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  • : In hoc signo vinces. Parousie by ROBLES Patrick
  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Patrick ROBLES
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 18:14
Saint Père Matteo d'Agnone

Nous voyons que la miséricorde du Père ne peut pas aller plus loin, puisque, n'ayant qu'un fils, il le sacrifie pour nous sauver, ce Fils, qui est tout ce qu'il a de plus cher. Mais si nous considérons l'amour du Fils, qu'en dirons-nous ? Il consent si volontairement à souffrir tant de tourments, et la mort même, pour nous procurer le bonheur du ciel ! Hélas ! M.F., que n'a-t-il pas fait pour nous pendant les jours de sa vie mortelle ? Non content de nous appeler à lui par sa grâce, et de nous fournir tous les moyens pour nous sanctifier, voyez comment il court après ses brebis égarées ; voyez comment il parcourt les villes et les campagnes pour les chercher, et les ramener dans le lieu de sa misé-ricorde ; voyez comment il quitte ses Apôtres pour aller attendre la Samaritaine auprès du puits de Jacob, où il savait qu'elle viendrait ; il la prévient lui-même, il commence à lui parler, afin que son langage plein de douceur, uni à sa grâce, la touche et la console ; il lui demande de l'eau à boire, afin qu'elle-même lui demande quelque chose de bien plus précieux, qui est sa grâce. Il fut si content d'avoir gagné cette âme que lorsque ses Apôtres le prièrent de prendre de la nourriture : « Oh ! non, leur dit-il. » Il semblait leur dire : « Ah ! non, non, je ne pense pas à la nourriture du corps, tant j'ai de joie d'avoir gagné une âme à mon Père ! »
Voyez-le dans la maison de Simon le lépreux ; ce n'est pas pour y manger qu'il y va ; mais il savait qu'il y viendrait une Madeleine pécheresse : voilà, M.F., ce qui le conduit dans ce festin. Considérez la joie qu'il montre sur son visage en voyant Madeleine à ses pieds, qui les arrose de ses larmes et qui les essuie de ses cheveux, pendant tout le temps du repas. Mais le Sau-veur, de son côté, la paie bien de retour ; il vide à pleines mains sa grâce dans son cœur. Voyez comme il prend sa défense contre ceux qui s'en scandalisent . Il va si loin, que non content de lui pardonner tous ses péchés, en chassant les sept démons qu'elle avait dans son cœur, il veut encore la choisir pour une de ses épouses ; il veut qu'elle l'accompagne dans tout le cours de sa passion et que, « dans le monde où cet Évangile sera prêché, l'on raconte ce qu'elle vient de faire à son égard » ; il ne veut pas parler de ses péchés, parce qu'ils sont déjà tous pardonnés par l'application de son sang adorable, qu'il doit répandre.
Voyez-le prendre la route de Capharnaüm pour aller trouver un autre pécheur dans son bureau : c'était saint Matthieu : c'est pour en faire un zélé apôtre . Deman-dez-lui pourquoi il prend la route de Jéricho, il vous dira : qu'il y a un homme nommé Zachée, qui passe pour un pécheur public, et, qu'il veut aller voir s'il pourra le sauver. Afin d'en faire un parfait pénitent, il fait comme un bon père qui a perdu son enfant, il l'appelle : « Zachée, lui crie-t-il, descendez ; car c'est chez vous que je veux aller loger aujourd'hui, je viens vous accorder votre grâce. » C'est comme s'il lui disait Zachée, quittez cet orgueil et cet attachement aux biens de ce monde ; descendez, c'est-à-dire, choisissez l'humi-lité et la pauvreté. Pour bien le faire comprendre, il dit à tout ceux qui étaient avec lui : « Cette maison reçoit aujourd'hui le salut ». - O mon Dieu ! que votre miséricorde est grande pour les pécheurs !
Demandez-lui encore pourquoi il a passé dans cette place publique. « Ah ! vous dira-t-il, c'est que j'attends cette femme adultère que l'on doit amener pour la faire lapider ; et moi, je vais prendre sa défense contre ses ennemis, la toucher et la convertir. » Voyez-vous ce tendre Sauveur auprès de cette femme, comment il se comporte, comment il prend sa défense ? La voyant tout environnée de cette populace qui n'attendait que le signal pour l'assommer, le Sauveur semble leur dire : « Un moment, laissez-moi agir, ensuite vous agirez à votre tour. » Il s'abaisse sur la terre, il écrit, non sa sentence de condamnation, mais d'absolution. S'étant relevé, il les regarde. Ne semble-t-il pas leur dire : « Maintenant que cette femme est pardonnée, elle n'est plus une pécheresse, mais une sainte pénitente : quel est celui d'entre vous qui est égal à elle ? Si vous êtes sans péché, jetez-lui la première pierre. » Tous ces fameux hypocrites, voyant que Jésus-Christ lisait dans leur conscience, les plus vieux, qui sans doute étaient les plus coupables, se retirèrent les premiers, et ainsi des autres. Jésus-Christ, la voyant seule, lui dit avec bonté : « Femme, qui sont ceux qui vous ont con-damnée ? » comme s'il lui avait dit : Après que je vous ai pardonnée, qui serait celui qui aurait osé vous con-damner ? « Ah ! Seigneur, lui répondit cette pécheresse, personne. - Eh bien ! allez, et ne péchez plus . »
Voyez encore ce qu'il éprouve en voyant cette femme qui, depuis douze ans, avait une perte de sang. Elle se jette humblement à ses pieds ; « car, disait-elle, si je peux seulement toucher le bord de son manteau, je suis sûre d'être guérie ». Jésus-Christ se tournant, d'un air de bonté dit : « Qui est-ce qui me touche ? Allez, mon enfant, lui dit-il, ayez confiance, vous êtes guérie dans l'âme et dans le corps ». Voyez-le, comme il prend compassion du chagrin de ce père qui lui présente son fils, possédé du démon dès son enfance ...
Voyez-le pleurer en approchant de la ville de Jérusa-lem, qui était la figure des pécheurs qui ne veulent plus se laisser toucher le cœur. Voyez comment il verse des larmes sur sa perte éternelle. « Oh ! combien de fois, ingrate Jérusalem, n'ai-je pas voulu te ramener dans le sein de ma miséricorde, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes ; mais tu n'as pas voulu. O ingrate Jérusalem ! qui as tué les prophètes et fait mourir les ser-viteurs de Dieu ! oh ! si, du moins, tu voulais encore aujourd'hui recevoir ta grâce que je viens t'appor-ter ! » Voyez-vous, M.F., comment le bon Dieu pleure la perte de nos âmes quand il voit que nous ne voulons pas nous convertir ?
D'après tout ce que nous voyons que Jésus-Christ a fait pour nous sauver, comment pourrions-nous déses-pérer de sa miséricorde, puisque son plus grand plaisir est de nous pardonner ; de sorte que, quelque multipliés que soient nos péchés, si nous voulons les quitter et nous en repentir, nous sommes sûrs de notre pardon. Quand nos fautes égaleraient les feuilles des forêts, nous serons pardonnés, si notre cœur est vraiment contrit. Pour vous en convaincre, en voici un bel exemple. Nous lisons dans l'histoire qu'un jeune homme, nommé Théophile, qui était prêtre, fut accusé auprès de son évêque, et déposé d'une dignité dont il était pourvu. Cet affront le porta à une telle fureur, qu'il appela le démon à son secours. Cet esprit malin lui apparut sous une forme ordinaire, lui promettant de lui faire recouvrir sa dignité s'il voulait renoncer de suite à Jésus et à Marie. Il le fit, étant aveuglé par la fureur, et donna au démon une renonciation par un écrit fait de sa main. Le jour suivant, l'évêque ayant reconnu sa faute, le fit appeler dans l'église, lui demanda pardon d'avoir cru trop facilement ce que l'on avait dit de lui, et le rétablit dans sa dignité. Sur cela le prêtre se trouva dans un grand embarras ; il demeura longtemps déchiré par les remords de sa cons-cience. Il lui vint en pensée d'avoir recours à la sainte Vierge, voyant qu'il était si indigne de demander lui--même pardon au bon Dieu. Il alla donc devant une image de la sainte Vierge, la priant de lui obtenir son pardon auprès de son divin Fils ; et, pour cela, il jeûna quarante jours et pria continuellement. Au bout de qua-rante jours, la sainte Vierge lui apparut, lui disant qu'elle avait obtenu son pardon. II fut bien consolé de cette grâce ; mais il lui restait encore une épine bien profonde à tirer : c'était ce billet qu'il avait donné au démon. Il pensa que le bon Dieu ne refuserait pas cette grâce à sa Mère ; il continua trois jours à la prier, et, à son réveil, il trouva son billet sur sa poitrine. Plein de reconnaissance, il va à l'église, et, devant tout le monde, il publie la grâce que le bon Dieu lui avait accordée par l'entremise de sa sainte Mère. Faisons de même : si nous nous trouvons trop coupables pour demander pardon au bon Dieu, adressons-nous à la sainte Vierge et nous sommes sûrs de notre pardon.
Mais, pour vous engager à avoir une grande confiance en la miséricorde de Dieu qui est infinie, en voici un exemple que nous donne l'Évangile et qui nous montre que la miséricorde de Dieu est infinie : c'est celui de l'enfant prodigue, qui, après avoir demandé à son père tout le bien qui pouvait lui revenir, alla dans un pays étranger. Il y dissipa tout son bien en vivant comme un libertin et un débauché. Sa mauvaise conduite le rédui-sit à une telle misère qu'il se trouvait trop heureux d'avoir les restes des pourceaux, encore ne lui en don-nait-on pas autant qu'il en voulait. Réfléchissant un jour sur la grandeur de sa misère, il disait à son maître chez qui il était pour garder les pourceaux : « Donnez-moi au moins de ce que mangent les plus sales animaux. » Quelle misère, M.F., est comparable à celle-là ? Cepen-dant personne ne lui en donnait. Se voyant contraint de mourir de faim, et vivement touché de son malheureux état, il ouvre les yeux et se rappelle qu'il avait un si bon père qui l'aimait tant. Il prend la résolution de re-tourner dans la maison paternelle, où les plus simples valets avaient du pain plus qu'il ne leur en fallait. II se disait à lui-même : « J'ai bien mal fait d'avoir abandonné mon père qui m'aimait tant ; j'ai dissipé tout mon bien en menant une mauvaise vie ; je suis tout déchiré et tout sale, comment est-ce que mon père pourra me reconnaître pour son fils ? Mais je me jetterai à ses pieds, je les arroserai de mes larmes ; je lui demanderai de me mettre seulement au nombre de ses serviteurs. » Le voilà qui se lève et qui part, tout occupé de l'état malheureux où son libertinage l'avait réduit. Son père, qui pleurait depuis bien longtemps sa perte, le voyant venir de loin, oublia son grand âge et la mauvaise vie de ce fils, il se jeta à son cou pour l'embrasser. Ce pauvre enfant, tout étonné de l'amour de son père pour lui : « Ah ! mon père, s'écrie-t-il, j'ai péché contre vous et contre le ciel ! je ne mérite plus d'être appelé votre fils, mettez-moi seulement au nombre de vos servi-teurs. - Non, non, mon fils, s'écrie le père tout plein de joie d'avoir le bonheur de retrouver son fils qu'il croyait perdu ; non, mon fils, tout est oublié, ne pensons plus qu'à nous réjouir. Qu'on lui apporte sa première robe pour l'en revêtir, qu'on lui mette un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; qu'on tue le veau gras et qu'on se réjouisse ; car mon fils était mort et il est ressuscité, il était perdu et il est retrouvé . »
Belle figure, M.F., de la grandeur de la miséricorde de Dieu pour les pécheurs les plus misérables ! En effet, dès que nous avons le malheur de pécher, nous nous éloignons de Dieu, et nous nous réduisons, en suivant nos passions, à un état plus misérable que celui des pourceaux qui sont les plus sales animaux. O mon Dieu ! que le péché est quelque chose d'affreux ! comment peut-on le commettre ? Mais tout misérables que nous sommes, dès que nous prenons la résolution de nous convertir, à la première preuve de conversion, les entrailles de sa miséricorde sont touchées de compas-sion. Ce tendre Sauveur court, par sa grâce, au-devant des pécheurs, il les embrasse en les favorisant des con-solations les plus délicieuses. En effet, jamais un pécheur n'éprouve plus de plaisir que dans le moment où il quitte le péché pour se donner au bon Dieu ; il lui sem-ble que rien ne pourra l'arrêter ; ni prière, ni péni-tence : rien ne lui parait trop dur. O moment délicieux ! que nous serions heureux si nous avions le bonheur de le comprendre ! Mais, hélas ! nous ne correspondons pas à la grâce, et alors, ces heureux moments dispa-raissent. Jésus-Christ dit au pécheur par la bouche de ses ministres : « Que l'on revête ce chrétien qui est converti, de sa première robe qui est la grâce du bap-tême qu'il a perdue ; qu'on le revête de Jésus-Christ, de sa justice, de ses vertus et de tous ses mérites. » Voilà, M.F., la manière dont Jésus-Christ nous traite quand nous avons le bonheur de quitter le péché pour nous donner à lui. Ah ! M.F., quel sujet de confiance pour un pécheur, quoique bien coupable, de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie !

II. - Non, M.F., ce n'est pas la grandeur de nos péchés, ni leur nombre, qui doivent nous effrayer ; mais seulement les dispositions que nous devons avoir. Tenez, M.F., voici un autre exemple qui va vous mon-trer que, comme que nous soyons coupables, nous som-mes sûrs de notre pardon, si nous voulons le demander au bon Dieu. Nous lisons dans l'histoire qu'un grand prince, dans sa dernière maladie, fut attaqué d'une ten-tation terrible de méfiance en la bonté et la miséricorde de Dieu. Le prêtre qui l'assistait dans ce moment, voyant qu'il perdait confiance, faisait tout ce qu'il pouvait pour lui en inspirer, en lui disant que jamais le bon Dieu n'a refusé le pardon à celui qui le lui a demandé. « Non, non, dit le malade, il n'y a plus de pardon pour moi, j'ai trop fait de mal. » Le prêtre voyant qu'il n'y avait plus de ressources, se mit en prière. Dans ce moment, le bon Dieu lui mit à la bouche ces paroles que le saint Roi-Prophète prononça avant de mourir : « Prince, lui dit-il, écoutez le prophète pénitent ; vous êtes pécheur comme lui, dites sincèrement avec lui : Seigneur, vous aurez pitié de moi, parce que mes péchés sont bien grands, et c'est précisément la gran-deur de mes péchés qui sera le motif qui vous engagera à me pardonner. » A ces paroles, le prince revenant comme d'un profond sommeil, s'arrête un moment tout transporté de joie, et poussant un profond soupir : « Ah ! Seigneur, c'est bien pour moi que ces paroles ont été prononcées ! Oui, mon Dieu, c'est précisément parce que j'ai fait bien du mal que vous aurez pitié de moi ! » Il se confesse et reçoit tous ses sacrements en versant des torrents de larmes ; il fait avec joie le sacrifice de sa vie, et meurt ayant entre les mains son crucifix qu'il arrose de ses larmes. En effet, M.F., qu'est-ce que nos péchés, si nous les comparons à la miséricorde de Dieu ? C'est une graine de navette devant une montagne. O mon Dieu ! comment peut-on consentir à être damné, puisqu'il en coûte si peu pour se sauver et que Jésus-Christ désire tant notre salut ?...
Cependant, M.F., si le bon Dieu est si bon de nous attendre et de nous recevoir, il ne faut pas lasser sa patience : s'il nous appelle, s'il nous invite à venir à lui, il faut aller à sa rencontre ; s'il nous reçoit, il faut lui rester fidèle. Hélas ! M.F., il y a peut-être plus de cinq à six ans que le bon Dieu nous appelle ; pourquoi res-tons-nous dans nos péchés ? Il est toujours présent pour nous offrir notre grâce, pourquoi ne pas quitter le péché ? En effet, M.F., saint Ambroise nous dit : « Le bon Dieu, tout bon et tout miséricordieux qu'il est, jamais il ne nous pardonne, si nous ne lui deman-dons pardon, si nous n'unissons pas notre volonté à celle de Jésus-Christ. »
Mais quelle volonté, M.F., est-ce que Dieu demande de nous ? La voici. C'est une volonté qui corresponde aux saints empressements de sa miséricorde, qui nous fasse dire comme à saint Paul : « Vous avez entendu dire quelles ont été ma conduite et mes actions avant que Dieu ne m'eût fait la grâce de me convertir. Je per-sécutais l'Église de Jésus-Christ avec tant de cruauté, que j'en ai horreur moi-même toutes les fois que j'y pense. Qui aurait pu croire que ce fût ce moment que Jésus-Christ avait choisi pour m'appeler à lui ? Ce fut dans ce moment que je fus tout environné d'une lumière ; j'entendis une voix qui me dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Hélas ! M.F., com-bien de fois le bon Dieu ne nous a-t-il pas fait la même grâce ? Combien de fois dans le péché, ou prêts à pécher, n'avons-nous pas entendu une voix intérieure qui nous criait : « Ah ! mon fils, pourquoi veux-tu me faire souffrir et perdre ton âme ? » En voici un bel exemple.
Nous lisons dans l'histoire qu'un enfant dans sa colère tua son père. Il en conçut un si grand regret qu'il lui semblait continuellement entendre une voix qui lui criait : « Ah ! mon fils, pourquoi m'as-tu tué ? » Ce qui lui fut si sensible, qu'il alla lui-même se dénoncer à la justice. Non seulement, M.F., nous devons quitter le péché parce que le bon Dieu est si bon que de nous pardonner ; mais nous devons encore pleurer de recon-naissance. Nous en avons un bel exemple dans la per-sonne du jeune Tobie conduit et ramené par l'ange , ce qui nous montre combien on plaît à Dieu quand on le remercie. Nous lisons dans l'Évangile que cette femme qui, depuis douze ans, était atteinte d'une perte de sang, ayant été guérie par Jésus-Christ, en reconnais-sance, afin de montrer à tout le monde la bonté de Dieu à son égard, fit placer près de sa maison une belle statue représentant une femme auprès de Jésus-Christ, qui l'avait guérie. Plusieurs auteurs nous disent qu'il y venait une herbe inconnue à tout le monde, et que dès qu'elle montait jusqu'à la frange de la robe de la statue, elle guérissait toutes sortes de maladies. Voyez saint Mathieu : afin de remercier Jésus-Christ de la grâce qu'il lui avait faite, il l'invita chez lui et lui fit tous les honneurs qu'il pouvait lui faire . Voyez le lépreux samaritain : se voyant guéri, il retourne sur ses pas, se jette aux pieds de Jésus-Christ pour le remercier de la grâce qu'il venait de lui faire .
Saint Augustin nous dit que la principale action de grâces, c'est que votre âme soit sincèrement reconnais-sante envers la bonté de Dieu, en se donnant tout à lui avec toutes ses affections. Voyez le Sauveur, quand il eut guéri les dix lépreux, voyant qu'il n'y en avait qu'un qui revenait le remercier : « Et les neuf autres, lui dit Jésus-Christ, n'ont-ils pas aussi été guéris ? » comme s'il leur avait dit : Pourquoi est-ce que les autres ne viennent pas me remercier ? Saint Bernard nous dit qu'il faut être très reconnaissants envers le bon Dieu, parce que cela l'engage à nous accorder beaucoup d'autres grâces. Hélas ! M.F., que de grâces n'avons-nous pas à rendre à Dieu de nous avoir créés, de nous avoir rachetés par sa mort et passion, de nous avoir fait naître dans le sein de son Église, tandis que tant d'autres vivent et meurent hors de son sein. Oui, M.F., puisque la bonté et la miséricorde de Dieu sont infinies, tâchons donc d'en bien profiter, et, par là, nous aurons le bonheur de lui plaire, et de conserver nos âmes dans sa grâce : ce qui nous procurera le bonheur d'aller jouir de sa sainte présence avec tous les bienheureux dans le ciel. C'est ce que je vous souhaite.

3ème dimanche après la Pentecôte

(DEUXIEME SERMON)

Sur la miséricorde de Dieu envers le Pécheur.

Erant autem appropinquantes ei publicani et peccatores ; ut audirent illum.
Les publicains et les pécheurs se tenaient auprès de Jésus-Christ pour l'écouter.
(S.Luc., XV, 1.)

Qui pourrait comprendre la grandeur de la miséricorde du Seigneur envers ces pécheurs ? Sa grâce va les cher-cher au milieu de leurs désordres, les amène à ses pieds. Il se rend leur protecteur contre les Scribes et les Pha-risiens qui ne peuvent les souffrir, et il justifie sa con-duite à leur égard par la parabole d'un bon pasteur qui, de cent brebis, en ayant perdu une, abandonne tout son troupeau pour aller chercher celle qui s'égare, et, l'ayant trouvée, la charge sur ses épaules, la ramène au bercail, où il n'est pas plus tôt arrivé, qu'il invite ses amis à ve-nir partager avec lui sa joie d'avoir retrouvé la brebis qu'il croyait perdue. Il joint à cette parabole celle d'une femme qui, de dix drachmes en ayant égaré une, allume sa lampe pour la chercher dans le lieu le plus obscur de sa maison, et qui, l'ayant enfin recouvrée, té-moigne la même joie que le bon pasteur d'avoir retrouvé sa brebis égarée. Le Sauveur du monde, se faisant à lui--même l'application de ces vives images de sa miséri-corde pour les pécheurs, dit que tout le ciel se réjouira de la sorte pour un pécheur qui se convertira et fera pénitence. Si notre conversion cause tant de joie à toute la cour céleste, hâtons-nous de nous convertir. Quelque coupable que nous soyons, quelque déréglée que soit notre vie, allons sincèrement à Dieu, et nous sommes sûrs de notre pardon. Pour vous y engager, je vous montrerai combien est grande la miséricorde de Dieu envers les pécheurs, et ensuite ce que le pécheur doit faire pour y correspondre.

I. - Tout est engageant et consolant dans la conduite que la miséricorde de Dieu tient à l'égard des pécheurs : elle les attend, elle les invite et les reçoit à la péni-tence. « Dieu, nous dit le prophète Isaïe, attend le pécheur, et cela, par un pur effet de sa bonté, car le pécheur, aussitôt qu'il est tombé en faute, mérite d'être puni. » Rien n'est plus dû au péché que le châtiment. Dès que ce misérable pécheur s'est révolté contre son Dieu, toutes les créatures demandent vengeance de sa révolte. Seigneur, lui disent-elles, comme les serviteurs du père de famille, permettez que nous allions arracher du champ de votre Église cette ivraie qui gâte et désho-nore le bon grain. Voulez-vous, lui dit la mer, que je l'engloutisse dans mes abîmes ? La terre : que je m'en-tr'ouvre pour le faire descendre tout vivant dans les enfers ? L'air : que je le suffoque ? Le feu : que je le brûle ? L'eau : que je le noie ? Mais que répond le Père des miséricordes ? Non, non, dit-il, cette ivraie peut devenir un bon grain ; ce pécheur peut se convertir. Que ce pécheur s'égare, il ne dit mot. Qu'il s'éloigne de lui, qu'il coure à sa perte, il le soutire. « O Seigneur ! ô Dieu des miséricordes ! encore pécheur je m'éloignais tous les jours de plus en plus, dit saint Augustin ; tous mes pas et toutes mes démarches étaient autant de chutes dans de nouveaux précipices, mes passions s'allumaient tou-jours davantage ; cependant vous y aviez patience. O patience infinie de mon Dieu ! il y a tant d'années que je vous offense, et vous ne m'avez pas encore puni ! D'où vient donc cela ? Ah ! je le connais maintenant ; c'est que vous vouliez que je me convertisse et que je retour-nasse à vous par la pénitence. »

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 15:09
La Cène, Simon Ushakov, 1685

I. - Avant de vous montrer la manière d'entendre la sainte messe, il faut vous dire un mot de ce que l'on entend par le mot de saint sacrifice de la messe. Vous savez que le saint sacrifice de la messe est le même que celui de la croix, qui a été offert une fois sur le Cal-vaire, le vendredi saint. Toute la différence qu'il y a, c'est que, quand Jésus-Christ s'est offert sur le Calvaire, ce sacrifice était visible, c'est-à-dire, qu'on le voyait des yeux du corps ; que Jésus y a été offert à Dieu son Père, par les mains de ses bourreaux, et qu'il y a répandu son sang ; c'est ce que l'on appelle sacrifice sanglant : cela veut dire que le sang sortait de ses veines, et qu'on le vit couler jusqu'à terre. Mais, à la sainte messe, Jésus-Christ s'offre à son Père d'une manière invisible ; c'est-à-dire, que nous ne le voyons que des yeux de l'âme et non de ceux du corps. Voilà, M.F., en abrégé, ce que c'est que le saint sacrifice de la messe. Mais, pour vous donner une idée de la grandeur du mérite de la sainte messe, M.F., il me suffit de vous dire avec saint Jean Chrysostome, que la sainte messe réjouit toute la cour céleste, soulage toutes les pauvres âmes du pur-gatoire, attire sur la terre toutes sortes de bénédictions, et rend plus de gloire à Dieu que toutes les souffrances de tous les martyrs, que les pénitences de tous les solitaires, que toutes les larmes qu'ils ont répandues depuis le commencement du monde et que tout ce qu'ils feront jusqu'à la fin des siècles. Si vous m'en demandez la raison, c'est tout clair : toutes ces actions sont faites par des pécheurs plus ou moins coupables ; tandis que dans le saint sacrifice de la messe, c'est un Homme-Dieu égal à son Père qui lui offre le mérite de sa mort et passion. Vous voyez, d'après cela, M.F., que la sainte messe est d'un prix infini. Aussi, voyons-nous dans l'Évangile que, dans le moment de la mort de Jésus-Christ, il s'opéra beaucoup de conversions : le bon larron y reçut l'assurance du paradis, plusieurs Juifs se convertirent et des Gentils se frappaient la poitrine, en disant qu'il était vraiment le Fils de Dieu. Les morts ressuscitèrent, les rochers se fendirent et la terre trembla.
Oui, M.F., si nous avions le bonheur d'y assister avec de bien bonnes dispositions, quand nous aurions le mal-heur d'être aussi obstinés que les Juifs, plus aveugles que les Gentils, plus durs que les rochers qui se fendi-rent, nous obtiendrions très certainement notre conver-sion. En effet, saint Jean Chrysostome nous dit qu'il n'y a point de temps plus précieux pour traiter avec Dieu de notre salut que celui de la sainte Messe, où Jésus-Christ s'offre lui-même en sacrifice à Dieu son Père, pour nous obtenir toutes sortes de bénédictions et de grâces. « Som-mes-nous dans l'affliction ? dit ce grand saint, nous y trou-vons toutes sortes de consolations. Sommes-nous accablés de tentations ? allons entendre la sainte messe et nous y trouverons la manière de vaincre le démon. » Et, en pas-sant, je vais vous en citer un bel exemple. Il est rapporté par le Pape Pie II, qu'un gentilhomme de la province d'Ostie était continuellement combattu d'une tentation de désespoir qui le portait à se pendre, et il avait été plu-sieurs fois sur le point de le faire. Étant allé trouver un saint religieux pour lui découvrir l'état de son âme et lui demander conseil, le serviteur de Dieu, après l'avoir consolé et fortifié le mieux qu'il put, lui conseilla d'avoir dans sa maison un prêtre qui lui dît tous les jours la sainte Messe. Le gentilhomme lui dit qu'il le ferait volontiers. Dans le même temps, il alla se retirer dans un château qu'il avait ; et tous les jours un saint prêtre lui disait la sainte Messe, à laquelle il assistait aussi dévo-tement qu'il pouvait. Après y avoir demeuré dans une grande tranquillité d'esprit, il arriva que le prêtre le pria de lui permettre d'aller dire la sainte Messe dans le voisinage pour une fête particulière ; ce qu'il lui accorda facilement, dans l'intention d'y aller aussi entendre la sainte Messe. Mais une affaire qui survint l'arrêta insen-siblement jusqu'à midi. Alors, plein de frayeur d'avoir perdu la sainte Messe, ce qui ne lui arrivait jamais, et se sentant déjà tourmenté de son ancienne tentation, il sort de chez lui et rencontre un paysan qui lui demande où il va. « Je vais, répond le gentilhomme, entendre la sainte Messe. » - « Mais, c'est trop tard, lui dit le paysan, elles sont toutes dites. » Ce fut une nouvelle si cruelle pour lui, qu'il se mit à crier. « Hélas ! puisque j'ai perdu la sainte Messe, je suis perdu. » Le paysan, qui le voyait dans cet état et qui aimait bien l'argent, lui dit : « Si vous voulez je vous vendrai la Messe que j'ai entendue et tout le bien que j'en ai retiré. » L'autre sans réfléchir à rien, et si chagrin d'avoir manqué la sainte Messe : « Eh bien ! voilà mon manteau. » Cet homme ne pouvait certainement pas lui vendre la sainte Messe sans commettre un gros péché. S'étant séparés, il ne laisse pas cependant de continuer son chemin pour faire ses prières à l'église et comme il s'en retournait chez lui, après les avoir faites, il trouva ce pauvre paysan avare, pendu à un arbre, dans le même endroit où il avait pris le manteau. Le bon Dieu, en punition de son avarice, permit que la tentation du gentilhomme passât à cet avare. Frappé d'un tel spectacle, ce gentilhomme remer-cia Dieu toute sa vie de l'avoir délivré d'un si grand châ-timent, et ne manqua jamais d'assister à la sainte Messe pour remercier le bon Dieu. A l'heure de la mort, il avoua que depuis qu'il avait eu le bonheur d'assister tous les jours à la sainte Messe, le démon ne l'avait plus tenté de désespoir .
Eh bien ! M.F., saint Jean Chrysostome n'a-t-il pas bien raison de nous dire que si nous sommes tentés il faut entendre dévotement la sainte Messe, et nous som-mes sûrs que le bon Dieu nous délivrera ? Oui, M.F., si nous avions assez de foi, la sainte Messe serait un re-mède pour tous les maux que nous pourrions avoir pen-dant notre vie ; en effet, Jésus-Christ n'est-il pas notre médecin de l'âme et du corps ?...

II. - Nous avons dit que la sainte Messe est le sacrifice du Corps et du Sang de Jésus-Christ, qui n'est offert qu'à Dieu seul, et non aux anges et aux saints. Vous savez que le saint sacrifice de la sainte Messe a été institué le jeudi saint, lorsque Jésus-Christ prit du pain, le changea en son Corps, puis du vin, et le changea en son Sang. Dans le même moment, il donna à ses apôtres et à tous leurs successeurs ce pouvoir, qui est ce que nous appelons le sacrement de l'Ordre. La sainte Messe consiste dans les paroles de la consécration ; et vous savez que les minis-tres de la sainte Messe sont les prêtres et le peuple , qui a le bonheur d'y assister, s'il s'unit à eux ; d'où je conclus, M.F., que la meilleure manière d'entendre la sainte Messe est de s'unir au prêtre dans tout ce qu'il dit, de le suivre dans toutes ses actions, autant qu'on le peut, et de tâcher de se pénétrer des plus vifs sentiments d'amour et de reconnaissance : il faut bien conserver cette méthode.
Nous pouvons distinguer trois parties dans le saint sacrifice de la sainte Messe : la première partie, depuis le commencement jusqu'à l'Offertoire ; la deuxième, depuis l'Offertoire jusqu'à la Consécration ; la troisième, depuis la Consécration jusqu'à la fin. Il faut bien vous faire re-marquer que si nous étions distraits volontairement pen-dant une de ces parties, nous commettrions un péché mortel ; ce qui doit nous porter à bien prendre garde de ne pas laisser aller notre esprit à des choses étran-gères, c'est-à-dire, qui n'ont pas rapport au saint sacrifice de la Messe. Je dis, M.F., que, depuis le commence-ment jusqu'à l'Offertoire, nous devons nous comporter comme des pénitents qui sont pénétrés de la plus vive douleur de leurs péchés. Depuis l'Offertoire jusqu'à la consécration, nous devons nous conduire comme des ministres qui doivent offrir Jésus-Christ à Dieu son Père, et lui faire le sacrifice de tout ce que nous sommes c'est-à-dire, lui offrir nos corps, nos âmes, nos biens, notre vie, et même notre éternité. Depuis la Consécra-tion, nous devons nous regarder comme des personnes qui doivent participer au Corps adorable et au Sang pré-cieux de Jésus-Christ : et il faut, par conséquent, faire tous nos efforts pour nous rendre dignes de ce bonheur.
Pour mieux, M.F., vous le faire comprendre, je vais vous proposer trois exemples tirés de la sainte Écriture, qui vont vous montrer la manière dont vous devez en-tendre la sainte Messe : c'est-à-dire, de quoi vous devez vous occuper pendant ce moment heureux pour celui qui a le bonheur de le bien comprendre. Le premier, c'est celui du publicain, qui vous apprendra ce que vous devez faire au commencement de la sainte Messe. Le deuxième est celui du bon larron, qui vous apprendra comment vous devez vous comporter pendant la Consé-cration. Le troisième, le centenier, qui vous guidera pendant la sainte Communion.
Nous disons 1° que le publicain nous apprendra com-ment nous devons nous conduire au commencement de la sainte Messe, qui est une action si agréable à Dieu et si puissante pour nous obtenir toutes sortes de grâces. Nous ne devons donc pas attendre d'être à l'église pour nous y préparer. Non, M.F., non, un bon chrétien commence à se préparer en s'éveillant, en ne laissant occuper son esprit de rien qui n'ait rapport à ce bonheur. Nous devons nous représenter Jésus-Christ au jardin des Olives, qui, prosterné la face contre terre, se prépare au sacrifice sanglant qu'il va endurer sur le Calvaire, et de la grandeur de sa charité, qui va lui faire subir le châtiment que nous devrions subir pendant l'éternité. Il faut y venir à jeûn, autant que nous le pou-vons ; ce qui est très agréable au bon Dieu. Dans les commencements de l'Église, tous les chrétiens y allaient à jeûn . Il faut, la matinée, ne jamais vous laisser occuper l'esprit à vos affaires temporelles, vous rappe-lant qu'ayant travaillé toute la semaine pour votre corps, il est bien juste que vous donniez cette journée aux soins de votre âme, et à demander au bon Dieu par-don de vos péchés. Lorsque vous venez à l'église, ne faites point de conversation ; pensez que vous suivez Jésus-Christ portant sa croix au Calvaire et qu'il va mourir pour vous sauver. Il faut avoir toujours un moment, avant la sainte Messe, pour se recueillir un peu ; pour gémir sur ses péchés et en demander pardon au bon Dieu ; pour examiner les grâces qui nous sont les plus nécessaires, afin de les lui demander pendant la Messe ; et bien prendre garde de ne jamais manquer ni l'eau bénite, ni la Passion , ni les processions , parce que ce sont de saintes actions qui vous préparent à bien entendre la Messe.
Lorsque vous entrez dans l'église, pénétrez-vous de la grandeur de votre bonheur par un acte de la foi la plus vive, et un acte de contrition sur vos péchés, qui vous rendent indignes d'approcher d'un Dieu si saint et si grand. Pensez, en ce moment, aux dispositions du publicain, lorsqu'il entra dans le temple pour offrir à Dieu le sacrifice de sa prière. Écoutez saint Luc : « Le publicain, nous dit-il, se tenait au bas du temple, bais-sant les yeux contre terre, n'osant regarder l'autel et se frappant la poitrine en disant à Dieu : Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis un grand pécheur . » Vous voyez donc, M.F., qu'il ne faisait pas comme ces chrétiens qui entrent dans nos églises avec un air fier et arrogant, « qui semblent vouloir s'approcher de Dieu, nous dit le prophète Isaïe, comme des personnes qui n'ont rien sur la conscience qui puisse les humilier devant leur Créateur . » En effet, si vous voulez prendre la peine de voir entrer ces chrétiens, qui ont peut-être plus de péchés sur leur conscience qu'ils n'ont de cheveux sur la tête ; vous les voyez, dis-je, entrer avec un air de dédain, ou plutôt, avec une espèce de mépris de la présence de Dieu. Ils prennent de l'eau bénite à peu près comme ils prennent un bassin d'eau pour se laver les mains en venant de travailler ; ils le font, pour la plupart, sans dévotion et sans penser que l'eau bénite, prise avec bien du respect, efface les péchés vé-niels et nous dispose à bien entendre la sainte Messe. Voyez notre publicain, qui, se croyant indigne d'entrer dans le temple, va se placer dans l'endroit le moins appa-rent qu'il peut trouver ; il est tellement confus à la vue de ses péchés, qu'il n'ose pas même lever les yeux au ciel. Il est donc bien éloigné de ces chrétiens de nom, qui ne sont jamais assez bien placés, qui se mettent seulement à genoux sur une chaise, qui baissent à peine la tête pendant l'élévation, qui s'étendent sur une chaise ou se croisent les jambes. Nous ne disons rien de ces gens qui ne devraient venir à l'église que pour y pleurer leurs péchés, et qui n'y viennent que pour insulter un Dieu humilié et méprisé, par leurs vains étalages de vanité ; dans l'intention d'y attirer les yeux du monde ; et d'autres, pour y entretenir le feu de leurs passions criminelles. O mon Dieu ! avec de telles dispositions peut-on bien oser venir assister à la sainte Messe ? « Mais notre publicain, nous dit saint Augustin, frappe son cœur, pour montrer à Dieu le regret qu'il ressent de l'avoir offensé . » Hélas ! M.F., si les chrétiens avaient le bonheur d'assister à la sainte Messe avec les mêmes dispositions que le publicain, que de grâces, que de biens nous obtiendrions ! Nous sortirions aussi chargés des biens du ciel que les abeilles après avoir trouvé plus de fleurs qu'elles n'en voulaient ! Oh ! si le bon Dieu nous faisait la grâce qu'au commencement de la sainte Messe nous soyons bien pénétrés de la gran-deur de Jésus-Christ devant qui nous paraissons et du poids de nos péchés, que nous aurions bientôt obtenu le pardon de nos péchés et la grâce de persévérer !
Nous devons surtout nous tenir dans de grands sen-timents d'humilité pendant la sainte Messe ; c'est ce que le prêtre doit nous inspirer lorsqu'il descend de l'autel pour dire le Confiteor en s'inclinant profondément, lui qui, tenant la place de Jésus-Christ même, semble se charger de tous les péchés de ses paroissiens. Hélas ! si le bon Dieu nous faisait une fois bien comprendre ce que c'est que la sainte Messe, que de grâces, que de biens nous n'avons pas et que nous aurions ! Que de dangers, dont nous serions préservés si nous avions une grande dévotion à la sainte Messe ! Pour vous le prouver, M.F., je vais vous citer un bel exemple, qui vous mon-trera que le bon Dieu protège d'une manière visible ceux qui ont le bonheur d'y assister avec dévotion.
Nous lisons dans l'histoire, que sainte Élisabeth, reine de Portugal, et nièce de sainte Élisabeth, reine de Hon-grie, était si charitable envers les pauvres que, quoi-qu'elle eût ordonné à son aumônier de ne jamais rien leur refuser, elle faisait encore de continuelles aumônes de ses propres mains ou par celles de ses domestiques. Elle se servait ordinairement d'un page, dont elle avait reconnu la grande piété ; ce que voyant, un autre page en fut jaloux. II alla un jour trouver le roi, et lui dit qu'un tel page avait un commerce criminel avec la reine. Le roi, sans rien examiner, résolut de suite de se défaire de ce page le plus secrètement possible. Un moment après, s'étant trouvé de passer dans un endroit où l'on faisait cuire de la chaux, il fit appeler les gens qui avaient soin d'entretenir le feu du fourneau, et leur dit que, le lendemain au matin, il leur enverrait un page dont il était mécontent, qui leur demanderait s'ils avaient exécuté les ordres du roi ; qu'ils ne manquassent pas de le prendre et de le jeter aussitôt dans le feu. Après cela, il s'en retourna et commanda au page de la reine d'aller le lendemain, de bonne heure, faire cette commission. Mais, vous allez voir que le bon Dieu n'abandonne ja-mais ceux qui l'aiment. Le bon Dieu permit qu'il passât auprès d'une église pour aller faire sa commission, et que, dans ce moment, il entendît qu'on sonnait l'éléva-tion. Il entre pour adorer Jésus-Christ et entend le reste de la Messe. Une autre commence, il l'entend ; une troi-sième commence après la deuxième finie, il l'entend encore. Cependant le roi, impatient de savoir si l'on avait exécuté ses ordres, envoie son page pour leur demander s'ils avaient fait ce qu'il leur avait commandé. Croyant que c'était le premier, ils le prennent et le jettent dans le feu. L'autre, qui, pendant ce temps-là, avait achevé ses dévotions, va faire sa commission, en leur disant s'ils avaient fait ce que le roi leur avait ordonné. Ils lui répondirent que oui. Il retourna rendre réponse au roi, qui fut fort étonné de le voir revenir. Tout en fureur de ce qu'il en était arrivé tout au con-traire de ce qu'il espérait, le roi lui demanda où il était resté si longtemps ?... Le page lui dit que, passant près d'une église pour aller où il lui avait ordonné, il avait entendu la clochette de l'Élévation, que cela l'avait obligé d'entrer, qu'il y était demeuré jusqu'à la fin de la Messe, et, qu'une autre Messe ayant ensuite commencé avant que celle-là finît et enfin une troisième, il les avait toutes entendues ; parce que son père, avant de mourir, après lui avoir donné sa bénédiction, lui avait bien recom-mandé de ne jamais quitter une Messe commencée sans attendre qu'elle fût finie : que cela nous attirait beau-coup de grâces et nous garantissait de bien des malheurs. Alors le roi, rentrant en lui-même, comprit bien que cela n'était arrivé que par un juste jugement de Dieu ; que la reine était innocente et le page, un saint ; que l'autre n'avait fait cela que par envie. Vous voyez, M.F., que ce pauvre jeune homme aurait été brûlé sans sa dévotion, et que le bon Dieu lui inspira d'entrer dans l'église pour le garantir de la mort ; tandis que l'autre, qui n'avait pas de dévotion pour Jésus-Christ dans le sacrement adorable de l'Eucharistie, fut jeté dans le feu.
Saint Thomas nous dit qu'il vit un jour pendant la sainte Messe, Jésus-Christ, les mains pleines de trésors qu'il cherchait à distribuer, et que, si nous avions le bonheur d'assister saintement et souvent à la sainte Messe, nous aurions beaucoup plus de grâces que nous n'en avons, pour sauver nos âmes, et même pour le temporel.
2° En second lieu, nous avons dit que le bon larron nous instruirait de la manière de nous conduire pendant le temps de la Consécration et de l'Élévation de la sainte Hostie, qui est le temps où nous devons nous offrir à Dieu avec Jésus-Christ, comme étant ceux qui doivent participer à cet auguste mystère. Voyez, M.F., com-ment cet heureux pénitent se comporte dans le temps même de son supplice ; voyez-vous comment il ouvre les yeux de l'âme pour reconnaître son libérateur ? Mais aussi, M.F., quel progrès ne fait-il pas, pendant les trois heures qu'il se trouve en la compagnie de son Sauveur mourant ? Il est attaché à la croix, il ne lui reste plus que son cœur et sa langue de libre, voyez avec quel empressement il offre à Jésus-Christ l'un et l'autre : il lui donne tout ce qu'il peut lui donner, il lui consacre son cœur par la foi et par l'espérance, il lui demande humblement une place en paradis, c'est-à-dire, dans son royaume éternel. Il lui consacre sa langue en publiant son innocence et sa sainteté. Il dit à son compagnon de supplice : « Il est juste que nous souffrions ; mais, pour lui, il est innocent . » Dans le temps que les autres ne s'occupent qu'à outrager Jésus-Christ par les blas-phèmes les plus horribles, il devient son panégyriste ; pendant que ses disciples même l'abandonnent, il prend son parti ; et sa charité est si grande, qu'il fait tous ses efforts pour porter l'autre à se convertir. Non, M.F., ne soyons nullement étonnés si nous découvrons tant de vertu dans ce bon larron, parce qu'il n'y a rien de si capable de nous toucher que la vue de Jésus-Christ mourant ; il n'y a point de moment où la grâce nous soit donnée avec tant d'abondance, et cependant nous en sommes témoins tous les jours. Hélas ! M.F., si, dans ce moment heureux de la Consécration, nous avions le bonheur d'être animés d'une foi vive, une seule Messe suffirait pour nous arracher de quelques mauvais vices où nous serions, et pour faire de nous de vrais pénitents, c'est-à-dire, de parfaits chrétiens.
Pourquoi est-ce donc, me direz-vous, que nous assis-tons à tant de messes et que nous sommes toujours les mêmes ? Hélas ! M.F., c'est que nous y sommes pré-sents de corps et que notre esprit n'y est nullement, et que nous y venons plutôt achever notre réprobation par les mauvaises dispositions avec lesquelles nous y assis-tons. Hélas ! que de messes mal entendues, qui, bien loin d'assurer notre salut, nous endurcissent davantage ! Jésus-Christ étant apparu à sainte Mechtilde, lui dit : -« Sache, ma fille, que les saints assisteront à la mort de tous ceux qui auront entendu dévotement la sainte Messe, pour les aider à bien mourir, pour les défendre contre les tentations du démon et pour présenter leurs âmes à mon Père. » Quel bonheur pour nous, M.F., d'être assistés, dans ce moment redoutable, par autant de saints que nous aurons entendu de saintes Messes !...
Non, M.F., ne craignons jamais que la sainte Messe nous retarde dans nos affaires temporelles ; c'est bien tout le contraire : nous sommes sûrs que tout ira mieux, et que même nos affaires nous réussiront mieux que si nous avons le malheur de ne pas y assister. En voici un exemple admirable. Il est rapporté de deux artisans, qui étaient du même métier et qui demeu-raient dans un même bourg, que l'un d'eux, étant chargé d'une grande quantité d'enfants, ne manquait jamais d'entendre tous les jours la sainte Messe et vivait très commodément dans son métier ; mais l'autre, au contraire, qui n'avait point d'enfants, travaillait une partie de la nuit et tout le jour, et souvent le saint jour de dimanche, encore avait-il toutes les peines du monde à vivre. Celui-ci, qui voyait les affaires de l'autre si bien lui réussir, lui demanda, un jour qu'il le rencontra, où il pouvait prendre de quoi entretenir si bien une famille si grande que la sienne ; tandis que lui, qui n'avait que lui et sa femme, et qui travaillait sans cesse, était sou-vent dépourvu de toutes choses. L'autre lui répondit que, s'il voulait, il lui montrerait le lendemain, d'où il tenait tout son profit. L'autre, bien content d'une si bonne nouvelle, ne voyait que l'heure d'arriver au lendemain, qui lui devait apprendre à faire sa fortune. En effet, l'autre ne manqua pas d'aller le prendre. Le voilà qui part de bon cœur et le suit avec bien de la fidélité. L'autre le conduisit jusqu'à l'église, où ils entendirent la sainte Messe. Après qu'ils furent retour-nés : « Mon ami, lui dit celui qui était bien à son aise, retournez à votre travail. » Il en fit autant le lendemain ; mais, l'étant allé prendre une troisième fois pour la même chose : « Comment, lui dit l'autre ? Si je veux aller à la Messe, je sais le chemin sans que vous preniez la peine de venir me chercher ; ce n'est pas ce que je voulais savoir ; mais le lieu où vous trouvez tout ce bien qui vous fait vivre si bien à votre aise ; je voulais voir si, faisant comme vous, je pourrais y trouver mon compte. - Mon ami, lui répondit l'autre, je ne sais point d'autre lieu que celui de l'église, et pas d'autre moyen que d'entendre tous les jours la sainte Messe ; et pour moi, je vous assure que je n'ai point employé d'autres moyens pour avoir tout le bien qui vous étonne. Mais, n'avez-vous pas vu ce que Jésus-Christ nous dit dans l'Évangile, de chercher première-ment le royaume des cieux, et que tout le reste nous sera donné. » Ces paroles firent comprendre à cet homme le dessein de l'autre en le menant à la sainte Messe. « Eh bien ! lui dit-il, vous avez raison : celui qui ne compte que sur son travail est un aveugle, et je vois que jamais la sainte Messe n'appauvrira personne. Vous en êtes une preuve bien grande. Je veux faire comme vous, et j'espère que le bon Dieu me bénira. »
En effet, le lendemain, il commença et continua toute sa vie ; et, en peu de temps, il fut fort à son aise. Quand on lui demandait d'où venait que, maintenant, il ne travaillait plus les dimanches ni la nuit, comme autrefois ; qu'il allait tous les jours à la Messe et qu'il devenait plus riche ; il disait : « J'ai suivi le conseil de mon voisin ; allez le trouver et il vous apprendra à être bien sans travailler davantage, mais en entendant la Messe tous les jours. »
Cela vous étonne peut-être, M.F. ? pas moi. C'est ce que nous voyons tous les jours dans les maisons où il y a de la piété : ceux qui viennent souvent à la sainte Messe, font beaucoup mieux leurs affaires que ceux auxquels leur peu de foi fait croire qu'ils n'ont jamais le temps. Hélas ! si nous avions mis toute notre con-fiance en Dieu, et ne comptions rien sur notre travail, que nous serions plus heureux que nous ne sommes ! - Mais, me direz-vous, si nous n'avons rien, l'on ne nous donne rien. - Que voulez-vous que le bon Dieu vous donne, quand vous ne comptez que sur votre travail et pour rien sur lui ? Puisque vous ne vous donnez pas seulement le temps de faire vos prières le matin ni le soir, et que vous vous contentez de venir une fois la semaine à la sainte Messe. Hélas ! vous ne connaissez pas les ressources de la providence du bon Dieu pour celui qui se confie en lui. En voulez-vous une preuve bien frappante ? elle est devant vos yeux ; jetez les yeux sur votre pasteur et examinez cela devant le bon Dieu. - Oh ! me direz-vous, c'est parce que l'on vous donne. - Mais qui me donne, sinon la providence du bon Dieu ? voilà où sont mes trésors, et pas ailleurs. Hélas ! que l'homme est aveugle de tant se tourmenter pour se damner et être bien malheureux en ce monde ! Si vous aviez le bonheur de bien penser à votre salut et d'assister à la sainte Messe, autant que vous le pouvez, vous verriez bientôt la preuve de ce que je vous dis.
Non, M.F., point de moment plus précieux pour demander à Dieu notre conversion, que celui de la sainte Messe ; vous allez le voir. Un saint ermite nommé Paul, vit un jeune homme fort bien habillé qui entrait dans une église, une quantité de démons l'ac-compagnaient ; mais après la sainte Messe, il vit sortir le jeune homme accompagné d'une troupe d'anges qui marchaient à ses côtés. « O mon Dieu, s'écria le saint, qu'il faut que la sainte Messe vous soit agréable ! » Le saint concile de Trente nous dit que la sainte Messe apaise la colère de Dieu, convertit le pécheur, réjouit le ciel, soulage les âmes du purgatoire, rend gloire au bon Dieu et attire toutes sortes de bénédictions sur la terre . Oh ! M.F., si nous pouvions bien comprendre ce que c'est que le saint sacrifice de la sainte Messe, avec quel respect n'y serions-nous pas ?...
Le saint abbé Nilus nous rapporte que son maître saint Jean Chrysostome lui avait dit un jour, en confi-dence, qu'il voyait, pendant la sainte Messe, une troupe d'anges qui descendaient du ciel pour adorer Jésus-Christ sur l'autel, et que plusieurs allaient dans l'église pour inspirer aux fidèles le respect et l'amour qu'ils doivent avoir pour Jésus-Christ présent sur l'autel. Moment précieux, moment heureux pour nous, M.F., que celui où Jésus-Christ est présent sur nos autels ! Hélas ! si les pères et mères le comprenaient bien et qu'ils sussent en profiter, leurs enfants ne seraient pas si misérables, si éloignés du chemin du ciel. Mon Dieu, que de gens pauvres auprès d'un si grand trésor !
3° Nous avons dit que le centenier nous servirait d'exemple quand nous avons le bonheur de communier, ou spirituellement ou corporellement. Je dis que nous devons communier spirituellement par un grand désir de nous unir à Jésus-Christ . L'exemple de ce cente-nier est si admirable, qu'il semble que l'Église prenne plaisir à nous le remettre devant les yeux, chaque jour, à la sainte Messe. « Seigneur, lui dit cet humble servi-teur, je ne suis pas digne que vous veniez dans ma mai-son, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri . » Ah ! si le bon Dieu voyait en nous cette même humilité, cette même connaissance de notre néant, avec quel plaisir et avec quelle abondance de grâces ne viendrait-il pas dans notre cœur ? Que de force et de courage pour vaincre l'ennemi de notre salut ! Voulons-nous, M.F., obtenir notre changement de vie : c'est-à-dire, quitter le péché pour revenir au bon Dieu ? Entendons quelques messes à cette intention, et nous sommes sûrs, si nous les entendons dévotement, que le bon Dieu nous aidera à sortir du péché ; en voici un exemple. Il est rapporté dans l'histoire qu'une jeune fille, pendant plusieurs années, menait une vie bien misérable avec un jeune homme. Tout, par une fois, elle se sentit frappée de frayeur, en considérant l'état où pouvait être sa pauvre âme, en menant la vie qu'elle menait. De suite, après la sainte Messe, elle va trouver un prêtre pour le prier de l'aider à sortir du péché. Le prêtre, qui connaissait sa vie, lui demanda ce qui l'avait portée à un tel changement. « Mon père, lui dit-elle, pendant la sainte Messe, que ma mère, avant de mou-rir, me fit promettre d'entendre tous les samedis, j'ai conçu une si grande horreur de mon état, que je ne puis plus y tenir. » - « O mon Dieu ! s'écrie le saint prêtre, voilà une âme sauvée par le mérite de la sainte Messe ! »
Ah ! M.F., que d'âmes sortiraient du péché, si elles avaient le bonheur d'entendre la sainte Messe avec de bonnes dispositions ! Ne soyons pas étonnés si le démon nous met dans la tête tant de pensées étrangères. Hélas c'est qu'il prévoit, bien mieux que vous, la perte que vous faites, en y assistant avec si peu de respect et de dévotion. Ah ! M.F., combien la sainte Messe nous pré-serve d'accidents et de morts subites ! Combien de personnes que, pour une sainte Messe qu'elles auront entendue, le bon Dieu garantira du malheur ! Saint Antonin nous en rapporte un bel exemple. Il nous dit qu'un jour de fête, il y avait deux jeunes gens qui étaient allés faire une partie de chasse : l'un avait entendu la sainte Messe, mais pas l'autre. Étant en che-min, le temps devint noir ; ils entendaient les tonnerres les plus épouvantables, et ils voyaient des éclairs si mul-tipliés, qu'il leur semblait que le ciel fût en feu. Mais ce qui les effrayait encore plus, c'est que, parmi toutes ces foudres, ils entendaient à chaque instant une voix qui semblait être en l'air et qui criait : « Frappez ces mal-heureux, frappez-les ! » Mais le temps s'étant un peu calmé, ils commencèrent à se rassurer. Continuant leur chemin, tout à coup il vint un coup de tonnerre qui moulut celui qui n'avait pas entendu la sainte Messe. L'autre fut saisi d'une si grande frayeur, qu'il ne savait s'il devait aller plus loin ou tomber par terre. Comme il était dans cette frayeur, il entendit la voix qui criait : « Frappez, frappez le malheureux ! » ce qui redoublait d'autant plus sa frayeur, qu'il venait de voir écraser à ses pieds son compagnon. « Frappez, frappez encore celui-ci ! » Se croyant perdu, il entendit une autre voix qui dit : « Non, ne le frappez pas, il a entendu la sainte Messe ce matin. » De sorte que ce fut la sainte Messe qu'il avait entendue avant de partir, qui le préserva d'une mort si épouvantable. Voyez-vous M.F., com-bien le bon Dieu nous accorde de grâces et nous pré-serve de malheurs, quand nous avons le bonheur d'en-tendre la sainte Messe comme il faut ? Hélas ! à quels châtiments doivent s'attendre ceux qui ne font point difficulté d'y manquer le dimanche ! D'abord ce qu'il y a de visible, c'est qu'ils périssent presque tous misérable-ment ; leurs biens vont en décadence, la foi abandonne leur cœur, et, par là, ils sont doublement malheureux Mon Dieu ! que l'homme est aveugle sous tous les rap-ports, pour l'âme et pour le corps !

III. - La plupart des gens du monde n'entendent la sainte Messe qu'en pharisiens, en mauvais larron, en Judas. Nous avons dit que la sainte Messe est le sou-venir de la mort de Jésus-Christ sur le Calvaire ; c'est pourquoi Jésus-Christ veut que toutes les fois que nous célébrons le saint sacrifice de la Messe, nous le fassions en mémoire de lui. Cependant, nous pouvons dire en gémissant que, pendant que nous renouvelons le sou-venir des souffrances de Jésus-Christ, plusieurs des assistants renouvellent le crime des Juifs et des bour-reaux qui l'attachèrent à la croix. Mais, pour mieux vous faire connaître si vous avez le malheur d'être du nombre de ceux qui déshonorent de la sorte nos saints mystères, je vais vous faire remarquer, M.F., que parmi ceux qui furent témoins de la mort de Jésus-Christ sur la croix, il y en avait de trois sortes : les uns ne faisaient que passer devant la croix, sans s'arrêter et sans entrer dans les sentiments d'une véritable douleur, plus insen-sibles que les créatures les plus inanimées. D'autres s'approchaient du lieu du supplice et considéraient toutes les circonstances de la passion de Jésus-Christ ; mais ce n'était que pour s'en moquer, en faire un sujet de raillerie et l'outrager par les blasphèmes les plus horribles. Enfin, un petit nombre versait des larmes amères de voir exercer tant de cruautés sur le corps de leur Dieu et de leur Sauveur. Voyez à présent du nombre desquels vous êtes. Je ne parlerai pas de ceux qui courent entendre une Messe à la hâte dans une paroisse où ils ont quelque affaire, ni de ceux qui n'y viennent que la moitié du temps ; qui, pendant ce temps, vont trouver un voisin pour boire une bouteille ; laissons--les de côté, parce que ce sont des personnes qui vivent comme si elles étaient sûres de n'avoir point d'âme à sauver ; elles ont perdu la foi, et, par là, tout est perdu. Mais parlons seulement de ceux qui y viennent ordinai-rement.
Je dis 1° que plusieurs n'y viennent que pour voir et être vus, avec un air tout dissipé, comme vous iriez dans un marché, dans une foire et, si j'ose le dire, dans un bal. Vous vous y tenez sans modestie. : à peine mettez-vous les deux genoux par terre pendant l'Élé-vation ou la Communion. Y priez-vous, M.F.... ? Hélas ! non ; c'est que la foi vous manque. Dites-moi, quand vous allez chez quelques personnes qui sont au-dessus de vous, pour leur demander quelque grâce, vous en êtes occupés tout le long du chemin ; vous entrez avec modestie, vous leur faites un profond salut, vous vous tenez découverts devant elles, vous ne pensez pas même à vous asseoir ; vous avez les yeux baissés, vous ne pensez qu'à la manière de bien vous exprimer et dans les termes les plus hauts. Si vous leur manquez, vous vous excusez vite sur votre peu d'éducation... Si ces personnes vous reçoivent avec bonté, vous sentez la joie naître dans votre cœur. Eh bien ! dites-moi, M.F., cela ne doit-il pas vous confondre, voyant que vous prenez tant de précaution pour quelque bien tem-porel ? tandis que vous venez à l'église avec une espèce de dédain, de mépris, devant un Dieu qui est mort pour nous sauver, et qui répand chaque jour son sang pour vous obtenir grâce auprès de son Père. Quel affront, M.F., n'est-ce pas pour Jésus-Christ, de se voir insulté par de viles créatures ? Hélas ! combien qui, pen-dant la sainte messe, commettent plus de péchés que pendant toute la semaine. Les uns ne pensent pas seu-lement au bon Dieu, d'autres parlent, tandis que leur cœur et leur esprit se noient les uns, dans l'orgueil ou le désir de plaire, les autres, dans l'impureté. O grand Dieu ! se peut-il qu'ils osent nommer Jésus-Christ, qui, auprès d'eux, est si saint et si pur !... Combien d'autres laissent entrer et sortir toutes les pensées et les désirs que le démon veut bien leur donner. Combien ne font point de difficulté de regarder, de tourner la tête, de rire et de causer, de dormir comme dans leur lit, et peut-être, encore bien mieux. Hélas ! que de chrétiens qui sortent de l'église avec peut-être plus de trente et cinquante péchés mortels de plus que quand ils y sont entrés !
Mais, me direz-vous, il vaut bien mieux ne pas y assister. - Savez-vous ce qu'il faut faire ?... Y assister et y assister bien comme il faut, en faisant trois sacri-fices à Dieu, je veux dire : celui de votre corps, de votre esprit et de votre cœur. Je dis : notre corps, qui doit honorer Jésus-Christ par une modestie religieuse. Notre esprit ; en entendant la sainte Messe, doit se pénétrer de notre néant et de notre indignité ; évitant toutes sortes de dissipations, repoussant loin de lui les distractions. Nous lui devons consacrer notre cœur, qui est l'offrande qui lui est la plus agréable, puisque c'est notre cœur qu'il nous demande avec tant d'instance : « Mon fils, nous dit-il, donne-moi ton cœur . »
Concluons, M.F., en disant combien nous sommes malheureux lorsque nous entendons mal la sainte Messe, puisque nous trouvons notre réprobation là où les autres trouvent leur salut. Fasse le ciel, que toutes les fois que nous pourrons, nous assistions à la sainte Messe, puisque les grâces y sont si abondantes ; et que nous y apportions toujours d'aussi bonnes dispositions que nous pourrons ! et que, par là, nous attirions sur nous toutes sortes de bénédictions en ce monde et en l'autre !... C'est ce que je vous souhaite.
3ème dimanche après la Pentecôte
(PREMIER SERMON)
Sur la miséricorde de Dieu

Erant autem appropinquantes ei publicani et pecca-tores, ut audirent illum.
Les publicains et les pécheurs se tenaient auprès de Jésus-Christ pour l'écouter.
(S. Luc., XV, 1.)

La conduite que Jésus-Christ tenait pendant sa vie mortelle, nous montre la grandeur de sa miséricorde pour les pécheurs. Nous voyons qu'ils viennent tous lui tenir compagnie ; et lui, bien loin de les rebuter ou du moins de s'éloigner d'eux, au contraire, il prend tous les moyens possibles pour se trouver parmi eux, afin de les attirer à son Père. Il les va chercher par les remords de conscience, il les ramène par sa grâce et les gagne par ses manières amoureuses. Il les traite avec tant de bonté, qu'il prend même leur défense contre les scribes et les pharisiens qui veulent les blâmer, et qui semblent ne pas vouloir les souffrir auprès de Jésus-Christ. Il va encore plus loin, il veut se justifier de la conduite qu'il tient à leur égard, par une parabole qui leur dépeint, comme l'on ne peut pas mieux, la grandeur de son amour pour les pécheurs, en leur disant : « Un bon pas-teur qui avait cent brebis, en ayant perdu une, laisse toutes les autres pour courir après celle qui s'est égarée, et, l'ayant retrouvée, il la met sur ses épaules pour lui éviter la peine du chemin ; puis, l'ayant rapportée à son bercail, il invite tous ses amis à se réjouir avec lui, d'avoir retrouvé la brebis qu'il croyait perdue. » Il ajoute encore cette parabole d'une femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, allume sa lampe pour la chercher dans tous les coins de sa maison, et l'ayant retrouvée, elle invite toutes ses amies pour s'en réjouir. « C'est ainsi, leur dit-il, que tout le ciel se réjouit du retour d'un pécheur qui se convertit et qui fait pénitence. Je ne suis pas venu pour les jus-tes, mais pour les pécheurs ; ceux qui sont en santé n'ont pas besoin de médecin, mais ceux qui sont malades. » Nous voyons que Jésus-Christ s'applique à lui-même ces vives images de la grandeur de sa misé-ricorde envers les pécheurs. Ah ! M.F., quel bonheur pour nous de savoir que la miséricorde de Dieu est infinie ! Quel violent désir ne devons-nous pas sentir naître en nous, d'aller nous jeter aux pieds d'un Dieu qui nous recevra avec tant de joie ! Non, M.F., si nous nous damnons, nous n'aurons point d'excuses, quand Jésus-Christ nous montrera lui-même que sa miséri-corde a toujours été assez grande pour nous pardonner comme que nous soyons coupables. Et pour vous en don-ner une idée, je vais aujourd'hui vous montrer : 1° la grandeur de la miséricorde de Dieu envers le pécheur ; 2° ce que nous devons faire, de notre côté, pour mériter le bonheur de l'obtenir.

I. - Oui, M.F., tout est consolant, tout est engageant dans la conduite que Dieu tient à notre égard. Quoique bien coupables, sa patience nous attend, son amour nous invite à sortir du péché pour revenir à lui, sa miséricorde nous reçoit entre ses bras. Par la patience, le prophète Isaïe nous dit que le Seigneur nous attend pour nous faire miséricorde. Nous n'avons pas plus tôt péché que nous méritons d'être punis : « Rien, nous dit-il, n'est plus dû au péché que la punition ; dès que l'homme s'est révolté contre Dieu, toutes les créatures deman-dent vengeance, en disant : Seigneur, voulez-vous que nous allions faire périr ce pécheur qui vous a outragé ? Voulez-vous, lui dit la mer, que je l'engloutisse dans mes abîmes ? La terre lui dit : Seigneur, que j'ouvre mes entrailles pour le faire descendre tout vivant dans les enfers. L'air lui dit : Seigneur, souffrirez-vous que je le suffoque ? Le feu lui dit : Ah ! de grâce, laissez-moi le brûler. Et ainsi, toutes les autres créatures deman-dent vengeance à grands cris. Le tonnerre et les éclairs vont jusqu'au trône de Jésus-Christ pour lui demander le pouvoir de l'écraser et de le dévorer. - Mais non, reprend ce bon Jésus, laissez-le sur la terre jusqu'au moment que mon Père a résolu ; peut-être que j'aurai le bonheur de le voir converti. « Si ce pécheur s'égare davantage, ce tendre Père en verse des larmes, et ne cesse de le poursuivre par sa grâce, en faisant naître en lui de violents remords de conscience. « O Dieu des miséricordes, s'écrie saint Augustin, encore pécheur je m'éloignais de vous toujours de plus en plus, mes pas et toutes mes démarches étaient comme autant de nou-velles chutes dans le mal, mes passions s'allumaient toujours davantage, et cependant, vous preniez patience et vous m'attendiez. O patience de mon Dieu ! il y a tant d'années que je vous offense, et vous ne m'avez pas encore puni : d'où peut venir ce long retard ? Hélas ! Seigneur, c'est que vous vouliez que je me convertisse, et que je retournasse à vous par la pénitence. »
Est-il bien possible, M.F., que, malgré le désir que le bon Dieu a de nous sauver, nous nous perdions si volontairement ? Oui, M.F., si nous voulons parcourir les différents âges du monde, nous voyons partout la terre couverte des miséricordes du Seigneur, et les hommes enveloppés de ses bienfaits. Non, M.F., ce -n'est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c'est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui. En voulez-vous un bel exemple ? Voyez comment il s'est comporté avec Adam. Après son péché, au lieu de le punir, comme il le méritait, pour cette révolte contre son Créateur, qui lui avait accordé tant de privilèges, qui l'avait orné de tant de grâces, destiné à une fin si heureuse, qui était d'être son ami et de ne jamais mourir... Adam, après son péché, s'enfuit de la présence de Dieu ; mais le Sei-gneur, comme un père désolé qui a perdu son enfant, court le chercher et l'appelle comme en pleurant : « Adam, Adam, où es-tu ? Pourquoi fuis-tu la présence de ton Créateur ? » Il a tant le désir de le pardonner, qu'à peine il lui donne le temps de demander pardon ; déjà il lui annonce qu'il le pardonne, et qu'il lui enverra son Fils, qui naîtra d'une Vierge, et réparera la perte que le péché lui a faite à lui et à tous ses des-cendants, et que cette réparation se ferait d'une manière admirable. En effet, M.F., sans le péché d'Adam, nous n'aurions jamais eu le bonheur d'avoir Jésus-Christ pour Sauveur, ni de le recevoir dans la sainte communion, ni même de le posséder dans nos églises. Pendant tant de siècles que le Père éternel demeura sans envoyer son Fils sur la terre, il ne cessa de renouveler ces conso-lantes promesses, par la bouche de ses patriarches et de ses prophètes. O charité, que vous êtes grande pour les pécheurs ! Voyez-vous, M.F., la bonté de Dieu pour le pécheur ? Pourrons-nous encore désespérer de notre pardon ?
Puisque le Seigneur témoigne tant le désir de nous pardonner ; si nous restons dans le péché, c'est donc bien notre faute. Voyez la manière dont il se conduisit envers Caïn, après qu'il eut tué son frère ? Il va le trouver pour le faire rentrer en lui-même, afin de pouvoir le pardonner ; parce qu'il faut nécessairement lui demander pardon si nous voulons qu'il nous le donne... Ah ! mon Dieu, est-ce trop ? « Caïn, Caïn, qu'as-tu fait ? Demande-moi pardon pour que je puisse te pardonner. » Caïn ne veut pas, il désespère de son salut, il s'endurcit dans son péché. Cependant nous voyons que le bon Dieu le laissa longtemps sur la terre, afin de lui donner le temps de se convertir, s'il l'avait voulu. Voyez encore sa miséricorde envers le monde, lorsque les crimes des hommes eurent couvert la terre et l'eurent imbibée du jus des infâmes passions : le Seigneur se voyait forcé de les punir ; mais, avant que d'en venir à l'exécution, que de précautions, que d'avertissements, que de retards ! Il les menace bien longtemps avant que de les punir, afin de les toucher, et de les faire rentrer en eux-mêmes. Voyant que leurs crimes allaient toujours en augmentant, il leur envoya Noé, à qui il commanda de bâtir une arche, et d'y mettre cent ans, et de dire à tous ceux qui demanderaient pourquoi il faisait ce bâtiment, que c'était le Seigneur qui allait faire périr le monde entier par un déluge universel ; mais que, s'ils voulaient se convertir et faire pénitence, il changerait son arrêt. Mais enfin, voyant que tous ces avertissements ne ser-vaient de rien, qu'on se moquait de ses menaces, il fut forcé de les punir. Cependant, nous voyons que le Seigneur dit qu'il se repentait de les avoir créés : ce qui nous montre la grandeur de sa miséricorde. C'est comme s'il avait dit : J'aimerais mieux ne pas vous avoir créés que de me voir forcé de vous punir ? Dites-moi, M.F., tout Dieu qu'il est, pouvait-il porter plus loin sa miséricorde ?
M.F., c'est ainsi qu'il attend les pécheurs à la péni-tence, et qu'il les y invite par les mouvements intérieurs de sa grâce et par la voix de ses ministres. Voyez encore comment il se comporte envers Ninive, cette grande ville pécheresse. Avant d'en punir les habitants, il com-mande à son prophète Jonas d'aller, de sa part, leur annoncer que, dans quarante jours, il allait les punir. Jonas, au lieu d'aller à Ninive, s'enfuit d'un autre côté.
Il veut traverser la mer ; mais, bien loin de laisser les Ninivites sans avertissement avant de les punir, Dieu fait un miracle pour conserver son prophète, pendant trois jours et trois nuits dans le sein d'une baleine, qui, au bout de trois jours, le vomit sur la terre. Alors le Sei-gneur dit à Jonas : « Va annoncer à la grande ville de Ninive, que dans quarante jours elle périra. » Il ne leur donne point de conditions. Le prophète étant parti, annonça à Ninive que, dans quarante jours elle allait périr. A cette nouvelle, tous se livrent à la pénitence et aux larmes, depuis le paysan jusqu'au roi. « Qui sait, leur dit le roi, si le Seigneur n'aura pas encore pitié de nous ? » Le Seigneur, les voyant recourir à la pénitence, semblait se réjouir d'avoir le plaisir de les pardonner. Jonas voyant le temps échu pour les punir, se retira hors de la ville, afin d'attendre que le feu du ciel tombât sur elle. Voyant qu'il ne tombait pas : « Ah ! Seigneur, s'écrie Jonas, est-ce que vous m'allez faire passer pour un faux prophète ? Faites-moi plutôt mourir. Ah ! je sais bien que vous êtes trop bon, vous ne demandez qu'à par-donner ! - Eh quoi ! Jonas, lui dit le Seigneur, tu voudrais que je fisse périr tant de personnes qui se sont humiliées devant moi ? Oh ! non, non, Jonas, je n'en n'aurais pas le courage ; au contraire, je les aimerai et les conserverai . »
Voilà précisément, M.F., la conduite que Jésus-Christ tient à notre égard ; il semble quelquefois vou-loir nous punir sans miséricorde ; au moindre repentir, il nous pardonne et nous rend son amitié. Voyez ce qu'il fit, lorsqu'il voulut faire descendre le feu du ciel sur Sodome, Gomorrhe et les villes voisines. Il sem-blait ne pas pouvoir s'y résoudre sans consulter son serviteur Abraham, comme pour savoir ce qu'il devait faire. « Abraham, lui dit le Seigneur, les crimes de Sodome et de Gomorrhe sont montés jusqu'à mon trône, je ne puis plus les souffrir ; je vais les faire périr par le feu du ciel. - Mais, Seigneur, lui dit Abraham, allez-vous punir les justes avec les pé-cheurs ? - Oh ! non, non, lui dit le Seigneur. - Eh bien ! lui dit Abraham, s'il y avait trente justes dans Sodome, la puniriez-vous, Seigneur ? - Non, dit-il, si j'en trouve trente, je pardonne à toute la ville en faveur des justes . » Il alla jusqu'à dix. Hélas ! chose étrange ! dans une si grande ville, il n'y eut pas dix justes. Vous voyez que le Seigneur semblait prendre plaisir à consulter son serviteur sur ce qu'il fallait faire. Se voyant forcé de les punir, il envoya vite un ange dire à Loth de sortir, lui et toute sa famille, afin de ne pas les punir avec les coupables . Ah ! mon Dieu, quelle patience ! que de retards avant d'en venir à l'exécution !
Voulez-vous savoir quel est le péché qui a forcé le Seigneur à faire tomber sur la terre tant de châtiments ? Hélas ! c'est ce maudit péché d'impureté dont la terre était toute couverte. Voulez-vous voir comment Dieu est long à punir ? Voyez ce qu'il fit pour punir Jéri-cho . Il ordonna à Josué de faire porter l'arche d'al-liance, qui était un instrument qui montrait la gran-deur de la miséricorde du Seigneur. Il voulut qu'elle fût portée par les prêtres, qui sont les dépositaires de ses miséricordes. Il ordonna de faire, pendant sept jours, le tour des murs de la ville, faisant sonner les mêmes trompettes dont on se servait pour annoncer l'année du jubilé, qui était une année de réconciliation et de par-don. Cependant, nous voyons que ces mêmes trom-pettes qui leur annonçaient leur pardon, firent tomber les murs de la ville, pour nous montrer que si nous ne voulons pas profiter des grâces que le bon Dieu veut bien nous accorder, nous n'en devenons que plus cou-pables ; mais que si nous avons le bonheur de nous convertir, il en éprouve une si grande joie qu'il nous dit qu'il vient plus promptement nous accorder notre pardon qu'une mère ne tire son enfant du feu.
Nous venons de voir, M.F., que, depuis le commen-cement du monde, jusqu'à la venue du Messie, ce n'est que miséricorde, que grâce et que bienfaits. Cependant nous pouvons dire que, sous la loi de grâce, les bienfaits dont il a comblé le monde sont encore bien plus abon-dants et bien plus précieux. Quelle miséricorde dans la personne du Père éternel, de n'avoir qu'un Fils et de consentir à lui faire perdre la vie pour nous sauver tous ! Hélas ! M.F., si nous parcourions toute la pas-sion de Jésus-Christ avec un cœur reconnaissant, que de larmes ne verserions-nous pas ! En voyant le tendre Jésus dans sa crèche, et le reste...

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 15:04
Saint-François d'Assise avec Al-Kamil, auteur inconnu

N'est-ce pas, ma sœur, que toutes ces ravissantes beautés dont les saints sont enivrés vous font envie ? - Ah ! me direz-vous, l'on porterait bien envie à un bonheur moins grand que celui-là. - Vous avez bien raison, je serais, je crois, comme vous ; mais ce qui me donne de l'inquiétude, c'est que je n'ai rien fait pour le mériter ; peut-être que vous êtes comme moi ? - Quoi qu'il faille faire, pensez-vous, je le ferais bien si je le savais ; que ne doit-on pas entreprendre pour se procurer tant de biens ? S'il était nécessaire de tout quitter et de tout sacrifier, même d'abandonner le monde, pour passer le reste de ses jours dans un monastère, je le ferais bien volontiers. - Voilà qui est très bien : ces pensées sont vraiment dignes d'une bonne chrétienne ; je ne croyais pas que votre courage fût si grand ; mais je vous dirai que Dieu n'en demande pas autant. - Eh bien ! pensez-vous, dites ce qu'il faut faire, et je le ferai très volontiers. - Je vais donc vous le dire et vous prier d'y bien faire réflexion. Ce serait de ne pas autant prendre soin de votre corps, le faire un peu plus souffrir ; ne pas tant craindre que cette beauté se perde ou se diminue ; n'être pas tout à fait si longue, le dimanche matin, à vous arranger, à vous considérer devant une glace de miroir, afin d'avoir plus de temps à donner au bon Dieu. Ce serait seulement d'avoir un peu plus de soumission à vos parents, en vous rappelant qu'après Dieu c'est à eux que vous devez là vie, et que vous devez leur obéir de bon cœur et non en murmurant. Ce serait aussi, au lieu de vous voir dans les plaisirs, dans les danses et les rendez-vous, de vous voir dans la maison du Sei-gneur, à le prier, à vous purifier de vos péchés et à nourrir votre âme du pain des anges. Ce serait aussi d'être un peu plus réservée dans vos paroles, un peu plus réservée dans les entretiens que vous avez avec les personnes d'un sexe différent. Voilà seulement ce que Dieu demande de vous ; si vous le faites, vous irez au ciel.
Et vous, mon frère, que pensez-vous de tout cela ? De quel côté portez-vous vos désirs ? - Ah ! dites-vous, j'aimerais bien mieux aller au ciel, puisque l'on y est si bien, que d'être jeté en enfer où l'on souffre tant et de toutes sortes de tourments ; mais c'est qu'il y a bien à faire pour y aller, c'est qu'il me manque du courage. Si un seul péché nous condamne, moi qui à chaque ins-tant, me mets en colère, je n'ose pas même entrepren-dre ! - Vous n'osez pas entreprendre ? Voulez-vous m'écouter un moment, et je vais vous montrer bien clairement que ce n'est pas si malaisé que vous le croyez bien ; et que vous aurez moins de peine à plaire à Dieu et à sauver votre âme, que vous en avez à vous procurer des plaisirs et à contenter le monde. Tournez seulement vos soins et vos peines que vous avez donnés au monde du côté du bon Dieu, et vous verrez qu'il n'en demande pas tant que le monde vous en demande. Vos plaisirs sont toujours mêlés de tristesses et d'amertumes, et de plus, suivis du repentir de les avoir goûtés. Combien de fois vous dites en revenant de passer une partie de la nuit dans un cabaret ou une danse : « Je suis fâché d'y avoir été ; si j'avais su tout ce qui s'y passe, je n'y aurais pas été. » Mais, au contraire, si vous aviez passé une partie de la nuit en prières, bien loin d'être fâché, vous sentiriez au dedans de vous-même une certaine joie, une douceur qui dévorerait votre cœur par ses traits d'amour. Plein de joie, vous diriez comme le saint roi David : « O mon Dieu ! qu'un jour passé dans votre temple est préférable à mille passés dans les assemblées du monde. » Les plaisirs que vous goûtez pour le monde vous dégoûtent ; presque chaque fois que vous vous y livrez, vous prenez des résolutions de n'y plus retourner ; souvent même vous vous livrez aux larmes, pres-que jusqu'à vous désespérer de ce que vous ne pouvez pas vous corriger ; vous maudissez les personnes qui ont commencé à vous déranger ; vous vous en plaignez à chaque instant ; vous enviez le bonheur de ceux qui passent tranquillement leurs jours dans la pratique de la vertu, dans un entier mépris des plaisirs du monde ; combien de fois même vos yeux laissent couler des larmes en voyant cette paix, cette joie qui brillent sur le front des bons chrétiens ; que sais-je ? vous portez envie jusqu'aux personnes qui ont le bon-heur d'habiter sous le même toit.
J'ai dit, mon ami, que quand vous avez passé les nuits dans les excès du vice, et de quelque autre liber-tinage que je n'ose nommer, vous ne trouvez après vous que trouble, qu'ennuis, que regrets et désespoir ; cependant vous avez fait tout ce que vous avez pu pour vous contenter, sans en pouvoir venir à bout. Eh bien ! mon ami, voyez combien il est plus doux de souffrir pour Dieu que pour le monde. Quand on a passé une nuit ou deux en prière, bien loin d'en être fâché, de s'en repentir, de porter envie à ceux qui passent ce temps dans le sommeil et la mollesse : au contraire, l'on pleure leur malheur et leur aveuglement ; l'on bénit mille fois le Seigneur de nous avoir inspiré la pensée de nous procurer tant de douceurs et de consolations ; bien loin de maudire les personnes qui nous ont fait embras-ser un tel genre de vie, nous ne pouvons les voir sans laisser couler des larmes de reconnaissance, tant nous nous trouvons heureux ; bien loin de prendre la résolu-tion de n'y plus retourner, nous nous sentons résolus d'en faire davantage, et nous portons une sainte envie à ceux qui ne sont occupés qu'à louer le bon Dieu. Si vous avez dépensé votre argent pour vos plaisirs, le lendemain, vous le pleurez ; mais un chrétien qui l'a donné pour conserver la vie à un pauvre homme qui ne pou-vait vivre, un chrétien qui a vêtu un malheureux qui était nu, bien loin de le regretter, au contraire, il cherche continuellement le moyen d'en faire davantage ; il est prêt, s'il le faut, à se refuser le nécessaire, à se dépouiller de tout, tant il a de joie de soulager Jésus--Christ dans la personne de ses pauvres. Mais, sans aller si loin, mon ami, il ne vous en coûterait pas plus, quand vous êtes à l'église, de vous y tenir avec respect et modestie que d'y rire et tourner la tête ; vous seriez aussi bien d'avoir vos deux genoux par terre que d'en tenir un en l'air ; lorsque vous entendez la parole de Dieu, vous serait-il plus pénible de l'écouter dans l'espé-rance d'en profiter, et de la mettre en pratique dès que vous le pourrez, que de sortir dehors pour vous amuser à causer de choses indifférentes, peut-être mauvaises ? Ne seriez-vous pas plus content si votre conscience ne vous reprochait rien, et si vous vous approchiez de temps en temps des sacrements, ce qui vous donnerait tant de force : pour supporter avec patience les misères de la vie ? Si vous en doutez, M.F., demandez à ceux qui ont fait leurs pâques, combien ils étaient contents pendant quelque temps : c'est-à-dire, tant qu'ils ont eu le bon-heur d'être les amis du bon Dieu.
Dites-moi, mon ami, vous serait-il aussi pénible que vos parents vous grondent, parce que vous avez trop resté à l'église, que s'ils vous reprochent d'avoir passé la nuit dans la débauche ? Non, non, mon ami, de quel-que côté, que vous considériez ce que vous faites pour le monde, il vous en coûte beaucoup plus que pour plaire à Dieu et sauver votre âme. Je ne vous parlerai pas de la différence qu'il y a, à l'heure de la mort, entre un chrétien qui a bien servi le bon Dieu, et les regrets et le désespoir de celui qui n'a suivi que ses plaisirs, qui n'a cherché qu'à contenter les désirs corrompus de son cœur ; car rien de si beau que de voir mourir un saint : Dieu lui-même se fait honneur d'y être présent, ainsi qu'il est rapporté dans la vie de plusieurs. Peut-on le comparer avec les horreurs qui se passent à celle du pécheur, où les démons le suivent de si près, et se dé-vorent les uns les autres, à celui qui aura la barbare sa-tisfaction de le traîner le premier dans les abîmes ? Mais non, laissons tout cela ; et considérons seulement la vie présente.
Concluons que si vous faisiez pour Dieu ce que vous faites pour le monde, vous seriez des saints. - Oh ! dites--vous en vous-mêmes, vous nous dites qu'il n'est pas difficile d'aller au ciel ; il me semble qu'il y a encore bien des sacrifices à faire. - Cela n'est pas douteux : il y a des sacrifices à faire, sinon ce serait faussement que Jésus-Christ nous aurait dit que la porte du ciel est étroite, qu'il faut faire des efforts pour y entrer, qu'il faut se renoncer soi-même, prendre sa croix et le suivre, qu'il y en a beaucoup qui ne seront pas du nombre des élus ; aussi nous promet-il le ciel comme une récom-pense que nous aurons méritée. Voyez ce qu'ont fait les saints pour se la procurer. Allez, M.F., dans ces antres du fond des déserts, entrez dans les monastères, par-courez ces rochers, et demandez à toutes ces troupes de saints : Pourquoi tant de larmes et de pénitences ? Montez sur les échafauds, et informez-vous de ce qu'ils préten-dent faire. Tous vous diront que c'est pour acheter le ciel. O mon Dieu ! que de larmes ces pauvres solitaires ont versées pendant tant d'années ! O mon Dieu ! que de pénitences et de rigueurs n'ont-ils pas exercées sur leur corps, tous ces illustres anachorètes ! Et moi, je ne vou-drais rien souffrir, moi qui ai la même espérance qu'eux, et le même juge qui doit m'examiner ? O mon Dieu ! que je suis lâche lorsqu'il s'agit de travailler pour le ciel ! Que vos saints vont me servir de condamnation, lorsqu'ils vont vous montrer tant de sacrifices qu'ils ont faits pour vous plaire ! Vous dites qu'il en coûte pour aller au ciel : dites-moi, mon ami, ne coûtait-il rien à saint Barthélemy de se laisser écorcher tout vif pour plaire à Dieu ? N'en coûtait-il rien à saint Vincent lors-qu'on l'étendit sur un chevalet et qu'on lui faisait brûler le corps avec des torches allumées, jusqu'à ce que ses entrailles tombèrent dans le feu ; lorsque ensuite on le conduisit en prison, et lui ayant fait un lit de morceaux de bouteilles de verre, on le coucha dessus ? Mon ami demandez à saint Hilarion ce qu'il fit pendant quatre--vingts ans dans son désert, à pleurer nuit et jour ? Allez, interrogez un saint Jérôme, ce grand savant : demandez--lui pourquoi il se frappait la poitrine avec des pierres, jusqu'à ce qu'il en fût tout meurtri. Allez dans les ro-chers trouver le grand saint Arsène, et demandez-lui pourquoi il a quitté les plaisirs du monde pour venir pleu-rer le reste de ses jours parmi les bêtes sauvages. Point d'autre réponse, mon ami : « Ah ! c'est pour gagner le beau ciel, encore l'avons-nous pour rien ; oh ! que ces pénitences sont peu de chose, si nous les comparons au bonheur qu'elles nous préparent ! » Non, M.F., les saints, il n'y a sorte de tourments qu'ils n'aient été prêts à endurer pour acheter ce beau ciel.
Nous lisons que du temps de l'empereur Néron, il fit aux chrétiens des cruautés si affreuses, que la seule pensée en fait frémir. Ne sachant de quelle manière ou-vrir sa persécution contre les chrétiens, il mit le feu dans la ville, afin de faire croire que c'étaient les chré-tiens qui l'avaient fait. Se voyant applaudi de tous ses sujets, il se livre à tout ce que sa fureur peut lui inspirer. Semblable à un tigre en fureur, qui ne respire que le carnage, les uns, il les faisait coudre dans des peaux de bêtes et les faisait jeter dans les champs pour les faire manger aux chiens ; aux autres, il faisait prendre une robe enduite de poix et de soufre, et les faisait pen-dre aux arbres des grands chemins pour servir de torches aux passants pendant la nuit ; lui-même en avait formé deux allées dans son jardin, et, la nuit, il y faisait mettre le feu pour avoir le barbare plaisir de conduire son char à la lueur de ce spectacle triste et déchirant. Sa fureur ne se trouvant pas encore assez satisfaite, il inventa un autre supplice, le voici : il fit faire des masses de cuivre comme des taureaux, les faisait rougir pendant plusieurs jours, et tous les chrétiens que l'on pouvait prendre, on les jetait dedans, où il les voyait impitoyablement brûler. Ce fut dans cette même persécution que saint Pierre fut mis à mort. Étant en prison avec saint Paul qui eut la tête tranchée, saint Pierre trouva le moyen de sortir de la prison. En chemin, Notre-Seigneur lui apparut et lui dit : « Pierre, je vais mourir une seconde fois à Rome », et il disparut. Saint Pierre connaissant par là qu'il ne devait pas fuir la mort, retourna dans sa prison, où il fut condamné à mourir en croix. Lorsqu'il entendit pro-noncer sa sentence : « O grâce ! ô bonheur ! de mourir de la mort de mon Dieu ! » Mais il demanda une grâce à ses bourreaux, c'est de lui permettre d'être crucifié la tête en bas : « parce que, disait-il, je ne mérite pas ce bonheur de mourir d'une manière semblable à mon Dieu. » Eh bien ! mon ami, n'en a-t-il rien coûté aux saints d'aller au ciel ? O beau ciel ! si vous nous coûtez tant qu'à tous ces bien-heureux, qui de nous ira ? Mais non, M.F., consolons--nous, Dieu n'en demande pas tant de nous.
Mais, pensez-vous, que faut-il donc faire pour y aller ? - Ah ! mon ami, ce qu'il faut faire, je le sais bien, moi. Avez-vous envie d'y aller ? - Oh ! sans doute, dites-vous, c'est bien là tout mon désir ; si je fais des prières, si je fais des pénitences, c'est bien pour mériter ce bonheur. - Eh bien ! écoutez-moi un instant, et vous allez le sa-voir. Ce qu'il faut faire ? c'est de ne pas manquer vos prières le matin ni le soir ; de ne pas travailler le dimanche ; de fréquenter les sacrements de temps en temps, de ne pas écouter le démon quand il vous tente, et vite, avoir recours au bon Dieu. - Mais pensez-vous, il y a bien des choses qu'on ferait ; mais, pour se confesser, cela n'est pas trop commode. - Cela n'est pas trop commode, mon ami ? vous aimez donc mieux rester entre les mains du démon que de le chasser pour rentrer dans le sein de votre Dieu, qui, tant de fois, vous a fait éprouver combien il est bon ? Vous ne regardez donc pas comme un moment des plus heureux, celui où vous avez le bonheur de recevoir votre Dieu ? O mon Dieu ! si l'on vous aimait, combien l'on soupirerait après cet heu-reux moment !...
Courage ! mon ami, ne vous découragez pas ; tout à l'heure vous allez être à la fin de vos peines ; regardez le ciel, cette demeure sainte et permanente ; ouvrez les yeux, et vous verrez votre Dieu qui vous tend la main pour vous attirer à lui. Oui, mon ami, dans quelques instants il vous fera comme l'on fit à Mardochée, pour publier la grandeur de vos victoires sur le monde et sur le démon. Le roi Assuérus, pour reconnaître les bienfaits de son général, voulut le faire monter sur son char de triomphe avec un héraut qui marchait devant lui, criant : « C'est ainsi que le roi récompense les ser-vices qu'on lui a rendus. » Mon ami, si dans ce moment, Dieu présentait à nos yeux un de ces bienheureux dans tout l'éclat de la gloire dont il est revêtu dans le ciel, qu'il nous montrât ces joies, ces douceurs, ces délices dont les saints sont inondés dans la céleste patrie, et qu'il nous criât à tous : « O hommes ! pourquoi n'aimez--vous pas votre Dieu ? Pourquoi ne travaillez-vous pas à mériter un si grand bien ? O homme ambitieux, qui avez collé votre cœur à la terre, que sont les honneurs de ce monde frivole et périssable, en comparaison des honneurs et de la gloire que Dieu nous prépare dans son royaume ? O hommes avares, qui désirez ces richesses périssables, que vous êtes aveugles de ne pas travailler à en mériter qui ne finiront jamais ! L'avare cherche le bonheur dans ses biens, l'ivrogne dans son vin, l'or-gueilleux dans ses honneurs, et l'impudique dans les plaisirs de la chair. Ah ! non, non, mon ami, vous vous trompez, levez les yeux de votre âme vers le ciel, por-tez vos regards vers ce beau ciel et vous trouverez votre bonheur parfait, foulez et méprisez la terre et vous trouverez le ciel ! Mon frère, pourquoi te plonges-tu dans ces vices honteux ? Regarde ces torrents de délices que Jésus-Christ te prépare dans la céleste patrie ! ah ! soupire après cet heureux moment !... »
Oui, M.F., tout nous le prêche, tout nous sollicite à ne pas perdre ce trésor. Les saints qui sont dans ce beau séjour nous crient du haut de ces trônes de gloire : « Oh ! si vous pouviez bien comprendre le bonheur dont nous jouissons, pour quelques moments que nous avons combattu. » Mais les damnés nous le disent d'une manière bien plus touchante : « O vous qui êtes encore sur la terre, oh ! que vous êtes heureux de pouvoir gagner le ciel que nous avons perdu ! Oh ! si nous étions à votre place, que nous serions plus sages que nous n'avons été ; nous avons perdu notre Dieu et nous l'avons perdu pour toujours ! O malheur incom-préhensible !... ô malheur irréparable !... beau ciel, nous ne te verrons jamais !... » Oh ! M.F., qui de nous ne soupire pas après un si grand bonheur ?

Pour le jour de
la Fête-Dieu.

Incola ego sum in terra.
Je suis comme un étranger sur la terre.
(PS. CXVIII, !9.)

Ces paroles, M.F., nous montrent toutes les misères de la vie, le mépris que nous devons faire des choses créées et périssables, et le désir que nous devons res-sentir d'en sortir pour aller dans notre véritable patrie, puisque ce monde n'est pas la nôtre.
Cependant, M.F., consolons-nous dans notre exil ; nous y avons un Dieu, un ami, un consolateur et un rédempteur, qui peut adoucir nos peines, qui, de ce lieu de misères, nous fait envisager de grands biens ; ce qui doit nous porter à nous écrier, comme l'Épouse des Cantiques : « Avez-vous vu mon bien-aimé ? et si vous l'avez vu, ah ! dites-lui bien que je ne fais plus que lan-guir . » « Ah ! jusques à quand, Seigneur, s'écrie le saint Roi-Prophète dans ses transports d'amour et de ravissement, ah ! jusques à quand prolongerez-vous mon exil séparé de vous ? » Oui, M.F., plus heureux que ces saints de l'Ancien Testament, non seulement nous possédons Dieu par la grandeur de son immensité, qui se trouve partout ; mais encore nous l'avons tel qu'il fut pendant neuf mois dans le sein de Marie, tel que sur la croix. Encore plus heureux que les premiers chré-tiens, qui faisaient cinquante ou soixante lieues pour avoir le bonheur de le voir, oui, M.F., chaque paroisse le possède, chaque paroisse peut jouir autant qu'elle le veut, de sa douce compagnie. O nation heureuse !
Quel est mon dessein ? le voici. C'est de vous montrer combien Dieu est bon dans l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie, et les grands avantages que nous en pouvons tirer.

I. - Je dis que ce qui fait le bonheur d'un bon chré-tien, fait le malheur d'un pécheur. En voulez-vous la preuve ? la voici. Oui, M.F., pour un pécheur, qui ne veut pas sortir du péché, la présence de Dieu devient son supplice : il voudrait pouvoir effacer la pensée que Dieu le voit et le jugera ; il se cache, il fuit la lumière du soleil, il s'enfonce dans les ténèbres, il a en horreur tout ce qui peut lui en donner la pensée ; un ministre de Dieu lui fait ombrage, il le hait, il le fuit ; chaque fois qu'il pense qu'il a une âme immortelle, qu'un Dieu la récompensera ou la punira pendant une éternité, selon ce qu'elle aura fait : tout cela lui est un bourreau qui le dévore sans cesse. Ah ! triste existence, que celle d'un pécheur qui vit dans son péché ! En vain, mon ami, vou-dras-tu te cacher de la présence de Dieu, tu ne le pour-ras jamais ! « Adam, Adam, où es-tu ? » - « Ah ! Seigneur, s'écrie-t-il, j'ai péché, et j'ai craint votre présence . » Adam, tout tremblant, court se cacher, et c'est précisé-ment dans le moment où il croyait que Dieu ne le voyait pas, que sa voix se fait entendre : « Adam, tu me trouveras partout ; tu as péché, et j'ai été témoin de ton crime ; et mes yeux étaient arrêtés sur toi. » « Caïn, Caïn, où est ton frère ? » Caïn, entendant la voix du Sei-gneur, fuit comme un désespéré. Mais Dieu le poursuit l'épée aux reins : « Caïn, le sang de ton frère crie ven-geance . » Oh ! qu'il est donc bien vrai qu'un pécheur est dans une frayeur et un désespoir continuels. Pécheur, qu'as-tu fait ? Dieu te punira. - Non, non, s'écrie-t-il, Dieu ne m'a pas vu, « il n'y a point de Dieu ». - Ah ! mal-heureux, Dieu te voit et te punira. De là, je conclus qu'un pécheur a beau vouloir se rassurer, effacer ses péchés, fuir la présence de Dieu et se procurer tout ce que son cœur peut désirer, il ne sera que malheureux ; partout il traînera ses chaînes et son enfer. Ah ! triste existence ! Non, M.F., n'allons pas plus loin, cette pensée est trop désespérante, ce langage ne nous convient nullement aujourd'hui ; laissons ces pauvres malheureux dans les ténèbres, puisqu'ils veulent bien y rester ; laissons-les se damner, puisqu'ils ne veulent pas se sauver.
« Venez, mes enfants, disait le saint roi David, venez, j'ai de grandes choses à vous annoncer ; venez, et je vous dirai combien le Seigneur est bon pour ceux qui l'ai-ment. Il a préparé à ses enfants une nourriture céleste qui porte des fruits pour la vie. Partout nous le trouve-rons, notre Dieu ; si nous allons dans le ciel, il y sera ; si nous passons les mers, nous le verrons à côté de nous ; si nous nous enfonçons dans le chaos de la mer, il nous accompagnera . » Non, non, notre Dieu ne nous perd pas plus de vue qu'une mère ne perd de vue son enfant qui commence à remuer le pied. « Abraham, dit le Seigneur, marche en ma présence, et tu la trouveras partout. » - « Mon Dieu ! s'écrie Moïse, montrez-moi, s'il vous plaît, votre face ; j'aurai tout ce que je peux désirer . » Ah ! qu'un chrétien est consolé, par cette heureuse pensée, qu'un Dieu le voit, est témoin de ses peines et de ses combats, qu'un Dieu est à ses côtés. Ah ! disons mieux, M.F., un Dieu le presse tendrement contre son sein ! Ah ! nation des chrétiens, que tu es heureuse de jouir de tant d'avantages que tant d'autres nations n'ont pas ! Ah ! n'avais-je pas raison de vous dire que, si la présence de Dieu est un tyran pour le pécheur, cette même présence est un bonheur infini, un ciel anticipé pour un bon chrétien.
Oui, M.F., tout cela est bien beau, c'est vrai ; mais c'est encore peu de chose, si j'ose le dire, en comparai-son de l'amour que Jésus-Christ nous porte dans le sacrement adorable de l'Eucharistie. Si je parlais à des incrédules ou à des impies, qui osent douter de la pré-sence de Jésus-Christ dans ce sacrement adorable, je commencerais par leur donner des preuves si claires et si convaincantes, qu'ils mourraient de honte d'avoir douté d'un mystère appuyé sur des raisons si fortes et si convaincantes ; je leur dirais : si Jésus-Christ est véri-table, ce mystère l'est aussi, puisque, ayant pris du pain en présence de ses apôtres, il leur dit : « Voici du pain, eh bien ! je vais le changer en mon corps ; voici du vin, je vais le changer en mon sang ; ce corps est vraiment le même que celui qui sera crucifié et ce sang est le même que celui qui sera répandu pour la rémission des péchés ; et chaque fois que vous prononcerez ces mêmes paroles, dit-il encore à ses apôtres, vous ferez le même miracle ; ce pouvoir, vous vous le communiquerez les uns aux autres jusqu'à la fin des siècles » Mais ici laissons ces preuves de côté, ce raisonnement est inutile à des chrétiens, qui ont tant de fois goûté les dou-ceurs que Dieu leur communique dans le sacrement d'amour.
Saint Bernard nous dit qu'il y a trois mystères aux-quels il ne peut penser sans sentir son cœur mourir d'amour et de douleur. Le premier est celui de l'Incar-nation, le deuxième est celui de la mort et passion de Jésus-Christ, et le troisième est celui du sacrement adorable de l'Eucharistie. Quand l'Esprit-Saint nous parle du mystère de l'Incarnation, il emploie des termes qui nous mettent dans l'impossibilité de pouvoir com-prendre jusqu'où va l'amour de Dieu pour nous, en nous disant : « C'est ainsi que Dieu aime le monde, » comme s'il nous disait : je laisse à votre esprit, à votre imagination la liberté de former telles idées que vous voudrez ; quand vous auriez toutes les sciences des pro-phètes, toutes les lumières des docteurs et toutes les connaissances des anges, il vous serait impossible de comprendre l'amour que Jésus-Christ a eu pour vous dans ces mystères. Quand saint Paul nous parle des mystères de la Passion de Jésus-Christ, voici comment il s'explique : « Quoique Dieu soit infini en miséricorde et en grâce, il semble s'être épuisé pour l'amour de nous. Nous étions morts, il nous a donné la vie. Nous étions des-tinés à être malheureux pendant toute l'éternité, et par sa bonté et sa miséricorde, il a changé notre sort » Enfin, quand saint Jean nous parle de la charité que Jésus-Christ a eue pour nous en instituant le sacrement adorable de l'Eucharistie, il nous dit « qu'il nous a aimés jusqu'à la fin . » c'est-à-dire, qu'il a aimé l'homme, pendant toute sa vie, d'un amour sans égal. Disons mieux, M.F., il nous aime autant qu'il pouvait nous aimer. O amour, que tu es grand et peu connu !
Quoi ! mon ami, nous n'aimerions pas un Dieu qui a soupiré pendant toute l'éternité pour notre bonheur ! Un Dieu !... Ah ! un Dieu, qui a tant pleuré nos péchés, et qui est mort pour les effacer ! Un Dieu, qui a bien voulu quitter les anges du ciel où il est aimé d'un amour si pur et si parfait, pour venir dans ce monde, quoiqu'il sût très bien combien il serait méprisé. Il savait d'avance les profanations qu'il recevrait dans ce sacrement d'a-mour. Il savait que les uns le recevraient sans contri-tion ; les autres, sans désir de se corriger : hélas ! d'au-tres peut-être, avec le crime dans leur cœur, et le fe-raient mourir. Mais, non, tout cela n'a pas pu arrêter son amour. O heureuse nation que celle des chrétiens !... « O ville de Sion, réjouissez-vous, faites éclater votre joie, s'écrie le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe, parce que votre Dieu habite au milieu de vous . » Oui M.F., ce que le prophète Isaïe disait à son peuple, je peux encore vous le dire, ce semble, avec plus de vérité. Chrétiens, réjouissez-vous ! votre Dieu va paraître au milieu de vous. Oui, M.F., ce tendre Sauveur va visiter vos places, vos rues et vos maisons ; partout il va répan-dre ses bénédictions les plus abondantes. O heureuses maisons, devant lesquelles il va passer ! O heureux che-mins, qui soutiendront ses pas saints et sacrés ! Pouvons--nous, M.F., nous empêcher de dire en nous-mêmes lors-que nous repasserons dans cette même route : Voilà où mon Dieu a passé, voilà le sentier qu'il a pris lorsqu'il répandait ses bénédictions bienfaisantes dans cette pa-roisse.
Oh ! que ce jour est consolant pour nous, M.F. ! Ah ! s'il est permis de goûter quelques consolations dans ce monde, n'est-ce pas dans ce moment heureux ? Oui, M.F., oublions, s'il est possible, toutes les misères. Cette terre étrangère va devenir vraiment l'image de la céleste Jérusalem, les fêtes et les joies du ciel vont des-cendre sur la terre. Ah ! « si ma langue peut oublier ces bienfaits, qu'elle s'attache à mon palais » !... Ah ! si mes yeux doivent encore porter leurs regards sur des choses terrestres, que le ciel leur refuse la lumière !
Oui, M.F., si nous considérons tout ce que Dieu a fait : le ciel et la terre, ce bel ordre qui règne dans ce vaste univers, tout nous annonce une puissance infinie qui a tout créé, une sagesse admirable qui gouverne tout, une bonté suprême qui pourvoit à tout avec la même facilité que si elle n'était occupée qu'à un seul être : tant de prodiges ne peuvent que nous remplir d'étonne-ment et d'admiration. Mais, si nous parlons du sacre-ment adorable de l'Eucharistie, nous pouvons dire que c'est ici le prodige de l'amour d'un Dieu pour nous ; c'est ici que sa puissance, sa grâce et sa bonté éclatent d'une manière tout extraordinaire. Nous pouvons dire avec beaucoup de vérité, que c'est ici le pain descendu du ciel, le pain des anges, qui nous est donné pour nourriture de nos âmes. C'est ce pain des forts qui nous console et adoucit nos peines. C'est là vraiment « le pain des voyageurs » ; disons mieux, M.F., c'est la clef qui nous a ouvert le ciel. « Celui, dit le Sauveur, qui me recevra aura la vie éternelle ; celui qui ne me recevra pas, mourra. Celui, dit le Sauveur, qui aura recours à ce banquet sacré fera naître en lui une source qui rejaillira jusqu'à la vie éternelle . »
Mais pour mieux connaître l'excellence de ce don, il faut examiner jusqu'à quel point Jésus-Christ a porté son amour pour nous dans ce sacrement. Non, M.F., ce n'est pas assez pour le Fils de Dieu de s'être fait homme pour nous ; il fallut, pour contenter son amour, qu'il se donnât à chacun de nous en particulier. Voyez, M.F., combien il nous aime. Dans le même moment que ses pauvres enfants prenaient les mesures pour le faire mourir, son amour le porte à faire un miracle, afin de rester parmi eux. A-t-on vu, peut-on voir un amour plus généreux et plus libéral que celui qu'il nous témoigne dans le sacrement de son amour ? Ne pouvons-nous pas dire, comme le Concile de Trente, que c'est là que sa libéralité et sa générosité ont épuisé toutes ses richesses ? Peut-on, en effet, trouver quelque chose sur la terre, et même dans le ciel, qui puisse lui être comparé ? A-t-on vu quelquefois la tendresse d'un père, la libéralité d'un roi pour ses sujets, aller si loin que celle de Jésus-Christ dans le sacrement de nos autels ! Nous voyons que les parents, dans leur testament, donnent leurs biens à leurs enfants ; mais dans le testament que Jésus-Christ nous fait, ce ne sont pas des biens temporels, puisque nous les avons..., mais il nous donne son Corps adorable et son Sang précieux. Oh ! bonheur du chrétien, que tu es peu goûté ! Non, M.F., il ne pouvait pas porter plus loin son amour qu'en se donnant ; puisqu'en le recevant, nous le recevons avec toutes ses richesses. N'est-ce pas là une véritable prodigalité d'un Dieu pour ses créatures ? Oui, M.F., si Dieu nous avait donné la liberté de lui deman-der tout ce que nous voudrions, aurions-nous osé porter si loin nos espérances ? « D'un autre côté, Dieu lui-même, tout Dieu qu'il est, pouvait-il trouver quelque chose de plus précieux à nous donner ? » nous dit saint Augustin.
Savez-vous encore, M.F., ce qui porta Jésus-Christ à consentir à rester nuit et jour dans nos églises ? Hélas ! M.F., c'est pour que, chaque fois que nous voudrions le voir, nous puissions le trouver. Ah ! tendresse de père, que tu es grande ! Quoi, M.F., de plus consolant pour un chrétien qui sent qu'il adore un Dieu présent en corps et en âme ! « Ah ! Seigneur, s'écrie le Roi-Prophète, qu'un jour passé auprès de vous est préférable à mille passés dans les assemblées du monde ! » Qu'est-ce qui rend nos églises si saintes et si respecta-bles ? N'est-ce pas la présence de Jésus-Christ ? Ah ! heureuse nation que celle des chrétiens !

II. - Mais, me direz-vous, que devons-nous faire pour témoigner à Jésus-Christ notre respect et notre recon-naissance ? - Le voici, M.F. :
1° Nous ne paraîtrons devant lui qu'avec le plus grand respect, et nous le suivrons avec une joie toute céleste, en nous représentant le grand jour de cette procession qui se fera après le jugement général. Oui, M.F., il nous suffit pour nous pénétrer du respect le plus profond, de nous rappeler que nous sommes des pécheurs, qui sommes indignes de suivre un Dieu si saint et si pur. C'est un bon père que nous avons tant de fois méprisé et outragé, qui nous aime encore, et qui nous dit qu'il est prêt à nous accorder notre grâce. Que fait Jésus-Christ, M.F., lorsque nous le portons en procession ? le voici. Il est comme un bon roi au milieu de ses sujets, comme un bon père environné de ses enfants, et enfin, comme un bon pasteur qui visite ses troupeaux. Quelle est la pensée, M.F., que nous devons avoir en marchant à la suite de notre Dieu ? la voici. Nous devons le suivre comme les premiers fidèles qui le suivaient lorsqu'il était sur la terre, faisant du bien à tout ce monde. Oui, si nous avons le bonheur de l'accompagner avec une foi vive, nous sommes sûrs d'obtenir tout ce que nous lui demanderons.
Nous lisons dans l'Évangile, que deux aveugles, s'étant trouvés sur le chemin où le Sauveur passait, se mirent à crier : « O Jésus ! fils de David, ayez pitié de nous ! » Les voyant, il en fut touché de compassion, leur demanda ce qu'ils voulaient. « Ah ! Seigneur, lui dirent-ils, faites, s'il vous plaît, que nous voyions. » « Eh ! bien, voyez, » leur dit ce bon Sauveur . Un grand pécheur, nommé Zachée, désirant le voir, monte sur un arbre ; mais Jésus-Christ, qui n'était venu que pour sauver les pécheurs, lui cria : « Zachée, descendez, car c'est chez vous que je veux aller loger aujourd'hui. » Chez vous ! c'est comme s'il lui avait dit : Zachée, depuis longtemps la porte de votre cour est fermée par votre orgueil et vos injustices ; ouvrez-moi aujour-d'hui, je viens vous donner votre pardon. A l'instant même, Zachée descend, s'humilie profondément devant son Dieu, répare toutes ses injustices, et ne veut plus que la pauvreté et la souffrance pour partage . O Heu-reux moment, qui lui a valu une éternité de bonheur ! Un autre jour que le Sauveur passait par une autre rue, une pauvre femme, affligée depuis douze ans d'une perte de sang, le suivait. « Ah ! se disait-elle en elle-même, ah ! si j'avais le bonheur de toucher seulement le bord de la frange de son habit, je suis sûre que je serais guérie . » Pleine de confiance, elle court se jeter aux pieds du Sauveur : à l'instant même, elle fut délivrée. Oui, M.F., si nous avions la même foi, la même con-fiance, nous obtiendrions la même grâce ; parce que c'est le même Dieu, le même Sauveur et le même père, animé de la même charité. « Venez, disait le Prophète, venez, Seigneur, sortez de vos tabernacles, montrez-vous à votre peuple qui vous désire et vous aime. » Hélas ! M.F., que de malades à guérir ; que d'aveugles, à qui il faudrait rendre la vue ! Que de chrétiens, qui vont suivre Jésus-Christ, et dont les pauvres âmes seront toutes couvertes de plaies ! Que de chrétiens qui sont dans les ténèbres, et qui ne voient pas qu'ils sont prêts à tomber en enfer ! Mon Dieu ! guérissez les uns et éclairez les autres ! Pauvres âmes, que vous êtes mal-heureuses !
Saint Paul nous dit qu'étant à Athènes il trouva écrit sur un autel : « Ici réside le Dieu inconnu, ou du moins, oublié . » Mais, hélas ! M.F., je pourrais bien vous dire le contraire : je viens vous annoncer un Dieu que vous savez être votre Dieu, et que vous n'adorez pas et que vous méprisez. Hélas ! combien de chrétiens qui, ces saints jours de dimanche, sont embarrassés de leur temps ; qui ne daignent pas seulement venir, quelques petits moments, visiter leur Sauveur qui brûle du désir de les voir auprès de lui, pour leur dire qu'il les aime, et qu'il veut les combler de bienfaits. Oh ! quelle honte pour nous !... Arrive-t-il quelque nou-veauté ? l'on quitte tout, et l'on court. Pour Dieu, nous ne faisons que le mépriser et nous le fuyons ; le temps nous dure en sa sainte présence, tout ce que nous fai-sons, est toujours long. Ah ! quelle différence entre les premiers fidèles et nous ! ils regardaient comme le plus heureux temps de leur vie lorsqu'ils avaient le bonheur de passer des jours et des nuits entières dans les églises à chanter les louanges du Seigneur, ou à pleurer leurs péchés ; mais aujourd'hui ce n'est plus de même. Il est délaissé, il est abandonné de nous, il y en a même qui le méprisent ; pour la plupart, nous paraissons dans nos églises, ces lieux sacrés, sans respect, sans amour de Dieu, sans savoir même ce que nous venons y faire. Les uns laissent occuper leur esprit et leur cœur de mille choses terrestres, et peut-être même criminelles ; les autres y sont avec ennui et dégoût ; il y en a d'autres qui à peine se mettent à genoux, tandis qu'un Dieu répand son sang précieux pour leur pardon ; enfin d'au-tres, à peine laisseront-ils descendre le prêtre de l'autel, qu'ils fuient déjà. Mon Dieu, que vos enfants vous aiment peu ou plutôt qu'ils vous méprisent ! En effet, M.F., quel esprit de légèreté et de dissipation ne faites--vous pas paraître, lorsque vous êtes dans l'église ? les uns dorment, les autres parlent, et presque personne n'est occupé à ce qu'il doit faire.
2° Je dis, M.F., que tous les hommes n'étant faits que pour Dieu, comblés sans cesse de ses bienfaits les plus abondants, nous devons tous lui témoigner notre reconnaissance, et nous affliger de le voir tant outragé. Nous devons faire comme un ami qui s'attriste sur les malheurs de son ami : c'est par là qu'il lui montre une amitié sincère. Cependant, M.F., quelques services que cet ami lui ait pu rendre, il ne fera jamais ce que Dieu a fait pour nous. - Mais, direz-vous, qui sont ceux qui doi-vent, ce semble, porter un amour plus grand et plus ardent à la vue des outrages que Jésus-Christ va rece-voir de la part des mauvais chrétiens ? - Il est vrai que tout le monde doit s'affliger des mépris que l'on fait de lui, et tâcher de le dédommager ; mais il y en a quel-ques-uns parmi les chrétiens qui y sont tenus d'une manière toute particulière, les voici : ce sont ceux qui ont le bonheur d'être de la confrérie du Saint-Sacrement. Je dis : « Qui ont le bonheur. » Ah ! peut-on en trouver un plus grand que d'être choisis pour faire réparation à Jésus-Christ, pour les outrages qu'il reçoit, dans le sacre-ment de son amour ! Mais ne vous y trompez pas, M.F., vous, comme confrères, vous êtes obligés de mener une vie bien plus parfaite que le commun des chrétiens. Vos péchés sont beaucoup plus sensibles à Jésus-Christ. Non, M.F., il ne suffit pas d'avoir un cierge à la main, pour montrer que nous sommes de ceux que Dieu a choisis ; mais il faut que notre vie nous distingue, comme notre cierge nous distingue de ceux qui n'en ont point. Pourquoi, M.F., ces cierges qui brillent ? sinon, parce que votre vie doit être un modèle de vertu, que vous vous faites gloire d'être de véritables enfants de Dieu, et que vous êtes prêts à donner votre vie pour soutenir les intérêts de votre Dieu, à qui vous vous êtes voués pour toute la vie. Oui, M.F., s'empresser à parer les églises et les reposoirs : toutes ces marques exté-rieures sont bien bonnes et louables ; mais ce n'est pas assez. Les Bethsamites, lorsque l'arche du Seigneur passa sur leur terre, montrèrent le plus grand empres-sement et le zèle le plus ardent : dès qu'ils l'aperçurent, tout le peuple sortit en foule pour lui aller au-devant ; tous s'empressèrent de couper du bois pour faire les sacrifices. Cependant cinquante mille furent frappés de mort, parce que leur respect n'avait pas été assez grand . Oh ! M.F., que cet exemple doit nous faire trembler ! Que renfermait cette arche, M.F. ? Hélas ! un peu de manne, les tables de la Loi ; et parce que ceux qui s'en approchent ne sont pas assez pénétrés de sa pré-sence, le Seigneur les frappe de mort. Mais, dites-moi, qui est celui qui, réfléchissant tant soit peu sur la pré-sence de Jésus-Christ, ne serait pas saisi de crainte ? Combien, M.F., qui sont assez malheureux d'assister à la compagnie du Sauveur, avec un cœur tout de péchés. Ah ! malheureux, tu auras beau fléchir les genoux, tandis qu'un Dieu se lève pour bénir son peuple, ses regards perçants ne laisseront pas que de voir les hor-reurs qui se passent dans ton cœur. Mais si notre âme est bien pure, représentons-nous à la suite de Jésus-Christ comme d'un grand roi qui sort de sa ville capitale, pour recevoir les hommages de ses sujets et les combler de bienfaits.
Nous lisons dans l'Évangile que les deux disciples d'Emmaüs marchaient avec le Sauveur sans le connaî-tre ; lorsqu'ils le reconnurent, il disparut. Tout ravis de leur bonheur, ils se disaient l'un à l'autre : » Comment est-ce que nous ne l'avons pas connu ? N'est-il pas vrai que nos cœurs se sentaient tout enflammés d'amour, lorsqu'il nous parlait en nous expliquant la sainte Écri-ture ? » Mille fois plus heureux, M.F., que ces disci-ples, qui marchaient avec Jésus-Christ sans le connaître, pour nous, nous savons que c'est notre Dieu et notre Sauveur qui marche devant nous ; qui va parler au fond de notre cœur, qui va y faire naître un nombre infini de bonnes pensées, de bonnes inspirations. « Mon fils, va-t--il dire, pourquoi ne veux-tu pas m'aimer ? Pourquoi ne pas quitter ce maudit péché qui met un mur de sépa-ration entre nous deux ? Ah ! mon fils, peux-tu bien m'abandonner ! faudra-t-il bien que tu me forces à te condamner à des supplices éternels ! Mon fils, voilà ton pardon, veux-tu te repentir ? » Mais que lui dit le pé-cheur : « Non, non, Seigneur, j'aime mieux vivre sous la tyrannie du démon et être réprouvé que de vous deman-der pardon. »
Mais, me direz-vous, nous ne disons pas cela au bon Dieu. - Et moi, je vous dis que vous le dites continuel-lement, chaque fois que Dieu vous donne la pensée de vous convertir. Ah ! malheureux, viendra un jour que tu demanderas ce que tu refuses aujourd'hui, et qui peut--être ne te sera pas accordé. Il est bien certain, M.F., que si nous avions le bonheur de tant de saints à qui Dieu se faisait voir, comme à une sainte Thérèse, tantôt comme un enfant dans sa crèche, tantôt comme sur la croix, nous aurions sans doute bien plus de respect et d'amour pour lui ; mais nous ne le méritons pas, et nous nous croirions déjà des saints, ce qui nous serait un sujet d'orgueil. Mais, quoique le bon Dieu ne nous accorde pas cette grâce, il n'est pas moins présent, et prêt à nous accorder tout ce que nous demanderons.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un prêtre doutant de cette vérité, après avoir prononcé les paroles de la con-sécration : « Comment, se disait-il en lui-même, est-il possible que les paroles d'un homme fassent un si grand miracle ? » Mais Jésus-Christ, pour lui reprocher son peu de foi, fit que la sainte Hostie sua du sang avec tant d'abondance, que l'on fut obligé de le ramasser avec une cuillère . Écoutez ce que nous dit le même auteur : que le feu s'étant mis dans une chapelle, tout le bâtiment brilla et fut détruit, et la sainte Hostie resta suspendue en l'air, sans être appuyée sur rien ; le prê-tre étant venu pour la recevoir dans un vase, de suite elle descendit dedans .
Nous voyons dans l'histoire ecclésiastique que la domestique d'un Juif, par pure complaisance à son maître, lui apporta la sainte Hostie. Après qu'elle l'eut reçue dans la bouche, cette malheureuse la prend, la met dans son mouchoir et la donne à son maître. Ce monstre, ravi de joie d'avoir Jésus-Christ en son pou-voir, comme autrefois ses pères lorsqu'ils le crucifiè-rent sur la croix, se livra à tout ce que la fureur put lui inspirer. Or, il semble que Jésus-Christ voulut lui montrer combien il était sensible aux outrages qu'il lui faisait. Ce malheureux ayant mis la sainte Hostie sur une table, lui donna plusieurs coups de canif ; elle fut toute couverte de sang : ce qui fit frémir sa femme et ses enfants, qui étaient présents à ce spectacle si affreux. Il la reprend, la suspend à un clou et lui donne quantité de coups de fouet et de lance ; le sang sortait avec autant d'abondance que la première fois. Il la reprend, pour la troisième fois, la jette dans une chau-dière d'eau bouillante. Aussitôt l'eau fut changée en sang ; et, dans ce même moment, Jésus-Christ reprend la forme qu'il avait sur l'arbre de la croix. En cet état, il semble que Jésus-Christ voulait essayer s'il pouvait le toucher. Mais ce malheureux, semblable à Judas, regarde son crime comme trop grand, et désespérant de son pardon, il fut condamné à être brûlé vif. Non, M.F., nous ne pouvons entendre ces horreurs sans frémir. Hélas ! que de chrétiens qui le traitent encore plus cruellement !
Mais, me direz-vous, comment est-ce que l'on pourrait se comporter de cette manière ? - Hélas ! mon ami, plaise à Dieu que ce malheur ne vous arrive jamais ! Toutes les fois que vous consentez au péché : une pensée d'orgueil le foule sous les pieds et lui donne la mort ; une pensée d'impureté lui percera le cœur. Hélas ! représentons-nous dans cette procession le Sau-veur comme allant au Calvaire : les uns lui donnaient des coups de pieds, les autres le chargeaient d'injures et de blasphèmes..., quelques saintes âmes seulement le suivaient en pleurant et mêlaient leurs larmes avec son sang précieux dont il arrosait le pavé. Oh ! que de Juifs et de bourreaux vont suivre Jésus-Christ, et qui ne se contenteront pas seulement de le faire mourir une fois, mais sur autant de calvaires que de cœurs ! Ah ! est-il bien possible qu'un Dieu qui nous aime tant soit si méprisé et maltraité !
Oui, M.F., si nous aimions bien le bon Dieu, nous nous ferions une joie et un bonheur de venir, tous les dimanches, passer quelques instants pour l'adorer, pour lui demander la grâce de nous pardonner : nous regarderions ces moments comme les plus beaux de notre vie. Ah ! que les instants passés avec ce Dieu de bonté sont doux et consolants ! Êtes-vous dans le cha-grin ? venez un instant vous jeter à ses pieds et vous vous sentirez tout consolé. Êtes-vous méprisé du monde ? venez ici, et vous trouverez un bon ami qui ne vous manquera jamais de fidélité. Êtes-vous tenté ? oh ! c'est ici que vous allez trouver des armes fortes et ter-ribles pour vaincre votre ennemi. Craignez-vous le jugement formidable qui a fait trembler les plus grands saints ? profitez du temps que votre Dieu est le Dieu de miséricorde, et qu'il est si aisé d'en avoir votre grâce. Êtes-vous opprimé par la pauvreté ? venez ici, vous y trouverez un Dieu infiniment riche et qui vous dira que tous ses biens sont à vous, non dans ce monde, mais dans l'autre : C'est là que je te prépare des biens infi-nis ; va, méprise ces biens périssables, et tu en auras qui ne périront jamais. Voulons-nous commencer à goûter le bonheur des saints ? venons ici et nous en éprouverons les heureux commencements.
Ah ! qu'il fait bon, M.F., jouir des chastes embrasse-ments du Sauveur ! Ah ! vous ne les avez jamais goû-tés ! Si vous aviez eu ce bonheur, vous ne pourriez plus en sortir. Ne soyons plus étonnés de ce que tant de saintes âmes ont passé leur vie dans sa maison et le jour et la nuit ; elles ne pouvaient plus se séparer de sa présence.
Nous lisons dans l'histoire, qu'un saint prêtre trou-vait tant de douceurs et de consolations dans nos églises, qu'il couchait sur le marchepied de l'autel pour avoir le bonheur, en s'éveillant, de se trouver auprès de son Dieu ; et Dieu, pour le récompenser, permit qu'il mourût au pied de l'autel. Voyez saint Louis, qui, dans ses voyages, au lieu de passer la nuit dans un lit, la passait au pied des autels, auprès de la douce pré-sence de son Sauveur. Pourquoi est-ce, M.F., que nous avons tant d'indifférence et de dégoût lorsqu'il faut venir ici ? Hélas ! M.F., c'est que nous n'avons jamais ressenti ces heureux moments.
Que devons-nous conclure de tout cela ? le voici. C'est de regarder comme le moment le plus heureux de notre vie celui où nous pouvons tenir compagnie à un si bon ami. Marchons à sa suite avec un saint tremblement ; comme pécheur, demandons-lui avec larmes et douleur le pardon de nos péchés et nous sommes sûrs de l'ob-tenir... Étant réconciliés, sollicitons le don précieux de la persévérance. Ah ! disons-lui bien que si nous devons encore l'offenser, nous aimons bien mieux mou-rir. Non, M.F., tant que vous n'aimerez pas votre Dieu, vous ne serez jamais contents : tout vous accablera, tout vous ennuiera, et dès que vous l'aimerez, vous passerez une vie heureuse ; vous attendrez la mort !... Ah ! cette heureuse mort, qui nous va réunir à notre Dieu !... Ah ! bonheur ! quand viendras-tu !... Que ce temps est long !,.. Ah ! viens ! tu nous procureras le plus grand de tous les biens, qui est la possession de Dieu même !... Ce que...
2ème dimanche après la Pentecôte
Sur la sainte Messe

In omni loco sacrificatur et offertur nomini meo oblatio munda.
On sacrifie et on offre en tous lieux, en mon nom, une oblation pure.
(Malach., I, 11.)

Il est certain, M.F., que l'homme, comme créature, doit à Dieu l'hommage de tout son être, et comme pécheur, il lui doit une victime d'expiation ; c'est pour-quoi, dans l'ancienne Loi, on offrait à Dieu, tous les jours, ces multitudes de victimes dans le temple. Mais ces victimes ne pouvaient pas satisfaire entièrement à Dieu pour nos péchés ; il en fallait une autre plus sainte et plus pure, qui devait continuer jusqu'à la fin du monde, et qui fût capable de payer ce que nous devons à Dieu. Cette sainte victime c'est Jésus-Christ lui-même, qui est Dieu comme son Père, et homme comme nous. Il s'offre tous les jours sur nos autels, comme autrefois sur le calvaire, et, par cette oblation pure et sans tache, il rend à Dieu tous les honneurs qui lui sont dus, et il s'acquitte, pour l'homme, de tout ce que l'homme doit à son Créateur ; il s'immole chaque jour, afin de reconnaître le souverain domaine que Dieu a sur ses créatures, et l'outrage que le péché a fait à Dieu est pleinement réparé. Jésus-Christ, étant le médiateur entre Dieu et les hommes, nous obtient, par ce sacrifice, toutes les grâces qui nous sont néces-saires : s'étant fait pareillement victime d'actions de grâces, il rend à Dieu pour les hommes toute la recon-naissance qu'ils lui doivent. Mais, pour avoir le bon-heur, M.F., de recevoir tous ces biens, il faut aussi que nous fassions quelque chose de notre côté. Pour mieux vous le faire sentir je vais vous faire com-prendre, du moins autant qu'il me sera possible, 1° la grandeur du bonheur que nous avons d'assister à la sainte Messe ; 2° les dispositions avec lesquelles nous devons y assister ; 3° comment la plupart des chrétiens y assistent.
Je ne veux pas, M.F., entrer dans l'explication de ce que signifient les ornements dont le prêtre est revêtu ; je pense que vous le savez, ou du moins, plu-sieurs. Lorsque le prêtre va à la sacristie pour s'ha-biller, cela nous représente Jésus-Christ qui descend du ciel pour s'incarner dans le sein de la très sainte Vierge, en prenant un corps comme le nôtre, afin de le sacrifier à son Père pour nos péchés. Quand le prê-tre prend l'amict, qui est le linge blanc qu'il se met sur les épaules, c'est pour nous représenter le moment où les Juifs bandèrent les yeux à Jésus-Christ, en lui donnant des coups de poings et lui disant : « Devine qui t'a frappé. » L'aube marque la robe blanche, dont Hérode le fit revêtir par moquerie quand il le renvoya à Pilate. La ceinture représente les cordes dont il fut lié, quand on le prit au jardin des Oliviers, et les fouets dont il fut déchiré. Le manipule, que le prêtre se met au bras gauche, nous représente les cordes dont Jésus-Christ fut attaché à la colonne pour être flagellé ; le manipule se met au bras gauche parce qu'il est plus près du cœur, ce qui nous montre que c'est l'excès de son amour qui lui a fait souffrir cette cruelle flagella-tion pour nos péchés. Pour l'étole, elle nous repré-sente la corde qu'on lui jeta au cou lorsqu'il portait sa croix. La chasuble nous rappelle la robe de pourpre, et sa robe sans couture que l'on jeta au sort.
L'Introït nous représente le désir ardent que les patriarches avaient de la venue du Messie, c'est pour cela qu'on le répète deux fois. Lorsque le prêtre dit le Confiteor, il nous représente Jésus-Christ se chargeant de nos péchés, afin de satisfaire à la justice de Dieu son Père . Le Kyrie eleison, qui veut dire : « Seigneur, ayez pitié de nous, » représente l'état malheureux où nous étions avant la venue de Jésus-Christ. Je ne veux pas aller plus loin. L'Épître signifie la doctrine de l'An-cien Testament ; le Graduel signifie la pénitence que firent les Juifs après la prédication de saint Jean-Bap-tiste ; l'Alleluia nous représente la joie d'une âme qui a obtenu sa grâce ; l'Évangile nous rappelle la doctrine de Jésus-Christ. Les différents signes de croix que l'on fait sur l'hostie et sur le calice nous rappellent toutes les souffrances que Jésus-Christ a endurées pendant le cours de sa Passion. Je pourrai revenir une autre fois là-dessus.


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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 15:03
Sur les Rogations et
les Processions

L'Abstinence et les Quatre-Temps

Surrexit David et abiit, et universus populus... ut adducerent arcam Dei.
David s'en alla, accompagné de tout son peuple pour amener l'arche du Seigneur.
(II Liv. des Rois, VI, 2).

Pouvons-nous, M.F., trouver une cérémonie plus touchante que de voir le saint roi, accompagné de tous les prêtres et des lévites, qui étaient eux-mêmes suivis de tout le peuple, transportant l'arche sainte du taber-nacle de Silo dans le lieu qu'il lui avait préparé à Jérusalem. Les prêtres et les lévites exerçaient autour d'elle les fonctions de leur ministère, et chaque tribu marchait sous son étendard. Nous voyons en cela, c'est--à-dire en ce triomphe du peuple Juif conduisant l'arche, une figure bien naturelle du pieux concours des chré-tiens qui vont en processions d'un endroit à un autre, sous la conduite de leur pasteur, ayant à leur tête la croix et les bannières. Réunis ensemble, ils forment un petit corps d'armée redoutable au démon et puissant auprès de Dieu, pour le remercier de quelques grâces, ou pour lui en demander. Il est donc très nécessaire de vous faire comprendre pourquoi l'on a établi ces proces-sions et comment nous devons y assister. Nous dirons aussi un mot sur l'abstinence, qui est établie à peu près pour les mêmes motifs : c'est-à-dire, pour demander au bon Dieu de conserver les récoltes, de nous fournir les moyens de satisfaire à sa justice pour nos péchés, et, en même temps, nous préserver d'en commettre de nou-veaux. II est donc de votre intérêt de bien écouter cette instruction, qui vous apprendra les moyens de profiter de ces biens que l'Église nous présente.

I. - Je vous dirai d'abord, M.F., que la première et la plus ancienne loi que le bon Dieu ait imposée à l'homme est celle de l'abstinence. Dès qu'Adam eut été créé, et que le bon Dieu l'eut placé dans le paradis terrestre, en lui donnant la puissance sur toutes les créatures, il lui défendit, en même temps, de toucher au fruit d'un cer-tain arbre qu'il lui marqua. Si Adam avait été fidèle à cette loi, nous n'aurions pas eu besoin que l'Église nous imposât de nouvelles abstinences. Mais, par le péché, notre chair s'étant soulevée contre notre esprit, il a fallu nécessairement la dompter par le jeûne et l'abstinence. C'est pour cela que l'Église ordonne à ses enfants, outre les jeûnes de Carême, ceux des Vigiles et des Quatre--Temps, et l'abstinence du vendredi et du samedi. Voilà, M.F., la fin générale que l'Église se propose en ordon-nant l'abstinence et le jeûne en certains jours : c'est d'entretenir dans ses enfants l'esprit de pénitence, que Jésus-Christ n'a cessé de recommander lorsqu'il était sur la terre, et qui est comme l'abrégé de la divine morale. Oui, M.F., c'est en mortifiant nos corps que nous affaiblissons nos passions, que nous pouvons expier nos péchés passés, et que nous trouverons un remède pour nous préserver d'en commettre de nou-veaux. Puisque, M.F., nous avons tant de fautes à expier, il faut donc profiter des moyens si efficaces pour satisfaire à la justice de Dieu. Oui, M.F., nous avons tous des passions à dompter, et c'est précisément en retranchant tout ce qui peut nous flatter dans le goût, que nous pourrons les surmonter. L'Église, qui sait le besoin que nous en avons et notre répugnance à le faire, vient à notre secours, en nous en faisant un comman-dement, afin de déterminer plus efficacement notre volonté à nous y soumettre .
Mais, outre cette loi générale, elle a encore des vues particulières : elle nous ordonne aussi des jeûnes, les veilles de grandes fêtes, pour nous disposer, par la pénitence, à les célébrer avec plus de piété et en retirer plus de fruit. Comme l'Église a consacré le dimanche à la mémoire de la résurrection de Jésus-Christ, de même, elle a consacré le vendredi au souvenir de la mort et passion de Jésus-Christ. N'est-il pas juste que nous con-sacrions ce jour à la pénitence et à la mortification, puisque ce sont nos péchés qui ont attaché Jésus-Christ à la croix ? N'est-il pas juste que nous prenions part à ses souffrances, si nous voulons avoir part à la grâce de la rédemption ? C'est pour cela, M.F., que, dans les premiers siècles de l'Église, tous les vendredis étaient des jours de jeûne. L'on jeûnait aussi le samedi pour honorer la sépulture de Jésus-Christ, et, en même temps, pour se préparer à la sanctification du dimanche. Puisque ces jours, M.F., sont des jours de grâce et de bénédiction, nous devons donc nous y préparer par la mortification, si nous voulons recevoir avec abondance les biens que le bon Dieu veut nous y donner. Aujour-d'hui, M.F., comme vous le voyez, ce jeûne du vendredi et du samedi se réduit seulement à se priver de manger de la viande, et l'Église nous en fait un commandement « Vendredi chair ne mangeras, ni le samedi mêmement. » Oui, M.F., nous devons tous nous soumettre à cette loi, et même les enfants, dès qu'ils le peuvent ; il n'y a que ceux qui véritablement ne le peuvent pas, qui en sont exempts .
Mais, hélas ! dans quel siècle misérable sommes-nous venus ? L'on ne connaît plus parmi les chrétiens s'ils sont des enfants de l'Église : presque tous semblent se faire une joie de violer les lois de l'abstinence. Hélas ! l'on ne se fait plus de scrupule de manger de la viande le samedi ou le vendredi ; la mauvaise compagnie vous fait renoncer à votre religion. Hélas ! que de péchés mortels ! Vous voit-on faire des fiançailles le samedi sans que l'on mange de la viande comme des païens ou des idolâtres ? Hélas ! quel scandale pour les enfants, et quelle source de malédictions pour ceux qui se marient ! - C'est l'habitude. - Hélas ! mon ami : si c'est l'habi-tude de manger de la viande le vendredi, le bon Dieu ne prendra jamais l'habitude de mettre dans le ciel ceux qui méprisent sa loi. La religion se perd donc parmi nous, parce que nous ne faisons plus cas de ses lois. Si Adam, M.F., s'est perdu en mangeant du fruit défendu, de même nous nous perdons en mangeant de la viande les jours défendus. Oh ! triste pensée, de mieux aimer aller brûler dans les enfers pour une éternité, que de se priver de manger de la viande ! - Mais, me direz-vous, c'est la compagnie. - Ah ! la compagnie, M.F. ! vous aussi ! eh ! quoi, la compagnie ! elle ne vous y force pas ; l'on ne vous ouvre pas la bouche pour vous mettre de la viande dedans. - Malheureux, vous aurez bien le temps de vous repentir !... Non, non, M.F., que jamais ce maudit respect humain ne vous fasse faire une action si indigne d'un chrétien et qui montre une si grande ingratitude envers le bon Dieu. Eh ! quoi, mon ami, vous craignez le monde ; mais jetez donc vos regards sur cette croix : voyez donc si votre Dieu a eu honte d'y mourir tout nu, à la vue d'une foule immense de monde ; allez, malheureux, vous êtes ingrats ; le bon Dieu vous attend devant son tribunal, où vous paierez cher votre respect humain. Vous craignez qu'on vous raille ? Oh ! certainement, vous êtes bien tant une belle relique, pour tant craindre que l'on se moque de vous ! Regardez donc votre modèle, M.F. ; a-t-il craint les railleries qu'on lui a faites pendant sa passion ? S'il les avait craintes, ne nous aurait-il pas laissés dans l'escla-vage du démon ? Allez, misérable, allez manger votre viande, vous aurez bien le temps de la regretter pen-dant l'éternité !... Non, M.F., que jamais ce maudit respect humain ne vous fasse trahir si lâchement votre devoir . Mais passons à une deuxième réflexion sur les jeûnes des Quatre-Temps.
Nous lisons dans l'Écriture sainte que les Juifs chas-sés de Jérusalem à cause de leurs infidélités, conduits en captivité à Babylone, éloignés du temple du Sei-gneur, reconnaissant que leurs péchés leur avaient mé-rité tous ces châtiments, voulurent essayer d'apaiser la colère de Dieu, et pour cela, ils se prescrivirent de jeûner le quatrième, le cinquième, le septième et le dixième jour du mois et c'est à cet exemple que l'Église a institué les jeûnes des Quatre-Temps, afin de nous faire expier les péchés que nous ne cessons de commettre chaque jour, et afin d'attirer sur nous par cette pénitence générale, qui est beaucoup plus méri-toire que si nous nous l'imposions à nous-mêmes, pour nous attirer, dis-je, la miséricorde et les bénédictions du Ciel. Vous conviendrez avec moi que les trois jours de jeûne que nous pratiquons chaque saison : c'est-à--dire, tous les trois mois, n'ont guère de proportion avec les péchés que nous avons le malheur de commettre tous les jours. Cependant, l'Église, qui est une bonne mère et qui aime ses enfants, se contente de ce peu, si nous le faisons bien et de bon cœur : c'est-à-dire, du jeûne et des autres bonnes œuvres que nous pourrons faire. Pour mieux nous faire sentir la nécessité où nous sommes de bien accomplir ces saints jeûnes, elle nous en fait un commandement : « Quatre-Temps, Vigiles, jeûneras. » Elle veut, par ces jeûnes des Quatre-Temps, nous faire ressouvenir que, comme il n'y a point de temps où nous n'ayons le malheur d'offenser le bon Dieu, il n'y en a point aussi où nous ne fassions péni-tence, afin d'apaiser la colère du bon Dieu par le sacrifice d'un cœur contrit et humilié. Voilà la pre-mière raison qui a porté l'Église à instituer les Quatre--Temps.
La deuxième raison se rapporte à nos besoins tempo-rels. Vous savez qu'il y a des jeûnes de Quatre-Temps dans le printemps, parce que c'est dans ce moment que le retour du soleil commence à ranimer la nature, et à ouvrir la terre pour la production des fruits. L'Église nous avertit de demander à Dieu qu'il veuille bien donner la fécondité à la terre par ses bénédictions. Dans l'été, comme la récolte est exposée à mille accidents fâcheux, l'intention de l'Église est que nous priions le bon Dieu de les conserver et de nous accorder, par miséricorde, ce qui nous est nécessaire à la vie pendant l'année. Je dis, M.F., par miséricorde : c'est parce que, étant pécheurs comme nous le sommes, nous n'avons aucun droit aux biens même nécessaires à la vie. D'après cela, nous devons donc humblement demander au bon Dieu la nourriture, le vêtement, comme une aumône qu'il peut nous refuser sans injustice, et les recevoir avec beaucoup de reconnaissance, comme un bienfait tout gratuit qu'il répand sur nous par sa pure bonté. C'est pour cela qu'en automne, où l'on est occupé à la récolte, et en hiver, lorsqu'elle est achevée, l'Église veut que nous offrions à Dieu nos jeûnes et nos aumônes comme un sacrifice d'actions de grâces, pour tous les biens qu'il nous a accordés pendant l'année.
La troisième raison pour laquelle l'Église a institué les Quatre-Temps, c'est pour demander au bon Dieu la grâce de faire un bon usage des biens qu'il nous a don-nés, et de ne jamais perdre de vue Celui qui nous les a donnés. Mais, malheureusement, ce n'est pas ce que nous faisons ! Hélas ! M.F., qui de nous pourrait ne pas déplorer l'aveuglement des chrétiens, qui, dans le temps des récoltes, devraient remercier le bon Dieu des biens qu'il nous donne, et qui, bien loin de là, sem-blent redoubler leur fureur envers lui par les péchés qu'ils commettent dans ces mêmes temps qu'ils ramas-sent les biens que le bon Dieu leur a donnés. Nous devons donc conclure, M.F., que si nous sommes en état de jeûner, et que nous ne le fassions pas, nous péchons mortellement, et que, si nous ne pouvons pas jeûner, nous devons toujours le remplacer par quelque bonnes œuvres : soit en nous privant de quelque chose dans nos repas, soit en assistant à la sainte messe, ou bien en faisant quelque prière de plus que les autre jours. Nous devons, pour nous unir à l'Église, nous exciter à la contrition de nos péchés, gémir de ce que nous ne pouvons pas faire pénitence, afin de satisfaire au moins ainsi pour nos péchés à la justice de Dieu.
La quatrième raison qui a porté l'Église à instituer le jeûne, c'est de demander au bon Dieu que les évêques n'ordonnent que de bons prêtres ; puisque c'est par le ministère du prêtre que le bon Dieu nous éclaire, nous conduit, nous distribue ses grâces et nous applique dans les sacrements le prix du sang de Jésus-Christ. Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu : c'est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la mi-séricorde divine. Au contraire, un mauvais prêtre est un des plus terribles fléaux de la colère de Dieu ; c'est pour cela que l'Église invite et commande à tout le monde qui sont en état de faire le jeûne, afin d'attirer sur les évêques les lumières nécessaires pour bien connaître ceux que le bon Dieu destine à son service, et pour qu'il répande ses grâces et ses dons sur ceux qui vont être ordonnés. Vous voyez, M.F., combien nous y sommes tous intéressés, puisqu'il semble que notre salut en dépend ; en effet, si vous êtes conduits par un bon prêtre, vous pouvez recevoir toute sorte de béné-dictions, soit par les prières qu'il fera pour vous, soit par les bons conseils qu'il vous donnera,

II. - En deuxième lieu, nous avons dit que nous par-lerions des différentes processions qui se font pendant l'année, qui ont chacune un objet particulier. La pro-cession du Saint-Sacrement a pour objet de célébrer le triomphe que Jésus-Christ a fait remporter à son Église sur ses ennemis qui nient la présence réelle dans le sacrement adorable, et, en même temps, de se faire rendre les hommages qui lui sont dus dans ce sacre-ment d'amour. C'est la plus auguste de toutes les pro-cessions, puisque Jésus-Christ y marche en personne. Oh ! de quel respect et de quel amour ne devrions-nous -pas être pénétrés dans ce moment si heureux, si nous avions le bonheur de le bien comprendre, puisque nous avons le même avantage que ceux qui suivaient le Sau-veur lorsqu'il était sur la terre ! La procession des Ra-meaux se fait pour honorer la marche, l'entrée triom-phante de Jésus-Christ à Jérusalem, cinq jours avant sa mort ; celle de la Purification, pour représenter le voyage que la sainte Vierge fit au Temple, portant Jésus-Christ entre ses bras ; celle de l'Assomption a été instituée pour célébrer le triomphe de la Mère de Dieu élevée au ciel, et pour renouveler la consécration de la France à cette auguste Reine, qui nous a tant donné de preuves de sa protection. Les dimanches, avant la messe de paroisse, on fait une procession pour honorer Jésus--Christ ressuscité, qui alla de Jérusalem en Galilée ; parce que tous les dimanches sont une suite de la résurrection de Jésus-Christ. L'on fait cette procession avant la Messe, pour rappeler le voyage que Jésus-Christ fit en allant au Calvaire ; puisque le saint sacrifice de la Messe n'est autre chose qu'une continuation du sacrifice de la croix. Dites-moi, si vous aviez bien réfléchi que la procession que nous faisons les dimanches avant la sainte Messe était pour honorer le voyage que Jésus-Christ fit en allant au Calvaire, avec quel empressement ne vous y ren-driez-vous pas pour avoir le bonheur de suivre en esprit Jésus-Christ qui va s'immoler une deuxième fois pour nous ? Avec quelle piété, M.F., et avec quel respect, vous y assisteriez ! Ne vous semblerait-il pas voir le sang que ce divin Sauveur a répandu en allant au Cal-vaire ? Hélas ! si nous voyons tant d'indifférence et si peu de respect, c'est que l'on ne connaît pas ce que l'on fait et les mystères que ces différentes cérémonies nous rappellent. Heureux le chrétien qui est instruit et qui entre dans l'esprit de l'Église !
Nous voyons que, dans les temps de calamités publi-ques, les évêques ordonnent des processions extraordi-naires pour apaiser la colère de Dieu, ou pour obtenir de sa miséricorde quelque grâce particulière. Dans ces processions, l'on porte quelquefois les reliques des saints, afin que le bon Dieu, à la vue de ce dépôt pré-cieux, se laisse fléchir en notre faveur. L'Église a fixé quatre jours dans l'année pour faire ces processions de pénitence, qui sont : le jour de Saint-Marc et les trois jours des Rogations. Dans ces processions, l'on porte une croix et des bannières, où est peinte l'image de la sainte Vierge et du patron de la paroisse : c'est pour avertir les fidèles qu'ils doivent toujours marcher à la suite de Jésus-Christ crucifié, et s'efforcer d'imiter les saints que l'Église nous a donnés pour patrons, protec-teurs et modèles. Nous devons regarder toutes les pro-cessions que nous faisons comme une espèce de triom-phe où nous accompagnons Jésus-Christ et les saints ou saintes. Jésus-Christ se plaît à répandre les bénédictions dans tous les lieux où son image ou celle des saints a passé : c'est ce qui s'est vu d'une manière particulière à Rome, lorsque la peste semblait ne vouloir laisser personne. Le Pape voyant que ni les pénitences, ni les autres bonnes œuvres, ne pouvaient faire cesser ce fléau, ordonna une procession générale, où l'on porta l'image de la sainte Vierge peinte par saint Luc. Dès que l'on fut en route, partout où l'image de la sainte Vierge passait, la peste cessait et l'on entendit des anges qui chantaient : « Regina cæli lætare, Alleluia. » Alors la peste cessa entièrement. Cette marche, que nous faisons en suivant la croix, nous rappelle que notre vie ne doit être autre chose qu'une imitation de celle de Jésus-Christ qui s'est donné pour être notre modèle, et en même temps notre guide ; et que, toutes les fois que nous le quittons, nous sommes surs de nous égarer. La croix et les bannières, M.F., que nous voyons à la tête des pro-cessions, sont pour les vrais fidèles un grand sujet de joie, parce que nous faisons un petit corps d'armée qui est formidable au démon et nous donne droit aux grâces de Dieu, puisqu'il n'y a rien de si puissant que les priè-res qui se font, tous réunis ensemble, sous la conduite des pasteurs . Voyez, M.F., ce qui arriva aux Israé-lites sous la conduite de Josué : ils firent pendant sept jours le tour des remparts de la ville de Jéricho avec l'arche, marchant respectueusement avec les ministres sacrés. Les Chananéens s'en moquaient du haut de leurs murailles ; mais ils changèrent bientôt de sentiments . A la fin de cette étrange procession, les fortifications tombèrent au seul son des trompettes, et le Seigneur livra leurs ennemis entre leurs mains avec la même faci-lité que des agneaux sans aucune résistance. Tel est, M.F., la victoire que Jésus-Christ nous fait remporter sur les ennemis de notre salut, lorsque nous avons le bonheur d'assister à ces processions avec beaucoup de religion et de respect.

III. - En troisième lieu, nous disons que les proces-sions doivent nous faire penser que nous ne sommes que de pauvres voyageurs sur la terre, que le ciel est notre véritable patrie, et que nous avons des lumières et des grâces de Jésus-Christ pour y arriver. Il est lui--même le chemin, puisque c'est lui qui nous a montré tout ce que nous devions faire pour y parvenir. L'Église veut nous inspirer par ces processions que nous ne devons point nous attacher à la vie, mais à Jésus-Christ jusqu'à la mort, puisqu'il est notre récompense pour l'éternité. Oui, M.F., voilà les avantages que nous trou-vons dans les processions, si nous avons le bonheur de bien nous pénétrer de ce que nous faisons. Hélas ! quel mépris Jésus-Christ ne reçoit-il pas dans les pro-cessions que nous faisons ? Les uns ne savent plus ce qui les y conduit ; ils y vont comme en riant ; les autres y parlent comme dans une place ordinaire, regardent d'un côté et d'un autre. Hélas ! si j'osais le dire, com-bien promènent leurs regards sur des objets qui ani-ment et enflamment leurs passions et qui, à la fin de la procession, sortent beaucoup plus criminels que dans le moment où ils sont entrés parmi les fidèles ! Mon Dieu, que de grâces méprisées ! que de péchés qui se commet-tent dans un moment si précieux pour obtenir les grâ-ces les plus abondantes ! que de choses pour conten-ter le démon !... Si nous y paraissions avec de bonnes dispositions !... Nous devons donc nous faire un devoir d'assister aux processions autant que nous le pouvons ; si absolument nous ne pouvons pas y assister, il nous faut y suppléer en faisant toutes les prières que font ceux qui ont le bonheur d'y assister et nous efforcer de les accompagner avec les saintes dispositions que l'Église nous commande.
La première disposition, c'est de nous pénétrer de ce que l'Église veut nous représenter dans chaque proces-sion. Ne perdons jamais de vue, M.F., que pour plaire à Dieu et mériter ses grâces, il faut l'adorer en esprit et en vérité, et que nous faisons comme les Juifs quand nous nous contentons de n'y être que de corps. Mais un bon chrétien doit se pénétrer l'esprit de ce que l'Église veut lui représenter dans toutes les cérémonies qu'elle fait. Il faut que nous croyions véritablement que nous sommes en la présence de Dieu, que nous le suivions comme faisaient les premiers chrétiens dans le cours de sa vie mortelle, et que nous ne venions dans ces proces-sions que pour y demander miséricorde, et par consé-quent, être sensiblement affligés d'avoir offensé un Dieu si bon.
La seconde disposition que le bon Dieu veut que nous ayons dans les processions, c'est de marcher avec beaucoup d'ordre : parce qu'il y a assez d'une personne qui va mal, pour donner combien de distractions aux autres. L'ordre consiste à marcher avec modestie sans regarder d'un côté et d'un autre, sans parler, sans rire ; parce que ceci serait un mépris que l'on ferait de la présence de Dieu et des choses saintes.
La troisième disposition est de joindre ses prières à celles que la sainte Église fait pendant la procession ; c'est-à-dire que vous devez vous unir au prêtre en fai-sant toutes les prières qu'on y fait. Si vous ne savez pas lire, eh bien ! vous dites votre chapelet, en unissant vos prières à celles du prêtre et de tous les autres fidèles. Il faut bien prendre garde de ne pas laisser égarer notre esprit par les différents objets que nous voyons devant nous ; mais il faut un peu baisser les yeux pour que le démon n'y ait pas tant d'occasions de nous distraire. Avant que de commencer, il faut bien demander au bon Dieu pardon de nos péchés, afin qu'il arrête sa miséri-corde sur nous. Hélas ! depuis combien d'années assis-tons-nous aux saintes processions, et malgré cela, nous n'en valons pas mieux ! Savez-vous, M.F., d'où nous peut venir ce malheur ? C'est que nous ne nous sommes jamais bien pénétrés de ce que nous faisons, et que toujours nous l'avons fait par habitude, par coutume, et non par un esprit de piété et d'amour. Oui, M.F., un bon chrétien doit toujours assister aux prières et à tous les exercices de la religion avec un nouveau goût, tou-jours avec un nouveau désir d'en profiter mieux qu'il n'a fait. Quelle bonté de la part du bon Dieu que de nous souffrir en sa sainte présence, et de nous permet-tre de faire ce que font les saints dans le ciel ! Que l'homme serait mieux sur la terre s'il avait le bonheur de connaître la sainte religion !
Mais voyons maintenant un mot de ce que c'est que la procession de Saint-Marc et celle des Rogations. Écoutez bien : ceci est assez intéressant. Il faut que vous sachiez qui les a instituées, quand elles ont été instituées, et pourquoi elles ont été instituées.
En l'année 492, les tremblements de terre furent si grands, et les habitants de la ville de Vienne en Dau-phiné furent si épouvantés qu'ils se croyaient à la fin du monde. Ce qui les effraya encore plus, ce fut le feu du ciel qui tomba sur la maison de ville, et la réduisit en cendres avec plusieurs maisons voisines. Les bêtes féroces sortaient des forêts, et venaient attaquer les hommes au milieu des places publiques. Les habitants, tout effrayés, courent dans l'église avec leur évêque, pour se garantir de ces monstres. Saint Mamert, qui était leur évêque, fit faire beaucoup de prières et de pénitences ; et ensuite, pour demander à Dieu la cessa-tion de ces maux, il ordonna, trois jours avant l'Ascen-sion, des processions solennelles et des jeunes pour apaiser la colère de Dieu. Les autres églises de France, et plusieurs autres églises en firent de même, et ensuite ces processions se firent dans tout le monde chrétien. Rien n'était plus édifiant que la manière dont ces pro-cessions se faisaient alors : on y assistait nu-pieds, revêtu de cilice et couvert de cendres ; on observait un jeûne très rigoureux pendant les trois jours ; il était défendu de travailler, afin que l'on eût plus de temps pour la prière, et tout ce temps était employé à deman-der pardon au bon Dieu des péchés, à prier pour la conservation des fruits de la terre et pour les besoins de l'État.
Pour la procession de Saint-Marc, elle a été instituée par le pape saint Grégoire le Grand, en 590, à l'occasion d'une horrible calamité qui ravageait Rome. Les eaux ayant croupi longtemps après une furieuse inondation, elles corrompirent l'air, ce qui causa une peste cruelle qui fit périr une multitude considérable de monde, de tout âge et de tout état. La procession que saint Gré-goire le Grand ordonna se fit avec tant de piété, de ferveur et de larmes que la peste cessa sur-le-champ. L'Église, voyant combien le péché se multipliait sur la terre, voyant que le bon Dieu nous châtiait rigoureuse-ment, ordonna de continuer ces saintes processions, afin de nous porter à la pénitence, d'apaiser la justice de Dieu et de conserver les fruits de la terre, qui sont exposés pendant neuf mois de l'année à mille accidents. On appelle ces processions grandes et petites Litanies, ce qui veut dire : prière et supplication. Les litanies n'étaient au commencement que des cris redoublés qu'on poussait vers le bon Dieu en demandant miséricorde par ces deux mots : Kyrie eleison. On y a ensuite ajouté les noms de la sainte Vierge et des saints, pour les prier de s'intéresser à nous auprès du bon Dieu. L'Église, après avoir invoqué le nom de Dieu, réclame l'intercession des saints, expose dans ces litanies les maux dont elle se sent pressée et les biens dont elle se sent le besoin ; elle conjure la bonté de Dieu, par tous les mystères de Jésus-Christ, et surtout par sa qualité d'Agneau et de Victime de Dieu pour nos péchés, qui est le titre le plus capable d'apaiser la colère de Dieu. Oui, ces litanies, ces processions, la sainte Messe et l'abstinence que l'Église nous prescrit ces jours-là nous montrent parfaitement quelles sont ses vues dans tout cela.
Nous devons donc, M.F., pour nous conformer à son intention, regarder ces jours comme des jours consa-crés à la prière, à la pénitence et aux autres bonnes œuvres ; nous faire un grand scrupule d'y man-quer ; et y paraître avec un extérieur modeste et recueilli, avec un cœur contrit et profondément humi-lié sous la puissante main de Dieu, par la vue de nos péchés et des châtiments qu'ils méritent. Étant animés de ces sentiments, nous devons solliciter avec instance, au nom de Jésus-Christ, la divine Miséricorde pour nous, pour nos frères, pour tous les besoins de l'Église, pour les besoins de l'État, et particulièrement pour la conservation des biens de la terre. Mais, hélas ! des devoirs si nécessaires et fondés sur des motifs si intéressants sont presque entièrement oubliés ; tandis qu'on voit certaines personnes sans cesse aux vogues du monde. Eh quoi ! si l'Église nous prescrit des prières pendant ces quatre jours, nous nous ferions une peine d'y assister, puisque ce n'est que pour apai-ser la colère du bon Dieu et pour détourner les maux que méritent nos péchés ?
Savez-vous, M.F., à quoi l'Église nous invite lors-qu'elle nous appelle aux processions ? Le voici, M.F. C'est de quitter quelques moments le travail de la terre, pour nous occuper de celui de notre salut. Quel bonheur, quelle grâce de nous forcer en quelque sorte de sauver notre âme ! Mon Dieu, quel don ! nous cherchons le ciel dans ces processions. Disons encore que nous fai-sons, dans ce moment, ce que les saints ont fait toute leur vie. Dites-moi, M.F., qu'a fait Jésus-Christ pen-dant sa vie ? Rien autre, sinon que de travailler à nous sauver. Eh bien ! M.F., voilà ce que nous faisons pen-dant les jours de Saint-Marc et des Rogations. Quel bonheur, M.F., de travailler dans ce moment au salut de notre âme ! Hélas ! M.F., que le bon Dieu se contente de peu de chose, si nous comparons ce que nos péchés méritent à ce que les saints ont fait ! Ils ne se sont pas contentés de quelques jours de jeûne et de quelques voyages de dévotion, ni de quelques jours d'abstinence ; mais voyez combien d'années de larmes et de péni-tences pour bien moins de péchés que nous ! Voyez un saint Hilarion, qui pleura pendant quatre-vingts ans dans un bois. Voyez un saint Arsène, qui passa le reste de sa vie entre deux roches. Voyez un saint Clément, qui a enduré un martyre qui a duré trente-deux ans. Voyez encore ces foules de martyrs, qui ont donné leur vie pour assurer leur salut. On en voit un exemple bien frappant dans la personne de sainte Félicité, mère de sept enfants, qui vivait sous l'empereur Antonin. Les prêtres des idoles, voyant comment cette sainte savait faire sortir les gens de l'idolâtrie, dirent à l'empereur : « Nous croyons, Seigneur, devoir vous avertir qu'il y a dans Rome une veuve avec ses sept enfants qui, étant de cette secte impie que l'on nomme chrétienne, font des vœux sacrilèges qui rendront vos dieux implaca-bles. » Sur-le-champ, l'empereur dit au préfet de faire venir cette veuve, de la forcer, par toutes sortes de tourments, à sacrifier à ses dieux ; et à son refus, de la faire mourir. Le préfet l'ayant fait venir, la pria avec bonté de quitter sa religion impie, et de sacrifier aux dieux de l'empire ; sinon l'empereur avait ordonné de la faire mourir. Mais sainte Félicité lui répondit avec une sainte fierté : « N'espérez pas, Publius, que vous me gagnerez par vos prières ni par vos menaces. Vous avez le choix, ou de me laisser vivre, ou de me faire mourir ; mais vous êtes sûr d'être vaincu par une femme. » - « Mais, lui dit le préfet, si tu veux mourir, meurs ; mais au moins ne sois pas la cause que tes enfants périssent. » - « Mes enfants périraient, s'ils savaient sacrifier aux démons qui sont tes dieux ; mais s'ils meurent pour le vrai Dieu, ils vivront éternellement. » Mais le préfet : « Ayez au moins pitié de vos enfants qui sont à la fleur de leur âge. » - « Gardez votre compassion pour d'au-tres, nous n'en voulons point. » Ensuite se tournant contre ses enfants qui étaient présents : « Voyez-vous, mes enfants, ce ciel si beau et si élevé, c'est là que Jésus-Christ vous attend pour vous récompenser ; com-battez généreusement, mes enfants, pour le grand Roi du Ciel et de la terre. » On la fit frapper cruellement au visage. Le préfet fit venir le premier de ses enfants nommé Janvier ; ne pouvant le gagner, il le fit cruellement fouetter, puis conduire en prison. Félix se pré-senta ensuite, et lui répondit : « Non, préfet, vous ne nous ferez pas renoncer à notre Dieu pour sacrifier au démon ; faites-nous endurer tous les tourments que vous voudrez, nous ne les craignons pas. » Publius, les ayant fait passer devant son tribunal sans rien pouvoir gagner, le dernier lui dit : « Ah ! préfet, si tu savais les feux qui te sont préparés pour te brûler pendant toute l'éternité ! Ah ! si tu savais que la justice de Dieu est prête à te frapper ! Profite du temps que notre Dieu te laisse encore pour te repentir. » Rien ne put le gagner, il les fit tous mourir ; mais pendant l'exécution, la mère les engageait à souffrir généreusement pour Jésus-Christ : « Courage, mes enfants ; voyez le ciel où Jésus-Christ vous attend pour vous récompenser. »
Eh bien ! voilà des saints qui n'avaient qu'une âme à sauver, qu'un Dieu à servir comme nous, et voyez ce qu'ils ont fait. Oui, M.F., ils ne se sont pas contentés de quelques prières comme nous les faisons pendant quelques moments où l'Église nous appelle à prier ; mais ils ont courageusement donné leur vie pour sauver leur âme. Finissons, M.F., en disant que nous devons nous faire un grand plaisir, une grande joie d'assister à toutes ces saintes processions qui se font dans le cou-rant de l'année, et tâchons d'y venir avec un désir sin-cère pour demander miséricorde. Faisons que jamais le respect humain, ni la moindre incommodité ne soient capables de nous faire transgresser la loi de l'abstinence et du jeûne. Heureux, M.F., si nous remplissons toutes ces petites pratiques de piété, puisque le bon Dieu veut s'en contenter...
Pour le jour de l'Ascension

Gaudete, et exultate, quoniam merces vestra copiosa est in cælis.
Réjouissez-vous, faites éclater votre joie, parce qu'une grande récompense vous est promise dans le ciel.
(S. Matth., V, 12.)

Telles furent, M.F., les consolantes paroles que Jésus-Christ adressa à ses Apôtres pour les consoler et les animer à souffrir courageusement les croix et les persécutions qui devaient leur arriver. « Oui, mes en-fants, leur dit ce tendre Père, vous allez devenir l'objet de la haine et des mépris des méchants, vous serez la victime de leur fureur, les hommes vous haïront, vous conduiront devant les princes de la terre, pour être jugés et condamnés aux supplices les plus affreux, à la mort la plus cruelle, la plus honteuse ; mais, bien loin de vous décourager, réjouissez-vous parce qu'une grande récompense vous est réservée dans le ciel. » O beau ciel ! qui ne vous aimerait pas, puisque tant de biens sont renfermés dans vous ! N'est-ce pas, en effet, M.F., la pensée de cette récompense qui rendait les Apôtres infatigables dans leurs travaux apostoliques, invincibles contre les persécutions qu'ils eurent à souffrir de la part de leurs ennemis ? N'est-ce pas la pensée de ce beau ciel qui faisait paraître les martyrs devant leurs juges avec un courage qui étonnait les tyrans ? N'est-ce pas la vue d'un tel objet, qui éteignait l'ardeur des flammes destinées à les dévorer, et qui émoussait le tranchant des glaives qui les frappaient ? Oh ! combien ils se trou-vaient heureux de sacrifier leurs biens, leur vie, pour leur Dieu, dans l'espérance qu' « ils passeraient à une meilleure vie qui ne finirait jamais ! O heureux habi-tants de la cité céleste, que de larmes vous avez versées et que de souffrances vous avez endurées pour acquérir la possession de votre Dieu ! Oh ! nous crient-ils du haut de ce trône de gloire où ils sont assis, oh ! comme Dieu nous récompense pour le peu de bien que nous avons fait ! Oui, nous le verrons, ce tendre Père ; oui, nous le bénirons, cet aimable Sauveur ; oui, nous le remercierons, ce charitable Rédempteur, pendant des années sans fin. O heureuse éternité ! s'écrient-ils, que tu vas nous faire éprouver de douceurs et de joies ! Beau ciel, quand te verrons-nous ? O heureux mo-ment, quand viendras-tu ? Sans doute, M.F., que tous, nous désirons et soupirons après de si grands biens ; mais pour vous les faire désirer avec encore plus d'ardeur, je vais vous montrer, autant qu'il me sera possible, le bonheur dont les saints sont enivrés ; en-suite, le chemin qu'il faut prendre pour y aller.

I. - Si je devais, M.F., vous faire le triste et déplo-rable tableau des peines qu'endurent les réprouvés dans les abîmes, je commencerais à vous prouver la certitude de ces peines ; ensuite, j'étalerais devant vos yeux avec un tremblement, ou pour mieux dire, avec une espèce de désespoir, la grandeur et la durée des maux qu'ils souffrent et qu'ils souffriront éternellement. A ce récit lamentable, vous vous sentiriez saisis d'horreur, et pour vous le faire encore mieux comprendre, je vous montre-rais quelles sont les causes qui peuvent si vivement dévorer leurs âmes de désespoir et d'horreur. Il y en a quatre, vous dirais-je, qui sont : la privation de la vue de Dieu, la douleur qu'ils ressentent, la certitude qu'ils ont qu'elle ne finira jamais, et les moyens qu'ils avaient eus, par lesquels ils pouvaient si facilement s'en exemp-ter : ce qui sera comme autant de bourreaux qui les dévoreront pendant une éternité entière. En effet, quand un damné demanderait pendant mille éternités, s'il était possible d'en avoir mille, avec les cris les plus déchi-rants et les plus attendrissants, le bonheur de voir Dieu une seule minute, il est certain que jamais cela ne lui sera accordé. En deuxième lieu, je dis qu'à chaque ins-tant, lui seul souffre plus que jamais n'ont souffert tous les martyrs ensemble, ou, pour mieux dire, il endure, à chaque minute de l'éternité, toutes les souffrances qu'il doit souffrir pendant l'éternité. La troisième cause de leurs supplices c'est que, malgré la rigueur de leurs peines, ils sont assurés qu'elles ne finiront jamais. Mais ce qui achèvera de mettre le comble à leurs tourments, à leur désespoir, c'est qu'ils verront tant de moyens si faciles, non seulement pour éviter toutes ces horreurs, mais encore pour être heureux pendant toute l'éternité ; ils verront sans cesse toutes les grâces que Dieu leur a offertes pour se sauver, ce qui sera autant de bourreaux qui les dévoreront. Du fond des flammes, ils verront les bienheureux assis sur des trônes de gloire, saisis d'un amour ardent et si tendre qu'ils seront dans une ivresse continuelle ; pour eux, la pensée des grâces que Dieu leur a faites, le souvenir du mépris qu'ils en ont fait, leur feront pousser des hurlements de rage et de désespoir si affreux que l'univers entier, si Dieu permettait qu'ils fussent entendus, en perdrait la vie et tomberait dans le néant. De là s'ensuivront les blasphèmes les plus horribles, qu'ils vomiront les uns contre les autres. Un enfant criera qu'il n'est perdu que parce que ses parents l'ont bien voulu ; il invoquera la colère de Dieu, et lui demandera, avec les plus horribles cris, de lui accorder d'être le bourreau de son père. Une fille arrachera les yeux à sa mère qui, au lieu de la conduire au ciel, l'a poussée, traînée en enfer par ses mauvais exem-ples, par des paroles qui ne respiraient que la monda-nité, le libertinage. Ces enfants vomiront des blasphè-mes horribles contre Dieu de n'avoir pas assez de puis-sance et de fureur pour faire souffrir leurs parents ; ils courront dans les abîmes comme des désespérés qu'ils seront, pour arracher et traîner les démons, pour les jeter sur leurs pères et mères ; afin de faire sentir que jamais ils ne seront assez tourmentés pour les avoir perdus, tandis qu'ils pouvaient si bien les sauver. O éternité malheureuse ! ô malheureux pères et mères, que les tourments qui vous sont réservés sont affreux ! Encore un instant, et vous les éprouverez, encore un instant et vous brûlerez dans les flammes !...
Mais non, M.F., n'allons pas plus loin ; ce n'est pas le moment de nous entretenir d'un objet aussi triste et aussi malheureux ; ne troublons pas la joie que nous avons ressentie en... aux approches d'un jour consacré à publier le bonheur dont jouissent les élus dans la cité céleste et permanente. Je vous ai dit, M.F., que quatre choses accableront de maux les réprouvés dans les flammes ; de même, par rapport aux bienheureux, je vous dirai que quatre choses s'unissent ensemble pour ne rien laisser à désirer. Ces choses sont : 1° la vue et la présence du Fils de Dieu, qui se manifestera dans tout l'éclat de sa gloire, de sa beauté et de toutes ses amabilités ; c'est-à-dire, tel qu'il est dans le sein de son Père ; 2° c'est ce torrent de douceur et de chastes plaisirs qu'ils ressentiront, qui sera semblable au débordement d'une mer agitée par les fureurs d'une horrible tempête ; elle transporte dans ses flots, et les plonge dans une ivresse si ravissante qu'ils en ou-blient qu'ils existent. La troisième cause de leur bon-heur, au milieu de toutes ces délices, c'est l'assurance où ils seront qu'elles ne finiront jamais ; et enfin, ce qui achèvera de les noyer dans ces torrents d'amour, c'est que tous ces biens leur sont donnés pour récom-pense des vertus et des pénitences qu'ils auront faites. Ces saintes âmes verront que c'est à leurs bonnes œuvres qu'elles sont redevables des chastes embrasse-ments de leur époux.
Je dis d'abord que le premier transport d'amour qui s'emparera de leur cœur, c'est à la vue des beautés qu'elles découvriront aux approches de la présence de Dieu. Dans ce monde, si beau et si flatteur que soit un objet qui se présente à nous, après un instant de plai-sir, notre esprit se lasse et se tourne d'un autre côté, s'il y trouve de quoi se satisfaire ; il va d'une chose à l'autre sans pouvoir trouver de quoi se contenter ; mais, dans, le ciel, il n'en est pas de même ; il faut, au con-traire, que Dieu nous rende participants de ses forces, pour pouvoir soutenir l'éclat de ses beautés et des choses tendres et ravissantes qui s'offrent continuelle-ment à nos yeux ; ce qui jette les âmes des élus dans un tel abîme de douceur et d'amour, qu'elles ne peu-vent pas distinguer si elles vivent, ou si elles se chan-gent en amour. O heureuse demeure ! O bonheur per-manent ! qui de nous te goûtera un jour ?
En deuxième lieu, je dis que quelque grandes et ravissantes que soient ces douceurs, nous entendrons continuellement les anges qui chanteront qu'elles dure-ront toujours. Je vous laisse à penser ce que les bien-heureux ressentent de tout cela.
En troisième lieu, dans ce monde, si nous goûtons quelques plaisirs, nous ne tardons pas à ressentir quel-ques peines qui en diminuent les douceurs, soit par la crainte que nous avons de les perdre, soit aussi par les soins qu'il faut prendre pour les conserver : ce qui fait que nous ne sommes jamais parfaitement contents. Dans le ciel, ce n'est pas de même ; nous sommes dans la joie et les délices, et assurés que jamais rien ne pourra nous les ravir ni les diminuer.
En quatrième lieu, je dis que le dernier trait d'amour dont notre cœur sera percé, c'est le tableau que Dieu mettra devant nos yeux de toutes les larmes que nous aurons versées et de toutes les pénitences que nous aurons faites pendant notre vie, sans même laisser échapper une bonne pensée, un bon désir. Oh ! quelle joie pour un bon chrétien, qui verra le mépris qu'il a eu pour lui-même, les duretés qu'il aura exercées sur son corps, le plaisir qu'il éprouvait en se voyant mé-prisé ! Il verra sa fidélité à rejeter toutes ces mauvaises pensées dont le démon avait tâché de salir son imagina-tion ; il se rappellera ses préparations pour ses confes-sions, son empressement à nourrir son âme à la table sainte ; il aura devant les yeux chaque fois qu'il s'est dépouillé pour couvrir son frère pauvre et souffrant. « O mon Dieu ! O mon Dieu ! s'écriera-t-il à chaque ins-tant, que de biens pour si peu de chose ! » Mais Dieu, pour enflammer les élus d'amour et de reconnaissance, placera sa croix sanglante au milieu de sa cour, et leur fera la description de toutes les souffrances qu'il a endurées pour les rendre heureux, guidé qu'il était par son seul amour. Je laisse à penser quels seront leurs transports d'amour et de reconnaissance ; quels chastes embrassements ne vont-ils pas lui prodiguer pendant l'éternité, en se rappelant que cette croix est l'instru-ment dont Dieu s'est servi pour leur donner tant de biens !
Les saints Pères, en nous faisant la description des peines qu'endurent les réprouvés, nous disent que cha-cun de leurs sens est tourmenté, selon les crimes qu'ils ont commis et les plaisirs qu'ils ont goûtés : une per-sonne qui aura eu le malheur de s'être livrée au vice impur sera couverte de serpents et de dragons qui la dévoreront pendant l'éternité ; ses yeux qui auront eu des regards déshonnêtes, ses oreilles qui auront pris plaisir aux chansons et discours impudiques, sa bouche qui aura vomi ces impudicités, seront autant de canaux par où sortiront des tourbillons de flammes qui les dévoreront ; leurs yeux ne verront que les objets les plus horribles. Un avare y ressentira une faim à se dévo-rer lui-même ; un orgueilleux sera foulé sous les pieds des autres damnés, un vindicatif sera traîné par les démons dans les flammes. Non, M.F., il n'y aura aucune partie de notre corps qui ne souffrira à proportion des crimes qu'elle aura commis. O horreur ! O malheur épouvantable !...
D'après cela, je dis que, par rapport au bonheur des bienheureux dans le ciel, il en sera de même : leur bon-heur, leurs plaisirs et leurs joies seront grands à pro-portion de ce qu'ils auront fait souffrir leur corps pen-dant leur vie. Si nous avons eu horreur des chansons et des discours infâmes, nous n'entendrons, dans le ciel, que des cantiques tendres et ravissants, dont les anges feront retentir la voûte des cieux ; si nous avons été chastes dans nos regards, nos yeux ne seront occupés qu'à contempler des objets dont la beauté les tiendra dans un ravissement continuel sans pouvoir s'en lasser : c'est-à-dire que toujours nous découvrirons de nouvelles beautés semblables à une source d'amour qui coule sans cesse. Notre cœur qui aura gémi, pleuré pendant son exil, ressentira une telle ivresse de douceur qu'il ne sera plus à lui-même. Le Saint-Esprit nous dit que les personnes chastes seront semblables à une personne couchée sur un lit de roses, dont les odeurs la tiennent dans une extase continuelle. Pour mieux dire, ce ne sont que des plaisirs chastes et purs dont les saints seront nourris et enivrés pendant l'éternité.
Mais, pensez-vous en vous-même, quand nous serons dans le ciel, nous serons bien tous heureux de même. - Oui, mon ami, mais il y a quelque chose à distinguer. Si les damnés sont malheureux, et souffrent selon les crimes qu'ils ont commis ; de même, il ne faut pas douter que plus les saints ont fait de pénitences, plus leur gloire est brillante ; et voici comment cela se fera. Il est nécessaire, ou plutôt il faut que Dieu nous donne des forces proportionnées à l'état de gloire dont il veut nous environner, de sorte qu'il nous donnera des forces à proportion des douceurs qu'il veut nous faire éprouver. A ceux qui ont fait de grandes pénitences sans avoir commis de péchés, il donnera des forces suffisantes pour soutenir les grâces qu'il leur communiquera pendant toute l'éternité. Il est très véritable que nous serons tous très heureux et tous contents, parce que nous trouve-rons des délices autant qu'il nous en faudra pour ne rien nous laisser à désirer. « O mon Dieu ! mon Dieu ! s'écrie saint François de Sales, dans une furieuse tentation qu'il éprouve, vos jugements sont épouvantables ; mais si j'étais assez malheureux que de ne pas vous aimer dans l'éternité, ah ! du moins, accordez-moi la grâce de vous aimer autant que je pourrai en ce monde. » Ah ! si du moins, pauvres pécheurs qui ne voulez pas revenir à votre Dieu, si du moins, vous aviez les mêmes désirs que ce grand saint, que vous aimassiez le bon Dieu autant que vous le pouvez en cette vie ! O mon Dieu ! combien de chrétiens qui m'écoutent ne vous verront jamais ! O beau ciel ! ô belle demeure ! quand te verrons-nous ? O mon Dieu ! jusques à quand nous laisserez-vous lan-guir dans cette terre étrangère ? dans ce bannissement ?... Ah ! si vous voyiez celui que mon cœur aime ! ah ! dites--lui que je languis d'amour, que je ne vis plus, mais que je meurs à toute heure !...Oh ! qui me donnera des ailes comme à la colombe pour quitter cet exil et voler dans le sein de mon bien-aimé !... O cité heureuse ! d'où sont bannies toutes les peines et où l'on nage dans un déli-cieux torrent d'amour éternel !...

II. - Eh bien ! mon ami, vous en fâcherait-il d'être de ce nombre, tandis que les damnés brûleront, et pousse-ront des cris horribles sans jamais espérer de fin ? - Oh ! me direz-vous, non seulement il ne m'en fâcherait pas ; mais je voudrais déjà y être. - Je pensais bien que vous m'alliez dire cela ; mais il y a plus qu'à le désirer, il faut travailler pour le mériter. - Eh bien ! que faut-il donc faire ? - Vous ne le savez donc pas, mon ami ; eh bien ! le voici : écoutez-le bien et vous le saurez. Il faudrait ne pas tant vous attacher aux biens de ce monde, avoir un peu plus de charité pour votre femme, vos enfants, vos domestiques et vos voisins ; avoir un cœur un peu plus tendre pour les malheu-reux ; au lieu de ne penser qu'à ramasser de l'argent, à acheter des terres, il faudrait penser à vous acheter une place dans le ciel ; au lieu de travailler le diman-che, il faudrait le bien sanctifier en venant dans la maison de Dieu pour y pleurer vos péchés, lui demander de ne plus y retomber et de vous pardonner ; bien loin de ne pas donner le temps à vos enfants et à vos domestiques de remplir leurs devoirs de religion, vous devriez être les premiers à les y porter par vos paroles et vos bons exemples ; au lieu de vous emporter à la moindre perte ou contradiction qui vous arrive, vous devriez considérer qu'étant pécheur, vous en méritez bien plus, et que Dieu ne se conduit envers vous que de la manière la plus sûre pour vous rendre heureux un jour. Voilà, mon ami, ce qu'il faudrait faire pour aller au ciel, et vous ne le faites pas.
Non, me direz-vous. - Et qu'allez-vous devenir, mon frère, puisque vous tenez le chemin qui conduit dans un lieu où l'on souffre des maux si affreux ? Prenez garde, si vous ne quittez pas cette route, vous ne tar-derez pas d'y tomber ; faites là-dessus vos réflexions, et ensuite vous me direz ce que vous aurez trouvé, et moi je vous dirai ce qu'il faudra faire. N'est-ce pas, mon ami, que vous portez envie à ces heureux habi-tants de la cour céleste ? - Ah ! je voudrais y être déjà ; au moins je serais délivré de toutes les misères de ce monde. - Et moi aussi, je voudrais ; mais c'est qu'il y a autre chose à faire et à penser. - Que faut-il donc faire ? Je le ferai. - Vos pensées sont très bonnes eh bien ! écoutez un instant et je vais vous le montrer. Ne dormez pas, s'il vous plaît. Il faudrait, ma sœur, être un peu plus soumise à votre mari, ne pas vous laisser monter le sang à la tête pour un rien ; il fau-drait un peu plus le prévenir, et lorsque vous le voyez revenir dans le vin, ou bien ayant fait quelque mau-vais marché, il ne faudrait pas vous déchaîner contre lui jusqu'à ce que vous l'ayez fait mettre dans une fureur à ne plus se posséder. De là viennent les blasphèmes et les malédictions sans nombre contre vous, et qui scandalisent vos enfants et vos domesti-ques ; bien loin d'aller courir les maisons pour rappor-ter ce que vous dit ou fait votre mari, vous devriez employer ce temps-là en prières pour demander au bon Dieu de vous donner la patience et la soumission que vous devez à votre mari ; demander que Dieu lui touche le cœur pour le changer. Je sais bien ce qu'il faudrait encore faire pour aller au ciel : ma mère, écoutez-le bien et cela ne vous sera pas inutile. Ce serait de donner un peu plus de temps à instruire vos enfants et vos domestiques, à leur apprendre ce qu'ils doivent faire pour aller au ciel ; ce serait de ne leur acheter pas tout à fait de si beaux habits, pour avoir de quoi faire l'aumône, et attirer les bénédictions de Dieu, et peut-être même vous donner de quoi payer vos dettes ; il faudrait laisser les vanités de côté, et que sais-je encore ? Il faudrait qu'il n'y ait dans votre conduite que de bons exemples, cette exactitude à faire vos prières le matin et le soir, à vous préparer à la sainte communion, à approcher des sacrements ; il faudrait ce détachement des biens du monde, un langage qui montre le mépris que vous faites de toutes les choses d'ici-bas et l'estime que vous faites des choses de l'autre vie. Voilà quels devraient être vos occupations et tous vos soins ; si vous vous comportez autrement, vous êtes perdus ; pen-sez-y bien aujourd'hui, peut-être que demain il ne sera plus temps ; faites votre examen là-dessus, et ensuite, jugez-vous vous-même ; pleurez vos fautes, et tâchez de mieux faire, sinon vous ne serez jamais au ciel.

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 15:01
Visitation, Domenico Ghirlandaio

Nous lisons dans la vie de saint Athanase, qu'une dame, désirant de travailler à gagner le ciel, alla trouver l'évêque et lui demanda un des pauvres que l'on nourrissait d'aumônes, pour en avoir soin chez elle ; parce que, disait-elle, je voudrais que ma patience soit un peu exercée. Le saint évêque lui envoya une femme qui était extrêmement humble, et ne pouvait souffrir d'être servie par cette dame. Chaque fois qu'elle lui rendait quelque service, elle lui faisait mille remerciements. Non contente de tous ces remerciements, la dame toute triste, va trouver l'évêque, lui disant « Monseigneur,, vous ne m'avez pas bien servie comme je le désirais ; vous m'avez donné une personne qui me couvre de confusion par son humilité. Au moindre service que je lui rends, elle s'abaisse jusqu'à terre ; donnez-m'en une autre. » L'évêque, voyant son courage à souffrir, lui en donna une qui était d'un caractère orgueil-leux, colère, méprisant. Chaque fois que cette dame la servait, elle l'accablait d'injures, en lui disant qu'elle l'avait demandée, non pour en avoir soin, mais pour la faire souffrir. Elle alla même jusqu'à la frapper ; et que fit-elle, M.F. ? Le voici : plus elle méprisait la dame, plus celle-ci la servait avec empressement et sans cesser malgré tant de peines. De là que s'ensuivit--il ? sinon que, touchée de tant de charité, cette femme se convertit et mourut comme une sainte. Oh ! M.F., que d'âmes, au jour du jugement, nous reprocheront que si nous n'avions opposé que bonté et charité à leurs injures, elles seraient dans le ciel, tandis qu'elles brûleront pen-dant une éternité !
Si nous avons dit, M.F., en commençant, que les croix, ainsi que toutes les misères de la vie, nous étaient données de Dieu pour satisfaire à sa justice pour nos péchés, nous pouvons dire aussi qu'elles sont un préser-vatif contre le péché. Pourquoi est-ce que Dieu a permis que l'on vous fît tort, qu'un autre vous trompât ? En voici la raison. C'est que Dieu, qui voit l'avenir, a prévu que votre cœur s'attacherait trop aux choses de la terre et que vous perdriez de vue le ciel. Il permet que l'on noircisse votre réputation, que l'on vous décrie : pour-quoi cela, M.F. ? sinon parce que vous êtes trop orgueil-leux, trop jaloux de votre réputation ; c'est pour cela qu'il a permis que vous fussiez humiliés, sans quoi vous vous seriez damnés. Je dis donc, M.F., en finis-sant, qu'il n'y a rien de si malheureux dans les croix, qu'un homme sans religion. Tantôt il s'accuse lui-même en disant : Si j'avais pris ces mesures, ce malheur ne me serait pas arrivé. Tantôt il accuse les autres : C'est cette personne qui est cause de mes maux ; je ne lui pardonnerai jamais. Il se souhaite la mort, il la lui souhaite. Il maudit le jour de sa naissance ; il fera mille bassesses qu'il se croira permises pour se tirer d'em-barras ; mais non, sa croix, ou plutôt son enfer, le suivra.
Telle est la fin malheureuse de celui qui souffre sans se tourner du côté de Dieu, qui seul peut le consoler et le soulager. Mais regardez une personne qui aime Dieu, qui désire de l'aller voir dans le ciel : O mon Dieu, dit--elle, que mes souffrances sont peu de chose en compa-raison de ce que mes péchés méritent de souffrir dans l'autre vie ! Vous me faites souffrir un petit moment dans ce monde pour me rendre heureux pendant toute l'éternité. Que vous êtes bon, mon Dieu ! faites-moi souffrir, que je sois un objet de mépris et d'horreur aux yeux du monde ; pourvu que j'aie le bonheur de vous plaire, je ne veux rien autre. Concluons de cela que celui qui aime Dieu est heureux même au milieu de toutes les tempêtes de ce monde. Mon Dieu, faites que nous souffrions toujours, afin qu'après vous avoir imité ici-bas, nous allions régner avec vous dans le ciel !
5ème dimanche après Pâques
Sur la Prière

Amen, amen dico vobis : si quid petieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis.
En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera.
(Saint Jean, XVI, 23.)

Non, M.F., rien de plus consolant pour nous que les promesses que Jésus-Christ nous fait dans l'Évangile, en nous disant que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom, il nous l'accordera. Non content de cela, M.F., non seulement il nous permet de lui demander ce que nous désirons ; mais il va jusqu'à nous le com-mander, il nous en prie. Il disait à ses Apôtres : « Voilà bien trois ans que je suis avec vous et vous ne me demandez rien. Demandez-moi donc, afin que votre joie soit pleine et parfaite. » Ce qui nous montre que la prière est la source de tous les biens et de tout le bonheur que nous pouvons espérer sur la terre. D'après cela, M.F., si nous sommes si pauvres, si dénués de lumières et des biens de la grâce ; c'est que nous ne prions pas ou que nous prions mal. Hélas ! M.F., disons--le en gémissant : une grande partie ne savent pas même ce que c'est que de prier, et d'autres n'ont qu'une grande répugnance pour un exercice qui est si doux et si consolant pour un bon chrétien. Parfois, nous en voyons quelques-uns qui prient, mais qui n'obtiennent rien, cela vient de ce qu'ils prient mal : c'est-à-dire, sans préparation, et sans savoir même ce qu'ils vont demander au bon Dieu. Mais pour mieux vous faire sentir la grandeur du bien que la prière nous attire, M.F., je vous dirai que tous les maux qui nous acca-blent sur la terre ne viennent que de ce que nous ne prions pas, ou que nous prions mal ; et, si vous voulez en savoir la raison, la voici. C'est que si nous avions le bonheur de prier le bon Dieu comme il faut, il nous serait impossible de tomber dans le péché ; et si nous étions exempts de péché, nous nous retrouverions pour ainsi dire comme Adam avant sa chute. Pour vous engager, M.F., à prier souvent et à prier comme il faut, je vais vous montrer 1° que sans la prière, il nous est impossible de nous sauver ; 2° que la prière est toute puissante auprès de Dieu ; 3° quelles sont les qualités que doit avoir une prière pour être agréable à Dieu et méritoire pour celui qui la fait.

I. - Pour vous montrer, M.F., le pouvoir de la prière et les grâces qu'elle vous attire du ciel, je vous dirai que ce n'est que par la prière que tous les justes ont eu le bonheur de persévérer. La prière est à notre âme ce que la pluie est à la terre. Fumez une terre, tant que vous voudrez ; si la pluie manque, tout ce que vous ferez ne servira de rien. De même, faites des bonnes œuvres tant que vous voudrez ; si vous ne priez pas souvent et comme il faut, jamais vous ne serez sauvés ; parce que la prière ouvre les yeux de notre âme, lui fait sentir la grandeur de sa misère, la nécessité d'avoir recours à Dieu, elle lui fait redouter sa faiblesse. Le chrétien compte pour tout sur Dieu seul, et rien sur lui--même. Oui, M.F., c'est par la prière que tous les justes ont persévéré. En effet, qui a porté tous ces saints à faire de si grands sacrifices que d'abandonner tous leurs biens, leurs parents et toutes leurs commodités, pour aller passer le reste de leur vie dans les forêts, afin d'y pleurer leurs péchés ? C'est, M.F., la prière, qui enflam-mait leur cœur de la pensée de Dieu, du désir de lui plaire, et de ne vivre uniquement que pour lui. Voyez Magdeleine, quelle est son occupation après sa conver-sion ? N'est-ce pas la prière ? Voyez saint Pierre ; voyez encore saint Louis, roi de France, qui, dans ses voyages, au lieu de passer la nuit dans son lit, la passait dans une église, pour y prier, en demandant au bon Dieu le don précieux de persévérer dans sa grâce. Mais sans aller si loin, M.F., ne voyons-nous pas nous-mêmes que dès que nous négligeons nos prières, nous perdons de suite le goût des choses du ciel : nous ne pensons plus qu'à la terre ; et si nous reprenons la prière, nous sentons renaître en nous la pensée et le désir des choses du ciel. Oui, M.F., si nous avons le bonheur d'être dans la grâce de Dieu, ou nous aurons recours à la prière, ou nous sommes sûrs de ne pas persévérer longtemps dans le chemin du ciel.
En second lieu, nous disons, M.F., que tous les pé-cheurs ne doivent, sans un miracle extraordinaire, qui arrive très rarement, leur conversion qu'à la prière. Voyez sainte Monique, ce qu'elle fait pour demander la conversion de son fils : tantôt elle est au pied de son crucifix, qui prie et qui pleure ; tantôt, auprès des per-sonnes qui sont sages, pour demander le secours de leurs prières. Voyez saint Augustin lui-même, lorsqu'il voulut sérieusement se convertir ; voyez-le dans un jardin, livré à la prière et aux larmes, afin de toucher le cœur de Dieu et de changer le sien. Oui, M.F., comme que nous soyons pécheurs, si nous avions recours à la prière, et si nous priions comme il faut, nous serions sûrs que le bon Dieu nous pardonnerait. Ah ! M.F., ne soyons pas étonnés de ce que le démon fait tout ce qu'il peut pour nous faire manquer nos prières, et nous les faire faire mal ; c'est qu'il comprend bien mieux que nous combien la prière est redoutable à l'enfer, et qu'il est impossible que le bon Dieu puisse nous refuser ce que nous lui demandons par la prière. Oh ! que de pécheurs sortiraient du péché, s'ils avaient le bonheur d'avoir recours à la prière !
En troisième lieu, je dis que tous les damnés se sont damnés parce qu'ils n'ont pas prié, ou ont prié mal. De là je conclus, M.F., que sans la prière, nous ne pou-vons que nous perdre pour l'éternité, et qu'avec la prière bien faite, nous sommes sûrs de nous sauver. Oui, M.F., tous les saints étaient tellement convaincus que la prière leur était absolument nécessaire pour se sauver, qu'ils ne se contentaient pas de passer les jours à prier, mais encore les nuits entières. Pourquoi est-ce, M.F., que nous avons tant de répugnance pour un exercice si doux et si consolant ? Hélas ! M.F., c'est que, le faisant mal, nous n'avons jamais senti les dou-ceurs que les saints y éprouvaient. Voyez saint Hila-rion, qui pria pendant cent ans sans discontinuer, et ces cent ans de prières furent si courts que sa vie lui sembla passer comme un éclair. En effet, M.F., une prière bien faite est une huile embaumée qui se répand dans toute notre âme, qui semble déjà lui faire sentir le bonheur dont jouissent les bienheureux dans le ciel. Cela est si vrai, que nous lisons dans la vie de saint François d'Assise que, souvent, quand il priait, il tom-bait dans le ravissement, au point qu'il ne pouvait distinguer s'il était sur la terre ou dans le ciel parmi les bienheureux. C'est qu'il était embrasé par le feu divin que la prière allumait dans son cœur, et qui lui com-muniquait une chaleur sensible. Un jour qu'il était à l'église, il se sentit un amour si violent qu'il se mit à crier à haute voix : « Mon Dieu, je ne peux plus y tenir. » - Mais, pensez-vous en vous-mêmes, cela est bien bon pour ceux qui savent bien prier et dire de belles prières. - M.F., ce ne sont ni les longues, ni les belles prières que le bon Dieu regarde ; mais celles qui se font du fond du cœur, avec un grand respect et un véritable désir de plaire à Dieu. En voici un bel exemple. Il est rapporté dans la vie de saint Bonaven-ture, qui était un grand docteur de l'Église, qu'un reli-gieux très simple lui dit : « Mon père, moi qui suis peu instruit, pensez-vous que je puisse prier le bon Dieu, et l'aimer ? » Saint Bonaventure lui dit : « Ah ! mon ami, c'est principalement ceux-là que le bon Dieu chérit le plus, et qui lui sont le plus agréables. » Ce bon religieux, tout étonné d'une si bonne nouvelle, va se mettre à la porte du monastère, disant à tous ceux qu'il voyait passer : « Venez, mes amis, j'ai une bonne nouvelle à vous donner ; le docteur Bonaventure m'a dit que nous autres, quoique ignorants, nous pouvions autant aimer le bon Dieu que les savants. Quel bonheur pour nous de pouvoir aimer le bon Dieu et lui plaire, sans rien savoir ! » D'après cela, M.F., je vous dirai que rien n'est plus facile que de prier le bon Dieu, et qu'il n'est rien de plus consolant.
Nous disons que la prière est une élévation de notre cœur vers Dieu. Disons mieux, M.F., c'est un doux entretien d'un enfant avec son père, d'un sujet avec son roi, d'un serviteur avec son maître, d'un ami avec son ami, dans le sein duquel il dépose ses chagrins et ses peines. Pour mieux encore vous exprimer ce bonheur, c'est une vile créature que le bon Dieu reçoit entre ses bras pour lui prodiguer toutes sortes de bénédictions. Que vous dirai-je encore, M.F. ? C'est la réunion de tout ce qu'il y a de plus vil, avec tout ce qu'il y a de plus grand, de plus puissant, de plus parfait en toutes sortes de manières. Dites-moi, M.F., nous en faut-il davantage, pour nous faire sentir le bonheur de la prière et la nécessité de la prière ? D'après cela, M.F., vous voyez que la prière nous est absolument néces-saire si nous voulons plaire à Dieu et nous sauver.
D'un autre côté, nous ne pouvons trouver notre bon-heur sur la terre qu'en aimant Dieu ; et nous ne pou-vons l'aimer qu'en le priant. Nous voyons que Jésus--Christ, pour nous encourager à avoir souvent recours à lui par la prière, nous promet de ne jamais rien nous refuser si nous le prions comme il faut. Mais, sans aller chercher de grands détours pour vous montrer que nous devons souvent prier, vous n'avez qu'à ouvrir votre catéchisme, et vous y verrez que le devoir d'un bon chrétien est de prier le matin et le soir et souvent pen-dant le jour : c'est-à-dire, toujours.
Je dis que, le matin, un chrétien qui désire de sau-ver son âme doit, dès l'instant qu'il s'éveille, faire le signe de la croix, donner son cœur à Dieu, lui offrir toutes ses actions, se préparer à faire sa prière. Il ne faut jamais travailler avant de la faire ; mais la faire à genoux, après avoir pris de l'eau bénite, et la faire de-vant son crucifix. Ne perdons jamais de vue, M.F., que c'est le matin que le bon Dieu nous prépare toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour passer sainte-ment la journée ; parce que le bon Dieu sait toutes les occasions que nous aurons de pécher, toutes les tenta-tions que le démon nous livrera pendant le jour ; et, si nous prions à genoux et comme il faut, il nous donne toutes les grâces dont nous avons besoin pour ne pas succomber. C'est pour cela que le démon fait tout ce qu'il peut pour nous les faire manquer ou pour nous les faire faire mal ; étant très convaincu, comme il l'avoua un jour par la bouche d'un possédé, que s'il peut avoir le premier moment de la journée, il est sûr d'avoir tout le reste. Qui de nous, M.F., pourrait entendre, sans pleurer de compassion, ces pauvres chrétiens qui osent vous dire qu'ils n'ont pas le temps de prier ! Vous n'avez pas le temps ! pauvres aveugles ; quelle est l'action la plus précieuse, ou de travailler à plaire à Dieu et à sauver votre âme, ou d'aller donner à manger à vos bêtes qui sont à l'écurie, ou bien d'appeler vos enfants ou vos domestiques pour les envoyer remuer la terre ou le fumier ? Mon Dieu, que l'homme est aveugle !... Vous n'avez pas le temps ! mais, dites-moi, ingrats, si le bon Dieu vous avait fait mourir cette nuit, auriez-vous tra-vaillé ? Si le bon Dieu vous avait envoyé trois ou quatre mois de maladie, auriez-vous travaillé ? Allez, miséra-bles, vous méritez que le bon Dieu vous abandonne à votre aveuglement, que vous périssiez. Nous trouvons que c'est trop de lui donner quelques minutes pour le remercier des grâces qu'il nous accorde à chaque instant. - Vous voulez faire votre ouvrage, dites-vous. - Mais, mon ami, vous vous trompez grandement, vous n'avez pas d'autre ouvrage que de plaire à Dieu et de sauver votre âme, tout le reste n'est pas votre ouvrage : si vous ne le faites pas, d'autres le feront ; mais si vous perdez votre âme, qui la sauvera ? Allez, vous êtes un insensé, quand vous serez en enfer, vous apprendrez ce que vous eussiez dû faire ; mais ce que, malheureusement, vous n'avez pas fait.
Mais, me direz-vous, quels sont donc les avantages que nous recevons par la prière, que nous devons si souvent prier ? - M.F., les voici. La prière fait que nos croix sont moins pesantes, elle adoucit nos peines et nous sommes moins attachés à la vie, elle attire sur nous le regard de la miséricorde de Dieu, elle fortifie notre âme contre le péché, elle nous fait désirer la pénitence et nous la fait pratiquer avec plaisir, elle nous fait sentir et comprendre combien le péché outrage le bon Dieu. Disons mieux, M.F., par la prière nous plaisons à Dieu, nous enrichissons nos âmes, et nous nous assurons la vie éternelle. Dites-moi, M.F., en faut-il davantage pour nous porter à faire que notre vie ne soit qu'une prière continuelle par notre union avec Dieu ? Quand on aime quelqu'un, a-t-on besoin de le voir pour penser à lui ? Non, sans doute. De même, M.F., si nous aimons le bon Dieu, la prière nous sera aussi familière que la respiration. Cependant, M.F., je vous dirai que pour prier de manière qu'elle puisse nous attirer tous ces biens, il ne suffit pas d'y employer un instant à la hâte, c'est-à-dire, avec précipitation. Le bon Dieu veut que nous y passions un temps convenable, que nous ayons au moins le temps de lui demander les grâces qui nous sont nécessaires, de le remercier de ses bienfaits, et de gémir sur nos fautes passées en lui en demandant pardon.
Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous donc prier sans cesse ? - M.F., rien de plus facile : c'est de nous occuper du bon Dieu, de temps en temps, pendant notre travail ; tantôt faisant un acte d'amour, pour lui témoigner que nous l'aimons, parce qu'il est bon et digne d'être aimé ; tantôt, un acte d'humilité, nous reconnaissant indignes des grâces dont il ne cesse de nous combler ; tantôt un acte de confiance, de ce que, quoique bien misérables, nous savons qu'il nous aime et qu'il veut nous rendre heureux. Ou bien, nous penserons à la mort et passion de Jésus-Christ, nous le verrons au jar-din des Olives, portant sa croix ; nous nous rappellerons son couronnement d'épines, son crucifiement ; ou, si vous voulez, son incarnation, sa naissance, sa fuite en Égypte ; ou bien encore, la pensée de la mort, du juge-ment, de l'enfer ou du ciel. Nous ferons quelques prière en l'honneur de notre saint ange gardien, et ne man-querons jamais de dire nos Benedicite, nos actions de grâces, nos Angelus, le Salut, Marie, quand l'heure sonne : ce qui nous fait ressouvenir de nos fins dernières, que bientôt nous ne serons plus sur la terre, et ce qui nous porte à ne pas nous y attacher, et à ne pas rester dans le péché, crainte que la mort nous y surprenne. Voyez, M.F., combien il est facile de prier sans cesse en faisant cela. Voilà, M.F., comme les saints priaient toujours.

II. - Le deuxième motif qui doit nous porter à avoir recours à la prière, c'est que tout l'avantage tourne contre nous. Le bon Dieu veut notre bonheur, et il sait que ce n'est que par la prière que nous pouvons nous le procurer. D'ailleurs, M.F., quel plus grand honneur pour une vile créature comme nous, que Dieu veuille bien s'abaisser jusqu'à elle, en s'entretenant avec elle aussi familièrement qu'un ami avec son ami. Voyez quelle bonté de sa part en nous permettant de lui faire part de nos chagrins, de nos peines. Et ce bon Sauveur s'empresse de nous consoler, de nous soutenir dans les épreuves, ou, pour mieux dire, il souffre pour nous. Dites-moi, M.F., ne serait-ce pas vouloir renoncer à notre salut et à notre bonheur sur la terre que de ne pas prier ? puisque, sans la prière, nous ne pouvons être que malheureux, et qu'avec la prière nous sommes sûrs de tout obtenir ce qui nous est nécessaire pour le temps et pour l'éternité, comme nous allons le voir.
Je dis 1° M.F., que tout est promis à la prière, et 2° que la prière obtient tout quand elle est bien faite : c'est une vérité que Jésus-Christ nous répète presque à chaque page de la sainte Écriture. La promesse que Jésus-Christ nous en fait est formelle : « Deman-dez, nous dit-il, et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez, l'on vous ouvrira. Tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, vous l'obtiendrez, si vous le faites avec foi. » Jésus-Christ ne se contente pas de nous dire que la prière bien faite obtient tout. Pour mieux encore nous en convaincre, il nous l'assure avec serment : « En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. » D'après les paroles de Jésus-Christ même, il me semble, M.F., qu'il serait impossible de douter du pouvoir de la prière. D'ailleurs, M.F., d'où pourrait venir notre défiance ? Serait-ce de notre indi-gnité ? Mais, le bon Dieu sait bien que nous sommes pécheurs et coupables, et que nous comptons en tout sur sa bonté qui est infinie, et que c'est en son nom que nous prions. Et notre indignité n'est-elle pas couverte, et comme cachée par ses mérites ? Est-ce parce que nos péchés sont trop affreux ou trop nombreux ? Mais, ne lui est-il pas aussi facile de nous pardonner mille péchés qu'un seul ? N'est-ce pas principalement pour les pé-cheurs qu'il a donné sa vie ? Écoutez ce que nous dit le saint Roi-Prophète : « A-t-on jamais vu quelqu'un qui ait prié le Seigneur, et dont la prière n'ait pas été exaucée ? » « Oui, nous dit-il, tous ceux qui invoquent le Seigneur, et qui ont recours à lui, ont éprouvé les effets de sa miséricorde. ».
Voyons cela par des exemples, ce qui vous sera plus sensible. Voyez Adam après son péché demander misé-ricorde. Non seulement le Seigneur lui pardonne, mais encore à tous ses descendants ; il lui promet son Fils, qui devait s'incarner, souffrir et mourir pour réparer son péché. Voyez les Ninivites qui étaient si coupables, puisque le Seigneur leur envoie son prophète Jonas, pour les avertir qu'il allait les faire périr de la manière la plus épouvantable : c'est-à-dire, par le feu du ciel . Tous se livrent à la prière, et le Seigneur leur accorde à tous leur pardon. Lors même que le bon Dieu était prêt à faire périr l'univers par un déluge universel, si ces pécheurs avaient eu recours à la prière, ils auraient été sûrs que le Seigneur les aurait pardonnés. Si vous allez plus loin, voyez Moïse sur la montagne, pendant que Josué combat les ennemis du peuple de Dieu. Tant que Moïse prie, les Israélites sont victorieux ; et aussitôt qu'il cesse de prier, ils sont vaincus. Voyez encore ce même Moïse qui va demander au Seigneur le pardon de trente mille coupables que le Seigneur avait résolu de faire périr : par ses prières, il força pour ainsi dire le Seigneur à les pardonner. « Non, Moïse, lui dit le Seigneur, ne demande pas grâce pour ce peuple, je ne veux pas le pardonner. » Moïse continue, et le Seigneur est vaincu par les prières de son serviteur, et les pardonne. Que fait Judith, M.F., pour délivrer sa patrie de son redoutable ennemi ? Elle se met en prière, et, pleine de confiance en celui qu'elle vient de prier, elle va chez Holopherne, lui tranche la tête et sauve sa patrie. Voyez le pieux roi Ézéchias, à qui le Seigneur envoie son prophète pour lui dire de mettre ordre à ses affaires parce qu'il va mourir. Il se prosterne devant le Seigneur, en le priant de ne pas l'ôter encore de ce monde. Le Seigneur, touché de sa prière, lui donne encore quinze ans de vie. Si vous passez plus loin, voyez le publicain qui, se reconnaissant coupable, va dans le temple prier le Seigneur de le par-donner. Jésus-Christ nous dit lui-même que ses péchés lui sont pardonnés. Voyez la pécheresse qui, prosternée aux pieds de Jésus-Christ, le prie avec larmes. Jésus--Christ ne lui dit-il pas : « Vos péchés vous sont par-donnés ? » Le bon larron prie sur la croix, quoique tout couvert des crimes les plus énormes : non seulement Jésus-Christ le pardonne ; mais, bien plus, lui promet qu'au même jour, il sera dans le ciel avec lui. Oui, M.F., s'il vous fallait citer tous ceux qui ont obtenu leur par-don par la prière, il faudrait vous citer tous les saints qui ont été pécheurs ; puisque ce n'est que par la prière qu'ils ont eu le bonheur de se réconcilier avec le bon Dieu, qui se laissa toucher par leurs prières.

III. - Mais peut-être pensez-vous : D'où peut donc venir que, malgré tant de prières, nous sommes toujours pécheurs et pas meilleurs une fois que l'autre ? - Mon ami, notre malheur vient de ce que nous ne prions pas comme il faut, c'est-à-dire que nous prions sans pré-paration et sans désir de nous convertir, souvent même sans savoir ce que nous voulons demander au bon Dieu. Rien de si sûr, M.F., que cela, puisque tous les pécheurs qui ont demandé au bon Dieu leur conversion l'ont obtenue, et que tous les justes qui ont demandé à Dieu la persévérance ont persévéré. - Mais peut-être me direz-vous : L'on est trop tenté. - Vous êtes trop tenté, mon ami ? Vous pouvez prier et vous êtes sûr que la prière vous donnera la force de résister à la tenta-tion. Vous avez besoin de grâce ? Eh bien ! la prière vous l'obtiendra. Si vous en doutez, écoutez ce que nous dit saint Jacques, qu'avec la prière nous domi-nons sur le monde, sur le démon et sur nos penchants. Oui, M.F., dans quelques peines que nous soyons, si nous prions, nous aurons le bonheur de les supporter avec résignation à la volonté de Dieu ; et quelque vio-lentes que soient nos tentations, si nous avons recours à la prière, nous les surmonterons. Mais que fait le pécheur ? Le voici. II est très persuadé que la prière lui est absolument nécessaire pour éviter le mal et pour faire le bien, et pour sortir du péché quand il a le malheur d'y être tombé ; mais comprenez, si vous le pouvez, son aveuglement ; il ne fait presque point de prière ou il la fait mal. Cela n'est-il pas vrai, M.F. ? Voyez la manière dont un pécheur fait sa prière, sup-posé même qu'il en fasse, car la plupart des pécheurs n'en font point ; hélas ! on les voit se lever et se cou-cher comme des bêtes. Mais examinons ce pécheur faisant sa prière : voyez-le se couchant sur une chaise ou contre son lit, la faisant en s'habillant ou se désha-billant, en allant ou en criant, et peut-être même en jurant après ses domestiques ou ses enfants. Quelle préparation y apporte-t-il ? Hélas ! point du tout. Sou-vent et la plupart du temps, ces hommes ont fini leur prétendue prière, non seulement sans savoir ce qu'ils ont dit, mais encore sans penser devant qui ils étaient et ce qu'ils venaient faire et demander. Voyez-les dans la maison du bon Dieu, cela ne vous ferait-il pas mou-rir de compassion ? Pensent-ils qu'ils sont en la sainte présence de Dieu ? Non, sans doute : ils regardent qui entre et qui sort, ils parlent à l'un et à l'autre, ils bâil-lent, ils dorment, ils s'ennuient, peut-être même sont--ils en colère de ce que les offices sont, selon eux, trop longs. Ils ont de la dévotion en prenant l'eau bénite à peu près comme quand ils en prennent dans le seau pour boire. A peine mettent-ils les deux genoux par terre, il leur semble que c'est beaucoup que de courber un petit peu la tête pendant la Consécration ou la Bénédiction. Vous les voyez promener leurs regards dans l'église, peut-être même sur des objets qui peuvent les porter au mal ; ils ne sont pas même entrés, qu'ils voudraient déjà être dehors. Quand ils sortent, vous les entendez crier comme des personnes que l'on tire d'une prison pour les mettre en liberté. Eh bien ! M.F., voilà le besoin du pécheur : vous voyez qu'il est bien grand. D'après cela, devons-nous nous étonner si un pécheur reste toujours dans son péché, et de plus, s'il y per-sévère ?
Nous avons dit, en troisième lieu, que les avantages de la prière sont attachés à la manière dont nous nous acquittons de ce devoir, comme vous allez le voir. 1° Pour qu'une prière soit agréable à Dieu et avanta-geuse à celui qui la fait, il faut être en état de grâce ou du moins dans une bonne résolution de sortir du péché promptement, parce que la prière d'un pécheur qui ne veut pas sortir du péché est une insulte qu'il fait à Dieu ; 2° Pour qu'une prière soit bonne, il faut nous y être préparé. Toute prière qui est faite sans préparation est une prière mal faite, et cette préparation c'est, au moins, de s'occuper un instant du bon Dieu avant de se mettre à genoux, pensant à qui vous allez parler, ce que vous allez lui demander. Hélas ! que le nombre de ceux qui s'y préparent est petit, et par conséquent qu'il y en a peu qui prient comme il faut, c'est-à-dire de manière à être exaucés ? D'ailleurs, M.F., que voulez--vous que le bon Dieu vous accorde, puisque vous ne voulez rien et ne désirez rien ! Disons encore mieux c'est un pauvre qui ne veut pas d'aumône, c'est un malade qui ne veut pas de guérison, c'est un aveugle qui veut rester dans son aveuglement ; enfin, c'est un damné qui ne veut point de ciel et qui consent d'aller en enfer.
En deuxième lieu, nous avons dit que la prière est l'élévation de notre cœur vers Dieu, c'est un doux et heureux entretien d'une créature avec son Dieu. Ce n'est donc pas, M.F., prier le bon Dieu comme il faut, lorsque nous pensons à autre chose pendant que nous prions. Aussitôt que nous nous apercevons que notre esprit s'égare, il faut vite revenir en la présence du bon Dieu, nous en humilier devant lui, et ne jamais laisser nos prières parce que nous ne sentons point de plaisir à prier. Au contraire, plus nous avons de dégoût, plus notre prière est méritoire aux yeux de Dieu, si nous continuons toujours dans la pensée de plaire à Dieu. Il est rapporté dans l'histoire qu'un jour un saint disait à un autre saint : « Pourquoi est-ce que quand l'on prie le bon Dieu, notre esprit se remplit de mille pensées étran-gères, et que, bien souvent, si l'on n'était pas occupé à la prière, l'on n'y penserait pas. » L'autre lui répon-dit : « Mon ami, cela n'est pas étonnant : d'abord, le démon prévoit les grâces abondantes que nous pouvons obtenir par la prière, et par conséquent, il désespère de gagner une personne qui prie comme il faut ; ensuite, plus nous prions avec ferveur plus nous le rendons furieux ». Un autre à qui le démon apparut, lui de-manda pourquoi il était continuellement occupé à ten-ter les chrétiens ? Le démon lui répondit lui-même qu'il ne pouvait pas souffrir qu'un chrétien, qui tant de fois a péché, puisse encore obtenir son pardon, et que tant qu'il y aurait un chrétien sur la terre, il le tente-rait. Ensuite il lui demanda comment il les tentait. Le démon lui répondit, le voici : « Aux uns, je leur mets le doigt dans la bouche pour les faire bâiller ; les autres, je les endors ; et d'autres, je transporte leur esprit de ville en ville. » Hélas ! M.F., cela n'est que trop véritable ; nous éprouvons chaque jour ces choses, toutes les fois que nous sommes en la sainte présence de Dieu pour le prier.
Il est rapporté que le supérieur d'un monastère voyant un de ses religieux qui, avant de commencer ses prières, se donnait certain mouvement et semblait parler avec quelqu'un, lui demanda de quoi il s'occu-pait avant de commencer ses prières. « Mon père, lui dit-il, c'est qu'avant de commencer mes prières, j'ai la coutume d'appeler toutes mes pensées et mes désirs en leur disant : Venez tous et nous adorerons Jésus-Christ notre Dieu. » « Ah ! M.F., nous dit Cassien, qu'il faisait bon voir prier les premiers fidèles ! Ils avaient un si grand respect en la présence de Dieu, qu'il semblait qu'ils étaient morts, tant le silence était grand ; on les voyait dans l'église tout tremblants ; il n'y avait ni chaises ni bancs ; ils se tenaient prosternés comme des criminels qui attendent leur sentence. Mais aussi, M.F., que le ciel se peuplait vite et qu'il faisait bon vivre sur la terre ! Ah ! bonheur infini pour ceux qui ont vécu dans ces temps heureux ! »
3° Nous avons dit qu'il faut que nos prières soient faites avec confiance, et avec une espérance ferme que le bon Dieu peut et veut nous accorder ce que nous lui demandons, si nous le demandons comme il faut. Dans tous les endroits où Jésus-Christ nous promet de tout accorder à la prière, il met toujours cette condition « Si vous la faites avec foi. » Quand quelqu'un lui de-mandait sa guérison ou autre chose, il ne manquait jamais de leur dire : « Qu'il vous soit fait selon votre foi. » D'ailleurs, M.F., qui pourrait nous porter à dou-ter, puisque notre confiance est appuyée sur la toute -puissance de Dieu qui est infinie, et sur sa miséricorde qui est sans bornes, et sur les mérites infinis de Jésus--Christ au nom duquel nous prions. Quand nous prions au nom de Jésus-Christ, ce n'est pas nous qui prions, mais c'est Jésus-Christ lui-même qui prie son Père pour nous. L'Évangile nous donne un bel exemple de la foi que nous devons avoir en priant, dans la personne de cette femme qui était atteinte d'une perte de sang. Elle se disait en elle-même : « Si je peux seulement toucher le bord de son manteau, je suis sûre d'être guérie. » Vous voyez qu'elle croyait fermement que Jésus-Christ pouvait la guérir ; elle attendait avec une grande con-fiance une guérison qu'elle désirait ardemment. En effet, le Sauveur passant près d'elle, elle se jette aux pieds de Jésus-Christ, lui touche son manteau, et aussi-tôt elle est guérie. Jésus-Christ, voyant sa foi, la regarde avec bonté, en lui disant : « Allez, votre foi vous a sauvée. » Oui, M.F., c'est à cette foi et à cette confiance que tout est promis.
4° Nous disons que quand nous prions, il faut avoir des intentions bien pures dans tout ce que nous de-mandons, et ne rien demander que ce qui peut contri-buer à la gloire de Dieu et à notre salut. « Vous pouvez, nous dit saint Augustin, demander des choses tempo-relles ; mais toujours dans la pensée que vous vous en servirez pour la gloire de Dieu et le salut de votre âme, ou pour celui de votre prochain ; autrement, vos de-mandes ne sont formées que par l'orgueil et l'ambition ; et si, dans ce cas, le bon Dieu refuse de vous accorder ce que vous lui demandez, c'est qu'il ne veut pas contri-buer à votre perte. Mais que faisons-nous dans nos prières, nous dit encore saint Augustin ? Hélas ! nous demandons une chose, et nous en désirons une autre. En récitant notre Pater, nous disons : « Notre Père, qui êtes aux cieux ; c'est-à-dire : Mon Dieu, détachez-nous de ce monde ; faites-nous la grâce de mépriser toutes les choses qui ne sont que pour la vie présente ; faites--moi la grâce que toutes mes pensées et tous mes désirs soient pour le ciel ! » Hélas ! nous serions bien fâchés si le bon Dieu nous faisait cette grâce ; du moins, un grand nombre .
Nous devons souvent prier, M.F., mais nous devons redoubler nos prières dans les épreuves et les tentations. En voici un bel exemple. Nous lisons dans l'histoire que, du temps de l'empereur Licinius, l'on voulut que tous les soldats fissent des sacrifices au démon. Dans le nom-bre il y en eut quarante qui refusèrent, en disant que les sacrifices n'étaient dus qu'à Dieu seul, et non au démon. On leur fit toutes sortes de promesses. Voyant que rien ne pouvait les vaincre, ils furent condamnés après bien des tourments à être jetés nus dans un étang d'eau glacée, pendant une nuit, dans les rigueurs de l'hiver, afin de les faire mourir par la rigueur du froid. Les saints martyrs, se voyant ainsi condamnés, se dirent les uns aux autres : « Mes amis, que nous reste-t-il à présent, sinon de nous jeter entre les mains du Dieu tout-puissant, de qui seul nous devons attendre la force et la victoire ? Ayons recours à la prière, et prions sans cesse pour attirer sur nous les grâces du Ciel ; deman-dons à Dieu que tous les quarante nous ayons le bonheur de persévérer. » Mais pour les tenter, l'on mit près de là un bain chaud. Malheureusement, un d'entre eux perdant courage, quitte le combat, et va se mettre dans le bain chaud ; mais en y entrant il perdit la vie. Celui qui les gardait voyant trente-neuf couronnes des-cendre du ciel, une seule restait. « Ah ! s'écria-t-il, c'est ce malheureux qui a quitté les autres !... » Il se met à sa place, reçoit la quarantième et est baptisé dans son sang. Le lendemain, comme ils respiraient encore, le gouverneur ordonna qu'ils fussent jetés dans le feu. Les ayant mis sur un chariot, excepté le plus jeune qu'on espérait encore pouvoir gagner ; sa mère qui en fut témoin, s'écria : « Ah ! mon fils, courage ! un moment de souffrance te vaudra une éternité de bonheur. » Et prenant elle-même son fils, elle le porte sur le chariot avec les autres ; pleine de joie, elle le conduit, comme en triomphe, à la gloire du martyre. Ils ne cessèrent de prier pendant tout le temps de leur martyre, tant ils étaient persuadés que la prière est le moyen le plus puis-sant pour attirer sur nous les secours du Ciel. Nous voyons que saint Augustin, après sa conversion, se retira pendant longtemps dans un petit désert, pour demander au bon Dieu la grâce de persévérer dans ses bonnes résolutions. Étant évêque, une bonne partie de ses nuits était occu-pée à la prière. Saint Vincent Ferrier, qui a tant converti d'âmes, disait que rien n'était si puissant pour convertir les pécheurs que la prière ; qu'elle était semblable à un dard qui perce le cœur du pécheur.
Oui, M.F., nous pouvons dire que la prière fait tout ; c'est elle qui nous fait connaître nos devoirs, c'est elle qui nous fait connaître l'état misérable de notre âme après le péché, c'est elle qui y met les dispositions qui nous sont nécessaires pour recevoir les sacrements ; c'est elle qui nous fait comprendre combien la vie et les biens de ce monde sont peu de chose, ce qui nous porte à ne pas nous y attacher ; c'est elle qui imprime vivement la crainte salutaire de la mort, du jugement, de l'enfer et de la perte du ciel. Ah ! M.F., si nous avions le bonheur de prier comme il faut, que nous serions bientôt de saints pénitents ! Nous voyons que saint Hugues, évêque de Grenoble, dans sa maladie, ne pouvait se contenter de dire le « Notre Père. » On lui dit que cela pourrait contribuer à augmenter sa maladie. « Ah ! non, leur répondit-il, au contraire, cela soulage. »
Nous avons dit, M.F., que la troisième condition afin que notre prière soit bien agréable à Dieu, est la persé-vérance. Nous voyons souvent que le bon Dieu ne nous accorde pas toujours de suite ce que nous lui deman-dons ; c'est pour nous le faire désirer davantage, ou pour nous le faire mieux apprécier. Ce retard n'est pas un refus, mais une épreuve, qui nous dispose à recevoir avec plus d'abondance ce que nous demandons. Voyez saint Augustin qui, pendant cinq ans, demande au bon Dieu la grâce de sa conversion. Voyez sainte Marie Égyptienne qui, pendant dix-neuf ans, demanda au bon Dieu la grâce de la délivrer des sales pensées. Mais qu'ont fait les saints ? Le voici. Ils ont toujours persévéré à demander, et par leur persévérance, ils ont toujours obtenu ce qu'ils ont demandé au bon Dieu. Pour nous, quoique tout couverts de péchés, si le bon Dieu ne nous accorde pas de suite ce que nous lui demandons, nous pensons que le bon Dieu ne veut pas nous accorder ce que nous lui demandons, et de suite, nous laissons la prière. Non, M.F., ce n'est pas là la conduite qu'ont tenue les saints en persévérance : ils ont toujours pensé qu'ils étaient indignes d'être exaucés, et que, si Dieu le leur accordait, il n'écoutait que sa miséricorde et non leur mérite. Je dis donc que quand nous prions, quoi-qu'il semble que le bon Dieu n'écoute pas nos prières, il ne faut pas se lasser de prier ; mais toujours continuer. Si le bon Dieu ne nous accorde pas ce que nous lui demandons, il nous accorde une autre grâce qui nous est plus avantageuse que celle que nous demandons. Nous avons un exemple de la manière dont nous devons persévérer dans la prière, en la personne de cette femme chananéenne, qui s'adresse à Jésus-Christ pour lui demander la guérison de sa fille. Voyez son humi-lité et sa persévérance, etc... Voici un autre exemple admirable de la puissance de la prière. Nous lisons dans l'histoire des Pères du désert, que les catholiques étant allés trouver un saint dont la réputation s'étendait bien au loin, pour le prier de venir confondre un certain hérétique, dont les discours séduisaient beaucoup de monde, ce saint s'étant mis en dispute avec ce mal-heureux, sans pouvoir le porter à convenir qu'il avait tort, et qu'il était un malheureux qui semblait n'être né que pour perdre les âmes ; voyant toujours que, par ses détours, il voulait faire croire qu'il n'avait pas tort ; le saint lui dit : « Malheureux, le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en œuvres ; allons tous les deux, et avec tout ce monde qui seront autant de témoins, allons au cimetière ; nous invoquerons le bon Dieu sur le premier mort que nous trouverons, et nos œuvres feront voir notre foi. » Cet hérétique fut tout interdit de cette proposition, il n'osa se rendre à l'invi-tation : il demanda au saint d'attendre jusqu'au lende-main ; le saint y consentit. Le lendemain, le peuple qui désirait avec empressement de savoir à quoi cela abou-tirait, se rendit en foule au cimetière. L'on attendit jusqu'à trois heures du soir ; mais on annonça au saint que son adversaire avait pris la fuite pendant la nuit et s'était retiré en Égypte. Alors saint Macaire conduisit tout ce peuple qui attendait le résultat de leur confé-rence, et surtout ceux que ce malheureux avait trompés, il les mena au cimetière. S'étant arrêté sur un tombeau, là, en leur présence, il se mit à genoux, pria quelque temps, et s'adressant au plus ancien cadavre qui fût enterré dans ce lieu, lui dit : « O homme ! écoute-moi : si cet hérétique fût venu ici avec moi, et que, devant lui, j'eusse invoqué le nom de Jésus-Christ mon Sau-veur, ne te serais-tu pas levé pour rendre témoignage à la vérité de ma foi ? » A ces mots, le mort se lève et en présence de tout le monde, dit qu'il l'aurait de suite fait comme il faisait maintenant. Saint Macaire lui dit « Qui es-tu ? et en quel âge du monde as-tu vécu ? As-tu connaissance de Jésus-Christ ? » Le mort ressuscité lui répondit qu'il avait vécu du temps des plus anciens rois ; mais qu'il n'avait jamais entendu nommer le nom de Jésus-Christ. Alors saint Macaire, voyant que tout le monde était bien convaincu que ce malheureux héré-tique était un trompeur, dit au mort : « Dors en paix jusqu'à la résurrection générale. » Et tout le monde se retira en louant Dieu, qui avait si bien fait connaître la vérité de notre sainte religion. Pour saint Macaire, il retourna dans son désert pour y continuer à faire péni-tence .
Voyez-vous, M.F., la puissance de la prière quand elle est bien faite ? Ne conviendrez-vous pas avec moi que si nous n'obtenons pas ce que nous demandons au bon Dieu, c'est que nous ne prions pas avec foi, avec un cœur assez pur, avec une confiance assez grande, ou que nous ne persévérons pas assez dans la prière ? Non, M.F., jamais Dieu n'a refusé et ne refusera rien à tous ceux qui lui demandent quelque grâce comme il faut. Oui, M.F., c'est la seule ressource qui nous reste pour sortir du péché, pour persévérer dans la grâce, pour toucher le cœur de Dieu, et pour nous attirer tou-tes sortes de bénédictions du ciel, soit pour l'âme, soit même pour les choses temporelles.
De là, je conclus que si nous restons dans le péché, si nous ne nous convertissons pas, si nous nous trou-vons si malheureux dans les peines que le bon Dieu nous envoie, c'est que nous ne prions pas ou que nous prions mal. Sans la prière, nous ne pouvons pas fré-quenter dignement les sacrements ; sans la prière, vous ne connaîtrez jamais l'état où le bon Dieu vous appelle. Sans la prière, nous ne pouvons qu'aller en enfer. Sans la prière, jamais nous ne goûterons les douceurs que nous pouvons goûter en aimant Dieu. Sans la prière, toutes nos croix sont sans mérite. Oh ! que de plaisirs, M.F., nous aurions en priant, si nous avions le bonheur de savoir prier comme il faut ! Ne prions donc jamais sans bien penser à qui nous parlons et à ce que nous voulons demander au bon Dieu. Prions surtout, M.F., avec humilité et confiance, et par là, nous aurons le bonheur d'obtenir tout ce que nous désirons, si nos demandes sont selon Dieu. Ce que je vous souhaite...

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 14:59
Nous voyons dans l'Évangile que toutes les conver-sions que Jésus-Christ a opérées pendant sa vie ont été appuyées sur la persévérance. Comment savons-nous, M.F., que saint Pierre a été converti ? Il est bien dit que Jésus-Christ le regarda, que saint Pierre pleura son péché , mais qui nous assure sa conversion, sinon qu'il a persévéré dans la grâce, et qu'il n'a plus péché ? Comment est-ce que saint Matthieu a été converti ? Nous savons bien que Jésus-Christ, l'ayant vu dans son bu-reau, lui dit de le suivre, et qu'il le suivit , mais ce qui nous assure que sa conversion a été véritable, c'est qu'il ne rentra plus dans ce bureau, qu'il ne commit plus d'injustice ; c'est qu'après avoir commencé à suivre Jésus-Christ, il ne le quitta plus. La persévérance dans la grâce, le renoncement pour toujours au péché, furent les marques très certaines de sa conversion. Oui, M.F., quand vous auriez vécu vingt ou trente ans dans la vertu et dans la pénitence, si vous ne persévérez pas, tout est perdu pour vous. Oui, dit un saint évêque à son peuple, quand vous auriez donné tout votre bien aux pauvres, quand vous auriez déchiré votre corps, quand vous l'au-riez mis tout en sang, quand, à vous seul, vous auriez souffert autant que tous les martyrs ensemble, quand vous auriez été écorché comme un saint Barthélemy, scié entre deux planches comme un prophète Isaïe, brûlé à petit feu comme un saint Laurent, si, par malheur, vous manquez de persévérance, c'est-à-dire, si vous retombez dans le péché que vous avez déjà confessé, tout est perdu pour vous si la mort vous surprend dans cet état. Qui de nous sera sauvé ? Est-ce celui qui aura combattu qua-rante ou soixante ans ? Non, M.F. Est-ce celui qui aura blanchi ses cheveux dans le service de Dieu ? Non, M.F., s'il manque de persévérance : tel qu'un Salomon, dont l'Esprit-Saint, parlant de lui, dit qu'il est le plus sage des rois de la terre ; il semblait être parfaitement assuré de son salut, et cependant, il nous laisse sur ce point dans une grande incertitude. Saül nous en présente une image encore plus effrayante. Choisi de Dieu même pour ré-gner sur son peuple, comblé de tant de bienfaits, il meurt en réprouvé . « Ah ! malheureux ! nous dit saint Jean Chrysostome, prends garde, après avoir reçu la grâce de ton Dieu, de ne pas la mépriser. Ah ! je tremble quand je considère combien le pécheur retombe facile-ment dans son péché déjà confessé ; comment oserait-il bien redemander son pardon ? Oui, M.F., il vous suffirait, avec le secours de la grâce, pour ne jamais retomber dans le péché, de comparer l'é-tat malheureux où le péché vous avait réduits avec celui où la grâce vous a mis. Oui, M.F., une âme, qui retombe dans le péché, livre son Dieu au démon, lui sert de bourreau, et le crucifie sur la croix de son cœur ; arrache son âme d'entre les mains de son Dieu, la traîne en enfer, la livre à toute la fureur et à la rage des démons, lui ferme le ciel, et tourne à sa condamna-tion toutes les souffrances de son Dieu. Ah ! mon Dieu, qui pourrait recommettre le péché, si l'on faisait toutes ces réflexions ? Écoutez, M.F., ces terribles paroles du Sauveur : « Celui qui aura combattu jusqu'à la fin sera sauvé. » D'après cela, M.F., tremblons, nous qui tom-bons à chaque instant. Jamais de ciel, si nous ne sommes pas plus fermes que nous n'avons été jusqu'à présent ; mais ce n'est pas encore tout. Vos confessions sont-elles bien faites ? Car vous pouvez persévérer dans la pratique de la vertu et être damnés . Avez-vous pris toutes les précautions que vous deviez prendre pour bien faire et confession et communion ? Avez-vous bien examiné votre conscience avant de vous approcher du tribunal de la pénitence ? Avez-vous bien déclaré tous vos péchés, tels que vous les connaissiez, sans dire, peut-être, que ce n'est pas mal fait, que ce n'est rien, ou : je le dirai une autre fois ? Avez-vous cette véritable contrition de vos péchés ? L'avez-vous bien demandée à Dieu en sortant du confessionnal ? Auriez-vous préféré la mort plutôt que de recommettre les péchés que vous veniez de confesser ? -Êtes-vous bien dans la résolution ferme de ne plus revoir les personnes avec lesquelles vous avez fait le mal ? Té-moignez-vous au bon Dieu que si vous deviez encore l'offenser, vous aimeriez mieux qu'il vous fasse mourir ? Et cependant quand vous seriez dans toutes ces disposi-tions, tremblez toujours, vivez entre une espèce de dé-sespoir et l'espérance. Vous êtes aujourd'hui dans l'amitié de Dieu, tremblez que, peut-être demain, vous ne soyez dans sa haine et un réprouvé. Écoutez saint Paul, ce vase d'élection, qui avait été choisi de Dieu pour porter son nom devant les princes et les rois de la terre, qui a conduit tant d'âmes à Dieu, dont les yeux se troublaient à chaque instant par l'abondance des larmes qu'il répan-dait ; il s'écriait à tout moment : « Hélas ! je ne cesse de traiter durement mon corps, et de le réduire en servi-tude, crainte qu'après avoir prêché aux autres et montré les moyens d'aller au ciel, je n'en sois moi-même banni et réprouvé . » Dans un autre endroit, il semble avoir un peu plus de confiance ; mais sur quoi est-elle fondée cette confiance ? » « Oui, mon Dieu, s'écrie-t-il, je suis comme une victime prête à être immolée, bientôt mon corps et mon âme seront séparés, je vois bien que je ne vivrai pas longtemps ; mais toute ma confiance est que j'ai toujours suivi les mouvements que la grâce de Dieu m'a donnés. Depuis que j'ai eu le bonheur de me con-vertir, j'ai conduit autant d'âmes à Dieu qu'il m'a été possible, j'ai toujours combattu, j'ai fait une guerre con-tinuelle à mon corps. Ah ! combien de fois j'ai demandé à Dieu la grâce de me défaire de ce misérable corps qui toujours tendait vers le mal ; enfin grâce à mon Dieu, je vais recevoir « la récompense de celui qui a combattu et persévéré jusqu'à la fin . » O mon Dieu ! qu'il y en a peu qui persévèrent, et par conséquent, qu'il y en a peu de sauvés !
Nous lisons dans la vie de saint Grégoire, qu'une dame romaine lui écrivit pour lui demander le secours de ses prières, afin que Dieu lui fit connaître si ses péchés lui avaient été pardonnés, et si, un jour, elle re-cevrait la récompense de ses bonnes œuvres. « Ah ! disait-elle, je tremble que Dieu ne m'ait pas pardonnée ! - Hélas ! lui dit saint Grégoire, vous me demandez une chose très difficile ; cependant je vous dirait-que vous pouvez espérer que Dieu vous pardonnera et que vous irez au ciel si vous persévérez ; mais, malgré tout ce que vous avez fait, vous serez damnée si vous ne persévérez pas. » Hélas ! combien de fois ne tenons--nous pas le même langage en nous tourmentant pour savoir si nous serons damnés ou sauvés ! Pensées inu-tiles, M.F. ! Écoutons un Moïse qui, étant sur le point de mourir, fit assembler les douze tribus d'Israël : « Vous savez, leur dit-il, que je vous ai tendrement aimés, que je n'ai recherché que votre salut et votre bien ; maintenant que je vais rendre compte à Dieu de toutes mes actions, il faut que je vous avertisse, que je vous presse de ne jamais oublier ceci : servez le Seigneur fidèlement, rappelez-vous tant de grâces dont il vous a comblés ; quoi qu'il vous en coûte, ne vous séparez jamais de lui. Vous aurez des ennemis qui vous persécuteront, et qui feront ce qu'ils pourront pour vous le faire abandonner ; mais prenez courage, vous êtes sûrs de les vaincre si vous êtes fidèles à Dieu . »
Hélas ! M.F., les grâces que le bon Dieu nous accorde sont encore bien plus nombreuses et les ennemis qui nous environnent sont bien plus puissants. Je dis : les grâces, parce qu'ils n'avaient reçu que quelques biens temporels et la manne ; et nous, qui avons eu le bon-heur de recevoir le pardon de nos péchés, d'arracher notre âme de l'enfer et d'être nourris, non d'une manne, mais du corps et du sang adorable de Jésus-Christ !... O mon Dieu ! quel bonheur ! Il ne faut donc pas retour-ner travailler continuellement à nous faire perdre ce trésor. O combien peu qui persévèrent, parce qu'ils craignent le combat !
Nous lisons dans l'histoire qu'un saint prêtre rencon-tra un jour un chrétien, qui était dans une appréhension continuelle de succomber à la tentation. « Pourquoi crai-gnez-vous ? lui dit le prêtre. - Hélas ! mon père, lui dit-il, je crains d'être tenté, de succomber et de périr. Ah ! s'écrie-t-il en pleurant, n'ai-je pas lieu de trembler, si tant de millions d'anges ont succombé dans le ciel, si Adam et Ève ont été vaincus dans le paradis terrestre, si Salomon, qui a passé pour le plus sage des rois, et qui était parvenu jusqu'au plus haut degré de perfection, a souillé ses cheveux blancs par les crimes les plus hon-teux et les plus déshonorants ; si cet homme, après avoir fait l'admiration du monde, en est devenu l'horreur et l'opprobre ; quand je considère un Judas, qui succomba en compagnie de Jésus-Christ même ; si tant de brillantes lumières se sont éteintes, que dois-je penser de moi--même, qui ne suis que péché ? Qui pourrait compter le nombre d'âmes qui sont en enfer, et qui, sans la tenta-tion, seraient dans le ciel ? O mon Dieu ! s'écriait-il, qui est celui qui tremble et qui pourra espérer persé-vérer ? - Mais, mon ami, lui dit le saint prêtre, ne savez-vous pas ce que nous dit saint Augustin, que le démon est comme un gros chien à l'attache, il aboie et fait grand bruit ; mais il ne mord que celui qui s'approche de trop près. Ayez confiance en Dieu, fuyez les occa-sions du péché, et vous ne succomberez pas. Si Eve n'avait pas écouté le démon, si elle avait pris la fuite dès qu'il lui parla de transgresser les commandements de Dieu, elle n'aurait pas succombé. Lorsque vous serez tenté, rejetez de suite les tentations, et, si vous pouvez, faites dévotement le signe de la croix, pensez aux tour-ments qu'endurent les réprouvés pour n'avoir pas su résister à la tentation ; levez les yeux vers le ciel, et vous verrez la récompense de celui qui combat ; appelez votre bon ange à votre secours, jetez-vous promptement entre les bras de la Mère de Dieu, en réclamant sa pro-tection ; vous êtes sûr d'être victorieux de vos ennemis, et vous les verrez bientôt couverts de confusion. »
Si nous succombons, M.F., cela ne vient donc que de ce que nous ne voulons pas prendre les moyens que le bon Dieu nous offre pour combattre. Il faut surtout être bien convaincus que, de nous-mêmes, nous ne pou-vons que nous perdre ; mais qu'avec une grande con-fiance en Dieu, nous pouvons tout. Voyez saint Philippe de Néri, il disait souvent à Dieu : « Hélas ! Seigneur, tenez-moi bien, je suis si mauvais qu'il me semble qu'à chaque instant je vais vous trahir ; je suis si peu de chose, que même lorsque je sors pour faire une bonne œuvre, je me dis en moi-même : Tu sors chrétien, peut--être vas-tu rentrer comme un païen, après avoir renié ton Dieu. » Un jour, se croyant seul dans un désert, il se mit à crier : « Hélas ! je suis perdu, je suis damné ! » Quelqu'un qui l'entendit vint à lui, en lui disant : « Mon ami, est-ce que vous désespérez de la miséricorde de Dieu ? est-ce qu'elle n'est pas infinie ? - Hélas ! lui dit ce grand saint, je ne désespère pas, au contraire, j'espère beaucoup ; mais je dis que je suis perdu et damné si Dieu m'abandonne à moi-même. Quand je considère combien de personnes qui ont persévéré jus-qu'à la fin et qu'une seule tentation a perdues : voilà ce qui me fait trembler nuit et jour, dans la crainte d'être du nombre de ces malheureux. »
Hélas ! M.F., si tous les saints ont tremblé toute leur vie, crainte de ne pas persévérer, que sera-ce donc de nous qui, sans vertu, presque sans confiance en Dieu, de nous-mêmes chargés de péchés, ne sommes nulle-ment attentifs à prendre garde de ne pas nous laisser enfiler dans les pièges que le démon nous tend ; nous qui marchons comme des aveugles au milieu des plus grands dangers, qui dormons tranquillement parmi une foule d'ennemis, les plus acharnés à notre perte ! - Mais, me direz-vous, que faut-il donc faire pour ne pas suc-comber ? - Mon ami, le voici : il faut fuir les occasions qui nous ont fait tomber les autres fois ; avoir sans cesse recours à la prière, et enfin, fréquenter souvent et di-gnement les sacrements, si vous le faites, si vous suivez ce chemin, vous êtes sûr de persévérer ; mais si vous ne prenez ces précautions, vous aurez beau faire et prendre toutes vos mesures, vous ne laisserez pas d'être perdu.

II. - Je dis 2° que vous devez fuir le monde autant que vous le pourrez, parce que son langage et sa ma-nière de vivre sont entièrement opposés à ce que doit faire un bon chrétien, c'est-à-dire une personne qui cherche les moyens les plus sûrs pour aller au ciel. Demandez à Sainte Marie Égyptienne qui quitta le monde et passa sa vie au fond d'un affreux désert ; elle vous dira qu'il est impossible de pouvoir sauver son âme et plaire à Dieu si l'on ne fuit pas le monde ; car partout l'on n'y trouve que pièges et embûches ; et, comme il est opposé à Dieu, il faut absolument le mépriser et le quitter pour jamais. Où avez-vous entendu des mauvaises chansons, les propos les plus infâmes, qui vous donnent une infinité de mauvaises pensées et de mau-vais désirs ? N'est-ce pas dans ce moment où vous vous êtes trouvé dans cette compagnie de libertins ? Qui vous a fait faire des jugements téméraires ? N'est-ce pas en entendant parler du prochain dans la compagnie de ce médisant ? Qui vous a donné l'habitude de faire des regards ou des touchements abominables sur vous ou sur d'autres ? N'est-ce pas depuis que vous avez fréquenté cet impudique ? Quelle est la cause que vous ne fréquen-tez plus les sacrements ? N'est-ce pas depuis que vous allez avec cet impie, qui a tâché de vous faire perdre la foi, en vous disant que tout ce que le prêtre vous disait, c'étaient des bêtises ; que la religion n'était que pour retenir les jeunes gens ; que l'on était des imbéciles d'aller conter à un homme ce qu'on avait fait ; que tous ceux qui sont instruits se moquent de tout cela, c'est-à--dire, jusqu'à la mort ; ensuite ils avoueront qu'ils se sont trompés . Eh bien ! mon ami, sans cette mau-vaise compagnie, auriez-vous eu tous ces doutes ? Non, sans doute. Dites-moi, ma sœur, depuis quel temps est-ce que vous avez tant de goût pour les plaisirs, les danses, les bals, les rendez-vous, les parures mondaines ? N'est-ce pas depuis le moment que vous avez fréquenté cette jeune fille mondaine, qui n'est pas encore con-tente d'avoir perdu sa pauvre âme et qui a perdu la vôtre ? Dites-moi, mon ami, combien y a-t-il de temps que vous fréquentez les cabarets, les jeux ? N'est-ce pas depuis l'instant que vous avez connu ce débauché ? Dites-moi depuis quel temps l'on vous entend vomir toute sorte de jurements et de malédictions ? N'est-ce pas depuis que vous êtes en condition chez ce maître dont la bouche et le gosier crie et n'est qu'un tuyau d'abomination ?
Oui, M.F., au jour du jugement, chaque libertin verra l'autre libertin lui demander son âme, son Dieu et son paradis. Ah ! malheureux, se diront-ils les uns aux autres, rends-moi mon âme que tu m'as perdue, et rends-moi le ciel que tu m'as ravi. Malheureux, où est mon âme ? Arrache-la donc de l'enfer où tu me jettes. Ah ! sans toi, je n'aurais pas commis ce péché qui me damne. Non, non, je ne le connaissais pas. Non, non, jamais je n'aurais eu cette pensée ; ah ! ce beau ciel que tu m'as fait perdre ! Adieu, beau ciel que tu m'as ravi ! Oui, chaque pécheur se jettera sur celui qui lui a donné mauvais exemple, et qui l'a porté le premier au péché. « Ah ! dira-t-il, plût à Dieu que je ne t'aie jamais connu ! Ah ! si du moins j'étais mort avant de te voir, je serais dans l'enfer et jamais je n'irai... Adieu, beau ciel, je t'ai perdu pour bien peu de chose !... » Non, M.F., non, ja-mais vous ne persévérerez dans la vertu si vous ne fuyez les compagnies du monde ; vous aurez beau vouloir vous sauver, vous ne laisserez pas d'être damnés. Ou l'enfer, ou la fuite ; point de milieu. Choisissez lequel des deux vous voulez prendre. Dès qu'une jeune fille ou un jeune homme suit ses plaisirs, fille et jeune homme réprou-vés... Vous aurez beau dire que vous ne faites point de mal, que peut-être je suis scrupuleux. Moi je vous dis que vous en viendrez toujours là, qu'un jour vous serez en enfer, si vous ne changez pas ; non seulement vous le verrez, mais, de plus, vous le sentirez. Tirons le voile, M.F., et passons à un autre sujet.

III. - J'ai dit 3° que la prière est absolument néces-saire pour avoir le bonheur de persévérer dans la grâce de Dieu après l'avoir reçue dans le sacrement de Péni-tence. Avec la prière vous pouvez tout, vous êtes, pour ainsi dire, maîtres des volontés de Dieu, si j'ose parler ainsi ; et, sans la prière, vous n'êtes capables de rien, et cela seul suffit pour vous montrer la nécessité de la prière. Tous les saints ont commencé leur conversion par la prière et ont persévéré par la prière ; et tous les damnés se sont perdus par leur négligence de la prière. Je dis donc que la prière nous est absolument nécessaire pour persévérer ; mais je distingue : non une prière faite en dormant, appuyé sur une chaise, ou couché contre son lit ; non une prière faite en s'habillant et se déshabillant, en marchant ; non une prière faite en poussant son bois au feu, en criant après ses enfants et ses domestiques ; non une prière faîte en tournant son chapeau ou son bonnet par ses mains ; non une prière faite en baisant ses enfants, ou rangeant son mouchoir ou son tablier ; non une prière faite en laissant occuper son esprit par un étranger ; non une prière que nous faisons avec précipitation comme une chose qui ennuie, dont nous ne voyons que le moment de nous dé-barrasser : tout ceci n'est plus une prière, mais une insulte que nous faisons à Dieu. Bien loin d'y trouver les moyens de nous garantir de tomber dans le péché, cette prière elle-même nous est un sujet de chute ; parce que, au lieu d'y trouver un nouveau degré de grâce ! Dieu nous retire celle qu'il nous avait donnée, pour punir le mépris que nous faisons de sa présence. Au lieu d'affaiblir nos ennemis, nous les fortifions ; au lieu de leur arracher les armes qu'ils avaient pour nous com-battre, nous leur en donnons de nouvelles ; au lieu de fléchir la justice de Dieu, nous l'irritons davantage ! Voilà, M.F., le profit que nous faisons et que nous retirons de nos prières.
Mais la prière dont je vous parle, qui est si puissante auprès de Dieu, qui nous attire tant de grâces, qui semble même lier la volonté de Dieu, qui semble, pour ainsi dire, le forcer à nous accorder ce que nous lui demandons, c'est une prière faite dans une espèce de désespoir et d'espérance. Je dis désespoir, considérant notre indignité et le mépris que nous avons fait de Dieu et de ses grâces, nous reconnaissant indignes de paraître devant lui et d'oser lui demander notre grâce, nous qui l'avons tant de fois déjà reçue, et l'avons toujours payé d'ingratitude, ce qui doit nous porter, à chaque instant de notre vie, à croire que la terre va s'ouvrir sous nos pieds, que toutes les foudres du ciel sont prêtes à nous frapper, et que toutes les créatures crient vengeance à la vue des outrages que nous avons faits à leur Créa-teur ; là, tout tremblant devant lui, nous attendons si Dieu lancera sa foudre pour nous écraser ou s'il voudra bien nous pardonner encore une fois. Le cœur brisé de regret d'avoir offensé un Dieu si bon, nous laissons couler nos larmes de repentir et de reconnaissance ; notre cœur et notre esprit sont tout abîmés dans la pro-fondeur de notre néant et de la grandeur de celui que nous avons outragé et qui nous laisse encore l'espérance de notre grâce. Bien loin de regarder le temps de la prière comme un moment perdu, nous le regardons comme le plus heureux et le plus précieux de notre vie, parce qu'un chrétien pécheur ne doit avoir d'autres occupations dans ce monde que de pleurer ses péché aux pieds de son Dieu ; bien loin de faire passer ses affaires temporelles les premières et de les préférer à celles de son salut, il les regarde comme des riens ou plutôt comme des obstacles à son salut, il n'y donne des soins et de l'attention qu'autant que Dieu le lui com-mande, bien convaincu que s'il ne les fait pas, d'autres les feront ; mais que, s'il n'a pas le bonheur d'obtenir sa grâce et de se rendre Dieu favorable, tout est perdu pour lui, personne ne le fera pour lui. Il ne quitte la prière qu'avec la plus grande peine, les moments où il est en la présence de Dieu ne sont rien ou plutôt passent comme un éclair ; si son corps quitte la présence de Dieu, son cœur et son esprit y sont toujours. Pendant sa prière, il n'est plus question ni de travail, ni de se cou-cher sur une chaise ou contre son lit...
Je dis qu'un chrétien doit être entre le désespoir et l'espérance. Je dis l'espérance, en se représentant la grandeur de la miséricorde de Dieu, le désir qu'il a de nous rendre heureux, ce qu'il a fait pour nous mériter le ciel. Animés par une pensée si consolante, nous nous adresserons à lui avec une grande confiance ; nous dirons comme saint Bernard : « Mon Dieu, ce que je vous demande je ne l'ai pas mérité, mais vous l'avez mérité pour moi. Si vous m'accordez, ce n'est que parce que vous êtes bon et miséricordieux. » Dans ces senti-ments, que fait un chrétien ? Le voici. Pénétré de la plus vive reconnaissance, il prend la plus ferme résolution de ne plus outrager son Dieu, qui vient de lui accorder sa grâce. Voilà, M.F., la prière dont je veux parler, qui nous est absolument nécessaire pour avoir notre pardon et le don précieux de la persévérance.

IV. - En quatrième lieu, nous avons dit que nous devons joindre la fréquentation des sacrements pour avoir le bonheur de conserver la grâce de Dieu. Un chrétien qui fait un saint usage de la prière et des sacrements, est aussi redoutable au démon qu'un dragon monté sur un coursier, les yeux étincelants, armé de sa cuirasse, de son sabre et de ses pistolets, en présence de son ennemi sans armes : sa seule présence le ren-verse de front et le met en fuite. Mais, qu'il descende de son cheval et qu'il quitte ses armes : de suite son ennemi lui tombe dessus, le foule sous ses pieds et s'en rend maître ; tandis que, muni de ses armes, sa seule présence semblait anéantir cet ennemi. Image sensible d'un chrétien qui est muni des armes de la prière et des sacrements. Non, non, un chrétien qui prie, et qui fré-quente les sacrements avec les dispositions nécessaires, est plus redoutable au démon que ce dragon dont je viens de vous parler. Qu'est-ce qui rendait saint Antoine si terrible aux puissances de l'enfer, sinon la prière ? Écoutez le langage que le démon lui tenait un jour, lui disant : pourquoi il le faisait tant souffrir, qu'il était son plus cruel ennemi. « Ah ! que vous êtes peu de chose, lui dit saint Antoine moi qui ne suis qu'un pauvre solitaire qui ne peux me tenir sur mes pieds, d'un seul signe de croix je vous mets en fuite. » Voyez encore ce que le démon dit à sainte Thérèse, que par le grand amour qu'elle avait pour Dieu, par la fréquentation des sacrements, il ne pouvait pas même respirer là où elle avait passé. Pourquoi ? C'est que les sacrements nous donnent tant de force pour persévérer dans la grâce de Dieu, que jamais l'on n'a vu un saint s'éloigner des sacrements et persévérer dans l'amitié de Dieu ; et que dans les sacrements, ils ont trouvé toutes les forces pour ne pas se laisser vaincre au démon : en voici la raison. Quand nous prions, Dieu nous donne des amis, il nous envoie tantôt un saint ou un ange pour nous consoler ; comme il fit à Agar, la servante d'Abraham , au chaste Joseph lorsqu'il était dans sa prison ; de même à saint Pierre... ; il nous fait sentir avec plus d'abon-dance ses grâces pour nous fortifier et nous encourager. Mais dans les sacrements, c'est non un saint ou un ange, c'est lui-même qui vient avec ses foudres pour anéantir notre ennemi. Le démon, le voyant, dans notre cœur, se précipite comme un désespéré dans les abîmes ; voilà précisément pourquoi le démon fait tout ce qu'il peut pour nous en éloigner et nous les faire profaner. Oui, M.F., dès qu'une personne fréquente les sacrements, le démon perd toute sa puissance. Disons cependant, il faut bien distinguer : ce sont ceux qui les fréquentent avec les dispositions nécessaires, qui ont véritablement le péché en horreur, qui prennent tous les moyens que Dieu nous donne pour ne plus y retomber et profiter des grâces qu'il nous fait. Je ne veux pas vous parler de ceux qui se confessent aujour-d'hui et qui demain retombent dans leur faute ; je ne veux pas parler de ceux qui s'accusent de leurs péchés avec aussi peu de regret et de repentir que s'ils faisaient le récit d'une histoire faite à plaisir, ni de ceux qui n'apportent point ou presque point de préparation, qui viendront se confesser sans peut-être s'examiner, qui diront ce qui se présente à leur esprit ; ils s'approcheront de la table sainte sans avoir sondé les replis de leur cœur, sans avoir demandé la grâce de connaître leurs péchés et la douleur qu'ils doivent en avoir, sans avoir pris aucune résolution de ne plus pécher. Non, non, tous ceux-ci ne travaillent qu'à leur perte. Au lieu de combattre contre le démon, ils se tournent de son côté, et se creusent eux-mêmes un enfer. Non, non, ce n'est, pas de ceux-là dont je veux vous parler. Si tous ceux qui fréquentent les sacrements étaient de ces personnes, quoique le nombre en soit bien petit, il y en aurait plus de sauvés qu'il n'y en aura. Mais je parle de ceux qui sortent, soit du tribunal de la pénitence, soit de la table sainte, pour paraître avec grande confiance devant le tribunal de Dieu, sans crainte d'être condamnés pour les défauts de préparation dans leurs confessions ou communions. O mon Dieu ! qu'ils sont rares, que de chrétiens se sont ainsi perdus !

V. - Je dis 5° que pour avoir le bonheur de conserver la grâce que nous avons reçue dans le sacrement de Péni-tence, nous devons pratiquer la mortification : c'est le chemin que tous les saints ont tenu. Ou châtiez ce corps de péché, ou vous ne serez pas longtemps sans tomber. Voyez le saint roi David : pour demander au bon Dieu la grâce de persévérer, il châtia son corps toute sa vie. Voyez saint Paul qui vous dit qu'il traitait son corps comme un cheval. D'abord, nous ne devons jamais passer un repas sans nous priver de quelque chose, pour qu'à la fin de chaque repas, nous puissions offrir à Dieu quel-que privation. Pour notre sommeil, de temps en temps, en retrancher un peu. Dans notre démangeaison de parler, dès lors que nous avons la pensée de dire quel-que chose, nous en priver pour le bon Dieu. Eh bien ! M.F., qui sont ceux qui prennent toutes ces précautions dont je viens de vous montrer l'importance ? Où sont-ils ? Hélas ! je n'en sais rien. Qu'ils sont rares ! et que le nom-bre en est petit ! Mais aussi, où sont ceux qui, ayant reçu le pardon de leurs péchés, persévèrent dans l'état heureux où le sacrement de Pénitence les a mis ? Hélas ! mon Dieu, où faut-il les aller chercher ? Y en a-t-il parmi ceux qui m'écoutent, qui soient de ces heureux chré-tiens ? Hélas ! je n'en sais rien.
Que devons-nous conclure de tout cela, M.F. ? Le voici. Si nous retombons, comme auparavant, dès que les occasions se présentent, c'est que nous ne prenons pas de meilleures résolutions, que nous n'augmentons pas nos pénitences, que nous ne redoublons pas nos prières et nos mortifications. Tremblons sur nos confes-sions, qu'à l'heure de la mort nous ne trouvions que des sacrilèges, et par conséquent, notre perte éternelle. Heu-reux, et mille fois heureux, ceux qui persévèreront jus-qu'à la fin, puisque le ciel est pour ceux-là !...

3ème dimanche après Pâques
Sur les Afflictions

Amen, amen dico vobis : quia plorabitis et flebitis vos ; mundus autem gaudebit.
En vérité, en vérité je vous le dis : vous pleurerez et vous gémirez, et le monde se réjouira.
(S. Jean, XVI, 20.)

Qui pourrait, M.F., entendre sans étonnement le lan-gage que le Sauveur tient à ses disciples avant de monter au ciel, en leur disant que leur vie ne serait qu'une suite de larmes, de croix et de souffrances ; tandis que les gens du monde se livreraient et s'abandonneraient à une joie insensée et riraient comme des frénétiques ? « Ce n'est pas, nous dit saint Augustin, que les gens du monde, c'est-à-dire les méchants, n'aient aussi leurs peines, puisque les troubles et les chagrins sont les suites d'une conscience criminelle, et qu'un cœur déré-glé trouve son supplice dans son propre dérèglement. » Hélas ! ils sont enveloppés dans la malédiction que Jésus-Christ prononce contre ceux qui ne pensent qu'à se livrer au plaisir et à la joie. Le partage des bons chré-tiens est bien différent : il leur faut se résoudre à passer leur vie à souffrir et à gémir ; mais, de leurs larmes et de leurs souffrances, ils passeront à une joie et à un plaisir infini dans sa grandeur et sa durée ; au lieu que les gens du monde, après quelques instants d'une joie mêlée de bien des amertumes, passeront leur éternité dans les flammes. « Malheur à vous, leur dit Jésus-Christ, à vous qui ne pensez qu'à vous réjouir, parce que vos plaisirs vous engendrent des maux infinis dans le lieu de ma justice. Ah ! bienheureux, dit-il ensuite aux bons chrétiens, ah ! bienheureux, vous qui passez vos jours dans les larmes, parce qu'un jour viendra que je vous consolerai moi-même. » Je vais donc vous montrer M.F., que les croix, les souffrances, la pauvreté, et les mépris sont le partage d'un chrétien qui cherche à sauver son âme et à plaire à Dieu. Il faut ou souffrir dans ce monde, ou ne jamais espérer de voir Dieu dans le ciel. Exami-nons cela d'un peu plus près.

I. - Je dis 1° que dès l'instant que nous sommes admis au nombre des enfants de Dieu, nous prenons une croix qui ne doit nous quitter qu'à la mort. Dans quel-que endroit que Jésus-Christ nous parle du ciel il ne manque jamais de nous dire que ce n'est que par les croix et les souffrances que nous pouvons le mériter : « Prenez votre croix, nous dit Jésus-Christ, et suivez-moi, non un jour, un mois, une année, mais toute votre vie. » Saint Augustin nous dit : « Laissez les plaisirs et la joie aux gens du monde ; mais pour vous, qui êtes les en-fants de Dieu, pleurez avec les enfants de Dieu. » Les souffrances et les persécutions nous sont très avantageuses sous deux rapports. Le premier est que nous y trouvons des moyens très efficaces pour expier nos péchés passés, puisque, ou dans ce monde ou dans l'autre, il faut en subir la peine. Dans ce monde, les peines ne sont infinies ni dans leur rigueur ni dans leur durée : c'est un Dieu miséricordieux qui ne nous châtie que parce qu'il a de grands desseins de miséricorde sur nous ; il nous fait souffrir un instant, pour nous rendre heureux pendant toute une éternité. Quel-que grandes que soient nos peines, ce n'est que son petit doigt qui nous touche ; au lieu que, dans l'autre vie, les supplices et les tourments que nous endurerons seront engendrés par sa puissance et sa fureur. Il semblera prendre à tâche de s'épuiser à nous faire souffrir. Nos maux seront infinis dans leur durée et leur rigueur. Dans ce monde, nos peines sont encore adoucies par les con-solations et les secours que nous trouvons dans notre sainte religion ; mais, dans l'autre, point de consolations ni d'adoucissement : au contraire, tout sera pour nous comme un sujet de désespoir. Oh ! heureux est le chré-tien qui passe sa vie dans les larmes et les souffrances, puisqu'il pourra éviter tant de maux et se procurer tant de plaisirs et de joies éternelles !
Le saint homme Job nous dit que la vie de l'homme n'est qu' « une suite de misères. » Entrons dans quel-ques détails. En effet, si nous allons de maisons en maisons, nous y trouvons partout plantée la croix de Jésus-Christ ; ici, c'est une perte de biens, une injus-tice qui a réduit une pauvre famille à la misère ; là, c'est une maladie, qui tient ce pauvre homme sur un lit de douleur, pour qu'il passe ses jours dans les souf-frances ; ailleurs, c'est une pauvre femme qui trempe son pain dans ses larmes, par le chagrin qu'elle éprouve de la part d'un mari brutal et sans religion. Si je me tourne vers une autre, je vois la tristesse peinte sur son front : si je lui en demande la raison, elle me répondra qu'elle est accusée de choses auxquelles elle n'a jamais pensé. Dans un endroit, ce sont de pauvres vieillards rejetés et méprisés de leurs enfants, réduits à mourir de chagrin et de misères. Enfin, dans un autre endroit, j'entends une maison retentir des cris causés par la perte d'un père, d'une mère ou d'un enfant. Voilà en général, M.F., ce qui rend la vie de l'homme si triste et si misérable, si nous ne considérons tout cela qu'humainement ; mais si nous nous tournons du côté de la religion, nous verrons que nous sommes infiniment malheureux de nous désoler et de nous plaindre, comme nous le faisons.

II. - Ensuite, je vous dirai que ce qui vous fait vous trouver si malheureux, c'est que vous regardez tou-jours ceux qui sont mieux que vous. Un pauvre, dans les misères de sa pauvreté, au lieu de penser aux cri-minels qui sont chargés de fer, condamnés à passer leurs jours dans les prisons, ou à perdre sur un gibet leur vie languissante, portera sa pensée dans la maison d'un grand du monde, qui regorge de biens et de plai-sirs. - Un malade, bien loin de penser aux tourments qu'endurent les malheureux réprouvés qui hurlent dans les flammes, qui sont écrasés par la colère de Dieu, dont une éternité de tourments ne sera pas dans le cas d'effacer le moindre des péchés, jettera les yeux sur ceux que la maladie et la pauvreté n'ont jamais touchés. Voilà, M.F., ce qui nous fait trouver nos maux insupporta-bles. Mais que s'ensuit-il de là, M.F., sinon des mur-mures et des plaintes, qui nous en font perdre tout le mérite pour le ciel ? Car, d'un côté, nous souffrons sans consolations et sans espérance d'en être récom-pensés ; d'un autre côté, au lieu de nous en servir pour expier nos péchés, nous ne faisons que les augmenter par nos murmures et notre défaut de patience. En voici la preuve : depuis que vous dites du mal de cette per-sonne qui a cherché à vous nuire, en êtes-vous plus avancé ? Sa haine s'est-elle apaisée ? Non, M.F., non. Depuis tant d'années que vous ne cessez de crier après ce mari qui vous désole par son ivrognerie, ses débau-ches et ses folles dépenses, en est-il devenu plus rai-sonnable ? Non, ma sœur, non. Lorsqu'étant accablés de maladies et de perte vous vous êtes laissés aller au désespoir, presque jusqu'à vouloir vous détruire, jus-qu'à maudire ceux qui vous ont donné la vie ; vos maux ont-ils cessé, vos peines sont-elles moins cui-santes ? Non, M.F., non. Cet enfant qui vous a tant fait verser de larmes, est-il ressuscité ? Non, M.F., non. Ainsi, M.F., vos impatiences, votre défaut de sou-mission à la volonté de Dieu et votre désespoir n'ont donc servi qu'à vous rendre plus malheureux, vous n'avez donc fait qu'ajouter de nouveaux péchés à vos anciens. Hélas ! M.F., voilà le sort malheureux et désespérant d'une personne qui a perdu de vue la fin pour laquelle Dieu lui envoie ses croix.
Mais, me direz-vous, nous avons cent fois entendu ce langage, ce sont des paroles et non des consolations ; nous en disons autant à ceux qui sont dans les peines. - Ah ! mon ami, regarde, regarde en haut ; tire ton cœur du limon de la terre où tu l'as plongé, déchire ces brouillards qui te cachent les biens que tes peines peu-vent te procurer. Ah ! regarde en haut, considère la main d'un bon père qui te destine une place heureuse dans son royaume ; un Dieu te frappe pour guérir les plaies que le péché a faites à ta pauvre âme ; un Dieu te fait souffrir pour te couronner d'une gloire immor-telle !...
Voulez-vous savoir, M.F., comment il faut recevoir les croix qui nous viennent ou de la main de Dieu ou de celle des créatures ? Le voici. Je veux dire, comme le saint homme Job, qui, après avoir perdu des biens immenses et une famille nombreuse, ne s'en prit, ni au feu du ciel qui avait brûlé une partie de ses troupeaux, ni aux voleurs qui avaient emporté le reste, ni au vent impétueux qui, en renversant sa maison, avait écrasé ses pauvres enfants : mais il se contenta de dire « Hélas ! la main du Seigneur s'est appesantie sur moi. » Lorsque, couché pendant un an sur un fumier, tout couvert d'ulcères, sans ressources et sans consolations, méprisé des uns, abandonné des autres, persécuté même par sa femme qui, au lieu de le consoler, se moquait de lui, en lui disant : « Demande à Dieu la mort, afin de faire fuir ces maux. Vois-tu ton Dieu, que tu sers avec tant de fidélité, vois-tu comment il te traite ? - Taisez-vous, lui dit le saint homme, si nous avons reçu avec actions de grâces les biens de sa main bienfaisante, pourquoi ne recevrions-nous pas les maux dont il nous afflige ? »
Mais, pensez-vous, je ne peux pas comprendre que ce soit Dieu qui nous afflige, lui qui est la bonté même qui nous aime infiniment. Demandez-moi donc aussi s'il est possible qu'un bon père châtie son enfant, qu'un médecin donne le remède amer à ses malades. Penseriez-vous qu'il serait plus à propos de laisser vivre cet enfant dans le libertinage, plutôt que de le châtier pour le faire vivre dans le chemin du salut et le conduire au ciel ? Croiriez-vous qu'un médecin ferait mieux de laisser périr son malade, crainte de lui donner des re-mèdes amers ? Oh ! que nous sommes aveugles si nous raisonnons de la sorte ! Il faut bien que le bon Dieu nous châtie, sinon, nous ne serions pas du nombre de ses enfants ; puisque Jésus-Christ lui-même nous dit que le ciel ne sera donné qu'à ceux qui souffrent et qui combattent jusqu'à la mort. Pensez-vous, M.F., que Jésus-Christ ne dit pas la vérité ? Eh bien ! examinez la vie que les saints ont menée, voyez le chemin qu'ils ont pris ; dès l'instant qu'ils ne souffrent pas, ils se croient perdus et abandonnés de Dieu. « Mon Dieu, mon Dieu, s'écriait saint Augustin en pleurant, ne m'épargnez pas en ce monde, faites-moi bien souffrir ; pourvu que vous me fassiez miséricorde dans l'autre, je suis content. » « O que je suis heureux, disait saint François de Sales dans ses maladies, de trouver un moyen si facile d'expier mes fautes ! Oh ! qu'il est bien plus doux et consolant de satisfaire à la justice de Dieu sur un lit de douleur que d'aller y satisfaire dans les flammes ! » Et moi je dis, après tous les saints, que les souffrances, les persécutions et autres misères, sont les moyens les plus efficaces pour attirer une âme à Dieu. En effet, nous voyons que les plus grands saints sont ceux qui ont le plus souffert : Dieu ne distingue ses amis que par les croix. Voyez saint Alexis qui demeura pendant qua-torze ans couché sur un côté tout écorché, et, dans cette cruelle situation, il se contentait de dire : « Mon Dieu, vous êtes juste, vous me châtiez parce que je suis un pécheur et que vous m'aimez. » Voyez encore sainte Liduvine, dont la beauté était extraordinaire, demander à Dieu, si sa beauté pouvait être un sujet de chute et de perte pour son âme, de lui faire la grâce de la perdre. Dès l'instant même, elle devint toute couverte de lèpre, ce qui la rendit un objet d'horreur aux yeux du monde, et cela pendant trente-huit ans, c'est-à-dire jusqu'à sa mort. Et pendant ce temps, elle ne laissa pas même échapper une parole de plainte. Combien, M.F., qui sont en enfer seraient maintenant dans le ciel, si Dieu leur avait fait la grâce d'avoir été longtemps malades. Écoutez saint Augustin : « Mes enfants, nous dit-il, dans les sacrifices, encouragez-vous par la pensée de la récom-pense qui vous est préparée.
Il est rapporté dans l'histoire qu'une pauvre femme était depuis nombre d'années étendue sur un lit de douleur ; on lui demanda ce qui pouvait lui donner tant de courage pour souffrir avec tant de patience. « Hé ! leur dit-elle, je suis si contente d'être ce que Dieu veut, que je ne changerais pas mon état contre tout l'empire du monde. Lorsque je pense que Dieu veut que je souffre, je suis toute consolée. » Sainte Thérèse nous dit qu'un jour Jésus-Christ lui ayant apparu, lui dit : « Mon enfant, ne vous étonnez pas de ce que vous voyez ; mes fidèles serviteurs passent leur vie dans les croix, le mépris ; plus mon Père aime quelqu'un, plus il lui envoie de quoi souffrir. » Saint Bernard recevait les croix avec tant d'actions de grâces, qu'un jour il disait à Dieu en pleu-rant - « Ah ! Seigneur, que je serais heureux si j'avais la force de tous les hommes, afin de pouvoir souffrir toutes les croix de l'univers ! » Sainte Elisabeth, reine de Hongrie, ayant été chassée de son palais par ses propres sujets et traînée dans la boue, au lieu de penser à les punir, courut à l'église pour faire chanter le Te Deum en actions de grâces. Saint Jean Chrysostome, ce grand amateur de la croix, disait qu'il aimait mieux souffrir avec Jésus-Christ que de régner avec lui dans le ciel. Saint Jean de la Croix, après avoir essuyé toute la cruauté de ses frères, qui le mirent en prison et le frap-pèrent avec tant de cruauté qu'il était tout couvert de sang ; que répond-il à ceux qui étaient témoins de ces horreurs ? « Quoi ! mes amis, vous pleurez sur ce que je souffre, je n'ai jamais passé un moment si heureux. » Jésus-Christ lui étant apparu lui dit : « Jean, que veux--tu que je te donne pour te récompenser de tout ce que tu souffres pour l'amour de moi ? - Ah ! s'écria-t-il, Seigneur, faites que je souffre de plus en plus ! » Conve-nons tous ensemble, M.F., que les saints comprenaient bien mieux que nous le bonheur de souffrir pour Dieu.
L'on entend dire à plusieurs d'entre vous, lorsqu'ils ont des peines : Mais qu'ai-je donc fait au bon Dieu pour avoir tant de misères ? - Quel mal vous avez fait, mon ami, pour que le bon Dieu vous afflige de la sorte ?... Prenez tous les commandements de Dieu, les uns après les autres, voyez s'il y en a un seul contre lequel vous n'ayez pas péché. Quel mal vous avez fait ?... Parcourez toutes les années de votre jeunesse, repassez dans votre mémoire tous les jours de votre misérable vie ; après cela, demandez quel mal vous avez fait pour que le bon Dieu vous afflige de la sorte ? Vous comptez donc pour rien toutes les habitudes honteuses dans lesquelles vous avez croupi depuis longtemps ? Vous comptez donc pour rien cet orgueil, qui vous fait croire que l'on doit se mettre à vos pieds pour quelques pièces de terre que vous avez de plus que les autres et qui, peut-être, seront cause de votre damnation ? Vous comptez donc pour rien cette ambition qui fait que vous n'êtes jamais content, cet amour-propre, cette vanité qui vous occupent conti-nuellement, ces vivacités, ces ressentiments, ces intem-pérances, ces jalousies ? Vous comptez donc pour rien cette négligence affreuse pour les sacrements et tout ce qui regarde le salut de votre pauvre âme : tout cela vous l'avez oublié ; mais êtes-vous moins coupable ? Eh bien ! mon ami, si vous êtes coupable, n'est-il pas juste que le bon Dieu vous châtie ? Dites-moi, mon ami, quelle péni-tence avez-vous faite pour expier tant de péchés ? Où sont vos jeûnes, vos mortifications et vos bonnes œuvres ? Si après tant de péchés, vous n'avez pas versé une larme ; si après tant d'avarice, vous vous êtes seulement contenté de faire quelque légère aumône ; si après tant d'orgueil, vous ne voulez pas essuyer les moindres humi-liations ; si après avoir fait servir tant de fois votre corps au péché, vous ne voulez pas entendre parler de péni-tence, il faut que le ciel se fasse justice puisque vous ne voulez pas la lui faire vous-même.
Hélas ! que nous sommes aveugles ! Nous voudrions faire le mal sans être punis, ou plutôt, nous voudrions que Dieu ne fût pas juste. Eh bien ! Seigneur, laissez vivre ce pécheur tranquille, n'appesantissez pas votre main sur lui, laissez-le s'engraisser comme une victime destinée aux vengeances éternelles, et dans ce feu, vous aurez le temps de le faire satisfaire à votre justice ; épargnez-le en ce monde, puisqu'il le veut ; dans les flammes vous saurez bien lui faire faire une pénitence inutile, sans fin. O mon Dieu ! que ce malheur ne nous arrive jamais. « Oh ! plutôt, s'écrie saint Augustin, multipliez mes afflictions et mes souffrances autant qu'il vous plaira, pourvu que vous me fassiez miséricorde dans l'autre vie ! »
Mais, dira un autre, tout cela est bien bon pour ceux qui ont commis de gros péchés ; mais, pour moi, grâces à Dieu, je n'ai pas fait grand mal. - Eh ! vous croyez donc que, parce que vous pensez n'avoir pas fait beaucoup de mal, vous ne devez pas souffrir ; et moi je vous dirai : précisément parce que vous avez tâché de bien faire, le bon Dieu vous afflige et il permet que l'on se moque de vous, qu'on vous méprise et que l'on tourne en ridicule votre dévotion, et c'est Dieu lui-même qui vous fait éprouver des chagrins et des maladies. Vous vous éton-nez de cela, mon ami ? Jetez un coup d'œil sur Jésus--Christ, votre véritable modèle, voyez s'il a passé un seul instant sans souffrir ce que jamais l'homme ne pourra comprendre. Dites-moi, pourquoi est-ce que les phari-siens le persécutaient, et cherchaient sans cesse le moyen de le surprendre pour le condamner à la mort ? Est-ce parce qu'il était coupable ? Non, sans doute ; mais en voici la raison. C'est que ses miracles et ses exemples d'humilité et de pauvreté étaient la condam-nation de leur orgueil et de leurs mauvaises actions.
Disons mieux, M.F., si nous parcourions les saintes Écritures, nous verrions que, dès le commencement du monde, les souffrances, le mépris et les railleries ont été le partage des enfants de Dieu : c'est-à-dire, de ceux qui ont pensé à plaire à Dieu. En effet, qui peut mépri-ser et railler une personne qui remplit ses devoirs de religion, sinon un pauvre malheureux réprouvé, que l'enfer a vomi sur la terre pour faire souffrir les bons, ou pour essayer de les entraîner dans les abîmes où il est déjà pour jamais ? En voulez-vous la preuve ? La voici. Pourquoi est-ce que Caïn tua son frère Abel ? N'est-ce pas parce qu'il faisait mieux que lui ? N'est-ce pas parce qu'il ne put le porter au mal, qu'il lui ôta la vie ? Quel était le dessein des frères de Joseph, lorsqu'ils le jetèrent dans une citerne, n'est-ce pas parce que sa vie sainte condamnait leur vie libertine ? Qui attira tant de persécutions aux apôtres, qui, à chaque instant, pour ainsi dire, étaient jetés en prison, fouettés, garrottés, ou plutôt, dont la vie depuis la mort de Jésus-Christ ne fut qu'un martyre continuel ; tous ont fini leur vie de la manière la plus cruelle et la plus douloureuse ? Or, quel mal faisaient-ils, puisqu'ils ne cherchaient que la gloire de Dieu et le salut des âmes ? On vous méprise, on vous raille et on vous persécute quoique vous ne disiez et ne fassiez rien à personne ? Tant mieux que l'on vous mé-prise, que l'on vous raille. Si vous n'aviez rien à souf-frir, qu'auriez-vous donc à offrir à Dieu à l'heure de la mort ?
Mais, me direz-vous, ils offensent Dieu ; ils se per-dent en faisant souffrir les autres ; si Dieu voulait, il les en empêcherait bien. - Certainement qu'il les empê-cherait, s'il le voulait. Pourquoi est-ce que Dieu souffrait les tyrans ? II lui était aussi facile de les punir que de les conserver ; mais il se servait de leurs mauvais desseins pour éprouver les bons et hâter leur bonheur. Il n'y a pas de doute que vous devez les plaindre et prier pour eux, non pas parce qu'ils vous méprisent et qu'ils vous raillent, puisque Dieu s'en sert pour vous faire gagner le ciel ; mais à cause du mal qu'ils se font. En effet, il faut convenir que c'est être bien aveugle que de mépri-ser quelqu'un parce qu'il sert le bon Dieu mieux que nous, qu'il cherche avec plus d'empressement le che-min du ciel, et qu'il fera plus de bonnes œuvres ou de pénitences. Ici c'est un mystère vraiment incompréhen-sible. Si tu veux te damner : eh bien ! fais-le. Pourquoi es-tu fâché que j'aille où tu ne veux pas aller ? Je veux aller au ciel, si tu n'y vas pas c'est bien parce que tu ne veux pas. Ouvre les yeux, mon ami, reconnais ton aveuglement : quand tu m'auras empêché de servir le bon Dieu, ou que tu seras la cause que je serai damné, qu'en auras-tu de plus ? Encore une fois, ouvre les yeux et reviens de ton égarement. Tâche d'imiter ceux que tu as méprisés jusqu'à présent, et tu y trouveras ton bonheur dans ce monde ainsi que dans l'autre.
Mais, me direz-vous, je ne leur fais point de mal, pourquoi veulent-ils m'en faire ? - Tant mieux, mon ami, c'est bonne marque, vous êtes sûr d'être dans le chemin qui conduit au ciel. Écoutez Notre-Seigneur : « Prenez votre croix et suivez-moi ; l'on me persécute, on vous persécutera ; l'on me méprise, on vous mépri-sera ; mais, bien loin de vous décourager, réjouissez--vous, parce qu'une grande récompense vous est promise dans le ciel. Celui qui n'est pas prêt à tout souffrir, jus-ques à perdre la vie pour l'amour de moi, n'est pas digne de moi. » Pourquoi est-ce que le saint homme Tobie devint aveugle ? N'est-ce pas parce qu'il était un homme de bien ? Écoutez Jésus-Christ parlant à saint Pierre, martyr, lorsqu'il se plaignit d'un outrage qu'on lui faisait, quoique innocent. « Et moi, Pierre, lui dit Jésus-Christ, quel mal avais-je fait lorsqu'on me fit mourir ? »
Convenons tous ensemble, M.F., que nous faisons de belles promesses au bon Dieu tant que personne ne nous dit rien, que tout va selon nos désirs ; mais la première petite raillerie, le premier petit mépris, ou bien la moindre plaisanterie qu'un impie, qui n'a pas la force de faire ce que vous faites, vous fera, vous rou-gissez et abandonnez le service de Dieu. Ah ! ingrat, tu ne te rappelles pas ce que ton Dieu a souffert pour l'a-mour de toi ? N'est-ce pas, mon ami, parce que l'on vous a dit que vous faisiez le sage, que vous n'étiez qu'un hypocrite, et que vous étiez plus méchant que ceux qui ne se confessent jamais, que vous avez abandonné Dieu pour vous mettre du côté de ceux qui seront des réprou-vés ? Arrêtez-vous, mon ami, n'allez pas plus loin, re-connaissez votre folie et ne vous jetez pas en enfer.

III. - Dites-moi, M.F., qu'est-ce que nous répon-drons lorsque Dieu va confronter notre vie avec celle de tant de martyrs, dont les uns ont été hachés en mor-ceaux par les bourreaux, les autres ont pourri dans les prisons, plutôt que de trahir leur foi ? Non, M.F., si nous sommes bons chrétiens, nous ne nous plaindrons jamais des railleries qu'on fera de nous : au contraire, plus on nous méprisera, plus nous serons contents, et plus nous prierons le bon Dieu pour ceux qui nous per-sécutent ; nous remettrons toute la vengeance entre les mains de Dieu, et, s'il le trouve à propos pour sa gloire et notre salut, il le fera. Voyez Moïse, accablé d'injures de la part de son frère et de sa sœur : à tous ces mépris, il oppose une bonté et une charité si grandes que Dieu en fut touché. L'Esprit-Saint dit qu'il était « le plus doux des hommes qui fussent alors sur la terre. » Le Seigneur frappa sa sœur d'une lèpre affreuse pour la punir de ce qu'elle avait murmuré contre son frère. Moïse, la voyant punie, bien loin d'en être content, dit à Dieu : « Ah ! Seigneur, pourquoi punissez-vous ma sœur ? Vous savez bien que je n'ai jamais demandé vengeance ; guérissez, s'il vous plaît, ma sœur. » Dieu ne put résister à sa bonté : à l'instant il la guérit.
O quel bonheur pour nous, M.F., si, dans les mépris et les railleries que l'on fait de nous, nous nous comportions de la même manière ! Que de trésors pour le ciel ! Non, M.F., tant que l'on ne nous verra pas faire du bien à ceux qui nous méprisent, les préférer même à nos amis, et n'opposer à leurs outrages que bonté et charité, nous ne serons pas du nombre de ceux que Dieu a destinés pour le ciel. Savez-vous ce que nous sommes ? Le voici. Nous faisons comme ces soldats qui, tant qu'il n'y a point de danger, semblent être invincibles, et qui, au premier danger, prennent la fuite ; de même, tant que l'on nous flatte dans notre manière de nous conduire, et que l'on loue nos bonnes œuvres, nous croyons que rien ne nous pourra faire tomber, et un rien nous fait tomber et tout abandonner. Mon Dieu, que l'homme est aveugle lorsqu'il se croit capable de quelque chose, tandis qu'il n'est capable que de vous trahir et de se per-dre ! Et moi je dis, M.F., que rien n'est plus capable de convertir ceux qui déchirent notre réputation que la douceur et la charité. Ils ne peuvent pas y résister. S'ils sont trop endurcis, et qu'ils aient mis déjà le sceau à leur réprobation, ils seront tout confus, ils s'en iront comme des désespérés : en voici la preuve. Il est rap-porté que saint Martin avait un clerc depuis son enfance. Quoiqu'il eût fait tout ce qu'il avait pu pour le bien éle-ver dans le service de Dieu, il devint un véritable libertin, un scandaleux ; il n'y avait sorte d'injures et d'ou-trages qu'il ne fit à son saint évêque. Mais saint Martin, au lieu de le chasser de chez lui comme il le méritait, lui montra une si grande charité, qu'il semblait multiplier ses soins à proportion des insultes qu'il en recevait. A chaque instant il répandait des larmes au pied de son crucifix, pour solliciter sa conver-sion. Tout à coup, le jeune homme ouvre les yeux ; con-sidérant, d'un côté, la charité de son évêque, de l'autre, les injures dont il l'avait accablé, il court se jeter à ses pieds pour lui demander pardon. L'évêque l'embrasse et bénit le bon Dieu d'avoir eu pitié de cette pauvre âme. Ce jeune homme fut toute sa vie un modèle de vertu et regardé comme un saint. Avant de mourir, il répéta plu-sieurs fais que la patience et la charité de Martin, lui avaient valu la grâce de sa conversion.
Oui, M.F., voilà ce que nous ferions si, au lieu de rendre injure pour injure, nous avions le bonheur de n'y opposer que douceur et charité. Hélas ! quand les saints n'avaient pas l'occasion d'être méprisés, ils la cher-chaient : en voici la preuve.

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 14:54
Sainte-Claire de Montefalco

Saint Jean-Marie Vianney Curé d'Ars
Saint patron des curés
Tome 2 des Sermons de saint Jean Marie Vianney


TABLE DES MATIERES :

Dimanche de Quasimodo 2
Sur la Confession pascale. 2
2ème Dimanche après Pâques 14
Sur la Persévérance 14
3ème dimanche après Pâques 31
Sur les Afflictions 31
5ème dimanche après Pâques 44
Sur la Prière 44
Sur les Rogations et les Processions 61
L'Abstinence et les Quatre-Temps 61
Pour le jour de l'Ascension 76
Pour le jour de la Fête-Dieu. 91
2ème dimanche après la Pentecôte 105
Sur la sainte Messe 105
3ème dimanche après la Pentecôte 124
Sur la miséricorde de Dieu 124
3ème dimanche après la Pentecôte 139
Sur la miséricorde de Dieu envers le Pécheur. 139
4ème dimanche après la Pentecôte 149
Sur l'Espérance 149
5ème dimanche après la Pentecôte. 166
Sur le deuxième Commandement de Dieu 166
6ème dimanche après la Pentecôte 183
Sur la Communion 183
7ème dimanche après la Pentecôte 201
Sur la fausse et vraie Vertu 201
7ème dimanche après la Pentecôte 219
Sur le Mensonge 219
7ème dimanche après la Pentecôte 235
Nécessité de faire de bonnes œuvres 235
8ème dimanche après la Pentecôte 253
Sur le jugement particulier 253
9ème dimanche après la Pentecôte 267
Sur les larmes de Jésus-Christ 267
10ème dimanche après la Pentecôte 285
Sur l'orgueil 285
11ème dimanche après la Pentecôte 301
Sur le jugement téméraire 301
11ème dimanche après la Pentecôte 318
Sur la Médisance 318
11ème dimanche après la Pentecôte 333
Sur les péchés cachés en confession 333
Dimanche de Quasimodo
Sur la Confession pascale.

Erat autem proximum Pascha, dies festus Judœorum.
La fête de Pâques, qui était la grande fête des Juifs, était proche.
(S. Jean, VI, 4.)

Oui, M.F., le voilà arrivé et passé ce temps heureux où tant de chrétiens ont quitté le péché, le démon, et ont arraché leurs pauvres âmes d'entre les griffes de l'enfer, pour se remettre sous le joug aimable du Sau-veur. Ah ! Plût à Dieu que nous fussions nés dans le temps heureux des premiers chrétiens, qui voyaient venir ce moment avec une sainte allégresse ! O beau jour ! O jour de salut et de grâce, qu'êtes-vous devenu ? Où sont ces joies saintes et célestes qui font le bonheur des enfants de Dieu ? Oui, M.F., ou ce temps de grâces tournera à notre salut ou il tournera à notre perte : il sera la cause de notre bonheur si nous correspondons aux grâces qui nous sont offertes dans ce moment pré-cieux, ou il tournera à notre perte si nous n'en profitons pas ou que nous en abusions. - Mais, me direz-vous, que veut dire ce mot de Pâques ? - Vous ne le savez donc pas, mon ami ? Eh bien ! écoutez-le et vous allez le savoir. Cela veut dire passage, c'est-à-dire sortie de la mort du péché et passage à la vie de la grâce. D'après cela, vous allez voir si vos pâques sont bonnes, et si vous pouvez être tranquilles, surtout vous, nos braves gens, qui vous contentez d'accomplir le commandement de l'Église, de faire seulement une confession et une communion pour Pâques.

I. - Pourquoi est-ce, M.F., que l'Église a établi le saint temps de Carême ? - C'est, me direz-vous, pour nous préparer à célébrer dignement le saint temps de Pâques, qui est un temps où le bon Dieu semble redoubler ses grâces, et excite le remords de nos consciences pour nous faire sortir du péché. - C'est très bien, mon ami, c'est ce que vous enseigne votre catéchisme ; mais si je demandais à un enfant quel est le péché de ceux qui ne font point de pâques ? II me répondrait tout simplement que c'est un gros péché mortel ; et si je lui disais : Com-bien faut-il de péchés mortels pour être damné ? Il me dirait : Un seul suffit, si l'on meurt sans en avoir obtenu le pardon. Eh bien ! mon ami, que dites-vous de cela ? Vous n'avez point fait de pâques ? - Eh non ! me direz-vous. - Mais, puisque vous n'avez point fait de pâques, et que de les manquer c'est un péché mortel, vous serez donc damné. Qu'en pensez-vous, mon ami ? N'est-ce pas, cela ne vous fait rien ? - Ah ! vous avez bien raison, dites--vous en vous-même ; mais si je suis damné, je ne serai pas le seul. - A la bonne heure, si cela ne vous fait rien, si vous aimez autant être damné que sauvé, il fau-dra aussi vous en consoler ; si vous espérez adoucir votre malheur en vous refiant que vous ne serez pas seul, il ne faudra donc plus vous tourmenter. Pauvre âme ! que dites-vous du langage que tient ce corps de péché où vous avez le malheur d'habiter ? Oh ! que de larmes vous allez répandre pendant l'éternité ! Oh ! que de gémissements ! Oh ! que de hurlements vous allez pous-ser dans les flammes, sans espérer d'en sortir ! Oh ! que vous êtes malheureux d'avoir tant coûté à Jésus-Christ, et vous en voir séparé pour jamais ! Pourquoi, M.F., n'avez-vous point fait de pâques ? - C'est, me direz-vous, parce que je n'ai pas voulu. - Mais si vous mou-rez dans cet état, vous serez damné. - Tant pis ! - Eh bien ! dites-moi, croyez-vous avoir une âme ? - Ah ! je sais bien que j'ai une âme. - Mais, peut-être croyez--vous que, quand vous serez mort, tout sera fini ?- Ah ! vous pensez en vous-même : Je sais bien que notre âme sera heureuse ou malheureuse, selon qu'elle aura bien ou mal fait. - Et qui peut la rendre malheureuse ? - C'est le péché, me direz-vous. - Vous vous sentez coupable de péché, donc je conclus que vous êtes damné. N'est--ce pas, mon ami, vous êtes bien venu vous confesser une fois ou deux ; mais vous vous en êtes tenu là. Pour-quoi cela ? C'est que vous n'avez pas voulu vous corriger et que vous aimez autant vivre dans le péché et être damné, que de le quitter pour être sauvé. Vous voulez être damné ? Eh bien ! ne vous inquiétez pas, vous le serez bien. - N'est-ce pas, ma sœur, vous avez laissé passer les pâques sans vous confesser ; le Carême, vous avez vécu dans le péché, et à Pâques aussi ; pourquoi cela ? En voici la raison : c'est que vous n'avez plus de religion, que vous avez perdu la foi, que vous ne pensez plus qu'à vous réjouir un peu dans le monde, en atten-dant que vous soyez jetée dans les flammes. Nous vous verrons, ma sœur, oui, nous vous verrons un jour ; oui, nous verrons vos larmes, votre désespoir ; je vous recon-naîtrai, du moins, je crois ; vous vous serez perdue, vous en êtes bien la maîtresse. Oui, M.F., tirons le ban-deau, laissons cachées toutes ces ordures dans les ténè-bres jusqu'au jour du jugement.
Examinons maintenant ce que c'est que la confession et la communion de ceux qui se contentent d'une fois tous les ans, et nous verrons s'ils ont lieu d'être tran-quilles ou non. Mon ami, si pour faire une bonne con-fession, il suffisait de demander pardon à Dieu, de dé-clarer ses péchés et de faire quelques pénitences, le péché, dont la religion nous fait un monstre, n'aurait rien qui dût tant nous effrayer ; rien ne serait plus facile que de réparer la perte de la grâce de Dieu, et de suivre le chemin qui conduit au ciel, qui est cependant si diffi-cile selon Jésus-Christ même. Écoutez le langage qu'il tient à ce jeune homme, qui lui demandait s'il y en au-rait bien de sauvés et si le chemin qui conduit au ciel est bien malaisé à suivre : Que lui répond le Sauveur ? « Oh ! que ce chemin est étroit ! Oh ! qu'il y en a peu qui le suivent ! Oh ! que parmi ceux qui le commencent, peu vont jusqu'au bout . » En effet, M.F., après avoir vécu une année entière sans gêne, sans contrainte, ne restant occupé que de vos affaires temporelles, de vos biens, ou même de vos plaisirs, sans vous mettre en peine de vous corriger, ni de travailler à acquérir les vertus qui vous manquent ; vous viendrez seulement dans la quinzaine de Pâques, toujours le plus tard que vous pourrez, ra-conter vos péchés, de la même manière que vous feriez le récit d'une histoire : vous lirez dans un livre quelques prières, ou vous en ferez quelques autres pendant un certain temps. Moyennant cela, tout sera dit, vous irez votre train ordinaire ; vous ferez ce que vous avez fait, vous vivrez comme de coutume, l'on vous a vu dans les jeux et les cabarets, l'on vous y reverra ; l'on vous a trouvé dans la danse et les bals, l'on vous y retrouvera : ainsi de tout le reste. Les pâques prochaines, vous répé-terez la même chose. Ainsi vous ferez ce commerce jus-qu'à la mort : c'est-à-dire, que le sacrement de Péni-tence, où Dieu semble oublier sa justice pour ne mani-fester que sa miséricorde, ne sera plus pour vous qu'un jeu ou un amusement ! Vous sentez très bien, mon ami, que si vos confessions n'ont rien de mieux, vous pouvez très bien conclure qu'elles ne valent rien, pour ne pas dire autre chose.

II. - Mais pour vous convaincre davantage, examinons la chose de plus près. Pour faire une bonne confession, qui puisse nous réconcilier avec Dieu, il faut détester nos péchés de tout notre cœur, non parce que nous sommes obligés de dire au prêtre des choses que nous voudrions pouvoir nous cacher à nous-mêmes ; mais il faut nous repentir d'avoir offensé un Dieu si bon, d'être resté si longtemps dans le péché, d'avoir méprisé toutes ses grâces par lesquelles il nous sollicitait d'en sortir. Voilà, M.F., ce qui doit faire couler nos larmes et bri-ser notre cœur. Dites-moi, mon ami, si vous aviez cette véritable douleur, ne vous empresseriez-vous pas de réparer le mal qui en est la cause et de vite rentrer en grâce avec Dieu ? Que diriez-vous d'un homme qui, mal à propos, se serait brouillé avec son ami, mais qui, reconnaissant sa faute, s'en repent de suite ; ne cher-chera-t-il pas la manière de se réconcilier ? Si son ami fait quelques démarches auprès de lui pour cela, ne profitera-t-il pas de l'occasion ? Mais au contraire, s'il méprisait tout, n'auriez-vous pas raison de dire qu'il lui est égal d'être bien ou mal avec cette personne ? La com-paraison est sensible. Celui qui a eu le malheur de tom-ber dans le péché, soit par faiblesse ou surprise, ou même par malice, s'il en a un véritable regret, pourra--t-il rester longtemps dans cet état ? N'aura-t-il pas de suite recours au sacrement de Pénitence ? Mais au con-traire, s'il reste un an dans le péché, et qu'il ne voie même venir le saint temps de Pâques qu'avec peine, parce qu'il faut se confesser ; si, bien loin de venir se présenter au tribunal de la pénitence au commencement du Carême, afin d'avoir quelque temps pour faire péni-tence, et ne point passer, de suite, du péché à la table sainte ; s'il ne veut entendre parler qu'à Pâques de la confession, que même il tâche de retarder jusqu'à la quinzaine, où il viendra se présenter avec les mêmes dispositions qu'un criminel que l'on conduit à la mort que signifie cela, mon ami ? Le voici : c'est que, si les pâques étaient prolongées jusqu'à la Pentecôte, vous ne vous confesseriez qu'à la Pentecôte, ou que si elles ne venaient que tous les dix ans, vous ne vous confesseriez que tous les dix ans ; et enfin, que si l'Église ne vous en faisait pas un commandement, vous ne vous confes-seriez qu'à la mort. Qu'en pensez-vous, mon frère ? N'est-ce pas, mon ami, que ce n'est ni le regret d'avoir offensé Dieu qui vous fait vous confesser, ni l'amour de Dieu qui vous fait faire vos pâques ? - Ah ! me direz-vous, c'est bien quelque chose, nous ne les faisons pas sans savoir pourquoi. - Ah ! vous n'en savez rien du tout ; vous les faites par habitude, pour dire que vous avez fait vos pâques, ou, si vous vouliez dire la vérité, vous diriez que vous avez ajouté à vos anciens péchés un péché nouveau. Ce n'est donc ni l'amour de Dieu, ni le regret de l'avoir offensé, qui vous fait confesser et faire vos pâques, ni même le désir de mener une vie plus chrétienne. En voici la preuve : si vous aimiez le bon Dieu, pourriez-vous consentir à commettre le péché avec tant de facilité, et même avec tant de plaisir ? Si vous aviez horreur du péché, comme vous devriez l'avoir, pourriez-vous le garder un an entier sur votre conscience ? Si vous aviez un vrai désir de mener une vie plus chrétienne, ne verrait-on pas au moins quelque petit changement dans votre manière de vivre ? Non, M.F., je ne veux pas vous parler aujourd'hui de ces malheureux qui ne disent que la moitié de leurs péchés, crainte de ne pas faire leurs pâques ou d'être renvoyés ; peut-être même pour couvrir leur vie honteuse du voile de la vertu ; et qui, dans cet état, s'approchent de la table sainte et vont consommer leur réprobation, livrer leur Dieu au démon, et vomir leur maudite âme en enfer.
Non, j'ose espérer que cela ne vous regarde pas ; mais cependant je continuerai à vous dire que les confessions d'un an n'ont rien qui puisse vous tranquilliser. - Mais, me direz-vous, que faut-il faire afin qu'une confession soit bonne ? - Vous le voulez savoir, mon ami, le voici ; écoutez-le bien, et vous verrez si vous êtes en sûreté. Pour que votre confession mérite le pardon, il faut qu'elle soit humble et sincère, accompagnée d'une véri-table douleur causée par le regret d'avoir offensé Dieu, et non à cause des châtiments que le péché mérite, avec un ferme propos de ne plus pécher à l'avenir. D'après cela, je dis qu'il est très difficile que toutes ces dispo-sitions se trouvent dans ceux qui ne se confessent qu'une fois l'année : vous allez le voir. Qu'est-ce qu'un chrétien aux pieds du prêtre auquel il fait l'aveu de ses péchés ? C'est un pécheur qui vient avec la douleur dans le cœur, et se jette aux pieds de son Dieu comme un criminel devant son juge, pour s'accuser lui-même afin de demander sa grâce. Comment s'accusera-t-il ? Le voici : Je suis un criminel indigne d'être appelé enfant ; j'ai vécu jusqu'à présent d'une manière tout opposée à ce que ma religion me commandait ; je n'ai eu que du dégoût pour tout ce qui avait rapport au service de Dieu ; les saints jours de dimanche et de fête n'ont été pour moi que des jours de plaisirs et de débauches : ou, pour mieux dire, je n'ai rien fait jusqu'à présent ; je suis perdu et damné si Dieu n'a pas pitié de moi. Voilà, M.F., les sentiments d'un chrétien qui a le péché en horreur.
Mais, dites-moi, est-ce de cette manière que s'accusent ceux qui trouvent que ce n'est pas assez de rester douze mois dans le péché, qui trouvent que les pâques vien-nent toujours trop tôt ? Hélas ! mon Dieu, vous voyez ces confessions d'un an que font ces pauvres malheu-reux, qui ne les font qu'avec un dégoût mortel. Oh ! non, non, mon ami, ce n'est plus un criminel couvert de honte et pénétré de douleur d'avoir offensé Dieu, qui s'humilie, qui s'accuse lui-même, qui demande un par-don dont il se reconnaît infiniment indigne ; mais, hélas ! oserai-je bien le dire ? c'est un homme qui semble ra-conter une histoire et qui la raconte mal, qui tâche de se défigurer et de paraître le moins coupable qu'il peut. Écoutez-le : ce n'est pas lui qui a commis ce péché d'im-pureté, c'est un autre qui l'a sollicité, comme s'il n'avait pas été maître de ne pas suivre son conseil. Ce n'est pas lui qui s'est mis en colère, c'est son voisin qui lui a dit une parole piquante. II a manqué la messe, c'est vrai ; mais c'est la compagnie qui en est la cause. C'est une fois qu'il fit gras, un jour défendu ; si on ne l'avait sollicité il ne l'aurait pas fait. Il a mal parlé, c'est celui qui s'est trouvé auprès de lui qui l'a fait pécher. Disons mieux le mari accuse la femme, la femme le mari ; le frère, la sœur, et la sœur, le frère ; le maître, le domestique, et le domestique tâche, autant qu'il peut, de se décharger dessus son maître. En disant leur confiteor, ils s'accusent eux-mêmes, en disant : C'est par ma faute ; deux minutes après, ils s'excusent et accusent les autres. Point d'hu-milité, point de sincérité et point de douleur : voilà pré-cisément les dispositions de ceux qui ne se confessent que tous les ans. Un pauvre pasteur verra bien à la manière dont ils s'accusent, qu'ils n'ont nullement les dispositions nécessaires pour recevoir l'absolution. Veut--il leur donner quelque temps pour ne pas leur faire faire un sacrilège, que font-ils ? Écoutez-les : ils murmurent en disant qu'ils n'ont pas le temps de revenir et qu'une autre fois ils ne seront pas mieux disposés ; et ils finis-sent pour vous dire que si l'on ne veut pas les recevoir, ils iront à un autre qui ne sera pas si scrupuleux, qui les passera bien... Comme si Dieu ne pouvait pas vivre sans eux ! Pauvres aveugles !... Jugez d'après cela quelles sont leurs dispositions. Le prêtre voit bien à la manière dont ils s'accusent, qu'ils ne disent pas tout ; il est obligé de leur faire mille questions ; ils ne disent ni le nombre, ni les circonstances qui changent l'espèce. II y a certains péchés qu'ils ne voudraient pas dire, ni les cacher. Que font-ils ? Ils les disent à moitié, comme si le prêtre pouvait savoir ce qui se passe dans leur cœur. L'on se contente de raconter en gros les péchés, sans même distinguer les pensées d'avec les désirs. Le prêtre lui dira : N'avez-vous jamais eu des pensées d'orgueil, de vanité, de vengeance ou d'impureté ? Vous savez bien que toutes ces choses sont des péchés mortels quand on s'y arrête volontairement. Avez-vous commis quelques -unes de ces fautes ? - Peut-être bien, dira-t-il, mais je ne m'en souviens pas. - Mais il faut dire à peu près le nombre, sans quoi vos confessions ne valent rien. -Ah ! monsieur, comment voulez-vous que je me rappelle toutes les pensées que j'ai eues pendant l'année ? cela m'est impossible. - Ah ! mon Dieu, que de confessions, ou plutôt que de sacrilèges !... Non, M.F., presque jamais l'on ne s'accuse des circonstances qui aggravent le péché et qui peuvent rendre le péché mortel. Écoutez comment l'on s'accuse : je me suis enivré, j'ai calomnié mon prochain, j'ai commis le péché contre la sainte vertu de pureté, je me suis disputé, je me suis vengé ; si le confesseur ne fait point de question, il n'y a rien de plus. - Mais, lui dira le confesseur, combien de fois cela vous est-il arrivé ? Avez-vous commis de ces péchés dans l'église ? Est-ce un saint jour de dimanche ? Est--ce en présence de vos enfants, de vos domestiques ? Y avait-il bien du monde ? La réputation de votre prochain en a-t-elle souffert quelque dommage ? Ces pensées d'or-gueil vous sont-elles venues dans l'église, pendant la sainte Messe ? Vous y êtes-vous arrêté longtemps ? Ces pensées contraires à la sainte vertu de pureté, ont-elles été accompagnées de mauvais désirs ? Cet autre péché, est-ce par surprise ou par malice ? N'avez-vous pas ajouté péché sur péché, dans la pensée qu'il ne vous en coûterait pas plus de vous confesser de beaucoup que de peu ? Il y en a qui ne se contentent pas de ne faire au-cun détail de leurs péchés, ils vous disent qu'ils n'ont rien à se reprocher, qu'ils n'ont pas le temps, qu'il faut qu'ils s'en aillent. Vous n'avez pas le temps, mon ami, eh bien ! allez vous-en. De vous en aller, ou de demeurer, l'un vaut autant que l'autre.
O mon Dieu ! quelles dispositions ! O mon Dieu ! sont--ce là des pécheurs qui viennent pour pleurer leurs péchés ? Il faut cependant convenir qu'il y en a qui font tout ce qu'ils peuvent pour bien s'examiner, et qui disent leurs péchés autant qu'ils peuvent ; mais, avec une telle indifférence, une telle froideur, et une si grande insensibilité que cela déchire le cœur d'un pau-vre prêtre. Point de soupirs, point de gémissements, point de larmes ! pas un seul signe qui annonce la dou-leur que leur donnent leurs péchés ! Il faut que le prêtre, pour leur donner l'absolution, soit persuadé qu'ils ont de meilleures dispositions qu'ils ne le montrent. Je sais bien que les larmes et les soupirs ne sont pas des marques infaillibles de contrition ni de conversion. Il n'arrive que trop souvent qu'il y en a qui pleurent leurs péchés au tribunal de la pénitence, et qui ne sont pas plus chrétiens. Mais aussi il est bien difficile de raconter avec tant de froideur et d'indifférence ce qui doit néces-sairement nous attrister et exciter nos larmes. Si un homme était sûr de recevoir sa grâce en faisant l'aveu de ses crimes, je vous laisse à penser s'il pourrait même les déclarer sans faire couler ses larmes, dans l'espé-rance que son extérieur touchera le cœur de son juge, qui lui accordera son pardon. Voyez un malade, quand il découvre ses plaies à son médecin, de suite vous entendez ses soupirs et vous voyez ses larmes qui cou-lent. Voyez un ami qui vous fera le récit de ses peines ses gestes, son ton de voix, sa manière de s'exprimer, tout en lui vous dépeint son chagrin et sa douleur. Pourquoi est-ce, M.F., que rien de tout cela ne paraît quand nous accusons nos péchés ? N'est-ce pas, mon ami, vous n'en savez rien ? Souvent vous en êtes étonné. Eh bien ! je vais vous l'apprendre : c'est que votre cœur n'est pas plus touché que vos paroles, et que votre inté-rieur est semblable à votre extérieur, que vos péchés ne vous donnent pas plus de douleur que vous n'en faites paraître. Cela est bien facile à concevoir, puisque, après vos pâques, vous êtes si peu chrétien, et que vous n'êtes ni plus sage, ni moins pécheur qu'auparavant.

III. - Nous avons dit que le regret d'avoir offensé Dieu, s'il est véritable, doit nécessairement renfermer une volonté sincère de ne plus pécher ; que si cette volonté est sincère, elle nous portera à nous tenir sur nos gar-des ; à regretter toutes ces mauvaises pensées, soit de vengeance, soit d'impureté, aussitôt que nous les aper-cevons ; à fuir les occasions qui nous avaient portés au péché ; ou bien à ne rien négliger pour nous corriger de nos mauvaises habitudes. Eh bien ! mon ami, votre volonté de ne plus offenser le bon Dieu n'a donc pas été sincère, puisque l'on vous a vu dans les cabarets et que l'on vous y voit encore ; l'on vous a trouvé dans cette compagnie où vous avez commis ce péché et que vous y paraissez encore aujourd'hui. Vous conviendrez avec moi que vous n'avez fait aucun effort pour mieux vivre que vous n'aviez fait pendant l'année. Pourquoi cela, mon ami ? Pourquoi ? Le voici : c'est que vous ne désirez nullement de vous corriger, que votre confession n'a été que mensonge et votre contrition un fantôme de péni-tence.
En voulez-vous une seconde preuve ? La voici. De quoi vous accusiez-vous l'année passée ? D'ivrognerie, d'im-pureté, d'orgueil, de colère, de négligence dans le ser-vice de Dieu ? Et de quoi vous accusez-vous cette année ? De la même chose. Et de quoi vous accuserez-vous l'année prochaine si vous êtes en vie ? Encore de la même chose. Pourquoi cela, M.F. ? C'est que vous ne désirez nullement de mener une vie plus chrétienne ; mais vous vous confessez seulement par manière d'ac-quit et pour dire que vous avez fait vos pâques ; ou, si vous disiez la vérité, vous diriez que vous vous confes-sez chaque année pour ajouter un nouveau péché à vos anciens : alors, disant cela, vous diriez ce que vous faites. Vous ne voyez donc pas que c'est le démon qui vous trompe. S'il vous proposait de tout abandonner, à vous qui avez l'habitude de vous confesser tous les ans, vous auriez horreur de cela, vous ne voudriez pas le croire. Mais pour vous avoir un jour, il se contente de -vous tenir toujours dans vos mauvaises habitudes. Doutez-vous de ce que je vous dis ? Examinez votre con-duite et voyez si vous vous êtes corrigés de quelques péchés depuis tant d'années que vous vous confessez tous les ans ; ou, si je disais mieux, chaque année vous enfonce plus profond dans les abîmes.
Mais, me direz-vous, tout cela n'est pas trop enga-geant à nous faire faire nos pâques. - C'est bien ; mais pourquoi vous tromper ? Il y a déjà bien assez du démon qui vous trompe, sans me mettre encore avec lui. Je -vous dis la vérité telle quelle est ; ensuite vous en ferez ce que vous voudrez. Je me comporte envers vous. comme un médecin au milieu d'un grand nombre de malades : il commence à leur proposer à chacun les remèdes convenables pour rétablir leur santé ; ceux qui méprisent ces remèdes, il les laisse de côté ; mais ceux qui veulent les prendre, ils les instruit de la manière de les prendre, il leur dit le grand bien qu'ils leur feront s'ils les reçoivent avec toutes les préparations qu'il leur indiquera, et en même temps le mal que ces remèdes, leur feront s'ils ne font pas tout ce qu'il ordonne avant de s'en servir. Oui, M.F., je fais la même chose, je vous fais considérer combien sont grands les avantages que nous promettent les sacrements ; ou, pour mieux dire, que si nous ne fréquentons pas les sacrements, jamais nous ne verrons la face de Dieu, et nous sommes sûrs d'être damnés. Pour ceux qui, soit par ignorance, soit par impiété, méprisent ces remèdes salutaires, seuls capables de les réconcilier avec le bon Dieu, je fais comme ce médecin qui laisse de côté ceux qui ne veu-lent pas de ses remèdes. Mais à ceux qui témoignent le désir de les prendre, il faut absolument leur faire con-naître les dispositions qu'il faut y apporter. Je pense, M.F., que peut-être tout ce que je viens de vous dire vous donnera quelque inquiétude sur vos confessions passées : je le désire de tout mon cœur, afin qu'étant vivement touchés par la grâce du bon Dieu et par vos remords de conscience, vous preniez les moyens que Dieu vous offre encore aujourd'hui pour sortir du péché.
Mais, me direz-vous, que faut-il faire pour réparer tout cela ? - Voulez-vous le savoir et le faire, mon ami ? Le voici. C'est de recommencer vos confessions, d'aussi loin que vous pouvez juger les avoir faites sans contri-tion ; vous vous accuserez du nombre de confessions et de communions : et vous direz bien si vous avez déguisé quelque péché, si vous avez fait quelques efforts pour ne plus retomber. Il faut, pour que vos confessions puis-sent vous consoler, que chaque confession ait opéré en vous quelque changement ; il faut que vous fassiez comme nous dit l'évangile de Pâques, en parlant de Jésus-Christ, qu'une fois sorti du tombeau, il n'y rentre plus ; de même, vous étant confessés de vos péchés, vous ne devez plus les recommettre. Il faut que vous fassiez naître dans votre cœur, la douceur, la bonté et la charité, à la place de cette colère, de cet air de mépris que vous faisiez paraître à la moindre injure qu'on vous faisait. Vous manquiez vos prières le matin et le soir, l'on vous voyait les faire sans attention et sans respect ; maintenant si vous êtes véritablement sorti du péché, l'on vous verra faire vos prières tous les matins et tous les soirs avec ce respect et cette attention que doit vous inspirer la pensée de la présence de Dieu. Les saints jours de dimanche l'on vous voyait souvent venir à l'église que les offices étaient bien avancés ; mainte-nant, si vous avez bien fait vos pâques, l'on vous verra de bonne heure commencer à vous préparer pour assis-ter saintement à cette grande action. L'on verra cette mère, au lieu de courir de maison en maison, repassant la conduite de l'un et de l'autre, on la verra occupée à son ménage, à instruire ses enfants, ou, pour mieux dire, la vertu paraîtra dans tout ce qu'elle fera. Elle fera comme cette jeune fille, qui, pendant quelque temps, s'était livrée aux plaisirs, même les plus honteux ; mais ayant réfléchi sur l'état affreux où elle se plongeait, et ayant horreur d'elle-même, elle se convertit. Quelque temps après elle rencontra un jeune homme avec lequel elle avait souvent couru dans les plaisirs ; il commença à lui tenir le même langage qu'autrefois. Elle le regarda d'un air de mépris et d'indignation, en se rappelant com-ment ce malheureux avait été cause qu'elle avait offensé le bon Dieu. Tout étonné, il lui dit que sans doute elle ne le connaissait plus. « Ah ! malheureux, je ne t'ai que trop connu ! Je vois bien que tu es toujours le même, enseveli dans la fange du crime ; mais, pour moi, grâce à Dieu, je ne suis plus la même ; j'ai quitté ce maudit péché qui avait tant défiguré ma pauvre âme. Ah ! non, plutôt mille fois mourir que de retomber dans mes anciens péchés ! » O ! beau modèle pour un chrétien qui a eu le malheur de pécher !
Que devons-nous conclure de tout cela ? Le voici, M.F. C'est que si vous voulez ne pas être damnés, vous ne devez pas vous contenter de vous confesser une fois l'année ; parce que, à chaque fois que vous seriez en état de péché vous courriez risque d'y périr et d'être perdus pour une éternité. C'est que si vous aviez été assez malheureux d'avoir caché quelque péché par crainte ou par honte, ou, que vous les ayez confessés sans contrition, sans désir de vous en corriger ; ou même, si depuis tant d'années que vous vous confessez, vous n'avez connu aucun changement dans votre vie concluez de là que toutes vos confessions ne valent rien, et par conséquent n'ont été que des sacrilèges et des abominations qui vous jetteront en enfer. Pour ceux qui ne font point de pâques, je n'ai rien à leur dire ; puisqu'ils veulent absolument se damner, ils en sont les maîtres. Pleurons leur malheur, prions pour eux : la charité que nous devons avoir les uns pour les autres nous y oblige. Demandons à Dieu de ne pas tom-ber dans un tel aveuglement ! Résistons courageuse-ment au monde et au démon ! Soupirons sans cesse après notre véritable patrie qui est le ciel, notre gloire, notre récompense et notre félicité. C'est ce que je vous souhaite...

2ème Dimanche après Pâques
Sur la Persévérance

Qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit.
Celui qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé.
(S.Matth., x, 22.)

Celui, nous dit le Sauveur du monde, qui combattra et qui persévérera jusqu'à la fin de ses jours, sans avoir -été vaincu, ou qui, étant tombé, s'est relevé et persé-vère, sera couronné, c'est-à-dire sauvé : paroles, M.F., qui devraient nous faire trembler et nous glacer d'effroi, si nous considérons d'un côté les dangers auxquels nous sommes exposés, et de l'autre, notre faiblesse et le nombre des ennemis qui nous environnent ; ne soyons pas étonnés si les plus grands saints ont quitté leurs parents et leurs amis, leurs biens et leurs plaisirs, pour aller les uns s'enfoncer dans les forêts, les autres pleurer entre des rochers ; enfin d'autres s'en-fermer entre quatre murs pour y pleurer le reste de leurs jours, pour être plus libres et débarrassés de -tous les tracas du monde, et n'être occupés qu'à com-battre les ennemis de leur salut, bien convaincus que le ciel ne serait accordé qu'à leur persévérance. - Mais, me direz-vous, qu'est-ce que c'est que persévérer ? - Mon ami, le voici. C'est être prêt à tout sacrifier : ses biens, sa volonté, sa liberté et sa vie même, plutôt que de déplaire à Dieu. - Mais, me direz-vous encore, qu'est--ce que c'est que de ne pas persévérer ? - Le voici. C'est de retomber dans les péchés que nous avons déjà con-fessés, de suivre les mauvaises compagnies qui nous ont portés au péché qui est le plus grand de tous les malheurs, puisque nous y avons perdu notre Dieu ; nous avons tourné contre nous toute sa colère, nous arrachons notre âme du ciel, nous la traînons en enfer. Plût à Dieu que les chrétiens qui ont le bonheur de se réconcilier avec Dieu par le sacrement de Pénitence, le comprissent bien ! Et pour vous en donner une idée, je vais vous montrer les moyens que vous devez pren-dre pour persévérer dans la grâce que vous avez reçue dans le saint temps de Pâques. J'en trouve cinq prin-cipaux qui sont : la fidélité à suivre les mouvements de la grâce de Dieu, la fuite des mauvaises compagnies, la prière, la fréquentation des sacrements et enfin la mortification.
C'est vraiment aujourd'hui que vous pourrez dire que tout ce que vous allez entendre ne vous regarde pas, du moins un bon tiers. Moi, vous parler de la persévé-rance ! mais je suis donc un faux pasteur, je ne viens donc travailler qu'à votre perte ! II faudra que le démon se serve de moi pour accélérer votre réprobation ! je vais donc faire tout le contraire de ce que le bon Dieu m'a commandé de faire : il ne m'envoie au milieu de vous que pour vous sauver, et mon occupation serait donc de vous conduire dans les abîmes ! Moi, être le cruel bourreau de vos pauvres âmes ! Mon Dieu ! quel malheur ! Moi, vous parler de la persévérance ! mais ce langage ne convient qu'à ceux qui ont quitté le péché pour tout de bon, qui sont dans, la résolution de perdre mille vies, plutôt que de recommettre le péché ; mais dire à un pécheur de persévérer dans ses désordres. O mon Dieu ! ne serais-je pas la plus malheureuse créature que la terre ait jamais portée ? Non, non, ce n'est pas le langage que je devrais tenir. Ah ! plutôt, cesse, mon ami ; ah ! cesse de persévérer dans ton état déplorable, sans quoi tu es damné. Moi, dire à cet homme qui depuis nombre d'années ne fait point de pâques ou qui les fait mal, de persévérer ! Non, non, mon ami, si tu persévères, tu es perdu, jamais de ciel pour toi ! Moi, dire à cette personne qui se contente de faire ses pâques de persévérer ; mais ne serait-ce pas lui mettre un bandeau devant les yeux et la traîner en enfer ? Moi, dire à ces pères et mères qui font leurs pâques, et qui lâchent la bride à leurs enfants, de per-sévérer ! Ah ! non, non, je ne veux pas être le bourreau de leur pauvre âme. Moi, dire de persévérer à ces jeunes filles qui ont fait leurs pâques avec la pensée et le désir de retourner dans les danses et les plaisirs ! Oh ! malheur à moi ! ô horreur ! ô abomination ! ô chaîne de crimes et de sacrilèges ! Moi, dire de persévérer à ces personnes qui fréquentent cinq ou six fois les sacrements par année, qui ne font paraître aucun chan-gement dans leur manière de vivre : mêmes murmures dans leurs peines, mêmes emportements, même ava-rice, même dureté envers les pauvres ; toujours aussi empressés à calomnier et à noircir la réputation de leur prochain... O mon Dieu ! que de chrétiens aveu-gles et vendus à l'iniquité ! Moi, dire de persévérer à ces personnes qui, sans se gêner, ou par respect hu-main, mangent de la viande les jours défendus et qui travaillent sans scrupule le saint jour du dimanche ! O mon Dieu ! quel malheur ! A qui vais-je m'adresser ? Je n'en sais rien.
Ah ! non, non, M.F., ce n'était pas sur la persévérance dans la grâce que j'aurais dû vous parler aujour-d'hui ! Ah ! plutôt, il aurait fallu vous dépeindre l'état affreux et désespérant d'un pécheur qui n'a point fait de pâques ou qui les a mal faites, et qui persévère dans cet état. Ah ! plût à Dieu qu'il me fût permis de dessiner à vos yeux le désespoir d'un pécheur cité devant le tri-bunal de son juge, dont les mains sont garnies de foudres et d'éclairs, et de vous faire entendre ces torrents de malédiction : « Va, maudit réprouvé, va, pécheur endurci, va pleurer ta vie criminelle et tes sacrilèges. Oh ! ce n'est pas encore assez d'y avoir croupi pendant ta vie... » Il faudrait les traîner jusqu'à la porte de l'enfer, avant que le démon les y précipite pour n'en sortir jamais, et leur faire entendre les cris, les hurle-ments de ces malheureux réprouvés et leur montrer à chacun la place qui leur est désignée. O mon Dieu ! pourraient-ils encore vivre ? Un ciel perdu... Un enfer... une éternité... Ils ont méprisé, profané les souffrances :.. Ah ! que dis-je ? les souffrances, la mort d'un Dieu... Voilà la récompense de la persévérance dans le péché ; oui, voilà le sujet que j'aurais dû traiter aujourd'hui. Mais vous parler de la persévérance, qui suppose une âme qui craint plus le péché que la mort même, qui passe ses jours dans l'amour de son Dieu ; une âme, dis--je, dépouillée de toute affection terrestre, dont les désirs ne sont que pour le ciel... Eh bien, où voulez-vous donc que j'aille ? Où pourrais-je donc la trouver, cette âme ! Ah ! où est-elle ? Où est la terre qui est si heureuse que de la posséder. Hélas ! je n'en ai point trouvée, ou du moins, je n'en trouve presque point. O mon Dieu ! peut--être en voyez-vous quelqu'une que je ne connais pas. Je vais donc parler comme si j'étais sûr qu'il y en eût au moins une ou deux, pour leur montrer les moyens qu'elles doivent employer pour continuer la route heureuse qu'elles ont commencée. Écoutez-moi bien, âmes saintes, si toutefois il s'en trouve parmi ceux qui m'é-coutent, ce que Dieu vous dira par ma bouche.

I. - Je dis donc 1° que le premier moyen de persévérer dans le chemin qui conduit au ciel, c'est d'être fidèle à suivre et à profiter des mouvements de la grâce que Dieu veut bien nous accorder. Tous les saints ne sont redevables de leur bonheur qu'à leur fidélité à suivre les mouvements que l'Esprit-Saint leur a donnés, et les damnés ne peuvent attribuer leur malheur qu'au mépris qu'ils en ont fait. Cela seul peut suffire pour vous en faire sentir tout le prix et la nécessité d'y être fidèles. - Mais, me direz-vous, comment, par quel moyen pouvons-nous connaître que nous correspondons à ce que la grâce veut de nous, ou bien que nous y résistons ? - Si vous ne savez pas, écoutez-moi un instant, et vous en connaî-trez le plus essentiel. Je dis d'abord que la grâce, c'est une pensée qui nous fait sentir la nécessité d'éviter le mal et de faire le bien. Entrons dans quelques détails familiers pour mieux vous le faire comprendre, et vous verrez quand vous y résistez ou quand vous y êtes fidèles. Le matin, en vous éveillant, le bon Dieu vous suggère la pensée de lui donner votre cœur, de lui offrir votre travail, de faire votre prière de suite et à genoux si vous le faites de suite, de bon cœur, vous suivrez le mouvement de la grâce ; et, si vous ne le faites pas, ou bien si vous le faites mal, vous ne le suivez pas. Vous vous sentez, tout à coup, le désir d'aller vous confesser et de vous corriger de vos défauts, de ne pas rester comme vous êtes ; vous pensez que si vous veniez à mourir vous seriez damnés. Si vous suivez ces bonnes inspirations que le bon Dieu vous donne, vous êtes fidèles à la grâce. Mais vous laissez passer cela sans rien faire... ; vous avez la pensée de faire quelque aumône, quelque pénitence, d'aller à la messe les jours ouvriers, d'y envoyer vos domestiques ; vous ne le faites pas. Voilà, M.F., ce que c'est que suivre la grâce ou y résister. Tout ceci, c'est ce que l'on appelle des grâces intérieures. Pour celles qui sont appelées grâces exté-rieures, c'est, par exemple, une bonne lecture, une conversation que vous aurez eue avec quelques personnes sages, qui vous font sentir la nécessité de changer de vie, de mieux servir le bon Dieu, le regret que vous aurez à l'heure de la mort ; c'est un bon exemple que vous aurez devant les yeux, qui semble vous tourmenter de vous convertir ; c'est enfin une instruction qui vous apprend les moyens qu'il faut prendre pour servir Dieu et remplir vos devoirs envers lui, envers vous-mêmes et envers votre prochain. Votre salut ou votre damnation en dépend, faites-y bien attention. Les saints ne se sont sanctifiés que par leur grande attention à suivre toutes les bonnes inspirations que le bon Dieu leur envoyait, et les damnés ne sont tombés en enfer que parce qu'ils les ont méprisées ; vous allez en voir la preuve.


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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 09:22
Tombeau de Saint-Charbel

I. - Il est vrai que, dans tous les sacrements que Jésus-Christ a institués, il nous montre une miséricorde infinie. Dans le sacrement de Baptême, il nous arrache d'entre les mains de Lucifer, et nous rend les enfants de Dieu son Père ; il nous ouvre le ciel qui nous était fermé ; il nous rend participants de tous les trésors de son Église ; et, si nous sommes fidèles à nos engagements, un bonheur éternel nous est assuré. Dans le sacrement de Pénitence, il nous montre et nous fait part de sa miséricorde jusqu'à l'infini ; puisqu'il nous arrache de l'enfer, où nos péchés de malice nous avaient entraînés, et, de nouveau, nous applique les mérites infinis de sa mort et de sa passion. Dans le sacrement de Confirmation, il nous donne, pour nous conduire dans le chemin de la vertu, un esprit de lumière qui nous fait connaître le bien que nous devons faire, et le mal que nous devons éviter ; de plus, il nous donne un esprit de force, pour surmonter tout ce qui peut nous empêcher de faire notre salut. Dans le sacrement de l'Extrême-Onction, nous voyons des yeux de la foi que Jésus-Christ nous couvre des mérites de sa mort et de sa passion. Dans celui de l'Ordre, Jésus-Christ donne tous ses pouvoirs à ses prêtres ; ils le font descendre... Dans celui du Mariage, nous voyons que Jésus-Christ sanctifie toutes nos actions, même celles où l'on semble ne suivre que les penchants corrompus de la nature.
Voilà, me direz-vous, des miséricordes dignes d'un Dieu qui est infini en tout. Mais, dans le sacrement adorable de l'Eucharistie, il va plus loin : tout ceci ne semble être qu'un apprentissage de son amour pour les hommes ; il veut, pour le bonheur de ses créatures, que son corps et son âme et sa divinité se trouvent dans tous les coins du monde, afin que, toutes les fois qu'on voudra, l'on puisse le trouver, et qu'avec Lui nous trouvions toute sorte de bonheur. Si nous sommes dans les peines et le chagrin, il nous consolera et nous soulagera. Sommes-nous malades, ou il nous guérira, ou il nous donnera des forces pour souffrir de manière à mériter le ciel. Si le démon, le monde et nos penchants nous font la guerre, il nous donnera des armes pour combattre, pour résister, et pour remporter la victoire. Si nous sommes pauvres, il nous enrichira de toute sorte de richesses pour le temps et pour l'éternité. - C'est bien assez de grâces, pensez-vous. - Oh ! non, M.F., son amour n'est pas encore satisfait. Il a encore d'autres dons à nous faire, des dons que son amour immense a trouvés dans son cœur brûlant pour le monde, ce monde ingrat, qui ne semble être comblé de tant de biens que pour outrager son bienfaiteur. Mais non, M.F., laissons l'ingratitude des hommes pour un moment, ouvrons la porte de ce Cœur sacré et adorable, renfermons-nous un instant dans ses flammes d'amour, et nous verrons ce que peut un Dieu qui nous aime. Ô mon Dieu ! qui pourra le comprendre, et ne pas mourir d'amour et de douleur, en voyant d'un côté tant de charité et de l'autre tant de mépris et d'ingratitude !
Nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ, sachant très bien que le moment où les Juifs devaient le faire mourir était arrivé, dit à ses apôtres « qu'il désirait grandement célébrer la Pâque avec eux. » Ce moment à jamais heureux pour nous étant arrivé, il se mit à table, voulant nous laisser un gage de son amour. Il se lève de table, quitte ses vêtements, prend un linge autour de lui ; ayant mis de l'eau dans un vase, il commence à laver les pieds de ses apôtres et même de Judas, sachant très bien qu'il allait le trahir. C'est qu'il voulait nous montrer par là avec quelle pureté nous devions approcher de lui . S'étant remis à table, il prit du pain entre ses mains saintes et vénérables ; puis levant les yeux au ciel pour rendre grâces à son Père, afin de nous faire comprendre que ce grand don nous venait du ciel, il le bénit et le distribua à ses apôtres, en leur disant : « Mangez-en tous, ceci est véritablement mon Corps, qui sera livré pour vous, » Ayant ensuite pris le calice, où il y avait du vin mêlé avec de l'eau, il le bénit de même, et le leur présenta en leur disant : « Buvez-en tous, ceci est mon Sang, qui sera répandu pour la rémission des péchés, et toutes les fois que vous prononcerez les mêmes paroles, vous ferez le même miracle ; c'est-à-dire, vous changerez le pain en mon Corps et le vin en mon sang. » Quel amour pour nous, M.F., que celui d'un Dieu dans l'institution du sacrement adorable de l'Eucharistie ! Dites-moi, M.F., de quel sentiment de respect, n'aurions-nous pas été pénétrés, si nous avions été sur la terre, et que nous eussions vu de nos propres yeux Jésus-Christ lorsqu'il institua ce grand saint Sacrement d'amour. Cependant, M.F., ce grand miracle se fait chaque fois que le prêtre célèbre la sainte messe, où ce divin Sauveur se rend présent sur nos autels. Ah ! si nous avions cette foi vive, de quel respect ne serions-nous pas pénétrés ? Avec quel respect et tremblement ne paraîtrions-nous pas devant ce grand sacrifice, où un Dieu nous montre la grandeur de son amour et de sa puissance ! Il est vrai que vous le croyez ; mais vous agissez comme si vous ne le croyiez pas.
S'il faut vous bien faire comprendre la grandeur de ce mystère, écoutez-moi, et vous allez voir combien devrait être grand le respect que nous devons y apporter. Nous lisons dans l'histoire qu'un prêtre disant la sainte messe dans une église de la ville de Bolsène, et doutant, après avoir prononcé les paroles de la consécration, de la réalité du Corps de Jésus-Christ dans la sainte Hostie, c'est-à-dire, si les paroles de la consécration avaient vraiment changé le pain au Corps, de Jésus-Christ et le vin en son Sang, à l'instant même, la Sainte Hostie fut toute couverte de sang. Jésus-Christ sembla vouloir reprocher à son ministre son infidélité, le porter à en gémir, lui faire recevoir la foi qu'il venait de perdre par son doute ; et, en même temps, nous montrer par ce grand miracle, combien nous devons être convaincu de sa sainte présence dans la sainte Eucharistie. Cette Hostie sainte versa du sang avec tant d'abondance, que le corporal, la nappe et l'autel même en furent tout couverts. Le Pape, à qui l'on fit part de ce miracle, ordonna qu'on lui apportât ce corporal tout sanglant ; il fut porté dans la ville d'Orviette, où il fut reçu avec une pompe, extraordinaire, et déposé dans l'église. On fit ensuite bâtir une magnifique église pour recevoir ce précieux dépôt, et tous les ans on porte en procession cette précieuse relique, le jour de la Fête-Dieu . Voyez, M.F., combien cela doit affermir la foi, pour ceux qui ont quelque doute. Mais, mon Dieu, comment pouvoir douter, après les paroles de Jésus-Christ même, qui a dit à ses apôtres, et en leur personne à tous les prêtres : « Toutes les fois que vous prononcerez ces mêmes paroles, vous ferez le même miracle, c'est-à-dire que vous ferez comme moi, vous changerez le pain en mon Corps et le vin en mon Sang ? »
Quel amour, M.F., quelle charité que celle de Jésus-Christ, de choisir la veille du jour qu'on doit le faire mourir, pour instituer un Sacrement par lequel il va rester au milieu de nous, pour être notre Père, notre Consolateur et tout notre bonheur ! Plus heureux encore que ceux qui vivaient pendant sa vie mortelle, où il n'était que dans un lieu, où il fallait faire bien des lieues pour avoir le bonheur de le voir ; aujourd'hui, nous le trouvons dans tous les lieux du monde, et ce bonheur nous est promis jusqu'à la fin du monde. Ô amour immense d'un Dieu pour ses créatures ! Non, M.F., rien ne peut l'arrêter, quand il s'agit de nous montrer la grandeur de son amour. Dans ce moment heureux pour nous, tout Jérusalem est en feu, toute la populace en fureur, tous conspirent sa perte ; tous veulent répandre, son sang adorable : et c'est précisément dans ce moment qu'il leur prépare, comme à nous, le gage le plus ineffable de son amour. Les hommes trament les plus noirs complots contre lui, tandis que lui n'est occupé qu'à leur donner tout ce qu'il a de plus précieux, qui est lui-même. L'on ne pense qu'à lui élever une croix infâme pour le faire mourir, et il ne pense qu'à élever un autel pour s'immoler lui-même chaque jour pour nous. L'on se prépare à verser son sang, Jésus-Christ veut que ce même sang soit pour nous un breuvage d'immortalité, pour la consolation et le bonheur de nos âmes. Oui, M.F., nous pouvons dire que Jésus-Christ nous aime jusqu'à épuiser les richesses de son amour, se sacrifiant en tout ce que sa sagesse et sa puissance ont pu lui inspirer. Ô amour tendre et généreux d'un Dieu pour de viles créatures comme nous, qui en sommes si indignes ! Ah ! M.F., quel respect ne devrions-nous pas avoir pour ce grand sacrement, où un Dieu fait homme se rend présent chaque jour sur nos autels ! Quoique nous voyions que Jésus-Christ soit la bonté même, il ne laisse pas quelquefois que de punir rigoureusement le mépris que l'on fait de sa sainte présence, comme nous le voyons dans plusieurs endroits de l'histoire .
Il est rapporté qu'un prêtre de Fribourg portant le bon Dieu à un malade, il se trouva de passer sur une place où il y avait beaucoup de monde qui dansaient. Le musicien, quoique sans religion, s'arrêta en disant : « J'entends la clochette, l'on porte le bon Dieu à un malade, mettons-nous à genoux. » Mais dans cette compagnie, il se trouva une femme impie, inspirée.. par la fureur de l'enfer : « Continuons seulement, dit-elle, il y a des sonnettes pendues au cou des bestiaux de mon père ; quand elles passent, l'on ne s'arrête pas, et l'on ne se met pas à genoux. » Toute la compagnie applaudit à cette impiété, et tous continuèrent à danser. Dans le même moment, il vint un orage si fort, que toutes les personnes qui dansaient furent emportées, sans qu'on ait jamais pu savoir ce qu'elles sont devenues. Hélas ! M.F., tous ces misérables payèrent bien cher le mépris qu'ils firent de la présence de Jésus-Christ ! ce qui nous doit faire comprendre combien nous devons respecter la sainte présence de Jésus-Christ, soit dans son temple, soit quand nous apprenons qu'on le porte aux pauvres malades.

II. - Nous disons que Jésus-Christ, pour opérer ce grand miracle, choisit du pain, qui est la nourriture de tout le monde, des riches comme des pauvres, de celui, qui est fort comme de celui qui est languissant, pour nous montrer que cette nourriture céleste est pour tous les chrétiens qui veulent conserver la vie de la grâce et la force pour combattre le démon. Nous voyons que, quand Jésus-Christ opéra ce grand miracle, il leva les yeux au ciel pour rendre grâces à son Père, pour nous faire voir combien ce moment heureux pour nous était désiré par lui, et afin de nous prouver la grandeur de son amour. « Oui, mes enfants, leur dit ce divin Sauveur, mon Sang est impatient de se répandre pour vous ; mon Corps brûle du désir d'être déchiré pour guérir vos plaies ; bien loin d'être effrayé par l'idée de la tristesse amère que m'a causée d'avance la pensée de mes souffrances et de ma mort, au contraire, c'est pour moi le comble de mon plaisir. Ce qui cause cela, c'est que vous trouverez dans mes souffrances et ma mort un remède à tous vos maux. » Oh ! quel amour, M.F., que celui d'un Dieu pour ses créatures ! Saint Paul nous dit que, dans le mystère de l'Incarnation, il a caché sa divinité ; mais que, dans celui du sacrement de l'Eucharistie, il est allé jusqu'à cacher son humanité . Ah ! M.F., il n'y a que la foi qui puisse agir dans un mystère si incompréhensible. Oui, M.F., dans quelque lieu que nous soyions, tournons avec plaisir nos pensées, nos désirs ; du côté où repose ce Corps adorable, pour nous unir aux anges qui l'adorent avec tant de respect. Prenons bien garde de faire comme ces impies, qui n'ont point de respect dans ces temples qui sont si saints, si respectables et si sacrés par la présence d'un Dieu fait homme, qui, jour et nuit, habite au milieu de nous !...
Souvent, nous voyons que le Père éternel punit rigoureusement ceux qui méprisent son divin Fils. Nous lisons dans l'histoire, qu'un tailleur s'étant trouvé dans une maison où l'on apporta le bon Dieu à un malade ; ceux qui étaient auprès du malade lui dirent de se mettre à genoux, il ne voulut pas ; mais, par un horrible blasphème : « Moi, dit-il, me mettre à genoux ? Je respecte beaucoup plus une araignée qui est le plus vil animal, que votre Jésus-Christ, que vous voulez que j'adore. » Hélas ! M.F., de quoi est capable celui qui a perdu la foi ! Mais le bon Dieu ne laissa pas cet horrible péché impuni : dans le même moment, une grosse araignée toute noire se détacha des lambris, et vint se reposer sur la bouche du blasphémateur et lui piqua les lèvres. Aussitôt il enfla et il mourut sur-le-champ. Voyez, M.F., combien nous sommes coupables, lorsque nous n'avons pas ce grand respect pour la présence de Jésus-Christ.
Non, M.F., ne nous lassons pas de contempler ce mystère d'amour où un Dieu, égal à son Père, nourrit ses enfants, non d'une nourriture ordinaire, ni de cette manne dont le peuple juif était nourri dans le désert, mais de son Corps adorable et de son Sang précieux. Qui pourrait jamais le penser, si ce n'était lui-même qui nous le dit et le fait en même temps ? Oh ! M.F., que toutes ces merveilles sont bien dignes de notre admiration et de notre amour ! Un Dieu, après s'être chargé de nos faiblesses, nous fait part de tous ses biens ! Ô nation des chrétiens, que vous êtes heureuse d'avoir un Dieu si bon et si riche !... Nous lisons dans saint Jean qu'il vit un ange à qui le Père éternel remettait le vase de sa fureur pour le verser sur toutes les nations ; mais ici nous voyons tout le contraire. Le Père éternel remet entre les mains de son Fils le vase de sa miséricorde pour être répandu sur toutes les nations de la terre. En nous parlant de son Sang adorable, il nous dit comme à ses apôtres : « Buvez-en tous, et vous y trouverez la rémission de vos péchés et la vie éternelle . » Ô bonheur ineffable !... ô heureuse source, qui prouvera jusqu'à la fin des siècles comme cette croyance devait faire tout notre bonheur ! Jésus-Christ n'a cessé de faire des miracles pour nous porter à une foi vive en sa présence réelle. Nous voyons dans l'histoire qu'il y avait une femme chrétienne, mais bien pauvre. Ayant emprunté d'un Juif une petite somme d'argent, elle lui donna pour gage les meilleurs de ses vêtements. La fête de Pâques étant proche, elle pria le Juif de lui rendre pour un jour la robe qu'elle lui avait donnée. Le Juif lui dit que non seulement il voulait lui remettre ses effets, mais encore son argent, à condition seulement qu'elle apporterait la sainte Hostie quand elle l'aurait reçue de la main du prêtre. Le désir que cette misérable avait d'avoir ses effets, de n'être pas obligée de rendre son argent qu'elle avait emprunté, la porta à une action bien horrible. Dès le lendemain, elle se rendit à l'église de sa paroisse. Après qu'elle eut reçu la sainte Hostie sur la langue, elle se hâta de la prendre et de la mettre dans un mouchoir. Elle la porta à ce misérable Juif, qui ne lui avait fait cette demande que pour exercer sa fureur contre Jésus-Christ. Cet homme abominable traita Jésus-Christ avec une fureur épouvantable ; et nous voyons que Jésus-Christ lui-même montra combien ces outrages qu'on lui faisait lui étaient sensibles. Le Juif commença par mettre la sainte Hostie sur une table, lui donna des coups de canif autant qu'il en fut content ; mais ce malheureux vit aussitôt sortir de la sainte Hostie du sang en abondance, ce qui faisait frémir son enfant. Ensuite l'ayant ôtée avec mépris de dessus la table, il la suspendit par un clou contre la mur et lui donna des coups de fouet autant qu'il voulut. Il la perça d'une lance ; il en sortit de nouveau du sang. Après toutes ces cruautés, il la jeta dans une chaudière d'eau bouillante : aussitôt l'eau sembla se changer en sang. L'Hostie parut alors sous la forme de Jésus-Christ en croix : ce qui l'effraya tellement qu'il courut se cacher dans un coin de sa maison. Pendant ce temps-là les enfants de ce Juif qui voyaient aller les chrétiens à l'église, leur disaient : « Où allez-vous ? Puisque mon père a tué votre Dieu ; il est mort, vous ne le trouverez plus. » Une femme, qui écoutait ce que disaient ces enfants, entra dans leur maison. Et, en effet, elle vit encore la sainte Hostie, qui était sous la forme de Jésus-Christ crucifié ; mais elle reprit bientôt sa forme ordinaire. Cette femme ayant pris un vase qu'elle présenta, la sainte Hostie vint se reposer dedans. Cette femme, heureuse, fort contente, de suite la porta dans l'église de Saint-Jean en Grève, où elle fut placée dans un lieu convenable pour y être adorée. Pour ce malheureux, on lui offrit son pardon, s'il voulait se convertir en se faisant chrétien ; mais il se trouva si endurci, qu'il aima mieux se laisser brûler tout vif que de se faire chrétien. Cependant sa femme, ses enfants et quantité de Juifs se firent baptiser. D'après ces miracles que Jésus-Christ venait d'opérer, et pour ne jamais perdre le souvenir de ces merveilles, l'on changea la maison en église ; on y établit une communauté, afin qu'il y eût continuellement des personnes occupées à faire amende honorable à Jésus-Christ pour les outrages que ce malheureux Juif lui avait faits . Nous ne pouvons pas, entendre cela, M.F., sans frémir. Eh bien ! M.F., voilà à quoi Jésus-Christ s'expose pour l'amour de nous, et à quoi il sera exposé jusqu'à la fin du monde. Quel amour, M.F., d'un Dieu pour nous ! à quels excès il le porte envers ses créatures !
Nous disons que Jésus-Christ, tenant le calice entre ses mains saintes, dit à ses apôtres : « Encore quelque temps, et ce Sang précieux va être répandu d'une manière sanglante et visible ; c'est pour vous qu'il va être répandu ; l'ardeur que j'ai de le verser dans vos cœurs m'a fait employer ce moyen. Il est vrai que la jalousie de mes ennemis est bien une cause de ma mort, mais elle n'est pas une des principales ; les accusations qu'ils ont inventées contre moi pour me perdre, la perfidie du disciple qui va me trahir, la lâcheté du juge qui va me condamner, et la cruauté des bourreaux qui vont me faire mourir, sont autant d'instruments dont mon amour infini se sert pour vous prouver combien je vous aime. Oui, M.F., c'est pour la rémission de nos péchés que ce sang va être répandu, et ce sacrifice se renouvellera chaque jour pour la rémission de nos péchés. Voyez-vous, M.F., combien Jésus-Christ nous aime, puisqu'il se sacrifie pour nous à la justice de son Père avec tant d'empressement et bien plus, il veut que ce sacrifice se renouvelle tous les jours et dans tous les lieux du monde. Quel bonheur pour nous, M.F., de savoir que nos péchés, même avant d'avoir été commis, ont été expiés dans ce moment du grand sacrifice de la croix ! Venons souvent, M.F., au pied de nos tabernacles, pour nous consoler dans nos peines, pour nous fortifier dans nos faiblesses. Avons-nous le grand malheur d'avoir péché, le Sang adorable de Jésus-Christ demandera grâce pour nous.
Ah ! M.F., que la foi des premiers chrétiens était bien plus vive que la nôtre ! Dans les premiers temps, quantité de chrétiens traversaient les mers pour aller visiter les lieux saints, où s'était opéré le mystère de notre Rédemption. Quand on leur montrait le cénacle où Jésus-Christ avait institué ce divin Sacrement qui a été consacré à nourrir nos âmes, quand on leur faisait voir, l'endroit où il avait arrosé la terre de ses larmes et de son sang pendant sa prière, son agonie, ils ne pouvaient quitter ces lieux saints sans verser des larmes en abondance. Mais lorsqu'on les menait sur le Calvaire, où il avait tant enduré de tourments pour nous, ils semblaient ne plus pouvoir vivre ; ils étaient inconsolables, parce que ces lieux rappelaient le temps, les actions et les mystères qui se sont opérés pour nous ; ils sentaient en eux la foi se rallumer, leur cœur brûler d'un feu nouveau : Ô heureux lieux ! s'écriaient-ils, où tant de prodiges se sont opérés pour nous sauver ! Mais, M.F., sans aller si loin, sans nous donner la peine de traverser les mers et de nous exposer à bien des dangers, n'avons-nous pas ici Jésus-Christ au milieu de nous, non seulement comme Dieu, mais en corps et en âme ? Nos églises ne sont-elles pas aussi dignes de respect que ces lieux saints où allaient ces pèlerins ? Oh ! M.F., notre bonheur est trop grand ; non, non, jamais nous ne le comprendrons. Nation heureuse que celle des chrétiens, de voir se renouveler chaque jour tous les prodiges que la toute-puissance de Dieu opéra autrefois sur le Calvaire pour sauver les hommes !
Pourquoi donc, M.F., que nous ne voyons pas ce même amour, cette même reconnaissance, ce même respect, puisque les mêmes miracles se font tous les jours sous nos yeux ? Hélas ! c'est que nous avons tant abusé des grâces, que le bon Dieu en punition de nos ingratitudes, nous a ôté en partie notre foi ; à peine la soutenons-nous, et comprenons-nous que nous sommes en la présence de Dieu. Mon Dieu ! quel malheur pour celui qui a perdu la foi ! Hélas, M.F., dès que nous avons perdu la foi, nous n'avons plus que du mépris pour cet auguste Sacrement, et combien qui se laissent aller jusqu'à l'impiété, en raillant ceux qui sont si heureux d'y venir puiser les grâces et les forces nécessaires pour se sauver ! Craignons, M.F., que le bon Dieu ne nous punisse du peu de respect que nous avons pour sa présence adorable ; en voici un exemple des plus effrayants.
Le cardinal Baronius rapporte dans ses Annales, qu'il y avait dans la ville de Lusignan, près de Poitiers, une personne qui avait un grand mépris pour la personne de Jésus-Christ : elle raillait et méprisait ceux qui fréquentaient les Sacrements ; elle tournait en ridicule leur dévotion. Cependant le bon Dieu, qui aime bien mieux la conversion du pécheur que sa perte, lui donna plusieurs fois des remords de conscience ; elle voyait bien qu'elle faisait mal, que ceux, dont elle se raillait étaient plus heureux qu'elle ; mais dès que l'occasion s'en présentait, elle recommençait, et, par ce moyen, de peu à peu, elle finit par étouffer ces remords que le bon Dieu lui donnait. Mais pour mieux se cacher, elle tâcha de gagner l'amitié d'un saint religieux, supérieur du monastère de Bonneval, qui était tout voisin. Elle y allait souvent, s'en faisant même gloire, quoiqu'impie, et voulait se croire bonne lorsqu'elle était avec ces bons religieux. Le supérieur, qui apercevait à peu près ce qu'il y avait dans l'âme, lui dit plusieurs fois : « Mon cher ami, vous n'avez pas assez de respect pour la présence de Jésus-Christ dans le Sacrement adorable de nos autels ; mais, je crois que si vous voulez vous convertir, il vous faudra quitter le monde et vous retirer dans un monastère pour y faire pénitence. Vous savez vous-même combien de fois vous avez profané les Sacrements, vous êtes couvert de sacrilèges ; si vous veniez à mourir, vous seriez jeté en enfer pour toute l'éternité. Croyez-moi, pensez à réparer vos profanations ; comment pouvez-vous vivre dans un état si malheureux ? » Ce pauvre homme semblait l'écouter et même profiter de ses conseils, car il sentait bien lui-même que sa conscience était chargée de sacrilèges ; mais il ne voulait pas faire quelques petits sacrifices qu'il devait, de sorte qu'avec toutes ses pensées, il restait toujours de même ; mais le bon Dieu se lassant de son impiété et de ses sacrilèges, l'abandonna à lui-même ; il tomba malade. L'abbé s'empressa d'aller le voir, sachant combien sa pauvre âme était en mauvais état. Ce pauvre homme, voyant ce bon père, qui était un saint, et qui venait le voir, se mit à pleurer de joie, et, peut-être dans l'espérance qu'il allait prier pour lui, pour lui aider à sortir son âme du bourbier de ses sacrilèges, il pria l'abbé de rester un peu longtemps. La nuit étant arrivée, tout le monde se retira, sinon l'abbé qui resta avec le malade. Ce pauvre malheureux se mit à crier horriblement : « Ah ! mon Père, secourez-moi ! ah ! ah ! mon Père, venez, venez à mon secours ! » Mais, hélas ! il n'était plus temps, le bon Dieu l'avait abandonné en punition de ses sacrilèges et de ses impiétés. « Ah ! mon Père, voilà deux lions effroyables qui veulent m'emporter ! Ah ! mon père, à mon secours ! » L'abbé, tout épouvanté, se jeta à genoux pour demander grâce pour lui ; mais c'était trop tard, la justice de Dieu l'avait livré à la puissance des démons. Le malade change tout à coup de voix et prend un ton rassis ; il se met à lui parler comme une personne qui n'est nullement malade et qui a tout son esprit : « Mon Père, lui dit-il, ces lions qui tout à l'heure étaient autour de moi se sont retirés. » Mais, comme ils parlaient familièrement ensemble, le malade perdit la parole et sembla être mort. Cependant, quoique le religieux crût qu'il était mort, il voulut voir la fin malheureuse de tout cela ; il passa le reste de la nuit auprès du malade. Ce pauvre malheureux, après quelques moments, revint à lui-même, reprit la parole comme auparavant, et dit au supérieur : « Mon Père, je viens d'être cité au tribunal de Jésus-Christ, et mes impiétés et mes sacrilèges sont cause que je suis condamné à aller brûler dans les enfers. » Le supérieur, tout épouvanté, se mit à prier, afin de demander s'il y aurait encore ressource pour le salut de ce malheureux ; le mourant, le voyant prier, lui dit : « Mon Père, quittez votre prière ; le bon Dieu ne vous exaucera jamais à mon égard, les démons sont à mes côtés ; ils n'attendent que le moment de ma mort, qui ne tardera pas pour m'entraîner dans les enfers où je vais brûler toute l'éternité. » Tout à coup, saisi de frayeur : « Ah ! mon Père, le démon m'emporte ; adieu mon Père, j'ai méprisé vos conseils, et je suis damné. » En disant cela, il vomit sa maudite âme en enfer.
Le supérieur se retira en versant des larmes sur le sort de ce malheureux qui, de son lit, était tombé en enfer. Hélas ! M.F., que le nombre est grand de ces profanateurs, que de chrétiens qui ont perdu la foi par les sacrilèges ! Hélas ! M.F., si nous voyons tant de chrétiens qui ne fréquentent plus les sacrements, ou qui ne les fréquentent que bien rarement, n'en cherchons point d'autres raisons que les sacrilèges. Hélas ! combien d'autres qui sont déchirés par les remords de leur conscience, qui se sentent coupables de sacrilèges, et qui, dans un état qui fait frémir le ciel et la terre, attendent la mort ! Ah ! M.F., n'allez pas plus loin, vous n'êtes pas encore arrivés au même malheur que ce réprouvé dont nous venons de parler. Mais que savez-vous si, avant la mort, vous ne serez pas abandonnés de Dieu comme lui ; et jetés dans le feu ? Ô mon Dieu ! comment pouvoir vivre dans un état aussi effrayant ? Ah ! M.F., il est encore temps, revenons, allons nous jeter aux pieds de Jésus-Christ, qui repose dans le sacrement adorable de l'Eucharistie. Il offrira de nouveau le mérite de sa mort et passion pour nous à son Père, et nous sommes sûrs d'obtenir miséricorde.
Oui, M.F., nous sommes sûrs que, si nous avons un grand respect pour la présence de Jésus-Christ dans le Sacrement adorable de nos autels, nous obtiendrons tout ce que nous voudrons. Puisque, M.F., ces processions sont toutes consacrées pour adorer Jésus-Christ dans le Sacrement adorable de l'Eucharistie, pour le dédommager des outrages qu'il y reçoit, suivons-le dans les processions, marchons à sa suite avec autant de respect et de dévotion que les premiers chrétiens le suivaient dans ses prédications, où il ne passait jamais dans un endroit sans y répandre toute sorte de bénédictions . Oui, M.F., nous voyons dans l'histoire, par quantité d'exemples, comment le bon Dieu punit les profanateurs de la présence adorable de son Corps et de son Sang. Il est rapporté qu'un voleur, étant entré dans une église pendant la nuit, enleva tous les vases sacrés où étaient renfermées les saintes hosties ; il les emport jusque dans un endroit, c'est-à-dire, une place qui était, près de Saint-Denis. Étant là, il voulut voir de nouveau les vases, afin de savoir s'il avait encore laissé quelques hosties. Il en trouva encore une, qui, dès que le vase fût ouvert, s'envola en l'air et voltigeait après lui : ce fut ce prodige qui fit découvrir le voleur par des personnes qui l'arrêtèrent. L'abbé de Saint-Denis en fut averti, et en donna avis à l'évêque de Paris. La sainte Hostie demeura miraculeusement suspendue en l'air. L'évêque étant venu avec tous ses prêtres et quantité d'autres personnes en procession, la sainte Hostie alla se reposer dans le ciboire du prêtre qui l'avait consacrée. On la porta dans une église, où l'on fonda une grand'messe un jour de chaque semaine en mémoire de ce miracle .
Dites-moi, M.F., en faut-il davantage pour nous inspirer un grand respect pour la présence de Jésus-Christ, soit que nous soyons dans nos églises, soit que nous le suivions dans nos processions ? Venons à Lui avec une grande confiance ; il est bon, il est miséricordieux, il nous aime, et d'après cela, nous sommes sûrs de recevoir tout ce que nous lui demandons ; mais ayons l'humilité, la pureté, l'amour de Dieu, le mépris de la vie ;... prenons bien garde de ne pas nous laisser aller aux distractions... Aimons le bon Dieu, M.F., de tout notre cœur, et par là, nous aurons notre paradis en ce monde...

VENDREDI SAINT

Le péché renouvelle la passion de Jésus-Christ

Prolapsi sunt, rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei.
Ceux qui pèchent crucifient en eux-mêmes de nouveau le Fils de Dieu.
(Saint Paul aux Hébreux, IV, 6.)

Pouvons-nous, M.F., concevoir un crime plus horrible que celui des Juifs, quand ils firent mourir le Fils de Dieu, qu'ils attendaient depuis quatre mille ans, lui qui avait été l'admiration des prophètes, l'espérance des patriarches, la consolation des justes, la joie du ciel, le trésor de la terre, le bonheur de l'univers ? Quelques jours auparavant, ils l'avaient reçu en triomphe à son entrée à Jérusalem, manifestant ainsi clairement qu'ils le reconnaissaient pour le Sauveur du monde. Dites-moi, M.F., est-il possible que, malgré tout cela, ils veuillent le faire mourir, après l'avoir accablé de toutes sortes d'outrages ? Quel mal leur avait donc fait ce divin Sauveur ? Ou plutôt, quel bien ne leur faisait-il pas, en venant les délivrer de la tyrannie du démon, les réconcilier avec son Père, leur ouvrir la porte du ciel que le péché d'Adam leur avait fermée ? Hélas ! de quoi n'est pas capable l'homme qui se laisse aveugler par ses passions ! Pilate laissa aux Juifs le choix de leur délivrer ou Jésus ou Barabbas, qui était un insigne voleur. Ils délivrent le voleur chargé de crimes ; et Jésus, qui était l'innocence même, bien plus encore, leur Rédempteur ; ils veulent qu'on le fasse mourir ! Ô mon Dieu ! quelle indigne préférence ! Cela vous étonne, M.F., vous avez bien raison ; cependant, si j'osais, je vous dirais que nous faisons cette préférence toutes les fois que nous péchons. Et pour mieux vous le faire sentir, je vais vous montrer combien grand est l'outrage que nous faisons à Jésus-Christ en préférant la voie de nos penchants à la voie de Dieu.
Oui, M.F., la malice des hommes leur a fait trouver, des moyens pour renouveler les souffrances et la mort de Jésus-Christ, non seulement d'une manière aussi cruelle que chez les Juifs, mais encore d'une manière sacrilège et pleine d'horreur. Jésus-Christ, sur la terre, n'avait qu'une vie et qu'un calvaire où il devait être crucifié ; mais, depuis sa mort, l'homme, par son péché, lui fait trouver autant de croix qu'il y a de cœurs sur la terre. Pour mieux vous en convaincre, voyons cela de plus près. Qu'apercevons-nous dans la passion de Jésus-Christ. ? N'est-ce pas un Dieu trahi, abandonné même de ses disciples ; un Dieu mis en parallèle avec un infâme voleur ; un Dieu exposé à la fureur du libertinage et traité comme un roi de théâtre ? Enfin, n'est-ce pas un Dieu crucifié sur une croix ? Tout cela, vous en conviendrez, était bien humiliant et bien cruel dans la mort de Jésus-Christ. Cependant M.F., je ne crains pas de vous dire que ce qui se passe tous les jours parmi les chrétiens, est encore bien plus sensible à Jésus-Christ, que tout ce que les Juifs ont pu lui faire souffrir.
1? Je sais bien que Jésus-Christ fut trahi et abandonné de ses apôtres : ce fut là peut-être même la plaie la plus sensible à son cœur si bon. Mais je dis que par la malice de l'homme et du démon, cette plaie si douloureuse est renouvelée chaque jour, chez un nombre infini de mauvais chrétiens. Si Jésus-Christ, M.F., dans la sainte messe, nous a laissé le souvenir et le mérite de sa passion, il a permis qu'il y eût encore des hommes, des chrétiens portant le caractère de ses disciples, et qui néanmoins le trahissent et l'abandonnent, dès que l'occasion s'en présente. Ils ne se font point scrupule de renoncer à leur baptême, ni de renier leur foi ; et cela, par la crainte d'être raillés ou méprisés de quelques libertins ou de quelques petites ignorantes. De ce nombre sont les trois quarts des gens de nos jours, qui n'osent montrer par leurs actes qu'ils sont chrétiens. Or, nous abandonnons notre Dieu, toutes les fois que nous laissons nos prières soir ou matin, et que nous manquons la sainte Messe, les Vêpres, ou autres exercices qui se font dans l'église. Nous avons abandonné le bon Dieu, depuis que nous ne fréquentons plus les sacrements. Ah ! Seigneur, où sont ceux qui vous sont fidèles, et qui vous suivent jusqu'au Calvaire ?... Jésus-Christ, dans le temps de sa passion, prévoyait déjà combien peu de chrétiens le suivraient partout, combien peu il y en aurait, que ni les tourments, ni la mort ne pourraient séparer de lui. Parmi tous ses disciples, il n'y eut alors que sa sainte Mère et saint Jean, qui eurent assez de courage, pour l'accompagner jusqu'au Calvaire. Tant que Notre-Seigneur combla ses disciples de bienfaits, ils furent toujours prêts à souffrir. Tels étaient saint Pierre, saint Thomas ; mais le moment, de l'épreuve arrivé, tous s'enfuirent, tous l'abandonnèrent. Image évidente de tant de chrétiens qui font à Dieu les plus belles résolutions ; mais qui, à la moindre épreuve, le laissent et l'abandonnent : ils ne veulent reconnaître ni Dieu, ni sa providence ; une petite calomnie, un petit tort qu'on leur fera, une maladie un peu longue, la crainte de perdre l'amitié d'une personne de qui ils ont reçu ou de qui ils attendent quelque bien, leur fait alors regarder la religion comme rien ; ils la mettent de côté, et vont même jusqu'à se déchaîner contre ceux qui la pratiquent. Ils tournent tout en mal, maudissent les personnes qu'ils croient en être cause. Hélas ! mon Dieu, que de déserteurs ! qu'il y a peu de chrétiens pour vous suivre, comme la sainte Vierge, jusqu'au Calvaire !...
Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous connaître que nous suivons Jésus-Christ ? - M.F., rien de plus facile à savoir. C'est lorsque vous observez fidèlement les commandements. Il nous est ordonné de prier Dieu soir et matin, avec un grand respect : eh bien ! le faites-vous à genoux, avant de travailler, dans le désir de plaire à Dieu et de sauver votre âme ? Ou bien, au contraire, le faites-vous par habitude, par routine, sans penser à Dieu, sans songer que vous êtes en danger de vous perdre, et que, par conséquent, vous avez besoin des grâces du bon Dieu pour ne pas vous damner ? Les commandements de Dieu vous défendent de travailler le saint jour du dimanche. Eh bien ! voyez si vous y êtes fidèles, si vous avez passé saintement ce jour, à prier, à vous confesser de vos péchés, crainte que la mort ne vous surprenne dans un état capable de vous conduire en enfer. Examinez la manière dont vous avez assisté à la sainte Messe, pour voir si vous avez été bien pénétrés de la grandeur de cette action, si vous avez vraiment pensé que c'était Jésus-Christ lui-même, comme homme et comme Dieu, qui était présent à l'autel ? Y êtes-vous venus avec les dispositions que la sainte Vierge avait sur le Calvaire, puisque c'est le même Dieu et le même sacrifice ? Avez-vous témoigné à Dieu combien vous étiez fâchés de l'avoir offensé, et qu'avec le secours de sa grâce, vous aimeriez mieux mourir que de pécher à l'avenir ? Avez-vous fait tout votre possible pour vous rendre dignes des faveurs que le bon Dieu voulait vous accorder ? Lui avez-vous demandé qu'il vous fît la grâce de bien profiter des instructions que vous avez le bonheur d'entendre, et dont le but est de vous instruire sur vos devoirs envers lui et envers votre prochain ? Les commandements de Dieu vous défendent de jurer : voyez quelles paroles sont sorties de votre bouche, consacrée à Dieu par le saint baptême ; examinez si vous n'avez jamais juré le saint nom de Dieu, si vous n'avez point dit de mauvaises paroles, etc. Le bon Dieu vous ordonne par un commandement, d'aimer vos père et mère, et le reste. Vous dites que vous êtes enfant de l'Église : voyez si vous observez ce qu'elle vous commande... (citer les commandements.)
Oui, M.F., si nous sommes fidèles à Dieu comme la sainte Vierge, nous ne craindrons ni le monde, ni le démon ; nous serons prêts à tout sacrifier, même notre vie. Voici un exemple. L'histoire raconte qu'après la mort de saint Sixte, toutes les richesses de l'Église furent confiées à saint Laurent. L'empereur Valérien fit venir le saint, et lui ordonna de lui livrer tous ces trésors. Saint Laurent, sans s'émouvoir, demanda au prince un délai de trois jours. Pendant ce temps, il rassembla tout ce qu'il put trouver d'aveugles, de boiteux et d'autres pauvres ou malades, remplis d'infirmités ou couverts d'ulcères. Les trois jours écoulés, saint Laurent les montra à l'empereur en lui disant que là était tout le trésor de l'Église. Valérien, surpris et épouvanté de se trouver en présence d'une foule qui semblait réunir toutes les misères de la terre, entra en fureur, et se tournant vers ses soldats, il ordonna de charger Laurent de chaînes et de fers, se réservant le plaisir de le faire mourir d'une mort lente et cruelle. En effet, il le fit battre de verges, lui fit déchirer la peau et subir des tourments de toutes sortes : le saint se jouait de toutes ces tortures ; aussi Valérien ne se possédant plus, fit dresser un lit de fer sur lequel Laurent fut étendu ; puis on alluma dessous un petit feu de charbon, afin de le faire rôtir à loisir, et de rendre ainsi sa mort plus cruelle et plus lente. Quand le feu eut consumé une partie de son corps, saint Laurent, se jouant toujours des supplices, se tourna vers l'empereur, le visage riant et tout éclatant de lumière : « Ne vois-tu pas, lui dit-il, que ma chair est assez rôtie d'un côté ? tourne-la donc de l'autre, afin qu'elle soit également glorieuse dans le ciel. » Sur l'ordre du tyran, les bourreaux tournèrent le martyr. Quelque temps après, saint Laurent s'adressa à l'empereur : « Ma chair est présentement assez rôtie, tu peux en manger. » Ne reconnaissez-vous pas là, M.F., un chrétien, qui, imitant la sainte Vierge et sainte Madeleine, sait suivre son Dieu jusqu'au Calvaire ? Hélas ! M.F.,. qu'allons-nous devenir lorsque le bon Dieu va nous mettre en face de ces saints, qui ont préféré tout souffrir, plutôt que de trahir leur religion et leur conscience ?
2? Nous ne nous sommes pas contentés d'abandonner Jésus-Christ, comme les apôtres, qui, après avoir été comblés de ses bienfaits, s'enfuirent alors qu'il avait le plus besoin de consolation. Mais, hélas ! que le nombre est grand de ceux qui donnent la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, qui aiment mieux suivre le monde et leurs passions, que Jésus-Christ portant sa croix ! Que de fois nous l'avons reçu comme en triomphe dans la sainte communion ; et quelque temps après, séduits par nos passions, nous avons préféré à ce Roi de gloire, tantôt un plaisir d'un moment, tantôt un vil intérêt ; que nous poursuivons malgré les remords de notre conscience ! Que de fois, M.F., n'avons-nous pas été partagés entre notre conscience et nos passions, et, dans ce combat, n'avons-nous pas étouffé la voix de Dieu, pour n'écouter que celle de nos mauvais penchants ? Si vous en doutez, écoutez-moi un instant, et vous le comprendrez aussi clairement qu'il est possible. Notre conscience, qui est notre juge, lorsque nous faisons quelque chose contre la loi de Dieu, nous dit intérieurement : « Que vas-tu faire ?... Voilà ton plaisir d'un côté et ton Dieu de l'autre ; tu ne peux plaire à tous les deux en même temps : pour lequel des deux veux-tu te déclarer ?.. : Renonce ou à ton Dieu ou à ton plaisir. » Hélas ! que de fois nous faisons comme les Juifs ; nous donnons la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, à nos passions ! combien de fois n'avons-nous pas dit : « Je veux mon plaisir ! ». Notre conscience nous a répondu : « Mais ton Dieu, que va-t-il devenir ? » - « Qu'il en soit de mon Dieu ce qu'il lui plaira, reprennent nos passions, je veux me satisfaire. » - « Tu sais bien, nous dit la conscience par le remords qu'elle nous fait éprouver, qu'en prenant ces plaisirs défendus, tu vas faire mourir ton Dieu une seconde fois ! ». - « Que m'importe, répond notre passion, si mon Dieu est crucifié, pourvu que je me contente ? » - « Mais quel mal a fait ton Dieu, et quelle raison as-tu de l'abandonner ? Tu sais bien que chaque fois que tu l'as méprisé, tu t'en es repenti, et qu'en suivant tes mauvais penchants, tu perds ton âme, le ciel et ton Dieu ! » - Mais la passion, qui brûle du désir de se satisfaire : « Mon plaisir, voilà ma raison : Dieu est l'ennemi de mon plaisir, qu'il soit crucifié ! » - « Préféreras-tu un plaisir d'un instant à ton Dieu ? » - « Oui, crie la passion, advienne que pourra de mon âme et de mon Dieu, pourvu que je jouisse. » »
Voilà cependant, M.F., ce que nous faisons toutes les fois que nous péchons. Il est vrai que nous ne nous en rendons pas toujours compte aussi clairement ; mais nous savons très bien qu'il nous est impossible de désirer et de commettre le péché, sans perdre notre Dieu, le ciel et notre âme. N'est-il pas vrai que, chaque fois que nous sommes sur le point de pécher, nous entendons une voix intérieure qui nous crie d'arrêter ; que sinon, nous allons nous perdre et faire mourir notre Dieu ? Ah ! nous pouvons bien le dire, M.F., la Passion que les Juifs firent souffrir à Jésus-Christ, n'était presque rien en comparaison de celle que les chrétiens lui font endurer par les outrages du péché mortel. Les Juifs préférèrent à Jésus-Christ un voleur qui avait commis plusieurs meurtres ; et que fait le chrétien pécheur ?... Ce n'est pas un homme qu'il préfère à son Dieu, c'est, disons-le en gémissant, une misérable pensée d'orgueil, de haine, de vengeance ou d'impureté ; c'est un acte de gourmandise, un verre de vin, un misérable gain de cinq sous à peine ; c'est un regard déshonnête ou quelque action infâme : voilà ce qu'il préfère au Dieu de toute sainteté ! Ah ! malheureux, que faisons-nous ? Quelle ne sera pas notre horreur, lorsque Jésus-Christ nous montrera ce que nous lui aurons préféré !... Ah ! M.F., pouvons-nous porter si loin noire fureur contre un Dieu qui nous a tant aimés !...
Ne soyons pas étonnés si les saints,, qui connaissaient la grandeur du péché, ont préféré souffrir tout ce que la fureur des tyrans a pu inventer, plutôt que de le commettre. Nous en voyons un admirable exemple dans la personne de sainte Marguerite. Son père, prêtre idolâtre et de grande réputation, la voyant chrétienne et ne pouvant la faire renoncer à sa religion, la maltraita de la manière la plus indigne, puis la chassa de sa maison. Marguerite ne se rebuta pas, et, malgré la noblesse de son origine, elle alla mener une vie humble et obscure auprès de sa nourrice, qui, dès son jeune âge, lui avait inspiré les vertus chrétiennes. Un certain préfet du prétoire nommé Olybrius, épris de sa beauté, se la fit amener pour lui faire renier sa foi et l'épouser. Aux premières questions que lui fit le préfet, elle répondit : qu'elle était chrétienne, et qu'elle resterait toujours l'épouse du Christ. Olybrius, irrité de la réponse de la sainte, commanda aux bourreaux de la dépouiller de ses habits et de l'étendre sur le chevalet. Là, il la fit battre de verges avec tant de cruauté, que le sang coulait de tous ses membres. Au milieu de ces tourments, on lui disait de sacrifier aux dieux de l'empire, afin de ne pas perdre sa beauté et la vie par son opiniâtreté. Mais au milieu des supplices, elle criait : « Non, non, jamais pour un bien périssable et un plaisir honteux, je ne quitterai mon Dieu ! Jésus-Christ, qui est mon époux, a soin de moi, et il ne m'abandonnera pas. » Le juge, voyant son courage qu'il appelait opiniâtreté, la fit frapper si cruellement, que, tout barbare qu'il était, il fut obligé de détourner ses regards. Craignant qu'elle ne succombât, il la fit conduire en prison. Le démon apparut à la jeune vierge sous la forme d'un horrible dragon qui semblait vouloir l'engloutir. Mais la sainte ayant fait le signe de la croix, il creva à ses pieds. Après ce terrible combat, elle vit une croix brillante comme un globe de lumière, et une colombe d'une blancheur admirable qui planait au-dessus. Elle se sentit toute fortifiée. Quelque temps après, le juge inique, voyant qu'il ne pouvait rien sur elle, malgré les tortures dont les bourreaux, eux-mêmes étaient épouvantés, lui fit enfin trancher la tête.
Eh bien ! M.F., faisons-nous comme sainte Marguerite, nous qui préférons un vil intérêt, à Jésus-Christ ? nous qui aimons mieux transgresser les commandements de Dieu on de l'Église que de déplaire au monde ? nous qui, pour plaire à un ami impie, mangeons de la viande les jours défendus ? nous qui, pour rendre service à un voisin, ne nous faisons point scrupule de travailler, ou de prêter nos bêtes le saint jour du dimanche ! nous, enfin, qui passons une partie de ce jour, et même le temps des offices au jeu ou au cabaret, plutôt que de déplaire à quelque misérable ami ? Hélas ! M.F., les chrétiens qui sont disposés à faire comme sainte Marguerite, à tout sacrifier, leurs biens et leur vie, plutôt que de déplaire à Jésus-Christ, sont aussi rares que les élus, c'est-à-dire aussi rares que ceux qui iront au ciel. Mon Dieu, que le monde a changé !
3? Nous avons dit que Jésus-Christ, fut exposé aux insultes du libertinage, et traité comme un roi de théâtre par une troupe de faux adorateurs. Voyez ce Dieu que le ciel et la terre ne peuvent contenir, qui, s'il le voulait, d'un seul regard anéantirait le monde : on lui jette sur les épaules un vil manteau d'écarlate : on lui met un roseau à la main et une couronne d'épines sur la tête ; on le livre à une cohorte insolente de soldats. Hélas ! dans quel état est réduit celui que les anges n'adorent qu'en tremblant ! On plie le genoux devant lui par la plus amère dérision ; on arrache le roseau qu'il tenait à la main, on lui en frappe la tête. Oh ! quel spectacle ! oh ! quelle impiété !... Mais la charité de Jésus est si grande, que, malgré tant d'outrages, et sans faire entendre aucune plainte, il meurt volontairement pour nous sauver tous. Et pourtant, M.F., ce spectacle que nous ne pouvons considérer qu'en frémissant, se reproduit tous les jours dans la conduite d'un grand nombre de chrétiens.
Considérons la manière dont ces malheureux se comportent pendant les offices divins, en présence d'un Dieu qui s'est anéanti pour nous, qui ne repose sur nos autels et dans nos tabernacles que pour nous combler de toutes sortes de biens ; quelles adorations lui rendent-ils ! Jésus-Christ n'est-il pas traité encore plus cruellement par les chrétiens que par les Juifs, qui n'avaient pas, comme nous, le bonheur de le connaître ? Voyez ces personnes sensuelles : à peine plient-elles un genou pendant les instants les plus redoutables du mystère ; voyez ces rires, ces paroles, ces regards jetés de toute part dans l'église, ces signes que se font tous ces petits impies et ces petits ignorants : et ce n'est encore que l'extérieur ; si nous pouvions pénétrer jusque dans le fond des cœurs, hélas ! que de pensées de haine, de vengeance, d'orgueil ! Oserais-je le dire, que de pensées impures dévorent et corrompent ces cœurs ! Ces pauvres chrétiens n'ont souvent ni livres, ni chapelets pendant la sainte Messe, et ne savent à quoi occuper le temps des offices ; aussi écoutez-les se plaindre et murmurer de ce qu'on les retient trop longtemps en la sainte pré-sence de Dieu. Ô Seigneur ! quel outrage et quelle insulte l'on vous fait, à l'heure même où vous ouvrez avec tant de bonté et d'amour les entrailles de votre miséri-corde !... Je ne m'étonne pas, M.F., que les Juifs aient comblé Jésus-Christ d'opprobres, l'aient regardé comme un criminel, bien plus, aient cru faire en cela une bonne œuvre ; car « s'ils l'avaient connu, nous dit saint Paul, jamais ils n'auraient fait mourir le Roi de gloire . » Mais, des chrétiens qui savent très bien que Jésus-Christ lui-même est présent sur nos autels, et combien leur peu de respect l'offense et leur impiété le méprise !... Ô mon Dieu ! des chrétiens, s'ils n'avaient pas perdu la foi, pourraient-ils paraître dans vos temples sans trembler et sans pleurer amèrement leurs péchés ! Combien vous crachent au visage par trop de soin d'embellir leur tête ; combien vous couronnent d'épines par leur orgueil ; combien vous font sentir les rudes coups de la flagellation, par les actions impures dont ils profanent leur corps et leur âme ; combien, hélas ! vous donnent la mort par leurs sacrilèges ; combien vous tiennent cloué sur la croix en restant dans le péché !... Ô mon Dieu ! que vous retrouvez de Juifs parmi les chrétiens !...
4? Nous ne pouvons penser sans frémir à ce qui se passa au pied de la croix : c'était là que le Père éternel attendait son Fils adorable pour décharger sur lui tous les coups de sa justice. Nous pouvons dire aussi que c'est au pied des autels, que Jésus-Christ reçoit les outrages les plus sanglants. Hélas ! que de mépris de sa sainte présence ! que de confessions mal faites ! que de messes mal entendues ! que de communions sacrilèges ! Ah ! M.F., ne pourrais-je pas vous dire avec saint Bernard : « Que pensez-vous de votre Dieu, quelle idée en avez-vous ? Malheureux, si vous en aviez l'idée que vous devez en avoir, viendriez-vous jusqu'à ses pieds pour l'insulter ? » C'est insulter Jésus-Christ que de venir dans nos églises, à la face de nos autels, avec un esprit distrait et tout rempli des affaires du monde ; c'est insulter la majesté de Dieu, que de se tenir en sa présence avec moins de modestie que dans la maison des grands du monde. Elles l'outragent, ces femmes et ces filles mondaines, qui semblent ne venir au pied des autels que pour étaler leur vanité, attirer les regards, et dérober la gloire et l'adoration qui ne sont dues qu'à Dieu seul. Dieu est patient, M.F., mais il aura son tour... Laissez venir l'éternité !...
Si autrefois Dieu se plaignait que son peuple lui était infidèle et profanait son saint nom, quelles plaintes ne devrait-il pas nous faire maintenant que, non content d'outrager son saint nom par des jurements à faire frémir l'enfer, on profane le corps adorable de son Fils et son sang précieux !... Ô mon Dieu, où en êtes vous réduit ?... Autrefois vous n'avez eu qu'un calvaire, et maintenant, vous en avez autant qu'il y a de ces mauvais chrétiens !...
Que conclure de tout cela, M.F., sinon que nous sommes bien malheureux de faire tant souffrir notre Sauveur qui nous a tant aimés ? Non, ne faisons plus mourir Jésus-Christ par nos péchés, laissons-le vivre en nous ; et vivons nous-mêmes de sa grâce. Ainsi, nous aurons le sort de tous ceux qui ont évité le péché et fait le bien dans la seule vue de lui plaire. C'est ce que je vous souhaite.

 

 

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 09:21
Saint-Amédée de Clermont, dit de Lausanne

Maintenant arrêtons-nous un instant, M.F., avant que le démon ne se saisisse de ce réprouvé ; il ne lui reste de connaissance qu'autant qu'il lui en faut pour apercevoir les horreurs du passé, du présent et de l'avenir, qui sont autant de torrents de la fureur de Dieu qui lui tombent dessus pour achever son désespoir. Le bon Dieu permet qu'à ce malheureux qui a tout méprisé, les moyens qu'il lui offrait pour sauver son âme se présentent tous, à ce moment, dans son esprit ; il voit qu'il avait besoin de tout ce que le bon Dieu lui a présenté et qui ne lui a servi de rien. Le bon Dieu permet que, dans ce moment, il se rappelle jusqu'à une seule bonne pensée qui lui aura été donnée pendant sa vie ; il voit combien il a été aveugle de ne pas se sauver. O mon Dieu ! quel désespoir en ce moment de voir qu'il pou-vait si bien se sauver, et être damné ! Hélas ! le présent et l'avenir achèvent, son désespoir ! Il est très persuadé qu'en moins de trois minutes il sera en enfer pour n'en sortir jamais... Le prêtre, voyant qu'il n'y a plus de remèdes pour la confession, lui présente un crucifix pour l'exciter à la douleur et à la confiance, en lui disant : « Mon ami, voilà votre Dieu qui est mort pour vous racheter, prenez confiance en sa grande miséri-corde qui est infinie. » - Sortez de là, mon ami, ne voyez-vous pas que vous ne faites qu'augmenter son désespoir. Mais y pense-t-on bien ?.. Un Dieu couronné d'épines, entre les mains d'une volage et mondaine, qui, toute sa vie, n'a cherché qu'à se parer et à plaire au monde !.. Un Dieu dépouillé de tout, jusqu'à ses habits, entre les mains d'un avare !.. O mon Dieu ! quelle horreur !.. Un Dieu couvert de plaies entre les mains d'un impudique !.. Un Dieu qui meurt pour ses ennemis entre les mains d'un vindicatif !.. O mon Dieu ! peut-on bien y penser sans mourir d'horreur ! Oh ! non, non, ne lui présentez plus ce Dieu cloué sur une croix, tout est fini pour lui, sa réprobation est assurée, Hélas ! il faut mourir et être damné, et avoir eu tant de moyens pour se sauver ! Mon Dieu, quelle rage pendant l'éternité pour ce chrétien !
Hélas ! M.F., écoutez-le faire ses tristes adieux. Ce pauvre malheureux voit que ses parents et ses amis s'enfuient de lui et l'abandonnent, en disant en pleurant : « C'est fait, il est mort... » C'est en vain qu'il s'efforce de leur faire ses derniers adieux : Adieu, mon père et ma mère, ! adieu, mes pauvres enfants, adieu, pour tou-jours !... Mais, hélas ! il n'a pas encore rendu le dernier soupir qu'il se voit séparé de tout, et on ne l'écoute plus. Hélas ! je meurs et je suis damné... Ah ! soyez plus sages que moi !...- Oh ! lui dit-on, vous deviez bien faire pendant votre vie ! - Oh ! triste consolation. Mais ce ne sont pas ces adieux-là qui lui font le plus : il savait qu'un jour il quitterait tout cela ; mais avant de tomber en enfer, il lève ses yeux mourants vers le ciel qu'il a perdu pour jamais : Adieu, beau ciel ! adieu, belle de-meure, que j'ai perdue pour bien peu de chose ; adieu, belle compagnie des anges ; adieu, mon bon ange gar-dien, que le bon Dieu ne m'avait donné que pour m'aider à me sauver, et malgré vous, je me suis perdu ! Adieu, Vierge Sainte et tendre Mère, si j'avais voulu implorer votre secours vous auriez obtenu mon pardon ! Adieu, Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui avez tant souffert pour me sauver, et je me suis perdu ; vous qui m'avez fait naître dans une religion si consolante, si facile à obser-ver ! Adieu, mon pasteur, à qui j'ai fait tant de chagrin en vous méprisant, vous et tout ce que votre zèle vous inspirait pour me montrer qu'en vivant comme je vivais je ne pourrais pas me sauver, adieu pour toujours !... Ah ! du moins ceux qui sont encore sur la terre peuvent éviter mon malheur ; mais pour moi tout cela est fini, plus de Dieu, plus de ciel, plus de bonheur !... toujours je pleurerai, toujours je souffrirai, sans espérance de jamais finir !... O mon Dieu ! que votre justice est ter-rible ! Éternité, que tu me fais répandre de larmes et pousser des cris..., moi qui ai toujours vécu dans l'es-pérance qu'un jour je sortirais du péché et je me con-vertirais ! hélas ! la mort m'a trompé, je n'ai pas eu le temps !...
Ah ! mon frère, nous dit saint Jérôme, veux-tu rester dans le péché, puisque tu crains d'y périr ? Un jour, nous dit ce grand saint, étant appelé pour aller voir un pauvre mourant, le voyant tout égaré je lui demande ce qui semblait tant l'effrayer. « Hélas ! mon père, je suis damné ! » Et, en disant ces mots, il rendit le dernier soupir. O terrible destinée que celle d'un pécheur qui a vécu dans le péché ! Hélas ! que le démon en a traîné en enfer avec l'espérance qu'un jour ils se convertiraient.
Hélas ! M.F., que devez-vous penser, vous qui m'écoutez, qui ne faites ni prière, ni confession, et qui ne pensez pas même à vous convertir ? Mon Dieu, peut-on bien rester dans une position qui nous expose à chaque instant à tomber dans les abîmes !... Mon Dieu, donnez-nous la foi, qui nous fera connaître la grandeur de notre malheur si nous nous perdons, et qui nous mettra dans l'impossibilité de rester dans le péché ! C'est le bonheur que je vous souhaite.
DIMANCHE DE LA PASSION
Sur la Contrition

Væ mihi, quia peccavi nimis in vita mea.
Malheur à moi, parce que j'ai beaucoup péché pendant ma vie.
(Des Conf. de S. Augustin, liv. II, c. 10.)

Tel était., M.F., le langage de saint Augustin, lorsqu'il repassait les années de sa vie, où il s'était plongé avec tant de fureur dans le vice infâme d'impureté. « Ah, ! malheur à moi, parce que j'ai beaucoup péché pendant les jours de ma vie. » Et chaque fois que cette pensée lui venait, il se sentait le cœur dévoré et déchiré par le regret. « O mon Dieu ! s'écriait-il, une vie passée sans vous aimer ! ô mon Dieu, que d'années perdues ! Ah ! Seigneur, daignez, je vous en conjure, ne plus vous rappeler mes fautes passées ! » Ah ! larmes précieuses, ah ! regrets salutaires qui, d'un grand pécheur, en ont fait un si grand saint. Oh ! qu'un cœur brisé de douleur, a bientôt regagné l'amitié de son Dieu ! Ah ! plut à Dieu que chaque fois que nous nous remettons nos péchés devant les yeux, nous puissions dire avec autant de regret que saint Augustin : Ah ! malheur à moi, parce que j'ai beaucoup péché pendant les années de ma vie ! Mon Dieu, faites-moi miséricorde ! Oh ! que nos larmes couleraient bientôt, et comme notre vie ne semblerait bientôt plus la même ! Oui, M.F., convenons, tous, tant que nous sommes, avec autant de douleur que de sincérité, que nous sommes des criminels dignes de porter toute la colère d'un Dieu justement irrité par nos péchés, qui peut-être sont plus multipliés que les cheveux de notre tête. Mais bénissons à jamais la miséricorde de Dieu qui nous ouvre dans ses trésors une ressource à nos malheurs ! Oui, M.F., quelque grands que soient nos péchés, quelque déréglée qu'ait été notre conduite, nous sommes sûrs de notre pardon, si, à l'exemple de l'enfant prodigue, nous allons nous jeter avec un cœur brisé de douleur aux pieds du meilleur de tous les pères. Quel est mon dessein, M.F. ? Le voici : c'est de vous montrer que pour obtenir le pardon de ses péchés, il faut : 1? que le pécheur haïsse et déteste sincèrement ses péchés par la contrition, qui doit renfermer quatre qualités ; 2? il faut qu'il ait conçu un ferme propos de n'y plus retomber. Nous verrons de quelles manières on peut reconnaître que l'on a vraiment un ferme propos.

I. - Pour vous faire comprendre ce que c'est que la contrition, c'est-à-dire la douleur que nous devons avoir de nos péchés, il faudrait pouvoir vous faire connaître, d'un côté, l'horreur que Dieu en a eue lui-même, les tourments qu'il a endurés pour nous en obtenir le pardon auprès de son Père ; et de l'autre, les biens que nous perdons en péchant et les maux que nous nous attirons pour l'autre vie : et cela, il ne sera jamais donné à l'homme de le comprendre. Où vais-je vous conduire, M.F., pour vous le faire connaître ? Serait-ce au fond des déserts, où tant de grands saints ont passé vingt, trente, quarante, cinquante et même quatre-vingts ans à pleurer des fautes, qui selon le monde ne sont pas des fautes ? Ah ! non, non, votre cœur ne serait pas encore touché. Serait-ce à la porte de l'enfer pour y entendre les cris, les hurlements et les grincements de dents occasionnés par le seul regret de leur péché ? Ah ! douleur amère, mais douleur et regrets infructueux et inutiles ! Ah ! non, non, M.F., ce n'est pas encore là où vous apprendrez à pleurer vos péchés avec la douleur et le regret que vous devez en avoir ! Ah ! c'est au pied de cette croix encore teinte du sang précieux d'un Dieu qui ne l'a répandu que pour effacer nos péchés. Ah ! s'il m'était permis de vous conduire dans ce jardin de douleurs où un Dieu égal à son Père pleure nos péchés, non avec des larmes ordinaires, mais avec tout son sang qui ruisselle par tous les pores de son corps, et où sa douleur est si violente qu'elle le jette dans une agonie qui semble lui ôter la vie, tant elle lui déchire le cœur. Ah ! si je pouvais vous mener à sa suite, le montrer chargé de sa croix dans les rues de Jérusalem : autant de pas, autant de chutes, et autant de fois relevé à coups de pieds. Ah ! si je pouvais vous faire approcher de ce Calvaire où un Dieu meurt en pleurant nos péchés ! Ah ! dirons-nous encore, il faudrait que Dieu nous donnât cet amour ardent dont il avait embrasé le cœur du grand Bernard, auquel la seule vue de la croix faisait verser des larmes avec tant d'abondance ! Ah ! belle et précieuse contrition, que celui qui te possède est heureux !
Mais à qui vais-je en parler, qui est celui qui la renferme dans son cœur ? Hélas ! je n'en sais rien. Serait-ce à ce pécheur endurci qui peut-être depuis vingt ans, trente ans, a abandonné son Dieu et son âme ? Ah ! non, non, ce serait faire la même fonction que celui qui voudrait attendrir un rocher en y jetant de l'eau dessus, tandis qu'il ne ferait que l'endurcir davantage. Serait-ce à ce chrétien qui a méprisé missions, retraite et jubilé, et toutes les instructions de ses pasteurs ? Ah non, non, ce serait vouloir réchauffer de l'eau en y mettant de la glace. Serait-ce à ces personnes qui se contentent de faire leurs pâques, en continuant leur même genre de vie, et qui tous les ans ont les mêmes péchés à raconter ? Ah ! non, non, ce sont des victimes que la colère de Dieu engraisse pour servir d'aliments aux flammes éternelles. Ah ! disons mieux, ils sont semblables à des criminels qui ont les yeux bandés, et qui, en attendant d'être exécutés, se livrent à tout ce que leur cœur gâté peut désirer. Serait-ce encore à ces chrétiens qui se confessent toutes les trois semaines ou un mois, qui chaque jour retombent ? Ah ! non, non, ce sont des aveugles qui ne savent ni ce qu'ils font ni ce qu'ils doivent faire. A qui pourrais-je donc adresser la parole ? Hélas ! je n'en sais rien... Ô mon Dieu ! où faut-il aller pour la trouver, à qui faut-il la demander ? Ah ! Seigneur, je sais d'où elle vient et qui la donne ; elle vient du ciel, et c'est vous qui la donnez. Ô mon Dieu ! donnez-nous, s'il vous plaît, cette contrition qui déchire et dévore nos cœurs. Ah ! cette belle contrition qui désarme la justice de Dieu, qui change notre éternité malheureuse en une éternité bienheureuse ! Ah ! Seigneur, ne nous refusez pas cette contrition qui renverse tous les projets et les artifices du démon ; cette contrition qui nous rend si promptement l'amitié de Dieu ! Ah ! belle vertu, que tu es nécessaire, mais que tu es rare ! Cependant, sans elle, point de pardon, sans elle, point de ciel ; disons plus, sans elle, tout est perdu pour nous, pénitences, charité et aumônes et tout ce que nous pouvons faire.
Mais, pensez-vous en vous-mêmes, qu'est-ce que cela veut dire, ce mot de contrition, et par quelle marque peut-on connaître si on l'a ? - Mon ami, désirez-vous le savoir ? Le voici. Écoutez-moi un moment : vous allez voir si vous l'avez oui ou non, et ensuite le moyen de l'avoir. Entrons dans un détail bien simple : Si vous me demandez : Qu'est-ce que la contrition ? je vous dirai que c'est une douleur de l'âme et une détestation des péchés que l'on a commis, avec une ferme résolution de ne plus y tomber. Oui, M.F., cette disposition est celle qui est le plus nécessaire de toutes celles que Dieu demande pour pardonner le pécheur ; non seulement elle est nécessaire, mais j'ajoute encore que rien ne peut nous en dispenser. Une maladie qui nous ôte l'usage de la parole peut nous dispenser de la confession, une mort prompte peut nous dispenser de la satisfaction, du moins pour cette vie ; mais il n'en est pas de même de la contrition ; sans elle il est impossible, et tout à fait impossible d'avoir le pardon de ses péchés. Oui, M.F., nous pouvons dire en gémissant que c'est ce défaut de contrition qui est cause d'un nombre infini de confessions et de communions sacrilèges ; mais ce qu'il y a encore de plus déplorable, c'est que l'on ne s'en aperçoit presque jamais, et que l'on vit et meurt dans ce malheureux état. Oui, M.F., rien de plus facile à comprendre. Si nous avons eu le malheur de cacher un péché dans nos confessions, ce crime est continuellement devant nos yeux, comme un monstre qui semble nous dévorer, ce qui fait qu'il est bien rare, si nous ne nous en déchargeons pas une fois on l'autre. Mais pour, la contrition, il n'en est plus de même ; nous nous confessons, notre cœur n'est pour rien dans l'accusation que nous faisons de nos péchés, nous recevons l'absolution, nous nous approchons de la table sainte avec un cœur aussi froid, aussi insensible, aussi indifférent que si nous venions de faire le récit d'une histoire ; nous allons de jour en jour, d'année en année, enfin nous arrivons à la mort où nous croyons avoir fait quelque bien ; nous ne trouvons et ne voyons que des crimes et des sacrilèges que nos confessions ont enfantés. Ô mon Dieu, que de confessions mauvaises par défaut de contrition ! Ô mon-Dieu ! que de chrétiens qui ne vont trouver à l'heure de la mort que des confessions indignes. Mais, sans aller plus loin, crainte de vous troubler ; je dis vous troubler. Ah ! c'est bien à présent qu'il faudrait vous conduire à deux doigts du désespoir, afin que, frappés de votre état, vous puissiez le réparer, sans attendre le moment où vous le connaîtrez sans pouvoir le réparer. Mais venons, M.F., à l'explication, et vous allez voir si, chaque fois que vous vous êtes confessés, vous avez eu la douleur nécessaire, et absolument nécessaire pour avoir l'espérance que vos péchés soient pardonnés.
Je dis que la contrition est une douleur de l'âme. Il faut de toute nécessité que le pécheur pleure ses péchés ou dans ce monde ou dans l'autre. Dans ce monde, vous pouvez les effacer par le regret que vous en ressentez, mais non dans l'autre. Ô combien nous devrions être reconnaissants envers la bonté de Dieu, de ce que, au lieu de ces regrets éternels et de ces douleurs les plus déchirantes que nous méritons de souffrir dans l'autre vie, c'est-à-dire en enfer, Dieu se contente seulement que nos cœurs soient touchés d'une véritable douleur, qui sera suivie d'une joie éternelle ! Ô mon Dieu ! que vous vous contentez de peu de chose !
1? Je dis que cette douleur doit avoir quatre qualités si une seule manque, nous ne pouvons pas obtenir le pardon de nos péchés. Sa première qualité : elle doit être intérieure, c'est-à-dire dans le fond du cœur. Elle ne consiste donc pas dans les larmes : elles sont bonnes et utiles, il est vrai, mais, elles ne sont pas nécessaires. En effet, lorsque saint Paul et le bon larron se sont convertis, il n'est pas dit qu'ils ont pleuré, et leur douleur a été sincère. Non, M.F., non, ce n'est pas sur les larmes que l'on doit compter : elles-mêmes sont souvent trompeuses, bien des personnes pleurent au tribunal de la pénitence et à la première occasion retombent. Mais la douleur que Dieu demande de nous, la voici. Écoutez ce que nous dit le prophète Joël : « Avez-vous eu le malheur de pécher ? Ah ! mes enfants, brisez et déchirez vos cœurs de regrets ! » « Si vous avez perdu le Seigneur par vos péchés, nous dit Moïse, cherchez-le de tout votre cœur, dans l'affliction et l'amertume de votre cœur. » Pourquoi, M.F., Dieu veut-il que notre cœur se repente ? C'est que c'est notre cœur qui a péché : « C'est de votre cœur, dit le Seigneur, que sont nés toutes ces mauvaises pensées, tous ces mauvais désirs ; » il faut donc absolument que si notre cœur a fait le mal, il se repente, sans quoi jamais Dieu ne nous pardonnera.
2? Je dis qu'il faut que la douleur que nous devons ressentir de nos péchés soit surnaturelle, c'est-à-dire que ce soit l'Esprit-Saint qui l'excite en nous, et non des causes naturelles. Je distingue : être affligé d'avoir commis tel ou tel péché, parce qu'il nous exclut du paradis et qu'il mérite l'enfer ; ces motifs sont surnaturels, c'est l'Esprit-Saint qui en est l'auteur ; cela peut nous conduire à une véritable contrition. Mais s'affliger à cause de la honte que le péché entraîne nécessairement avec lui, ainsi que des maux qu'il nous attire, comme la honte d'une jeune personne qui a perdu sa réputation, ou d'une autre personne qui a été prise à voler son voisin ; tout cela n'est qu'une douleur purement naturelle qui ne mérite point notre pardon. De là il est facile de concevoir que la douleur de nos péchés, que le repentir de nos péchés peuvent venir ou de l'amour que nous avons pour Dieu ou de la crainte des châtiments. Celui qui dans son repentir ne considère que Dieu a une contrition parfaite, disposition si éminente qu'elle purifie le pécheur par elle-même avant d'avoir reçu la grâce de l'absolution, pourvu qu'il soit dans la disposition de la recevoir s'il le peut. Mais, pour celui qui n'a le repentir de ses péchés qu'à cause des châtiments, que ses péchés lui attirent, il n'a qu'une contrition imparfaite, qui ne le justifie point ; mais elle le dispose seulement à recevoir sa justification dans le sacrement de Pénitence .
3? Troisième condition de la contrition : elle doit être souveraine, c'est-à-dire la plus grande de toutes les douleurs, plus grande, dis-je, que celle que nous éprouvons en perdant nos parents et notre santé, et généralement tout ce que nous avons de plus cher au monde. Si après avoir péché vous n'êtes pas dans ce regret, tremblez pour vos confessions. Hélas ! combien de fois, pour la perte d'un objet de neuf ou dix sous, l'on pleure, on se tourmente combien de jours, jusqu'à ne pouvoir manger, hélas !... et pour des péchés et souvent des péchés mortels, l'on ne versera ni une larme, ni l'on ne poussera un soupir. Ô mon Dieu, que l'homme connaît peu ce qu'il fait en péchant ! - Mais pourquoi est-ce, me direz-vous, que notre douleur doit être si grande ? Mon ami, en voici la raison : Elle doit être proportionnée à la grandeur de la perte que nous faisons et au malheur où le péché nous jette. D'après cela, jugez quelle doit être notre douleur, puisque le péché nous fait perdre le ciel avec toutes ses douceurs ; Ah ! que dis-je ? Il nous fait perdre notre Dieu avec toutes ses amitiés et nous précipite en enfer qui est le plus grand de tous les malheurs. - Mais, pensez-vous, comment peut-on reconnaître si cette véritable contrition est en nous ? Rien de plus facile. Si vous l'avez véritable, vous n'agirez, vous ne penserez plus de même, elle vous aura totalement changé dans votre manière de vivre : vous haïrez ce que vous avez aimé, et vous aimerez ce que vous avez fui et méprisé ; c'est-à-dire, que si vous vous êtes confessés d'avoir eu de l'orgueil dans vos actions et dans vos paroles, il faut maintenant que vous fassiez paraître en vous une bonté, une charité pour tout le monde. Il ne faut pas que ce soit vous qui jugiez que vous avez fait une bonne confession, parce que vous pourriez bien vous tromper ; mais il faut que les personnes qui vous ont vu et entendu avant votre confession, puissent dire : « Il n'est plus de même ; un grand changement s'est opéré en lui. » Hélas ! mon Dieu ! où sont ces confessions qui opèrent ce grand bien ? Oh ! qu'elles sont rares ; mais que celles qui sont faites avec toutes les dispositions que Dieu demande le sont aussi !
Avouons, M.F., à notre confusion, que si nous paraissons si peu touchés, cela ne peut venir que de notre peu de foi et de notre peu d'amour que nous avons pour Dieu. Ah ! si nous avions le bonheur de comprendre combien Dieu est bon et combien le péché est énorme, et combien noire est notre ingratitude d'outrager un si bon Père, ah ! sans doute, que nous paraîtrions autrement affligés que nous ne le sommes pas. - Mais, me direz-vous, je voudrais l'avoir, cette contrition, lorsque je me confesse, et je ne peux pas l'avoir. - Mais, qu'est-ce que je vous ai dit en commençant ? Ne vous ai-je pas dit qu'elle venait du ciel, que c'était à Dieu qu'il fallait la demander ? Qu'ont fait les saints, mon ami, pour mériter ce bonheur de pleurer leurs péchés ? Ils l'ont demandé à Dieu par le jeûne, la prière, par toutes sortes de pénitences et de bonnes œuvres ; car pour vos larmes, vous n'y devez nullement compter. Je vais vous le prouver : ouvrez les livres saints et vous en serez convaincu. Voyez Antiochus, combien il pleure, combien il demande miséricorde ; cependant le Saint-Esprit nous dit qu'en pleurant, il descendit en enfer. Voyez Judas, il a conçu une si grande douleur de son péché, il le pleure avec tant d'abondance qu'il finit pour se pendre. Voyez Saül, il pousse des cris affreux d'avoir eu le malheur de mépriser le Seigneur, cependant il est en enfer. Voyez Caïn, les larmes qu'il verse d'avoir péché, cependant il brûle. Qui de nous, M.F., qui aurait vu couler toutes ces larmes et ces repentirs, n'eût cru que le bon Dieu les eût pardonnés ; cependant aucun d'eux n'est pardonné ; au lieu que dès que David eût dit : « J'ai péché ; » de suite son péché lui fut remis . - Et pourquoi cela, me direz-vous ? Pourquoi cette différence, que les premiers ne sont pas pardonnés, tandis que David l'est ? - Mon ami, le voici. C'est que les premiers ne se repentent et ne détestent leurs péchés qu'à cause des châtiments et de l'infamie que le péché entraîne nécessairement avec lui, et non par rapport à Dieu ; au lieu que David pleura ses péchés, non à cause des châtiments que le Seigneur allait lui faire subir, mais à la vue des outrages que ses péchés avaient faits à Dieu. Sa douleur fut si vive et si sincère que Dieu ne put lui refuser son pardon. Avez-vous demandé à Dieu la contrition avant de vous confesser ? Hélas ! peut-être que jamais vous ne l'avez fait.
Ah ! tremblez pour vos confessions ; ah ! que de sacrilèges ! Ô mon Dieu ! que de chrétiens damnés !
4? Elle doit être universelle. Il est rapporté dans la vie des Saints, au sujet de la douleur universelle que nous devons avoir de nos péchés, que si nous ne les détestons pas tous, ils ne seront pas pardonnés ni les uns ni les autres. Il est rapporté que saint Sébastien étant à Rome y faisait les miracles les plus éclatants qui remplissaient d'admiration le gouverneur Chromos, qui, dans ce temps, étant accablé d'infirmités, désira ardemment de le voir, pour lui demander la guérison de ses maux. Lorsque le saint fut devant lui : « Il y a bien longtemps que je gémis, couvert de plaies, sans avoir pu trouver un homme dans le monde pour me délivrer ; le bruit court que vous obtenez tout ce que vous voulez de votre Dieu ; si vous voulez lui demander ma guérison, je vous promets que je me ferai chrétien. » - « Eh bien ! lui dit le saint, si vous êtes dans cette résolution, je vous promets de la part du Dieu que j'adore, qui est le Créateur du ciel et de la terre, que dès que vous aurez brisé toutes vos idoles, vous serez parfaitement guéri. » Le gouverneur lui dit : « Non seulement je suis prêt à faire ce sacrifice, mais encore de plus grands s'il le faut. » S'étant séparés l'un de l'autre, le gouverneur commence à briser ses idoles ; la dernière qu'il prit pour la briser, lui parut si respectable qu'il n'eut pas le courage de la détruire ; il se persuada que cette réserve ne lui empêcherait pas sa guérison. Mais ressentant sa douleur plus violente que jamais, tout en fureur, il va trouver le saint en lui faisant les reproches les plus sanglants, qu'après avoir brisé ses idoles comme il le lui avait commandé, bien loin d'être guéri, il souffrait encore davantage. « Mais, lui dit le saint, les avez-vous bien toutes brisées sans en réserver une seule ? » - « Hélas ! fait le gouverneur en pleurant, il ne m'en reste qu'une petite qui, depuis bien des années, est conservée dans notre famille ; ah ! elle m'est trop chère pour la détruire ! » - « Eh bien ! lui dit le saint, est-ce là ce que vous m'aviez promis ? Allez, brisez-la et vous serez guéri. » Il la prend et la brise, et à l'instant même il fut guéri. Voilà, M.F., un exemple qui nous retrace la conduite d'un nombre presque infini qui se repentent de certains péchés et non de tous, et qui, semblables à ce gouverneur, bien loin de guérir les plaies que le péché a faites à leur pauvre âme, ils en font de plus profondes ; et, tant qu'ils n'auront pas fait comme lui, brisé cette idole, c'est-à-dire rompu cette habitude de certains péchés, tant qu'ils n'auront pas quitté cette mauvaise compagnie ; cet orgueil, ce désir de plaire, cet attachement aux biens de la terre, toutes leurs confessions ne feront qu'ajouter crimes sur crimes, sacrilèges sur sacrilèges. Ah, ! mon Dieu, quelle horreur et quelle abomination ! Et dans cet état ils vivent tranquilles, tandis que le démon leur creuse une place en enfer !
Nous lisons dans l'histoire un exemple qui nous montre combien les saints regardaient cette douleur de nos péchés comme nécessaire pour obtenir leur pardon. Un officier du Pape étant tombé malade, le Saint-Père qui l'estimait beaucoup pour sa vertu et sa sainteté, lui envoya un de ses cardinaux pour lui témoigner la douleur que lui causait sa maladie et en même temps lui appliquer les indulgences plénières. « Hélas ! dit le mourant au cardinal, dites bien au Saint-Père que je suis infiniment reconnaissant de la tendresse de son cœur pour moi, mais dites-lui bien aussi que je serais infiniment plus heureux s'il voulait demander à Dieu pour moi la contrition de mes péchés. Hélas ! s'écrie-t-il, que me servira tout cela, si mon cœur ne se brise et ne se déchire de douleur d'avoir offensé un Dieu si bon ? Mon Dieu ! s'écrie ce pauvre mourant, faites, s'il est possible, que le regret de mes péchés égale les outrages que je vous ai faits !... »
Oh ! M.F., que ces douteurs sont rares ; cherchez, hélas ! elles sont aussi rares que les bonnes confessions : Oui, M.F., un chrétien qui a péché et qui veut en obtenir le pardon doit être dans la disposition de souffrir toutes les cruautés les plus affreuses plutôt que de retomber dans les péchés qu'il vient de confesser. !? Je vais vous le prouver par un exemple, et si, après nous être confessés, nous ne sommes dans ces dispositions, point de pardon... Nous lisons dans l'histoire du quatrième siècle, que Sapor, empereur des Perses, étant devenu le plus cruel ennemi des chrétiens, ordonna que tous les prêtres qui n'adoreraient pas le Soleil et qui ne le reconnaîtraient pas pour dieu seraient mis à mort. Le premier qu'il fit prendre ce fut l'archevêque de Séleucie, qui était saint Siméon. Il commença à essayer s'il pourrait le séduire par toutes sortes de promesses. Ne pouvant rien gagner, dans l'espérance de l'effrayer, il étala devant lui tous les tourments que sa cruauté avait pu inventer pour faire souffrir les chrétiens, en lui disant que si son opiniâtreté lui faisait refuser ce qu'il commandait, il le ferait passer par de si affreux et de si rigoureux tourments qu'il le ferait bien obéir, et, de plus, qu'il chasserait tous les prêtres et tous les chrétiens de son royaume. Mais le voyant aussi ferme qu'une roche au milieu des mers battues par les tempêtes, il le fit conduire en prison dans l'espérance que la pensée des tourments qui lui étaient préparés, lui ferait changer de sentiments. En chemin il rencontra un vieil eunuque qui était surintendant du palais impérial. Celui-ci, touché de compassion de voir un saint évêque traité si indignement, se prosterna devant lui pour lui témoigner le respect dont il était plein pour lui. Mais l'évêque, bien loin de paraître sensible au témoignage respectueux de cet eunuque, se tourna de l'autre côté pour lui reprocher le crime de son apostasie, parce que, autrefois, il avait été chrétien et catholique. Ce reproche auquel il ne s'attendait pas lui fut si sensible, lui pénétra si vivement le cœur, qu'à l'instant même, il ne fût plus maître ni de ses larmes, ni de ses sanglots. Le crime de son apostasie lui parut si affreux qu'il arrache les habits blancs dont il était revêtu et en prend de noirs, court comme un désespéré se jeter à la porte du palais, et là se livre à toutes les amertumes de la douleur la plus déchirante. « Ah ! malheureux, se dit-il, que vas-tu devenir ? Hélas ! quels châtiments as-tu à attendre de Jésus-Christ que tu as renoncé, si je suis si sensible au reproche d'un évêque qui n'est que le ministre de Celui que j'ai si honteusement trahi... » Mais l'empereur ayant appris tout ce qui se passait, tout étonné d'un tel spectacle, lui demanda : « Quelle est donc la cause d'une telle douleur et de tant de larmes ? » - « Ah ! plût à Dieu, s'écria-t-il, que toutes les disgrâces et tous les malheurs du monde me fussent tous dessus, plutôt que ce qui est la cause de ma douleur. Ah ! je pleure de ce que je ne suis pas mort. Ah ! pourrais-je encore regarder le soleil que j'ai eu le malheur d'adorer, crainte de vous déplaire. » - L'empereur, qui l'aimait à cause de sa fidélité, essaya s'il pourrait le gagner en lui promettant toutes sortes de biens et de faveurs. -« Ah ! non, non, s'écria-t-il ; ah ! trop heureux si je peux par ma mort réparer les outrages que j'ai faits à Dieu, retrouver le ciel que j'ai perdu. Ô mon Dieu et mon Sauveur, aurez-vous encore pitié de moi ? Ah ! si du moins j'avais mille vies à donner pour vous témoigner mon regret et mon retour. » - L'empereur qui lui entendait tenir ce langage mourait de rage, et, désespérant de pouvoir rien gagner, le condamna à mourir dans les supplices. Écoutez-le allant au supplice : « Ah ! Seigneur, quel bonheur de mourir pour vous ; oui, mon Dieu, si j'ai eu le malheur de vous renoncer, du moins j'aurai le bonheur de donner ma vie pour vous. » Ah ! douleur sincère, douleur puissante, qui avez si promptement regagné l'amitié de mon Dieu !...
Nous lisons dans la vie de sainte Marguerite, qu'elle eut une si grande douleur d'un péché qu'elle avait commis dans sa jeunesse, qu'elle le pleura toute sa vie : étant près de mourir, on lui demanda quel était le péché qu'elle avait commis qui lui avait fait verser tant de larmes. « Hélas ! s'écria-t-elle en pleurant, comment ne pourrais-je pas pleurer ? Ah ! ou plutôt que ne suis-je morte avant ce péché ! À l'âge de cinq ou six ans, j'eus le malheur de dire un mensonge à mon père. - Mais, lui dit-on, il n'y avait pas là tant de quoi pleurer. - Ah ! peut-on bien me tenir un tel langage ! Vous n'avez donc jamais conçu ce que c'est que le péché, l'outrage qu'il fait à Dieu et les malheurs qu'il nous attire ? » Hélas ! M.F., qu'allons-nous devenir, si tant de saints ont fait retentir les rochers et les déserts de leurs gémissements, ont formé, pour ainsi dire, des rivières de leurs larmes pour des péchés dont nous nous faisons un jeu, tandis que nous avons commis des péchés mortels, peut-être plus que nous n'avons de cheveux à la tête. Et pas une larme de douleur et de repentir ! Ah ! triste aveuglement où nos désordres nous ont conduits !
Nous lisons dans la vie des Pères du désert, qu'un voleur nommé Jonathas, poursuivi par la justice, courut se cacher auprès de la colonne de saint Siméon Stylite, espérant que le respect que l'on aurait pour le saint le garantirait de la mort. En effet, personne n'osa le toucher. Le saint s'étant mis en prières pour demander à Dieu sa conversion ; dans le moment même, il ressentit une douleur si vive de ses péchés, que pendant huit jours il ne fit que pleurer. Au bout des huit jours, il demanda à saint Siméon la permission de le quitter. Le saint lui dit : « Mon ami, vous aller retourner dans le monde, recommencer vos désordres. » - « Ah ! Dieu me préserve d'un tel malheur ; mais je vous demande pour m'en aller au ciel ; j'ai vu Jésus-Christ qui m'a dit que tous mes péchés m'étaient pardonnés par la grande douleur que j'en ai ressentie. » - « Allez, mon fils, lui dit le saint ; allez chanter dans le ciel les grandes miséricordes de Dieu pour vous. » Dans ce moment il tombe mort, et le saint rapporte lui-même qu'il vit Jésus-Christ qui conduisait son âme au ciel. Ô belle mort ! ô mort précieuse de mourir de douleur d'avoir offensé Dieu !
Ah ! si du moins nous ne mourons pas de douleur comme ces grands pénitents, voulons-nous, M.F., exciter en nous une véritable contrition, imitons ce saint évêque mort dernièrement, qui chaque fois qu'il se présentait au tribunal de la pénitence pour avoir une vive douleur de ses péchés, faisait trois stations. La première en enfer, la deuxième dans le ciel, la troisième sur le calvaire. D'abord il portait sa pensée dans ces lieux d'horreur et de tourments, il se figurait voir les damnés qui vomissaient des torrents de flammes par la bouche, qui hurlaient et se dévoraient les uns et les autres ; cette pensée lui glaçait le sang dans les veines, il croyait ne plus pouvoir vivre à la vue d'un tel spectacle, surtout en considérant que ses péchés lui avaient mille fois mérité ces supplices. De là son esprit se transportait dans le ciel et faisait la revue de tous ces trônes de gloire où étaient assis les bienheureux ; il se représentait les larmes qu'ils avaient répandues et les pénitences qu'ils avaient faites pendant leur vie pour des péchés si légers et que lui-même en avait tant commis et n'avait encore rien fait pour les expier, ce qui le plongeait dans une tristesse si profonde, qu'il semblait que ses larmes ne pouvaient plus se tarir. Non content de tout cela, il dirigeait ses pas du côté du calvaire, et là, à mesure que ses regards se rapprochaient de la croix où un Dieu était mort pour lui, les forces lui manquaient, il restait immobile à la vue des souffrances que ses péchés avaient causées à son Dieu. On l'entendait à chaque instant répéter ces paroles avec des sanglots : « Mon Dieu, mon Dieu ! puis-je encore vivre en considérant les horreurs que mes péchés vous ont causées ! » Voilà, M.F., ce que nous pouvons appeler une véritable contrition, parce que nous voyons qu'il ne considère ses péchés que par rapport à Dieu.

II. - Nous avons dit qu'une véritable contrition doit renfermer un bon propos, c'est-à-dire une ferme résolution de ne plus pécher à l'avenir ; il faut que notre volonté soit déterminée et que ce ne soit pas un faible désir de se corriger ; l'on n'obtiendra jamais le pardon de ses péchés si l'on n'y renonce pas de tout son cœur. Nous devons être dans le même sentiment que le saint Roi-Prophète : « Oui, mon Dieu, je vous ai promis d'être fidèle à observer vos commandements ; j'y serai fidèle avec le secours de votre grâce . » Le Seigneur nous dit lui-même : « Que l'impie quitte la voie de ses iniquités et son péché lui sera remis . » Il n'y a donc de miséricorde à espérer que pour celui qui renonce à ses péchés de tout son cœur et pour jamais, parce que Dieu ne nous pardonne que d'autant que notre repentir est sincère et que nous faisons tous nos efforts pour ne plus y retomber. D'ailleurs ne serait-ce pas se moquer de Dieu que de lui demander pardon d'un péché que l'on voudrait encore commettre ?
Mais, me direz-vous, comment peut-on donc connaître et distinguer un ferme propos d'avec un désir faible et insuffisant ? - Si vous désirez le savoir, M.F., écoutez-moi un instant, je vais vous le montrer ; cela se peut connaître de trois manières : !? c'est le changement de vie ; 2? c'est la fuite des occasions prochaines du péché, et 3? c'est de travailler de tout son pouvoir à se corriger et à détruire ses mauvaises habitudes.
Je dis d'abord que la première marque d'un bon propos, c'est le changement de vie ; c'est celui-ci qui nous le montre le plus sûrement et qui est le moins sujet à nous tromper. Venons-en à l'explication : une mère de famille s'accusera de s'être souvent emportée contre ses enfants ou son mari ; après sa confession, allez la visiter dans l'intérieur de son ménage ; il n'est plus question ni d'emportement, ni de malédictions ; au contraire, vous voyez en elle cette douceur, cette bonté, cette prévenance même pour ses inférieurs ; les croix, les chagrins et les pertes ne lui font point perdre la paix de l'âme. Savez-vous pourquoi cela, M.F. ? Le voici : c'est que son retour à Dieu a été sincère, que sa contrition a été parfaite et par conséquent elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés ; enfin, que la grâce a pris de profondes racines dans son cœur, et qu'elle y porte des fruits en abondance. Une jeune fille viendra s'accuser d'avoir suivi les plaisirs du monde, les danses, les veillées et autres mauvaises compagnies. Après sa confession, si elle est bien faite, allez la demander dans cette veillée, ou bien allez la chercher dans cette partie de plaisir, que vous dira-t-on ? « Voilà quelque temps nous ne la voyons plus ; je crois que si vous voulez la trouver, il faut aller ou à l'église ou chez ses parents. » En effet, si vous voulez aller chez ses parents, vous la trouverez, et à quoi s'occupe-t-elle ? Est-ce à parler de la vanité comme autrefois ou à se contempler devant une glace de miroir, ou bien à folâtrer avec des jeunes gens ? Ah ! non, M.F., ce n'est plus ici son ouvrage, elle a foulé aux pieds tout cela ; vous la verrez faire une lecture de piété, soulager sa mère dans l'ouvrage de son ménage, instruire ses frères et sœurs, vous la verrez obéissante et prévenante envers ses parents ; elle aimera leur compagnie. Si vous ne la trouvez pas chez elle, allez à l'église, vous la verrez qui témoigne à Dieu sa reconnaissance d'avoir opéré en elle un si grand changement ; vous voyez en elle cette modestie, cette retenue, cette prévenance pour tout le monde, aussi bien pour les pauvres que pour les riches ; la modestie sera peinte sur son front, sa seule présence vous porte à Dieu. - « Pourquoi est-ce, M.F., me direz-vous, que tant de biens sont en elle ? » - Pourquoi, M.F., c'est que sa douleur a été sincère et qu'elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés.
Une autre fois ce sera un jeune homme qui va s'accuser d'avoir été dans les cabarets et dans les jeux ; maintenant qu'il a promis à Dieu de tout quitter ce qui pourrait lui déplaire, autant il aimait les cabarets et les jeux, autant maintenant il les fuit. Avant sa confession son cœur ne s'occupait que des choses terrestres, mauvaises ; à présent ses pensées ne sont que pour Dieu, et le mépris des choses du monde. Tout son plaisir est de s'entretenir avec son Dieu et de penser aux moyens de sauver son âme. Voilà, M.F., les marques d'une véritable et sincère contrition ; si après vos confessions vous êtes ainsi, vous pourrez espérer que vos confessions ont été bonnes et que vos péchés vous sont pardonnés. Mais si vous faites tout le contraire de ce que je viens de dire, si quelques jours après ses confessions l'on voit cette fille qui avait promis à Dieu de quitter le monde et ses plaisirs pour ne penser qu'à lui plaire, si je la vois, dis-je, comme auparavant dans ces assemblées mondaines ; si je vois cette mère aussi emportée et aussi négligente envers ses enfants et ses domestiques, aussi querelleuse avec ses voisins qu'avant sa confession ; si je retrouve ce jeune homme de nouveau dans les jeux et les cabarets, ô horreur ! ô abomination ! ô monstre d'ingratitude que tu fais ! Ô grand Dieu ! dans quel état est cette pauvre âme ! ô horreur ! ô sacrilège ! les tourments de l'enfer seront-ils assez longs et assez rigoureux pour punir un tel attentat ?
2? Nous disons que la deuxième marque d'une véritable contrition est la fuite des occasions prochaines du péché. Il y en a de deux sortes : les unes nous y portent par elles-mêmes, comme sont les mauvais livres, les comédies, les bals, les danses, les peintures, les tableaux et chansons déshonnêtes et la fréquentation des personnes de sexe différent ; les autres ne sont une occasion de péché que par les mauvaises dispositions de ceux qui y sont : comme les cabaretiers, les marchands qui trompent ou qui vendent les dimanches ; une personne en place qui ne remplit pas ses devoirs soit par respect humain, soit par ignorance. Que doit faire une personne qui se trouve dans une de ces positions ? Le voici : elle doit tout quitter, quoi qu'il en coûte, sans quoi point de salut. Jésus-Christ nous dit que « si notre œil ou notre main nous scandalise, nous devons les arracher et les jeter loin de nous, parce que, nous dit-il, il vaut beaucoup mieux aller au ciel avec un bras et un œil de moins que d'être jeté en enfer avec tout son corps ; » c'est-à-dire, quoi qu'il nous en coûte, quelque perte que nous fassions, nous ne devons pas laisser que de les quitter ; sans quoi, point de pardon.
3? Nous disons que la troisième marque d'un bon propos, c'est de travailler de tout son pouvoir à détruire ses mauvaises habitudes. L'on appelle habitude, la facilité que l'on a de retomber dans ses anciens péchés. Il faut 1? veiller soigneusement sur soi-même, faire souvent des actions qui soient contraires : comme si nous sommes sujets à l'orgueil, il faut s'appliquer à pratiquer l'humilité, être content d'être méprisé, ne jamais chercher l'estime du monde, soit dans ses paroles, soit dans ses actions ; toujours croire que ce que nous faisons est mal fait ; si nous faisons bien, nous représenter que nous étions indignes que Dieu se servit de nous, ne nous regardant dans le monde que comme une personne qui ne fait que mépriser Dieu pendant sa vie, et que nous méritons bien plus que ce que l'on peut dire de nous en mal. Sommes-nous sujets à la colère ? Il faut pratiquer la douceur, soit dans ses paroles, soit dans la manière de nous comporter envers notre prochain. Si nous sommes sujets à la sensualité, il faut nous mortifier soit dans le boire, soit dans le manger, dans nos paroles, dans nos regards, nous imposer quelques pénitences toutes les fois que nous retombons. Et si vous ne prenez pas ces précautions, toutes les fois que vous recommettrez les mêmes péchés, vous pourrez conclure que toutes vos confessions ne valent rien et que vous n'avez fait que des sacrilèges, crime si horrible, qu'il serait impossible de pouvoir vivre, si vous en connaissiez toute l'horribilité, la noirceur et les atrocités...
Voici la conduite que nous devons tenir, en faisant comme l'enfant prodigue, qui, frappé de l'état où ses désordres l'avaient plongé, fut prêt à tout ce que son père exigeait de lui pour avoir le bonheur de se réconcilier avec lui. D'abord il quitta sur le champ le pays où il avait éprouvé tant de maux, ainsi que les personnes qui avaient été pour lui une occasion de péché ; il ne daigna pas même les regarder, bien convaincu qu'il n'aurait le bonheur de se réconcilier avec son père qu'autant qu'il s'éloignerait d'elles : de sorte qu'après son péché, pour montrer à son père que son retour était sincère, il ne chercha qu'à lui plaire en faisant tout le contraire de ce qu'il avait fait jusqu'à présent . Voilà le modèle sur lequel nous devons former notre contrition : la connaissance que nous devons avoir de nos péchés, la douleur que nous devons en avoir doivent nous mettre dans la disposition de tout sacrifier pour ne plus retomber dans nos péchés. Oh ! qu'elles sont rares ces contritions ! Hélas ! où sont ceux qui sont prêts à perdre la vie même, plutôt que de recommettre les péchés dont ils se sont déjà confessés ? Ah ! je n'en sais rien ! Hélas ! combien au contraire, nous dit saint Jean Chrysostome, qui ne font que des confessions de théâtre, qui cessent de pécher quelques instants sans quitter entièrement le péché ; qui sont, nous dit-il, semblables à des comédiens qui représentent des combats sanglants et opiniâtres, et semblent se percer de coups mortels ; l'on en voit un qui est terrassé, étendu, perdant son sang : il semblerait véritablement qu'il a perdu la vie, mais attendez que la toile soit baissée, vous le verrez se relever plein de force et de santé, il sera tel qu'il était avant la représentation de la pièce. Voilà précisément, nous dit-il, l'état où se trouvent la plupart des personnes qui se présentent au tribunal de la pénitence. A les voir soupirer et gémir sur les péchés dont elles s'accusent, vous diriez que vraiment elles ne sont plus les mêmes, qu'elles se comporteront d'une manière tout autre qu'elles ne l'ont fait jusqu'à présent. Mais, hélas ! attendez, je ne dis pas cinq jours, mais un ou deux jours, vous les retrouverez les mêmes qu'avant leur confession : mêmes emportements, même vengeance, même gourmandise, même négligence dans leurs devoirs de religion : Hélas ! que de confessions et de mauvaises confessions !
Ah ! mes enfants, nous dit saint Bernard, voulez-vous avoir une véritable contrition de vos péchés ? Tournez-vous du côté de cette croix où votre Dieu, a été cloué par amour pour vous ; ah ! bientôt vous verrez couler vos larmes et votre cœur se brisera : En effet, M.F., ce qui fit tant verser de larmes à sainte Magdeleine lorsqu'elle fut dans son désert, nous dit le grand Salvien..., ce ne fut autre chose que la vue de la croix. Nous lisons dans sa vie, qu'après l'Ascension de Jésus-Christ, s'étant retirée dans une solitude, elle demanda à Dieu le bonheur de pleurer toute sa vie les fautes de sa jeunesse. Après sa prière, saint Michel archange lui apparut auprès de sa solitude, planta une croix à la porte ; elle se jeta au pied comme elle avait fait sur le Calvaire, elle pleura toute sa vie avec tant d'abondance, que ses deux yeux étaient semblables à deux fontaines. Le grand Ludolphe rapporte qu'un solitaire demandait un jour à Dieu ce qui pourrait être le plus capable d'attendrir son cœur pour pleurer ses péchés. Dans ce moment Dieu lui apparut tel qu'il était sur l'arbre de la croix, tout couvert de plaies, tout tremblant, chargé d'une pesante croix, et lui disant : « Regarde-moi, ton cœur fût-il plus dur que les rochers des déserts, il se brisera et ne pourra plus vivre à la vue des douleurs que les péchés du genre humain m'ont causées. » Cette apparition le toucha tellement que jusqu'à sa mort, sa vie ne fut qu'une vie de larmes et de sanglots. Tantôt il s'adressait aux anges et aux saints, les priant de venir pleurer avec lui sur les tourments que les péchés avaient causés à un Dieu si bon. Nous lisons dans l'histoire de saint Dominique, qu'un religieux demandant à Dieu la grâce de pleurer ses péchés, Jésus-Christ lui apparut avec ses cinq plaies ouvertes, le sang coulait en abondance. Notre-Seigneur, après l'avoir embrassé, lui dit d'approcher sa bouche de l'ouverture de ses plaies ; il en ressentit tant de bonheur, qu'il ne pouvait comprendre que ses yeux pussent tant verser de larmes. Oh ! qu'ils étaient heureux, M.F., ces grands pénitents, de trouver tant de larmes pour pleurer leurs péchés, crainte d'aller les pleurer dans l'autre vie ! Oh ! quelle différence entre eux et les chrétiens de nos jours qui ont commis tant de péchés ! et point de regrets ou de larmes !... Hélas ! qu'allons-nous devenir ? quelle sera notre demeure ? Oh ! que de chrétiens perdus, parce qu'il faut ou pleurer ses péchés dans ce monde ou aller les pleurer dans les abîmes. Ô mon Dieu ! donnez-nous cette douleur et ce regret qui regagnent votre amitié !
Que devons-nous conclure de ce que nous venons de dire, M.F. ? Le voici : c'est de demander sans cesse à Dieu cette horreur du péché, de fuir les occasions du péché et de ne jamais perdre de vue que les damnés ne brûlent et ne pleurent dans les enfers que parce qu'ils ne se sont pas repentis de leurs péchés dans ce monde et qu'ils n'ont pas voulu les quitter. Non, quelque grands que soient les sacrifices que nous ayons à faire, ils ne doivent pas être capables de nous retenir ; il faut absolument combattre, souffrir et gémir dans ce monde, si nous voulons avoir l'honneur d'aller chanter les louanges de Dieu pendant l'éternité : c'est le bonheur que...

JEUDI SAINT

Caro mea vere est cibus.
Ma chair est vraiment une nourriture.
(S. Jean, VI, 56.)

Pouvons-nous, M.F., dans toute notre sainte religion, trouver un moment plus précieux, une circonstance plus heureuse, que celle de l'instant où Jésus-Christ institua le Sacrement adorable des autels ? Non, M.F., non, parce que cette circonstance nous rappelle l'amour immense d'un Dieu pour ses créatures. Il est vrai que dans tout ce que Dieu a fait, ses perfections se manifestent à l'infini. En créant le monde, il fait éclater la grandeur de sa puissance ; en gouvernant ce vaste univers, il nous prouve une sagesse incompréhensible ; et même nous pouvons dire avec le cent troisième psaume : « Oui, mon Dieu, vous êtes infiniment grand dans les plus petites choses, et dans la création des plus vils insectes. » Mais ce qu'il nous montre dans l'institution de ce grand Sacrement d'amour, ce n'est pas seulement sa puissance et sa sagesse, mais l'amour immense de son cœur pour nous. « Sachant très bien que son temps était proche pour retourner à son Père, » il ne put se résoudre à nous laisser seuls sur la terre, à travers tant d'ennemis, qui tous ne cherchaient que notre perte. Oui, avant que Jésus-Christ instituât ce Sacrement d'amour, il savait très bien à combien de mépris, de profanations il allait s'exposer ; mais tout cela n'est pas capable de l'arrêter ; il veut que nous ayons le bonheur de le trouver toutes les fois que nous voudrons le chercher, et, par ce grand sacrement, il s'engage à rester au milieu de nous, et le jour et la nuit ; et dans Lui nous trouverons un Dieu Sauveur, qui, chaque jour, s'offrira pour nous à la justice de son Père. Ô nation heureuse ! qui a jamais, compris ton bonheur ?
Je vous montrerai combien Jésus-Christ nous a aimés dans l'institution de ce sacrement, afin de vous inspirer un respect et un grand amour envers Jésus-Christ dans le sacrement adorable de l'Eucharistie. Ô quel bonheur, M.F. ! une créature recevoir son Dieu ! s'en nourrir ! et s'en engraisser ! Ô amour infini, immense et incompréhensible !... Un chrétien peut-il bien y penser, et ne pas mourir d'amour et de frayeur à la vue de son indignité !...

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 09:20
Saint-Maxime

4ème DIMANCHE DE CARÊME
Sur la mort du pécheur
(INACHEVÉ)

Quæretis me, et in peccato vestro moriemini.
Vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché.
(S. Jean, VIII, 21.)

Terrible menace, M.F., et d'autant plus terrible qu'elle doit être suivie de son effet. C'est aux Juifs, M.F., que Jésus-Christ parle, à ce peuple chéri, comblé de tant de grâces. Ah ! peuple ingrat, que n'ai-je pas fait pour vous ? Mais un jour viendra que vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas, et je m'enfuirai de vous, et vous mourrez dans votre péché comme vous aurez vécu. Triste, mais juste punition. Quoi ! un chrétien comblé de tant de grâces pendant sa vie, un chrétien se raidit contre les remords de sa conscience pour pécher ! un chrétien, qui est très persuadé que chaque péché qu'il commet lui mérite l'enfer ! un chrétien qui sait très bien que, s'il veut revenir à Dieu, Dieu lui-même lui en fournit tous les moyens ! Un chrétien, dis-je, qui a tout à sa disposition : les ministres du Seigneur qui le pressent, qui le conjurent de ne pas rester dans cet état, qui prient pour lui, qui lui offrent tous les remèdes nécessaires et très efficaces pour guérir les plaies que le péché a fait à sa pauvre âme ; et qui, malgré tout cela, persévère, croupit dans son péché et se plonge à chaque instant dans de nouveaux crimes ! Un chrétien qui s'en fait un jeu, qui va même jusqu'à mépriser les ministres charitables qui voudraient l'aider à tirer sa pauvre âme du péché et de l'enfer ! Ah ! n'est-il pas de la justice que ce pécheur périsse dans son péché, et que le bon Dieu l'abandonne ; lui qui l'a attendu si longtemps, avec tant de bonté et de patience, lui présentant à tous les instants les mérites de sa passion ? Oui, il est juste que ce malheureux périsse dans son péché ; et, quand il voudra revenir à Dieu, il est juste que Jésus-Christ, qu'il a tant méprisé, le fuie et l'abandonne à son désespoir et à la puissance du démon. « Va, malheureux, lui dit le prophète Amos, va, malheureux, tu périras dans ton péché, puisque tu ne veux pas en sortir, quand le Seigneur t'appelle... » Oh ! que la mort du pécheur est donc affreuse ! Et cependant que le nombre en est grand ! Pour vous la faire craindre et éviter, je vais vous montrer combien les derniers moments d'un pécheur qui n'a pas voulu se convertir, sont désespérants, tant par la pensée de ses péchés, que par celle des grâces qu'il a méprisées et des tourments qui lui sont préparés pour l'éternité.

I.- Si vous me demandez ce que l'on entend par une mauvaise mort, je vous répondrai : quand une personne meurt à la fleur de l'âge, étant mariée, jouissant d'une bonne santé, ayant des biens en abondance, et qu'elle laisse des enfants et une femme désolés, il n'est pas douteux que cette mort ne soit très cruelle. Le roi Ézéchias disait : « Quoi, mon Dieu ! faut-il que je meure au milieu de mes années, à la fleur de mon âge . » Et le Roi-Prophète demandait à Dieu de ne pas le faire mourir au milieu de ses années. D'autres disent que mourir de la main des bourreaux, sur une potence, c'est une mauvaise mort. D'autres, que mourir d'une mort subite est une mauvaise mort : comme d'être écrasé par un coup de foudre, d'être suffoqué dans l'eau, de tomber du haut d'une maison et rester sur place. Enfin, d'autres disent que c'est mourir d'une maladie fâcheuse, comme de mourir de la peste ou d'autres maladies contagieuses.
Eh bien ! moi, M.F., je vous dirai que toutes ces morts ne sont point mauvaises, : pourvu qu'une personne ait bien vécu, qu'elle meure à la fleur de son âge, sa mort ne laissera pas d'être précieuse aux yeux du Seigneur. Nous avons tant de saints qui sont morts à la fleur de leur âge. Ce n'est pas non plus une mauvaise mort, que de mourir de la main des bourreaux : tous les martyrs sont morts de la main des bourreaux. Mourir d'une mort subite n'est pas encore une mauvaise mort, pourvu que l'on soit prêt ; nous avons tant de saints qui sont morts de la sorte. Saint Siméon fut tué par un coup de foudre sur sa colonne ; saint François de Sales mourut d'apoplexie. Enfin mourir de la peste n'est pas encore une mort funeste : saint Roch, saint François Xavier en sont morts. Mais ce qui rend la mort du pécheur malheureuse, c'est le péché. Ah ! c'est ce maudit péché qui le déchire et le dévore dans ce moment épouvantable. Hélas ! de quelque côté que ce pauvre malheureux tourne ses regards, il ne voit que péché, il ne voit que grâces méprisées. Et, hélas ! s'il lève les yeux au ciel, il ne voit qu'un Dieu en colère, armé de toute la fureur de sa justice qui est prête à lui fondre dessus. S'il tourne ses regards en bas, hélas ! il n'aperçoit que l'enfer et ses fureurs, qui ouvre déjà la gueule pour le recevoir. Hélas ! ce pauvre pécheur n'a pas voulu reconnaître la justice de Dieu pendant sa vie ; dans ce moment, non seulement il la voit, mais il la sent déjà s'appesantir sur lui. Pendant sa vie, il a toujours tâché de cacher ses péchés, ou du moins, de les diminuer ; mais dans ce moment, tout lui est représenté au grand jour. Hélas ! il voit ce qu'il aurait dû voir, ce qu'il n'a pas voulu voir ; il voudrait pleurer ses péchés, mais il n'est plus temps. Il a méprisé le bon Dieu pendant sa vie, Dieu à son tour le méprise et l'abandonne à son désespoir.
Écoutez, pécheurs endurcis, qui vous roulez avez tant de plaisir dans le limon de vos ordures, sans avoir même la pensée d'en sortir,. qui peut-être n'y penserez que quand le bon Dieu vous aura abandonnés, comme il est arrivé à tant d'autres moins coupables que vous. Oui, nous dit le Saint-Esprit, les pécheurs, dans leurs « derniers moments, grinceront des dents, seront saisis d'une frayeur épouvantable, dans la seule pensée de leurs crimes ; » leurs iniquités se soulèveront contre eux, et les accuseront. Hélas ! s'écrieront-ils dans ce moment malheureux, hélas ! « à quoi nous ont servi cet orgueil, cette vaine ostentation, et tous ces plaisirs que nous avons goûtés dans le péché ? Tout est passé, et nous n'avons à notre suite aucune trace de vertu, et nous avons été convaincus par notre malice . »
C'est précisément ce qui arriva au malheureux Antiochus, qui, étant tombé de son chariot, se fracassa tout le corps. Il ressentait une si grande douleur d'entrailles, qu'il lui semblait qu'on les lui arrachait ; les vers le rongeaient tout en vie, son corps était puant comme une charogne. Alors il commença à ouvrir les yeux : c'est ce que font les pécheurs, mais trop tard. « Ah ! s'écriait-il, je reconnais que ce sont les maux que j'ai faits à Jérusalem qui me tourmentent et me rongent le cœur. » Son corps était dévoré par des douleurs affreuses, et son esprit par une tristesse inconcevable. Il fit venir ses amis, croyant trouver près d'eux quelques consolations, mais non, abandonné de Dieu qui fait la consolation, il n'en pouvait pas avoir d'autres. « Hélas ! mes amis, leur disait-il, je suis tombé dans une terrible affliction, le sommeil m'a quitté, je ne saurais reposer un seul instant ; mon cœur est percé de douleur. Hélas ! dans quel état de tristesse et d'angoisse suis-je réduit ! il faut donc que je meure de tristesse, et encore, dans un pays étranger ! Ah ! Seigneur, pardonnez-moi ! Je réparerai tout le mal que j'ai fait ; je rendrai tout ce que j'ai pris dans le temple de Jérusalem ; je ferai de grands présents, à ce temple ; je me ferai juif, j'observerai la loi de Moïse, j'irai partout publier la toute-puissance de Dieu. Ah ! Seigneur, faites-moi, s'il vous plaît, miséricorde ! » Mais sa maladie augmente, et le bon Dieu, qu'il a tant méprisé pendant sa vie, n'a plus d'oreilles pour l'entendre ; il faut qu'il meure, et qu'il meure dans son péché . C'était un orgueilleux, un blasphémateur ; et ; malgré ses instantes prières, il ne fut pas écouté, il lui fallut tomber en enfer.
Triste, mais juste punition des pécheurs qui, après avoir méprisé toutes les grâces que le bon Dieu leur a accordées pendant leur vie, ne trouvent plus de grâce, quand ils voudraient en profiter. Hélas ! que le nombres de ceux qui meurent de cette manière est grand aux yeux de Dieu ! Hélas ! qu'il y en a, de ces aveugles, dans le monde, qui n'ouvrent les yeux que dans le moment où il n'y a plus de remèdes à leurs maux !
Oui, M. F., oui, vie de péchés, et mort de réprouvés ; Vous êtes dans le péché, vous ne voulez pas en sortir ? - Non, me direz-vous. - Eh bien ! mon ami ; vous y périrez : vous allez le voir dans la mort de Voltaire, ce fameux impie. Écoutez bien, et vous verrez que, si l'on méprise toujours le bon Dieu, et que, si le bon Dieu nous attend pendant notre vie, souvent, par un juste jugement, il nous abandonne à la mort, lorsque nous voulons revenir à lui. Vivre dans le péché, en pensant que nous en sortirons un jour, c'est un piège du démon qui vous perdra, comme il en a tant perdu d'autres. Voltaire, se voyant malade, commença à réfléchir sur l'état d'un pécheur qui meurt avec la conscience chargée de péchés. I1 veut rentrer en lui-même, et essayer si le bon Dieu voudra bien lui pardonner tous les péchés de sa vie, qui sont en grand nombre. Il compte sur la miséricorde de Dieu qui est infinie ; et, dans ces belles pensées, il fait venir un de ces prêtres qu'il avait tant outragés et tant calomniés dans ses écrits. Déjà, par la pensée, il se met à ses genoux et lui fait l'aveu de ses fautes, et dépose entre ses mains la rétractation de ses impiétés et de ses scandales. Il se flattait déjà d'achever le grand ouvrage de sa réconciliation ; mais il se trompait grandement ; le bon Dieu l'avait abandonné : vous allez le voir. La mort devance les derniers secours. Hélas ! ce pauvre impie sent renaître en lui toutes ses frayeurs. Il s'écrie : « Hélas ! suis-je donc abandonné de Dieu et des hommes ? » Oui, malheureux, tu l'es. Déjà ton partage et ton espoir sont l'enfer. Écoutez cet impie, il s'écrie avec cette bouche souillée de tant de sacrilèges, de tant de blasphèmes contre Dieu, sa religion et ses ministres : « Ah ! s'écrie-t-il, Jésus-Christ, fils de Dieu, qui êtes mort pour tous les pécheurs sans distinction ; ayez pitié de moi ! » Mais, hélas ! presque un siècle d'impiété a lassé la patience de Dieu, qui l'a déjà réprouvé ; il n'est plus qu'une victime que la colère de Dieu engraisse pour les flammes éternelles. Les prêtres, qu'il avait tant méprisés ; mais que, dans ce moment, il désire tant, n'y sont pas. Le voilà qui entre dans les convulsions et les horreurs du désespoir : les yeux égarés, blême et tremblant d'effroi, il s'agite, il se tourmente, il semble vouloir se venger de ces anciens blasphèmes dont sa bouche avait été si souvent souillée. Ses compagnons d'impiété craignant, qu'on lui apportât les Sacrements, ce qui aurait semblé les déshonorer, l'emportent dans une maison de campagne et là, abandonné à son désespoir...

4ème DIMANCHE DE CARÊME
Délai de la Conversion

Ego vado et quæretis me, et in peccato vestro moriemini.
Je m'en vais, vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché.
(S. Jean, VIII, 21.)

Oui, M.F., c'est une grande misère, une humiliation profonde pour nous, d'avoir été conçus dans le péché originel, parce que nous venons au monde enfants de malédiction ; c'est sans doute une autre plus grande misère de vivre dans le péché ; mais d'y mourir, c'est le comble de tous les malheurs. Il est vrai, M.F., que nous n'avons pas pu éviter le premier péché qui est celui d'Adam ; mais nous pouvons facilement éviter celui où nous tombons si volontairement, et après y être tombés, nous pouvons nous en retirer avec la grâce du bon Dieu. Hélas ! pouvons-nous bien rester dans un état qui nous expose à tant de malheurs pour l'éternité ! Qui de nous, M.F., ne tremblerait en entendant Jésus-Christ nous dire qu'un jour le pécheur le cherchera, mais qu'il ne le trouvera pas, et qu'il mourra dans son péché ? Je vous laisse à penser dans quels état repose une personne qui vit tranquille dans le péché, la mort étant si certaine et le moment si incertain. Le Saint-Esprit a donc bien raison de nous dire que les pécheurs se sont égarés dans toutes leurs démarches, que leurs cœurs se sont aveuglés, que leurs esprits se sont couverts de ténèbres les plus épaisses, et que leur malice a fini par les tromper et les perdre. Ils ont remis leur retour au Seigneur dans un temps qui ne leur sera point accordé, ils ont espéré faire une bonne mort, en vivant dans le péché ; mais ils se sont trompés, car leur mort sera très mauvaise aux yeux du Seigneur. Voilà précisément, M.F., la conduite de la plupart des chrétiens de nos jours, qui, en vivant dans le péché, espèrent toujours faire une bonne mort, dans la pensée qu'ils quitteront le péché, qu'ils en feront pénitence, et qu'ils répareront avant d'être jugés, les péchés qu'ils ont faits. Mais le démon les a trompés, ils ne sortiront du péché que pour être précipités en enfer.
Pour mieux vous faire comprendre, l'aveuglement du pécheur, je vais vous montrer : 1? que plus nous retardons de sortir du péché et de revenir au bon Dieu, plus nous nous mettons en danger d'y périr, parce que si vous en voulez savoir la raison, plus nos mauvaises habitudes sont difficiles à rompre ; 2? à chaque grâce que nous méprisons, le bon Dieu s'éloigne de nous, nous devenons plus faibles et le démon prend plus d'empire sur nous. De là je conclus que plus nous restons dans le péché, plus nous nous mettons en danger de ne jamais nous convertir.

I. - Moi, M.F., parler de la mort malheureuse d'un pécheur qui meurt dans le péché à des chrétiens qui ont déjà tant de fois senti le bonheur d'aimer un Dieu si bon, qui connaissent par les lumières de la foi la grandeur des biens que Jésus-Christ prépare à ceux qui conserveront leur âme exempte du péché ! Ce langage ne conviendrait qu'à des païens qui ne connaissent ni Dieu, ni les récompenses qu'il promet à ses enfants. O mon Dieu ! que l'homme est aveugle de perdre tant de biens et de s'attirer tant de maux en restant dans le péché ! Si je demandais à un enfant : « Pourquoi est-ce que le bon Dieu vous a créé et conservé jusqu'à présent ? » il me répondrait : « Pour le connaître, l'aimer, le servir et par ce moyen acquérir la vie éternelle. » Mais si je lui disais : . « Pourquoi est-ce que les chrétiens ne font pas ce qu'ils doivent pour mériter le ciel ? » « C'est, me dirait-il, parce qu'ils ont perdu de vue les biens du ciel et qu'ils croient trouver leur bonheur dans les choses créées. » Le démon les a trompés et les trompera encore ; ils vivent dans l'aveuglement et ils y périront, quoiqu'ils aient l'espérance qu'un jour ils sortiront du péché. Dites-moi, M.F., ne voyons-nous pas tous les jours des personnes qui vivent dans le péché, qui méprisent toutes les grâces que le bon Dieu leur envoie : bonnes pensées, bons désirs, remords de conscience, bons exemples, parole de Dieu ? Toujours dans l'espérance que le bon Dieu les recevra quand elles voudront revenir, ces personnes aveugles ne font pas attention que, pendant ce temps-là, le démon leur réserve une place en enfer. O aveuglement ! que tu en as jetés en enfer, et que tu en jetteras jusqu'à la fin du monde ! En deuxième lieu, je dis que cette considération doit faire trembler un pécheur qui vit dans le péché, quoique avec l'espérance d'en sortir. D'abord, M.F., vous n'êtes pas si peu instruits, pour ne pas savoir qu'un seul péché mortel, si nous venons à mourir sans nous en être confessé, sans en avoir obtenu notre pardon, fait que nous sommes perdus pour jamais.
En troisième lieu, nous savons très bien que Jésus-Christ nous dit de nous tenir toujours prêts ; qu'il nous fera sortir de ce monde dans le moment où nous y penserons le moins ; et que si nous ne quittons pas le péché avant qu'il nous quitte, il nous punira sans miséricorde. O mon Dieu ! peut-on bien vivre dans un état qui nous expose à chaque instant à tomber dans les abîmes ! Si cela, M.F., n'est pas capable de vous toucher, écoutez-moi un moment, ou plutôt ouvrez l'Évangile, et vous verrez si vous pouvez vivre tranquilles dans le péché comme vous le faites.
Oui, M.F., tout annonce que si vous ne sortez pas promptement du péché, vous périrez : les oracles, les menaces, les comparaisons, les figures, les paraboles, : les exemples, tout cela vous dit que, ou vous ne pourrez plus vous convertir, ou vous ne voudrez pas. Écoutez Jésus-Christ lui-même qui dit au pécheur : « Marchez pendant que la lumière de la foi brille devant vous , » crainte qu'en méprisant ce guide, vous ne vous égariez pour jamais. Dans un autre endroit , il nous dit : « Veillez et veillez sans cesse, » parce que l'ennemi de notre salut ne travaille qu'à votre perte. Et priez, priez sans cesse pour attirer sur vous les secours du Ciel, parce que vos ennemis sont très adroits et très puissants. Pourquoi tant avoir, dit-il, tant vivre occupés des choses temporelles et de vos plaisirs, puisque, dans quelques instants, vous aurez tout abandonné. Non, M.F., rien de plus effrayant que la menace que Jésus-Christ fait aux pécheurs en leur disant que s'ils ne veulent revenir à Lui quand il leur offre sa grâce, un jour viendra qu'ils le chercheront et qu'ils lui demanderont miséricorde ; mais, qu'à son tour il les méprisera ; et, dans la crainte de se laisser toucher par leurs prières et leurs larmes, il se bouchera les oreilles et s'enfuira d'eux. O mon Dieu ! quel malheur d'être abandonné de vous ! Oh ! M.F., pouvons-nous bien penser à cela sans mourir de douleur ! Oui., M : F., si vous êtes insensibles à cette parole, vous êtes déjà perdus. Ah ! pauvre âme, pleure d'avance les tourments qu'on te prépare pour l'autre vie !
Allons plus loin, M.F., écoutons Jésus-Christ lui-même et nous verrons, si nous sommes en sûreté en restant dans le péché. Oui, nous dit-il, je viendrai comme un voleur de nuit, qui tâche de surprendre le maître de la maison, dans le moment où il est le plus endormi ; de même, nous dit-il, la mort viendra trancher le fil de la vie criminelle du pécheur dans le moment même que sa conscience sera chargée de crimes, et qu'elle aura pris la plus belle résolution de les quitter sans l'avoir fait. Dans un autre endroit, il nous dit que notre vie passe « avec autant de rapidité qu'un éclair qui se lance de l'Orient à l'Occident ; » de même nous voyons aujourd'hui le pécheur plein de vie et de santé, la tête remplie de mille projets, et demain les larmes de ses gens annonceront qu'il n'est plus de ce monde, qu'il en est sorti sans savoir pourquoi il y était, ni pour quelle fin. Cet insensé a vécu aveugle, et il est mort comme il a vécu. Jésus-Christ nous dit encore que la mort est l'écho de la vie, pour nous montrer que celui qui vit dans le péché est presque sûr d'y mourir, à moins d'un miracle de la grâce. Cela est si vrai que nous lisons dans l'histoire qu'un homme avait fait de son argent son dieu ; quand il fut bien malade, il fit apporter un plein tiroir d'or pour avoir le plaisir de le compter, et quand il n'eut plus la force de le compter, il mit sa main dessous jusqu'à ce qu'il mourut. Un autre, à qui son confesseur présenta un crucifix pour le porter à la contrition de ses péchés, se mit à dire : « Si ce Christ était en or, il vaudrait bien tant... » Ah ! non, M.F., le cœur du pécheur ne quitte pas le péché si facilement qu'on le croit bien. « Vie de pécheur, mort de réprouvé. »
Que veut nous dire Jésus-Christ, M.F., par cette parabole des vierges sages et des vierges folles, dont les unes furent si bien reçues parce qu'elles entrèrent avec l'époux, tandis que les autres trouvèrent la porte fermée ? C'est qu'il voulait nous montrer la conduite des gens du monde : les vierges sages nous représentent les bons chrétiens qui se tiennent toujours prêts à paraître devant le bon Dieu, dans quelque temps qu'il les appelle ; les vierges folles sont la figure des mauvais chrétiens, qui croient qu'ils auront toujours le temps de se préparer et de se convertir, de sortir du péché et de faire de bonnes œuvres. Ainsi passent-ils leur vie, la mort arrive ; mais ils n'ont rien que de mauvais et rien de bon : La mort les frappe, Jésus-Christ les appelle à son tribunal pour leur faire rendre compte de leur vie ; ils voudraient bien mettre ordre à leur conscience, ils se tourmentent, ils voudraient bien quitter le péché ; mais, hélas ! ils n'ont ni le temps, ni la force, et peut-être même la grâce qu'il faudrait. Quand ils demandent à Dieu d'avoir pitié d'eux, de leur faire miséricorde ; il leur répond qu'il ne les connaît pas, leur ferme la porte : c'est-à-dire, les jette en enfer. Voilà, M.F., le sort d'un grand nombre de pécheurs qui vivent si tranquilles dans le péché. Ah ! pauvre âme, que tu es malheureuse d'habiter dans ce corps qui te traîne avec tant de fureur en enfer. Ah ! mon ami, pourquoi veux-tu perdre cette pauvre âme ?... Quel mal t'a-t-elle fait pour la condamner à tant de malheurs !... O mon Dieu, que l'homme est aveugle !...
En second lieu, je dis que nous trouvons dans la conduite d'Ésaü le véritable portrait d'un homme qui se perd en vendant son bien pour un plat de lentilles. Pendant quelque temps, Ésaü « vécut dans la plus grande insensibilité de sa perte , » il ne pensait qu'à se divertir et à se livrer à ses plaisirs ; cependant le moment arrive où il se rappelle la faute qu'il a faite, il rentre en lui-même ; mais, plus il réfléchit, plus il découvre la grandeur de son aveuglement. Tout désolé de son malheur, il voit aussi s'il pourra le réparer, il emploie les prières, les larmes et les sanglots pour tâcher de toucher le cœur de son père ; mais trop tard : le père a donné sa bénédiction à un autre, ses prières sont méprisées et ses sollicitations ne sont point écoutées. Il a beau se tourmenter ; il faut se rendre à rester dans sa misère et y périr. Voilà, M.F., précisément ce qui arrive tous les jours au pécheur : il vend son Dieu et son âme, et la place qu'il a dans le ciel, pour moins qu'un plat de lentilles, c'est-à-dire, pour un plaisir d'un moment, pour une pensée de haine, de vengeance, pour un regard ou attouchement déshonnête sur soi ou sur d'autres, pour une poignée de terre ou pour un verre de vin. Ah ! belle âme, que l'on te donne pour bien peu de chose ! En effet, nous voyons que ces pécheurs vivent pendant quelque temps aussi tranquilles, aussi en paix, du moins en apparence, que si, toute leur vie, ils n'avaient fait que de bonnes œuvres. Les uns pensent à leurs plaisirs, les autres aux biens de ce monde ; mais, semblables à Ésaü, le moment arrive où ils reconnaissent leur faute, ils voudraient pouvoir la réparer, mais trop tard. Ils en versent des larmes, ils en gémissent, ils conjurent le Seigneur de leur rendre les biens qu'ils ont vendus, c'est-à-dire le ciel ; mais le Seigneur leur fait comme le père d'Ésaü, il leur dit qu'il a donné leur place à un autre. Hélas ! ce pauvre pécheur a beau crier et demander miséricorde, il faut se rendre à rester dans sa misère et tomber en enfer. O mon Dieu ! que la mort du pécheur est malheureuse aux yeux du Seigneur !
Hélas ! combien en est-il qui font comme le malheureux Sisara, qu'une femme perfide endormit, en lui faisant boire un peu de lait, et pendant ce temps-là, elle lui ôta la vie, sans qu'il eût le loisir de pleurer son aveuglement de s'être confié à cette perfide . De même, combien de pécheurs que la mort enlève promptement ; sans leur donner le temps de pleurer leur aveuglement d'avoir resté dans le péché. Combien d'autres qui font comme l'impie Antiochus, qui reconnaissent leurs crimes, les pleurent et crient miséricorde sans pouvoir rien obtenir, et descendent en enfer en demandant miséricorde. Voilà cependant, M.F., la fin de bien des pécheurs. Sans doute, M.F., pas un de nous ne voudrait faire une mort malheureuse, et nous avons bien raison ; mais ce qui me désole, c'est que vous viviez dans le péché, que vous vous exposiez si grandement à y périr. Ce n'est pas seulement moi qui vous le dis, mais Jésus-Christ lui-même qui vous l'assure.
N'est-ce pas, mon ami, que vous pensez : laissons dire le prêtre, allons notre train ordinaire. - Savez-vous, mon ami, ce qu'il vous arrivera en laissant dire le prêtre ? - Et que voulez-vous qui nous arrive ? - Mon ami, le voici, c'est que vous serez damné. - Mais j'espère que non, pensez-vous ; il y a bien le temps pour tout.
Mon ami, nous pouvons bien avoir le temps de pleurer et de souffrir, mais non pas de nous convertir ; et pour vous le prouver, je vais vous citer un exemple effrayant. Il est rapporté dans l'histoire qu'un homme du monde, qui avait longtemps vécu dans le plus grand désordre, s'étant converti, il persévéra pendant quelque temps ; mais retomba et ne pensait plus à revenir au bon Dieu. Ses amis ne cessaient de prier pour lui ; mais il méprisait tout ce qu'on lui disait. Pendant ce temps-là, on annonça une retraite qui devait se donner bientôt. L'on crut la circonstance favorable pour engager ce pécheur à profiter de l'occasion que le bon Dieu lui donnait pour rentrer dans le chemin du salut. Après bien des prières et instances de la part de ses amis, et bien des résistances et des refus de la sienne, il consentit, et donna sa parole qu'il se rendrait à la retraite avec les autres. Mais, hélas ! M.F., qu'arriva-t-il ? Oh !jugements de Dieu, que vous êtes impénétrables et redoutables ! Le matin même où on l'attendait, où l'on devait commencer la retraite, l'on annonça que cet homme avait été trouvé mort dans sa maison, sans connaissance, sans secours et sans sacrements. Comprendrons-nous une fois, M.F., ce que c'est que de rester dans le péché, dans l'espérance que nous en sortirons un jour ?
Hélas, M.F., nous abusons du temps quand nous l'avons, nous méprisons les grâces quand le bon Dieu nous les offre ; mais souvent le bon Dieu, pour nous punir, nous les ôte quand nous voudrions en profiter. Si nous ne pensons pas à présent à bien faire, quand nous le voudrons, peut-être nous ne le pourrons pas. N'est-ce pas que vous pensez qu'un jour vous vous confesserez, que vous quitterez le péché et que vous ferez pénitence ? - C'est bien mon intention. - C'est votre intention, mon ami, et moi je vais vous dire ce que vous ferez, et ce que vous serez. Vous êtes maintenant dans le péché, vous ne me direz pas non : eh bien ! après votre mort, vous serez un damné. - Et qu'en savez-vous ? pensez-vous en vous-même. - Si je ne le savais pas, je ne vous le dirais pas. D'ailleurs, je vais vous prouver qu'en vivant dans le péché, quoique avec l'espérance que vous en sortirez, vous ne le ferez pas, même quand vous le voudriez de tout votre cœur, et vous comprendrez ce que c'est que de mépriser le temps et les grâces que le bon Dieu nous présente pour le moment. Il est rapporté dans l'histoire, qu'un certain étranger passant par Donzenac, (cet étranger était Lorrain et libraire de profession), il s'adressa à un prêtre pour l'entendre en confession ; mais le prêtre le refusa, je ne sais pas pourquoi. De là, il va dans une ville qu'on appelait Brives. S'étant présenté devant le procureur du roi en lui disant : « Monsieur, je vous prie de me mettre en prison, parce que je me suis donné au démon il y a quelque temps, et j'ai toujours entendu dire qu'il n'a point de pouvoir sur ceux qui sont entre les mains de la justice. » - « Mon ami, lui répondit le procureur du roi, vous ne savez pas ce que c'est que d'être entre les mains de la justice ; quand on y est une fois l'on n'en sort pas comme l'on veut. » - « Il n'importe, monsieur ; mettez-moi en prison. »
Le procureur s'imagina que c'était un fou, et qu'en le mettant en prison, il s'exposerait à la raillerie du monde ; si même il s'amusait davantage à lui parler. Il vit en même temps passer à la rue un prêtre qu'il connaissait, qui était le confesseur des Ursulines ; il l'appela et lui dit : « Monsieur, s'il vous plaît, prenez soin de l'âme de cet homme. » - « Mon ami, lui dit-il, suivez ce bon prêtre et faites tout ce qu'il vous dira. » Ce prêtre lui ayant parlé, pensa, comme le procureur du roi, qu'il avait l'esprit démonté ; il le pria d'aller ailleurs, que pour lui il ne pouvait pas se charger de sa conduite. Ce pauvre malheureux, ne sachant plus que devenir, alla dans deux communautés pour demander un prêtre qui voulût bien avoir la charité de le confesser. Dans un endroit, on lui dit que les Pères s'étaient retirés, parce qu'ils devaient se lever à minuit ; et dans l'autre, on le fait parler à un Père qui le renvoya au lendemain. Mais ce pauvre misérable se mit à pleurer, en lui disant : « Oh ! mon Père, je suis perdu, si vous n'avez pas pitié de moi ; je me suis donné au diable, et mon temps vient cette nuit. » - » Allez, mon ami, lui dit le Père, recommandez-vous à la sainte Vierge ; » il lui donna un chapelet et le renvoya. Passant par la place et en pleurant de ce qu'il n'avait pas pu trouver un confesseur parmi tant de prêtres qu'il y avait dans ces deux communautés : comme il était sur la place, voyant plusieurs bourgeois qui s'entretenaient ensemble il leur demanda si un d'entre eux aurait la bonté de le loger ? Il y eut un boucher qui lui dit qu'il pouvait le suivre. L'ayant mené en sa maison, ce pauvre malheureux lui conta combien il était malheureux de s'être donné au démon, il croyait bien avoir le temps de se confesser et de quitter le péché et faire pénitence, mais que point de prêtre n'avait voulu le confesser. Le boucher trouva bien extraordinaire que ces prêtres eussent si peu de charité. « Hélas ! monsieur, je vois bien que c'est le bon Dieu qui l'a permis pour me punir du temps et des grâces que j'ai méprisés. » - « Mon ami, lui dit le boucher, il faut bien avoir recours au bon Dieu. » - « Hélas ! monsieur, je suis perdu ; c'est cette nuit que le démon doit me tuer et emporter mon âme. » Le boucher, selon toute apparence, ne s'était pas couché pour savoir si cet homme avait perdu l'esprit ou si cela était bien vrai. En effet, sur minuit, il entendit un bruit effroyable, des cris épouvantables comme deux personnes dont l'une étrangle l'autre. Comme le boucher courait, il vit que le démon traînait ce pauvre malheureux à la cour. Le boucher s'enfuit et se ferma dans sa maison ; et le lendemain on trouva cet homme pendu comme la moitié d'un mouton à un clou de la boucherie. Le démon lui avait coupé un morceau de son manteau, dont il l'avait étranglé et pendu. Le Père Lejeune, qui rapporte cela dans un de ses sermons, dit qu'il le tient de celui qui l'a vu pendu.
Voyez-vous, M.F., que souvent, en remettant notre conversion, nous nous exposons à ne jamais nous convertir. N'est-ce pas que quand vous étiez malade, vous avez bien fait venir un prêtre pour vous confesser, même avec une grande crainte de ne pas bien faire votre confession ? N'avez-vous pas dit vous-même, dans votre maladie, que l'on est bien aveugle d'attendre à la mort pour aimer le bon Dieu, et que, s'il vous rendait la santé, vous feriez bien mieux que vous n'aviez fait, vous seriez plus sage ? Mon ami, ou bien vous, ma sœur, si, le bon Dieu vous rend la santé..., pauvre enfant ! vous ne faites pas attention que votre repentir ne vient pas de Dieu, ni de la douleur de vos péchés, mais seulement de la crainte de l'enfer. Vous faites comme Antiochus, qui pleurait les châtiments que ses crimes lui attiraient ; son cœur n'était pas changé. Eh bien ! ma sœur, le bon Dieu vous a rendu la santé que vous lui aviez demandée avec tant d'ardeur, en lui promettant que vous feriez mieux. Dites-moi, après avoir recouvré la santé, en êtes-vous devenue plus sage ? Avez-vous moins offensé le bon Dieu ? Vous êtes-vous corrigée de quelque défaut ? Vous voit-on plus souvent fréquenter les sacrements ? Voulez-vous que je vous dise ce que vous êtes ? Le voici ; avant votre maladie vous vous confessiez encore de temps en temps ; depuis que le bon Dieu vous a rendu la santé, vous ne faites plus même vos pâques. Hélas ! combien parmi ceux qui m'écoutent sont de ce nombre ! Mais ne vous inquiétez pas, vous verrez qu'à la première maladie, le bon Dieu vous fera sortir de ce monde ; pour vous parler plus clairement, vous serez jetés en enfer. Vous voyez bien qu'en restant dans le péché, quoique avec votre belle espérance que vous en sortirez un jour, vous vous moquez du bon Dieu.
Tenez, M.F., voyez comme vous avez bonne grâce de croire que le bon Dieu vous pardonnera quand vous voudrez lui demander pardon. Je vais vous citer un exemple comme peut-être jamais exemple n'a été, plus conforme à notre sujet. Il est rapporté qu'il y avait un bourgeois qui était extrêmement bon. Il avait un domestique qui ne manquait presque point l'occasion de dire des injures à son maître ; son plaisir était de le faire quand il y avait bien du monde. Il lui vola plusieurs choses assez considérables, il finit par débaucher une de ses demoiselles ; après ce coup, il s'enfuit de la maison, crainte d'être pris par la justice. Au bout de quelque temps, il alla trouver un prêtre qu'il savait avoir un grand crédit auprès de ce monsieur. Le prêtre y va pour prier le bourgeois de vouloir bien pardonner les fautes de ce domestique. Ce gentilhomme eut tant de bonté, qu'il dit au prêtre : « Je ferai tout ce que vous voudrez ; mais je veux qu'il fasse au moins quelque satisfaction, autrement ce serait donner main-levée à tous les scélérats. » Le prêtre, plein de joie, va trouver le valet et lui, dit : « Votre maître a bien eu la charité de vous pardonner ; mais il veut quelque petite satisfaction, comme rien n'est si juste. » Le domestique lui dit : « Quelle est donc la satisfaction que mon maître veut, et dans quel temps ? » Le prêtre lui dit : « Dans sa maison, et à présent, à ses genoux et la tête nue. » « Ah ! mon maître veut bien tant d'honneur ! pour moi je ne veux que lui demander pardon ; il veut que ce soit dans sa maison, à genoux, la tête nue, et moi je veux le faire dans ma chambre et couché dans mon lit. Il le veut à présent, et moi je veux que ce ne soit que dans dix ans, lorsque je penserai et serai prêt à mourir. » Que pensez-vous, M.F., de ce valet, et qu'en dites-vous ? Quel conseil auriez-vous donné à ce gentilhomme ? Ne lui auriez-vous pas dit : « Monsieur, votre valet est un misérable, il mérite d'être jeté dans un cachot, et de n'en être tiré que pour être conduit au gibet. » Eh bien ! M.F., d'après cet exemple, voyez-vous la manière dont vous vous conduisez avec le bon Dieu ? N'est-ce pas le même langage que vous tenez au bon Dieu, quand vous dites que vous avez encore le temps, que rien ne presse, que vous n'êtes pas encore mort ? Hélas ! que de pauvres pécheurs qui sont aveuglés sur l'état de leur pauvre âme ; qui espèrent de faire ce qu'ils ne pourront plus faire quand ils croiront de le faire ! ...
Mais, allons plus loin, et nous verrons que plus vous différez de sortir du péché, plus vous vous mettez dans l'impossibilité d'en sortir. N'est-il pas vrai qu'il y a quelque temps, la parole de Dieu vous touchait, vous faisait faire quelques réflexions, et que, plusieurs fois, vous aviez résolu de quitter le péché et de vous donner au bon Dieu ? N'est-il pas vrai que la pensée du jugement de Dieu et de l'enfer vous a fait verser des larmes, et que, maintenant, tout cela ne vous touche plus, ne vous fait plus faire la moindre réflexion ? Pourquoi cela, M.F. ? Hélas ! c'est que votre cœur est endurci et que le bon Dieu vous abandonne, de sorte que plus vous restez dans le péché, plus le bon Dieu s'éloigne de vous, et plus vous devenez insensibles à votre perte. Ah ! si du moins vous étiez morts à votre première maladie, au moins vous ne seriez pas si profond en enfer ! Mais si je voulais revenir au bon Dieu à présent, le bon Dieu me recevrait bien encore ! - Mon ami, pour cela, je ne vous en dis rien. Si vous n'avez pas encore mis le comble au nombre des péchés que le bon Dieu a résolu de vous pardonner ; si vous n'avez pas encore achevé de mépriser les grâces que le bon Dieu vous avait destinées, vous le pouvez. Mais si la mesure des péchés et des grâces est pleine, tout est perdu pour vous ; vous aurez beau former toutes vos belles résolutions... D'ailleurs vous devez le voir par cet exemple épouvantable que nous venons de rapporter.
Ah ! mon Dieu, pouvons-nous bien penser à tout cela et ne pas faire tout ce que nous pouvons pour essayer si le bon Dieu voudra avoir pitié de nous. - Mais, pensez-vous en vous-mêmes, il y aurait bien de quoi jeter au désespoir ? - Ah ! mon ami, je voudrais pouvoir vous conduire à deux doigts du désespoir, afin que, frappé de l'état affreux où vous êtes, vous preniez au moins les moyens que le bon Dieu vous présente encore aujourd'hui pour en sortir. - Mais, me direz-vous, il y en a bien qui se sont convertis à l'heure de la mort : le bon Larron s'est bien converti en ce moment. - Le bon Larron, M.F., d'abord, il n'avait jamais connu le bon Dieu. Dès qu'il l'a connu, il s'est donné à lui, et encore est-il le seul que l'Écriture sainte nous fournit, pour ne pas tout à fait nous désespérer dans ce moment. - Mais il y en a bien d'autres qui se sont convertis, quoiqu'ils aient vécu longtemps dans le péché. - Mon ami, prenez bien garde, je crois que vous vous trompez : il faut me dire que plusieurs se sont repentis, mais convertis, c'est autre chose. Voilà précisément ce que vous ferez, et ce que vous avez déjà fait dans vos maladies : puisque vous avez fait venir un prêtre, parce que vous étiez fâché d'avoir le mal. Eh bien ! avec votre repentir, vous êtes-vous converti pour cela ? Sans doute vous n'en êtes devenu que plus endurci. Hélas ! M.F., tous ces repentirs ne signifient pas grand'chose. Saül s'est bien repenti, puisqu'il a pleuré ses péchés ; cependant il est damné ; Caïn s'est bien repenti, puisqu'il a poussé des cris affreux d'avoir tué son frère , néanmoins il est en enfer. Judas s'est bien repenti, puisqu'il alla rendre son argent et que sa douleur fut si grande qu'il alla se pendre . Si vous me demandez maintenant où tous ces repentirs les ont conduits ? je vous dirai..., en enfer. Je viendrai toujours à ma conclusion que si vous vivez dans le péché, et que vous y mouriez, vous serez damnés ; mais j'espère que non : vous n'en viendrez pas là.
En troisième lieu, si nous venons plus loin, je vais vous montrer que vous n'avez rien qui puisse vous rassurer dans votre manière de vivre ; au contraire, tout doit vous effrayer, comme vous allez le voir. 1? Vous savez que, de vous-mêmes, vous ne pouvez pas sortir du péché ; vous êtes parfaitement convaincus qu'il faut que le bon Dieu vous aide de sa grâce, puisque saint Paul nous dit que « nous ne sommes pas capables de former une bonne pensée sans la grâce du bon Dieu ; » 2? Vous savez bien que vous ne pouvez obtenir votre pardon que de Dieu même : Pensez bien, M.F., à ces deux réflexions et vous verrez combien vous êtes aveugles ; ou, pour vous parler plus franchement, que vous êtes perdus si vous ne sortez pas promptement du péché. Mais, dites-moi, est-ce en méprisant les grâces du bon Dieu que vous pouvez espérer avoir plus de force pour rompre vos mauvaises habitudes ? N'est-ce pas tout le contraire ? Plus vous allez, plus vous méritez que le bon Dieu se retire de vous et vous abandonne. De là je conclus que, plus vous retardez de revenir à Dieu, plus vous vous mettez en danger de ne vous convertir jamais : Nous disons que nous ne pouvons obtenir notre pardon que de Dieu seul. Eh bien ! dites-moi, est-ce en multipliant vos péchés que vous espérez que le bon Dieu vous pardonnera plus facilement ? Allez, mon ami, vous êtes un aveugle, vous vivez dans le péché pour y périr et vous serez damné. Voilà, mon ami, où votre manière de prier et de vivre vous conduira : « Vie de pécheur, mort de réprouvé. » Mais pour mieux vous le faire sentir, avançons nous jusqu'à ce moment qui est le dernier de la vie.

II. - D'abord, je sais bien que vous avez résolu de faire une bonne mort, de vous convertir et de quitter le péché. Allons, M.F., auprès d'un tel, d'un mourant, et nous y trouverons une personne étendue, qui toute sa vie a fait comme vous, a vécu dans le péché ; mais toujours dans l'espérance qu'elle en sortira avant de mourir. Examinez-la bien, considérez bien son repentir, sa douleur, sa confession et sa mort. Ensuite, voyez ce que vous êtes : vous verrez ce que vous serez un jour. Ne sortons pas, M.F., d'auprès du lit de ce mourant, avant que son sort ne soit fixé pour jamais. II s'est toujours promis, quoique vivant dans le péché et dans les plaisirs, qu'il ferait une bonne mort, et qu'il réparerait tout le mal qu'il avait fait pendant sa vie. Gravez bien cela dans votre cœur, afin que vous n'en perdiez jamais le souvenir, et que vous ayez continuellement devant les yeux quel sera votre sort.
D'abord, je vous dirai que, pendant toute sa vie, il a été retenu par des obstacles qu'il avait cru insurmontables. Le premier, qu'il pensait ne pouvoir pas quitter ses mauvaises habitudes ; l'autre, qu'il n'avait pas assez de force ni de grâce. Il comprenait très bien, quoique dans le péché, combien il en coûte, combien il est diffi-cile de faire une bonne confession et de réparer, toute une vie qui n'a été qu'une chaîne de crimes et d'horreurs. Cependant le temps arrive et même il presse ; il faut commencer à faire ce qu'il n'a jamais voulu faire, il faut descendre dans ce cœur qui n'est qu'un abîme d'horreurs, semblable au buisson hérissé d'épines si affreuses que l'on ne sait par où commencer et que l'on finit par le laisser comme il est. Mais la connaissance se perd de temps en temps ; cependant il ne veut pas mourir dans cet état. Il veut se convertir : c'est-à-dire, quitter le péché avant de mourir. Je sais bien qu'il mourra ; mais pour se convertir, je n'en crois rien : il faudrait faire maintenant ce qu'il aurait dû faire en santé. Dans l'impossibilité de le faire, les larmes dans les yeux, il fait les mêmes promesses qu'il a déjà faites toutes les fois qu'il s'est vu mourir ; mais le bon Dieu ne va plus écouter ces mensonges et ces faussetés. Il faudrait pour ça détruire le péché, qui a poussé des racines si profondes qu'il n'a plus la force de l'arracher, il lui faudrait une grâce extraordi-naire. Mais le bon Dieu, en punition du mépris qu'il a fait de toutes celles qu'il lui a accordées pendant sa vie, la lui refuse et lui tourne le dos pour ne plus le voir ; il se bouche les oreilles pour ne pas se laisser attendrir par ses cris et ses sanglots. Hélas ! il faut mourir et point de conversion, même de connaissance ; le voilà qui chan-celle, il répond une chose pour l'autre. Le prêtre se plaint, qu'il fallait le venir chercher hier, que le malade n'a pas assez de connaissance, qu'il ne peut pas se confesser. Mon ami, vous vous trompez, il a toute la connaissance qu'il doit avoir avant de mourir ; si vous étiez venu hier pour le confesser, le bon Dieu lui aurait ôté pareillement sa connaissance ; il est resté dans le péché en méprisant le temps et les grâces que le bon Dieu lui avait donnés, et, selon la justice de Dieu, il doit mourir dans le pêché. Prenez patience, vous ne tarderez pas de le voir entraîné en enfer par les démons à qui il a si bien obéi pendant sa vie ; ne sortez pas vos regards de dessus lui, et vous allez lui voir vomir sa maudite âme en enfer.
Mais avant ce terrible moment, considérons, M.F., les mouvements qu'il se donne, demandez-lui s'il veut bien se confesser, s'il est bien fâché d'avoir offensé le bon Dieu ; il vous fera signe que oui ; qu'il voudrait bien se confesser, mais qu'il ne le peut pas. Hélas ! il faut mourir, et point de confession ! et point de conversion, point de connaissance ! Approchez-vous, mon ami, voyez-vous ce vieux pécheur endurci, qui a tout mé-prisé, qui s'est raillé de tout, qui croyait que quand il serait mort tout serait fini pour lui. Voyez-vous ce jeune libertin, il n'y a pas même quinze jours qu'il faisait retentir les cabarets de ses chansons les plus infâmes, remplissant les jeux et les cabarets. Voyez-vous cette jeune mondaine portée sur les ailes de la vanité, qui croyait ne jamais pouvoir s'arrêter ni mourir ! O mon Dieu ! il faut mourir ! Hélas ! quel changement, il faut mourir et être damnée ! Voyez-vous ces yeux qui étincellent, qui annoncent que la mort est à la porte ; il voit tout le monde dans un mouvement extraordinaire, on le regarde en pleurant. Me connaissez--vous ? lui dit-on. Il se contente d'ouvrir des yeux affreux, qui jettent l'épouvante dans tous ceux qui l'environ-nent. On le regarde en tremblant, on baisse la tête : sortez de là, laissez-le mourir comme il a vécu.
Non, je me trompe, venez, M.F., vous, qui depuis combien d'années, remettez votre confession à un autre temps. Voyez-vous ses lèvres froides et tremblantes qui ne peuvent plus se remuer, qui lui annoncent qu'il faut mourir et être damné. Mon ami, quittez un moment ce cabaret, venez et considérez ces joues pâles et livides, ces cheveux baignés des sueurs de la mort. Voyez-vous ses cheveux se lever sur sa tête ? Hélas ! il semble qu'il éprouve déjà les horreurs de la mort. Hélas ! tout est fini pour lui, il faut mourir, et être damné. Venez, ma sœur, laissez pour un instant ce musicien et cette danse ; venez et vous verrez ce que vous serez un jour. Voyez-vous ces démons qui l'environnent, qui le jettent au désespoir ? Voyez-vous ces convulsions affreuses ? Non, non, M.F., tout est désespéré ; il faut que, cette âme sorte de ce corps. O mon Dieu ! où va aller cette pauvre âme ? Hélas l'enfer seul est sa demeure.
Non, non, M.F., un moment, il lui reste encore quatre minutes de vie pour lui montrer tout son malheur. La voilà qui approche de sa fin..., les assistants et le prêtre se mettent à genoux pour essayer si le bon Dieu voudra avoir pitié de cette pauvre âme : « Ame chrétienne, lui dit le prêtre, sortez de ce monde ! » - Et où voulez-vous qu'elle aille, puisqu'elle n'a vécu que pour le monde ? Elle n'a pensé qu'au monde. D'ailleurs, à la manière dont elle a vécu, elle croyait n'en jamais sortir. Vous lui souhaitez le ciel,, mon père, mais elle ne le connaît pas seulement : Vous vous trompez, mon ami, dites-lui plutôt : « Sortez de ce monde, âme criminelle, allez brûler, parce que vous n'avez travaillé pendant toute votre vie que pour cela. » - « Ame chrétienne, lui dit le prêtre, allez prendre votre repos dans la céleste Jérusalem. » Eh quoi ! mon ami, vous envoyez dans cette belle cité une âme toute couverte de péchés, dont le nombre est plus grand que celui des heures de sa vie ; une âme, dont toute la vie n'a été qu'une chaîne d'impuretés, vous allez la placer avec les anges, avec Jésus-Christ qui est la pureté même. Oh ! horreur ! oh ! abomination ! en enfer, en enfer, puisque sa place y est marquée ! « Mon Dieu, continue le prêtre, Créateur de toutes choses, reconnaissez cette âme comme étant l'ouvrage de vos mains. » Eh ! quoi ! mon père, vous osez présenter au bon Dieu, comme étant son ouvrage, une âme qui n'est qu'un monceau de crimes, une âme qui est toute pourrie ; quittez, mon ami, de vous adresser au ciel, tournez vos regards du côté des abîmes et écoutez les démons qu'il appelle à son secours ; jetez-leur cette maudite âme puisqu'elle n'a travaillé que pour eux. « Mon Dieu, dira peut-être encore le prêtre, recevez cette âme qui vous aime comme son Créateur et son Sauveur. » Elle aime le bon Dieu ! mon ami, où en sont les marques ? Où sont ses bonnes prières, ses bonnes confessions et ses bonnes communions ? Disons encore mieux, où sont ses pâques ? Taisez-vous, écoutez le démon qui crie qu'elle lui appartient, que depuis longtemps elle s'est donnée à lui. Ils ont changé ; il lui a donné de l'argent, les moyens de se venger, il lui a procuré les occasions de satisfaire ses désirs infâmes ; non, non, mon ami, ne lui parlez plus du ciel. D'ailleurs, elle n'en veut point, elle aime mieux aller brûler dans les abîmes étant toute couverte de crimes, que d'aller au ciel, en présence d'un Dieu si pur.

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