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  • : In hoc signo vinces. Parousie by ROBLES Patrick
  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Patrick ROBLES
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)

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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 09:44
56. Mais qui seront ces serviteurs, esclaves et enfants de
Marie?
Ce seront un feu brûlant, ministres du Seigneur qui
mettront le feu de l'amour divin partout.
Ce seront sicut sagittae in manu potentis, des flèches
aiguës dans la main de la puissante Marie pour percer ses
ennemis.
Ce seront des enfants de Lévi, bien purifiés par le feu
de grandes tribulations et bien collés à Dieu, qui porteront
l'or de l'amour divin dans le coeur, l'encens de l'oraison
dans l'esprit et la myrrhe de la mortification dans le corps,
et qui seront partout la bonne odeur de Jésus-Christ aux
pauvres et aux petis, tandis qu'ils seront une odeur de mort
aux grands, aux riches et orgueilleux mondains.

57. Ce seront des nues tonnantes et volantes par les airs au
moindre souffle du Saint-Esprit, qui, sans s'attacher à rien,
ni s'étonner de rien, ni se mettre en peine de rien,
répandront la pluie de la parole de Dieu et de la vie
éternelle; ils tonneront contre le péché, ils gronderont
contre le monde, ils frapperont le diable et ses suppôts, et
ils perceront d'outre en outre, pour la vie ou pour la mort,
avec leur glaive à deux tranchants de la parole de Dieu, tous
ceux auquels ils seront envoyés de la part du Très-Haut.

58. Ce seront des apôtres véritables des derniers temps, à
qui le Seigneur des vertus donnera la parole et la force pour
opérer des merveilles et remporter des dépouilles glorieuses
sur ses ennemis; ils dormiront sans or ni argent et, qui plus
est, sans soin, au milieu des autres prêtres, et
écclésiastiques et clercs, inter medios cleros; et cependant
auront les ailes argentées de la colombe, pour aller avec la
pure intention de la gloire de Dieu et du salut des âmes, où
le Saint-Esprit les appellera, et ils ne laisseront après eux,
dans les lieux où ils auront prêché, que l'or de la charité
qui est l'accomplissement de toute la loi.

59. Enfin, nous savons que ce seront de vrais disciples de
Jésus-Christ, qui marchant sur les traces de sa pauvreté,
humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie
étroite de Dieu dans la pure vérité, selon le saint Evangile,
et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni
faire acception de personne, sans épargner, écouter ni
craindre aucun mortel, quelque puissant qu'ils soit. Ils
auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la
parole de Dieu; ils porteront sur leurs épaules l'étendard
ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le
chapelet dans la gauche, les sacrés noms de Jésus et de Marie
sur leur coeur, et la modestie et mortification de Jésus-
Christ dans toute leur conduite.
Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera
par ordre du Très-Haut, pour étendre son empire sur celui des
impies, idolâtres et mahométans. Mais quand et comment cela
sera-t-il?... Dieu seul le sait: c'est à nous de nous taire,
de prier, soupirer et attendre: Expectans expectavi.

II. «EN QUOI CONSISTE LA DEVOTION A MARIE»

[A. VERITES FONDAMENTALES DE LA DEVOTION A LA SAINTE VIERGE]

60. Ayant jusqu'ici dit quelque chose de la nécessité que
nous avons de la dévotion à la Très Sainte Vierge, il faut
dire en quoi consiste cette dévotion; ce que je ferai, Dieu
aidant, après que j'aurai présupposé quelques vérités
fondamentales, qui donneront jour à cette grande et solide
dévotion que je veux découvrir.

[«Jésus-Christ est la fin dernière de toutes nos dévotions»]
61. Première vérité. - Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu
et vrai homme, doit être la fin dernière de toutes nos autres
dévotions: autrement elles seraient fausses et trompeuses.
Jésus-Christ est l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin
de toutes choses. Nous ne travaillons, comme dit l'Apôtre, que
pour rendre tout homme parfait en Jésus-Christ, parce que
c'est en lui seul qu'habite[nt] toute la plénitude de la
Divinité et toutes les autres plénitudes de grâces, de vertus
et de perfections; parce que c'est en lui seul que nous avons
été bénis de toute bénédiction spirituelle; parce qu'il est
notre unique maître qui doit nous enseigner, notre unique
Seigneur de qui nous devons dépendre, notre unique chef auquel
nous devons être unis, notre unique modèle auquel nous devons
nous conformer, notre unique pasteur qui doit nous nourrir,
notre unique voie qui doit nous conduire, notre unique vérité
que nous devons croire, notre unique vie qui doit nous
vivifier, et notre unique tout en toutes choses qui doit nous
suffire. Il n'a point été donné d'autre nom sous le ciel, que
le nom de Jésus, par lequel nous devions être sauvés. Dieu ne
nous a point mis d'autre fondement de notre salut, de notre
perfection et de notre gloire, que Jésus-Christ: tout édifice
qui n'est pas posé sur cette pierre ferme est fondé sur le
sable mouvant et tombera infailliblement tôt ou tard. Tout
fidèle qui n'est pas uni à lui comme une branche au cep de la
vigne, tombera, séchera et ne sera propre qu'à être jeté au
feu. Si nous sommes en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous,
nous n'avons point de damnation à craindre: ni les anges des
cieux, ni les hommes de la terre, ni les démons des enfers, ni
aucune autre créature ne nous peut nuire, parce qu'elle ne
nous peut séparer de la charité de Dieu qui est en Jésus-
Christ. Par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus-Christ,
nous pouvons toutes choses: rendre tout honneur et toute
gloire au Père, en l'unité du Saint-Esprit; nous rendre
parfaits et être à notre prochain une bonne odeur de vie
éternelle.

62. Si donc nous établissons la solide dévotion de la Très
Sainte Vierge, ce n'est que pour établir plus parfaitement
celle de Jésus-Christ, ce n'est que pour donner un moyen aisé
et assuré pour trouver Jésus-Christ. Si la dévotion à la
Sainte Vierge éloignait de Jésus-Christ, il faudrait la
rejeter comme une illusion du diable; mais tant s'en faut
qu'au contraire, comme j'ai déjà fait voir et ferai voir
encore ci-après: cette dévotion ne nous est nécessaire que
pour trouver Jésus-Christ parfaitement et l'aimer tendrement
et le servir fidèlement.

63. Je me tourne ici un moment vers vous, ô mon aimable
Jésus, pour me plaidre amoureusement à votre divine Majesté de
ce que la plupart des chrétiens, même des plus savants, ne
savent pas la liaison nécessaire, qui est entre vous et votre
sainte Mère. Vous êtes, Seigneur, toujours avec Marie, et
Marie est toujours avec vous et ne peut être sans vous:
autrement elle cesserait d'être de qu'elle est; elle est
tellement transformée en vous par la grâce qu'elle ne vit
plus, qu'elle n'est plus; c'est vous seul, mon Jésus, qui
vivez et régnez en elle, plus parfaitement qu'en tous les
anges et les bienheureux. Ah! si on connaissait la gloire et
l'amour que vous recevez en cette admirable créature, on
aurait de vous et d'elle bien d'autres sentiments qu'on n'a
pas. Elle [vous] est si intimement liée, qu'on séparerait
plutôt la lumière du soleil, la chaleur du feu; je dis plus,
on séparerait plutôt tous les anges et les saints de vous, que
la divine Marie: parce qu'elle vous aime plus ardemment et
vous glorifie plus parfaitement que toutes vos autres
créatures ensemble.

64. Après cela, mon aimable Maître, n'est-ce pas une chose
étonnante et pitoyable de voir l'ignorance et les ténèbres de
tous les hommes d'ici-bas à l'égard de votre sainte Mère? Je
ne parle pas tant des idolâtres et païens, qui, ne vous
connaissant pas, n'ont garde de la connaître; je ne parle même
pas des hérétiques et des schismatiques, qui n'ont garde
d'être dévôts à votre sainte Mère, s'étant séparés de vous et
votre sainte Eglise; mais je parle des chrétiens catholiques,
et même des docteurs parmi les catholiques, qui faisant
profession d'enseigner aux autres les vérités, ne vous
connaissent pas, ni votre sainte Mère, si ce n'est d'une
manière spéculative, sèche, stérile et indifférente. Ces
messieurs ne parlent que rarement de votre sainte Mère et de
la dévotion qu'on lui doit avoir parce qu'ils craignent,
disent-ils, qu'on en abuse, qu'on ne vous fasse injure en
honorant trop votre sainte Mère. S'ils voient ou entendent
quelque dévôt à la Sainte Vierge parler souvent de la dévotion
à cette bonne Mère, d'une manière tendre, forte et persuasive,
comme d'un moyen assuré sans illusion, d'un chemin court sans
danger, d'une voie immaculée sans imperfections, et d'un
secret merveilleux pour vous trouver et vous aimer
parfaitement, ils se récrient contre lui, et lui donnent mille
fausses raisons pour lui prouver qu'il ne faut pas tant parler
de la Sainte Vierge, qu'il y a beaucoup d'abus en cette
dévotion, et qu'il faut s'appliquer à les détruire, et à
parler de vous plutôt qu'à porter les peuples à la dévotion à
la Sainte Vierge qu'ils aiment déjà assez.
On les entend parfois parler de la dévotion à votre
sainte Mère, non pas pour l'établir et la persuader, mais pour
en détruire les abus qu'on en fait, tandis que ces messieurs
sont sans piété et sans dévotion tendre pour vous, parce
qu'ils n'en ont pas pour Marie, regardant le Rosaire, le
Scapulaire, le Chapelet, comme des dévotions de femmelettes,
propres aux ignorants, sans lesquels on peut se sauver; et
s'il tombe en leurs mains quelque dévôt à la Sainte Vierge,
qui récite son chapelet ou ait quelque autre pratique de
dévotion envers elle, ils lui changeront bientôt l'esprit et
le coeur: au lieu du chapelet, ils lui conseilleront de dire
les sept psaumes; au lieu de la dévotion à la Sainte Vierge,
ils lui conseilleront la dévotion à Jésus-Christ.
O mon aimable Jésus, ces gens ont-il votre esprit? Vous
font-ils plaisir d'en agir de même? Est-ce vous plaire que de
ne pas faire tous ses efforts pour plaire à votre Mère, de
peur de vous déplaire? La dévotion à votre sainte Mère
empêche-t-elle la vôtre? Est-ce qu'elle s'attribue l'honneur
qu'on lui rend? Est-ce qu'elle fait bande à part? Est-elle une
étrangère qui n'a aucune liaison avec vous? Est-ce se séparer
ou s'éloigner de votre amour que de se donner à elle et de
l'aimer?

65. Cependant, mon aimable Maître, la plupart des savants,
pour punition de leur orgueil, n'éloigneraient pas plus de la
dévotion à votre sainte Mère, et n'en donneraient pas plus
d'indifférence, que si tout ce que je viens de dire était
vrai. Gardez-moi, Seigneur, gardez-moi de leurs sentiments et
leurs pratiques et me donnez quelque part aux sentiments de
reconnaissance, d'estime, de respect et d'amour que vous avez
à l'égard de votre sainte Mère, afin que je vous aime et
glorifie d'autant plus que je vous imiterai et suivrai de plus
près.

66. Comme si jusqu'ici je n'avais encore rien dit en
l'honneur de votre sainte Mère, faites-moi la grâce de la
louer dignement: Fac me digne tuam Matrem collaudare, malgré
tous mes ennemis, qui sont les vôtres, et que je leur dise
hautement avec les saints: Non praesumat aliquis Deum se
habere propitium qui benedictam Matrem offensam habuerit: Que
celui-là ne présume pas recevoir la miséricorde de Dieu, qui
offense sa sainte Mère.

67. Pour obtenir de votre miséricorde une véritable dévotion
à votre sainte Mère, et pour l'inspirer à toute la terre,
faites que je vous aime ardemment, et recevez pour cela la
prière embrasée que je vous fais avec saint Augustin et vos
véritables amis (tom. 9, operum meditat.):
"Tu es Christus, pater meus sanctus, Deux meus pius, rex
meus magnus, pastor meus bonus, magister meus unus, adjutor
meus optimus, dilectus meus pulcherrimus, panis meus vivus,
sacerdos meus in aeternum, dux meus ad patriam, lux mea vera,
dulcedo mea sancta, via mea recta, sapientia mea praeclara,
simplicitas mea pura, concordia mea pacifica, custodia mea
tota, portio mea bona, salus mea sempiterna...
"Christe Jesu, amabilis Domine, cur amavi, quare
concupivi in omni vita mea quidquam praeter te Jesum Deum
meum? Ubi eram quando tecum mente non eram? Jam ex hoc nunc,
omnia desideria mea, incalescite et effluite in Dominum Jesum;
currite, satis hactenus tardastis; properate quo pergitis;
quaerite quem quaeritis. Jesu, qui non amat te anathema sit;
qui te non amat amaritudine repleatur... O dulcis Jesu, te
amet, in te delectetur, te admiretur omnis sensus bonus tuae
conveniens laudi. Deux cordis mei et pars mea, Christe Jesu,
deficiat cor meum spiritu suo, et vivas tu in me, et
concalescat in spiritu meo vivus carbo amoris tui, et
excrescat in ignem perfectum; ardeat jugiter in ara cordis
mei, ferveat in medullis meis, flagret in absconditis animae
meae; in die consummationis meae consummatus inveniar apud te.
Amen."
J'ai voulu mettre en latin cette admirable oraison de
saint Augustin, afin que les personnes qui entendent le latin
la disent tous les jours pour demander l'amour de Jésus que
nous cherchons par la divine Marie.

[Nous sommes à Jésus-Christ et à Marie en qualité d'esclaves]

68. Seconde vérité. - Il faut conclure de ce que Jésus-Christ
est à notre égard, que nous ne sommes point à nous, comme dit
l'Apôtre, mais tout entiers à lui, comme ses membres et ses
esclaves qu'il a achetés infiniment cher, par le prix de tout
son sang. Avant le baptême, nous étions au diable comme ses
esclaves, et le baptême nous a rendus les véritables esclaves
de Jésus-Christ, qui ne doivent vivre, travailler et mourir
que pour fructifier pour ce Dieu Homme, le glorifier en notre
corps et le faire régner en notre âme, parce que nous sommes
sa conquête, son peuple acquis et son héritage. C'est pour la
même raison que le Saint-Esprit nous compare: 1 à des arbres
plantés le long des eaux de la grâce, dans le champ de
l'Eglise, qui doivent donner leurs fruits en leur temps; 2
aux branches d'une vigne dont Jésus-Christ est le cep, qui
doivent rapporter de bons raisins; 3 à un troupeau dont
Jésus-Christ est le pasteur, qui se doit multiplier et donner
du lait; 4 à une bonne terre dont Dieu est le laboureur, et
dans laquelle la semence se multiplie et rapporte au
trentuple, soixantuple ou centuple. Jésus-Christ a donné sa
malédiction au figuier infructueux, et porté condamnation
contre le serviteur inutile qui n'avait pas fait valoir son
talent. Tout cela nous prouve que Jésus-Christ veut recevoir
quelques fruits de nos chétives personnes, savoir: nos bonnes
oeuvres, parce que ces bonnes oeuvres lui apartiennent
uniquement: Creati in operibus bonis in Christo Jesu: Créés
dans les bonnes oeuvres en Jésus-Christ. Lesquelles paroles du
Saint-Esprit montrent et que Jésus-Christ est l'unique
principe et doit être l'unique fin de toutes nos bonnes
oeuvres, et que nous le devons servir non seulement comme des
serviteurs à gages, mais comme des esclaves d'amour. Je
m'explique.

69. Il y a deux manières ici-bas d'appartenir à un autre et
de dépendre de son autorité, savoir: la simple servitude et
l'esclavage; ce qui fait que nous appelons un serviteur et un
esclave.
Par la servitude commune parmi les chrétiens, un homme
s'engage à en servir un autre pendant un certain temps,
moyennant un certain gage ou une telle récompense.
Par l'esclavage, un homme est entièrement dépendant d'un
autre pour toute sa vie, et doit servir son maître, sans en
prétendre aucun gage ni récompense comme une de ses bêtes sur
laquelle il a droit de vie et de mort.

70. Il y a trois sortes d'esclavages: un esclavage de
nature, un esclavage de contrainte et un esclavage de volonté.
Toutes les créatures sont esclaves de Dieu en la première
manière: Domini est terra et plenitudo ejus; les démons et les
damnés en la seconde; les justes et les saints le sont en la
troisième. L'esclavage de volonté est le plus parfait et le
plus glorieux à Dieu, qui regarde le coeur, et qui demande le
coeur, et qui s'appelle le Dieu du coeur, ou de la volonté
amoureuse, parce que, par cet esclavage, on fait choix, par-
dessus toutes choses, de Dieu et de son service, quand même la
nature n'y obligerait pas.

71. Il y a une totale différence entre un serviteur et un
esclave:
1 Un serviteur ne donne pas tout ce qu'il est et tout ce
qu'il possède et tout ce qu'il peut acquérir par autrui ou par
soi-même, à son maître; mais l'esclave se donne tout entier,
tout ce qu'il possède et tout ce qu'il peut acquérir, à son
maître, sans aucune exception.
2 Le serviteur exige des gages pour les services qu'il
rend à son maître, mais l'esclave n'en peut rien exiger,
quelque assiduité, quelque industrie, quelque force qu'il ait
à travailler.
3 Le serviteur peut quitter son maître quand il voudra,
ou du moins quand le temps de son service sera expiré; mais
l'esclave n'est pas en droit de quitter son maître quand il
voudra.
4 Le maítre du serviteur n'a sur lui aucun droit de vie
et de mort, en sorte que s'il le tuait, comme une de ses bêtes
de charge, il commettrait un homicide injuste; mais le maître
de l'esclave a, par les lois, droit de vie et de mort sur lui,
en sorte qu'il peut le vendre à qui il voudra, ou le tuer,
comme, sans comparaison, il ferait [de] son cheval.
5 Enfin, le serviteur n'est que pour un temps au service
d'un maître, et l'esclave pour toujours.

72. Il n'y a rien parmi les hommes qui nous fasse plus
appartenir à un autre que l'esclavage; il n'y a rien aussi
parmi les chrétiens qui nous fasse plus absolument appartenir
à Jésus-Christ et à sa sainte Mère que l'esclavage de volonté,
selon l'exemple de Jésus-Christ même, qui a pris la forme
d'esclave pour notre amour: Formam servi accipiens, et de la
Sainte Vierge, qui s'est dite la servante et l'esclave du
Seigneur. L'Apôtre s'appelle par honneur servus Christi. Les
chrétiens sont appelés plusieurs fois dans l'Ecriture sainte
servi Christi; lequel mot de servus, selon la remarque
véritable qu'a faite un grand homme, ne signifiait autrefois
qu'un esclave, parce qu'il n'y avait point encore de
serviteurs comme ceux d'aujourd'hui, les maîtres n'étant servi
que par des esclaves ou affranchis: ce que le Catéchisme du
saint Concile de Trente, pour ne laisser aucun doute que nous
soyons esclaves de Jésus-Christ, exprime par un terme qui
n'est point équivoque, en nous appelant mancipia Christi:
esclave de Jésus-Christ. Cela posé:

73. Je dis que nous devons être à Jésus-Christ et le servir,
non seulement comme des serviteurs mercenaires, mais comme des
esclaves amoureux, qui par un effet d'un grand amour, se
donnent et se livrent à le servir en qualité d'esclaves, pour
l'honneur seul de lui appartenir. Avant le baptême, nous
étions esclaves du diable; le baptême nous a rendus esclaves
de Jésus-Christ: ou il faut que les chrétiens soient esclaves
du diable, ou esclaves de Jésus-Christ.

74. Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis
relativement de la Sainte Vierge, que Jésus-Christ, ayant
choisie pour compagne indissoluble de sa vie, de sa mort, de
sa gloire et de sa puissance au ciel et sur la terre, lui a
donné par grâce, relativement à sa Majesté, tous les mêmes
droits et privilèges qu'il possède par nature: Quidquid Deo
convenit per naturam, Mariae convenit per gratiam: Tout ce qui
convient à Dieu par nature, convient à Marie par grâce, disent
les saints; en sorte que, selon eux, n'ayant tous deux que la
même volonté et la même puissance, ils ont tous deux les mêmes
sujets, serviteurs et esclaves.

75. On peut donc, suivant le sentiment des saints et de
plusieurs grands hommes, se dire et se faire l'esclave
amoureux de la Très Sainte Vierge, afin d'être par là plus
parfaitement esclave de Jésus-Christ. La Sainte Vierge est le
moyen dont Notre-Seigneur s'est servi pour venir à nous; c'est
aussi le moyen dont nous devons nous servir pour aller à lui,
car elle n'est pas comme les autres créatures, auxquelles si
nous nous attachions, elles pourraient plutôt nous éloigner de
Dieu que de nous en approcher; mais la plus forte inclination
de Marie est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils, et la plus
forte inclination du Fils est qu'on vienne à lui par sa sainte
Mère; et c'est lui faire honneur et plaisir, comme ce serait
faire honneur et plaisir à un roi si, pour devenir plus
parfaitement son sujet et son esclave, on se faisait esclave
de la reine. C'est pourquoi les saints Pères et saint
Bonaventure après eux, disent que la Sainte Vierge est le
chemin pour aller à Notre-Seigneur: Via veniendi ad Christum
est appropinquare ad illam (In psalt. min.).

76. De plus, si, comme j'ai dit, la Sainte Vierge est la
Reine et souveraine du ciel et de la terre: Ecce imperio Dei
omnia subjiciuntur et Virgo; ecce imperio Virginis omnia
subjiciuntur et Deus, disent saint Anselme, saint Bernard,
saint Bernardin, saint Bonaventure, n'a-t-elle pas autant de
sujets et d'esclaves qu'il y a de créatures? N'est-il pas
raisonnable que parmi tant d'esclaves de contrainte, il y en
ait d'amour qui, par une bonne volonté, choisissent, en
qualité d'esclaves, Marie pour leur souveraine? Quoi! les
hommes et les démons auront leurs esclaves volontaires, et
Marie n'en aurait point? Quoi! un roi tiendra à honneur que la
reine, sa compagne, ait des esclaves sur qui elle ait droit de
vie et de mort, parce que l'honneur et la puissance de l'un
est l'honneur et la puisance et l'autre; et on [pourrait]
croire [que] Notre-Seigneur qui, comme le meilleur de tous les
fils, a fait part de toute sa puissance à sa sainte Mère,
trouve mauvais qu'elle ait des esclaves? A-t-il moins de
respect et d'amour pour sa Mère qu'Assuérus pour Esther et que
Salomon pour Bethsabée? Qui oserait le dire et même le penser?

77. Mais où est-ce que ma plume me conduit? Pourquoi est-ce
que je m'arrête ici à prouver une chose si visible. Si on ne
veut pas qu'on se dise esclave de la Sainte Vierge,
qu'importe! Qu'on se fasse et qu'on se dise esclave de Jésus-
Christ! C'est l'être de la Sainte Vierge, puisque Jésus-Christ
est le fruit et la gloire de Marie. C'est ce qu'on fait
parfaitement par la dévotion dont nous parlerons dans la
suite.

[«Nous devons nous vider de ce qu'il y a de mauvais en nous»]

78. Troisième vérité. - Nos meilleures actions sont
ordinairement souillées et corrompues par le mauvais fond qui
est en nous. Quand on met de l'eau nette et claire dans un
vaisseau qui sent mauvais, ou du vin dans une pipe dont le
dedans est gâté par un autre vin qu'il y a eu dedans, l'eau
claire et le bon vin en est gâté et prend aisément la mauvaise
odeur. De même, quand Dieu met dans le vaiseau de notre âme,
gâté par le péché originel et actuel, ses grâces et rosées
celestes ou le vin délicieux de son amour, ses dons sont
ordinairement gâtés et souillés par le mauvais levain et le
mauvais fond que le péché a laissé en nous; nos actions, même
des vertus les plus sublimes, s'en sentent. Il est donc d'une
très grande importance, pour acquérir la perfection, qui ne
s'acquiert que par l'union à Jésus-Christ, de nous vider de ce
qu'il y a de mauvais en nous: autrement, Notre-Seigneur, qui
est infiniment pur et qui hait infiniment la moindre souillure
dans l'âme, nous rejettera de devant ses yeux et ne s'unira
point à nous.

79. Pour nous vider de nous-mêmes, il faut, premièrement,
bien connaître, par la lumière du Saint-Esprit, notre mauvais
fond, notre incapacité à tout bien utile au salut, notre
faiblesse en toutes choses, notre inconstance en tout temps,
notre indignité de toute grâce, et notre iniquité en tout
lieu. Le péché de notre premier père nous a tous presque
entièrement gâtés, aigris, élevés et corrompus, comme le
levain aigrit, élève et corrompt la pâte où il est mis. Les
péchés actuels que nous avons commis, soit mortels, soit
véniels, quelque pardonnés qu'ils soient, ont augmenté notre
concupiscence, notre faiblesse, notre inconstance et notre
corruption, et ont laissé de mauvais restes dans notre âme.
Nos corps sont si corrompus, qu'ils sont appelés par le
Saint-Esprit corps du péché, conçus dans le péché, nourris
dans le péché et capable de tout, corps sujets à mille et
mille maladies, qui se corrompent de jour en j our, et qui
n'engendrent que de la gale, de la vermine et de la
corruption.
Notre âme, unie à notre corps, est devenue si charnelle,
qu'elle est appelée chair: Toute chair avait corrompu sa voie.
Nous n'avons pour partage que l'orgueil et l'aveuglement dans
l'esprit, l'endurcissement dans le coeur, la faiblesse et
l'inconstance dans l'âme, la concupiscence, les passions
révoltées et les maladies dans le corps. Nous sommes
naturellement plus orgueilleux que des paons, plus attachés à
la terre que des crapauds, plus vilains que des boucs, plus
envieux que des serpents, plus gourmands que des cochons, plus
colères que des tigres et plus paresseux que des tortues, plus
faibles que des roseaux, et plus inconstants que des
girouettes. Nous n'avons dans notre fond que le néant et le
péché, et nous ne méritons que l'ire de Dieu et l'enfer
éternel.

80. Après cela, faut-il s'étonner si Notre-Seigneur a dit que
celui qui voulait le suivre devait renoncer à soi-même et haïr
son âme; que celui qui aimerait sa vie la perdrait et que
celui qui la haïrait la sauverait? Cette Sagesse infinie, qui
ne donne pas des commandemaents sans raison, ne nous ordonne
de nous haïr nous-mêmes que parce que nous sommes grandement
dignes de haine: rien de si digne d'amour que Dieu, rien de si
digne de haine que nous-mêmes.

81. Secondement, pour nous vider de nous-mêmes, il faut tous
les jours mourir à nous-mêmes: c'est-à-dire qu'il faut
renoncer aux opérations des puissances de notre âme et des
sens du corps, qu'il faut voir comme si on ne voyait point,
entendre comme si on n'entendait point, se servir des choses
de ce monde comme si on ne s'en servait point, ce que saint
Paul appelle mourir tous les jours: Quotidie morior! Si le
grain de froment tombant en terre ne meurt, il demeure terre
et ne produit point de fruit qui soit bon: Nisi granum
frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet.
Si nous ne mourons à nous-mêmes, et si nos dévotions les plus
saintes ne nous portent à cette mort nécessaire et féconde,
nous ne porterons point de fruit qui vaille, et nos dévotions
nous deviendront inutiles, toutes nos justices seront
souillées par notre amour-propre et notre propre volonté, ce
qui fera que Dieu aura en abomination les plus grands
sacrifices et les meilleures actions que nous puissions faire;
et qu'à notre mort nous nous trouverons les mains vides de
vertus et de mérites, et que nous n'aurons pas une étincelle
du pur amour, qui n'est communiqué qu'aux âmes dont la vie est
cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

82. Troisièmement, il faut choisir parmi toutes les dévotions
à la Très Sainte Vierge celle qui nous porte le plus à cette
mort à nous-mêmes, comme étant la meilleure et la plus
sanctifiante; car il ne faut pas croire que tout ce qui reluit
soit or, que tout ce qui est doux soit miel, et que tout ce
qui est aisé à faire et pratiqué du plus grand nombre soit le
plus sanctifiant. Comme il y a des secrets de nature pour
faire en peu de temps, à peu de frais et avec facilité
certaines opérations naturelles, de même il y a des secrets
dans l'ordre de la grâce pour faire en peu de temps, avec
douceur et facilité, des opérations surnaturelles: se vider de
soi-même, se remplir de Dieu, et devenir parfait.
La pratique que je veux vous découvrir est un de ces
secrets de grâce, inconnu du grand nombre des chrétiens, connu
de peu de dévôts, et pratiqué et goûté d'un bien plus petit
nombre. Pour commencer à découvrir cette pratique, voici une
quatrième vérité qui est une suite de la troisième.

[«Nous avons besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même»]

83. Quatrième vérité. - Il est plus parfait, parce qu'il est
plus humble, de n'approcher pas de Dieu par nous-mêmes, sans
prendre un médiateur. Notre fond, comme je viens de montrer,
étant si corrompu, si nous nous appuyons sur nos propres
travaux, industries, préparations, pour arriver à Dieu et lui
plaire, il est certain que toutes nos justices seront
souillées, ou de peu de poids devant Dieu, pour l'engager à
s'unir à nous et à nous exaucer. Car ce n'est pas sans raison
que Dieu nous a donné des médiateurs auprès de sa Majesté: il
a vu notre indignité et incapacité, il a eu pitié de nous, et,
pour nous donner accès à ses miséricordes, il nous a pourvu
des intercesseurs puissants auprès de sa grandeur; en sorte
que négliger ces médiateurs, et s'approcher directement de sa
sainteté, c'est manquer de respect envers un Dieu si haut et
si saint; c'est moins faire de cas de ce Roi des rois qu'on ne
ferait d'un roi ou d'un prince de la terre, duquel on ne
voudrait pas approcher sans quelque ami qui parlât pour soi.

84. Notre-Seigneur est notre avocat et notre médiateur de
rédemption auprès de Dieu le Père; c'est par lui que nous
devons prier avec toute l'Eglise triomphante et militante;
c'est par lui que nous avons accès auprès de sa Majesté, et
nous ne devons jamais paraître devant lui qu'appuyés et
revêtus de ses mérites, comme le petit Jacob des peaux de
chevreaux devant son père Isaac, pour recevoir sa bénédiction.

85. Mais n'avons-nous point besoin d'un médiateur auprès du
Médiateur même? Notre pureté est-elle assez grande pour nous
unir directement à lui, et par nous-mêmes! N'est-il pas Dieu,
en toutes choses égal à son Père, et par conséquent le Saint
des saints, aussi digne de respect que son Père? Si, par sa
charité infinie, il s'est fait notre caution et notre
médiateur auprès de Dieu son Père, pour l'apaiser et lui payer
ce que nous lui devions, faut-il pour cela que nous ayons
moins de respect et de crainte pour sa majesté et sa sainteté?
Disons donc hardiment, avec saint Bernard, que nous avons
besoin d'un médiateur auprès du Médiateur même, et que la
divine Marie est celle qui est la plus capable de remplir cet
office charitable; c'est par elle que Jésus-Christ nous est
venu, et c'est par elle que nous devons aller à lui. Si nous
craignons d'aller directement à Jésus-Christ, ou à cause de
sa grandeur infinie, ou à cause de notre bassesse, ou à cause
de nos péchés, implorons hardiment l'aide et l'intercession de
Marie notre Mère: elle est bonne, elle est tendre; il n'y a en
elle rien d'austère ni rebutant, rien de trop sublime et de
trop brillant; en la voyant, nous voyons notre pure nature.
Elle n'est pas le soleil, qui, par la vivacité de ses rayons,
pourrait nous éblouir à cause de notre faiblesse; mais elle
est belle et douce comme la lune, qui reçoit la lumière du
soleil et la tempère pour la rendre conforme à notre petite
portée. Elle est si charitable qu'elle ne rebute personne de
ceux qui demandent son intercession, quelque pécheurs qu'ils
soient; car, comme disent les saints, il n'a jamais été ouï
dire, depuis que le monde est monde, qu'aucun ait eu recours à
la Sainte Vierge avec confiance et persévérance, et en ait été
rebuté. Elle est si puissante que jamais elle n'a été refusée
dans ses demandes; elle n'a qu'à se montrer devant son Fils
pour le prier: aussitôt il accorde, aussitôt il reçoit; il est
toujours amoureusement vaincu par les mamelles et les
entrailles et les prières de sa très chère Mère.

86. Tout ceci est tiré de saint Bernard et de saint
Bonaventure; en sorte que, selon eux, nous avons trois degrés
à monter pour aller à Dieu: le premier, qui est le plus proche
de nous et le plus conforme à notre capacité, est Marie; le
second est Jésus-Christ; et le troisième est Dieu le Père.
Pour aller à Jésus, il faut aller à Marie, c'est notre
médiatrice d'intercession; pour aller au Père éternel, il faut
aller à Jésus, c'est notre médiateur de rédemption. Or, par la
dévotion que je dirai ci-après, c'est l'ordre qu'on garde
parfaitement.

[«Il nous est très difficile de conserver les grâces et les
trésors reçus de Dieu»]

87. Cinquième vérité. - Il est très difficile, vu notre
faiblesse et fragilité, que nous conservions en nous les
grâces et les trésors que nous avons reçus de Dieu:
1 Parce que nous avons ce trésor, qui vaut mieux que le
ciel et la terre, dans des vases fragiles: Habemus thesaurum
istum in vasis fictilibus, dans un corps corruptible, dans une
âme faible et inconstante, qu'un rien trouble et abat.

88. 2 Parce que les démons, qui sont de fins larrons,
veulent nous surprendre à l'impourvu pour nous voler et
dévaliser; ils épient jour et nuit le moment favorable pour
cela; ils tournoient incessamment pour nous dévorer, et nous
enlever en un moment, par un péché, tout ce que nous avons pu
gagner de grâces et de mérites en plusieurs années. Leur
malice, leur expérience, leurs ruses et leur nombre doivent
nous faire infiniment craindre ce malheur, vu que des
personnes plus pleines de grâces, plus riches en vertus, plus
fondées en expérience et plus élevées en sainteté, ont été
surprises, volées et pillées malheureusement. Ah! combien a-t-
on vu de cèdres du Liban et d'étoiles du firmament tomber
misérablement et perdre toute leur hauteur et leur clarté en
peu de temps! D'où vient cet étrange changement? Ce n'a pas
été faute de grâce, qui ne manque à personne, mais faute
d'humilité: ils se sont crus capables de garder leurs trésors;
ils se sont fiés et appuyés sur eux-mêmes; ils ont cru leur
maison assez sûre, et leurs coffres assez forts pour garder le
précieux trésor de la grâce, et c'est à cause de cet appui
imperceptible qu'ils avaient en eux-mêmes (quoiqu'il leur
semblât qu'ils s'appuyaient uniquement sur la grâce de Dieu),
que le Seigneur très juste a permis qu'ils ont été volés, en
les délaissant à eux-mêmes. Hélas! s'ils avaient connu la
dévotion admirable que je montrerai dans la suite, ils
auraient confié leur trésor à une Vierge puissante et fidèle,
qui le leur aurait gardé comme son bien propre, et même s'en
serait fait un devoir de justice.

89. 3 Il est difficile de persévérer dans la justice à cause
de la corruption étrange du monde. Le monde est maintenant si
corrompu qu'il est comme nécessaire que les coeurs religieux
en soient souillés, sinon par sa boue, du moins par sa
poussière; en sorte que c'est une espèce de miracle quand une
personne demeure ferme au milieu de ce torrent impétueux sans
être entraînée, au milieu de cette mer orageuse sans être
submergée ou pillée par les pirates et les corsaires, au
milieu de cet air empesté, sans en être endommagée; c'est la
Vierge uniquement fidèle dans laquelle le serpent n'a jamais
eu de part, qui fait ce miracle à l'égard de ceux et celles
[qui l'aiment] de la belle manière.

[B. MARQUES DE LA VERITABLE DEVOTION A MARIE]

90. Ces cinq vérités présupposeées, il faut maintenant plus
que jamais faire un bon choix de la vraie dévotion à la Très
Sainte Vierge: car il y a plus que jamais de fausses
dévotions à la Sainte Vierge, qu'il est facile de prendre pour
de véritables dévotions. Le diable, comme un faux monnayeur et
un trompeur fin et expérimenté, a déjà tant trompé et damné
d'âmes par une fausse dévotion à la Très Sainte Vierge, qu'il
se sert tous les jours de son expérience diabolique pour en
damner beaucoup d'autres, en les amusant et endormant dans le
péché, sous prétexte de quelques prières mal dites et de
quelques pratiques extérieures qu'il leur inspire. Comme un
faux monnayeur ne contrefait ordinairement que l'or et
l'argent et fort rarement les autres métaux, parce qu'ils n'en
valent pas la peine, ainsi l'esprit malin ne contrefait pas
tant les autres dévotions que celles de Jésus et de Marie, la
dévotion à la Sainte Communion et la dévotion à la Sainte
Vierge, parce qu'elles sont, parmi les autres dévotions, ce
que sont l'or et l'argent parmi les métaux.

91. Il est donc très important de connaître, premièrement,
les fausses dévotions à la Très Sainte Vierge pour les éviter,
et la véritable pour l'embrasser; secondement, parmi tant de
pratiques différentes de la vraie dévotion à la Sainte
Vierge, quelle est la plus parfaite, la plus agréable à la
Sainte Vierge, la plus glorieuse à Dieu et la plus
sanctifiante pour nous, afin de nous y attacher.

[1. «FAUX DEVOTS ET FAUSSES DEVOTIONS A LA SAINTE VIERGE»]

92. Je trouve sept sortes de faux dévots et de fausses
dévotions à la Sainte Vierge, savoir: 1 les dévots critiques;
2 les dévots scrupuleux; 3 les dévots extérieurs; 4 les
dévots présomptueux; 5 les dévots insconstants; les dévots
hypocrites; 7 les dévots intéressés.

[1. «Les dévots ctritiques»]

93. Les dévots critiques sont, pour l'ordinaire, des savants
orgueilleux, des esprits forts et suffisants, qui ont au fond
quelque dévotion à la Sainte Vierge, mais qui critiquent
presque toutes les pratiques de dévotion à la Sainte Vierge
que les gens simples rendent simplement et saintement à cette
bonne Mère, parce qu'elles ne reviennent pas à leur fantaisie.
Ils révoquent en doute tous les miracles et histoires
rapportés par des auteurs dignes de foi, ou tirés des
chroniques des ordres religieux, qui font foi des miséricordes
et de la puissance de la Très Sainte Vierge. Ils ne sauraient
voir qu'avec peine des gens simples et humbles à genoux devant
un autel ou image de la Sainte Vierge, quelquefois dans le
coin d'une rue pour y prier Dieu; et ils les accusent
d'idolâtrie, comme s'ils adoraient le bois ou la pierre; ils
disent que, pour eux, ils n'aiment point ces dévotions
extérieures et qu'ils n'ont pas l'esprit si faible que
d'ajouter foi à tant de contes et historiettes qu'on débite de
la Sainte Vierge. Quand on leur rapporte les louanges
admirables que les saints Pères donnent à la Sainte Vierge, ou
ils répondent qu'ils ont parlé en orateurs, par exagération,
ou ils donnent une mauvaise explication à leurs paroles.
Ces sortes de faux dévots et de gens orgueilleux et
mondains sont beaucoup à craindre et ils font un tort infini à
la dévotion à la Très Sainte Vierge, et en éloignent les
peuples d'une manière efficace, sous prétexte d'en détruire
les abus.

[2. «Les dévots scrupuleux»]

94. Les devôts scrupuleux sont des gens qui craignent de
déshonorer le Fils en honorant la Mère, d'abaisser l'un en
élevant l'autre. Ils ne sauraient souffrir qu'on donne à la
Sainte Vierge des louanges très justes, que lui ont données
les saints Pères; ils ne souffrent qu'avec peine qu'il y ait
plus de monde à genoux devant un autel de la Sainte Vierge que
devant le Saint-Sacrement, come si l'un était contraire à
l'autre; comme si ceux qui prient la Sainte Vierge ne priaient
pas Jésus-Christ! Ils ne veulent pas qu'on parle si souvent de
la Sainte Vierge et qu'on s'adresse si souvent à elle.
Voici quelques sentences qui leur sont ordinaires: A quoi
bon tant de chapelets, tant de confréries et de dévotions
extérieures à la Sainte Vierge. Il y a en cela bien de
l'ignorance. C'est faire une mômerie de notre religion.
Parlez-moi de ceux qui sont dévots à Jésus-Christ (ils le
nomment souvent sans se découvrir, je le dis par parenthèse):
il faut recourir à Jésus-Christ, il est notre unique
médiateur; il faut prêcher Jésus-Christ, voilà le solide!
Ce qu'ils disent est vrai dans un sens; mais par rapport
à l'application qu'ils en font, pour empêcher la dévotion à la
Très Sainte Vierge, il est très dangereux, et un fin piège du
malin, sous prétexte d'un plus grand bien; car jamais on
n'honore plus Jésus-Christ que lorsqu'on honore plus la Très
Sainte Vierge, puisqu'on ne l'honore qu'afin d'honorer plus
parfaitement Jésus-Christ, puisqu'on ne va à elle que comme à
la voie pour trouver le terme où on va, qui est Jésus.

95. La Sainte Eglise, avec le Saint-Esprit, bénit la Sainte
Vierge la première, et Jésus-Christ le second: Benedicta tu in
mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jesus. Non pas
parce que la Sainte Vierge soit plus que Jésus-Christ ou égale
à lui: ce serait une hérésie intolérable; mais c'est que pour
bénir plus parfaitement Jésus-Christ, il faut auparavant bénir
Marie. Disons donc avec tous les vrais dévots de la Sainte
Vierge, contre ses faux dévots scrupuleux: O Marie, vous êtes
bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de votre
ventre, Jésus.

[3. «Les dévots extérieurs»]

96. Les dévots extérieurs sont des personnes qui font
consister toute la dévotion à la Très Sainte Vierge en des
pratiques extérieures; qui ne goûtent que l'extérieur de la
dévotion à la Très Sainte Vierge, parce qu'ils n'ont point
d'esprit intérieur; qui diront force chapelet à la hâte,
entendront plusieurs messes sans attention, iront aux
processions sans dévotion, se mettront de toutes ses
confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs
passions et sans imitation des vertus de cette Vierge très
sainte. Ils n'aiment que le sensible de la dévotion, sans en
goûter le solide; s'ils n'ont pas de sensibilités dans leurs
pratiques, ils croient qu'ils ne font plus rien, ils se
détractent, ils quittent tout cela, ou il font tout à baton
rompu. Le monde est plein de ces sortes de dévots extérieurs,
et il n'y a pas de gens plus critiques des personnes d'oraison
qui s'appliquent à l'intérieur comme à l'essentiel, sans
mépriser l'extérieur de modestie qui accompagne toujours la
vraie dévotion.

[4. «Les dévots présomptueux»]

97. Les dévots présomptueux sont des pécheurs abandonnés à
leurs passions, ou des amateurs du monde, qui, sous le beau
nom de chrétien et de dévot à la Sainte Vierge, cachent ou
l'orgueil, ou l'avarice, ou l'impureté, ou l'ivrognerie, ou la
colère, ou le jurement, ou la médisance, ou l'injustice, etc.;
qui dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes, sans se
faire beaucoup de violence pour se corriger, sous prétexte
qu'ils sont dévots à la Vierge; qui se promettent que Dieu
leur pardonnera, qu'ils ne mourront pas sans confession, et
quils ne seront pas damnés, parce qu'ils disent leur chapelet,
parce qu'ils jeûnent le samedi, parce qu'ils sont de la
confrérie du Saint Rosaire ou Scapulaire, ou de ses
congrégations, parce qu'ils portent le petit habit ou la
petite chaîne de la Sainte Vierge, etc.
Quand on leur dit que leur dévotion n'est qu'une illusion
du diable et qu'une présomption pernicieuse capable de les
perdre, ils ne le veulent pas croire; ils disent que Dieu est
bon et miséricordieux; qu'il ne nous a pas faits pour nous
damner; qu'il n'y a homme qui ne pèche; qu'ils ne mourront pas
sans confession; qu'un bon peccavi à la mort suffit; de plus
qu'ils sont dévots à la Sainte Vierge; qu'ils portent le
scapulaire; qu'ils disent tous les jours sans reproche et sans
vanité sept Pater et sept Ave en son honneur; qu 'ils disent
même quelquefois le chapelet et l'office de la Sainte Vierge;
qu'ils jeûnent, etc. Pour confirmer ce qu'ils disent et
s'aveugler davantage, ils apportent quelques histoires qu'ils
ont entendues ou lues en des livres, vraies ou fausses,
n'importe pas, qui font foi que des personnes mortes en péché
mortel, sans confession, parce qu'elles avaient, pendant leur
vie, dit quelques prières ou fait quelques pratiques de
dévotion à la Sainte Vierge, ou ont été ressucitées pour se
confesser, ou leur âme a demeuré miraculeusement dans leur
corps jusqu'à la confession, ou par la miséricorde de la
Sainte Vierge, ont obtenu de Dieu, à leur mort, la contrition
et le pardon de leur péchés, et par là ont été sauvés, et
qu'ils espèrent la même chose.

98. Rien n'est si damnable, dans le christianisme, que cette
présomption diabolique; car peut-on dire avec vérité qu'on
aime et qu'on honore la Sainte Vierge, lorsque, par ses
péchés, on pique, on perce, on crucifie et on outrage
impitoyablement Jésus-Christ son Fils? Si Marie se faisait une
loi de sauver par sa miséricorde ces sortes de gens, elle
autoriserait le crime, elle aiderait à crucifier et outrager
son Fils; qui l'oserait jamais penser?

99. Je dis qu'abuser ainsi de la dévotion à la Très Sainte
Vierge, qui, après la dévotion à Notre-Seigneur au Très Saint-
Sacrement, est la plus sainte et la plus solide, c'est
commettre un horrible sacrilège, qui, après le sacrilège de
l'indigne communion, est le plus grand et le moins
pardonnable.
J'avoue que, pour être vraiment dévot à la Sainte Vierge,
il n'est pas absolument nécessaire d'être si saint qu'on évite
tout péché, quoiqu'il fût à souhaiter; mais il faut du moins
(qu'on remarque bien ce que je vais dire):
Premièrement être dans une sincère résolution d'éviter au
moins tout péché mortel, qui outrage la Mère aussi bien que le
Fils;
Secondement se faire violence pour éviter le péché;
Troisièmement, se mettre des confréries, réciter le
chapelet, le saint rosaire ou autres prières, jeûner le
samedi, etc.

100. Cela est merveilleusement utile à la conversion d'un
pécheur, même endurci; et si mon lecteur est tel, et quand il
aurait un pied dans l'abîme, je le lui conseille, mais à
condition qu'il ne pratiquera ces bonnes oeuvres que dans
l'intention d'obtenir de Dieu, par l'intercession de la Sainte
Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés,
et de vaincre ses mauvaises habitudes, et non pas pour
demeurer paisiblement dans l'état du péché, contre les remords
de sa conscience, l'exemple de Jésus-Christ et des saints, et
les maximes du saint Evangile.

[5. «Les dévots inconstants»]

101. Les dévots inconstants sont ceux qui sont dévots à la
Sainte Vierge par intervalles et par boutades: tantôt ils sont
fervents et tantôt ils sont tièdes, tantôt ils paraissent
prêts de tout faire pour son service, et puis, peu après, ils
ne sont plus les mêmes. Ils embrasseront d'abord toutes les
dévotions de la Sainte Vierge; il se mettront de ses
confréries, et puis il n'en pratiquent point les règles avec
fidélité; ils changent comme la lune, et Marie les met sous
ses pieds, avec le croissant, parce qu'ils sont changeants et
indignes d'être comptés parmi les serviteurs de cette Vierge
fidèle, qui ont la fidélité et la constance pour partage. Il
vaut mieux ne pas se charger de tant de prières et pratiques
de dévotion, et en faire peu avec amour et fidélité, malgré le
monde, le diable et la chair.

[6. «Les dévots hypocrites»]

102. Il y a encore de faux dévots à la Sainte Vierge, qui sont
des dévots hypocrites, qui couvrent leurs péchés et leurs
mauvaises habitudes sous le manteau de cette Vierge fidèle,
afin de passer aux yeux des hommes pour ce qu'ils ne sont pas.

[7. «Les dévots intéressés»]

103. Il y a encore des dévots intéressés, qui ne recourent à
la Sainte Vierge que pour gagner quelque procès, pour éviter
quelque péril, pour guérir d'une maladie, ou pour quelque
autre besoin de la sorte, sans quoi ils l'oublieraient; et les
uns et les autres sont de faux dévots, qui ne sont point de
mise devant Dieu ni sa sainte Mère.


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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 09:29
Chapelle du Précieux Sang
Notre-Dame du Laus (05)


Saint Louis-Marie Grignion de Monfort
Traité de la Vraie Dévotion à la Sainte Vierge

TRAITE DE LA VRAIE DEVOTION A LA SAINTE VIERGE
«PREPARATION AU REGNE DE JESUS-CHRIST»


[I. «NECESSITE QUE NOUS AVONS DE LA DEVOTION

A LA TRES-SAINTE VIERGE»]

[A. NECESSITE DE LA DEVOTION A MARIE]

1. C'est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ
est venu au monde, et c'est aussi par elle qu'il doit régner
dans le monde.

2. Marie a été très cachée dans sa vie: c'est pourquoi elle
est appelée par le Saint-Esprit et l'Eglise Alma Mater: Mère
cachée et secrète. Son humilité a été si profonde qu'elle n'a
point eu sur la terre d'attrait plus puissant et plus
continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature,
pour n'être connue que de Dieu seul.

3. Dieu, pour l'exaucer dans les demandes qu'elle lui fit de
la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher
dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses
mystères, dans sa résurrection et assomption, à l'égard de
presque toute créature humaine. Ses parents mêmes ne la
connaissaient pas; et les anges se demandaient souvent les uns
aux autres: Quae est ista? Qui est celle-là? Parce que le
Très-Haut la leur cachait; ou, s'il leur en découvrait quelque
chose, il leur en cachait infiniment davantage.

4. Dieu le Père a consentit qu'elle ne fit point de miracle
dans sa vie, du moins qui éclatât, quoiqu'il lui en eût donné
la puissance. Dieu le Fils a consenti qu'elle ne parlât
presque point, quoiqu'il lui eût communiqué sa sagesse. Dieu
le Saint-Esprit a consenti que ses Apôtres et ses Evangélistes
n'en parlassent que très peu et qu'autant qu'il était
nécessaire pour faire connaître Jésus-Christ, quoiqu'elle fût
son Epouse fidèle.

5. Marie est l'excellent chef-d'oeuvre du Très-Haut, dont il
s'est réservé la connaissance et la possession. Marie est la
Mère admirable du Fils, qu'il a pris plaisir à humilier et à
cacher pendant sa vie, pour favoriser son humilité, la
traitant du nom de femme, mulier, comme une étrangère, quoique
dans son coeur il l'estimât et l'aimât plus que tous les anges
et les hommes. Marie est la fontaine scellée et l'Epouse
fidèle du Saint-Esprit, où il n'y a que lui qui entre. Marie
est le sanctuaire et le repos de la Sainte-Trinité, où Dieu
est plus magnifiquement et divinement qu'en aucun lieu de
l'univers, sans excepter sa demeure sur les chérubins et les
séraphins; et il n'est pas permis à aucune créature, quelque
pure qu'elle soit, d'y entrer sans un grand privilège.

6. Je dis avec les saints: La divine Marie est le paradis
terrestre du nouvel Adam, où il s'est incarné par l'opération
du Saint-Esprit, pour y opérer des merveilles
incompréhensibles. C'est le grand et le divin monde de Dieu,
où il y a des beautés et des trésors ineffables. C'est la
magnificence du Très-Haut, où il a caché, comme dans son sein,
son Fils unique, et en lui tout ce qu'il y a de plus excellent
et précieux. Oh! oh! que de choses grandes et cachées ce Dieu
puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est
elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde:
Fecit mihi magna qui potens est. Le monde ne les connaît pas,
parce qu'il en est incapable et indigne.

7. Les saints ont dit des choses admirables de cette sainte
cité de Dieu; et ils n'ont jamais été plus éloquents et plus
contents, comme ils l'avouent eux-mêmes, que quand ils en ont
parlé. Après cela, ils s'écrient que la hauteur de ses
mérites, qu'elle a élevés jusqu'au trône de la Divinité, ne se
peut apercevoir; que la largeur de sa charité, qu'elle a plus
étendue que la terre, ne se peut mesurer; que la grandeur de
sa puissance, qu'elle a jusque sur un Dieu même, ne se peut
comprendre; et, enfin, que la profondeur de son humilité et de
toutes ses vertus et ses grâces, qui sont un abîme, ne se peut
sonder. O hauteur incomprèhensible! O largeur ineffable! O
grandeur démesurée! O abîme impénétrable!

8. Tous les jours, d'un bout de la terre à l'autre, dans le
plus haut des cieux, dans le plus profond des abîmes, tout
prêche, tout publie l'admirable Marie. Les neuf choeurs des
anges, les hommes de tous sexes, âges, conditions, religions,
bons et mauvais, jusqu'aux diables, sont obligés de l'appeler
bienheureuse, bon gré, mal gré, par la force de la vérité.
Tous les anges dans les cieux lui crient incessamment, comme
dit saint Bonaventure: Sancta, sancta, sancta Maria, Dei
Genitrix et Virgo; et lui offrent millions de millions de fois
tous les jours la Salutation des anges: Ave, Maria, etc., en
se prosternant devant elle, et lui demandant pour grâce de les
honorer de quelques-uns de ses commandements. Jusqu'à saint
Michel [qui], dit saint Augustin, quoique le prince de toute
la cour céleste, est le plus zélé à lui rendre et à lui faire
rendre toutes sortes d'honneurs, toujours en attente pour
avoir l'honneur d'aller, à sa parole, rendre service à
quelqu'un de ses serviteurs.

9. Toute la terre est pleine de sa gloire, particulièrement
chez les chrétiens où elle est prise pour tutélaire et
protectrice en plusieurs royaumes, provinces, diocèses et
villes. Plusieurs cathédrales consacrées à Dieu sous son nom.
Point d'église sans autel en son honneur: point de contrée ni
canton où il n'y ait quelqu'une de ses images miraculeuses, où
toutes sortes de maux sont guéris et toutes sortes de biens
obtenus. Tant de confréries et congrégations en son honneur!
tant de religions sous son nom et sa protection! tant de
confrères et de soeurs de toutes les confréries et tant de
religieux et religieuses de toutes les religions qui publient
ses louanges et qui annoncent ses miséricordes! Il n'y a pas
un petit enfant qui, en bégayant l'Ave Maria, ne la loue; il
n'y a guère de pécheurs qui, en leur endurcissement même,
n'aient en elle quelque étincelle de confiance; il n'y a pas
même de diable dans les enfers qui, en la craignant, ne la
respecte.

10. Après cela, il faut dire, en vérité, avec les saints:
De Maria nunquam satis.
On n'a point encore assez loué, exalté, honoré, aimé et servi
Marie. Elle mérite encore plus de louanges, de respects,
d'amours et de services.

11. Après cela, il faut dire avec le Saint-Esprit: Omnis
gloria ejus filiae Regis ab intus: Toute la gloire de la fille
du Roi est au dedans: comme si toute la gloire extérieure que
lui rendent à l'envi toute la terre n'était rien, en
comparaison de celle qu'elle reçoit au-dedans par le Créateur,
et qui n'est point connue des petites créatures, qui ne
peuvent pénétrer le secret des secrets du Roi.

12. Après cela, il faut nous écrier avec l'Apôtre: Nec oculus
vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascendit: Ni
l'oeil n'a pas vu, ni l'oreille n'a entendu, ni le coeur de
l'homme n'a compris les beautés, les grandeurs et excellences
de Marie, le miracle des miracles de la grâce, de la nature et
de la gloire. Si vous voulez comprendre la Mère, dit un saint,
comprenez le Fils. C'est une digne Mère de Dieu: Hic taceat
omnis lingua: Que toute langue demeure muette ici.

13. Mon coeur vient de dicter tout ce que je viens d'écrire,
avec une joie particulière, pour montrer que la divine Marie a
été inconnue jusqu'ici, et que c'est une des raisons pourquoi
Jésus-Christ n'est point connu comme il doit être. Si donc,
comme il est certain, la connaissance et le règne de Jésus-
Christ arrivent dans le monde, ce ne sera qu'une suite
nécessaire de la connaissance et du règne de la Très Sainte
Vierge Marie, qui l'a mis au monde la première fois et le fera
éclater la seconde.

[1. «DIEU A VOULU COMMENCER ET ACHEVER SES PLUS GRANDS
OUVRAGES PAR LA TRES SAINTE VIERGE»]

14. J'avoue, avec toute l'Eglise, que Marie n'étant qu'une
pure créature sortie des mains du Très-Haut, comparée à sa
Majesté infinie, est moindre qu'un atome, ou plutôt n'est rien
du tout, puisqu'il est seul "Celui qui est", et que, par
conséquent, ce grand Seigneur, toujours indépendant et
suffisant à lui-même, n'a pas eu ni n'a pas encore absolument
besoin de la Très Sainte Vierge pour l'accomplissement de ses
volontés et pour la manifestation de sa gloire. Il n'a qu'à
vouloir pour tout faire.

15. Je dis cependant que, les choses supposées comme elles
sont, Dieu ayant voulu commencer et achever ses plus grands
ouvrages par la Très Sainte Vierge depuis qu'il l'a formée, il
es à croire qu'il ne changera point de conduite dans les
siècles des siècles, car il est Dieu, et ne change point en
ses sentiments ni en sa conduite.

16. Dieu le Père n'a donné son Unique au monde que par Marie.
Quelques soupirs qu'aient poussés les patriarches, quelques
demandes qu'aient faites les prophètes et les saints de
l'ancienne loi, pendant quatre mille ans, pour avoir ce
trésor, il n'y a eu que Marie qui l'ait mérité et trouvé grâce
devant Dieu par la force de ses prières et la hauteur de ses
vertus. Le monde étant indigne, dit saint Augustin, de (le)
recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père, il
l'a donné à Marie afin que le monde le reçût par elle.
Le Fils de Dieu s'est fait homme pour notre salut, mais
en Marie et par Marie.
Dieu le Saint-Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais
après lui avoir demandé son consentement par un des premiers
ministres de sa cour.

17. Dieu le Père a communiqué à Marie sa fécondité autant
qu'une pure créature en était capable, pour lui donner le
pouvoir de produire son Fils et tous les membres de son Corps
mystique.

18. Dieu le Fils est descendu dans son sein virginal, comme
le nouvel Adam dans son paradis terrestre, pour y prendre ses
complaisances et pour y opérer en cachette des merveilles de
grâce. Ce Dieu fait homme a trouvé sa liberté à se voir
emprisonné dans son sein; il a fait éclater sa force à se
laisser porter par cette petite fille; il a trouvé sa gloire
et celle de son Père à cacher ses splendeurs à toutes
créatures d'ici-bas, pour ne les révéler qu'à Marie; il a
glorifié son indépendance et sa majesté à dépendre de cette
aimable Vierge dans sa conception, en sa naissance, en sa
présentation au temple, en sa vie cachée de trente ans,
jusqu'en sa mort, où elle devait assister, et pour être immolé
par son consentement au Père éternel, comme autrefois Isaac
par le consentement d'Abraham à la volonté de Dieu. C'est elle
qui l'a allaité, nourri, entretenu, élevé et sacrifié pour
nous.
O admirable et incompréhensible dépendance d'un Dieu que
le Saint-Esprit n'a pu passer sous silence dans l'Evangile, -
quoiqu'il nous ait chaché presque toutes les choses admirables
que cette Sagesse incarnée a faites dans sa vie chachée -,
pour nous en montrer le prix et la gloire infinie. Jésus-
Christ a plus donné de gloire à Dieu son Père par la
soumission qu'il a eue à sa Mère pendant trente années, qu'il
ne lui en eût donné en convertissant toute la terre par
l'opération des plus grandes merveilles. Oh! qu'on glorifie
hautement Dieu quand on se soumet, pour lui plaire, à Marie, à
l'exemple de Jésus-Christ, notre unique modèle!

19. Si nous examins de près le reste de la vie de Jésus-
Christ, nous verrons qu'il a voulu commencer ses miracles par
Marie. Il a sanctifié saint Jean dans le sein de sa mère
sainte Elisabeth, par la parole de Marie; aussitôt qu'elle eût
parlé, Jean fut sanctifié, et c'est son premier et plus grand
miracle de grâce. Il changea, aux noces de Cana, l'eau en vin.
à son humble prière, et c'est son premier miracle de nature.
Il a commencé et continué ses miracles par Marie; et il les
continuera jusques à la fin des siècles par Marie.

20. Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c'est-à-dire
ne produisant point d'autre personne divine, est devenu fécond
par Marie qu'il a épousée. C'est avec elle et en elle et
d'elle qu'il a produit son chef-d'oeuvre, qui est un Dieu fait
homme, et qu'il produit tous les jours jusqu'à la fin du monde
les prédestinés et les membres du corps de ce chef adorable:
c'est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère et indissoluble
Epouse, dans une âme, et plus il devient opérant et puissant
pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en
Jésus-Christ.

21. Ce n'est pas qu'on veuille dire que la Très Sainte Vierge
donne au Saint-Esprit la fécondité, comme s'il ne l'avait pas,
puisque, étant Dieu, il a la fécondité ou la capacité de
produire, comme le Père et le Fils, quoiqu'il ne la réduise
pas à l'acte, ne produisant point d'autre Personne divine.
Mais on veut dire que le Saint-Esprit, par l'entremise de la
Sainte Vierge, dont il veut bien se servir, quoiqu'il n'en ait
pas absolument besoin, réduit à l'acte sa fécondité, en
produisant en elle et par elle Jésus-Christ et ses membres.
Mystère de grâce inconnu même aux plus savants et spirituels
d'entre les chrétiens.

22. La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte
Trinité ont tenue dans l'Incarnation et le premier avènement
de Jésus-Christ, elles la gardent tous les jours, d'une
manière invisible, dans la Sainte Eglise, et la garderont
jusqu'à la consommation des siècles, dans le dernier avènement
de Jésus-Christ.

23. Dieu le Père a fait un assemblage de toutes les eaux,
qu'il a nommé la mer; et il a fait un assemblage de toutes ses
grâces, qu'il a appelé Marie. Ce grand Dieu a un trésor ou un
magasin très riche, où il a renfermé tout ce qu'il a de beau,
d'éclatant, de rare et de précieux, jusqu'à son propre Fils;
et ce trésor immense n'est autre que Marie, que les saints
appellent le trésor du Seigneur, de la plénitude duquel les
hommes sont enrichis.

24. Dieu le Fils a communiqué à sa Mère tout ce qu'il a
acquis par sa vie et sa mort, ses mérites infinis et ses
vertus admirables, et il l'a faite la trésorière de tout ce
que son Père lui a donné en héritage; c'est par elle qu'il
applique ses mérites à ses membres, qu'il communique ses
vertus et distribue ses grâces; c'est son canal mystérieux,
c'est son aqueduc, par où il fait passer doucement et
abondamment ses miséricordes.

25. Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle
Epouse, ses dons ineffables, et il l'a choisie pour la
dispensatrice de tout ce qu'il possède: en sorte qu'elle
distribue à qui elle veut, autant qu'elle veut, comme elle
veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces, et il ne
se donne aucun don céleste aux hommes qui ne passe par ses
mains virginales. Car telle est la volonté de Dieu, qui a
voulu que nous ayons tout [par] Marie: car ainsi sera
enrichie, élevée et honorée du Très-Haut celle qui s'est
appauvrie, humiliée et cachée jusqu'au fond du néant par sa
propre humilité, pendant toute sa vie. Voilà les sentiments de
l'Eglise et des Saints Pères.

26. Si je parlais à des esprits forts de ce temps, je
prouverais tout ce que je dis simplement, plus au long, par la
Sainte Ecriture, les Saints Pères, dont je rapporterias les
passages latins, et par plusieurs solides raisons qu'on pourra
voir au long déduites par le R.P Poiré en sa Triple Couronne
de la Sainte Vierge. Mais comme je parle particulièrement aux
pauvres et aux simples qui, étant de bonne volonté et ayant
plus de foi que le commun des savants, croient plus simplement
et avec plus de mérite, je me contente de leur déclarer
simplement la vérité, sans m'arrêter à leur citer tous les
passages latins, qu'ils n'entendent pas, quoique je ne laisse
pas d'en rapporter quelques-uns, sans les rechercher beaucoup.
Continuons.

27. La grâce perfectionnant la nature, et la gloire
perfectionnant la grâce, il est certain que Notre-Seigneur est
encore dans le ciel aussi Fils de Marie qu'il l'était sur la
terre, et que, par conséquent, il a conservé la soumission et
l'obéissance du plus parfait de tous les enfants à l'égard de
la meilleure de toutes les mères. Mais il faut prendre garde
de concevoir en cette dépendance quelque abaissement ou
imperfection en Jésus-Christ. Car Marie étant infiniment au-
dessous de son Fils, qui est Dieu, ne lui commande pas comme
une mère d'ici-bas commanderait à son enfant qui est au-
dessous d'elle. Marie, étant toute transformée en Dieu par la
grâce et la gloire qui transforme tous les saints en lui, ne
demande, ne veut ni ne fait rien qui soit contraire à
l'éternelle et immuable volonté de Dieu. Quand on lit donc,
dans les écrits des saints Bernard, Bernardin, Bonaventure,
etc., que dans le ciel et sur la terre, tout, jusqu'à Dieu
même, est soumis à la Très Sainte Vierge, ils veulent dire que
l'autorité que Dieu a bien voulu lui donner est si grande,
qu'il semble qu'elle a la même puissance que Dieu, et que ses
prières et demandes sont si puissantes auprès de Dieu,
qu'elles passent toujours pour des commandements auprès de sa
Majesté, qui ne résiste jamais à la prière de sa chère Mère,
parce qu'elle est toujours humble et conforme à sa volonté.
Si Moïse, par la force de sa prière, arrêta la colère de
Dieu sur les Israélites, d'une manière si puissante que ce
très haut et infiniment miséricordieux Seigneur, ne pouvant
lui résister, lui dit qu'il le laissât se mettre en colère et
punir ce peuple rebelle, que devons-nous penser, à plus forte
raison, de la prière de l'humble Marie, la digne Mère de Dieu,
qui est plus puissante auprès de sa Majesté que les prières et
intercessions de tous les anges et les saints du ciel et de la
terre?

28. Marie commande dans les cieux sur les anges et les
bienheureux. Pour récompense de son humilité profonde, Dieu
lui a donné le pouvoir et la commission de remplir de saints
les trônes vides dont les anges apostats sont tombés par
orgueil. Telle est la volonté du Très-Haut, qui exalte les
humbles, que le ciel et la terre et les enfers plient, bon gré
mal gré, aux commandement de l'humble Marie, qu'il a faite la
souveraine du ciel et de la terre, la générale de ses armées,
la trésorière de ses trésors, la dispensatrice de ses grâces,
l'ouvrière de ses grandes merveilles, la réparatrice du genre
humain, la médiatrice des hommes, l'exterminatrice des ennemis
de Dieu et la fidèle compagne de ses grandeurs et de ses
triomphes.

29. Dieu le Père se veut faire des enfants par Marie jusqu'à
la consommation du monde, et il lui dit ces paroles: In Jacob
inhabita: demeurez en Jacob, c'est-à-dire faites votre demeure
et résidence dans mes enfants et prédestinés, figurés par
Jacob, et non point dans les enfants du diable et les
réprouvés, figurés par Esaü.

30. Comme dans la génération naturelle et corporelle il y a
un père et une mère, de même dans la génération surnaturelle
et spirituelle il y a un père qui est Dieu et une mère qui est
Marie. Tous les vrais enfants de Dieu et prédestinés ont Dieu
pour père et Marie pour mère; et qui n'a pas Marie pour Mère
n'a pas Dieu pour Père. C'est pourquoi les réprouvés, comme
les hérétiques, schismatiques, etc., qui haïssent ou regardent
avec mépris ou indifférence la Très Sainte Vierge, n'ont point
Dieu pour père, quoiqu'ils s'en glorifient, parce qu'ils n'ont
pas Marie pour mère: car, s'ils l'avaient pour mère, ils
l'aimeraient et l'honoreraient comme un vrai et bon enfant
aime naturellement et honore sa mère qui lui a donné la vie.
Le signe le plus infaillible et le plus indubitable pour
distinguer un hérétique, un homme de mauvaise doctrine, un
réprouvé, d'avec un prédestiné, c'est que l'hérétique et le
réprouvé n'ont que du mépris ou de l'indifférence pour la Très
Sainte Vierge, tâchant, par leurs paroles et exemples, d'en
diminuer le culte et l'amour, ouvertement ou en cachette,
quelquefois sous de beaux prétextes. Hélas! Dieu le Père n'a
pas dit à Marie de faire sa demeure en eux, parce qu'ils sont
des Esaüs.

31. Dieu le Fils veut se former et, pour ainsi dire,
s'incarner tous les jours, par sa chère Mère, dans ses
membres, et il lui dit: In Israel haereditare: Ayez Israël
pour héritage. C'est comme s'il disait: Dieu mon Père m'a
donné pour héritage toutes les nations de la terre, tous les
hommes bons et mauvais, prédestinés et réprouvés; je conduirai
les uns par la verge d'or et les autres par la verge de fer;
je serai le père et l'avocat des uns, le juste vengeur des
autres, et le juge de tous; mais pour vous, ma chère Mère,
vous n'aurez pour votre héritage et possession que les
prédestinés figurés par Israël; et, comme leur bonne mère,
vous les enfanterez, nourrirez, élèverez; et, comme leur
souveraine, vous les conduirez, gouvernerez et défendrez.

32. "Un homme et un homme est né en elle", dit le Saint-
Esprit: Homo et homo natus est in ea. Selon l'explication de
quelques Pères, le premier homme qui est né en Marie est
l'Homme-Dieu, Jésus-Christ; le second est un homme pur, enfant
de Dieu et de Marie par adoption. Si Jésus-Christ, le chef des
hommes, est né en elle, les prédestinés, qui sont les membres
de ce chef, doivent aussi naître en elle par une suite
nécessaire. Une même mère ne met pas au monde la tête ou le
chef sans les membres, ni les membres, sans la tête; autrement
ce serait un monstre de la nature; de même, dans l'ordre de la
grâce, le chef et les membres naissent d'une même mère; et si
un membre du corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire un
prédestiné, naissait d'une autre mère que Marie qui a produit
le chef, ce ne serait pas un prédestiné, ni un membre de
Jésus-Christ, mais un monstre dans l'ordre de la grâce.

33. De plus, Jésus-Christ étant à présent autant que jamais
le fruit de Marie, comme le Ciel et la terre lui répètent
mille et mille fois tous les jours: Et béni est le fruit de
votre ventre, Jésus, il est certain que Jésus-Christ est pour
chaque homme en particulier, qui le possède, aussi
véritablement le fruit et l'oeuvre de Marie, que pour tout le
monde en général; en sorte que, si quelque fidèle a Jésus-
Christ formé dans son coeur, il peut dire hardiment: " Grand
merci à Marie, ce que je possède est son effet et son fruit,
et sans elle je ne l'aurais pas"; et on peut lui appliquer
plus véritablement que saint Paul ne se les applique, ces
paroles: Quos iterum parturio, donec in vobis formetur
Christus: J'enfante tous les jours les enfants de Dieu,
jusqu'à ce que Jésus-Christ mon Fils ne soit formé en eux dans
la plénitude de son âge. Saint Augustin se surpassant soi-
même, et tout ce que je viens de dire, dit que tous les
prédestinés, pour être conformes à l'image du Fils de Dieu,
sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge,
où ils sont gardés, nourris, entretenus et agrandis par cette
bonne Mère, jusqu'à ce qu'elle ne les enfante à la gloire,
après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance,
comme l'Eglise appelle la mort des justes. O mystère de grâce
inconnu aux réprouvés et peu connu des prédestinés!

34. Dieu le Saint-Esprit veut se former en elle et par elle
des élus et il lui dit: In electis meis mitte radices. Jetez,
ma bien-aimée et mon Epouse, les racines de toutes vos vertus
dans mes élus, afin qu'ils croissent de vertu en vertu et de
grâce en grâce. J'ai pris tant de complaisance en vous, lorque
vous viviez sur la terre dans la pratique des plus sublimes
vertus, que je désire encore vous trouver sur la terre, sans
cesser d'être dans le ciel. Reproduisez-vous pour cet effet
dans mes élus: que je voie en eux avec complaisance les
racines de votre foi invincible, de votre humilité profonde,
de votre mortification universelle, de votre oraison sublime,
de votre charité ardente, de votre espérance ferme et de
toutes vos vertus. Vous êtes toujours mon Epouse aussi fidèle,
aussi pure et aussi féconde que jamais: que votre foi me donne
des fidèles; que votre pureté me donne des vierges, que votre
fécondité me donne des élus et des temples.

35. Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y
produit des merveilles de grâces qu'elle seule peut produire
parce qu'elle est seule la Vierge féconde qui n'a jamais eu ni
n'aura jamais sa semblable en pureté et en fécondité.
Marie a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande
chose qui ait été et sera jamais, qui est un Dieu-Homme, et
elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront
dans les derniers temps. La formation et l'éducation des
grands saints qui seront sur la fin du monde lui est réservée;
car il n'y a que cette Vierge singulière et miraculeuse qui
peut produire, en union du Saint-Esprit, les choses
singulières et extraordinaires.

36. Quand le Saint-E sprit, son Epoux, l'a trouvée dans une
âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à
cette âme abondamment et autant qu'elle donne place à son
Epouse; et une des grandes raisons pourquoi le Saint-Esprit ne
fait pas maintenant des merveilles éclatantes dans les âmes,
c'est qu'il n'y trouve pas une assez grande union avec sa
fidèle et indissoluble Epouse. Je dis: indissoluble Epouse,
car depuis que cet Amour substantiel du Père et du Fils a
épousé Marie pour produire Jésus-Christ, le chef des élus et
Jésus-Christ dans les élus, il ne l'a jamais répudiée, parce
qu'elle a toujours été fidèle et féconde.

[2. «LA DEVOTION A LA TRES SAINTE VIERGE

EST NECESSAIRE»]

37. On doit conclure évidemment de ce que je viens de dire:
Premièrement, que Marie a reçu de Dieu une grande
domination dans les âmes des élus: car elle ne peut pas faire
en eux sa résidence, comme Dieu le Père lui a ordonné; les
former, les nourrir et les enfanter à la vie éternelle comme
leur mère, les avoir pour son héritage et sa portion, les
former en Jésus-Christ et Jésus-Christ en eux; jeter dans leur
coeur les racines de ses vertus, et être la compagne
indissoluble du Saint-Esprit pour tous ces ouvrages de grâces;
elle ne peut pas, dis-je, faire toutes ces choses, qu'elle
n'ait droit et domination dans leurs âmes par une grâce
singulière du Très-Haut, qui, lui ayant donné puissance sur
son Fils unique et naturel, la lui a aussi donné sur ses
enfants adoptifs, non seulement quant au corps, ce qui serait
peut de chose, mais aussi quant à l'âme.

38. Marie est la Reine du ciel et de la terre par grâce,
comme Jésus en est le Roi par nature et par conquête. Or,
comme le royaume de Jésus-Christ consiste principalement dans
le coeur ou l'intérieur de l'homme, selon cette parole: Le
royaume de Dieu est au-dedans de vous, de même le royaume de
la Très Sainte Vierge est principalement dans l'intérieur de
l'homme, c'est-à-dire dans son âme, et c'est principalement
dans les âmes qu'elle est plus glorifiée avec son Fils que
dans toutes les créatures visibles, et nous pouvons l'appeler
avec les saints la Reine des Coeurs.

39. Secondement, il faut conclure que la Très Sainte Vierge
étant nécessaire à Dieu, d'une nécessité qu'on appelle
hypothétique, en conséquence de sa volonté, elle est bien plus
nécessaire aux hommes pour arriver à leur dernière fin. Il ne
faut donc pas mêler la dévotion à la Très Sainte Vierge avec
les dévotions aux autres saints, comme si elle n'était pas
plus nécessaire, et que de surérogation.

40. Le docte et le pieux Suarez, de la Compagnie de Jésus, le
savant et le dévot Juste-Lipse, docteur de Louvain, et
plusieurs autres, ont prouvé invinciblement, en conséquence
des sentiments des Pères, entre autres de saint Augustin, de
saint Ephrem, diacre d'Edesse, de saint Cyrille de Jérusalem,
de saint Germain de Constantinople, de saint Jean de Damas, de
saint Anselme, saint Bernard, saint Bernardin, saint Thomas et
saint Bonaventure, que la dévotion à la Très Sainte Vierge est
nécessaire au salut, et que c'est une marque infaillible de
réprobation, au sentiment même d'Oecolampade et de quelques
autres, de n'avoir pas de l'estime et de l'amour pour la
Sainte Vierge, et qu'au contraire, c'est une marque
infaillible de prédestination de lui être entièrement et
véritablement dévoué ou dévot.

41. Les figures et les paroles de l'Ancien et du Nouveau
Testament le prouvent, les sentiments et les exemples des
saints le confirment, la raison et l'expérience l'apprennent
et le démontrent; le diable même, et ses suppôts, pressés par
la force de la vérité, ont été souvent obligés de l'avouer
malgré eux. De tous ces passages des saints Pères et des
Docteurs, dont j'ai fait un ample recueil pour prouver cette
vérité, je n'en rapporte qu'un afin de n'être pas trop long:
Tibi devotum esse, est arma quaedam salutis quae Deus his dat
quos vult salvos fieri (S. Joan. Damas): Vous être dévot, ô
Sainte Vierge, dit saint Jean Damascène, est une arme de salut
que Dieu donne à ceux qu'il veut sauver.

42. Je pourrais ici rapporter plusieurs histoires qui
prouvent la même chose, entre autres: 1 celle qui est
rapportée dans les chroniques de saint François, lorsqu'il vit
dans une extase une grande échelle qui allait au ciel, au bout
de laquelle était la Sainte Vierge et par laquelle il lui fut
montré qu'il fallait monter pour arriver au ciel; 2 celle qui
est rapportée dans les chroniques de saint Dominique, lorsque
quinze mille démons possédant l'âme d'un malheureux hérétique
près de Carcassonne, où saint Dominique prêchait le Rosaire,
furent obligés, à leur confusion, par le mandement que leur en
fit la Sainte Vierge, d'avouer plusieurs grandes et
consolantes vérités touchant la dévotion à la Sainte Vierge,
avec tant de force et de clarté, qu'on ne peut pas lire cette
histoire authentique et le panégyrique que le diable fit
malgré lui de la dévotion à la Très Sainte Vierge, sans verser
des larmes de joie, pour peu qu'on soit dévot à la Très Sainte
Vierge.

43. Si la dévotion à la Très Sainte Vierge est nécessaire à
tous les hommes pour faire simplement leur salut, elle l'est
encore beaucoup plus à ceux qui sont appelés à une perfection
particulière; et je ne crois pas qu'une personne puisse
acquérir une union intime avec Notre-Seigneur et une parfaite
fidélité au Saint-Esprit, sans une très grande union avec la
Très Sainte Vierge et une grande dépendance de son secours.

44. C'est Marie seule qui a trouvé grâce devant Dieu, sans
aide d'aucune autre pure créature. Ce n'est que par elle que
tous ceux qui ont trouvé grâce devant Dieu depuis elle l'ont
trouvée, et ce n'est que par elle que tous ceux qui viendront
ci-après la trouveront. Elle était pleine de grâce quand elle
fut saluée par l'archange Gabriel, elle fut surabondamment
remplie de grâce par le Saint-Esprit quand il la couvrit de
son ombre ineffable; et elle a [tellement] augmenté de jour en
jour [et] de moment en moment cette plénitude double, qu'elle
est arrivée à un point de grâce immense et inconcevable; en
sorte que le Très-Haut l'a faite l'unique trésorière de ses
trésors et l'unique dispensatrice de ses grâces, pour anoblir,
élever et enrichir qui elle veut, pour faire passer, malgré
tout, qui elle veut par la porte étroite de la vie, et pour
donner le trône, le sceptre et la couronne de roi à qui elle
veut. Jésus est partout et toujours le fruit et le Fils de
Marie; et Marie est partout l'arbre véritable qui porte le
fruit de vie, et la vraie mère qui le produit.

45. C'est Marie seule à qui Dieu a donné les clefs des
celliers du divin amour, et le pouvoir d'entrer dans les voies
les plus sublimes et les plus secrètes de la perfection, et
d'y faire entrer les autres. C'est Marie seule qui donne
l'entrée dans le paradis terrestre aux misérables enfants
d'Eve l'infidèle, pour s'y promener agréablement avec Dieu,
pour s'y cacher sûrement contre ses ennemis et pour s'y
nourrir délicieusement, et sans plus craindre la mort, du
fruit des arbres de vie et de science du bien et du mal et
pour y boire à longs traits les eaux célestes de cette belle
fontaine qui y rejaillit avec abondance; ou plutôt comme elle
est elle-même ce paradis terrestre, ou cette terre vierge et
bénie dont Adam et Eve les pécheurs ont été chassés, elle ne
donne entrée chez elle qu'à ceux et celles qu'il lui plait
pour les faire devenir saints.

46. Tous les riches du peuple, pour me servir de l'expression
du Saint-Esprit, selon l'explication de saint Bernard, tous
les riches du peuple supplieront votre visage de siècle en
siècle, et particulièrement à la fin du monde, c'est-à-dire
que les plus grands saints, les âmes les plus riches en grâce
et en vertus, seront les plus assidus à prier la Très Sainte
Vierge et à l'avoir toujours présente comme leur parfait
modèle pour l'imiter, et leur aide puissante pour les
secourir.

47. J'ai dit que cela arriverait particulièrement à la fin du
monde, et bientôt, parce que le Très-Haut avec sa sainte Mère
doivent se former de grands saints qui surpasseront autant en
sainteté la plupart des autres saints, que les cèdres du Liban
surpassent les petits arbrisseaux, comme il a été révélé à une
sainte âme dont la vie a été écrite par Mr. de Renty.

48. Ces grandes âmes, pleines de grâce et de zèle, seront
choisies pour s'opposer aux ennemis de Dieu, qui frémiront de
tous côtés, et elles seront singulièrement dévotes à la Très
Sainte Vierge, éclairées par sa lumière, nourries de son lait,
conduites par son esprit, soutenues par son bras et gardées
sous sa protection, en sorte qu'elles combattront d'une main
et édifieront de l'autre. D'une main, elles combattront,
renverseront, écraseront les hérétiques avec leurs hérésies,
les schismatiques avec leur schismes, les idolâtres avec leur
idolâtrie, et les pécheurs avec leurs impiétés; et, de l'autre
main, elles edifieront le temple du vrai Salomon et la
mystique cité de Dieu, c'est-à-dire la Très Sainte Vierge,
appelée par les Saints Pères le temple de Salomon et la cité
de Dieu. Ils porteront tout le monde, par leurs paroles et
leurs exemples, à sa véritable dévotion, ce qui leur attirera
beaucoup d'ennemis, mais aussi beaucoup de victoires et de
gloire pour Dieu seul. C'est ce que Dieu a révélé à saint
Vincent Ferrier, grand apôtre de son siècle, comme il l'a
suffisamment marqué dans un de ses ouvrages.
C'est ce que le Saint-Esprit semble avoir prédit dans le
Psaume 58, dont voici les paroles: Et scient quia Dominus
dominabitur Jacob et finium terrae; convertentur ad vesperam,
et famem patientur ut canes, et circuibunt civitatem: Le
Seigneur règnera dans Jacob et dans toute la terre; ils se
convertiront sur le soir, et il souffriront la faim comme des
chiens, et ils iront autour de la ville pour trouver de quoi
manger. Cette ville que les hommes tournoieront à la fin du
monde pour se convertir, et pour rassasier la faim qu'ils
auront de la justice, est la Très Sainte Vierge qui est
appelée par le Saint-Esprit ville et cité de Dieu.

[B. NECESSITE DE LA DEVOTION A MARIE
PARTICULIEREMENT DANS LES DERNIERS TEMPS]

49. C'est par Marie que le salut du monde a commencé, et
c'est par Marie qu'il doit être consommé. Marie n'a presque
point paru dans le premier avènement de Jésus-Christ, afin que
les hommes, encore peu instruits et éclairés sur la personne
de son Fils, ne s'éloignassent de la vérité, en s'attachant
trop fortement et trop grossièrement à elle, à cause des
charmes admirables que le Très-Haut avait mis même en son
extérieur; ce qui est si vrai que saint Denis l'Aéropagite
nous a laissé par écrit que, quand il la vit, il l'aurait
prise pour une divinité, à cause de ses charmes secrets et de
sa beauté incomparable, si la foi, dans laquelle il était bien
confirmé, ne lui avait appris le contrarie. Mais, dans le
second avènement de Jésus-Christ, Marie doit être connue et
révélée par le Saint-Esprit afin de faire par elle connaître,
aimer et servir Jésus-Christ, les raisons qui ont porté le
Saint-Esprit à cacher son Epouse pendant sa vie, et à ne la
révéler que bien peu depuis la prédication de l'Evangile, ne
subsistant plus.

[1. «DIEU VEUT REVELER ET DECOUVRIR

MARIE DANS LES DERNIERS TEMPS»]

50. Dieu veut donc révéler et découvir Marie, le chef-
d'oeuvre de ses mains, dans ces derniers temps.
1 Parce qu'elle s'est cachée dans ce monde et s'est mise
plus bas que la poussière par sa profonde humilité, ayant
obtenu de Dieu, de ses Apôtres et Evangélistes qu'elle ne fût
point manifestée.
2 Parce qu'étant le chef-d'oeuvre des mains de Dieu,
aussi bien ici-bas par la grâce que dans le ciel par la
gloire, il veut en être glorifié et loué sur la terre par les
vivants.
3 Comme elle est l'aurore qui précède et découvre le
Soleil de justice, qui est Jésus-Christ, elle doit être connue
et aperçue, afin que Jésus-Christ le soit.
4 Etant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à
nous la premIère fois, elle le sera encore lorsqu'il viendra
la seconde, quoique non pas de la même manière.
5 Etant le moyen sûr et la voie droite et immaculée pour
aller à Jésus-Christ et le trouver parfaitement, c'est par
elle que les saintes âmes qui doivent éclater en sainteté
doivent la trouver. Celui qui trouvera Marie trouvera la vie.
Mais on ne peut trouver Marie qu'on ne la cherche; on ne peut
la chercher qu'on ne la connaisse: car on ne cherche ni ne
désire un objet inconnu. Il faut donc que Marie soit plus
connue que jamais, à la plus grande connaissance et gloire de
la Très Sainte Trinité.
6 Marie doit éclater, plus que jamais, en miséricorde,
en force et en grâce dans ces derniers temps: en miséricorde,
pour ramener et recevoir amoureusement les pauvres pécheurs et
dévoyés qui se convertiront et reviendront à l'Eglise
catholique ; en force contre les ennemis de Dieu, les
idolâtres, schismatiques, mahométans, juifs et impies
endurcis, qui se révolteront terriblement pour séduire et
faire tomber, par promesses et menaces, tous ceux qui leur
seront contraires et enfin elle doit éclater en grâce, pour
animer et soutenir les vaillants soldats et fidèles serviteurs
de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts.
7 Enfin Marie doit être terrible au diable et à ses
suppôts comme une armée rangée en bataille, principalement
dans ces derniers temps, parce que le diable, sachant bien
qu'il a peu de temps, et beaucoup moins que jamais, pour
perdre les âmes, il redouble tous les jours ses efforts et ses
combats; il suscitera bientôt de cruelles persécutions, et
mettra de terribles embûches aux serviteurs fidèles et aux
vrais enfants de Marie, qu'il a plus de peine à surmonter que
les autres.

51. C'est principalement de ces dernières et cruelles
persécutions du diable qui augmenteront tous les jours
jusqu'au règne de l'Antéchrist, qu'on doit entendre cette
première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée
dans le paradis terrestre contre le serpent. Il est à propos
de l'expliquer ici pour la gloire de la Très Sainte Vierge, le
salut de ses enfants et la confusion du diable.
Inimicitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et
semen illius; ipsa conteret caput tuum, et tu insidiaberis
calcaneo ejus (Gn 3,15): Je mettrai des inimitiés entre toi et
la femme, et ta race et la sienne; elle-même t'écrasera la
tête, et tu mettras des embûches à son talon.

52. Jamais Dieu n'a fait et formé qu'une inimitié, mais
irréconciliable, qui durera et augmentera même jusques à la
fin: c'est entre Marie, sa digne Mère, et le diable, entre les
enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et
suppôts de Lucifer; en sorte que la plus terrible des ennemies
que Dieu ait faite contre le diable est Marie, sa sainte Mère.
Il lui a même donné, dès le paradis terrestre, quoiqu'elle ne
fût encore que dans son idée, tant de haine contre ce maudit
ennemi de Dieu, tant d'industrie pour découvrir la malice de
cet ancien serpent, tant de force pour vaincre, terrasser et
écraser cet orgueilleux impie, qu'il l'appréhende plus, non
seulement que tous les anges et les hommes, mais, en un sens,
que Dieu même. Ce n'est pas que l'ire, la haine et la
puissance de Dieu ne soient infiniment plus grandes que celles
de la Sainte Vierge, puisque les perfections de Marie sont
limitées; mais c'est premièrement parce que Satan, étant
orgueilleux, souffre infiniment plus d'être vaincu et puni par
une petite et humble servante de Dieu, et son humilité
l'humilie plus que le pouvoir divin; secondement parce que
Dieu a donné à Marie un si grand pouvoir contre les diables,
qu'ils craignent plus, comme ils ont été souvent obligés
d'avouer, malgré eux, par la bouche des possédés, un seul de
ses soupirs pour quelque âme, que les prières de tous les
saints, et une seule de ses menaces contre eux que tous leurs
autres tourments.

53. Ce que Lucifer a perdu par orgueil, Marie l'a gagné par
humilité; ce qu'Eve a damné et perdu par désobéissance, Marie
l'a sauvé par obéissance. Eve, en obéissant au serpent, a
perdu tous ses enfants avec elle, et les lui a livrés; Marie,
s'étant rendue parfaitement fidèle à Dieu, a sauvé tous ses
enfants et serviteurs avec elle, et les a consacrés à sa
Majesté.

54. Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des
inimitiés, non seulement entre Marie et le démon, mais entre
la race de la Sainte Vierge et la race du démon; c'est-à-dire
que Dieu a mis des inimitiés, des antipathies et haines
secrètes entres les vrais enfants et serviteurs de la Sainte
Vierge et les enfants et esclaves du diable; ils ne s'aiment
point mutuellement, ils n'ont point de correspondance
intérieure les uns avec les autres. Les enfants de Bélial, les
esclaves de Satan, les amis du monde (car c'est la même
chose), ont toujours persécuté jusqu'ici et persécuteront plus
que jamais ceux et celles qui appartiennent à la Très Sainte
Vierge, comme autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü
son frère Jacob, qui sont les figures des réprouvés et des
prédestinés. Mais l'humble Marie aura toujours la victoire sur
cet orgueilleux, et si grande qu'elle ira jusqu'à lui écraser
la tête où réside son orgueil; elle découvrira toujours ses
mines infernales, elle dissipera ses conseils diaboliques, et
garantira jusqu'à la fin des temps ses fidèles serviteurs de
sa patte cruelle.
Mais le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera
particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des
embûches à son talon, c'est-à-dire à ses humbles esclaves et à
ses pauvres enfants qu'elle suscitera pour lui faire la
guerre. Ils seront petits et pauvres selon le monde, et
abaissés devant tous comme le talon, foulés et persécutés
comme le talon l'est à l'égard des autres membres du corps;
mais, en échange, ils seront riches en grâce de Dieu, que
Marie leur distribuera abondamment; grands et relevés en
sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur
zèle animé, et si fortement appuyés du secours divin, qu'avec
l'humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la
tête du diable et feront triompher Jésus-Christ.

[2. LA DEVOTION A MARIE NECESSAIRE PARTICULIEREMENT

DANS LES DERNIERS TEMPS]

55. Enfin Dieu veut que sa sainte Mère soit à présent plus
connue, plus aimée, plus honorée que jamais elle n'a été: ce
qui arrivera sans doute, si les prédestinés entrent, avec la
grâce et lumière du Saint-Esprit, dans la pratique intérieure
et parfaite qu je leur découvrirai dans la suite. Pour lors,
ils verront clairement, autant que la foi le permet, cette
belle étoile de la mer, et ils arriveront à bon port, malgré
les tempêtes et les pirates, en suivant sa conduite; ils
connaîtront les grandeurs de cette souveraine, et ils se
consacreront entièrement à son service, comme ses sujets et
ses esclaves d'amour; ils éprouveront ses douceurs et ses
bontés maternelles, et ils l'aimeront tendrement comme ses
enfants bien-aimés; ils connaîtront les miséricordes dont elle
est pleine et les besoins où ils sont de son secours, et ils
auront recours à elle en toutes choses comme à leur chère
avocate et médiatrice auprès de Jésus-Christ; ils sauront
qu'elle est le moyen le plus assuré, le plus aisé, le plus
court et le plus parfait pour aller à Jésus-Christ, et ils se
livreront à elle corps et âme, sans partage, pour être à
Jésus-Christ de même.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 20:05
Albrecht Dürer

2. Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son amour dans le

Sacrement de l'Eucharistie

Voix du disciple

1.Plein de confiance en votre bonté et votre grande miséricorde, je m'approche de vous,

Seigneur; malade, je viens à mon Sauveur; consumé de faim et de soif, je viens à la

source de la vie; pauvre, je viens au Roi du ciel; esclave, je viens à mon Maître;

créature, je viens à celui qui m'a fait; désolé, je viens à mon tendre consolateur.

Mais qu'y a-t-il en ce misérable qui vous porte à venir à lui ? que suis-je pour que vous

vous donniez vous-même à moi ?

Comment un pécheur osera-t-il paraître devant vous ? et comment daignerez-vous

venir vers ce pécheur ?

Vous connaissez votre serviteur et vous savez qu'il n'y a en lui aucun bien qui mérite

cette grâce.

Je confesse donc ma bassesse, je reconnais votre bonté, je bénis votre miséricorde, et je

vous rends grâce à cause de votre immense charité.

Car c'est pour vous-même et non pour mes mérites que vous en usez de la sorte, afin

que je connaisse mieux votre tendresse et que, embrasé d'un plus grand amour,

j'apprenne à m'humilier plus parfaitement, à votre exemple.

Et puisqu'il vous plaît ainsi et que vous l'avez ainsi ordonné, je reçois avec joie la grâce

que vous daignez me faire; et puisse mon iniquité n'y pas mettre obstacle !

2.Ô tendre et bon Jésus ! quel respect, quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous

pas pour la réception de votre sacré Corps, si élevé au-dessus de tout ce que peut

exprimer le langage de l'homme !

Mais que penserai-je en le recevant, en m'approchant de mon Seigneur, que je ne puis

révérer autant que je le dois, et que cependant je désire ardemment recevoir ?

Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m'abaisser profondément devant vous

et d'exalter votre bonté infinie pour moi !

Je vous bénis, mon Dieu, et je veux vous louer éternellement. Je me méprise et me

confonds devant vous dans l'abîme de mon abjection.

3.Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs.

Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur vous.

Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre table. Vous

voulez me donner à manger un aliment céleste, le pain des Anges, qui n'est autre que

vous-même, ô pain vivant ! qui êtes descendu du ciel, et qui donnez la vie au monde.

4.Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Que ne vous doit-on

pas d'actions de grâces et de louanges pour ce bienfait !

Ô salutaire dessein que celui que vous conçûtes d'instituer votre Sacrement ! ô doux et

délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même pour nourriture !

Que vos oeuvres sont admirables, Seigneur ! que votre puissance est grande ! que votre

vérité est ineffable !

Vous avez dit et tout a été fait, et rien n'a été fait que ce que vous avez ordonné.

5.Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre mais que tous doivent

croire, que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu

tout entier sous la moindre partie des espèces du pain et du vin, et que sans être

consumé, vous soyez mangé par celui qui vous reçoit.

Souverain maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne, avez cependant

voulu habiter en nous par votre Sacrement, conservez sans tache mon âme et mon corps

afin que je puisse plus souvent célébrer vos saints mystères avec la joie d'une

conscience pure, et recevoir pour mon salut éternel ce que vous avez institué

principalement pour votre gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre

amour.

6.Réjouis-toi, mon âme, et rends grâce à Dieu d'un don si magnifique, d'une si ravissante

consolation, qu'il t'a laissée dans cette vallée de larmes.

Car toutes les fois qu'on célèbre ce mystère et qu'on reçoit le corps de Jésus-Christ, l'on

consomme soi-même l'oeuvre de sa rédemption et on participe à tous les mérites du

Christ.

Car la charité de Jésus-Christ ne s'affaiblit jamais, et jamais sa propitiation infinie ne

s'épuise.

Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un renouvellement

d'esprit, et méditer attentivement à ce grand mystère de salut.

Lorsque vous célébrez le divin sacrifice ou que vous y assistez, il doit vous paraître

aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour que si ce jour-là même, Jésus-Christ

descendant pour la première fois dans le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que

suspendu à la croix, il souffrît et mourût pour le salut des hommes.

3. Qu'il est utile de communier souvent

Voix du disciple

1.Je viens à vous, Seigneur, pour jouir de votre don et goûter la joie du banquet sacré,

que dans votre tendresse vous avez, mon Dieu, préparé pour le pauvre.

En vous est tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer; vous êtes mon salut et ma

rédemption, mon espérance et ma force, mon bonheur et ma gloire.

Réjouissez donc aujourd'hui l'âme de votre serviteur, parce que j'ai élevé mon âme

vers vous, Seigneur Jésus.

Je désire maintenant vous recevoir avec un respect plein d'amour; je désire que vous

entriez dans ma maison pour mériter d'être béni de vous comme Zachée, et d'être

compté parmi les enfants d'Abraham.

Votre corps, voilà l'objet auquel mon âme aspire; mon coeur brûle d'être uni à vous.

2.Donnez-vous à moi, et ce don me suffit; car sans vous, rien ne me console.

Je ne puis être sans vous et je ne saurais vivre si vous ne venez à moi.

Il faut donc que je m'approche de vous souvent et que je vous reçoive comme le

soutien de ma vie, de peur que privé de cette céleste nourriture, je ne tombe de

défaillance dans le chemin.

C'est ainsi, miséricordieux Jésus, que prêchant aux peuples et les guérissant de diverses

langueurs, vous dites un jour: je ne veux pas les renvoyer à jeun dans leurs maisons,

de peur que les forces ne leur manquent en route.

Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu demeurer

dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles.

Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange dignement aura part à

l'héritage de la gloire éternelle.

Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me laisse aller si

vite à la tiédeur, au découragement, de me renouveler, de me purifier, de me ranimer,

par des prières et des confessions fréquentes, et par la réception de votre corps sacré !

de peur que m'en abstenant trop longtemps, je n'abandonne mes résolutions.

3.Car les penchants de l'homme l'inclinent au mal dès l'enfance; et s'il n'est soutenu par

ce remède divin, il s'enfonce de plus en plus.

La sainte Communion retire du mal et fortifie dans le bien.

Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède quand je communie ou que je

célèbre le saint Sacrifice, que serais-je si je renonçais à cet aliment salutaire et si je me

privais de ce secours puissant ?

Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour célébrer les divins

mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux temps convenables et de participer à

une grâce si grande.

Car c'est la principale consolation de l'âme fidèle tandis qu'elle voyage loin de vous

dans un corps mortel, de se souvenir souvent de son Dieu et de recevoir son bien-aimé

dans un coeur embrasé d'amour.

4.Ô prodige de votre tendresse pour nous ! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l'être

et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre âme misérable et, avec votre

divinité et votre humanité toute entière, rassasier sa faim.

Ô heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement, vous son

Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre présence !

Oh ! qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit ! qu'il est aimable l'hôte qu'elle possède !

que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle ! que l'époux qu'elle

embrasse est beau ! qu'il est noble et digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut

aimer, et tout ce qu'il y a de désirable !

Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant vous, ô mon

bien-aimé ! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le tiennent de vous, dont la

sagesse n'a point de bornes, et jamais ils n'approcheront de votre beauté souveraine.

4. Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement

Voix du disciple
Seigneur mon Dieu, prévenez votre serviteur de vos plus douces bénédictions, afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement.
Rappelez mon coeur à vous; réveillez-moi du profond assoupissement où je languis. Visitez-moi pour me sauver, pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce sacrement comme dans sa source.
Faites briller aussi votre lumière à mes yeux afin qu'ils discernent un si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement.
Car c'est l'oeuvre de votre amour et non de la puissance humaine, c'est votre institution sacrée et non une invention de l'homme.
Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la pénétration des anges mêmes.
Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et poussière, découvrir et comprendre d'un mystère si haut ?
Seigneur, dans la simplicité de mon coeur, avec une foi ferme et sincère et sur le commandement que vous m'en avez fait, je m'approche de vous plein de confiance et de respect; et je crois sans hésiter que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme.
Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m'unisse à vous dans la charité ?
C'est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en ce moment une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour, je me fonde et m'écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation.
Car cet adorable Sacrement est le salut de l'âme et du corps, le remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, accroît la vertu, affermit la foi, fortifie l'espérance, enflamme et dilate l'amour.
Quels biens sans nombre n'avez-vous pas accordés et n'accordez-vous pas encore chaque jour, dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez et qui le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu, unique appui de mon âme, réparateur de l'infirmité humaine, source de toute consolation intérieure !
Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses; vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la communion se trouvent tout changés après s'être nourris de cette viande et de ce breuvage céleste.
Vous en usez ainsi avec vos élus afin qu'ils reconnaissent clairement et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre et tout ce qu'ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté.
Car d'eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous ils deviennent pieux, zélés, fervents.
Qui, en effet, s'approchant humblement de la fontaine de suavité, n'en remporte pas un peu de
douceur ? ou qui, en se tenant près d'un grand feu, n'en reçoit pas quelque chaleur ?
Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce feu toujours ardent et qui ne s'éteint jamais.
Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la source et de m'y désaltérer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de l'ouverture par où s'écoulent les eaux célestes afin d'en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse.
Et si je ne puis encore être tout céleste et tout de feu comme les Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'animer à la piété et de préparer mon coeur, afin qu'en participant avec humilité à ce sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin.
Bon Jésus, Sauveur très saint, suppléez vous-même par votre bonté et votre grâce à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes en disant: Venez à moi, vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai.
Je travaille à la sueur de mon front, mon coeur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m'accable, les tentations m'agitent, une foule de passions mauvaises m'enveloppent et me pressent, et il n'y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n'est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle.
Recevez-moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui m'avez préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage.
"Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et mon amour croissent d'autant plus que je participe plus souvent à ce divin mystère."

5. De l'excellence du Sacrement de l'Autel, et de la dignité du Sacerdoce

Voix du Bien-Aimé
Quand vous auriez la pureté des anges et la sainteté de Jean-Baptiste, vous ne seriez pas digne de recevoir ni même de toucher ce sacrement.
Car ce ne sont pas les mérites de l'homme qui lui donnent le droit de consacrer et de toucher le corps de Jésus-Christ et de se nourrir du pain des anges.
Ô mystère ineffable ! ô sublime dignité des prêtres, auxquels est donné ce qui n'a point été accordé aux anges !
Car les prêtres validement ordonnés dans l'Eglise ont seuls le pouvoir de célébrer et de consacrer le corps de Jésus-Christ.
Le prêtre est le ministre de Dieu; il use de la parole de Dieu selon le commandement et l'institution de Dieu; mais Dieu, à la volonté de qui tout est soumis, à qui tout obéit lorsqu'il commande, est le principal auteur du miracle qui s'accomplit sur l'autel, et c'est lui qui l'opère invisiblement.
Vous devez donc, dans cet auguste sacrement, croire plus à la toute-puissance de Dieu qu'à vos propres sens et à ce qui paraît aux yeux, et vous ne sauriez dès lors approcher de l'autel avec assez de respect et de crainte.
Pensez à ce que vous êtes et considérez quel est Celui dont vous avez été fait le ministre par l'imposition des mains de l'évêque.
Vous avez été fait prêtre, et consacré pour célébrer les saints mystères; maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le sacrifice avec ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit irrépréhensible.
Votre fardeau n'est pas plus léger; vous êtes lié au contraire par des obligations plus étroites, et obligé à une plus grande sainteté.
Un prêtre doit être orné de toutes les vertus et donner aux autres l'exemple d'une vie pure.
Ses moeurs ne doivent point ressembler à celles du peuple: il ne doit pas marcher dans les voies communes; mais il doit vivre comme les anges dans le ciel ou comme les hommes parfaits sur la terre.
Le prêtre, revêtu des habits sacrés, tient la place de Jésus-Christ afin d'offrir à Dieu d'humbles supplications pour lui-même et pour tout le peuple.
Il porte devant et derrière lui le signe de la croix du Sauveur afin que le souvenir de sa passion lui soit toujours présent.
Il porte devant lui la croix sur la chasuble afin de considérer attentivement les traces de Jésus-Christ et de s'animer à les suivre.
Il porte la croix derrière lui afin d'apprendre à souffrir avec douceur pour Dieu tout ce que les hommes peuvent lui faire de mal.
Il porte la croix devant lui afin de pleurer ses propres péchés; derrière lui afin que, par une tendre compassion, il pleure aussi les péchés des autres; et se souvenant qu'il est établi médiateur entre Dieu et le pécheur, il ne se lasse point d'offrir des prières et des sacrifices, jusqu'à ce qu'il ait obtenu grâce et miséricorde.
Quand le prêtre célèbre, il honore Dieu, il réjouit les anges, il édifie l'Eglise, il procure des secours aux vivants, du repos aux morts, et se rend lui-même participant de tous les biens.

6. Prière du chrétien avant la Communion

Voix du disciple
Seigneur, lorsque je considère votre grandeur et ma bassesse, je suis saisi de frayeur et je me confonds en moi-même.
Car, si je ne m'approche de vous, je fuis la vie; et si je m'en approche indignement, j'irrite votre colère.
Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil dans tous mes besoins ?
Montrez-moi la voie droite, enseignez-moi quelque court exercice pour me disposer à la sainte communion.
Car il m'est important de savoir avec quelle ferveur et avec quel respect je dois préparer mon coeur, pour recevoir avec fruit votre Sacrement, ou pour vous offrir ce grand et divin sacrifice.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 20:01
Saint-Irénée de Lyon

Imitation de Jésus-Christ

Livre 4
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais

Livre quatrième - Du sacrement de l'Eucharistie p. 100

Exhortation à la sainte communion

1.Avec quel respect il faut recevoir Jésus

2.Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son amour dans le Sacrement de

l'Eucharistie

3.Qu'il est utile de communier souvent

4.Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement

5.De l'excellence du Sacrement de l'Autel, et de la dignité du Sacerdoce

6.Prière du chrétien avant la Communion

7.De l'examen de conscience, et de la résolution de se corriger

8.De l'oblation de Jésus-Christ sur la Croix et de la résignation de soi-même

9.Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui est à nous, et prier pour tous

10.Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte Communion

11.Que le Corps de Jésus-Christ et l'Ecriture sainte sont très nécessaires à l'âme fidèle

12.Qu'on doit se préparer avec un grand soin à la sainte Communion

13.Que le fidèle doit désirer de tout son coeur de s'unir à Jésus-Christ dans la Communion

14.Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ

15.Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité et l'abnégation de soi-même

16.Qu'il faut dans la Communion, exposer ses besoins à Jésus-Christ, et lui demander sa

grâce

17.Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ

18.Qu'on ne doit pas chercher à pénétrer le mystère de l'Eucharistie, mais qu'il faut

soumettre ses sens à la foi.

Livre quatrième -

Du sacrement de l'Eucharistie

Exhortation à la sainte communion



Voix de Jésus-Christ

Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail, et qui êtes chargés, et je vous soulagerai.

Le pain que je donnerai c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.

Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous.

Faites ceci en mémoire de moi.

Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui.

Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.

1. Avec quel respect il faut recevoir Jésus

Voix du disciple

1.Le fidèle: Ce sont là vos paroles, ô Jésus ! vérité éternelle ! quoiqu'elles n'aient pas été

dites dans le même temps et qu'elles ne soient pas écrites dans le même lieu.

Et puisqu'elles viennent de vous et qu'elles sont véritables, je dois les recevoir toutes

avec une foi pleine de reconnaissance.

Elles sont de vous car c'est vous qui les avez dites; mais elles sont aussi à moi parce

que vous les avez dites pour mon salut.

Je les reçois avec joie de votre bouche, afin qu'elles se gravent profondément dans mon

coeur.

Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et d'amour, m'animent; mais la pensée

de mes crimes m'effraye et ma conscience impure m'éloigne d'un mystère si saint.

La douceur de vos paroles m'attire, mais le poids de mes péchés me retient.

2.Vous m'ordonnez d'aller à vous avec confiance, si je veux avoir part avec vous, et de

me nourrir du pain de l'immortalité, si je veux obtenir la vie et la gloire éternelle.

Venez, dites-vous, venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes oppressés, et je vous

ranimerai.

Ô douce et aimable parole à l'oreille d'un pécheur ! vous invitez, Seigneur mon Dieu, le

pauvre et l'indigent à la participation de votre corps sacré.

Mais qui suis-je, Seigneur, pour oser m'approcher de vous ?

Voilà que les cieux ne peuvent vous contenir, et vous dites: Venez tous à moi.

3.D'où vient cette miséricordieuse condescendance, une si tendre invitation ?

Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien qui puisse

me donner quelque confiance ?

Comment vous recevrai-je en ma maison, moi qui ai si souvent outragé votre bonté ?

Les anges et les archanges vous adorent en tremblant, les saints et les justes sont saisis

de frayeur; et vous dites: Venez tous à moi !

Si ce n'était vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire ?

Et si vous n'ordonniez vous-même d'approcher de vous, qui en aurait l'audace ?

4.Noé, cet homme juste, travailla cent ans à construire l'arche, pour se sauver avec peu de

personnes; et moi, comment pourrai-je en une heure me préparer à recevoir dignement

le Créateur du monde ?

Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un ami, fit une arche

de bois incorruptible, qu'il revêtit d'un or très pur, afin d'y déposer les tables de la loi;

et moi, vile créature, j'oserais recevoir si facilement le fondateur de la loi et l'auteur de

la vie !

Salomon, le plus sage des rois d'Israël, employa sept ans à élever un temple magnifique

à la gloire de votre nom; il célébra pendant huit jours la fête de sa dédicace; il offrit

mille hosties pacifiques et, au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il plaça

solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui était préparé.

Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous

introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement une

demi-heure ? Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé dignement un moindre

temps encore !

5.Ô mon Dieu ! que n'ont point fait ces saints hommes pour vous plaire, et combien,

hélas ! ce que je fais est peu ! combien est court le temps que je consacre à me préparer

à la communion !

Rarement suis-je bien recueilli, plus rarement suis-je libre de toute distraction.

Et certes, en votre divine et salutaire présence, nulle pensée profane ne devrait s'offrir à

mon esprit, nulle créature ne devrait l'occuper, car ce n'est pas un ange, mais le

Seigneur des anges que je dois recevoir en moi.

6.Quelle distance infinie, d'ailleurs, entre l'arche d'alliance avec ce qu'elle renfermait, et

votre corps très pur avec ses ineffables vertus; entre les sacrifices à venir, et la véritable

hostie de votre corps, accomplissement de tous les anciens sacrifices !

7.Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé en votre adorable présence ?

Pourquoi n'ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos saints

mystères, lorsque ces antiques patriarches et ces saints prophètes, ces rois et ces princes

avec tout leur peuple, ont montré tant de zèle pour le culte divin ?

8.David, ce roi si pieux, fit éclater ses transports par des danses religieuses devant l'arche,

se souvenant des bienfaits que Dieu avait répandus sur ses pères; il fit faire divers

instruments de musique, il composa des psaumes que le peuple chantait avec allégresse,

selon ce qu'il avait ordonné, et, animé de l'Esprit-Saint, souvent il chantait lui-même

sur sa harpe; il apprit aux enfants d'Israël à louer Dieu de tout leur coeur et à unir

chaque jour leurs voix pour le célébrer et le bénir.

Si la vue de l'arche d'alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle pour les louanges de

Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas m'inspirer, et à tout le peuple chrétien, la

présence de votre Sacrement, ô Jésus ! et la réception de votre corps adorable !

9.Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des saints; ils écoutent

avidement le récit de leurs actions; ils admirent les vastes temples bâtis en leur

honneur, et baisent leurs os sacrés, enveloppés dans l'or et la soie.

Et voilà que vous-même, ô mon Dieu ! vous êtes ici présent devant moi sur l'autel,

vous le Saint des saints, le Créateur des hommes, le Roi des anges.

Souvent c'est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui fait entreprendre

ces pèlerinages; et de là vient que, guidé par ce motif frivole, sans véritable contrition,

on en tire peu de fruit pour la réforme des moeurs.

Mais ici, dans le sacrement de l'autel, vous êtes présent tout entier, ô Christ Jésus ! vrai

Dieu et vrai homme, et toutes les fois qu'on vous reçoit dignement et avec ferveur, on

recueille en abondance les fruits du salut éternel.

Ce n'est pas la légèreté, ni la curiosité, ni l'attrait des sens, qui conduit à ce banquet

sacré; mais une foi ferme, une vive espérance, une charité sincère.

10.Ô Dieu Créateur invisible du monde ! que vous êtes admirable dans ce que vous faites

pour nous ! avec quelle bonté, quelle tendresse vous veillez sur vos élus, vous donnant

vous-même à eux pour nourriture dans votre Sacrement !

C'est là ce qui surpasse toute intelligence, ce qui, plus qu'aucune autre chose, attire à

vous les coeurs pieux et enflamme leur amour.

Car vos vrais fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, puisent dans la fréquente

réception de cet auguste sacrement une merveilleuse ferveur et un zèle ardent pour la

vertu.

11.Ô grâce admirable et cachée du sacrement, connue des seuls fidèles serviteurs de

Jésus-Christ ! car les serviteurs infidèles, asservis au péché, ne peuvent en ressentir

l'influence.

La grâce de l'Esprit-Saint est donnée dans ce sacrement; il répare les forces de l'âme et

lui rend la beauté première, que le péché avait effacée.

Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu'elle inspire, que non

seulement l'esprit, mais le corps languissant en reçoit une vigueur nouvelle.

12.Et c'est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui

affaiblissent en nous le désir de recevoir Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur

seul mérite.

Car c'est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la consolation de ceux qui

voyagent sur la terre et l'éternelle félicité des saints.

Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant d'indifférence

pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le salut du monde !

Ô aveuglement, ô dureté du coeur humain ! d'être si peu touché de ce don ineffable,

qu'il semble perdre de son prix à mesure qu'on en use davantage !

13.Si cet adorable sacrement ne s'accomplissait qu'en un seul lieu et qu'un seul prêtre dans

le monde entier consacrât l'hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes

n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique, pour voir célébrer les saints

mystères !

Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la

miséricorde et l'amour de Dieu pour l'homme éclatent d'autant plus, que la sainte

communion est plus répandue dans le monde.

Je vous rends grâce, ô Jésus, pasteur éternel, qui dans notre exil et notre indigence,

daignez nous nourrir de votre corps et de votre sang précieux, et nous inviter de votre

propre bouche à la participation des ces sacrés mystères, disant: Venez à moi, vous tous

qui portez votre fardeau avec travail, et je vous soulagerai.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 19:58
Saint-Bernard de Clairvaux


56. Que nous devons nous renoncer nous-mêmes et imiter Jésus-Christ

en portant la Croix



1.Jésus-Christ: Mon fils, vous n'entrerez en moi qu'autant que vous sortirez de

vous-même.

Comme on possède en soi la paix lorsqu'on ne désire rien au-dehors, ainsi le

renoncement intérieur unit à Dieu.

Je veux que vous appreniez à vous renoncer assez parfaitement pour vous soumettre à

ma volonté sans répugnance et sans murmure.

Suivez-moi: je suis la voie, la vérité et la vie. Sans la voie on n'avance pas; sans la

vérité on ne connaît pas; on ne vit point sans la vie. Je suis la voie que vous devez

suivre, la vérité que vous devez croire, la vie que vous devez espérer.

Je suis la voie qui n'égare point, la vérité qui ne trompe point, la vie qui ne finira

jamais.

Je suis la voie droite, la vérité souveraine, la véritable vie, la vie bienheureuse, la vie

incréée.

Si vous demeurez dans ma voie, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous délivrera,

et vous obtiendrez la vie éternelle.

2.Si vous voulez parvenir à la vie, gardez mes commandements.

Si vous voulez connaître la vérité, croyez-moi.

Si vous voulez être parfait, vendez tout.

Si vous voulez être mon disciple, renoncez-vous vous-même.

Si vous voulez posséder la vie bienheureuse, méprisez la vie présente.

Si vous voulez être élevé dans le ciel, humiliez-vous sur la terre.

Si vous voulez régner avec moi, portez la Croix avec moi.

Car les serviteurs de la Croix trouvent seuls la voie de la béatitude et de la vraie

lumière.

3.Le fidèle: Seigneur Jésus, puisque votre vie était pauvre et que le monde la méprisait,

donnez-moi de vous imiter et d'être aussi méprisé du monde.

Car le serviteur n'est pas plus grand que celui qu'il sert, ni le disciple au-dessus de

son maître.

Que votre serviteur travaille à se former sur votre vie, parce que là est mon salut et la

vraie sainteté.

Tout ce que je lis, tout ce que j'entends, hors cette vie céleste, ne me console ni ne me

satisfait pleinement.

4.Jésus-Christ: Mon fils, puisque vous avez lu et que vous savez toutes ces choses, vous

serez heureux si vous les pratiquez.

Celui-là m'aime, qui connaît et observe mes commandements; et je l'aimerai aussi, et

je me manifesterai à lui, et je le ferai asseoir avec moi dans le royaume de mon Père.

5.Le fidèle: Seigneur Jésus, qu'il soit fait selon votre parole et votre promesse;

rendez-moi digne de ce bonheur immense.

J'ai reçu, j'ai reçu de votre main la Croix; je la porterai, oui, je la porterai comme vous

l'avez voulu, jusqu'à la mort.

Certes, la vie d'un bon religieux est une croix, mais une croix qui conduit à la gloire.

J'ai commencé, il n'est plus permis de retourner en arrière; il n'y a plus à s'arrêter.

6.Allons, mes frères, marchons ensemble, Jésus sera avec nous.

Pour Jésus, nous nous sommes chargés de la Croix; continuons, pour Jésus, de porter

la Croix.

Il sera notre soutien, celui qui est notre chef et notre guide.

Voilà que notre Roi marche devant nous; il combattra pour nous.

Suivons avec courage, que rien ne nous effraye; soyons prêts à mourir généreusement

dans cette guerre, et ne souillons pas notre gloire de la honte d'avoir fui la Croix.

57. Qu'on ne doit pas se laisser trop abattre quand on tombe en

quelques fautes



1.Jésus-Christ: Mon fils, la patience et l'humilité dans les traverses me plaisent plus que

beaucoup de joie et de ferveur dans la prospérité.

Pourquoi vous attrister d'une faute légère qu'on vous attribue ? Fût-elle plus grave,

vous ne devriez pas en être ému.

Laissez donc tomber cela; ce n'est pas une chose nouvelle, ni la première fois que vous

l'éprouvez, et ce ne sera pas la dernière, si vous vivez longtemps.

Vous avez assez de courage quand il ne vous arrive rien de fâcheux.

Vous savez même conseiller bien les autres et les fortifier par vos discours; mais

lorsqu'il vous survient une affliction soudaine, vous manquez de conseil et de force.

Considérez votre extrême fragilité, dont vous avez si souvent l'expérience dans les plus

petites choses; et toutefois Dieu le permet ainsi pour votre salut.

2.Bannissez de votre coeur, autant que vous le pourrez, tout ce qui le trouble. A-t'il été

surpris, qu'il ne se laisse point abattre, mais qu'il se dégage sur-le-champ.

Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir avec joie.

Lorsque vous êtes peiné d'entendre certaines choses et que vous en ressentez de

l'indignation, modérez-vous et veillez à ce qu'il ne vous échappe aucune parole trop

vive qui scandalise les faibles.

Votre émotion s'apaisera bientôt, et le retour de la grâce adoucira l'amertume

intérieure.

Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous secourir et vous consoler plus que

jamais, si vous mettez en moi votre confiance et si vous m'invoquez avec ferveur.

3.Armez-vous de constance et préparez-vous à souffrir encore davantage.

Tout n'est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le trouble et tenté violemment.

Vous êtes un homme, et non pas un Dieu; vous êtes de chair, et non pas un ange.

Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de vertu lorsque

cette persévérance a manqué à l'ange dans le ciel et au premier homme dans le paradis ?

C'est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent;et j'élève jusqu'à moi ceux qui

reconnaissent leur infirmité.

4.Le fidèle: Seigneur, que votre parole soit bénie; elle m'est plus douce que le miel à ma

bouche.

Que ferais-je au milieu de tant d'afflictions et d'angoisses, si vous ne me ranimiez par

vos saintes paroles ?

Pourvu que je parvienne enfin au port du salut, peu m'importe que je souffre, et

combien je souffre.

Accordez-moi une bonne fin: donnez-moi de passer heureusement de ce monde à

l'autre.

Souvenez-vous de moi, mon Dieu, et conduisez-moi dans la voie droite vers votre

royaume. Ainsi soit-il.



58. Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est au-dessus de nous,

ni sonder les secrets jugements de Dieu



1.Jésus-Christ: Mon fils, gardez-vous de disputer sur des sujets trop hauts et sur les

jugements cachés de Dieu; pourquoi l'un est abandonné tandis qu'un autre reçoit des

grâces si abondantes; pourquoi celui-ci n'a que des afflictions et celui-là est comblé

d'honneurs.

Tout cela est au-dessus de l'esprit de l'homme et nulle raison ne peut, quels qu'en soient

ses efforts, pénétrer les jugements divins.

Quand donc l'ennemi vous suggère de semblables pensées ou que les hommes vous

pressent de questions curieuses, répondez par ces paroles du prophète: Vous êtes juste,

Seigneur, et vos jugements sont droits.

2.Et encore: Les jugements du Seigneur sont vrais et se justifient par eux-mêmes.

Il faut craindre mes jugements et non les approfondir, parce qu'ils sont

incompréhensibles à l'intelligence humaine.

Ne disputez pas non plus des mérites des saints, ne recherchez point si celui-ci est plus

saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le royaume des cieux.

Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations inutiles: elles

nourrissent l'orgueil et la vaine gloire, d'où naissent des jalousies et des dissensions,

celui-ci préférant tel saint, celui-là tel autre, et voulant qu'il soit le plus élevé.

L'examen de pareilles questions, loin d'apporter aucun fruit, déplaît aux saints. Car je

ne suis point un Dieu de dissension mais de paix, et cette paix consiste plus à

s'humilier sincèrement qu'à s'élever.

3.Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus vive pour quelques saints que

pour d'autres; mais cette affection vient plutôt de l'homme que de Dieu.

C'est moi qui ai fait tous les saints, moi qui leur ai donné la grâce, moi qui leur ai

distribué la gloire.

Je sais les mérites de chacun: je les ai prévenus de mes plus douces bénédictions.

Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: je les ai choisis au milieu du monde et

ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les premiers.

Je les ai appelés par ma grâce; je les ai attirés par ma miséricorde, et conduits à travers

des tentations diverses.

J'ai répandu en eux d'ineffables consolations: je leur ai donné de persévérer et j'ai

couronné leur patience.

4.Je connais le premier et le dernier et je les embrasse tous dans mon amour immense.

C'est moi qu'on doit louer dans tous mes saints, moi qu'on doit bénir au-dessus de tous

et honorer en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés dans la gloire et prédestinés, sans

aucun mérites précédents de leur part.

Celui donc qui méprise le plus petit des miens n'honore pas le plus grand parce que j'ai

fait le petit et le grand.

Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes saints me rabaisse moi-même et tous ceux qui

sont dans le royaume des cieux.

Tous ne sont qu'un par le lien de la charité; ils n'ont tous qu'un même sentiment, une

même volonté, et sont tous unis par le même amour.

5.Et ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus qu'ils ne s'aiment, plus que tous

leurs mérites.

Ravis au-dessus d'eux-mêmes, au-dessus de leur propre amour, ils se plongent et se

perdent dans le mien et s'y reposent délicieusement.

Rien ne saurait partager leur coeur ni les détourner vers un autre objet; parce que,

remplis de la vérité éternelle, ils brûlent d'une charité qui ne peut s'éteindre.

Que les hommes ensevelis dans la chair et ses convoitises, les hommes qui ne savent

aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir sur l'état des saints. Ils

retranchent et ils ajoutent suivant leur inclination, et non pas selon que l'a réglé la

Vérité éternelle.

6.En plusieurs c'est l'ignorance, et surtout en ceux qui, peu éclairés par la lumière divine,

aiment rarement quelqu'un d'un amour parfait et purement spirituel.

Une inclination naturelle et une affection toute humaine les attire vers tel ou tel saint;

et ils transportent dans le ciel les sentiments de la terre.

Mais il y a une distance infinie entre les pensées des hommes imparfaits et ce que la

lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire.

7.Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses qui passent votre

intelligence; travaillez plutôt avec ardeur à obtenir une place, fût-ce la dernière, dans le

royaume de Dieu.

Et quand quelqu'un saurait qui des saints est le plus parfait et le plus grand dans le

royaume céleste, que lui servirait cette connaissance, s'il n'en tirait un nouveau motif

de s'humilier devant moi et de me louer davantage ?

Celui qui pense à la grandeur de ses péchés, à son peu de vertu, qui considère combien

il est éloigné de la perfection des saints, se rend plus agréable à Dieu que celui qui

dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire.

Il vaut mieux prier les saints avec larmes et avec ferveur et implorer humblement leurs

glorieux suffrages, que de chercher vainement à pénétrer le secret de leur état dans le

ciel.

8.Ils sont heureux, contents; qu'avons-nous besoin d'en savoir plus, et n'est-ce pas assez

pour réprimer tous nos vains discours ?

Ils ne se glorifient point de leurs mérites parce qu'ils ne s'attribuent rien de bon, mais

qu'ils attribuent tout à moi, qui leur ai tout donné par une charité infinie.

Ils sont remplis d'un si grand amour de la Divinité, d'une joie si surabondante que,

comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer à leur félicité.

Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes, et leur humilité

me les rend plus chers et les unit plus étroitement à moi.

C'est pourquoi il est écrit qu'ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu,

qu'ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils adoraient Celui qui vit dans les

siècles des siècles.

9.Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu, lesquels ignorent

s'ils seront dignes d'être comptés parmi les derniers.

C'est déjà quelque chose de grand d'être le plus petit dans le ciel, où tous sont grands,

parce que tous seront appelés et seront en effet les enfants de Dieu.

Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux tandis que le pécheur,

après une longue vie, ne trouvera que la mort.

Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des

cieux, ils entendirent cette réponse: Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme

des petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se

fera petit comme cet enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.

10.Malheur à ceux qui dédaignent de s'abaisser avec les petits parce que la porte du ciel est

basse et qu'ils n'y pourront passer.

Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation parce que, quand les pauvres

entreront dans le royaume de Dieu, ils demeureront dehors poussant des hurlements.

Humbles, réjouissez-vous; pauvres, tressaillez d'allégresse; parce que le royaume de

Dieu est à vous, si cependant vous marchez dans la vérité.

59. Qu'on doit mettre toute son espérance et toute sa confiance en Dieu

seul



1.Le fidèle: Seigneur, quelle est ma confiance en cette vie et ma plus grande consolation

au milieu de tout ce qui s'offre à mes regards sous le ciel ?

N'est-ce pas vous, Seigneur mon Dieu, dont la miséricorde est infinie ?

Où ai-je été bien sans vous ? et avec vous où ai-je pu être mal ?

J'aime mieux être pauvre à cause de vous que riche sans vous.

J'aime mieux être avec vous voyageur sur la terre, que de posséder le ciel sans vous. Où

vous êtes, là est le ciel; et la mort et l'enfer sont où vous n'êtes pas.

Vous êtes tout mon désir; et c'est pourquoi je ne puis, loin de vous, que soupirer,

gémir, prier.

Je ne puis me confier pleinement qu'en vous, ni espérer dans mes besoins de secours

que de vous seul, ô mon Dieu !

Vous êtes mon espérance, ma confiance, mon consolateur toujours fidèle.

2.Tous cherchent leur intérêt: vous seul vous ne cherchez que mon salut et mon

avancement, et vous disposez tout pour mon bien.

Même quand vous m'exposez à beaucoup de tentations et de peines, c'est encore pour

mon avantage; car vous avez coutume d'éprouver ainsi ceux qui vous sont chers.

Et je ne dois pas moins vous aimer ni vous louer dans ces épreuves, que si vous me

remplissiez des plus douces consolations.

3.C'est donc en vous, Seigneur mon Dieu, que je mets toute mon espérance et tout mon

appui; c'est dans votre sein que je dépose toutes mes afflictions et toutes mes angoisses;

car je ne trouve que faiblesse et inconstance dans tout ce que je vois hors de vous.

Il n'est point d'amis qui puissent me servir, point de protecteurs qui me soient de

secours, ni de sages qui me donnent un conseil utile, ni de livre qui me console, ni de

trésor assez grand pour me racheter, ni de lieu assez secret pour m'offrir un sûr asile, si

vous ne daignez vous-même me secourir, m'aider, me fortifier, me consoler,

m'instruire et me prendre sous votre garde.

4.Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le bonheur n'est rien sans vous et

réellement ne sert de rien pour rendre heureux.

Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la plénitude de la vie, la source

inépuisable de toute lumière et de toute parole; et la plus grande consolation de vos

serviteurs est d'espérer uniquement en vous.

Mes yeux sont élevés vers vous; en vous je mets toute ma confiance, mon Dieu, Père

des miséricordes.

Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste bénédiction, afin qu'elle devienne

votre demeure sainte, le siège de votre éternelle gloire, et que, dans ce temple où vous

ne dédaignez pas d'habiter, il n'y ait rien qui offense vos regards.

Regardez-moi, Seigneur, dans votre immense bonté et, selon l'abondance de vos

miséricordes, exaucez la prière de votre serviteur, misérable exilé loin de vous dans la

région des ténèbres et de la mort.

Protégez et conservez l'âme de votre pauvre serviteur au milieu des dangers de cette vie

corruptible; que votre grâce l'accompagne et la conduise, par le chemin de la paix, dans

la patrie de l'éternelle lumière. Ainsi soit-il.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 19:56
4.Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice agréable, et d'une

odeur plus douce que celle de l'encens.

C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds sacrés: car vous

ne méprisez jamais un coeur contrit et humilié.

Là est le refuge contre la fureur de l'ennemi; là le pécheur se réforme et se purifie de

toutes les souillures qu'il a contractées au-dehors.

53. Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de

la terre



1.Jésus-Christ: Mon fils, ma grâce est d'un grand prix, et ne souffre point le mélange des

choses étrangères, ni des consolations terrestres.

Il faut donc écarter tout ce qui l'arrête si vous désirez qu'elle se répande en vous.

Retirez-vous dans un lieu secret, aimez à demeurer seul avec vous-même, ne

recherchez l'entretien de personne; mais que votre âme s'épanche devant Dieu en de

ferventes prières afin de conserver la componction et une conscience pure.

Comptez pour rien le monde entier et occupez-vous de Dieu plutôt que des oeuvres

extérieures.

Car votre coeur ne peut pas être à moi et se plaire en même temps à ce qui passe.

Il faut vous séparer de vos connaissances et de vos amis, et sevrer votre âme de toute

consolation terrestre.

C'est ainsi que le bienheureux apôtre Pierre conjure les fidèles serviteurs de

Jésus-Christ de se regarder ici-bas comme des étrangers et des voyageurs.

2.Oh ! qu'il aura de la confiance à l'heure de la mort, celui que nul attachement ne retient

en ce monde !

Mais un esprit encore malade ne comprend pas que le coeur soit ainsi détaché de tout;

et l'homme charnel ne connaît point la liberté de l'homme intérieur.

Cependant pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer à ses proches comme aux

étrangers et ne se garder de personne plus que de soi-même.

Si vous parvenez à vous vaincre parfaitement, vous vaincrez aisément tout le reste.

La parfaite victoire est de triompher de soi-même.

Celui qui se tient tellement assujetti, que les sens obéissent à la raison, et que la raison

m'obéisse en tout, est véritablement vainqueur de lui-même et maître du monde.

3.Si vous aspirez à cette haute perfection, il faut commencer avec courage et mettre la

cognée à la racine de l'arbre, pour arracher et détruire jusqu'aux restes les plus cachés

de l'amour déréglé de vous-même, et des biens sensibles et particuliers.

De cet amour désordonné que l'homme a pour lui-même naissent presque tous les vices

qu'il doit vaincre et déraciner; et dès qu'il l'aura subjugué pleinement, il jouira d'un

calme et d'une paix profonde.

Mais parce qu'il en est peu qui travaillent à mourir parfaitement à eux-mêmes, à sortir

d'eux-mêmes entièrement, ils demeurent comme ensevelis dans la chair et ne peuvent

s'élever au-dessus des sens.

Celui qui veut me suivre librement, il faut qu'il mortifie toutes ses inclinations

déréglées et qu'il ne s'attache à nulle créature par un amour de convoitise ou

particulier.



54. Des divers mouvements de la nature et de la grâce



1.Jésus-Christ: Mon fils, observez avec soin les mouvements de la nature et de la grâce,

car, quoique très opposés, la différence en est quelquefois si imperceptible, qu'à peine

un homme éclairé dans la vie spirituelle en peut-il faire le discernement.

Tous les hommes ont le désir du bien et tendent à quelque bien dans leurs paroles et

dans leurs actions: c'est pourquoi plusieurs sont trompés dans cette apparence de bien.

2.La nature est pleine d'artifice; elle attire, elle surprend, elle séduit, et n'a jamais d'autre

fin qu'elle-même.

La grâce, au contraire, agit avec simplicité et fuit jusqu'à la moindre apparence du mal;

elle ne tend point de pièges et fait tout pour Dieu seul, en qui elle se repose comme en

sa fin.

3.La nature répugne à mourir; elle ne veut point être contrainte, ni vaincue, ni assujettie,

ni se soumettre volontairement. Mais la grâce porte à se mortifier soi-même, résiste à

la sensualité, recherche l'assujettissement, aspire à être vaincue et ne veut pas jouir de

sa liberté; elle aime la dépendance, ne désire dominer personne, mais vivre, demeurer,

être toujours sous la main de Dieu et, à cause de Dieu, elle est prête à s'abaisser

humblement au-dessous de toute créature.

4.La nature travaille pour son intérêt propre et calcule le bien qu'elle peut retirer des

autres.

La grâce ne considère point ce qui lui est avantageux, mais ce qui peut être utile à

plusieurs.

5.La nature aime à recevoir les respects et les honneurs.

La grâce renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et toute gloire.

6.La nature craint la confusion et le mépris.

La grâce se réjouit de souffrir des outrages pour le nom de Jésus.

7.La nature aime l'oisiveté et le repos du corps.

La grâce ne peut être oisive et se fait une joie du travail.

8.La nature recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec horreur ce qui est

vil et grossier.

La grâce se complaît dans les choses simples et humbles; elle ne dédaigne point ce qu'il

y a de plus rude et ne refuse point de se vêtir de haillons.

9.La nature convoite les biens du temps, elle se réjouit du gain terrestre, s'afflige d'une

perte et s'irrite d'une légère injure.

La grâce n'aspire qu'aux biens éternels et ne s'attache point à ceux du temps; elle ne se

trouble d'aucune perte et ne s'offense point des paroles les plus dures, parce qu'elle a

mis son trésor et sa joie dans le ciel, où rien ne périt.

10.La nature est avide et reçoit plus volontiers qu'elle ne donne; elle aime ce qui lui est

propre et particulier.

La grâce est généreuse et ne se réserve rien; elle évite la singularité, se contente de peu

et croit qu'il est plus heureux de donner que de recevoir.

11.La nature porte vers les créatures, la chair, les vanités, elle est bien aise de se produire.

La grâce élève à Dieu, excite la vertu, renonce aux créatures, fuit le monde, hait les

désirs de la chair, ne se répand point au-dehors, et rougit de paraître devant les hommes.

12.La nature se réjouit d'avoir quelque consolation extérieure qui flatte le penchant des

sens.

La grâce ne cherche de consolation qu'en Dieu seul et, s'élevant au-dessus des choses

visibles, elle met tous ses délices dans le souverain bien.

13.La nature agit en tout pour le gain et pour son avantage propre; elle ne sait rien faire

gratuitement mais, en obligeant, elle espère obtenir quelque chose d'égal ou de

meilleur, des faveurs ou des louanges; et elle veut qu'on tienne pour beaucoup tout ce

qu'elle fait et tout ce qu'elle donne.

La grâce ne veut rien de temporel, elle ne demande d'autre récompense que Dieu seul et

ne désire des choses du temps, même les plus nécessaires, que ce qui peut lui servir

pour acquérir les biens éternels.

14.La nature se complaît dans le grand nombre des amis et des parents; elle se glorifie d'un

rang élevé, d'une naissance illustre; elle sourit aux puissants, flatte les riches et

applaudit à ceux qui lui ressemblent.

La grâce aime ses ennemis mêmes, et ne s'enorgueillit point du nombre de ses amis; elle

ne compte pour rien la noblesse et les ancêtres, à moins qu'ils ne se soient distingués

par la vertu; elle favorise plutôt le pauvre que le riche, compatit plus à l'innocent qu'au

puissant, recherche l'homme vrai, fuit le menteur, et ne cesse d'exhorter les bons à

s'efforcer de devenir meilleurs, afin de se rendre semblables au Fils de Dieu par leurs

vertus.

15.La nature est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui la blesse.

La grâce supporte avec constance la pauvreté.

16.La nature rapporte tout à elle-même, combat, discute pour ses intérêts.

La grâce ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement; elle ne s'attribue aucun

bien, ne présume point d'elle-même avec arrogance, ne conteste point, ne préfère point

son opinion à celle des autres; mais elle soumet toutes ses pensées et tous ses

sentiments à l'éternelle sagesse et au jugement de Dieu.

17.La nature est curieuse de secrets et de nouvelles; elle veut se montrer et voir, et

examiner par elle-même; elle désire d'être connue et de s'attirer la louange et

l'admiration.

La grâce ne s'occupe point de nouvelles ni de ce qui nourrit la curiosité; car tout cela

n'est que la renaissance d'une vieille corruption, puisqu'il n'y a rien de nouveau ni de

stable sur la terre.

Elle enseigne à réprimer les sens, à fuir la vaine complaisance et l'ostentation, à cacher

humblement ce qui mérite l'éloge et l'estime, et à ne chercher en ce qu'on sait et en

toute chose, que ce qui peut être utile, et l'honneur et la gloire de Dieu.

Elle ne veut point qu'on loue ni elle ni ses oeuvres; mais elle désire que Dieu soit béni

dans les dons qu'il répand par pur amour.

18.Cette grâce est une lumière surnaturelle, un don spécial de Dieu; c'est proprement le

sceau des élus; c'est le gage du salut éternel. De la terre, où son coeur gisait, elle élève

l'homme jusqu'à l'amour des biens célestes, et le rend spirituel, de charnel qu'il était.

Plus donc la nature est affaiblie et vaincue, plus la grâce se répand avec abondance; et

chaque jour, par de nouvelles effusions, elle rétablit au-dedans de l'homme l'image de

Dieu.



55. De la corruption de la nature, et de l'efficace de la grâce divine



1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, qui m'avez créé à votre image et à votre ressemblance,

accordez-moi cette grâce dont vous m'avez montré l'excellence et la nécessité pour le

salut, afin que je puisse vaincre ma nature corrompue, qui m'entraîne au péché et dans

la perdition.

Car je sens en ma chair la loi du péché qui contredit la loi de l'esprit, et m'asservit

aux sens pour que je leur obéisse en esclave; et je ne puis résister aux passions qu'ils

soulèvent en moi, si vous ne me secourez, en ranimant mon coeur par l'effusion de

votre sainte grâce.

2.Votre grâce, et une grâce très grande, est nécessaire pour vaincre la nature, inclinée au

mal dès l'enfance.

Car, déchue en Adam, notre premier père, et dépravée par le péché, cette tache passe

dans tous les hommes, et ils en portent la peine, de sorte que cette nature même, que

vous avez créée dans la justice et dans la droiture, ne rappelle plus que la faiblesse et le

dérèglement d'une nature corrompue, parce que, laissée à elle-même, son propre

mouvement ne la porte qu'au mal et vers les choses de la terre.

Le peu de force qui lui est restée est comme une étincelle cachée sous la cendre.

C'est cette raison naturelle, environnée de profondes ténèbres, sachant encore discerner

le bien du mal, le vrai du faux, mais impuissante à accomplir ce qu'elle approuve, parce

qu'elle ne possède pas la pleine lumière de la vérité et que toutes ses affections sont

malades.

3.De là vient, mon Dieu, que je me réjouis en votre loi selon l'homme intérieur,

reconnaissant que vos commandements sont bons, justes et saints, qui condamnent

tout mal et détournent du péché.

Mais, dans ma chair, je suis asservi à la loi du péché, obéissant plutôt aux sens qu'à la

raison, voulant le bien et n'ayant pas la force de l'accomplir.

C'est pourquoi souvent je forme de bonnes résolutions; mais la grâce qui aide ma

faiblesse venant à manquer, au moindre obstacle je cède et je tombe.

Je découvre la voie de la perfection et je vois clairement ce que je dois faire.

Mais accablé du poids de ma corruption, je ne m'élève à rien de parfait.

4.Oh ! que votre grâce, Seigneur, m'est nécessaire, pour commencer le bien, le continuer

et l'achever !

Car sans elle je ne puis rien faire; mais je puis tout en vous, quand votre grâce me

fortifie.

Ô grâce vraiment céleste, sans laquelle nos mérites et les dons de la nature ne sont rien !

Les arts, les richesses, la beauté, la force, le génie, l'éloquence n'ont aucun prix,

Seigneur, à vos yeux, sans la grâce.

Car les dons de la nature sont communs aux bons et aux méchants, mais la grâce ou la

charité est le don propre des élus; elle est le signe auquel on reconnaît ceux qui sont

dignes de la vie éternelle.

Telle est l'excellence de cette grâce, que ni le don de prophétie, ni le pouvoir d'opérer

des miracles, ni la plus haute contemplation, ne doivent être comptées pour quelque

chose sans elle.

Ni la foi, ni l'espérance, ni les autres vertus, ne vous sont agréables sans la grâce et sans

la charité.

5.Ô bienheureuse grâce, qui rendez riche en vertus le pauvre d'esprit, et celui qui possède

de grands biens humble de coeur !

Venez, descendez en moi, remplissez-moi dès le matin de votre consolation, de peur

que mon âme, épuisée, aride, ne vienne défaillir de lassitude.

J'implore votre grâce, ô mon Dieu ! je ne veux qu'elle; car votre grâce me suffit, quand

je n'obtiendrais rien de ce que la nature désire.

Si je suis éprouvé, tourmenté par beaucoup de tribulations, je ne craindrai aucun maux,

tandis que votre grâce sera avec moi.

Elle est ma force, mon conseil, mon appui.

Elle est plus puissante que tous les ennemis et plus sage que tous les sages.

6.Elle enseigne la vérité et règle la conduite; elle est la lumière du coeur et sa consolation

dans l'angoisse; elle chasse la tristesse, dissipe la crainte, nourrit la piété, produit les

larmes.

Que suis-je sans elle, qu'un bois sec, un rameau stérile qui n'est bon qu'à jeter ?

"Que votre grâce, Seigneur, me prévienne donc et m'accompagne toujours; qu'elle me

rende sans cesse attentif à la pratique des bonnes oeuvres: je vous en conjure par

Jésus-Christ, votre Fils. Ainsi soit-il."

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 12:23
Ave Maris Stella

Salut, étoile de la mer,
Sainte Mère de Dieu,
Et Mère toujours Vierge,
Heureuse porte du Ciel.

Toi qui fus saluée
Par l'ange Gabriel,
Marie, Eve nouvelle,
Etablis-nous dans la paix.

Dénoue les liens des pécheurs,
Rends la lumière aux aveugles,
Ecarte-nous de tous les maux,
Obtiens pour nous tous les biens.

Montre-toi notre mère,
Et porte nos prières
A celui qui pour nous
Voulut naître de toi.

Ô Vierge sans pareille,
Vierge douce entre toutes,
Obtiens-nous le pardon,
Un cœur humble, un cœur pur.

Accorde-nous de vivre
Sur le chemin du bien
Pour qu'en voyant Jésus
Notre joie soit parfaite.

Louange à Dieu le Père,
Gloire au Christ, le Seigneur,
Et gloire à l'Esprit-Saint,
Aux trois le même honneur.
Amen.


Veni Creator

Viens, Esprit Créateur,
Visite l'âme de tes fidèles,
Emplis de la grâce d'En-Haut
Les cœurs que tu as créés.

Toi qu'on nomme le Conseiller,
Toi, le don du Dieu très-haut,
Source vive, feu, charité,
Invisible consécration.

Tu es l'Esprit aux sept dons,
Le doigt de la droite du Père,
L'Esprit de vérité promis,
Toi qui inspires nos paroles.

Enflamme-nous de ta lumière,
Emplis nos cœurs de ton amour,
Affermis toujours de ta force
La faiblesse de notre corps.

Repousse l'ennemi au loin,
Donne-nous ta paix sans retard,
Sous ta conduite et ton conseil,
Nous éviterons toute erreur.

Fais-nous connaître Dieu le Père,
Révèle-nous le Fils,
Et toi, leur commun Esprit,
Fais-nous toujours croire en toi.
Amen.

 


VENI, CREATOR SPIRITUS

Veni, Creator Spiritus, mentes tuorum visita:
imple superna gratia quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus, altissimi donum Dei,
fons vivus, ignis, caritas et spiritalis unctio.
Tu septiformis munere, digitus paternae
dexterae, tu rite promissum Patris sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus, infunde amorem
cordibus, infirma nostri coporis virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius pacemque dones
protinus; ductore sic te praevio vitemus omne noxium
Per te sciamus da Patrem, noscamus atque
filium, teque utriusque Spiritum credamus omni tempore.
Deo Patri sit gloria, et Filio, qui a mortuis
surrexit, ac Paraclito in saeculorum saecula. Amen.
V. Emitte Spiritum tuum et creabuntur.
R. Et renovabis faciem terrae.
Oremus.
Deus, qui corda fidelium Sancti Spiritus illustratione
docuisti ; da nobis in eodem Spiritu recta sapere, et
de eius semper consolatione gaudere.
Per Christum Dominum nostrum.
R. Amen.

 

 

VENI, SANCTE SPIRITUS

Veni, Sancte Spiritus, et emitte caelitus lucis tuae radium.
Veni, pater pauperum, veni, dator munerum, veni, lumen cordium.
Consolator optime, dulcis hospes animae, dulce refrigerium.
In labore requies, in aestu temperies in fletu solatium.
O lux beatissima, reple cordis intima, tuorum fidelium.
Sine tuo numine, nihil est in homine, nihil est innoxium.
Lava quod est sordidum, riga quod est aridum, sana quod est saucium.
Flecte quod est rigidum, fove quod est frigidum, rege quod est devium.
Da tuis fidelibus, in te confidentibus, sacrum septenarium.
Da virtutis meritum, da salutis exitum, da perenne gaudium.
Amen. Alleluia.

ORATIO :

Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium :
et tui amoris in eis ignem accende.
V. Emitte Spiritum tuum et creabuntur.
R. Et renovabis faciem terrae.
Oremus.
Deus, qui corda fidelium Sancti Spiritus illustratione
docuisti ; da nobis in eodem Spiritu recta sapere,
et de eius semper consolatione gaudere.
Per Christum Dominum nostrum
R. Amen.


Ave Regina Coelorum

Salut, Reine des cieux !
Salut, Reine des Anges !
Salut, tige féconde !
Salut, porte (du ciel) !
Par toi, la lumière s'est levée sur le monde.

Réjouis-toi, Vierge glorieuse,
Belle entre toutes les femmes !
Salut, splendeur radieuse :
Implore le Christ pour nous.

V/ Daigne recevoir mes louanges, Ô Vierge Sainte.
R/ Rends-moi fort contre tes ennemis.


Oraison

Dieu de Miséricorde, accorde ton secours à notre faiblesse ; fais qu'en célébrant la mémoire de la Sainte Mère de Dieu, nous puissions, aidés par sa prière, nous relever de nos fautes.
Par le Christ Notre-Seigneur.


Sainte Mère du Rédempteur

Sainte Mère du Rédempteur,
Porte du ciel, toujours ouverte,
Etoile de la mer,
Viens au secours du peuple qui tombe
Et qui cherche à se relever.
Tu as enfanté, Ô merveille !
Celui qui t'a créée,
Et tu demeures toujours vierge.
Accueille le salut de l'ange Gabriel
Et prends pitié de nous, pécheurs.


Le « Sub Tuum »

Sous ta protection (ou : Sous ta Miséricorde)
Nous cherchons refuge,
Sainte Mère de Dieu :
Ne dédaigne pas nos prières
Dans tous nos besoins,
Mais délivre-nous de tout danger,
Toi, la toujours-Vierge
Glorieuse et bénie.

Source : Louis-Marie Grignion de Montfort
(Le Livre d'Or, éditions Nouvelle Cité, excepté les prières latines)

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 11:04

Adoration de Jésus Présent avec le Père et le Saint-Esprit au Saint Sacrement de l'Autel


Tu es là, Jésus, avec le Père et le Saint-Esprit !
Tu es là, personnellement présent avec Ton Corps,
Ton Sang, Ton Âme et Ta Divinité !
Tu es là devant moi. Je suis là devant Toi !
Tu es là avec moi. Je suis là avec Toi !
Tu es là en moi et je suis là en Toi !

Tu es là, je ne te vois pas mais je sais que Tu me regardes !
Tu es là, je ne t'entends pas mais je crois que Tu me parles !
Tu es là, je ne Te touche pas mais je suis sûr que Tu m'aimes !
Tu es là, je suis là, mais je ne suis pas seul !

Devant Toi, avec Toi, en Toi, je suis là,
Avec tous ceux qui me sont proches !
Je suis là avec ceux qui sont loin, ces six milliards d'hommes
Répandus sur toute la Terre.
Je suis là avec eux, pour eux, en eux.
Ils sont en moi au plus profond de mon cœur.

Devant Toi, avec Toi, en Toi, je suis là avec les anges et les saints,
Tous ceux qui, dans le Ciel, chantent Ta Gloire !
Je suis là en Ta Présence !
Ils sont là en Ta Présence !

Mystère insondable ! Mystère ineffable ! Mystère inexplicable !

Oh ! Que Ta Présence est précieuse !
C'est une Présence Amoureuse, Miséricordieuse.

Présence dynamique, magnifique, fantastique !
Présence vivante, agissante, transformante !
Présence adorante !
Présence aimante !
Présence écoutante !

Ta Présence est appelante, entraînante, englobante, débordante !
Ta Présence est fascinante !
Alors,
Je me tais et j'adore !


Source : Abbé Jean REMY, prêtre du diocèse de Cambrai, juillet 2003


Iesus Hominum Salvator


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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 09:00

Prière au Sacré-Cœur de Jésus

Ô Cœur de Jésus, broyé à cause de nos péchés,

Cœur attristé et martyrisé par tant de crimes et de fautes,

Cœur victime de toutes les iniquités,

je Vous aime de toute mon âme et par-dessus toutes choses.

Je Vous aime pour ceux qui Vous méprisent et Vous délaissent,

je Vous aime pour ceux qui Vous outragent

et Vous empêchent de régner,

je Vous aime pour ceux qui Vous abandonnent seul

dans la Sainte Eucharistie,

je Vous aime pour les âmes ingrates qui osent profaner

Votre Sacrement d'Amour

par leurs insultes et leurs sacrilèges.

Cœur de Jésus, pardonnez aux pécheurs,

ils ne savent pas ce qu'ils font !

Cœur de Jésus, soutenez ceux qui

propagent Votre Saint Nom !

Cœur de Jésus, soutenez tous ceux

qui souffrent et qui luttent !

Cœur de Jésus, faites que la société s'inspire en tout

de Votre Saint Évangile, seule sauvegarde

de la justice et de la paix !

Cœur de Jésus, que les familles et les nations

proclament Vos droits !

Cœur de Jésus, régnez sur ma patrie !

Cœur de Jésus, que Votre règne arrive

par le Cœur Immaculé de Marie !

Amen.


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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 08:45

Prière à l'Enfant-Jésus

Ô Saint Enfant Jésus,
qui répands Tes Grâces
sur ceux qui T'invoquent,
regarde-nous prosternés
devant Ta Sainte Image
et écoute notre prière.
Nous Te recommandons
tous les nécessiteux qui se
confient à Ton Divin Coeur.
Étends sur eux Ta main
Toute-Puissante et viens
au secours de leur indigence.
Étends la main sur les malades
pour les guérir et sanctifier
leurs peines, sur les affligés
pour les consoler, sur les pécheurs
pour les attirer à la Lumière
de Ta Grâce, sur ceux qui,
accablés par la douleur
et la misère, invoquent
avec confiance Ton aide
pleine d'Amour.
Étends la main encore sur
nous pour nous Bénir.
Accorde, Ô Petit Roi,
les Trésors de Ta Miséricorde
au monde entier et
garde-nous maintenant
et toujours dans la Grâce
de Ton Amour !
Amen.


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