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  • : IHS. Parousie, blog de Patrick ROBLES
  • IHS. Parousie, blog de Patrick ROBLES
  • : Prières, neuvaines, poèmes, religion chrétienne
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  • Patrick ROBLES le Franc-Comtois
  • O Dieu ! Aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions. Have mercy upon me, O God, according to thy lovingkindness: according unto the multitude of thy tender mercies blot out my transgressions. Ps 51 (50)
  • O Dieu ! Aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions. Have mercy upon me, O God, according to thy lovingkindness: according unto the multitude of thy tender mercies blot out my transgressions. Ps 51 (50)

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 16:44

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"Le Crucifix"

 

Depuis ce jour, pareille au damné qui rend compte,

La morne humanité, sur qui pèse la honte

Des justes condamnés et des méchants absous,

Est comme renversée en arrière au-dessous

D'une vision triste, éternelle et terrible.

Un Calvaire apparaît dans la nuée horrible

Que tout le genre humain regarde fixement ;

Une lividité de crâne et d'ossement

Couvre ce mont difforme où monte un homme pâle ;

L'homme porte une croix, et l'on entend son râle,

Ses pieds dans les cailloux saignent, ses yeux noyés

Pleurent, pleins de crachats qu'on n'a pas essuyés,

Le sang colle et noircit ses cheveux sur sa tempe ;

 

 

Et l'homme, que la croix accable, tombe, rampe,

Se traîne, et sur ses mains retombe, et par moment

Ne peut plus que lever son front lugubrement.

Et l'oeil du genre humain frémissant continue

De regarder monter cet homme dans la nue.

Une tourbe le suit ; il arrive au plateau ;

D'infâmes poings crispés arrachent son manteau ;

Cris féroces ; va donc ! pas de miséricorde ;

Il va, montrant son dos rouge de coups de corde,

Hué par l'aboiement et mordu par les crocs

D'on ne sait quel vil peuple, envieux des bourreaux ;

Au milieu des affronts il est comme une cible.

On étend l'homme, nu comme un Adam terrible,

Sur le gibet qu'il a traîné dans le chemin ;

On enfonce des clous dans ses mains ; chaque main

Jette un long flot de sang à celui qui la cloue,

Et le bourreau blasphème en essuyant sa joue ;

La foule rit. On cloue après les mains, les pieds ;

Le marteau maladroit meurtrit ses doigts broyés ;

 

 

On appuie à son front la couronne d'épines ;

Puis, entre deux bandits expiant leurs rapines,

On élève la croix en jurant, en frappant,

En secouant le corps qui se disloque et pend ;

Le sang le long du bois en ruisseaux rouges coule ;

Et la mère est en bas qui gémit ; et la foule

Rit : - Voyons, dieu Jésus, descends de cette croix ; -

Une éponge de fiel se dresse. - As-tu soif ? bois ; -

Le peuple horrible a l'air du loup dans le repaire ;

Et le grand patient dit : - Pardonnez-leur, Père,

Car ces infortunés ne savent ce qu'ils font.

Et voici que la terre avec le ciel se fond.

Nuit! ô nuit ; tout frémit, même le prêtre louche.

Et soudain, à ce cri qui sort de cette bouche :

- Elohim ; Elohim ; lamma sabacthani ! -

On voit un tremblement au fond de l'infini,

 

Et comme un blême éclair qui tressaille et qui sombre

Dans l'immobilité formidable de l'ombre.

 

 

Jesus-aurora-borealis--parousie.over-blog.fr.jpg

 

 

Et pendant que les coeurs, les mains jointes, les yeux,

Sont éperdus devant ce gibet monstrueux,

Pendant que, sous la brume épouvantable où tremble

Ce crime qui contient tous les crimes ensemble,

Brume où Judas recule, où chancelle la croix,

Où le centurion s'étonne et dit : je crois ;

Pendant que, sous le poids de l'action maudite,

Sous Dieu saignant, l'effroi du genre humain médite,

Des voix parlent, on voit des songeurs bégayants,

La pitié se déchire en récits effrayants.

La tradition, fable errante qu'on recueille,

Entrecoupée ainsi que le vent dans la feuille,

Apparaît, disparaît, revient, s'évanouit,

Et, tournoyant sur l'homme en cette étrange nuit,

La légende sinistre, éparse dans les bouches,

Passe, et dans le ciel noir vole en haillons farouches ;

Si bien que cette foule humaine a la stupeur

Du fait toujours présent là-haut dans la vapeur,

Vrai, réel, et pourtant traversé par des rêves.

 

« Comme il montait, suant et piqué par les glaives,

« Une femme eut pitié, le voyant prêt à choir,

« Et l'essuya, posant sur son iront un mouchoir ;

« Or, quand elle rentra chez elle, cette femme

« Vit sur le mouchoir sombre une face de flamme. »

 

« Comme il continuait de monter, tout en sang,

« Il s'arrêta, livide, épuisé, fléchissant

« Sous la croix exécrée et l'infâme anathème,

« Un homme lui cria : marche ; - Marche toi-même,

« Dit Jésus-Christ. Et l'homme est errant à jamais. »

 

« Un des voleurs lui dit : - Faux dieu ; tu blasphémais !

« Es-tu dieu ; Sauve-nous et sauve-toi toi-même ;

« L'autre voleur cria : - Jésus ; je crois ! je t'aime !

« Souviens-toi qu'un mourant s'est à toi confié !

« Alors, levant ses yeux vers ce crucifié,

« Jésus agonisant parvint à lui sourire :

« - Homme, pour avoir dit ce que tu viens de dire,

« O voleur sur la croix misérable expirant,

« Tu vas entrer aux cieux, et tu seras plus grand

« Qu'un empereur portant la couronne et le globe. »

 

« Ils se sont partagé le manteau, mais la robe

« N'ayant pas de couture, ils l'ont jouée aux dés. »

 

« De six à neuf, les monts furent d'ombre inondés ;

« Toute la terre fut couverte de ténèbres ;

« Comme si quelque main eût ployé ses vertèbres,

« Il baissa tout à coup la tête, et dans ses yeux

« Lugubres apparut la profondeur des cieux ;

« Et, poussant un grand cri, Jésus expira. L'ombre

« Monta, fumée infâme, aux étoiles sans nombre ;

« Dans le temple, les boeufs d'airain firent un pas,

« Le voile se fendit en deux du haut en bas.

« Hors des murs, il se fit un gouffre où se dressèrent

« D'affreux êtres sur qui les rochers se resserrent

« Et que la vaste fange inconnue enfouit ;

« Et tout devint si noir que tout s'évanouit ;

« Les sépulcres, s'ouvrant subitement, restèrent

« Béants, montrant leur cave où les taupes déterrent

« Les squelettes couchés dans des draps en lambeaux ;

« Des morts pâles, étant sortis de leurs tombeaux,

« Furent vus par plusieurs personnes dans la ville. »

 

Ainsi sur ce troupeau frémissant, immobile,

Lugubre et stupéfait, qu'on nomme Humanité,

Tombent, du fond de l'ombre et de l'éternité,

On ne sait quels lambeaux de chimère et d'histoire

Et de songe, où l'enfer mêle sa lueur noire.

Et l'on a peur du ciel qui saigne à l'orient.

Et l'ouragan est plein de spectres s'écriant :

O nations ; le meurtre éternel se consomme ;

Et, parmi tous les mots que peut prononcer l'homme

Pas un, si frissonnant qu'il fût, ne suffirait

A peindre cette horreur de tombe et de forêt,

Le sourd chuchotement des quatre évangélistes,

Et l'agitation des grandes ailes tristes

Qu'en ce gouffre de deuil et de rébellion

Dressent l'aigle, le boeuf, l'archange et le lion.

 

Dix-huit cents ans ont pu s'écouler sans que l'homme,

Autour duquel mouraient Byzance, Athène et Rome,

Et passait Charlemagne et montait Mahomet,

Ait quitté du regard cette croix, ce sommet,

Cette blancheur sanglante, et ces lueurs divines

Sous l'entrelacement monstrueux des épines ;

Et sans qu'il ait cessé d'entendre un seul moment

L'immense cri jeté dans le noir firmament,

Et lisible à jamais sur ce sombre registre,

Et le déchirement du grand voile sinistre,

Et dans l'obscurité consciente, au-dessus

De ce gibet où pend l'être appelé Jésus,

Au-dessus des songeurs étudiant les bibles,

Le sanglot effrayant des bouches invisibles.

 

Quand donc pourra-t-on dire : Hommes, le mal n'est plus ;

Quand verra-t-on finir le flux et le reflux ;

O nuit ! ce qui sortit de Jésus, c'est Caïphe.

 

Le tigre, ayant encor de ce sang à la griffe,

Remonta sur l'autel et dit : je suis l'agneau.

Christ, ce libérateur, ne brisa qu'un anneau

De la chaîne du mal, du meurtre et de la guerre ;

Lui mort, son dogme, hélas ! servit à la refaire ;

La tiare s'accrut de son gibet. Jésus,

Dans les cieux au-delà du sépulcre aperçus,

S'en alla, comme Abel, comme Job, comme Elie ;

Quand il eut disparu, l'oeuvre étant accomplie,

En même temps qu'au loin se répandait sa loi :

« - Vivez ! aimez ; marchez ! délivrez ! ayez foi ! - »

Le serpent relevait son front dans les décombres,

Et l'on vit, ô frisson ! ô deuil ! des prêtres sombres

Aiguiser des poignards à ses préceptes saints,

Et de l'assassiné naître des assassins !

Ghisleri, Borgia, Caraffa, Dominique !... -

Faites donc que jamais l'homme ne soit inique,

Et que jamais le prêtre, impie et solennel,

N'emploie à quelque usage infâme l'Eternel !

 

La flagellation du Christ n'est pas finie.

Tout ce qu'il a souffert dans sa lente agonie,

Au mont des oliviers et dans les carrefours,

Sous la croix, sur la croix, il le souffre toujours.

Après le Golgotha, Jésus, ouvrant son aile,

A beau s'être envolé dans l'étoile éternelle ;

il a beau resplendir, superbe et gracieux,

Dans la sérénité magnifique des cieux,

Dans la gloire, parmi les archanges solaires,

Au-dessus des douleurs, au-dessus des colères,

Au-dessus du nuage âpre et confus des jours ;

Chaque fois que sur terre et dans nos temples sourds

Et dans nos vils palais, des docteurs et des scribes

Versent sur l'innocent leurs lâches diatribes,

Chaque fois que celui qui doit enseigner, ment,

Chaque fois que d'un traître il jaillit un serment,

Chaque fois que le juge, après une prière,

Jette au peuple ce mot : Justice ! et, par-derrière,

Tend une main hideuse à l'or mystérieux,

Chaque fois que le prêtre, époussetant ses dieux,

Chante au crime Hosanna, bat des mains aux désastres,

Et dit : gloire à César ! Là-haut, parmi les astres,

Dans l'azur qu'aucun souffle orageux ne corrompt,

Christ frémissant essuie un crachat sur son front.

 

 

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- Torquemada, j'entends le bruit de ta cognée.

Tes bras sorti nus, ta face est de sueur baignée ;

À quoi travailles-tu seul dans ton noir sentier ; -

Torquemada répond : - Je suis le charpentier.

Et j'ai la hache au poing dans ce monde où nous sommes.

- Qu'est-ce donc que tu fais ; - Un bûcher pour les hommes

- Avec quel bois ; - Avec la croix de Jésus-Christ.

 

 

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Tomás de Torquemada

Moine dominicain espagnol

Grand Inquisiteur

 

 

 

Après avoir courbé sous la loi qui flétrit

Et sous la loi qui tue, hélas ! cet être auguste,

Après avoir cloué sur le gibet ce juste

D'où ruisselle le sang et d'où le pardon sort,

Devant l'obscurité des sentences de mort,

Devant l'affreux pouvoir d'ôter la vie, et d'être

Celui qui fait mourir, mais qui ne fait pas naître,

Devant le tribunal, devant le cabanon,

Devant le glaive, l'homme a-t-il reculé ? non.

Sous cette croix que charge une horreur inconnue,

Ce qu'on nomme ici-bas Justice, continue.

Ce spectre aveugle et sourd, dont l'ombre est le manteau,

A peine se souvient d'avoir à ce poteau

Attaché cette immense innocence étoilée.

En présence du bien, du mal, dans la mêlée

Des fautes, des erreurs, où le juste périt,

Pas un juge n'a peur de ce mot : Jésus-Christ !

Le Calvaire n'a point découragé la Grève ;

Montfaucon à côté du Golgotha s'élève ;

Et le Messie a pu mourir sans éclairer.

L'homme n'a pas cessé de se dénaturer

Dans le tragique orgueil de condamner son frère.

L'ouverture hideuse, infâme, téméraire,

Du sépulcre au milieu des lois, c'est là le port ;

Et le noir genre humain s'abrite dans la mort.

Tristes juges ! ô deuil ! quoi ! pas un ne s'arrête !

Le grand spectre qui porte au-dessus de sa tête

L'écriteau ténébreux et flamboyant : INRI,

Pâle, éploré, sanglant, fouetté, percé, meurtri,

Pend devant eux au bois de la croix douloureuse,

Tandis que chaque mot prononcé par eux, creuse

Une fosse dans l'ombre et dresse un échafaud :

A mort cet homme ! à mort cette femme ! il le faut !

A mort le fils du peuple ! à mort l'enfant du chaume !

- Vous ne voyez donc pas mes clous ! dit le fantôme.

 

Et que de justes morts ! Que de bons condamnés !

Que de saints, d'un arrêt infâme couronnés !

O martyre ! escalade horrible du supplice !

Le meurtre fier, sacré, public ; la loi complice !

Flots du sang innocent ! Si, sur quelque sommet,

L'homme des anciens jours, Jacob se rendormait,

il reverrait encore une ascension d'anges,

Pensifs, purs, tout baignés de lumières étranges,

Montant l'un après l'autre, ayant de l'orient

Et de l'immensité sur leur front souriant,

Ceux-ci levant leurs mains, ceux-là dressant leur aile,

Calmes, éblouissants, sereins, et cette échelle,

Soeur de celle que l'ombre à ses yeux dérobait,

Hélas, n'aboutit pas au ciel, mais au gibet.

 

 

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Oh ! puisque c'est ainsi que les choses sont faites,

Puisque toujours la terre égorge ses prophètes,

Qu'est-ce qu'on doit penser et croire, ô vastes cieux !

Contre la vérité le prêtre est factieux ;

Tous les cultes, soufflant l'enfer de leurs narines,

Mâchent des ossements mêlés à leurs doctrines ;

Tous se sont proclamés vrais sous peine de mort ;

Pas un autel sur terre, hélas, n'est sans remord.

Les faux dieux ont partout laissé leur cicatrice

A la nature, sainte et suprême matrice ;

Partout l'homme est méchant, coeur vil sous un oeil fier,

Et mérite la chute immense de l'éclair ;

Toute divinité dans ses mains dégénère

En idole, et devient digne aussi du tonnerre.

Qui donc a tort ; qui donc a raison; que penser ;

Dieu semble chaque jour plus avant s'enfoncer

Dans la profondeur sourde et fatale du vide ;

Le Zend est ténébreux ; le Talmud est livide ;

Nul ne sait ce qu'un temple, et le dieu qu'on y sent,

Aime mieux voir fumer, de l'encens, ou du sang ;

Toute église a le meurtre infiltré dans ses dalles ;

Les chaires font en bas d'inutiles scandales,

Les foudres font en haut d'inutiles éclairs ;

Ce qu'on doit faire avec ce qu'on doit croire, hélas !

Presque toujours conteste et rarement s'accorde.

L'abîme profond s'ouvre; un dogme est une corde

Qui pend dans l'ombre énorme et se perd dans le puits.

 

Ainsi mourut Jésus ; et les peuples depuis,

Atterrés, ont senti que l'inconnu lui-même

Leur était apparu dans cet Homme Suprême,

Et que son évangile était pareil au ciel.

Le Golgotha, funeste et pestilentiel,

Leur semble la tumeur difforme de l'abîme ;

Fauve, il se dresse au fond mystérieux du crime ;

Et le plus blême éclair du gouffre est sur ce lieu

Où la religion, sinistre, tua Dieu."

 

Recueil « La fin de Satan » (1854-1862), III – « LE CRUCIFIX », Victor Hugo.

 

 

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"Le Crucifix"

Alphonse de Lamartine

 

"Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante

Avec son dernier souffle et son dernier adieu,

Symbole deux fois saint, don d'une main mourante,

Image de mon Dieu !

 

Que de pleurs ont coulé sur tes pieds, que j'adore,

Depuis l'heure sacrée où, du sein d'un martyr,

Dans mes tremblantes mains tu passas, tiède encore

De son dernier soupir !

 

Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme ;

Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort,

Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme

A l'enfant qui s'endort.

 

De son pieux espoir son front gardait la trace,

Et sur ses traits, frappés d'une auguste beauté,

La douleur fugitive avait empreint sa grâce,

La mort sa majesté.

 

Le vent qui caressait sa tête échevelée

Me montrait tour à tour ou me voilait ses traits,

Comme l'on voit flotter sur un blanc mausolée

L'ombre des noirs cyprès.

 

Un de ses bras pendait de la funèbre couche,

L'autre, languissamment replié sur son coeur,

Semblait chercher encore et presser sur sa bouche

L'image du Sauveur.

 

Ses lèvres s'entr'ouvraient pour l'embrasser encore,

Mais son âme avait fui dans ce divin baiser,

Comme un léger parfum que la flamme dévore

Avant de l'embraser.

 

Maintenant tout dormait sur sa bouche glacée,

Le souffle se taisait dans son sein endormi,

Et sur l'oeil sans regard la paupière affaissée

Retombait à demi.

 

Et moi, debout, saisi d'une terreur secrète,

Je n'osais m'approcher de ce reste adoré,

Comme si du trépas la majesté muette

L'eût déjà consacré.

 

Je n'osais !... mais le prêtre entendit mon silence,

Et, de ses doigts glacés prenant le crucifix :

"Voilà le souvenir, et voilà l'espérance :

Emportez-les, mon fils !"

 

Oui, tu me resteras, ô funèbre héritage !

Sept fois depuis ce jour l'arbre que j'ai planté

Sur sa tombe sans nom a changé son feuillage :

Tu ne m'as pas quitté.

 

Placé près de ce coeur, hélas ! où tout s'efface,

Tu l'as contre le temps défendu de l'oubli,

Et mes yeux, goutte à goutte, ont imprimé leur trace

Sur l'ivoire amolli.

 

O dernier confident de l'âme qui s'envole,

Viens, reste sur mon coeur ! parle encore, et dis-moi

Ce qu'elle te disait quand sa faible parole

N'arrivait plus qu'à toi.

 

A cette heure douteuse où l'âme recueillie,

Se cachant sous le voile épaissi sur nos yeux,

Hors de nos sens glacés pas à pas se replie,

Sourde aux derniers adieux ;

 

Alors qu'entre la vie et la mort incertaine,

Comme un fruit par son poids détaché du rameau,

Notre âme est suspendue et tremble à chaque haleine

Sur la nuit du tombeau ;

 

Quand des chants, des sanglots la confuse harmonie

N'éveille déjà plus notre esprit endormi,

Aux lèvres du mourant collé dans l'agonie,

Comme un dernier ami ;

 

Pour éclaircir l'horreur de cet étroit passage,

Pour relever vers Dieu son regard abattu,

Divin consolateur, dont nous baisons l'image,

Réponds ! Que lui dis-tu ?

 

Tu sais, tu sais mourir ! et tes larmes divines,

Dans cette nuit terrible où tu prias en vain,

De l'olivier sacré baignèrent les racines

Du soir jusqu'au matin !

 

De la croix, où ton oeil sonda ce grand mystère,

Tu vis ta mère en pleurs et la nature en deuil ;

Tu laissas comme nous tes amis sur la terre,

Et ton corps au cercueil !

 

Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne

De rendre sur ton sein ce douloureux soupir :

Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne,

O toi qui sais mourir !

 

Je chercherai la place où sa bouche expirante

Exhala sur tes pieds l'irrévocable adieu,

Et son âme viendra guider mon âme errante

Au sein du même Dieu !

 

Ah ! puisse, puisse alors sur ma funèbre couche,

Triste et calme à la fois, comme un ange éploré,

Une figure en deuil recueillir sur ma bouche

L'héritage sacré !

 

Soutiens ses derniers pas, charme sa dernière heure,

Et, gage consacré d'espérance et d'amour,

De celui qui s'éloigne à celui qui demeure

Passe ainsi tour à tour !

 

Jusqu'au jour où, des morts perçant la voûte sombre,

Une voix dans le ciel, les appelant sept fois,

Ensemble éveillera ceux qui dormaient à l'ombre

De l'éternelle croix !"

 

 

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"Celui qui est venu"

 

"Cependant il était question dans les villes

De quelqu'un d'étonnant, d'un homme radieux

Que les anges suivaient de leurs millions d'yeux ;

Cet homme, qu'entourait la rumeur grossissante,

Semblait un dieu faisant sur terre une descente ;

On eût dit un pasteur rassemblant ses troupeaux ;

Les publicains, assis au bureau des impôts,

Se levaient s'il passait, quittant tout pour le suivre ;

Cet homme, paraissant hors de ce monde vivre,

Tandis qu'autour de lui la foule remuait,

Avait des visions dont il restait muet ;

Il parlait aux cités, fuyait les solitudes,

Et laissait sa clarté dans l'oeil des multitudes ;

Les paysans le soir, de sa lueur troublés,

Le regardaient de loin marcher le long des blés,

Et sa main qui s'ouvrait et devenait immense,

Semblait jeter aux vents de l'ombre une semence.

On racontait sa vie, et qu'il avait été

Par une vierge au fond d'une étable enfanté

Sous une claire étoile et dans la nuit sereine ;

L'âne et le boeuf, pensifs, l'ignorance et la peine,

Etaient à sa naissance, et sous le firmament

Se penchaient, ayant l'air d'espérer vaguement ;

On contait qu'il avait une raison profonde,

Qu'il était sérieux comme celui qui fonde,

Qu'il montrait l'âme aux sens, le but aux paresseux,

Et qu'il blâmait les grands, les prêtres, et tous ceux

Qui marchent entourés d'hommes armés de piques.

Il avait, disait-on, guéri des hydropiques ;

Des impotents, cloués vingt ans sous leurs rideaux,

En le quittant, portaient leur grabat sur leur dos ;

Son oeil fixe appelait hors du tombeau les vierges ;

Les aveugles, les sourds, - ô destin, tu submerges

Ceux-ci dans le silence et ceux-là dans la nuit ! -

Le voyaient, l'entendaient ; et dans son vil réduit

Il touchait le lépreux, isolé sous des claies ;

Ses doigts tenaient les clefs invisibles des plaies,

Et les fermaient ; les coeurs vivaient en le suivant ;

Il marchait sur l'eau sombre et menaçait le vent ;

Il avait arraché sept monstres d'une femme ;

Le malade incurable et le pêcheur infâme

L'imploraient, et leurs mains tremblantes s'élevaient ;

Il sortait des vertus de lui qui les sauvaient ;

Un homme demeurait dans les sépulcres ; fauve,

Il mordait, comme un loup qui dans les bois se sauve ;

Parfois on l'attachait, mais il brisait ses fers

Et fuyait, le démon le poussant aux déserts ;

Ce maître, le baisant, lui dit : Paix à toi, frère !

L'homme, en qui cent damnés semblaient rugir et braire,

Cria : Gloire ! et, soudain, parlant avec bon sens,

Sourit, ce qui remplit de crainte les passants.

Ce prophète honorait les femmes économes ;

Il avait à Gessé ressuscité deux hommes

Tués par un bandit appelé Barabbas ;

Il osait, pour guérir, violer les sabbats,

Rendait la vie aux nerfs d'une main desséchée ;

Et cet homme égalait David et Mardochée.

Un jour ce redresseur, que le peuple louait,

Vit des vendeurs au seuil du temple, et prit un fouet ;

Pareils aux rats hideux que les aigles déterrent,

Tous ces marchands, essaims immondes, redoutèrent

Son visage empourpré des célestes rougeurs ;

Sévère, il renversa les tables des changeurs

Et l'escabeau de ceux qui vendaient des colombes.

Son geste surhumain ouvrait les catacombes.

L'arbre qu'il regardait changeait ses fleurs en fruits.

Un jour que quelques juifs profonds et très instruits

Lui disaient : « - Dans le ciel que le pied divin foule,

Quel sera le plus grand ? » cet homme dans la foule

Prit un petit enfant qu'il mit au milieu d'eux.

Calme, il forçait l'essaim invisible et hideux

Des noirs esprits du mal, rois des ténébreux mondes,

A se précipiter dans les bêtes immondes.

Et ce mage était grand plus qu'Isaïe, et plus

Que tous ces noirs vieillards épars dans les reflux

De la vertigineuse et sombre prophétie ;

Et l'homme du désert, Jean, près de ce Messie,

N'était rien qu'un roseau secoué par le vent.

Il n'était pas docteur, mais il était savant ;

Il conversait avec les faces inconnues

Qu'un homme endormi voit en rêve dans les nues ;

Des lumières venaient lui parler sur les monts ;

Il lavait les péchés ainsi que des limons,

Et délivrait l'esprit de la fange charnelle ;

Satan fuyait devant l'éclair de sa prunelle ;

Ses miracles étaient l'expulsion du mal ;

Il calmait l'ouragan, haranguait l'animal,

Et parfois on voyait naître à ses pieds des roses ;

Et sa mère en son coeur gardait toutes ces choses.

Des morts blêmes, depuis quatre jours inhumés,

Se dressaient à sa voix ; et pour les affamés,

Les pains multipliés sortaient de ses mains pures.

Voilà ce que contait la foule ; et les murmures,

Les cris du peuple enfant qui réclame un appui,

Environnaient cet homme ; on l'adorait; et lui

Etait doux.

 

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"Oeuvres poétiques" (1641)

Jean Desmarets de Saint-Sorlin

 

 

 

Tous les mots qui tombaient de sa bouche

Etaient comme une main céleste qui vous touche.

Il disait : - « Les derniers sont les premiers. - La fin,

« C'est le commencement. - Ne fais pas au prochain

« Ce que tu ne veux pas qu'on te fasse à toi-même.

« - On récolte le deuil quand c'est la mort qu'on sème.

« - Celui qui se repent est grand deux fois. - L'enfant

« Touche à Dieu. - Par le bien du mal on se défend.

« - Que le puits soit profond, mais que l'eau reste claire. »

Il disait : « - Regardez les choses sans colère ;

« Car, si l'oeil est mauvais, le corps est ténébreux.

« - L'aube est pour les Gentils comme pour les Hébreux.

« - Mangez le fruit des bois, buvez l'eau de la source ;

« - N'ayez pas de souliers, pas de sac, pas de bourse,

« Entrez dans les maisons et dites : Paix à tous !

« - Nul n'est exempt du pli sublime des genoux ;

« Donc, qui que vous soyez, priez. Courbez vos têtes.

« - Dieu, présent à la nuit, n'est pas absent des bêtes.

« Dieu vit dans les lions comme dans Daniel.

« - Errer étant humain, faillir est véniel.

« Absolvez le pécheur en condamnant la faute.

« - On ajoute à l'esprit ce qu'à la chair on ôte. »

Il tenait compte en tout des faits accidentels.

Dans le champ du supplice il disait des mots tels

Que nul n'osait toucher à la première pierre ;

Il haïssait la haine, il combattait la guerre ;

Il disait : sois mon frère ! à l'esclave qu'on vend ;

Et, tranquille, il passait comme un pardon vivant ;

Il blanchissait le siècle autour de lui, de sorte

Que les justes, dont l'âme encor n'était pas morte,

Dans ces temps sans pitié, sans pudeur, sans amour,

Voyaient en s'éveillant luire deux points du jour,

L'aurore dans le ciel et sur terre cet homme.

Cet être était trop pur pour être vu par Rome.

Pourtant parmi les juifs, dans leur temple obscurci,

Chez leur roi lâche et triste, on en prenait souci ;

Et Caïphe y songeait dans sa chaire d'ivoire ;

Et, sans savoir encor ce qu'il en devait croire,

Hérode était allé jusqu'à dire : - Il paraît

Qu'il existe un certain Jésus de Nazareth.

Quelques hommes, de ceux qui ne savent pas lire,

De pauvres pâtres, pris d'on ne sait quel délire

Et du ravissement de l'entendre parler,

Le suivaient, l'aimaient tant qu'il les faisait trembler,

Et le montraient au peuple en disant : - C'est le maître.

L'un d'eux, vieillard, semblait près de cet homme naître ;

Et le plus jeune, enfant, avait l'air près de lui

D'un sombre aïeul pensif, gravement ébloui.

Humbles, ils lui tendaient leurs coeurs comme des urnes.

Et ces hommes, pareils à des lampes nocturnes

Adorant un soleil dans une vision,

Etaient devant ce maître en contemplation,

Et l'entouraient, ainsi qu'une auréole d'âmes."

 

Recueil « La fin de Satan » (1854-1862), LIVRE DEUXIEME, « LE GIBET » (I – « LA JUDEE », III – « CELUI QUI EST VENU »), Victor Hugo.

 

 

 

Victor Hugo, 'La fin de Satan'

 

 

 

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Published by Patrick ROBLES le Franc-Comtois - dans Réflexions
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