.

2 Quand le Seigneur le veut, il arrive que l'âme, en oraison et en pleine possession de ses sens, soit soudain ravie dans une extase où le Seigneur lui fait comprendre de grands secrets qu'elle croit voir en Dieu lui-même. Ça n'est pas une vision de la très sainte Humanité, et même, bien que je dise qu'elle voit, elle ne voit rien ; ça n'est pas une vision imaginaire, mais tout intellectuelle, où elle découvre comment on voit toutes choses en Dieu, qui les contient toutes en lui. Cette vision est d'un grand profit, car bien qu'elle ne dure qu'un instant, elle se grave profondément, et cause une immense confusion ; on voit clairement qu'il est inique d'offenser Dieu puisque c'est en Dieu même, je dis bien contenus en Lui, que nous commettons nos grandes iniquités. Je vais m'aider d'une comparaison pour vous aider à comprendre, car bien qu'il en soit ainsi, et que nous en entendions souvent parler, nous n'y prenons pas garde, ou nous ne voulons pas comprendre ; car si nous comprenions ce qui en est, il nous serait, semble-t-il, impossible d'être aussi outrecuidants.

3 Considérons donc que Dieu est comme une demeure, ou comme un palais, très grand et très beau, et que ce palais, comme je le dis, est Dieu lui-même. Le pécheur peut-il, d'aventure, pour se livrer à ses malignités, s'éloigner de ce palais ? Non, certes ; c'est-à-dire que dans le palais même, en Dieu lui-même, se donnent cours les abominations, les malhonnêtetés et méchancetés que nous commettons, nous, pécheurs. Ô chose redoutable et digne de grande considération, elle nous est bien utile, à nous qui savons peu de choses et qui n'arrivons pas à comprendre ces vérités, car une folle outrecuidance nous devient impossible ! Considérons, mes soeurs, la grande miséricorde et la patience dont Dieu fait preuve en ne nous confondant pas sur-le-champ ; rendons-lui d'immenses grâces, ayons honte de ressentir ce qu'on peut faire ou dire contre nous ; la plus grande iniquité au monde, c'est de voir tout ce que Dieu Notre Créateur souffre lui-même de la part de ses créatures, alors que souvent nous gardons grief d'un mot dit en notre absence, peut-être même sans mauvaise intention.

4 Ô misère humaine ! Quand donc, mes filles, imiterons-nous un peu ce grand Dieu ? Oh ! ne nous figurons pas que ce soit quelque chose de souffrir les injures, mais passons sur tout cela de bien bon coeur, et aimons celui qui nous insulte ; car ce grand Dieu n'a pas cessé de nous aimer, nous, qui pourtant l'avons beaucoup offense, il a donc bien raison de vouloir que tout le monde pardonne, si grave que soit l'injure ! Je vous le dis, mes filles, bien que cette vision passe vite, l'âme à qui Notre-Seigneur l'accorde reçoit une grande faveur si elle veut en tirer profit et se la rappeler constamment.

5 Il arrive aussi, soudain, par un procédé qu'on ne saurait décrire, que Dieu montre en lui-même une vérité qui semble obscurcir tout ce qu'on trouve de vérités dans les créatures, et qui fait clairement entendre qu'il est, Lui seul, la Vérité qui ne peut mentir ; et l'on comprend ce que dit David dans un psaume, que tout homme est menteurs (Ps 64,11) ; ce qu'on n'admettrait jamais autrement, même si on l'entendait répéter souvent. Il est la vérité infaillible. Je me rappelle Pilate, les nombreuses questions qu'il posait à Notre-Seigneur pendant sa passion, lui demandant ce qu'est la vérité (Jn 18,38), combien nous comprenons mal, ici-bas, cette Vérité suprême.

6 Je voudrais pouvoir mieux vous faire entendre cet aspect, mais on ne peut en parler. Déduisons de cela, mes soeurs, qu'afin d'imiter moindrement notre Dieu et Époux, il sera bon de beaucoup nous exercer à vivre dans cette vérité. Je ne dis pas seulement que nous ne devons pas mentir, car, gloire à Dieu, je sais que dans ces maisons vous vous gardez bien de dire un mensonge pour rien du monde ; mais vivons dans la vérité devant Dieu et les gens, de toutes les façons possibles ; en particulier, en n'admettant pas qu'on nous tienne pour meilleures que nous le sommes, en rendant à Dieu ce qui lui revient de nos oeuvres, en gardant pour nous ce qui est à nous, et en cherchant à toujours faire ressortir la vérité ; ainsi, nous mépriserons ce monde, qui n'est que mensonge et fausseté, et qui, comme tel, ne peut durer.

7 Un jour où je me demandais pour quelle raison Notre-Seigneur aime tant cette vertu d'humilité, sans réflexion préalable ce me semble, ceci, soudain, me parut évident : Dieu est la suprême Vérité, et l'humilité, c'est être dans la vérité ; en voici une fort grande : nous n'avons de nous-mêmes rien de bon, nous ne sommes que misère, et néant ; quiconque ne comprend pas cela vit dans le mensonge. Plus on le comprend, plus on est agréable à la suprême Vérité, car on vit en elle. Plaise à Dieu, mes soeurs, de nous faire la grâce de ne jamais nous écarter de cette connaissance de nous-même. Amen.

8 Ces grâces, Notre-Seigneur les accorde à l'âme comme à sa véritable épouse ; puisqu'elle est déjà décider à accomplir en toutes choses sa volonté, il veut lui donner un aperçu de la manière dont elle doit s'y soumettre, et de ses grandeurs. Il n'est pas nécessaire d'en dire plus, j'ai parlé de ces deux choses parce que je les crois d'un grand profit ; nous n'avons pas à craindre ces choses-là, mais à louer le Seigneur qui les donne ; ni le démon, à mon avis, ni l'imagination, ne peuvent guère intervenir ici, l'âme reste donc dans une grande satisfaction.

CHAPITRE XI

Du désir que Dieu donne à l'âme de jouir de Lui, désir si puissant, si impétueux, qu'on est en danger de perdre la vie. Du profit que l'âme tire de cette faveur du Seigneur.

1 Toutes ces faveurs accordées à l'âme par l'Époux ont-elles suffi pour que le petit papillon, soit satisfait, (ne croyez pas que je l'ai oublié), et qu'il se pose là où il doit mourir ? Non, certes, il va plutôt beaucoup plus mal. Bien que l'âme reçoive ces faveurs depuis de longues années, elle ne cesse de gémir et de pleurer, chacune d'elles accroît son chagrin. La cause en est qu'à mesure qu'elle connaît mieux les grandeurs de son Dieu, qu'elle se voit séparée de lui, et fort éloignée d'en jouir, son désir s'accroît d'autant ; son amour grandit aussi à mesure qu'on lui découvre combien ce grand Dieu et Seigneur mérite d'être aimé ; au cours des années, ce désir grandit de telle sorte qu'elle en arrive à éprouver la si grande peine dont je vais parler. J'ai dit " des années ", car ce fut le cas pour la personne dont j'ai fait mention, mais j'entends bien qu'on ne saurait imposer un délai à Dieu, il peut en un instant amener une âme au plus haut des états évoqués ici. Sa Majesté a la puissance de faire tout ce qu'Elle veut, et Elle souhaite faire beaucoup pour nous.

2 Il est toutefois des moments où ces violentes aspirations, ces larmes, ces soupirs, les grands élans déjà décrits (ils semblent provenir tous de notre amour accompagné de vifs regrets, mais tout cela n'est rien auprès de l'autre sentiment, ils font songer à un feu qui fume, mais dont on peut s'accommoder, avec un peu de peine), font vivre cette âme dans un état tel qu'elle semble s'embraser elle-même ; et il arrive souvent qu'une rapide pensée, un mot qui lui rappelle que la mort est lointaine, s'accompagne, venu d'ailleurs, (on ne comprend ni d'où, ni comment), d'un choc, ou de l'atteinte d'une flèche de feu. Je ne dis pas que ce soit une flèche, mais quoi qu'il en soit, on voit clairement que cela ne nous est pas naturel. Ça n'est pas non plus un choc, bien que je dise choc, cela blesse avec plus d'acuité. On ne sent pas cette blessure là où se sentent les peines d'ici-bas, ce me semble, mais au plus profond et intime de l'âme ; là, cette douleur aiguë, qui passe soudain, réduit en poussière tout ce qu'elle trouve en nous de terrestre et de naturel, et à ce moment il nous est impossible de nous rappeler quoi que ce soit de notre être ; à l'instant, les puissances sont ligotées, elles n'ont plus aucune liberté, sauf celle d'accroître cette douleur.

3 Je ne voudrais pas paraître exagérer alors que je suis vraiment loin de compte, car c'est inexprimable. C'est un ravissement des sens et des puissances, il englobe tout ce qui n'aide pas, comme je l'ai dit, à ressentir cette affliction. L'entendement est très prompt à comprendre les raisons qu'a cette âme de déplorer son éloignement de Dieu ; Sa Majesté y contribue alors par une si vive connaissance de soi, la peine s'en accroît à un tel degré, que la personne qui l'éprouve se met à pousser de grands cris. Bien qu'elle soit dure à la douleur et accoutumée aux plus vives souffrances, elle ne peut plus résister, car elle ne souffre pas dans son corps, comme je l'ai dit, mais à l'intérieur de l'âme. Elle en a déduit que les souffrances de l'âme sont bien plus dures que celles du corps, et il lui est apparu qu'on souffre ainsi au purgatoire ; l'absence d'un corps n'empêche pas ces âmes de souffrir bien davantage que ne souffrent tous ceux d'ici-bas, qui en ont un.

4 J'ai vu une personne dans cet état, et j'ai vraiment cru qu'elle allait mourir ; ça n'était pas étonnant, car, certes, le danger de mort est grand. Cet état, si bref soit-il, désarticule le corps, le pouls est aussi faible que si la personne voulait rendre son âme à Dieu, et elle n'en est pas loin, la chaleur naturelle fait défaut, mais l'embrasement est tel qu'il s'en faut d'un petit peu pour que Dieu accomplisse ce voeu. Elle ne souffre toutefois ni peu ni prou dans son corps, bien qu'il se désarticule, comme je l'ai dit, de telle sorte que deux ou trois jours après elle n'a pas encore la force d'écrire, et elle reste tout endolorie ; il me semble même que le corps demeure fort affaibli. Si elle ne s'en ressent pas, c'est sans doute que la souffrance intérieure de l'âme est si prépondérante qu'elle ne fait aucun cas de son corps ; ainsi, lorsque nous sentons à un point quelconque une douleur très aiguë, les autres, même si elles sont très nombreuses, sont peu sensibles ; je l'ai souvent éprouvé. Dans ce cas-ci, ni peu, ni prou : je crois même qu'elle ne sentirait rien si on la coupait en morceaux.

5 Vous me direz que c'est une imperfection, qu'elle n'a qu'a se conformer à la volonté de Dieu, puisqu'elle lui est si soumise. Elle a pu le faire jusqu'ici, et c'est ce qui l'a aidée à vivre. Mais il n'en est plus de même maintenant ; sa raison est dans un tel état qu'elle n'est plus la maîtresse, elle ne peut penser à rien d'autre qu'à ses raisons de souffrir ; éloignée de son Bien, elle se demande pourquoi elle voudrait vivre. Elle éprouve un étrange sentiment de solitude, aucune des créatures qui sont sur terre ne peut lui tenir compagnie, ni celles du Ciel, à ce que je crois, si ce n'est Celui qu'elle aime, et tout lui est tourment. Elle se figure être comme quelqu'un de suspendu, qui ne peut s'appuyer nulle part sur terre, ni monter au ciel ; la soif l'embrase, et elle ne peut approcher de l'eau. Cette soif n'est pas supportable, mais si excessive qu'il n'est eau pour l'étancher, et elle ne veut pas l'étancher, si ce n'est avec celle dont Notre-Seigneur a parlé à la Samaritaine (Jn 4,7-13) mais on ne la lui donne point.

6 Ô Dieu secourable, Seigneur, comme vous oppressez vos amants ! Mais tout cela n'est rien, en échange de ce que vous leur donnez par la suite. Il est bon que ce qui vaut beaucoup coûte beaucoup. D'autant plus que s'il s'agit de purifier cette âme pour qu'elle entre dans la Septième Demeure de même que ceux qui vont entrer au ciel se lavent au purgatoire, cette souffrance est à peine une goutte d'eau dans la mer. D'autant plus que malgré tout ce tourment et ces afflictions, qui surpassent, à ce que je crois, toutes les souffrances de la terre, (la personne dont je parle en a subi beaucoup, tant corporelles que spirituelles, mais en comparaison tout cela ne lui semble rien), l'âme estime cette peine à un si haut prix qu'elle comprend fort bien ne pouvoir la mériter ; ce sentiment n'est pas de nature à la soulager, mais il l'aide à souffrir de grand coeur, et elle souffrirait toute sa vie, si tel était le bon plaisir de Dieu ; ce ne serait cependant pas mourir une fois, mais toujours vivre en mourant, vraiment, rien de moins.

7 Considérons donc, mes soeurs, ceux qui sont en enfer, privés de cette acceptation, ce contentement, ce plaisir que Dieu donne à l'âme ; ils savent qu'ils ne gagnent rien à leur souffrance, qu'ils souffriront toujours de plus en plus ; je dis de plus en plus, quant aux peines accidentelles. Les tourments de l'âme étant tellement plus durs que ceux du corps, et ceux des damnés bien pires, en comparaison, que le tourment dont nous avons parlé puisqu'ils voient qu'ils dureront toute l'éternité, que peut-il advenir de ces âmes infortunées ? Et au cours de notre vie si brève, que ne pouvons-nous faire, ou souffrir, qui ne soit infime, pour nous épargner ces terribles tourments éternels ? Je vous le dis, il est impossible de faire comprendre combien la souffrance de l'âme est aiguë, combien elle diffère de celle du corps, à ceux qui n'en ont pas l'expérience ; le Seigneur lui-même veut que nous le comprenions pour que nous sachions mieux combien nous lui sommes redevables de nous avoir appelées à un état où nous avons l'espoir qu'il nous délivrera, dans sa miséricorde, et qu'il nous pardonnera nos péchés.

8 Pour en revenir à notre sujet, (nous avons laissé cette âme bien en peine), l'extrême rigueur de sa souffrance est brève ; si elle se prolongeait, la faiblesse naturelle ne pourrait la supporter, sauf par miracle. Il est arrivé à la personne dont je parle d'être réduite en miettes en un peu plus d'un quart d'heure. Il est vrai qu'elle avait complètement perdu les sens cette fois-là, tant le coup avait été rigoureux, (alors qu'elle était en conversation, le dernier jour des fêtes de Pâques, et qu'elle vivait depuis le Samedi Saint dans une telle sécheresse qu'elle comprenait à peine ce qu'il en était) ; il lui avait suffi d'entendre un mot sur la longue durée de la vies (C'est en entendant chanter la soeur Isabelle de Jésus que sainte Thérèse tomba en extase, en 1571, à Salamanque). Comment imaginer qu'on puisse opposer de la résistance ! C'est impossible, de même qu'une personne jetée au feu ne pourrait faire qu'il ne soit pas chaud, et ne la brûle point. Ce n'est pas un sentiment qu'elle puisse dissimuler, ni empêcher les témoins de comprendre qu'elle court un grand danger, bien qu'ils ne puissent juger du mouvement intérieur. Ils lui tiennent toutefois compagnie, comme des ombres ; et c'est ainsi qu'elle voit toutes les choses de la terre.

9 Et pour que vous sachiez qu'il est possible à notre faiblesse et à notre naturel d'intervenir, au cas où vous vous trouviez dans cette situation, il arrive parfois, tandis que l'âme est dans l'état que j'ai décrit, mourant de ne pas mourir, si oppressée qu'il lui semble qu'il s'en faut d'un rien pour qu'elle quitte le corps, elle voudrait, prise vraiment de peur, que la peine se relâche pour ne pas achever de mourir. On voit bien que cette crainte est une faiblesse de la nature puisque d'autre part son désir ne la lâche point, et qu'il lui est impossible d'être délivrée de cette peine tant que le Seigneur ne la lui ôte lui-même, généralement par une haute extase, ou par une vision, où le vrai Consolateur la console et la fortifie pour qu'elle consente à vivre aussi longtemps qu'il le voudra.

10 C'est chose pénible, mais elle produit dans l'âme d'immenses effets ; ainsi l'âme cesse de craindre les épreuves possibles ; comparées à ses vives souffrances, cela ne lui semble plus rien. Elle a tant progressé qu'elle voudrait les subir souvent. Mais là encore elle est absolument sans ressources, il n'existe aucun moyen de retrouver sa peine tant que le Seigneur n'en a pas décidé, de même qu'il n'y en a point pour lui résister ou y échapper quand elle fond sur elle. Il lui reste un plus grand mépris du monde, car rien de terrestre ne l'a secourue dans ce tourment ; elle est d'autant plus détachée des créatures qu'elle voit que son Créateur est seul à pouvoir la consoler et combler son âme ; enfin, elle vit dans une plus grande crainte, un plus grand souci de ne pas l'offenser, sachant qu'il peut aussi bien tourmenter que consoler.

11 Dans cette voie spirituelle, deux choses, me semble-t-il, sont un danger mortel. J'ai dit la première qui est un danger réel, et non des moindres ; l'autre, c'est un bonheur et une délectation si excessifs, poussés à de tels extrêmes, que l'âme en défaille au point qu'il s'en faut un rien pour qu'elle quitte le corps ; à la vérité, ce ne serait pas pour elle une petite joie. Vous jugerez par là, mes soeurs, si j'ai eu raison de vous dire qu'il faut du courage, et si, lorsque vous demandez ces choses-là au Seigneur, il est fondé de vous répondre comme aux fils de Zébédée : " Pouvez-vous boire le calice ? " (Mt 20,22).

12 Nous toutes, mes soeurs, répondrons oui, je le crois, et nous aurons bien raison ; Sa Majesté donne des forces aux âmes qui en ont besoin, Elle les défend toujours, Elle répond d'elles dans les persécutions et les soutient contre la médisance, comme le Seigneur le fit pour Madeleine, si ce n'est en paroles, par des actes ; et enfin, enfin, dès avant la mort, elle paie tout à la fois, comme vous le verrez tout à l'heure. Qu'il soit béni à jamais, et loué par toutes les créatures. Amen.

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