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  • : In hoc signo vinces. Parousie by ROBLES Patrick
  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Patrick ROBLES
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)

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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 17:03

INTRODUCTION

L'auteur de ce petit livre est un écrivain religieux bien connu et très autorisé, le Père Jean-Baptiste Saint-Jure (1588-1657) , de la Compagnie de Jésus (et Saint-Claude de la Colombière). Les pages qu'on va lire ont été, en effet, extraites à peu près textuellement du livre IIIe, chapitre VIIIe de son grand ouvrage intitulé : "de la connaissance et de l'amour de notre-Seigneur Jésus-Christ", qui faisait les délices du Saint Curé d'Ars et était comme son manuel ascétique. Voilà, sans doute, un titre de recommandation plus que suffisant aux yeux des âmes pieuses, auxquelles cet opuscule est principalement destiné. Qu'elles nous permettent, néanmoins, d'y ajouter quelque chose de plus direct et de plus pressant. Le 1er février 1851 mourait saintement, à Lyon, le neveu de l'illustre général Marceau et l'unique héritier de son nom. D'abord incrédule, pour ne pas dire impie fieffé, « apôtre exalté du saint-simonisme, tout à fait homme du monde et même passablement libertin », Auguste Marceau fut l'une des plus belles conquêtes de l'Archiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires. Or, un jour qu'il avait à parler devant une réunion d'ouvriers, il leur dit avec une touchante candeur : « Mes amis, il y a sans doute parmi vous des hommes qui ne sont pas chrétiens et n'aiment pas la religion. Eh bien ! sachez-le, j'ai été impie comme vous ; nul plus que moi n'a détesté le christianisme ; mais je dois lui rendre cette justice que, tant que je n'ai pas été chrétien, j'ai été malheureux... » Voyons-le maintenant, une fois devenu fervent chrétien.

Dans une visite qu'il fit au Supérieur des Maristes, à Lyon, en octobre 1849, celui-ci fut frappé de la violence d'une toux qui l'épuisait, en même temps que d'un mal de jambe qui ne pouvait guérir. Il enjoignit à Marceau de garder la chambre ; et, docile comme un enfant, l'intrépide navigateur obéit sans réplique. « Je suis aussi content - dit-il alors - de glorifier Dieu en buvant de la tisane dans ma chambre qu'en éprouvant des coups de vent sur la mer ». Il passa la dernière année de sa vie dans une solitude absolue, d'où il écrivait à un ami : « Je puis vous assurer que j'ai rencontré le bonheur qu'on peut espérer sur la terre, dans le petit coin ignoré où ma vie s'écoule, loin de ma famille, de mes amis et de mes connaissances ». Il disait encore ailleurs : « Là est tout le secret du bonheur sur cette terre : correspondre à la volonté de Dieu !... » Mais où donc Marceau avait-il puisé des sentiments si élevés, et si pleins d'encouragement pour nous ? Écoutons l'historien de sa vie : « C'est lui qui a fait réimprimer à Lyon le livre de la Divine Providence, si petit de format, si grand de choses. Déjà, en 1842, Marceau avait rencontré cet opuscule à Nantes. Je puis vous assurer, dans toute la sincérité de mon cœur, disait-il au commandant Le Bobinnec, que Dieu ne m'eût-il accordé que la faveur d'avoir connu ces quelques pages, en échange des ennuis de toutes sortes qui m'ont accablé dans le commandement du yacht (l'Arche d'alliance), je trouverais cette grâce à bon marché. C'est un livre d'un prix inestimable. « On ne s'étonnera pas de ces éloges, quand on saura que deux mots résument toute la doctrine de ce livre : Voir Dieu en toutes choses. En toutes choses se soumettre à la Volonté de Dieu ». On n'a point cru nuire à la valeur de cet opuscule, en y introduisant quelques légères modifications plutôt matérielles et en marquant les divisions moins faciles à saisir dans les éditions précédentes.

Saint-Claude de la Colombière (1641-1682)
Compagnie de Jésus

 

† GEORGES CABANA, Archevêque de Sherbrooke
Nihil Obstat : G. Courtade, S.J. Vanveis, die 7a Maii 1940.
Imprimi Potest : A. Larouche, Ch. Sherbrookii, die 9a Januarii 1954
Imprimatur : Georgius Cabana, Arch. Sherbrookii, die 9a Januarii 1954.


LA DIVINE PROVIDENCE

I


La Volonté de Dieu a fait et gouverne toutes choses. Traitant de la Volonté de Dieu, Saint-Thomas enseigne, après Saint-Augustin, qu'Elle est la raison, la cause de tout ce qui existe. En effet : « Le Seigneur - dit le Psalmiste - a fait tout ce qu'il a voulu, au Ciel, sur la terre, dans la mer et dans tous les abîmes ». Il est écrit encore, au livre de l'Apocalypse : « Vous êtes digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance, parce que c'est vous qui avez créé toutes choses, et que par votre volonté, elles étaient et ont été créées ». C'est donc la Volonté Divine qui a tiré du néant les cieux, avec leurs habitants et leurs magnificences, la terre avec tout ce qu'elle porte à sa surface et renferme dans son sein ; en un mot, toutes les créatures visibles et invisibles, vivantes et inanimées, raisonnables et privées de raison, depuis la plus élevée jusqu'à la plus infime. Or, si le Seigneur a produit toutes ces choses, comme dit l'apôtre Saint-Paul, suivant le conseil de sa Volonté, n'est-il pas souverainement juste et raisonnable, et même absolument nécessaire, qu'elles soient conservées et gouvernées par Lui, suivant le conseil de cette même volonté ? Et de fait : Qu'est-ce qui pourrait subsister, dit le Sage, si vous ne le vouliez pas ? ou se conserver sans vos ordres ? Cependant, les œuvres de Dieu sont parfaites, est-il écrit au Cantique de Moïse. Elles sont si accomplies que le Seigneur lui-même, dont la censure est rigoureuse et le jugement formé de droiture, a constaté, la création achevée, qu'elles étaient bonnes et très bonnes. Mais il est bien évident que Celui qui a fondé la terre par la sagesse, et affermi les cieux par la prudence, ne saurait apporter moins de perfection dans le gouvernement que dans la formation de ses ouvrages. Aussi, comme il ne dédaigne pas de nous le rappeler, si sa Providence continue à disposer toutes choses, c'est avec mesure, nombre et poids, c'est avec Justice et Miséricorde. Et personne ne peut lui dire : Pourquoi faites-vous ainsi ? Car, s'il assigne à ses créatures la fin qu'il veut, et choisit pour les y conduire les moyens qui lui plaisent, il ne peut leur assigner qu'une fin sage et bonne, ni les diriger vers cette fin que par des moyens également sages et bons. Ne soyez donc pas imprudents, nous dit l'Apôtre ; mais efforcez-vous de connaître quelle est la Volonté de Dieu ; afin que, l'accomplissant, vous obteniez l'effet de ses promesses ; c'est-à-dire le bonheur éternel, puisqu'il est écrit : le monde passe, avec sa concupiscence ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.

1) Dieu règle tous les événements, bons ou mauvais. Non, rien ne se passe dans l'univers que Dieu ne le veuille, qu'il ne le permette. Et cela doit s'entendre absolument de toutes choses, le péché excepté. « Rien, - enseignent unanimement les Saints Pères et les Docteurs de l'Église, avec Saint-Augustin, - rien n'arrive par hasard dans tout le cours de notre vie ; Dieu intervient partout ». Je suis le Seigneur, dit-il lui-même par la bouche du prophète Isaïe ; je suis le Seigneur et il n'en est point d'autre ; c'est moi qui forme la lumière et qui crée les ténèbres, qui fais la paix et qui crée les maux ; c'est moi, le Seigneur, qui fais toutes ces choses. - C'est moi, avait-il dit auparavant par Moïse, c'est moi qui fais mourir et c'est moi qui fais vivre ; c'est moi qui blesse et c'est moi qui guéris. - Le Seigneur ôte et donne la vie, est-il dit encore dans le cantique d'Anne, mère de Samuel, il conduit au tombeau et il en retire ; le Seigneur fait le pauvre et le riche : il abaisse et il élève. - Arrivera-t-il dans la cité, dit le Prophète Amos, quelque mal (affliction, désastre) qui ne vienne du Seigneur ? - Oui, proclame le Sage, les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et les richesses viennent de Dieu. Ainsi, dans cent autres endroits. Vous allez dire peut-être que, si cela est vrai de certains effets nécessaires, comme la maladie, la mort, le froid, le chaud et autres accidents produits par des causes naturelles, dépourvues de liberté, il n'en est plus ainsi dès qu'il s'agit de choses qui relèvent de la libre volonté de l'homme. Car enfin - m'objecterez-vous - si quelqu'un parle mal de moi, s'il me ravit mes biens, me frappe, me persécute, comment puis-je attribuer cette conduite à la Volonté de Dieu, qui, loin de vouloir que l'on me traite de la sorte, le défend au contraire sévèrement ? On ne peut donc alors - conclurez-vous - s'en prendre qu'à la volonté de l'homme, à son ignorance ou à sa malice. - C'est bien là, en effet, le retranchement derrière lequel on cherche à s'abriter, pour éluder les coups ménagés par la main du Seigneur, et excuser un manque de courage et de soumission. Mais, c'est en vain - vous répondrai-je - que vous pensez à vous prévaloir de ce raisonnement, pour vous défendre de vous abandonner à la Providence ; car Dieu lui-même l'a réfuté et nous devons, sur sa parole, croire que dans ces sortes d'événements, comme dans tous les autres, rien n'arrive que par son ordre ou sa permission. Écoutez plutôt. Il veut châtier l'homicide et l'adultère commis par David, et voici comment il s'exprime par l'organe du prophète Nathan : Pourquoi donc as-tu méprisé ma parole, et commis le mal devant mes yeux ? Tu as fait périr Urie l'Hétéen ; tu lui as ravi sa femme et tu l'as lui-même tué par le glaive des enfants d'Ammon. C'est pourquoi le glaive ne sortira plus de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et que tu as ravi la femme d'Urie l'Hétéen. Voici donc ce que dit le Seigneur : Je te susciterai des châtiments dans ta propre maison ; je prendrai tes femmes sous tes yeux et je les donnerai à l'un des tiens, à la face du soleil. Tu as fait, toi, le mal en secret ; mais moi je te châtierai à la vue de tout Israël et en plein soleil. Plus tard, les Juifs ayant, par leurs iniquités, gravement outragé le Seigneur et provoqué sa Justice : Assur, dit-il, est la verge et le bâton de ma fureur ; j'ai fait de sa main l'instrument de ma colère ; je l'enverrai à la nation perfide, je lui ordonnerai de marcher contre le peuple objet de ma fureur, de le dépouiller, de le mettre au pillage, de le fouler aux pieds comme la boue des chemins. Eh bien ! je vous le demande, Dieu pouvait-il plus ouvertement se déclarer l'Auteur des maux qu'Absalon fit souffrir à son père, et le roi d'Assyrie aux Juifs ? Il serait facile d'apporter d'autres exemples ; mais ceux-là suffiront. Concluons donc avec Saint-Augustin : « Tout ce qui nous arrive ici-bas contre notre volonté (que ce soit de la part des hommes ou d'ailleurs), ne nous arrive que par la Volonté de Dieu, par les dispositions de la Providence, par ses ordres et sous sa direction ; et si, vu la faiblesse de notre esprit, nous ne pouvons saisir la raison de tel ou tel événement, attribuons-le à la Divine Providence, rendons-lui cet honneur de le recevoir de sa main, croyons fermement que ce n'est pas sans motif qu'elle nous l'envoie ». Répondant aux plaintes et aux murmures des Juifs, qui attribuaient leur captivité et leurs souffrances à la mauvaise fortune et à d'autres causes que la juste Volonté de Dieu, le prophète Jérémie leur dit : Quel est celui dont la parole peut produire un effet quelconque si le Seigneur ne l'ordonne ? Est-ce que les biens et les maux ne sortent pas de la bouche du Très-Haut ? Pourquoi donc l'homme, pendant sa vie, murmure-t-il, se plaint-il des châtiments dus à ses péchés ? Pour nous, rentrons en nous-mêmes, interrogeons notre conscience, réformons notre conduite et revenons au Seigneur. Élevons au Ciel nos cœurs et nos mains vers le Seigneur, et disons-lui : Nous avons agi injustement, nous nous sommes attiré votre colère; c'est pour cela que vous êtes devenu inexorable. Ces paroles ne sont-elles point assez claires ? Nous devons en tirer profit pour nous-mêmes. Ayons soin de tout rapporter à la Volonté de Dieu, et croyons bien que tout est conduit par sa main paternelle. Comment Dieu peut-il vouloir ou permettre les événements mauvais ? Cependant - direz-vous peut-être encore - il y a péché dans toutes ces actions ; comment donc Dieu peut-il les vouloir et y prendre part, Lui qui, étant la Sainteté même, ne saurait avoir rien de commun avec le péché ? En effet, Dieu n'est pas et ne peut pas être l'auteur du péché. Mais n'oublions pas que, dans tout péché, il faut, comme disent les théologiens, distinguer deux parts, l'une naturelle, l'autre morale. Ainsi, dans l'action de l'homme dont vous croyez devoir vous plaindre, il y a, par exemple, le mouvement du bras qui vous frappe, de la langue qui vous injurie, et le mouvement de la volonté qui s'écarte de la droite raison et de la loi de Dieu. Mais l'acte physique du bras ou de la langue, comme toutes les choses naturelles, est fort bon en lui-même et rien n'empêche qu'il ne soit produit avec et par le concours de Dieu. Ce qui est mauvais, ce à quoi Dieu ne saurait concourir et dont il ne peut être l'auteur, c'est l'intention défectueuse, déréglée, qu'apporte à ce même acte la volonté de l'homme. La démarche d'un boiteux, en tant qu'elle est un mouvement, provient à la fois, il est vrai, de l'âme et de la jambe ; mais la défectuosité qui rend cette démarche vicieuse ne vient que de la jambe. De même toutes les actions mauvaises doivent être attribuées à Dieu et à l'homme, en tant qu'elles sont des actes naturels physiques ; mais elles ne peuvent être attribuées qu'à la volonté de l'homme, en tant qu'elles sont déréglées, coupables. Si donc l'on vous frappe ou que l'on médise de vous, ce mouvement du bras ou de la langue n'étant point un péché, Dieu peut très bien en être et il en est effectivement l'auteur, car l'homme, non plus qu'aucune créature, n'a l'existence ni le mouvement de lui-même, mais de Dieu, qui agit en lui et par lui : car c'est en Dieu, dit Saint-Paul, que nous avons la vie, le mouvement et l'être. Quant à la malice de l'intention, elle est toute de l'homme, et c'est là seulement que se trouve le péché, auquel Dieu ne prend aucune part, mais qu'il permet toutefois, pour ne pas porter atteinte au libre arbitre. De plus, quand Dieu concourt avec celui qui vous meurtrit ou qui vous dérobe vos avoirs, il veut sans doute vous priver de cette santé ou de ces biens, dont vous abusiez et qui eussent causé la ruine de votre âme ; mais il ne veut nullement que le brutal ou le voleur vous les ravissent par un péché. Ceci n'est point le dessein de Dieu, ce n'est que la malice de l'homme. Un exemple pourra rendre la chose plus sensible. Un criminel, par un juste jugement, est condamné à mort. Mais le bourreau se trouve être l'ennemi personnel de ce malheureux, et au lieu de n'exécuter la sentence du juge que par devoir, il le fait par esprit de haine et de vengeance... N'est-il pas évident que le juge ne participe nullement au péché de l'exécuteur ? La volonté, l'intention du juge n'est pas que ce péché soit commis, mais bien que la justice ait son cours, et que le criminel soit châtié. De même, Dieu ne participe, en aucune façon, à la méchanceté de cet homme qui vous frappe ou qui vous vole : elle est son fait particulier. Dieu veut, avons-nous dit, vous corriger, vous humilier ou vous dépouiller de vos biens, pour vous affranchir du vice et vous porter à la vertu ; mais ce dessein de Bonté et de Miséricorde, qu'il pourrait exécuter par mille autres moyens où ne serait aucun péché, n'a rien de commun avec le péché de l'homme qui lui sert d'instrument. Et, de fait, ce n'est pas sa mauvaise intention, son péché qui vous fait souffrir, vous humilie ou vous appauvrit ; c'est la perte, la privation de votre bien-être, de votre honneur ou de vos biens temporels. Le péché ne nuit qu'à celui qui s'en rend coupable. C'est ainsi que nous devons, en ces sortes d'événements, séparer le bon du mauvais, distinguer ce que Dieu opère par les hommes de ce que leur volonté y ajoute de son propre fonds.


Exemples pratiques


Saint-Grégoire nous propose la même vérité sous un autre jour. Un médecin, dit-il, ordonne une application de sangsues. Ces petites bêtes ne sont occupées, en tirant le sang du malade, que de s'en rassasier et de le sucer, autant qu'il dépend d'elles, jusqu'à la dernière goutte. Cependant le médecin n'a d'autre intention que d'ôter au malade ce qu'il a de sang vicié et, par ce moyen, de le guérir. Rien donc de commun entre la folle avidité de sangsues et le but intelligent du médecin qui les emploie. Aussi le malade les voit-il sans aucune peine. Il n'envisage nullement les sangsues comme malfaisantes ; il tâche, au contraire, de surmonter la répugnance que leur laideur lui fait éprouver; et même il protège, il favorise leur action, sachant bien qu'elles n'agissent que parce que le médecin l'a reconnu utile à sa guérison. Or, Dieu se sert des hommes, comme le médecin des sangsues. Nous devons donc, nous aussi, ne pas nous arrêter aux passions de ceux à qui Dieu donne pouvoir d'agir sur nous, ne pas nous mettre en peine de leurs intentions malveillantes et nous préserver de toutes aversions contre eux. Quelles que puissent être, en effet, leurs vues particulières, eux-mêmes ne sont toujours à notre égard qu'un instrument de salut, dirigé par la main d'un Dieu d'une bonté, d'une sagesse et d'une puissance infinies, qui ne leur permettra d'agir sur nous qu'autant que cela nous est utile. Notre intérêt devrait donc nous porter à accueillir, plutôt qu'à repousser leurs atteintes, puisqu'elles ne sont véritablement que les atteintes de Dieu même. Et il en est ainsi de toutes les créatures, quelles qu'elles soient ; aucune ne saurait agir sur nous, si le pouvoir ne lui en était donné d'En-haut. Cette doctrine a toujours été familière aux âmes vraiment éclairées de Dieu. Nous en avons un exemple célèbre dans le Saint homme Job. Il a perdu ses enfants et ses biens ; il est tombé de la plus haute fortune dans la plus profonde misère. Et il dit : Le Seigneur m'avait tout donné, le Seigneur m'a tout ôté ; comme il a plu au Seigneur, ainsi est-il arrivé ; que le nom du Seigneur soit béni. Voyez, observe ici Saint-Augustin, Job ne dit pas : Le Seigneur me l'avait donné, et le démon me l'a ôté ; mais en homme éclairé, il dit : c'est le Seigneur qui m'avait donné mes enfants et mes biens, et c'est Lui qui me les a ôtés ; il est arrivé comme il a plu au Seigneur. L'exemple de Joseph n'est pas moins remarquable. C'est bien par malice et dans un but mauvais que ses frères l'avaient vendu à des marchands ; et néanmoins ce Saint patriarche attribue tout à la Providence de Dieu. Il s'en explique même à plusieurs reprises : Dieu, dit-il, m'a envoyé en Égypte avant vous pour votre salut... Dieu m'a fait venir ici pour vous conserver la vie, afin que vous ayez des vivres pour votre subsistance. Ce n'est point par votre conseil que j'ai été envoyé ici, mais par la Volonté de Dieu, qui a fait de moi comme le père de Pharaon, le maître de sa maison et le prince de toute l'Égypte. Mais arrêtons nos regards sur notre Divin Sauveur, le Saint des saints, descendu du Ciel pour nous instruire par ses paroles et par ses exemples. Saint-Pierre, poussé par un zèle indiscret, veut le détourner du dessein qu'il a de souffrir et empêcher que les soldats ne mettent la main sur lui. Mais Jésus lui dit... : et le calice que mon Père m'a donné, ne le boirai-je donc pas ? Ainsi il attribue les douleurs et les ignominies de sa Passion, non aux Juifs qui l'accusent, à Judas qui le trahit, à Pilate qui le condamne, aux bourreaux qui le tourmentent, aux démons qui excitent tous ces malheureux, bien qu'ils soient les causes immédiates de ses souffrances ; mais à Dieu, et à Dieu considéré non sous la qualité d'un Juge rigoureux, mais sous celle d'un Père aimant et bien-aimé. N'attribuons donc jamais ni aux démons ni aux hommes, mais à Dieu, comme à leur vraie source, nos pertes, nos déplaisirs, nos afflictions, nos humiliations. « Agir autrement - remarque Sainte-Dorothée - ce serait faire comme le chien qui décharge sa colère sur une pierre au lieu de s'en prendre à la main qui la lui a jetée ». Ainsi, gardez-vous de dire : un tel est cause de ce malheur que j'ai éprouvé ; il est l'auteur de ma ruine. - Vos maux sont l'ouvrage, non de cet homme, mais de Dieu. Et ce qui doit vous rassurer, c'est que Dieu souverainement Bon procède à tout ce qu'il fait avec la plus profonde sagesse, et pour des fins saintes et sublimes.

2) Dieu fait toutes choses avec une suprême Sagesse Toute Sagesse vient de Dieu, Seigneur Souverain, est-il dit au Livre de l'Ecclésiastique ; elle a toujours été avec lui, et elle y est avant les siècles... Et il l'a répandue sur tous ses ouvrages. - Ô Seigneur ! que vos œuvres sont magnifiques ! s'écrie à son tour le Roi-Prophète. Comme vous avez fait toute chose avec Sagesse ! Et il n'en saurait être autrement ; car Dieu, étant la Sagesse infinie et agissant par lui-même, ne peut agir que d'une manière infiniment sage. C'est pourquoi plusieurs Saints Docteurs estiment que, eu égard aux circonstances, toutes ses œuvres sont si accomplies qu'elles ne sauraient l'être davantage, et si bonnes, qu'elles ne sauraient être meilleures. « Nous devons donc - dit l'un d'eux, Saint-Basile - nous bien pénétrer de cette pensée, que nous sommes l'ouvrage du Bon Ouvrier et qu'il nous dispense et nous distribue, avec une Providence très sage, toutes choses grandes et petites ; en sorte que rien ne soit mauvais, rien même que l'on puisse concevoir meilleur ». Les œuvres du Seigneur sont grandes, dit encore le Roi-Prophète ; elles sont proportionnées à toutes ses volontés. Et c'est particulièrement dans cette juste proportion entre les moyens qu'il emploie et la fin qu'il se propose, qu'éclate sa Sagesse. Elle atteint d'une extrémité à l'autre avec force et elle dispose toutes choses avec douceur. Elle gouverne les hommes avec un ordre admirable ; elle les conduit à leur bonheur fortement, mais pourtant sans violence et sans contrainte, avec suavité, mais encore avec circonspection. Ô Dieu ! dit le Sage, comme vous êtes le Dominateur Souverain, vous exercez vos jugements avec une patiente lenteur et vous nous gouvernez avec une grande réserve. Vous êtes doué d'une Puissance infinie à laquelle rien ne peut résister ; cependant vous n'usez point, envers nous, du Pouvoir absolu de votre autorité souveraine ; mais vous nous traitez avec une extrême condescendance, vous daignez, vous accommodant à notre faible nature, placer chacun de nous dans la situation la plus convenable et la plus propre à lui faire opérer son salut. Vous ne disposez même de nous qu'avec réserve, comme de personnes qui sont vos images vivantes et d'une noble origine et auxquelles, vu leur condition, on ne commande point d'un ton absolu ainsi qu'à des esclaves, mais avec égard et ménagement. Vous agissez envers nous, comme dit l'illustre Cantacuzène, avec la même circonspection que l'on met à toucher un riche vase de cristal ou un fragile vase de terre que l'on craint de briser. Faut-il, pour notre bien, nous affliger, nous envoyer quelque maladie, nous faire subir quelque perte, nous soumettre à la douleur ? C'est toujours avec certains égards, avec une sorte de déférence que vous y procédez. Ainsi, un gouverneur châtie d'une manière bien différente le jeune prince dont l'éducation lui est confiée et le valet qui est à son service. Ainsi, le chirurgien chargé de faire l'amputation de quelque membre à un grand personnage redouble d'attention, pour lui faire endurer le moins de douleur possible et seulement autant qu'il est nécessaire pour sa guérison. Ainsi surtout, le père obligé de châtier un fils tendrement chéri ne le fait qu'avec contrainte et parce que le bien de son fils l'exige ; mais la main lui tremble d'émotion et il se hâte de finir. De même, Dieu nous traite comme des créatures nobles qui sont en grande considération auprès de lui, comme des enfants chéris qu'il châtie parce qu'il les aime. Même les épreuves et les châtiments sont des bienfaits de Dieu, des signes de sa Miséricorde. Contemplez, nous dit Saint-Paul, contemplez l'auteur et le consommateur de la foi, Jésus (le Fils unique et bien-aimé en qui le Père a mis toutes ses complaisances)... Pensez donc à Celui qui a supporté une telle contradiction de la part des pécheurs soulevés contre lui, afin que vous ne vous découragiez point et que vous ne laissiez point vos âmes à la défaillance. Car vous n'avez point encore résisté jusqu'au sang (comme il a fait lui-même), en combattant contre le péché, et vous oubliez la consolation que Dieu vous adresse comme à ses enfants, quand il dit : mon fils, ne méprise point le châtiment du Seigneur et, lorsqu'il te reprend, ne te laisse pas abattre. Car le Seigneur châtie ceux qu'il aime et il flagelle quiconque il admet au nombre de ses enfants. Soyez donc persévérants dans les épreuves, puisque Dieu vous traite comme ses fils ; car quel est le fils qui n'est pas corrigé par son père ? En un mot, Dieu n'agit que dans un but très élevé et très Saint, que pour sa Gloire et le bien de ses créatures. Infiniment bon et la Bonté même, il cherche à les perfectionner toutes en les attirant à Lui, en leur communiquant les caractères et les rayons de sa Divinité, autant qu'elles en sont susceptibles. Mais grâce aux liens étroits qu'il a contractés avec nous, par l'union de notre nature avec la sienne, dans la Personne de son Fils, nous sommes, d'une manière plus spéciale encore, l'objet de sa bienveillance et de ses tendres sollicitudes ; et le gant est moins bien ajusté à la main, le fourreau à l'épée, que ce qu'il opère et ordonne, en nous et autour de nous, ne l'est à notre force et à notre portée, de sorte que tout puisse concourir à notre avantage et à notre perfection, si nous voulons coopérer aux vues de sa Providence. Les épreuves sont toujours proportionnées à nos forces. Ne nous troublons donc point dans les adversités dont nous sommes quelquefois assaillis, sachant que, destinées à produire en nous des fruits de salut, elles sont soigneusement mises en rapport avec nos besoins, par la Sagesse de Dieu même qui sait leur donner des bornes, comme il en donne à la mer. Il semble parfois que la mer va, dans sa furie, inonder des contrées entières ; et cependant elle respecte les limites de son rivage, elle vient briser ses flots contre un sable mouvant. Ainsi il n'est aucune tribulation, aucune tentation à qui Dieu n'ait marqué des limites, afin qu'elle serve non pas à nous perdre, mais à nous sauver. Dieu est fidèle, dit l'Apôtre, il ne souffrira pas que vous soyez tentés ou affligés, par-dessus vos forces, mais il est nécessaire que vous le soyez, puisque c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu, à la suite de notre Rédempteur qui a dit de lui-même : ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses et entrât ainsi dans sa Gloire ? Si vous refusiez de recevoir ces tribulations, vous agiriez contre vos meilleurs intérêts. Vous êtes comme un bloc de marbre entre les mains du sculpteur. Il faut que le sculpteur fasse sauter les éclats, qu'il taille, qu'il polisse, pour tirer de son bloc une belle statue. Dieu veut faire de vous sa vivante image ; pensez seulement à bien vous tenir entre ses mains, pendant qu'il travaille sur vous et soyez assuré qu'il ne donnera pas le moindre coup de ciseau qui ne soit nécessaire à ses desseins et qui ne tende à vous sanctifier ; car, comme le dit Saint-Paul, la Volonté de Dieu, c'est votre sanctification.


II


Grands avantages que l'homme retire d'une entière conformité à la Volonté Divine : notre sanctification est donc la fin que Dieu se propose dans toute la conduite qu'il tient à notre égard. Oh ! que n'opérerait-il pas en nous, pour son honneur, et pour notre bien, si nous le laissions faire ! C'est parce que les Cieux ne font aucune résistance aux impressions des esprits qui les gouvernent, que leurs mouvements sont si magnifiques, si réglés et si utiles ; qu'ils publient si hautement la Gloire de Dieu et que, par leurs influences et par la succession invariable des jours et des nuits, ils conservent l'ordre dans tout l'univers. S'ils résistaient à ces impressions et si, au lieu de suivre le mouvement qui leur est donné, ils en suivaient un autre, bientôt ils tomberaient dans le plus étrange désordre et y entraîneraient le monde avec eux. Il en est de même lorsque la volonté de l'homme se laisse gouverner par celle de Dieu : alors tout ce qui est dans ce « petit monde », toutes les facultés de son âme, tous les membres de son corps sont dans la plus parfaite harmonie et le mouvement le plus régulier. Mais il ne tarde pas à perdre tous ces avantages et à tomber dans un désordre extrême, dès que sa volonté s'oppose à celle de Dieu et s'en écarte.

1) Par cette conformité l'homme se sanctifie. En quoi consistent, en effet, la sainteté de l'homme et sa perfection ? « Les uns - dit Saint-François de Sales - la mettent en l'austérité, d'autres en l'aumône, d'autres en la fréquentation des Sacrements, d'autres en l'oraison. Pour moi, je ne connais point d'autre perfection que d'aimer Dieu de tout son cœur. Sans cet amour, tout l'amas des vertus n'est qu'un monceau de pierres », qui attendent leur mise en oeuvre et leur couronnement. Cette doctrine ne saurait faire de doute pour personne. L'Écriture en est pleine. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là, dit Notre-Seigneur Jésus-Christ, le premier et le plus grand commandement. - Par-dessus toutes choses, dit Saint-Paul, ayez la charité qui est le lien de la perfection. Or, de même que ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait dans toutes les vertus, c'est d'aimer Dieu, « de même aussi - dit, après Saint-Chrysostome, le P. Rodriguez - ce qu'il y a de plus sublime, de plus pur et de plus exquis dans cet amour, c'est de se conformer absolument à la Volonté Divine et de n'avoir, en toutes choses, d'autre volonté que celle de Dieu ». Car, comme l'enseignent les théologiens et les moralistes, avec Saint-Denys l'Aréopagite et Saint-Jérôme, « le principal effet de l'amour est d'unir les cœurs de ceux qui s'aiment, en sorte qu'ils aient la même volonté ». Ainsi, plus nous sommes soumis aux desseins de Dieu sur nous, plus nous avançons vers la perfection ; venons-nous à y résister, nous retournons en arrière. Sainte-Thérèse, l'une des lumières de son siècle, disait à ses religieuses: « Celui qui s'applique à l'oraison doit uniquement se proposer de mettre tous ses soins à conformer sa volonté à celle de Dieu. Et soyez assurées que c'est dans cette conformité que consiste la plus haute perfection que nous puissions acquérir, et que celui qui s'y adonnera avec le plus de soin sera favorisé des plus grands dons de Dieu et fera les plus rapides progrès dans la vie intérieure. Non, ne croyez pas qu'il y ait d'autres secrets ; c'est en cela que tout notre bien consiste ». On rapporte que la bienheureuse Stéphanie de Soncino, religieuse dominicaine, fut un jour, en esprit, transportée au Ciel pour y contempler la félicité des Saints. Elle y vit leurs âmes mêlées aux chœurs des Anges, selon le degré des mérites de chacune. Elle remarqua même, parmi les Séraphins, plusieurs personnes qu'elle avait connues avant leur mort : ayant alors demandé pourquoi ces âmes étaient élevées à un si haut degré de gloire, il lui fut répondu que c'était à cause de la conformité et de la parfaite union de leur volonté avec celle de Dieu, pendant qu'elles vivaient sur la terre. Or, si cette conformité à la Volonté de Dieu élève dans le Ciel les âmes au plus haut degré de gloire, qui est celui des Séraphins, il faut nécessairement en conclure qu'elle les élève, ici-bas, au plus haut degré de grâce et qu'elle est le fondement de la perfection la plus sublime où l'homme puisse atteindre. La soumission entière de sa volonté étant donc le sacrifice le plus agréable, le plus glorieux à Dieu qu'il soit donné à l'homme de lui offrir, étant l'acte le plus parfait de la charité, il est hors de doute que celui qui pratique cette soumission acquiert, à chaque instant, des trésors inestimables et qu'en peu de jours il amasse plus de richesses que d'autres en plusieurs années et par beaucoup de travail. L'histoire célèbre d'un Saint religieux, rapportée par Césaire, nous en offre un exemple bien remarquable. Ce Saint homme ne différait nullement, dans les choses extérieures, des autres religieux qui habitaient le même monastère, et cependant, il avait atteint un si haut degré de perfection et de Sainteté, que le seul attouchement de ses habits guérissait les malades. Son Supérieur lui dit un jour qu'il s'étonnait fort que, ne jeûnant, ne veillant, ne priant pas plus que les autres religieux, il fît tant de miracles. Et il lui en demanda la cause. - Le bon religieux répondit qu'il en était encore plus étonné lui-même et qu'il ne connaissait point de raison à cela ; que, toutefois, s'il en pouvait soupçonner une, c'était que toujours il avait pris grand soin de vouloir tout ce que Dieu voulait et qu'il avait obtenu du Ciel cette grâce de perdre et de fondre tellement sa volonté dans celle de Dieu, qu'il ne faisait rien sans son mouvement, ni dans les grandes, ni dans les petites choses. La prospérité, ajoutait-il, ne m'élève point, l'adversité ne m'abat pas davantage ; car j'accepte tout indifféremment de la main de Dieu, sans rien examiner. Je ne demande point que les choses se fassent comme je pourrais naturellement le désirer, mais qu'elles arrivent absolument comme Dieu les veut, et toutes mes prières ont ce seul but : que la Volonté Divine s'accomplisse parfaitement en moi et en toutes les créatures. - Eh quoi ! mon frère, lui dit le Supérieur, ne fûtes-vous donc pas ému, l'autre jour, quand notre ennemi brûla notre grange, avec le blé et le bétail qui s'y trouvaient en réserve pour les besoins de la communauté ? - Non, mon Père, répondit le Saint homme, au contraire, j'ai coutume, en ces sortes d'événements, de rendre grâces à Dieu, dans la persuasion où je suis qu'il les permet pour sa gloire et notre plus grand bien. Et je ne m'inquiète point si nous avons peu ou beaucoup pour notre entretien, sachant bien que si nous avons pleine confiance en lui, Dieu pourra tout aussi facilement nous nourrir avec un petit morceau de pain qu'avec un pain entier. Dans cette disposition, je suis toujours content et joyeux, quoi qu'il arrive. Le Supérieur ne s'étonna plus, dès lors, de voir ce religieux opérer des miracles. En effet, n'est-il pas écrit : le Seigneur fera la volonté de ceux qui le craignent ; il exaucera leur prière et les sauvera ; le Seigneur garde tous ceux qui l'aiment. Et ailleurs : nous savons que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu.

2) La conformité à la Volonté de Dieu rend l'homme heureux dès cette vie. La conformité de notre volonté à celle de Dieu ne se borne point à opérer notre sanctification, elle a encore pour effet de nous rendre heureux dès ici-bas. C'est par elle que l'on acquiert le plus parfait repos qu'il soit possible de goûter dans cette vie, elle est le moyen de faire de la terre un paradis anticipé. On en a déjà pu voir un exemple dans la petite introduction placée en tête de cet opuscule. Alphonse le Grand, roi d'Aragon et de Naples, prince très sage et très instruit avait, lui aussi, fort bien compris cette vérité. On lui demandait un jour quelle était la personne qu'il estimait la plus heureuse en ce monde. - Celle, répondit le roi, qui s'abandonne entièrement à la conduite de Dieu et qui reçoit tous les événements, heureux ou malheureux, comme venant de sa main. Si vous eussiez été attentifs à mes commandements, disait le Seigneur aux Juifs, vous auriez nagé dans un fleuve de paix. Eliphaz, l'un des trois amis de Job, lui disait pareillement : Soumettez-vous à Dieu et vous aurez la paix... Le Tout-Puissant se déclarera contre vos ennemis et remplira votre coeur de délices. Ce fut encore ce que chantèrent les anges à la naissance du Sauveur : Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté. Quels sont ces hommes de bonne volonté, sinon ceux qui ont une volonté conforme à celle qui est souverainement bonne, je veux dire la Volonté de Dieu ? Toute volonté autrement disposée serait donc infailliblement mauvaise et, par conséquent, ne saurait procurer la paix promise aux hommes de bonne volonté. En effet, pour que nous puissions jouir du calme et de la paix, il faut que rien ne s'oppose à notre volonté, que tout arrive selon nos désirs. Mais quel est celui qui peut prétendre à un tel bonheur, excepté celui-là seul dont la volonté est en tout conforme à la Volonté Divine ? Rappelez-vous que je suis Dieu et qu'il n'y a point d'autre Dieu que moi, dit le Seigneur, par la bouche du prophète Isaïe. C'est moi qui annonce dès le commencement ce qui doit avoir lieu à la fin, qui prédis les choses longtemps avant qu'elles arrivent. Et toutes mes résolutions auront leurs effets et toutes mes volontés s'accompliront. À escrimer contre Dieu on perd son estime, dit-on, vulgairement. Toute volonté qui tente de s'opposer à la Volonté Divine est nécessairement vaincue et brisée, et au lieu de paix et de bonheur, elle ne retire de sa tentative qu'humiliation et amertume. Dieu est Sage et Tout-Puissant ; qui lui a jamais résisté et est demeuré en paix ? Celui-là donc, et lui seul, possède cette bienheureuse paix de Dieu qui surpasse tout sentiment, dont la volonté est parfaitement conforme, unie à celle de Dieu. Lui seul peut dire comme Dieu lui-même, que toutes ses volontés s'accomplissent ; parce que voulant tout ce que Dieu veut et ne voulant que cela, il a vraiment toujours tout ce qu'il veut et n'a que ce qu'il veut. Quoi qu'il arrive au juste, dit le Sage, rien ne saurait le contrister, altérer la sérénité de son âme, parce que rien ne lui arrive contre son gré et que rien au monde ne peut rendre un homme malheureux malgré lui. « Nul n'est malheureux - dit l'éloquent Salvien - par le sentiment d'autrui, mais par le sien propre, et l'on ne doit point regarder faussement comme malheureux ceux qui sont réellement heureux dans leur opinion et par le témoignage de leur conscience. Pour moi, j'estime que personne au monde n'est plus heureux que les justes, les hommes vraiment religieux, à qui il n'arrive que ce qu'ils souhaitent. - Cependant ils sont humiliés, méprisés ? - Ils le veulent être. Ils sont pauvres ? Ils se plaisent dans leur pauvreté... Ils sont donc toujours heureux, quoi qu'il arrive ; car personne ne saurait être plus heureux et content que ceux qui, au milieu même des plus grandes amertumes, sont dans l'état où ils veulent être ». Sans doute, dans cet état, l'homme n'en ressent pas moins vivement l'aiguillon de la douleur, mais elle ne l'atteint que dans la partie inférieure de son être, sans pouvoir pénétrer jusqu'à la partie supérieure où repose l'esprit. Il en est des âmes parfaitement résignées et soumises, toute proportion gardée, comme de Notre-Seigneur qui, déchiré de coups et cloué à un gibet, ne laissait pas d'être bienheureux ; lui qui, d'une part, plongé, noyé dans l'abîme de tous les maux qu'il est possible de souffrir en ce monde était, de l'autre, comblé d'une joie ineffable, infinie. Sans doute encore, on ne saurait disconvenir qu'il n'y ait, dans notre nature, une opposition, l'on peut dire inconciliable, entre l'idée de souffrance, d'humiliation, d'opprobre ou même de pauvreté et l'idée de bonheur. Aussi est-ce un miracle de la grâce que l'on puisse, tout en étant sous le poids de pareils maux, se trouver heureux et content. Mais ce miracle sera toujours miséricordieusement accordé aux sacrifices de quiconque voudra se dévouer à l'accomplissement, en toutes choses, de la Volonté Divine ; car il est de l'Honneur et de la Gloire de Dieu que ceux qui s'attachent généreusement à son service soient contents de leur sort. On pourrait peut-être me demander comment il est possible d'accorder cette doctrine avec la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ : si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et me suive. - Je répondrai que, si le Divin Maître exige, en cet endroit, que ses disciples renoncent à eux-mêmes et qu'ils portent la croix à sa suite, ailleurs il s'engage et avec serment, à leur donner, par un miracle de sa Toute-Puissance, outre la vie éternelle, le centuple, dès ici-bas, de toutes les choses auxquelles ils renonceront pour lui plaire. De plus, il promet d'adoucir le fardeau de sa croix jusqu'à le rendre léger ; car il ne se borne point à affirmer que son joug est doux, il ajoute que son fardeau même est léger. Si donc nous n'expérimentons pas la douceur du joug de Jésus, ni l'allègement du fardeau de la croix qu'il nous impose, c'est nécessairement parce que nous n'avons pas encore bien fait abnégation de notre volonté, que nous n'avons pas complètement renoncé à toutes nos vues humaines, pour ne plus apprécier les choses que par la lumière de la foi. Cette Divine Lumière nous ferait rendre grâces à Dieu en toutes choses, ainsi que Saint-Paul nous apprend qu'il l'exige de nous ; elle serait pour nous le principe de cette joie ineffable que le grand Apôtre nous recommande d'avoir en tout temps. Histoire du P. Taulère : le P. Taulère, pieux et savant religieux de l'ordre de Saint-Dominique, rapporte à ce sujet un exemple touchant. Animé du vif désir de faire des progrès dans la vertu et ne se fiant pas à son savoir, il conjurait le Seigneur, déjà depuis huit ans, de lui envoyer quelqu'un de ses serviteurs qui lui enseignât le chemin le plus sûr et le plus court de la vraie perfection. Un jour qu'il ressentait ce désir plus vivement encore et qu'il redoublait ses supplications, une voix se fit entendre qui lui disait : « Va à telle église et tu trouveras celui que tu cherches ». Le pieux docteur part aussitôt. Arrivé près de l'église indiquée, il trouve à la porte un pauvre mendiant à demi-couvert de haillons, les pieds nus et souillés de boue, d'un aspect tout à fait digne de pitié et qui semble devoir être plus occupé d'obtenir des secours temporels que propre à donner des avis spirituels. Cependant Taulère l'aborde et lui dit: « Bonjour, mon ami ». - « Maître - répond le mendiant - je vous remercie de votre souhait ; mais je ne me souviens pas d'avoir jamais eu de mauvais jours ». - « Eh bien ! - reprend Taulère - que Dieu vous accorde une vie heureuse ». - « Oh ! - dit le mendiant - grâce au Seigneur, j'ai toujours été heureux ! je ne sais pas ce que c'est que d'être malheureux ». - « Plaise à Dieu, mon frère - reprend de nouveau Taulère étonné - qu'après le bonheur dont vous dites que vous jouissez, vous parveniez encore à la félicité éternelle. Mais je vous avoue que je ne saisis pas très bien le sens de vos paroles, veuillez donc me l'expliquer plus clairement ». « Écoutez - poursuit le mendiant - non, ce n'est point sans raison que je vous ai dit que je n'ai jamais eu de mauvais jours, les jours ne sont mauvais que quand nous ne les employons point à rendre à Dieu, par notre soumission, la gloire que nous lui devons ; ils sont toujours bons si, quelque chose qu'il nous arrive, nous les consacrons à le louer, et nous le pouvons toujours avec la grâce. Je suis, comme vous voyez, un pauvre mendiant tout infirme et réduit à une extrême indigence, sans aucun appui ni abri dans le monde, je me vois soumis à bien des souffrances et à bien des misères de toute sorte. Eh bien ! lorsque je ne trouve pas d'aumônes et que j'endure la faim, je loue le bon Dieu ; quand je suis importuné par la pluie ou la grêle ou le vent ou la poussière et les insectes, tourmenté par la chaleur ou par le froid, je bénis le bon Dieu ; quand les hommes me rebutent et me méprisent, je bénis et glorifie le Seigneur. Mes jours ne sont donc pas mauvais, car ce ne sont point les adversités qui rendent les jours mauvais ; ce qui les rend tels c'est notre impatience, laquelle provient de ce que notre volonté est rebelle, au lieu d'être toujours soumise et de s'exercer, comme elle le doit, à honorer et à louer Dieu continuellement. « J'ai dit, en outre, que je ne sais ce que c'est que d'être malheureux, qu'au contraire, j'ai toujours été heureux. Cela vous étonne. Vous allez en juger vous-même. N'est-il pas vrai que nous nous estimerions tous très heureux, si les choses qui nous arrivent étaient tellement bonnes et favorables qu'il nous fût impossible de rien souhaiter de mieux, de plus avantageux ? Que nous tiendrions pour bienheureuse une personne dont toutes les volontés s'accompliraient sans obstacles, dont tous les désirs seraient toujours satisfaits ? Sans doute, aucun homme ne saurait, en vivant selon les maximes du monde, arriver à cette félicité parfaite ; il est même réservé aux habitants du Ciel, consommés dans l'union de leur volonté avec celle de Dieu, de posséder pleinement une telle béatitude. Cependant, nous sommes appelés à y participer dès ici-bas, et c'est au moyen de la conformité de notre volonté à la Volonté de Dieu qu'il nous est donné d'avoir ainsi part à la félicité des élus. La pratique de cette conformité est, en effet, toujours accompagnée d'une paix délicieuse, qui est comme un avant-goût du bonheur céleste. Et il n'en peut être autrement, car celui qui ne veut que ce que Dieu veut ne rencontre plus aucun obstacle à sa volonté, tous ses désirs, n'ayant rien que de conforme au bon plaisir de Dieu, ne sauraient manquer d'être satisfaits ; il est donc bienheureux. « Hé ! mon Père, tel que vous me voyez, je jouis toujours de ce bonheur. Rien ne vous arrive, vous le savez, que Dieu ne le veuille ; et ce que Dieu veut est toujours ce qu'il y a de mieux pour nous. Je dois donc m'estimer heureux, quoi que ce soit que je reçoive de Dieu ou que Dieu permette que je reçoive des hommes. Et comment n'en serais-je pas heureux, persuadé comme je le suis, que ce qui m'arrive est précisément ce qu'il y a pour moi de plus avantageux et de plus à propos ? Je n'ai qu'à me rappeler que Dieu est mon Père infiniment Sage, infiniment Bon et Tout-Puissant qui sait bien ce qui convient à ses enfants et ne manque pas de le leur donner. Ainsi, que les choses qui m'arrivent répugnent aux sentiments de la nature ou qu'elles les flattent, qu'elles soient assaisonnées de douceur ou d'amertume, favorables ou nuisibles à la santé, qu'elles m'attirent l'estime ou le mépris des hommes, je les reçois comme ce qu'il y a, dans la circonstance, de plus convenable pour moi et j'en suis aussi content que peut l'être celui dont tous les goûts sont pleinement satisfaits. Voilà comment tout m'est un sujet de joie et de bonheur ». Emerveillé de la profonde sagesse et de la haute perfection de ce mendiant, le théologien lui demande : « D'où venez-vous ? - Je viens de Dieu, répond le pauvre. - Vous venez de Dieu ! et où l'avez-vous rencontré ? - Là où j'ai quitté les créatures. - Et où demeure-t-il ? - Dans les cœurs purs et les âmes de bonne volonté. - Mais, qui êtes-vous donc ? - Je suis roi. - Ha ! où est votre royaume ? - Là-haut, dit-il, en montrant le ciel ; celui-là est roi, qui possède un titre certain au Royaume de Dieu, son Père. - Quel est, demande enfin Taulère, le maître qui vous a enseigné une si belle doctrine ? Comment l'avez-vous acquise ? - Je vais vous le dire, répond le mendiant : je l'ai acquise en évitant de parler aux hommes, pour m'entretenir avec Dieu dans la prière et la méditation ; mon unique soin est de me tenir constamment et intimement uni à Dieu et à sa Volonté Sainte. C'est là toute ma science et tout mon bonheur ». Taulère savait désormais ce qu'il voulait savoir. Il prit congé de son interlocuteur et s'éloigna. « J'ai donc enfin trouvé - dit-il, une fois livré à ses réflexions - j'ai enfin trouvé celui que je cherchais depuis si longtemps. Oh ! combien elle est vraie la parole de Saint-Augustin : voilà que les ignorants se lèvent et ravissent le Ciel ; et nous, avec notre science aride, nous restons embourbés dans la chair et le sang ».

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