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  • : In hoc signo vinces. Parousie by ROBLES Patrick
  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 08:42

Saint Jean-Marie Baptiste Vianney

Saint Curé d'Ars. Saint patron des curés

Tome 1 des Sermons de Saint Jean-Marie Baptiste Vianney


TABLE DES MATIERES.


1er DIMANCHE DE L'AVENT 18
Sur le Jugement dernier 18
1er DIMANCHE DE L'AVENT 35
Sur les vérités éternelles 35
2ème DIMANCHE DE L'AVENT 52
Sur le respect humain 52
4ème DIMANCHE DE L'AVENT 66
Sur la Satisfaction 66
POUR LE JOUR DE NOËL 83
Sur le Mystère 83
POUR LE JOUR DE NOËL 99
Sur le Mystère 99
1er DIMANCHE DE L'ANNÉE 113
Sur la Sanctification du Chrétien 113
ÉPIPHANIE 131
Sur les Rois Mages 131
2ème DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE 146
Sur le Mariage 146
3ème DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE 162
Sur la prière d'un pécheur qui ne veut pas quitter le péché 162
3ème DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE 179
Sur l'enfer des Chrétiens 179
4ème DIMANCHE APRÈS L'ÉPIPHANIE 196
Sur les ennemis de notre salut 196
LA SEXAGÉSIME 211
Sur la parole de Dieu 211
MERCREDI DES CENDRES 229
Sur la Pénitence 229
1er DIMANCHE DE CARÊME 249
Sur les tentations 249
1er DIMANCHE DE CARÊME 266
Sur les Indulgences. 266
2ème DIMANCHE DE CARÊME 280
Sur l'aumône 280
4ème DIMANCHE DE CARÊME 298
Sur la mort du pécheur 298
4ème DIMANCHE DE CARÊME 303
Délai de la Conversion 303
DIMANCHE DE LA PASSION 321
Sur la Contrition 321
JEUDI SAINT 340
VENDREDI SAINT 354
Le péché renouvelle la passion de Jésus-Christ 354

SERMONS DU SAINT SERVITEUR DE DIEU,

JEAN-BAPTISTE-MARIE VIANNEY CURÉ D'ARS

Publiés par les soins
DE M. LE CHANOINE ÉTIENNE DELAROCHE
Archiprêtre d'Ainay à Lyon, Docteur en théologie

ET DU

R. P. DOM MARIE-AUGUSTIN DELAROCHE Chanoine régulier de l'Immaculée Conception


NOUVELLE ÉDITION
AUGMENTÉE DE PLUSIEURS SERMONS INÉDITS

TOME PREMIER
Du Ier DIMANCHE DE L'AVENT AU VENDREDI SAINT

DELHOMME ET BRIGUET, ÉDITEURS

PARIS Rue de l'Abbaye, 13
LYON 3, Avenue de l'Archevêché

1893

IMPRIMATUR.
Lugduni, die 8 septembris 1893.
J. DÉCHELETTE,
VIC. GÉN.

APPROBATION
ARCHEVÉCHÉ de LYON
Lyon, le 26 septembre 1893.


MONSIEUR ET CHER ARCHIPRÊTRE,

Comment ne pas applaudir à votre pensée de donner une nouvelle édition des sermons du Saint Curé d'Ars ? Cette œuvre continue l'apostolat d'un prêtre dont les vertus ont jeté un vif éclat dans la seconde moitié de ce siècle et qui demeure l'honneur du diocèse de Lyon.
Je vous remercie de me procurer l'occasion de placer sous la protection de ce prêtre vénéré les prémices de ma nouvelle mission. Mon désir, en bénissant votre dessein, est de voir cet ouvrage entre les mains de tous mes prêtres ; et je demande à Notre-Seigneur d'embraser nos cœurs de l'amour et du dévouement qui animaient le Saint serviteur de Dieu.
Je vous prie d'agréer, Monsieur et cher Archiprêtre, l'expression de mes sentiments affectueux et dévoués en N.-S.
PIERRE,
Arch. de Lyon et de Vienne.

APPROBATION DE LA PREMIÈRE ÉDITION

ARCHEVÊCHÉ de LYON

Nous approuvons bien volontiers le dessein qu'ont formé des ecclésiastiques de Lyon, de livrer à l'impression le manuscrit des Sermons du Saint serviteur de Dieu, J.-B.-M. VIANNEY, curé d'Ars.
Cette publication servira à mieux faire connaître le prêtre admirable qui est une des gloires de notre diocèse, et dont la cause de béatification est soumise au jugement de la sainte Église.

Lyon, 20 août 1882.

L. M. Card. CAVEROT, Archevêque de Lyon.


LETTRES ÉPISCOPALES.

Lettre de S. Ém. le cardinal GUIBERT, archevêque de Paris.

Paris, le 4 mars 1883.

MONSIEUR L'ARCHIPRÊTRE,

Je vous remercie de la bonté que vous avez eue de m'envoyer un exemplaire des Sermons du Saint Curé d'Ars, que vous avez recueillis et fait imprimer. J'en ai lu quelques uns avec édification ; je dirai volontiers avec admiration. Nous sommes accoutumés à admirer la charité, la bonté, le zèle infatigable de ce saint pasteur, sans cesse à la recherche des brebis égarées et les ramenant au bercail. Mais on n'a jamais parlé de son éloquence. Assurément, ce n'était pas un orateur, comme Bourdaloue ou Massillon ; mais les instructions qu'il adressait à son peuple sont très solides, pleines de la doctrine chrétienne, et il est à désirer que tous les prêtres des paroisses prépa-rassent leurs instructions avec le même soin que ce saint prêtre y apportait.
Votre publication, à ce point de vue, est très utile, parce qu'elle présente au clergé un exemple à suivre dans l'exercice du ministère de la parole.
Agréez, Monsieur l'Archiprêtre, avec mes sincères remer-ciements, l'assurance de mes sentiments affectueux et dévoués.

J.-Hipp. Gard. GUIBERT,
Arch. de Paris.

Lettre de S. Ém. le cardinal LANGÉNIEUX, archevêque de Reims.

Reims, le 18 août 1883.

MONSIEUR LE CURÉ,

Nous avons lu les Sermons du Saint Monsieur Vianney, que vous avez eu la bonne pensée de publier, et nous joignons volontiers notre approbation à celle que vous avez déjà reçue de son Éminence le Cardinal-Archevêque de Lyon.
Comme vous le faites judicieusement remarquer, ce qu'il faut rechercher dans les instructions du saint prêtre, ce n'est pas ce que l'apôtre saint Paul appelle « la rhétorique de la sagesse humaine », mais l'exactitude et la solidité de la doctrine et « cette éloquence vive, ardente, passionnée que les saints savent puiser à la source intarissable du cœur de Jésus. » Instruire et édifier les âmes, c'est là, en effet, le véritable apostolat, et c'est aussi le but que le Vén. Curé d'Ars poursuivait dans la chaire chrétienne. Jusqu'à quel point il a réussi, et quel bien il a fait dans son humble paroisse et aux auditeurs étrangers qu'attirait le renom de sa sainteté, nous l'avions appris déjà par la lecture de son admirable vie ; ses écrits, que vous avez révisés avec un soin si intelligent et si scrupuleux, achèveront de nous initier aux œuvres et aux succès d'un ministère qui a opéré tant de merveilles. Aussi, Monsieur le Curé, nous estimons qu'en offrant au clergé et en particulier à tous ces vénérables prêtres qui consument silencieusement leur vie dans de pauvres cures de campagne, les exemples et les leçons pratiques d'un tel maître dans l'art de convertir et de sanctifier les âmes, vous avez rendu à l'Église un éminent service, qui mérite les bénédictions de Dieu et nos sincères félicitations.
Veuillez en agréer l'expression, Monsieur le Curé, et croyez-moi votre tout dévoué en N.-S.
BENOIT-MARIE,
Arch. de Reims.

Lettre de S. Ém. le cardinal MERMILLOD, évêque de Lausanne et Genève.

Fribourg, le 3 décembre 1883,
en la fête de saint François Xavier.

MONSIEUR L'ABBÉ,

Votre publication des Sermons du Saint Curé d'Ars a mérité les suffrages d'éminents évêques ; je suis heureux de vous offrir à leur suite mes remerciements et mes félicitations. Jusqu'ici les prêtres et les fidèles lisaient avec admiration les faits héroïques, les labeurs et les succès de cette vie épuisée au service de Notre-Seigneur ; vos volumes révèlent la puissance de parole de ce grand serviteur de Dieu et font comprendre ce que la piété, la prière et l'étude lui ont donné de force et d'onction apostoliques. Les qualités que réclamait saint Bernard y éclatent : Lucere et ardere multum est ; la doctrine sûre et substantielle, la clarté lumineuse de l'exposition, s'y allient aux flammes qu'inspire l'amour des âmes et du Sauveur. Le clergé, les jeunes prêtres surtout, trouveront là un modèle de prédication pastorale et populaire. Sans préjuger en rien les décisions du Saint-Siège sur le Saint Monsieur Vianney, nous osons dire en toute simplicité que ses sermons, où abondent le sens théologique et le feu de l'amour divin, ont leur place marquée près des écrits de saint Vincent de Paul et de saint Alphonse Liguori.
Recevez, Monsieur l'Abbé, l'assurance de mes sentiments reconnaissants et dévoués en N.-S.

GASPARD,
Évêque de Lausanne et Genève.

Lettre de Mgr BESSON, évêque de Nîmes.

Nîmes, le 8 novembre 1881.

MONSIEUR L'ABBÉ,

J'ai beaucoup tardé à vous remercier de l'envoi que vous avez bien voulu me faire des Sermons du Saint Serviteur de Dieu, J.-B. Vianney, curé d'Ars ; mais, laissez-moi vous le dire, avant de vous répondre, je tenais à me rendre compte d'un livre dont le titre et la publication ont été pour moi une surprise.
Monsieur le comte de Montalembert, faisant connaître au R. P. Chocarne son avis sur la Vie intime et religieuse du R. P. Lacordaire, lui écrivait : « Vous m'avez montré tout un côté de la vie du grand Religieux que j'ignorais ou que j'entrevoyais à peine... Vous m'avez révélé en lui un homme plus rare, plus grand, plus saint que je ne le croyais. » Je vous l'avouerai aussi, Monsieur l'Abbé, le livre que vous éditez a été pour moi une révélation ; il m'a même étonné, et je suis certain que beaucoup d'autres esprits partageront mon étonnement. Jusqu'ici, M. Vianney s'était présenté à ma vénération environné de l'auréole de la sainteté ; je savais encore, par la vie du R. P. Monnin, qu'il avait été un incomparable catéchiste ; mais je n'avais pas et n'aurais pas soupçonné en lui le prédicateur, l'auteur de tous ces sermons que vous publiez et dont cependant la collection est encore incomplète.
Je vous remercie, Monsieur l'Abbé, d'avoir ajouté ce nouveau fleuron à la couronne du saint Curé, qui n'appartient pas seulement au diocèse de Belley, mais qui a encore été la gloire la plus pure du clergé français pendant la première moitié de ce siècle. Grâce à vos travaux et à vos persévérants efforts, il est désormais avéré que le Saint à qui beaucoup de personnes avaient presque entièrement refusé les dons naturels, qui se vit même sur le point d'être éloigné du sacerdoce pour défaut d'incapacité, a su néanmoins, par le travail, faire fructifier le modeste talent que Dieu lui avait confié. Il est désormais avéré que les lumières extraordinaires et surnaturelles n'expliquent pas seules la puissance de son action et de son influence ; avant de devenir entre les mains de Dieu l'instrument des plus grandes merveilles, le bon et saint Curé avait suivi la loi ordinaire ; il avait dû se préparer, et de fait il s'est préparé par l'étude aussi bien que par la prière au rôle admirable que lui réservait la Providence.
Quel grand exemple donné au clergé de notre temps ! Comme vous le dites fort bien, Monsieur l'Abbé, le Saint Curé d'Ars n'avait à sa disposition que les ressources d'un esprit très peu cultivé ; mais ces ressources, il les développe, il les féconde par un travail opiniâtre ; il emploie avec une scrupuleuse. fidélité tous les moments libres des premières années de son ministère ; il compose ses prônes au prix de peines et de fatigues inouïes, il y consacre les jours et parfois les nuits, il écrit « sept heures de suite sans désemparer », dit son biographe, le R.-P. Monnin. Il va aussi puiser la parole de Dieu dans les sources les plus pures, la sainte Écriture, la Théologie élémentaire, la Vie des Saints, la vie des Pères du désert, l'histoire de l'Église, la Perfection chrétienne de Rodriguez, et à tous ces matériaux que lui fournit une étude consciencieuse, il ajoute ses observations personnelles sur les besoins du temps et les tendances des esprits, sur les nécessités de ses paroissiens, sur les moyens qu'il juge les plus opportuns pour combattre le mal et inculquer peu à peu dans les âmes les habitudes de la vie chrétienne. Il réfléchit, il écrit, il parle, il agit sous l'impulsion d'un zèle vraiment surnaturel qui n'a pas d'autre but que la gloire de Dieu et le salut des âmes. Voilà comment le Saint J.-B. Vianney acquiert assez de facilité pour composer ce catéchisme et ces sermons dont les fruits devaient être féconds.
Puisse l'exemple du saint Curé rencontrer beaucoup d'imitateurs ! Puisse la leçon qui se dégage de vos quatre volumes, profiter à tant de prêtres, à tant de jeunes ecclésiastiques naturellement mieux doués que notre Saint et qui, comme lui, trouveraient dans un travail constant, méthodique, inspiré par la piété et soutenu par le zèle, le secret d'un ministère béni et fructueux ! Ah ! si, depuis soixante ans, nous avions eu dans toutes les paroisses des divers diocèses de France, je ne dis pas autant de curés d'Ars (il n'est pas donné à tous de s'élever à ce degré de sainteté), mais seulement de bons catéchistes, des prédicateurs utiles et pratiques, nous n'aurions pas à gémir aujourd'hui sur les progrès toujours croissants de l'impiété, ou de l'ignorance et de l'indifférence en matière de religion.
Je vous remercie encore une fois, Monsieur l'Abbé ; en faisant sortir ces sermons de l'oubli, peut-être du feu auquel l'humilité du Saint curé d'Ars aurait voulu les condamner, vous n'avez pas seulement honoré sa mémoire, vous avez aussi rendu un important service au clergé qui y trouvera un modèle à suivre, aux fidèles qui les liront avec le plus grand fruit. Je forme donc les vœux les plus ardents pour que cet ouvrage se propage, se répande ; et, en ce qui me concerne, je ne négligerai aucune occasion de le recommander aux prêtres de mon diocèse, parce qu'ils y trouveront la bonne prédication, l'éloquence vraiment utile, la seule qu'il soit permis aux ministres sacrés de rechercher et d'ambitionner.
Recevez, Monsieur l'Abbé, l'assurance de mes sentiments les plus affectueux et religieusement dévoués en N.-S.

LOUIS,
Évêque de Nîmes.

Lettre de Mgr de CABRIÈRES, évêque de Montpellier.

Montpellier, le 16 décembre 1883.

MONSIEUR LE CURÉ,

Je vous remercie de l'envoi que vous avez bien voulu me faire des Sermons, du Saint Curé d'Ars.
En collectionnant et publiant les instructions de ce saint prêtre, dont la vie a été remplie par un apostolat d'une admirable fécondité, et dont le nom rappelle le souvenir des plus hautes vertus sacerdotales, vous avez fait une œuvre utile et pieuse.
Si les sermons que vous avez rassemblés pour l'édification de vos confrères et des âmes chrétiennes, paraissent manquer de certaines qualités de style que les délicats recherchent habituellement, on y rencontre à chaque page l'accent de la piété la plus vive, de la foi la plus profonde, et la claire exposition des hautes vérités religieuses.
Dédaignant les ressources de l'art, le zélé prédicateur n'a fait appel qu'au secours de la grâce. C'est par là qu'il a fait tant de conversions.
En lisant ses sermons apostoliques, peut-être apprendra-t-on à l'imiter.
Vous aurez ainsi contribué, Monsieur le Curé, à continuer et à perpétuer la mission bienfaisante du zélé serviteur de Dieu.
Veuillez agréer, Monsieur le Curé, et faire agréer à Monsieur votre frère, l'expression de mes sentiments tout dévoués et bien respectueux.

MARIE-ANATOLE,
Évêque de Montpellier.

Lettre de Mgr GUIOL, recteur des Facultés catholiques de Lyon.

Lyon, le 1er décembre 1882.

MON CHER AMI,

J'ai lu avec le plus vif intérêt, plusieurs sermons du saint Curé d'Ars, pris çà et là dans les quatre volumes que vous avez eu l'extrême bonté de m'offrir. Je ne veux pas tarder davantage à vous dire combien j'ai été édifié de cette lecture.
C'est le langage d'un saint. Ces pages sont pleines de piété et d'onction. Il s'y trouve même bien plus de doctrine qu'on n'aurait osé en attendre de ce Saint prêtre, auquel on avait presque fait une réputation d'ignorance, sans doute pour mieux faire ressortir l'éminence des dons surnaturels qui brillaient en lui et qui rendaient sa parole si féconde. Ses sermons écrits n'auront certainement pas le charme incomparable que leur donnait l'accent de sa voix, lorsqu'il les prêchait du haut de sa chaire ; mais, autant qu'il m'est permis d'en juger, j'estime que la lecture n'en sera pas moins très profitable à tous ceux, prêtres ou fidèles, qui la feront avec une pieuse attention.
Veuillez agréer, cher Ami, la nouvelle assurance de mon bien affectueux dévouement en N.-S.

L. GUIOL.

Lettre de M. ICARD, supérieur général de la Société de Saint-Sulpice.

Paris, le 1er novembre 1882.

MONSIEUR LE CURÉ,
Et bien cher en Notre-Seigneur.

Je vous suis très reconnaissant, ainsi qu'à Monsieur votre frère, de l'envoi que vous avez eu la bonté de me faire des Sermons du Saint Curé d'Ars. Vous avez eu une heureuse et sainte pensée, en livrant ce travail. Les prêtres employés au saint ministère n'y trouveront pas sans doute des pages de littérature, mais ils y trouveront un langage simple, pieux, très pratique, avec les accents de la foi et de l'amour des âmes. J'ai déjà lu deux de ces sermons pour la fête de tous les Saints, que nous célébrons aujourd'hui, et j'en ai été bien édifié.
Veuillez agréer, Messieurs et bien chers Confrères, l'expression de mes meilleurs sentiments d'estime et d'affectueux dévouement.

H. ICARD.

Lettre de Monsieur le chanoine TOCCANIER, curé d'Ars.

Ars, le 26 novembre 1882.

CHER CONFRÈRE,
J'ai reçu hier soir les quatre volumes des Sermons du Saint Vianney, que votre générosité m'a adressés. Veuillez agréer ma vive reconnaissance.
Vous comprenez l'intérêt tout particulier que doit m'inspirer la lecture de ces sermons, que mon saint curé a prêchés à Ars. Je m'efforcerai d'en profiter pour la gloire de Dieu, de notre saint curé et de sa paroisse.
Monseigneur s'occupe activement de la cause de béatification c'est le motif pour lequel il nous donne l'exemple d'une excessive réserve au sujet du Saint Vianney.
Daignez agréer avec ma reconnaissance mon affectueux dévouement en Notre-Seigneur.

L'abbé TOCCANIER.

PRÉFACE

L'accueil fait par le public aux Sermons du Saint Curé d'Ars, les bienveillants suffrages que leur ont accordés d'Éminents Prélats nous engagent à en donner une seconde édition. Celle-ci vient à propos, ce nous semble, au moment où, grâce au zèle de Sa Grandeur Monseigneur l'Évêque de Belley, la Sacrée Congrégation des Rites achève l'examen des écrits du Serviteur de Dieu.
D'après le témoignage d'un de ses confidents, feu Monsieur Dubois, curé de Fareins, la plupart de ces sermons furent composés pendant les premières années de son ministère, entre 1818 et 1827, avant les grands travaux suscités par la foule des pèlerins qui venaient le visiter.
Quelles furent les sources habituelles où il puisa ? Si nous en jugeons par les notes marginales écrites de la main du Saint, et par l'étude attentive de ses manuscrits, il consulta principalement l'Écriture sainte, une Théologie élémentaire, la Vie des Saints de Ribadeneyra, la Vie des Pères du désert, quelques abrégés des Saints Pères, l'Histoire de l'Église, la Perfection chrétienne de Rodriguez et les Œuvres du P. Lejeune.
« M. Vianney, dit son biographe, le R. P. Monnin, écrivit longtemps ses prônes du Dimanche, il a avoué que ce travail lui causait des peines et des fatigues inouïes. Ce fut une des plus rudes mortifications de sa vie. Il les composait tout d'une haleine, y employait les nuits, renfermé dans sa sacristie, et écrivait quelquefois sept heures de suite sans désemparer . »
Mais comme il était plus préoccupé d'instruire et d'édifier ses ouailles que de produire une œuvre littéraire, il revoyait peu ses sermons. Son humilité ne lui permettait pas de penser qu'un jour ils seraient admirés et livrés à la publicité. D'ailleurs, il n'eût jamais consenti à les faire imprimer de son vivant, sans les avoir auparavant soumis à une sévère correction, et sans les avoir déférés au jugement doctrinal de l'Église. Il l'avait déclaré avec une extrême vivacité à un prêtre de ses amis, dans un moment où l'on cherchait à lui soustraire quelques sermons, pour les répandre dans le public. Jamais non plus ils n'eussent paru au jour sans des encouragements venus de haut.
C'est donc pour répondre tout à la fois, et à ces intentions et à ces encouragements, qu'un modeste travail a été entrepris sur ces manuscrits. L'orthographe et la ponctuation ont été réformées, les idiotismes ont été conservés, ainsi que certains barbarismes dont le Saint Curé se servait familièrement, afin de rendre sa pensée avec plus d'énergie. Un grand nombre de phrases étaient incomplètes, mal construites, et, partant inintelligibles ; on a redressé la construction ou introduit quelques mots indispensables. Certains passages obscurs, douteux ou inexacts ont été éclaircis par des notes. Bref, on s'est fait scrupule de ne modifier en rien la pensée de l'auteur.
La collection n'est malheureusement pas complète ; un grand nombre ont été perdus ou détruits. S'ils nous étaient tous parvenus, deux volumes de plus augmenteraient cette publication, et permettraient d'admirer davantage le travail long et opiniâtre auquel s'était condamné sans relâche et sans dégoût le serviteur de Dieu.
Mais tels qu'ils sont présentés ici, ils attesteront suffisamment la profonde connaissance que le saint Curé avait de ses paroissiens, le soin religieux qu'il mettait à les instruire, la liberté apostolique avec laquelle il flagellait leurs désordres, cette éloquence vive, ardente, passionnée, que les saints savent puiser à la source intarissable du Cœur de Jésus.
Ils auront ainsi l'avantage de faire connaître le Saint sous un jour nouveau. Jusqu'à présent, beaucoup de gens, amateurs outrés du merveilleux, lui avaient refusé presque totalement les dons naturels, pour lui attribuer dans un degré suréminent les dons surnaturels. Sans doute, les grâces extraordinaires lui furent départies, sur la fin de sa vie, avec une souveraine abondance ; mais n'est-ce pas à cause de sa prudence à faire fructifier le modeste talent que Dieu lui avait confié ? Tout d'abord, il avait employé avec une fidélité jalouse, les temps libres des premières années de son ministère ; il avait exercé les ressources d'un esprit, qui était peu cultivé encore, mais qui ne manquait ni de pénétration, ni de mémoire, ni d'observation. Au prix d'un travail infatigable, il avait acquis la vraie science du pasteur des âmes ; Dieu l'en récompensa plus tard par des dons supérieurs, quand la foule toujours croissante des pèlerins, ne lui laissa plus le loisir d'étudier et d'écrire .
La Providence qui avait voulu rétablir le diocèse de Belley, en avait préparé de longue main les éléments fondateurs. Ce furent de savants et pieux évêques dont la mémoire est restée bénie par le clergé comme par les populations. Ce fut aussi une phalange de prêtres humbles, laborieux et zélés. Au premier rang brilla le Saint Curé d'Ars, et nul mieux que lui, ne justifia la parole de l'Écriture « Les lèvres du prêtre garderont la science du salut, et de sa bouche on recueillera les enseignements du Seigneur. »

Saint-Antoine (Isère), le 4 août 1893, 34ème anniversaire de la mort du Saint Serviteur de Dieu.


1er DIMANCHE DE L'AVENT
(PREMIER SERMON)

Sur le Jugement dernier

Tunc videbunt Filium hominis venientem cum potestate magna et majestate.
Alors ils verront venir le Fils de l'homme avec une grande puissance et une majesté terrible, environné des anges et des saints.
(S. Luc, XXI, 27.)

Ce n'est plus, mes frères, un Dieu revêtu de nos infirmités ; caché dans l'obscurité d'une pauvre étable, couché dans une crèche, rassasié d'opprobres, accablé sous le pesant fardeau de sa croix ; c'est un Dieu revêtu de tout l'éclat de sa puissance et de sa majesté, qui fait annoncer sa venue par les prodiges les plus effrayants, c'est-à-dire, par l'éclipse du soleil et de la lune, par la chute des étoiles, et par un entier bouleversement de la nature. Ce n'est plus un Sauveur qui vient avec la douceur d'un agneau, pour être jugé par les hommes et les racheter ; c'est un Juge justement irrité, qui juge les hommes dans toute la rigueur de sa justice. Ce n'est plus un Pasteur charitable qui vient chercher ses brebis égarées, et les pardonner ; c'est un Dieu vengeur qui vient séparer pour jamais les pécheurs des justes, accabler les méchants de sa plus terrible vengeance, et ensevelir les justes dans un torrent de douceurs. Moment terrible, moment épouvantable, moment malheureux, quand arriveras-tu ? Hélas ! peut-être que, dans quelques matins, nous entendrons les avant-coureurs de ce Juge si redoutable au pécheur. Ô vous, pécheurs, sortez du tombeau de vos péchés, venez au tribunal de Dieu, venez vous instruire de la manière dont le pécheur sera traité. L'impie, dans ce monde, semble vouloir méconnaître la puissance de Dieu, en voyant les pécheurs sans punition ; il va même jusqu'à dire : Non, non, il n'y a ni Dieu ni enfer ; ou bien : Dieu ne fait pas attention à ce qui se passe sur la terre. Mais, attendons le jugement, et, en ce grand jour, Dieu manifestera sa puissance et montrera à toutes les nations qu'il a tout vu et tout compté.
Quelle différence, mes frères, de ces merveilles à celles qu'il opéra en créant le monde ! Que les eaux, dit le Seigneur, arrosent, fertilisent la terre ; et, dès l'instant même, les eaux couvrirent la terre et lui donnèrent la fécondité. Mais, quand il viendra pour détruire le monde, il commandera à la mer de franchir ses bornes avec une impétuosité épouvantable, et elle engloutira tout l'univers dans sa fureur. Lorsque Dieu créa le ciel, il ordonna aux étoiles de s'attacher au firmament ; à sa voix, le soleil éclaira le jour, et la lune présida à la nuit ; mais dans ce dernier Jour, le soleil s'obscurcira, et la lune et les étoiles ne donneront plus de lumière ; tous ces astres merveilleux tomberont avec un fracard épouvantable.
Quelle différence, M.F. ! Dieu en créant le monde employa six jours ; mais pour le détruire, un clin d'œil suffira. Pour créer l'univers et tout ce qu'il renferme, Dieu n'appela aucun spectateur de tant de merveilles ; mais pour le détruire, tous les peuples seront en présence, toutes les nations confesseront qu'il y a un Dieu et qu'il est puissant. Venez, rieurs impies, venez, incrédules raffinés, venez apprendre ou reconnaître s'il y a un Dieu, s'il a vu toutes vos actions, et s'il est tout-puissant ! Ô mon Dieu ! que le pécheur changera de langage dans ce moment ! que de regrets ! Oh ! que de repentir d'avoir laissé passer un temps si précieux ! Mais ce n'est plus temps, tout est fini pour le pécheur, tout est désespéré ! Oh ! que ce moment sera terrible ! Saint Luc nous dit que les hommes sécheront de frayeur sur la plante de leurs pieds, en pensant aux malheurs qui leur sont préparés. Hélas ! M.F., l'on peut bien sécher de crainte et mourir de frayeur, dans l'attente d'un malheur infiniment moins grand que n'est celui dont le pécheur est menacé, et qui très certainement lui arrivera, s'il continue à vivre dans le péché.
Dans ce moment, M.F., que je me dispose à vous parler du jugement, où nous paraîtrons tous, pour rendre compte de tout, du bien et du mal que nous aurons fait, pour y recevoir notre sentence définitive pour le ciel ou pour l'enfer : si déjà un ange venait vous annoncer de la part de Dieu que, dans vingt-quatre heures, tout l'univers sera réduit en feu par une pluie de feu et de soufre, que vous commenciez à entendre les tonnerres gronder, les fureurs des tempêtes renverser vos maisons, les éclairs tellement multipliés que l'univers ne fût plus qu'un globe de feu, et que l'enfer vomit déjà tous ses réprouvés dont les cris et les hurlements se feraient entendre vers les coins du monde ; que le seul moyen d'éviter tous ces malheurs fût de quitter le péché et de faire pénitence ; pourriez-vous, M.F., entendre tous ces hommes sans verser des torrents de larmes et crier miséricorde ? Ne vous verrait-on pas vous jeter au pied des autels pour demander miséricorde ? Ô aveuglement, ô malheur incompréhensible de l'homme pécheur ! les maux que vous annonce votre pasteur sont encore infiniment plus épouvantables et dignes d'arracher vos larmes, de déchirer vos cœurs. Hélas ! ces vérités si terribles vont être autant de sentences qui prononceront votre condamnation éternelle. Mais le plus grand de tous les malheurs est que vous y soyez insensibles, et que vous continuiez à vivre dans le péché ; et que vous ne reconnaissiez votre folie que dans le moment où vous n'avez plus de remèdes. Encore un moment, et ce pécheur, qui vivait tranquille dans le péché, sera jugé et condamné ; encore un instant, et, il emportera ses regrets dans l'éternité. Oui, M.F., nous serons jugés, rien de si certain ; oui, nous serons jugés sans miséricorde ; oui, nous regretterons éternellement d'avoir péché.


I - Nous lisons dans l'Écriture sainte, M.F., que toutes les fois que Dieu a voulu envoyer quelque fléau au monde ou à son Église, il a toujours fait précéder quelque signe pour commencer à jeter la terreur dans les cœurs, et pour les porter à fléchir sa justice. Voulant faire périr l'univers par un déluge, l'arche de Noé, qui resta cent ans pour se bâtir, fut un signe pour porter les hommes à la pénitence, sans quoi ils devaient tous périr. L'historien Josèphe nous dit qu'avant la destruction de la ville de Jérusalem, il parut pendant longtemps une comète en forme de coutelas qui jetait la consternation dans le monde. Chacun disait : Hélas ! que veut dire ce signe ? peut-être c'est quelque grand malheur que Dieu va nous envoyer. La lune demeura huit nuits sans donner de lumière ; les gens semblaient déjà ne plus pouvoir vivre. Tout à coup, il parut un homme inconnu, qui, pendant trois ans, ne faisait autre chose que crier par les rues de Jérusalem, le jour et la nuit : Malheur à Jérusalem ! Malheur à Jérusalem !... On le prend, on le bat de verges pour l'empêcher de crier : rien ne l'arrête. Au bout de trois ans, il s'écrie : Ah ! malheur à Jérusalem ; ah ! malheur à moi ! Une pierre lancée par une machine lui tombe dessus et l'écrase à l'instant même. Alors, tous les maux dont cet inconnu avait menacé Jérusalem tombèrent sur elle. La famine fut si grande, que les mères allaient jusqu'à égorger leurs enfants pour s'en servir de nourriture. Les habitants, sans savoir pourquoi, s'égorgeaient les uns les autres ; la ville fut prise et comme anéantie ; les rues et les places étaient toutes couvertes de cadavres ; le sang coulait comme des rivières ; le peu de ceux qui sauvèrent leur vie fut vendu comme des esclaves.
Mais, comme le jour du jugement sera le jour le plus terrible et le plus effrayant qui ait jamais été, il sera précédé de signes si effrayants qu'ils jetteront la terreur jusqu'au fond des abîmes. Notre-Seigneur nous dit que, dans ce moment malheureux pour le pécheur, le soleil ne donnera plus de lumière, que la lune sera semblable à une masse de sang, et que les étoiles tomberont du ciel. L'air sera tellement rempli d'éclairs qu'il sera tout en feu, et l'on entendra les tonnerres dont le bruit sera si grand que les hommes sécheront de frayeur sur la plante de leurs pieds. Les vents seront si impétueux que rien ne pourra leur résister. Les arbres et les maisons seront entraînés dans les chaos de la mer ; la mer elle-même sera tellement agitée par les tempêtes, que ses flots s'élèveront jusqu'à quatre coudées au-dessus des plus hautes montagnes, et ils descendront si bas, que l'on verra les horreurs de l'enfer ; toutes les créatures, même inanimées, sembleront vouloir s'anéantir pour éviter la présence de leur Créateur, en voyant combien les crimes des hommes ont souillé et défiguré la terre. Les eaux des mers et des fleuves bouillonneront comme des huiles dans les brasiers ; les arbres et les plantes vomiront des torrents de sang ; les tremblements de terre seront si grands que l'on verra la terre s'ouvrir de toutes parts ; la plupart des arbres et des bêtes seront abîmés, les hommes qui resteront seront comme des insensés ; les rochers, les montagnes s'écrouleront avec une fureur épouvantable. Après toutes ces horreurs, le feu sera allumé aux quatre coins du monde, mais, un feu si violent qu'il brûlera les pierres, les rochers et la terre, comme un brin de paille qui est jeté dans une fournaise. Tout l'univers sera réduit en cendres ; il faut que cette terre, qui a été souillée par tant de crimes, soit purifiée par le feu qui sera allumé par la colère du Seigneur, par la colère d'un Dieu justement irrité.
Après, M.F., que cette terre couverte de tant de crimes aura été purifiée, Dieu enverra ses anges qui sonneront de la trompette aux quatre coins du monde, et qui diront à tous les morts : Levez-vous, morts, sortez de vos tombeaux, venez et paraissez au jugement. Alors tous les morts, bons et mauvais, justes et pécheurs, reprendront les mêmes formes qu'ils avaient autrefois, la mer vomira tous les cadavres qui sont renfermés dans ses chaos, la terre rejettera tous les corps ensevelis depuis tant de siècles dans son sein. Après cette révolution, toutes les âmes des saints descendront du ciel, toutes rayonnantes de gloire ; chaque âme s'approchera de son corps en lui donnant mille et mille bénédictions : Venez, lui dira-t-elle, venez, le compagnon de mes souffrances ; si vous avez travaillé à plaire à Dieu, si vous avez fait consister votre bonheur dans les souffrances et les combats, oh ! que de biens nous sont réservés ! Il y a plus de mille ans que je jouis de ce bonheur ; oh ! quelle joie pour moi de venir vous annoncer tant de biens qui nous sont préparés pour l'éternité ! Venez, bénis yeux, qui tant de fois vous êtes fermés à l'aspect des objets impurs, par crainte de perdre la grâce de votre Dieu, venez dans le ciel où vous ne verrez que des beautés que l'on ne verrait jamais en ce monde. Venez, mes oreilles, qui avez eu horreur des paroles et des discours impurs et calomniateurs ; venez, et vous entendrez dans le ciel cette musique céleste, qui vous jettera dans un ravissement continuel. Venez, mes pieds et mes mains, qui, tant de fois, vous êtes employés à soulager les malheureux ; allons passer notre éternité dans ce beau ciel où nous verrons notre aimable et charitable Sauveur qui nous a tant aimés. Ah ! nous y verrons Celui qui tant de fois est venu reposer dans notre cœur. Ah ! nous y verrons cette main, encore teinte du sang de notre divin Sauveur, par laquelle il nous a mérité tant de joie. Enfin, le corps et l'âme, des saints se donneront mille et mille bénédictions, et cela pendant toute l'éternité.
Après que tous les saints auront repris leurs corps tout rayonnants de gloire, tous là, selon les bonnes œuvres et les pénitences qu'ils auront faites, attendront avec plaisir le moment où Dieu va dévoiler à la face de tout l'univers toutes les larmes, toutes les pénitences, tout le bien qu'ils auront accompli pendant leur vie, sans même en laisser une seule, ni un seul, déjà tous heureux du bonheur de Dieu même. Attendez, leur dira Jésus-Christ lui-même, attendez, je veux que tout l'univers voie combien vous avez travaillé avec plaisir. Les pécheurs endurcis, les incrédules disaient que j'étais indifférent à tout ce que vous faisiez pour moi ; mais je vais leur montrer aujourd'hui que j'ai vu et compté toutes les larmes que vous versiez dans le fond des déserts ; je vais leur montrer aujourd'hui que j'étais à côté de vous sur les échafauds. Venez tous, et paraissez devant ces pécheurs qui m'ont méprisé et outragé, qui ont osé nier que j'existais, que je les voyais. Venez, mes enfants, venez, mes bien-aimés, et vous verrez combien j'ai été bon, combien mon amour a été grand pour vous.
Contemplons, M.F., un instant, ce nombre infini d'âmes justes rentrant dans leurs corps qu'elles rendent semblables à de beaux soleils. Vous verrez tous ces martyrs, la palme à la main. Voyez-vous toutes ces vierges, la couronne de la virginité sur la tête ? Voyez-vous tous ces apôtres, tous ces prêtres ? Autant ils ont sauvé d'âmes, autant de rayons de gloire dont ils sont embellis. M.F., tous diront à Marie, cette Mère-Vierge : Allons rejoindre Celui qui est dans le ciel pour donner un nouvel éclat à vos beautés.
Mais non, un moment de patience ; vous avez été méprisés, calomniés et persécutés des méchants, il est juste, avant votre entrée dans ce royaume éternel, que les pécheurs viennent vous faire amende honorable.


 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:53
Saint-Michel Archange

47. Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a de

plus pénible



1.Jésus-Christ: Mon fils, que les travaux que vous avez entrepris pour moi ne brisent pas

votre courage, et que les afflictions ne vous abattent pas entièrement; mais qu'en tout

ce qui arrive, ma promesse vous console et vous fortifie.

Je suis assez puissant pour vous récompenser au-delà de toutes bornes et de toute

mesure.

Vous ne serez pas longtemps ici dans le travail, ni toujours chargé de douleurs.

Attendez un peu et vous verrez promptement la fin de vos maux.

Une heure viendra où le travail et le trouble cesseront.

Tout ce qui passe avec le temps est peu de chose et ne dure guère.

2.Faites ce que vous avez à faire; travaillez fidèlement à ma vigne, et je serai moi-même

votre récompense.

Ecrivez, lisez, chantez mes louanges, gémissez, gardez le silence, priez, souffrez

courageusement l'adversité; la vie éternelle est digne de tous ces combats, et de plus

grands encore.

Il y a un jour connu du Seigneur où la paix viendra; et il n'y aura plus de jour ni de nuit

comme sur cette terre mais une lumière perpétuelle, une splendeur infinie, une paix

inaltérable, un repos assuré.

Vous ne direz plus alors: Qui me délivrera de ce corps de mort ? Vous ne vous

écrierez plus: Malheur à moi, parce que mon exil a été prolongé ! car la mort sera

détruite, et le salut sera éternel; plus d'angoisse, une joie ravissante, une société de

gloire et de bonheur.

3.Oh ! si vous aviez vu, dans le ciel, les couronnes immortelles des saints ! de quel

glorieux état resplendissent ces hommes que le monde méprisait et regardait comme

indignes de vivre ! aussitôt, certes, vous vous prosterneriez jusque dans la poussière, et

vous aimeriez mieux être au-dessous de tous qu'au-dessus d'un seul.

Vous ne désireriez point les jours heureux de cette vie; mais plutôt vous vous

réjouiriez de souffrir pour Dieu, et vous regarderiez comme le plus grand gain d'être

compté pour rien parmi les hommes.

4.Oh ! si vous goûtiez ces vérités, si elles pénétraient jusqu'au fond de votre coeur,

comment oseriez-vous vous plaindre, même une seule fois ?

Est-il rien de pénible qu'on ne doive supporter pour la vie éternelle ?

Ce n'est pas peu de gagner ou de perdre le royaume de Dieu.

Levez donc les yeux au ciel. Me voilà, et avec moi tous mes saints; ils ont soutenu dans

ce monde un grand combat; et maintenant ils se réjouissent, maintenant ils sont

consolés et à l'abri de toute crainte, maintenant ils se reposent, et ils demeureront à

jamais avec moi dans le royaume de mon Père.

48. De l'éternité bienheureuse et des misères de cette vie



1.Le fidèle: Ô bienheureuse demeure de la cité céleste ! Jour éclatant de l'éternité, que la

nuit n'obscurcit jamais et que la vérité souveraine éclaire perpétuellement de ses

rayons; jour immuable de joie et de repos, que nulle vicissitude ne trouble !

Oh ! que ce jour n'a-t'il lui déjà sur les ruines du temps et de tout ce qui passe avec le

temps !

Il luit pour les saints dans son éternelle splendeur; mais nous, voyageurs sur la terre,

nous ne le voyons que de loin, comme à travers un voile.

2.Les citoyens du ciel en connaissent les délices; mais les fils d'Eve, encore exilés,

gémissent sur l'amertume et l'ennui de la vie présente.

Les jours d'ici-bas sont courts et mauvais, pleins de douleurs et d'angoisses.

L'homme y est souillé de beaucoup de péchés, engagé dans beaucoup de passions, agité

par mille craintes, embarrassé de mille soins, emporté çà et là par la curiosité, séduit

par une foule de chimères, environné d'erreurs, brisé de travaux, accablé de tentations,

énervé de délices, tourmenté par la pauvreté.

3.Oh ! quand viendra la fin de ces maux ? quand serai-je délivré de la misérable servitude

des vices ? quand me souviendrai-je, Seigneur, de vous seul ? quand goûterai-je en

vous une pleine joie ?

Quand, dégagé de toute entrave, jouirai-je d'une vraie liberté, désormais exempte de

toute peine et du corps et de l'esprit ?

Quand posséderai-je une joie solide, assurée, inaltérable, paix au-dedans et au-dehors,

paix affermie de toutes parts ?

Ô bon Jésus ! quand me sera-t'il donné de vous voir, de contempler la gloire de votre

règne ? quand me serez-vous tout en toute chose ?

Quand serai-je avec vous dans ce royaume que vous avez préparé de toute éternité à

vos élus ?

J'ai été délaissé, pauvre, exilé, en une terre ennemie, où il y a guerre continuelle et de

grandes infortunes.

4.Consolez mon exil, adoucissez l'angoisse de mon coeur: car il soupire après vous de

toute l'ardeur de ses désirs.

Tout ce que le monde m'offre ici-bas pour me consoler me pèse.

Je voudrais m'unir intimement à vous, et je ne puis atteindre à cette ineffable union.

Je voudrais m'attacher aux choses du ciel, et mes passions immortifiées me replongent

dans celles de la terre.

Mon âme aspire à s'élever au-dessus de tout, et la chair me rabaisse au-dessous, malgré

mes efforts.

Ainsi, homme misérable, j'ai sans cesse la guerre au-dedans de moi et je me suis à

charge à moi-même, l'esprit voulant s'élever toujours et la chair toujours descendre !

5.Oh ! combien je souffre en moi lorsque, méditant les choses du ciel, celles de la terre

viennent en foule se présenter à ma pensée durant la prière ! Mon Dieu, ne vous

éloignez pas de moi et n'abandonnez point votre serviteur dans votre colère.

Faites briller votre foudre et dissipez ces visions de la chair: lancez vos flèches, et

mettez en fuite ces fantômes de l'ennemi.

Rappelez à vous tous mes sens; faites que j'oublie toutes les choses du monde et que je

rejette promptement avec mépris ces criminelles images.

Eternelle vérité, prêtez-moi votre secours afin que nulle chose vaine ne me touche.

Venez en moi, céleste douceur, et que tout ce qui n'est pas pur s'évanouisse devant

vous.

Pardonnez-moi aussi, et usez de miséricorde, toutes les fois que dans la prière je

m'occupe d'autre chose que de vous.

Car je confesse sincèrement que la distraction m'est habituelle.

Dans le mouvement ou dans le repos, bien souvent je ne suis point où est mon corps,

mais plutôt où mon esprit m'emporte.

Je suis là où est ma pensée, ma pensée est d'ordinaire où est ce que j'aime.

Ce qui me plaît naturellement ou par habitude, voilà ce qui d'abord se présente à elle.

6.Et c'est pour cela, ô Vérité, que vous avez dit expressément: Où est votre trésor, là

aussi est votre coeur.

Si j'aime le ciel, je pense volontiers aux choses du ciel.

Si j'aime le monde, je me réjouis des prospérités du monde et je m'attriste de ses

adversités.

Si j'aime la chair, je me représente souvent ce qui est de la chair.

Si j'aime l'esprit, ma joie est de penser aux choses spirituelles.

Car il est doux de parler et d'entendre parler de tout ce que j'aime, et j'en emporte avec

moi le souvenir dans ma retraite.

Mais heureux l'homme, ô mon Dieu ! qui à cause de vous, bannit de son coeur toutes

les créatures, qui fait violence à la nature et crucifie par la ferveur de l'esprit les

convoitises de la chair, afin de vous offrir du fond d'une conscience où règne la paix,

une prière pure, et que, dégagé au-dedans et au-dehors de tout ce qui est terrestre, il

puisse se mêler au choeurs des anges !

49. Du désir de la vie éternelle, et des grands biens promis à ceux qui

combattent courageusement



1.Jésus-Christ: Mon fils, lorsque le désir de l'éternelle béatitude vous est donné d'en haut

et que vous aspirez à sortir de la prison du corps pour contempler ma lumière sans

ombre et sans vicissitude, dilatez votre coeur et recevez avec amour cette sainte

aspiration.

Rendez grâce de toute votre âme à la bonté céleste, qui vous prodigue ainsi ses faveurs,

qui vous

visite avec tendresse, vous excite, vous presse et vous soulève puissamment, de peur

que votre poids ne vous incline vers la terre.

Car rien de cela n'est le fruit de vos pensées ou de vos efforts, mais une grâce de Dieu,

qui a daigné jeter sur vous un regard afin que, croissant dans la vertu et dans l'humilité,

vous vous prépariez à de nouveaux combats et que tout votre coeur s'attache à moi

avec la volonté ferme de me servir.

2.Quelque ardent que soit le feu, la flamme cependant ne monte pas sans fumée.

Ainsi quelques-uns, quoique embrasés du désir des choses célestes, ne sont point

néanmoins entièrement dégagés des affections et des tentations de la chair.

Et c'est pourquoi ils n'ont pas en vue la seule gloire de Dieu, dans ce qu'ils demandent

avec tant d'instance.

Tel est souvent votre désir, que vous croyez si vif et si sûr.

Car rien n'est pur ni parfait, de ce qui est mêlé d'intérêt propre.

3.Demandez, non ce qui vous est doux, non ce qui vous offre quelque avantage, mais ce

qui m'honore et me plaît; car si vous jugez selon la justice, vous devez, docile à mes

ordres, les préférer à vos désirs et à tout ce qu'on peut désirer.

Je connais votre désir; j'ai entendu vos gémissements.

Vous voudriez jouir déjà de la liberté glorieuse des enfants de Dieu; déjà la demeure

éternelle, la céleste patrie où la joie ne tarit jamais, ravit votre pensée. Mais l'heure

n'est pas encore venue, vous êtes encore dans un autre temps, temps de guerre, temps de

travail et d'épreuves.

Vous désirez être rassasié du souverain bien, mais cela ne se peut maintenant.

C'est moi qui suis le bien suprême; attendez-moi dit le Seigneur, jusqu'à ce que vienne

le royaume de Dieu.

4.Il faut que vous soyez encore éprouvé sur la terre et exercé de bien des manières. De

temps en temps vous recevrez des consolations, mais jamais assez pour rassasier vos

désirs.

Ranimez donc votre force et votre courage pour accomplir et pour souffrir ce qui

répugne à la nature.

Il faut que vous vous revêtiez de l'homme nouveau, que vous vous changiez en un

autre homme.

Il faut que souvent vous fassiez ce que vous ne voulez pas, et que vous renonciez à ce

que vous voulez.

Ce que les autres souhaitent réussira, mille obstacles s'opposeront à ce que vous

souhaitez.

On écoutera ce que disent les autres, ce que vous direz sera compté pour rien.

Ils demanderont et ils obtiendront; vous demanderez et on vous refusera.

5.On parlera d'eux, on les exaltera; et personne ne parlera de vous.

On leur confiera tel ou tel emploi, et l'on ne vous jugera propre à rien.

Quelquefois la nature s'en affligera; et ce sera beaucoup si vous le supportez en silence.

C'est dans ces épreuves et une infinité d'autres semblables que, d'ordinaire, on reconnaît

combien un vrai serviteur de Dieu sait se renoncer et se briser à tout.

Il n'est presque rien qui vous fasse sentir autant le besoin de mourir à vous -même, que

de voir et de souffrir ce qui répugne à votre volonté, surtout lorsqu'on vous commande

des choses inutiles ou déraisonnables.

Et parce que, assujetti à un supérieur, vous n'osez résister à son autorité, il vous semble

dur d'être en tout conduit par un autre et de n'agir jamais selon vos propres sens.

6.Mais pensez, mon fils, aux fruits de vos travaux, à leur prompte fin, à leur récompense

trop grande, et loin de les porter avec douleur, vous y trouverez une puissante

consolation.

Car, pour avoir renoncé maintenant à quelques vaines convoitises, vous ferez

éternellement votre volonté dans le ciel.

Là tous vos voeux seront accomplis, tous vos désirs satisfaits.

Là tous les biens s'offriront à vous, sans que vous ayez à craindre de les perdre.

Là votre volonté ne cessant jamais d'être unie à la mienne, vous ne souhaiterez rien

hors de moi, rien qui vous soit propre.

Là personne ne vous résistera, personne ne se plaindra de vous, personne ne vous

suscitera de contrariétés ni d'obstacles; mais tout ce qui peut être désiré étant présent à

la fois, votre âme, rassasiée pleinement, n'embrassera qu'à peine cette immense félicité.

Là je donnerai la gloire pour les opprobres soufferts, la joie pour les larmes, pour la

dernière place un trône dans mon royaume éternel.

Là éclateront les fruits de l'obéissance, la pénitence se réjouira de ses travaux, et

l'humble dépendance sera glorieusement couronnée.

7.Maintenant donc, inclinez-vous humblement sous la main de tous et ne regardez point

qui a dit ou ordonné cela.

Mais si quelqu'un demande ou souhaite quelque chose de vous, qui que ce soit, ou

votre supérieur, ou votre inférieur, ou votre égal, loin d'en être blessé, ayez soin de

l'accomplir avec une effusion sincère.

Que l'un recherche ceci, un autre cela; que celui-là se glorifie d'une chose, celui-ci

d'une autre, et qu'il en reçoive mille louanges; pour vous, ne mettez votre joie que dans

le mépris de vous-même, dans ma volonté et ma gloire.

Vous ne devez rien désirer, sinon que, soit par la vie, soit par la mort, Dieu soit

toujours glorifié en vous.



50. Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner entre les

mains de Dieu



1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, Père saint, soyez béni maintenant et dans toute l'éternité,

parce qu'il a été fait comme vous l'avez voulu, et ce que vous faites est bon.

Que votre serviteur se réjouisse, non en lui-même ni en nul autre, mais en vous seul,

parce que vous seul êtes la véritable joie: vous êtes, Seigneur, mon espérance, ma

couronne, ma joie, ma gloire.

Qu'y a-t-il en votre serviteur qu'il n'ait reçu de vous, et sans l'avoir mérité ?

Tout est à vous: vous avez tout fait, tout donné.

Je suis pauvre, et dans les travaux dès mon enfance. Quelquefois mon âme est triste

jusqu'aux larmes, et quelquefois elle se trouble en elle-même, à cause des passions qui

la pressent.

2.Je désire la joie de la paix, j'aspire à la paix de vos enfants, que vous nourrissez dans

votre lumière et vos consolations.

Si vous me donnez la paix, si vous versez en moi votre joie sainte, l'âme de votre

serviteur sera comme remplie d'une douce mélodie et, ravi d'amour, il chantera vos

louanges.

Mais si vous vous retirez, comme vous le faites souvent, il ne pourra courir dans la

voie de vos commandements; alors il ne lui reste qu'à tomber à genoux et se frapper la

poitrine, parce qu'il n'en est plus pour lui comme auparavant, lorsque votre lumière

resplendissait sur sa tête, et qu'à l'ombre de vos ailes il trouvait un abri contre les

tentations.

3.Père juste et toujours digne de louanges, l'heure est venue où votre serviteur doit être

éprouvé.

Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre maintenant quelque chose pour

vous.

Père à jamais adorable, l'heure que vous avez prévue de toute éternité est venue, où il

faut que votre serviteur succombe pour un peu de temps au-dehors, sans cesser de vivre

toujours intérieurement en vous.

Il faut que pour un peu de temps il soit abaissé, humilié, anéanti devant les hommes,

brisé de souffrances, accablé de langueurs, afin de se relever avec vous à l'aurore d'un

jour nouveau, et d'être environné de splendeur dans le ciel.

Père saint, vous l'avez ainsi ordonné, ainsi voulu, et ce que vous avez commandé s'est

accompli.

4.Car c'est la grâce que vous faites à ceux que vous aimez, de souffrir en ce monde pour

votre amour, et d'être affligés autant de fois et par qui que ce soit que vous le

permettiez.

Rien ne se fait sur la terre sans raison, sans dessein et sans l'ordre de votre Providence.

Ce m'est un bien, Seigneur, que vous m'ayez humilié, afin que je m'instruise de votre

justice, et que je bannisse de mon coeur tout orgueil et toute présomption.

Il m'est utile d'avoir été couvert de confusion, afin que je cherche à me consoler plutôt

en vous que dans les hommes.

Par là j'ai appris encore à redouter vos jugements impénétrables, selon lesquels vous

affligez et le juste et l'impie, mais toujours avec équité et justice.

5.Je vous rends grâces de ce que vous ne m'avez point épargné les maux, et de ce qu'au

contraire vous m'avez sévèrement frappé, me chargeant de douleurs et m'accablant

d'angoisses au-dedans et au-dehors.

De tout ce qui est sous le ciel, il n'est rien qui me console; je n'espère qu'en vous, ô

mon Dieu ! céleste médecin des âmes, qui blessez et qui guérissez; qui conduisez

jusqu'aux enfers, et qui en ramenez.

Vous me guidez par vos enseignements, et votre verge même m'instruira.

6.Père uniquement aimé, voilà que je suis entre vos mains, je m'incline sous la verge qui

me corrige.

Frappez, frappez encore, afin que je réforme selon votre gré tout ce qu'il y a d'imparfait

en moi.

Faites de moi, comme vous le savez si bien faire, un disciple humble et pieux, toujours

prêt à vous obéir au moindre signe.

Je m'abandonne, moi et tout ce qui est à moi, à votre correction. Il vaut mieux être

châtié en ce monde qu'en l'autre.

Vous savez tout, vous pénétrez tout, et rien ne vous est caché dans la conscience de

l'homme.

Vous connaissez les choses futures avant qu'elles arrivent et il n'est pas besoin que

personne vous instruise ou vous avertisse de ce qui se passe sur la terre.

Vous savez ce qui est utile à mon avancement et combien la tribulation sert à consumer

la rouille des vices.

Disposez de moi selon votre bon plaisir et ne me délaissez point à cause de ma vie

toute de péché, que personne ne connaît mieux que vous.

7.Faites, Seigneur, que je sache ce que je dois savoir, que j'aime ce que je dois aimer, que

je loue ce qui vous est agréable, que j'estime ce qui est précieux devant vous, et que je

méprise ce qui est vil à vos regards.

Ne permettez pas que je juge d'après ce que l'oeil aperçoit au-dehors, ni que je forme

mes sentiments sur les discours insensés des hommes; mais faites que je porte un

jugement vrai des choses sensibles et spirituelles, et surtout que je cherche à connaître

votre volonté.

8.Souvent les hommes se trompent en ne jugeant que sur le témoignage des sens. Des

amateurs du siècle se trompent aussi en n'aimant que les choses visibles.

Un homme en vaut-il mieux parce qu'un autre homme l'estime grand ?

Quand un homme en exalte un autre, c'est un menteur qui trompe un menteur, un

superbe qui trompe un superbe, un aveugle qui trompe un aveugle, un malade qui

trompe un malade; et les vaines louanges sont une véritable confusion pour qui les

reçoit.

Car, "ce qu'un homme est à vos yeux, Seigneur, voilà ce qu'il est réellement, et rien de

plus", dit l'humble saint François.

51. Qu'il faut s'occuper d'oeuvres extérieures, quand l'âme est fatiguée

des exercices spirituels



1.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne sauriez sentir toujours une égale ardeur pour la vertu,

ni vous maintenir sans relâche dans un haut degré de contemplation; mais il est

nécessaire à cause du vice de votre origine, que vous descendiez quelquefois à des

choses plus basses et que vous portiez, malgré vous et avec ennui, le poids de cette vie

corruptible.

Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un grand dégoût et l'angoisse

du coeur.

Il vous faut donc, pendant que vous vivez dans la chair, gémir souvent du poids de la

chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer aux exercices spirituels et à la

contemplation divine.

2.Cherchez alors un refuge dans d'humbles occupations extérieures, et dans les bonnes

oeuvres une distraction qui vous ranime, attendez avec une ferme confiance mon retour

et la grâce d'en haut; souffrez patiemment votre exil et la sécheresse du coeur, jusqu'à

ce que je vous visite de nouveau et que je vous délivre de toutes vos peines.

Car je reviendrai et je vous ferai oublier vos travaux et jouir du repos intérieur.

J'ouvrirai devant vous le champ des Ecritures afin que votre coeur, dilaté d'amour,

vous presse de courir dans la voie de mes commandements.

Et vous direz: Les souffrances du temps n'ont point de proportion avec la gloire

future qui sera manifestée en nous.



52. Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu,

mais plutôt de châtiment



1.Le fidèle: Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous me visitiez;

ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me laissez pauvre et désolé.

Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer, je ne serais pas

encore digne de vos consolations.

Rien ne m'est dû que la verge et le châtiment, car je vous ai souvent et grièvement

offensé, et mes péchés sont sans nombre.

Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la moindre consolation.

Mais vous, ô Dieu tendre et clément ! qui ne voulez pas que vos ouvrages périssent

pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases de miséricorde, vous

daignez consoler votre serviteur au-delà de ce qu'il mérite, et d'une manière toute

divine.

Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes !

2.Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux consolations du

ciel ?

Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au contraire, je fus enclin au

vice, et lent à me corriger.

Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous élèveriez contre moi

et personne ne me défendrait.

Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel ?

Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que d'opprobre et de mépris; je ne mérite

point d'être compté parmi ceux qui sont à vous. Et, bien qu'il me soit douloureux de

l'entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité, je m'excuserai de

mes péchés, afin d'obtenir de vous plus aisément miséricorde.

3.Que dirai-je, couvert comme je le suis, de crime et de confusion ?

Je n'ai à dire que ce seul mot: J'ai péché, Seigneur; j'ai péché; ayez pitié de moi,

pardonnez-moi.

Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que je m'en aille dans

la terre des ténèbres, que recouvre l'ombre de la mort.

Que demandez-vous d'un coupable, d'un misérable pécheur, sinon que, brisé de regrets,

il s'humilie de ses péchés ?

La véritable contrition et l'humiliation du coeur produisent l'espérance du pardon,

calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, protègent l'homme contre la

colère à venir; et c'est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser

Dieu et l'âme pénitente.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:52
Louis IX (Saint-Louis)

25. En quoi consiste la vraie paix et le véritable progrès de l'âme



1.Jésus-Christ: Mon fils, j'ai dit: Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, non

comme le monde la donne.

Tous désirent la paix; mais tous ne cherchent pas ce qui procure une paix véritable.

Ma paix est avec ceux qui sont doux et humbles de coeur. Votre paix sera dans une

grande patience.

Si vous m'écoutez et si vous obéissez à ma parole, vous jouirez d'une profonde paix.

2.Le fidèle: Seigneur, que ferai-je donc ?

3.Jésus-Christ: En toutes choses, veillez à ce que vous faites et à ce que vous dites.

N'ayez d'autre intention que celle de plaire à moi seul. Ne désirez, ne recherchez rien

hors de moi.

Ne jugez point témérairement des paroles ou des actions des autres; ne vous ingérez

point dans ce qui n'est pas commis à votre charge; alors vous serez peu ou rarement

troublé.

Mais ne sentir jamais aucun trouble, n'éprouver aucune peine de coeur, aucune

souffrance du corps, cela n'est pas de la vie présente; c'est l'état de l'éternel repos.

Ne croyez donc pas avoir trouvé la véritable paix, lorsqu'il ne vous arrive aucune

contrariété; ni que tout soit bien, quand vous n'essuyez d'opposition de personne; ni que

votre bonheur soit parfait, lorsque tout réussit selon vos désirs.

Gardez-vous aussi de concevoir une haute idée de vous-même et d'imaginer que Dieu

vous chérit particulièrement, si vous sentez votre coeur rempli d'une piété tendre et

douce; car ce n'est pas en cela qu'on reconnaît celui qui aime vraiment la vertu, ni en

cela que consiste le progrès de l'homme et sa perfection.

4.Le fidèle: En quoi donc, Seigneur ?

5.Jésus-Christ: A vous offrir de tout votre coeur à la volonté divine; à ne vous rechercher

en aucune chose, ni petite, ni grande, ni dans le temps ni dans l'éternité; de sorte que,

regardant du même oeil et pesant dans la même balance les biens et les maux, vous

m'en rendiez également grâces.

Et ce n'est pas tout; il faut encore que vous soyez si ferme, si constant dans l'espérance,

que, privé intérieurement de toute consolation, vous prépariez votre coeur à de plus

dures épreuves, sans jamais vous justifier vous-même comme si vous ne méritiez pas

de tant souffrir, mais reconnaissant au contraire ma justice et louant ma sainteté dans

tout ce que j'ordonne.

Alors vous marcherez dans la voie droite, dans la véritable voie de la paix, et vous

pourrez avec assurance espérer de revoir mon visage dans l'allégresse.

Que si vous parvenez à un parfait mépris de vous-même, je vous le dis, vous jouirez

d'une paix aussi profonde qu'il est possible en cette vie d'exil.

26. De la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par la prière que par la

lecture



1.Le fidèle: Seigneur, c'est une haute perfection de ne jamais détourner des choses du ciel

les regards de son coeur, de passer au milieu des soins du monde sans se préoccuper

d'aucun soin, non par indolence, mais par le privilège d'une âme libre, qu'aucune

affection déréglée n'attache à la créature.

2.Je vous en conjure, ô Dieu de bonté ! délivrez-moi des soins de cette vie, de peur qu'ils

ne retardent ma course; des nécessités du corps, de peur que la volupté ne me séduise;

de tout ce qui arrête et trouble l'âme, de peur que l'affliction ne me brise et ne m'abatte.

Je ne parle point des choses que la vanité humaine recherche avec tant d'ardeur, mais de

ces misères qui, par une suite de la malédiction commune à tous les enfants d'Adam,

tourmentent et appesantissent l'âme de votre serviteur, et l'empêchent de jouir autant

qu'il voudrait de la liberté de l'esprit.

3.Ô mon Dieu ! douceur ineffable, changez pour moi en amertume toute consolation de

la chair, qui me détourne de l'amour des biens éternels, et m'attire et me fascine par le

charme funeste du plaisir présent.

Que je ne sois pas, mon Dieu, vaincu par la chair et le sang, trompé par le monde et sa

gloire qui passe; que je ne succombe point aux ruses du démon.

Donnez-moi la force pour résister, la patience pour souffrir, la constance pour

persévérer.

Donnez-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, la délicieuse onction de

votre esprit, et au lieu de l'amour terrestre, pénétrez-moi de l'amour de votre nom.

4.Le boire, le manger, le vêtement et les autres choses nécessaires pour soutenir le corps,

sont à charge à une âme fervente.

Faites que j'use de ces soulagements avec modération et que je ne les recherche point

avec trop de désir.

Les rejeter tous, cela n'est pas permis, parce qu'il faut soutenir la nature; mais votre loi

sainte défend de rechercher tout ce qui est au-delà du besoin et ne sert qu'à flatter les

sens; autrement la chair se révolterait contre l'esprit.

Que votre main, Seigneur, me conduise entre ces deux extrêmes, afin qu'instruit par

vous je me préserve de tout excès.

27. Que l'amour de soi est le plus grand obstacle qui empêche l'homme

de parvenir au souverain bien



1.Jésus-Christ: Il faut, mon fils, que vous vous donniez tout entier pour posséder tout, et

que rien en vous ne soit à vous-même.

Sachez que l'amour de vous-même vous nuit plus qu'aucune chose du monde.

On tient à chaque chose plus ou moins, selon la nature de l'affection, de l'amour qu'on

a pour elle.

Si votre amour est pur, simple et bien réglé, vous ne serez esclave d'aucune chose.

Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas permis d'avoir; renoncez à ce qui occupe trop

votre âme et la prive de sa liberté.

Il est étrange que vous ne vous abandonniez pas à moi du fond du coeur, avec tout ce

que vous pouvez désirer ou posséder.

2.Pourquoi vous consumer d'une vaine tristesse ? Pourquoi vous fatiguer de soins

superflus ?

Demeurez soumis à ma volonté et rien ne pourra vous nuire.

Si vous cherchez ceci ou cela, si vous voulez être ici ou là, sans autre objet que de vous

satisfaire ou de vivre plus selon votre gré, vous n'aurez jamais de repos et jamais vous

ne serez libre d'inquiétude, parce qu'en tout vous trouverez quelque chose qui vous

blesse, et partout quelqu'un qui vous contrarie.

3.A quoi sert donc de posséder et d'accumuler beaucoup de choses au-dehors ? Ce qui

sert, c'est de les mépriser et de les déraciner de son coeur.

Et n'entendez pas ceci uniquement de l'argent et des richesses, mais encore de la

poursuite des honneurs et du désir des vaines louanges, toutes choses qui passent avec

le monde.

Nul lieu n'est un sûr refuge si l'on manque de l'esprit de ferveur; et cette paix qu'on

cherche au-dehors ne durera guère si le coeur est privé de son véritable appui,

c'est-à-dire si vous ne vous appuyez pas sur moi. Vous changerez, et ne serez pas

mieux.

Car entraîné par l'occasion qui naîtra, vous trouverez ce que vous aurez fui, et pis

encore.

4.Prière pour obtenir la pureté du coeur et la sagesse céleste.

Le fidèle: Soutenez-moi, Seigneur, par la grâce de l'Esprit-Saint.

Fortifiez-moi intérieurement de votre vertu, afin que je bannisse de mon coeur toutes

les sollicitudes vaines qui le tourmentent, et que je ne sois emporté par le désir

d'aucune chose ou précieuse ou méprisable, mais plutôt qu'appréciant toutes choses ce

qu'elles sont, je voie qu'elles passent et que je passerai aussi avec elles: Car il n'y a

rien de stable sous le soleil; et tout est vanité et affliction d'esprit. Oh ! qu'il est sage,

celui qui juge ainsi !

5.Donnez-moi, Seigneur, la sagesse céleste, afin que j'apprenne à vous chercher et à vous

trouver, à vous goûter et à vous aimer par-dessus tout, et à ne compter tout le reste que

pour ce qu'il est, selon l'ordre de votre sagesse.

Donnez-moi la prudence pour m'éloigner de ceux qui me flattent, et la patience pour

supporter ceux qui s'élèvent contre moi.

Car c'est une grande sagesse de ne se point laisser agiter à tout vent de paroles et de ne

point prêter l'oreille aux perfides discours des flatteurs. C'est ainsi qu'on avance

sûrement dans la voie où l'on est entré.

28. Qu'il faut mépriser les jugements humains



1.Jésus-Christ: Mon fils, ne vous offensez point si quelques-uns pensent mal de vous et

en disent des choses qu'il vous soit pénible d'entendre.

Vous devez penser encore plus de mal de vous-même et croire que personne n'est plus

imparfait que vous.

Si vous êtes retiré en vous-même, que vous importeront les paroles qui se dissipent en

l'air ?

Ce n'est pas une prudence médiocre que de savoir se taire au temps mauvais et de se

tourner vers moi intérieurement, sans se troubler des jugements humains.

2.Que votre paix ne dépende point des discours des hommes; car, qu'ils jugent de vous

bien ou mal, vous n'en demeurez pas moins ce que vous êtes. Où est la véritable paix et

la gloire véritable ? n'est-ce pas en moi ?

Celui qui ne désire point de plaire aux hommes et qui ne craint point de leur déplaire,

jouira d'une grande paix.

De l'amour déréglé et des vaines craintes naissent l'inquiétude du coeur et la dissipation

des sens.

29. Comment il faut invoquer et bénir Dieu dans l'affliction



1.Le fidèle: Que votre nom soit béni à jamais, Seigneur, qui avez voulu m'éprouver par

cette peine et cette tentation.

Puisque je ne saurais l'éviter, qu'ai-je à faire que de me réfugier vers vous, pour que

vous me secouriez, et qu'elle me devienne utile ?

Seigneur, voilà que je suis dans la tribulation; mon coeur malade est tourmenté par la

passion qui le presse.

Et maintenant que dirai-je ? Ô Père plein de tendresse ! les angoisses m'ont environné.

Délivrez-moi de cette heure.

Mais cette heure est venue pour que vous fassiez éclater votre gloire, en me délivrant

après m'avoir humilié profondément.

Daignez, Seigneur, me secourir; car, pauvre créature que je suis, que puis-je faire et où

irais-je sans vous ?

Seigneur, donnez-moi la patience encore cette fois. Soutenez-moi, mon Dieu, et je ne

craindrai point, quelque pesante que soit cette épreuve.

2.Et maintenant que dirai-je encore ? Seigneur, que votre volonté se fasse. J'ai bien

mérité de sentir le poids de la tribulation.

Il faut donc que je le supporte: faites, mon Dieu, que ce soit avec patience, jusqu'à ce

que la tempête passe et que le calme revienne.

Votre main toute puissante peut éloigner de moi cette tentation et en modérer la

violence, afin que je ne succombe pas entièrement, comme vous l'avez déjà tant de fois

fait pour moi, ô mon Dieu, ma miséricorde !

Et autant ce changement m'est difficile, autant il vous l'est peu: c'est l'oeuvre de la

droite du Très-Haut.

30. Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le

retour de sa grâce



1.Jésus-Christ: Mon fils, je suis le Seigneur, c'est moi qui fortifie au jour de la

tribulation.

Venez à moi quand vous souffrirez.

Ce qui surtout éloigne de vous les consolations célestes, c'est que vous recourez trop

tard à la prière.

Car avant de me prier avec instance, vous cherchez au-dehors du soulagement et une

multitude de consolations.

Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin reconnaître que c'est moi seul qui

délivre ceux qui espèrent en moi, et que hors de moi il n'est point de secours efficace,

point de conseil utile, point de remède durable.

Mais à présent que vous commencez à respirer après la tempête, ranimez-vous à la

lumière de mes miséricordes; car je suis près de vous, dit le Seigneur, pour vous rendre

tout ce que vous avez perdu et beaucoup plus encore.

2.Y-a-t'il rien qui me soit difficile ? ou serais-je semblable à ceux qui disent et ne font

pas ?

Où est votre foi ? Demeurez ferme et persévérez.

Ne vous lassez point, prenez courage; la consolation viendra en son temps.

Attendez-moi, attendez: Je viendrai, et je vous guérirai.

Ce qui vous agite est une tentation et ce qui vous effraie est une crainte vaine.

Que vous revient-il de ces soucis d'un avenir incertain, sinon tristesse sur tristesse ? A

chaque jour suffit son mal.

Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de s'affliger de choses futures

qui n'arriveront peut-être jamais !

3.C'est une suite de la misère humaine d'être le jouet de ces imaginations et la marque

d'une âme encore faible, de céder si aisément aux suggestions de l'ennemi.

Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par des objets réels ou par de

fausses images, et de nous vaincre par l'amour des biens présents ou par la crainte des

maux à venir.

Que votre coeur donc ne se trouble point, et ne craigne point.

Croyez en moi, et confiez-vous en ma miséricorde.

Quand vous croyez être loin de moi, souvent c'est alors que je suis le plus près de vous.

Lorsque vous croyez tout perdu, ce n'est souvent que l'occasion d'un plus grand mérite.

Tout n'est pas perdu, quand le succès ne répond pas à vos désirs.

Vous ne devez pas juger selon le sentiment présent ni vous abandonner à aucune

affliction, quelle qu'en soit la cause, et vous y enfoncer comme s'il ne vous restait nulle

espérance d'en sortir.

4.Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé lorsque je vous afflige pour un temps,

ou que je vous retire mes consolations; car c'est ainsi qu'on parvient au royaume des

cieux.

Et certes, il vaut mieux pour vous et pour tous mes serviteurs être exercés par des

traverses, que de n'éprouver jamais aucune contrariété.

Je connais le secret de votre coeur et je sais qu'il est utile pour votre salut que vous

soyez quelquefois dans la sécheresse, de crainte qu'une ferveur continue ne vous porte

à la présomption et que par une vaine complaisance en vous-même, vous ne vous

imaginiez être ce que vous n'êtes pas.

Ce que j'ai donné, je puis l'ôter et le rendre quand il me plaît.

5.Ce que je donne est toujours à moi; ce que je reprends n'est point à vous, car c'est de

moi que découle tout bien et tout don parfait.

Si je vous envoie quelque peine et quelque contradiction, n'en murmurez pas, et que

votre coeur ne se laisse point abattre; car je puis en un moment vous délivrer de ce

fardeau et changer votre tristesse en joie.

Et lorsque j'en use ainsi avec vous, je suis juste et digne de toute louange.

6.Si vous jugez selon la sagesse et la vérité, vous ne devez jamais vous affliger avec tant

d'excès dans l'adversité, mais plutôt vous en réjouir et m'en rendre grâces.

Et même ce doit être votre unique joie que je vous frappe sans vous épargner.

Comme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous aime, ai-je dit à mes disciples en les

envoyant, non pour goûter les joies du monde, mais pour soutenir de grands combats;

non pour posséder les honneurs, mais pour souffrir les mépris; non pour vivre dans

l'oisiveté, mais dans le travail; non pour se reposer, mais pour porter beaucoup de

fruits par la patience. Souvenez-vous, mon fils, de ces paroles.

31. Qu'il faut oublier toutes les créatures pour trouver le Créateur



1.Le fidèle: Seigneur, j'ai besoin d'une grâce plus grande, s'il me faut parvenir à cet état

où nulle créature ne sera un lien pour moi.

Car, tant que quelque chose m'arrête, je ne puis voler librement vers vous.

Il aspirait à cette liberté, celui qui disait: Qui me donnera des ailes comme à la

colombe ? et je volerai et je me reposerai.

Quel repos plus profond que le repos de l'homme qui n'a que vous en vue ? et quoi de

plus libre que celui qui ne désire rien sur la terre ?

Il faut donc s'élever au-dessus de toutes les créatures, se détacher parfaitement de

soi-même, sortir de son esprit, monter plus haut, et là reconnaître que c'est vous qui

avez tout fait, et que rien n'est semblable à vous.

Tandis qu'on tient encore à quelque créature, on ne saurait s'occuper librement des

choses de Dieu.

Et c'est pourquoi l'on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer

entièrement des créatures et des choses périssables.

2.Il faut pour cela une grâce puissante qui soulève l'âme et la ravisse au-dessus

d'elle-même.

Et tant que l'homme n'est pas élevé ainsi en esprit, détaché de toute créature, et

parfaitement uni à Dieu, tout ce qu'il sait et tout ce qu'il a est de bien peu de prix.

Il sera longtemps faible et incliné vers la terre, celui qui estime quelque chose hors de

l'unique, de l'immense, de l'éternel bien.

Tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, et ne doit être compté pour rien.

Il y a une grande différence entre la sagesse d'un homme que la piété éclaire et la

science qu'un docteur acquiert par l'étude.

La science qui vient d'en haut et que Dieu lui-même répand dans l'âme, est bien

supérieure à celle où l'homme parvient laborieusement par les efforts de son esprit.

3.Plusieurs désirent s'élever à la contemplation; mais ce qu'il faut pour cela, ils ne le

veulent point faire.

Le grand obstacle est qu'on s'arrête à ce qu'il y a d'extérieur et de sensible, et que l'on

s'occupe peu de se mortifier véritablement.

Je ne sais ce que c'est, ni quel esprit nous conduit, ni ce que nous prétendons, nous

qu'on regarde comme des hommes tout spirituels, de poursuivre avec tant de travail et

de souci des choses viles et passagères, lorsque si rarement nous nous recueillons pour

penser sans aucune distraction à notre état intérieur.

4.Hélas ! à peine sommes-nous rentrés en nous-mêmes que nous nous hâtons d'en sortir,

sans jamais sérieusement examiner nos oeuvres.

Nous ne considérons point jusqu'où descendent nos affections et nous ne gémissons

point de ce que tout en nous est impur.

Toute chair avait corrompu sa voie; et c'est pourquoi le déluge suivit.

Quand donc nos affections intérieures sont corrompues, elles corrompent

nécessairement nos actions et dévoilent ainsi toute la faiblesse de notre âme.

Les fruits d'une bonne vie ne croissent que dans un coeur pur.

5.On demande d'un homme: Qu'a-t'il fait ? Mais s'il l'a fait par vertu, c'est à quoi l'on

regarde bien moins.

On veut savoir s'il a du courage, des richesses, de la beauté, de la science, s'il écrit ou

s'il chante bien, s'il est habile dans sa profession; mais on ne s'informe guère s'il est

humble, doux, patient, pieux, intérieur.

La nature ne considère que le dehors de l'homme; la grâce pénètre au-dedans.

Celle-là se trompe souvent; celle-ci espère en Dieu pour n'être pas trompée.



32. De l'abnégation de soi-même



1.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne pouvez jouir d'une liberté parfaite si vous ne vous

renoncez entièrement.

Ils vivent en servitude tous ceux qui s'aiment et qui veulent être à eux-mêmes. On les

voit avides, curieux, inquiets, cherchant toujours ce qui flatte leurs sens et non ce qui

me plaît, se repaître d'illusions et former mille projets qui se dissipent.

Car tout ce qui ne vient pas de Dieu périra.

Retenez bien cette courte et profonde parole: Quittez tout, et vous trouverez tout.

Renoncez à vos désirs, et vous goûterez le repos.

Méditez ce précepte, et quand vous l'aurez accompli, vous saurez tout.

2.Le fidèle: Seigneur, ce n'est pas l'oeuvre d'un jour, ni un jeu d'enfants; cette courte

maxime renferme toute la perfection religieuse.

3.Jésus-Christ: Mon fils, vous ne devez point vous rebuter ni perdre courage lorsqu'on

vous montre la voix des parfaits, mais plutôt vous efforcer de parvenir à cet état

sublime, ou au moins y aspirer de tous vos désirs.

Ah ! s'il en était ainsi de vous ! si vous en étiez venu jusqu'à ne plus vous aimer

vous-même, soumis à moi sans réserve, et au supérieur que je vous ai donné, alors

j'arrêterais sur vous mes regards avec complaisance et tous vos jours passeraient dans

la paix et dans la joie.

Il vous reste encore bien des choses à quitter, et à moins que vous n'y renonciez

entièrement pour moi, vous n'obtiendrez point ce que vous demandez.

Ecoutez mes conseils et, pour acquérir de vraies richesses, achetez de moi l'or éprouvé

par le feu, c'est-à-dire la sagesse céleste qui foule aux pieds toutes les choses d'ici-bas.

Qu'elle vous soit plus chère que la sagesse du siècle et que tout ce qui plaît aux

hommes ou nous plaît en nous-mêmes.

4.Je vous le dis: échangez ce qu'il y a de grand et de précieux dans les choses humaines

contre une chose vile.

Car on regarde comme petite et vile, et l'on oublie presque entièrement cette sagesse du

ciel, la seule vraie, qui ne s'élève point en elle-même et qui ne cherche point à être

admirée sur la terre. Plusieurs ont ses louanges à la bouche: mais ils s'éloignent d'elle

par leur vie. C'est cependant cette perle précieuse qui est cachée au plus grand nombre.



33. De l'inconstance du coeur, et que nous devons tout rapporter à Dieu

comme à notre dernière fin



1.Mon fils, ne vous reposez point sur ce que vous sentez en vous; maintenant vous êtes

affecté d'une certaine manière, vous le serez d'une autre le moment d'après.

Tant que vous vivrez, vous serez sujet au changement, même malgré vous; tour à tour

triste et gai, tranquille et inquiet, fervent et tiède; tantôt actif, tantôt paresseux, tantôt

grave, tantôt léger.

Mais l'homme sage et instruit dans les voies spirituelles s'élève au-dessus de ces

vicissitudes. Il ne considère point ce qu'il éprouve en soi, ni de quel côté l'incline le

vent de l'inconstance; mais il arrête toute son attention sur la fin bienheureuse à

laquelle il doit tendre.

C'est ainsi qu'au milieu de tant de mouvements divers, fixant sur moi seul ses regards,

il demeure inébranlable et toujours le même.

2.Plus l'oeil de l'âme est pur et son intention droite, moins on est agité par les tempêtes.

Mais cet oeil s'obscurcit en plusieurs, parce qu'il se tourne vers chaque objet agréable

qui se présente.

Car il est rare de trouver quelqu'un tout à fait exempt de la honteuse recherche de

soi-même.

Ainsi autrefois les Juifs vinrent à Béthanie chez Marthe et Marie, non pour Jésus seul,

mais pour voir Lazare.

Il faut donc purifier l'intention afin que, simple et droite, elle se dirige constamment

vers moi, sans s'arrêter jamais aux objets inférieurs.

34. Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et qu'on le goûte en toutes

choses, quand on l'aime véritablement



1.Le fidèle: Voilà mon Dieu et mon tout ! Que voudrai-je de plus ? et quelle plus grande

félicité puis-je désirer ?

Ô ravissante parole ! mais pour celui qui aime Jésus, et non pas le monde, ni rien de ce

qui est du monde.

Mon Dieu et mon tout, c'est assez dire à qui l'entend, et le redire sans cesse est doux à

celui qui aime.

Vous présent, tout est délectable; en votre absence, tout devient amer.

Vous donnez au coeur le repos, et une profonde paix, et une joie inénarrable.

Vous faites que, content de tout, on vous bénit de tout. Au contraire, rien sans vous ne

peut plaire longtemps, et rien n'a d'attrait ni de douceur sans l'impression de votre grâce

et l'onction de votre sagesse.

2.Que ne goûtera point celui qui vous goûte, et que trouvera d'agréable celui qui ne vous

goûte point ?

Les sages du monde, qui n'ont de goût que pour les voluptés de la chair, s'évanouissent

dans leur sagesse, car on ne trouve là qu'un vide immense, que la mort.

Mais ceux qui, pour vous suivre, méprisent le monde et mortifient la chair, se montrent

vraiment sages, car ils quittent le mensonge pour la vérité, et la chair pour l'esprit.

Ceux-là savent goûter Dieu; et tout ce qu'ils trouvent de bon dans les créatures, ils le

rapportent à la louange du Créateur.

Rien pourtant ne se ressemble moins que le goût du Créateur et celui de la créature, du

temps et de l'éternité, de la lumière incréée et de celle qui n'en est qu'un faible reflet.

3.Ô lumière éternelle ! infiniment élevée au-dessus de toute lumière créée, qu'un de vos

rayons, tel que la foudre, parte d'en haut et pénètre jusqu'au fond le plus intime de mon

coeur.

Purifiez, dilatez, éclairez, vivifiez mon âme et toutes ses puissances, pour qu'elle

s'unisse à vous dans des transports de joie.

Oh ! quand viendra cette heure heureuse, cette heure désirable où vous me rassasierez

de votre présence, où vous me serez tout en toutes choses ?

Jusque-là je n'aurai point de joie parfaite.

Hélas ! le vieil homme vit encore en moi: il n'est pas tout crucifié, il n'est pas mort

entièrement.

Ses convoitises combattent encore fortement contre l'esprit; il excite en moi des guerres

intestines et ne souffre point que l'âme règne en paix.

4.Mais vous qui commandez à la mer et qui calmez le mouvement des flots, levez-vous,

secourez-moi.

Dissipez les nations qui veulent la guerre, et brisez-les dans votre puissance.

Faites, je vous en conjure, éclater vos merveilles, et signalez la force de votre bras, car

je n'ai point d'autre espérance ni d'autre refuge que vous, ô mon Dieu !

35. Qu'on est toujours, durant cette vie, exposé à la tentation



1.Jésus-Christ: Mon fils, vous n'aurez jamais de sécurité dans cette vie, mais tant que

vous vivrez, les armes spirituelles vous seront toujours nécessaires.

Vous êtes environné d'ennemis: ils vous attaquent à droite et à gauche.

Si vous ne vous couvrez donc de tous côtés du bouclier de la patience, vous ne serez

pas longtemps sans blessures.

Si de plus votre coeur ne se fixe pas irrévocablement en moi, avec la ferme volonté de

tout souffrir pour mon amour, vous ne soutiendrez jamais la violence de ce combat, et

vous n'obtiendrez point la palme des bienheureux.

Il faut donc passer à travers tous les obstacles et lever un bras tout-puissant contre tout

ce qui s'oppose à vous.

Car la manne est donnée aux victorieux, et une grande misère est le partage du lâche.

2.Si vous cherchez le repos en cette vie, comment parviendrez-vous au repos éternel ?

Ne vous préparez pas à beaucoup de repos, mais à beaucoup de patience.

Cherchez la véritable paix, non sur la terre, mais dans le ciel; non dans les hommes ni

dans aucune créature, mais en Dieu seul.

Vous devez supporter tout avec joie pour l'amour de Dieu: les travaux, les douleurs,

les tentations, les persécutions, les angoisses, les besoins, les infirmités, les injures, les

médisances, les reproches, les humiliations, les affronts, les corrections, le mépris.

C'est là ce qui exerce à la vertu, ce qui éprouve le nouveau soldat de Jésus-Christ, ce

qui forme la couronne céleste.

Pour un court travail, je donnerai une récompense éternelle, et une gloire infinie pour

une humiliation passagère.

3.Pensez-vous que vous aurez toujours, selon votre désir, les consolations spirituelles ?

Mes saints n'en ont pas joui constamment, mais ils ont eu beaucoup de peines, des

tentations diverses, de grandes désolations.

Et se confiant plus en Dieu qu'en eux-mêmes, ils se sont soutenus par la patience au

milieu de toutes ces épreuves, sachant que les souffrances du temps n'ont nulle

proportion avec la gloire future qui doit en être le prix.

Voulez-vous avoir dès le premier moment ce que tant d'autres ont à peine obtenu après

beaucoup de larmes et d'immenses travaux ?

Attendez le Seigneur, combattez avec courage, soyez ferme, ne craignez point, ne

reculez point, mais exposez généreusement votre vie pour la gloire de Dieu.

Je vous récompenserai pleinement, et je serai avec vous dans toutes vos tribulations.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:52
Jean-Paul II à 12 ans


36. Contre les vains jugements des hommes



1.Jésus-Christ: Mon fils, ne cherchez qu'en Dieu le repos de votre coeur, et ne craignez

point les jugements des hommes quand votre conscience vous rend témoignage de

votre innocence et de votre piété.

Il est bon, il est heureux de souffrir ainsi; et ce ne sera point chose pénible pour le

coeur humble qui se confie en Dieu plus qu'en lui-même.

On parle tant qu'on doit ajouter peu de foi à ce qui se dit.

Comment, d'ailleurs, contenter tout le monde ? cela ne se peut.

Bien que Paul s'efforçât de plaire à tous dans le Seigneur, et qu'il se fît tout à tous, il

ne laissait pas d'être fort indifférent aux jugements des hommes.

2.Il a fait tout ce qui était en lui pour l'édification et le salut des autres; car il n'a pu

empêcher qu'ils ne l'aient quelquefois condamné ou méprisé.

C'est pourquoi il a remis tout à Dieu, qui connaît tout, et il n'a opposé que l'humilité et

la patience aux reproches injustes, aux faux soupçons et aux mensonges de ceux qui se

livraient dans leurs discours à tout ce que leur suggérait la passion.

Il s'est cependant justifié quelquefois, de peur que son silence ne causât du scandale

aux faibles.

3.Qu'avez-vous à craindre d'un homme mortel ? Il est aujourd'hui, et demain il aura

disparu.

Craignez Dieu, et vous ne redouterez rien des hommes.

Que peut contre vous un homme par des paroles et des outrages ? Il se nuit plus qu'à

vous et, quel qu'il soit, il n'évitera pas le jugement de Dieu.

Ayez Dieu toujours présent et laissez là les contestations et les plaintes.

Que si vous paraissez succomber maintenant et souffrir une confusion que vous ne

méritez pas, n'en murmurez point et ne diminuez pas votre couronne par votre

impatience.

Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi qui suis assez puissant pour vous délivrer de

l'opprobre et de l'injure, et pour rendre à chacun selon ses oeuvres.

37. Qu'il faut renoncer entièrement à soi-même pour obtenir la liberté

du coeur



1.Jésus-Christ: Mon fils, quittez-vous et vous me trouverez.

N'ayez rien à vous, pas même votre volonté, vous y gagnerez constamment.

Car vous recevrez une grâce plus abondante dès que vous aurez renoncé à vous-même

sans retour.

2.Le fidèle: Seigneur, en quoi dois-je me renoncer, et combien de fois ?

3.Jésus-Christ: Toujours et à toute heure, dans les plus petites choses comme dans les

plus grandes. Je n'excepte rien et j'exige de vous un dépouillement sans réserve.

Comment pouvez-vous être à moi et comment pourrai-je être à vous si vous n'êtes pas

libre, au-dedans et au-dehors, de toute volonté propre ?

Plus vous vous hâterez d'accomplir ce renoncement, plus vous aurez de paix; et plus il

sera parfait et sincère, plus vous me serez agréable et plus vous obtiendrez de moi.

4.Il y en a qui renoncent à eux-mêmes, mais avec quelque réserve, et parce qu'ils n'ont pas

en Dieu une pleine confiance, ils veulent encore s'occuper de ce qui les touche.

Quelques-uns offrent tout d'abord; mais, la tentation survenant, ils reprennent ce qu'ils

avaient donné, et c'est pourquoi ils ne font presque aucun progrès dans la vertu.

Ni les uns ni les autres ne parviendront jamais à la vraie liberté d'un coeur pur, jamais

ils ne seront admis à ma douce familiarité qu'après un entier abandon et un continuel

sacrifice d'eux-mêmes, sans lequel on ne peut ni jouir de moi, ni s'unir à moi.

5.Je vous l'ai dit bien des fois et je vous le redis encore: Quittez-vous, renoncez à vous,

et vous jouirez d'une grande paix intérieure.

Donnez tout pour trouver tout; ne recherchez, ne demandez rien, demeurez fortement

attaché à moi seul, et vous me posséderez.

Votre coeur sera libre et dégagé des ténèbres qui l'obscurcissent.

Que vos efforts, vos prières, vos désirs n'aient qu'un seul objet: d'être dépouillé de tout

intérêt propre, de suivre nu Jésus-Christ nu, de mourir à vous-même, afin de vivre pour

moi éternellement.

Alors s'évanouiront toutes les pensées vaines, les pénibles inquiétudes, les soins

superflus.

Alors aussi s'éloigneront de vous les craintes excessives, et l'amour déréglé mourra en

vous.



38. Comment il faut se conduire dans les choses extérieures, et recourir

à Dieu dans les périls



1.Jésus-Christ: Mon fils, en tous lieux, dans tout ce que vous faites, en tout ce qui vous

occupe au-dehors, vous devez vous efforcer de demeurer libre intérieurement et maître

de vous-même, de sorte que tout vous soit assujetti et que vous ne le soyez à rien.

Ayez sur vos actions un empire absolu; soyez-en le maître et non pas l'esclave.

Tel qu'un vrai Israélite, affranchi de toute servitude, entrez dans le partage et dans la

liberté des enfants de Dieu qui, élevés au-dessus des choses présentes, contemplent

celles de l'éternité; qui donnent à peine un regard à ce qui passe et ne détachent jamais

leurs yeux de ce qui durera toujours; qui, supérieurs aux biens du temps, ne cèdent

point à leur attrait mais plutôt les forcent de servir au bien, selon l'ordre établi par

Dieu, le régulateur suprême, qui n'a rien laissé de désordonné dans ses oeuvres.

2.Si dans tous les évènements, vous ne vous arrêtez point aux apparences et n'en croyez

point les yeux de la chair sur ce que vous voyez et entendez; si vous entrez d'abord,

comme Moïse, dans le tabernacle pour consulter le Seigneur, vous recevrez

quelquefois sa divine réponse et vous reviendrez instruit de beaucoup de choses sur le

présent et l'avenir.

Car c'était toujours dans le tabernacle que Moïse allait chercher l'éclaircissement de ses

difficultés et de ses doutes; et la prière était son unique recours contre la malice et les

pièges des hommes.

Ainsi vous devez vous réfugier dans le secret de votre coeur pour implorer le secours

de Dieu avec plus d'instance.

Nous lisons que Josué et les enfants d'Israël furent trompés par les Gabaonites, parce

qu'ils n'avaient point auparavant consulté le Seigneur, et que, trop crédules à leurs

flatteuses paroles, ils se laissèrent séduire par une fausse piété.



39. Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires



1.Jésus-Christ: Mon fils, remettez-moi toujours vos intérêts; j'en disposerai selon ce qui

sera le mieux, au temps convenable.

Attendez ce que j'ordonnerai et vous y trouverez un grand avantage.

2.Le fidèle: Seigneur, je vous remets tout avec beaucoup de joie, car j'avance bien peu

quand je n'ai que mes propres lumières.

Oh ! que ne puis-je, oubliant l'avenir, m'abandonner dès ce moment sans réserve à votre

volonté souveraine !

3.Jésus-Christ: Mon fils, souvent l'homme poursuit avec ardeur une chose qu'il désire;

l'a-t'il obtenue, il commence à s'en dégoûter, parce qu'il n'y a rien de durable dans ses

affections, et qu'elles l'entraînent incessamment d'un objet à un autre.

Ce n'est donc pas peu de se renoncer soi-même dans les plus petites choses.

4.Le vrai progrès de l'homme est l'abnégation de soi-même; et l'homme qui ne tient plus à

soi est libre et en assurance.

Cependant l'ancien ennemi, qui s'oppose à tout bien, ne cesse pas de le tenter; il lui

dresse nuit et jour des embûches, et s'efforce de le surprendre pour le faire tomber dans

ses pièges.

Veillez et priez, dit le Seigneur, afin que vous n'entriez point en tentation.

40. Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de

rien



1.Le fidèle: Seigneur, qu'est-ce que l'homme pour que vous vous souveniez de lui ? Et

qu'est-ce que le fils de l'homme pour que vous le visitiez ?

Par où l'homme a-t'il pu mériter votre grâce ?

De quoi, Seigneur, puis-je me plaindre, si vous me délaissez ? Et qu'ai-je à dire si vous

ne faites pas ce que je demande ?

Je ne puis certes penser et dire avec vérité que ceci: Seigneur, je ne suis rien, je ne peux

rien de moi-même, je n'ai rien de bon, je sens ma faiblesse en tout, et tout m'incline

vers le néant.

Si vous ne m'aidez et ne me fortifiez intérieurement, aussitôt je tombe dans la tiédeur et

le relâchement.

2.Mais vous, Seigneur, vous êtes toujours le même, et vous demeurez éternellement bon,

juste et saint, faisant tout avec bonté, avec justice, avec sainteté, et disposant tout avec

sagesse.

Pour moi, qui ai plus de penchant à m'éloigner du bien qu'à m'en approcher, je ne

demeure pas longtemps dans un même état, et je change sept fois le jour.

Cependant je suis moins faible dès que vous le voulez, dès que vous me tendez une

main secourable, car vous pouvez seul, sans l'aide de personne, me secourir et

m'affermir de telle sorte que je ne sois plus sujet à tous ces changements, et que mon

coeur se tourne vers vous seul et s'y repose à jamais.

3.Si donc je savais rejeter toute consolation humaine, soit pour acquérir le ferveur, soit à

cause de la nécessité qui me presse de vous chercher, ne trouvant point d'homme qui

me console, alors je pourrais tout espérer de votre grâce et me réjouir de nouveau dans

les consolations que je recevrais de vous.

4.Grâces vous soient rendues, à vous de qui découle tout ce qui m'arrive de bien.

Pour moi, je ne suis devant vous que vanité et néant, qu'un homme inconstant et

fragile.

De quoi donc puis-je me glorifier ? Comment puis-je désirer qu'on m'estime ?

Serait-ce à cause de mon néant ? mais quoi de plus insensé ?

Certes, la vaine gloire est la plus grande des vanités, et un mal terrible, puisqu'elle nous

éloigne de la véritable gloire, et nous dépouille de la grâce céleste.

Car, dès que l'homme se complaît en lui-même, il commence à vous déplaire; et

lorsqu'il aspire aux louanges humaines, il perd la vraie vertu.

5.La vraie gloire et la joie sainte est de se glorifier en vous et non pas en soi; de se réjouir

de votre grandeur et non de sa propre vertu; de ne trouver de plaisir en nulle créature

qu'à cause de vous.

Que votre nom soit loué et non le mien; qu'on exalte vos oeuvres et non les miennes;

que votre saint nom soit béni, et qu'il ne me revienne rien des louanges des hommes.

Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur.

En vous je me glorifierai; je me réjouirai sans cesse en vous et non pas en moi, si ce

n'est dans mes infirmités.

6.Que les Juifs recherchent la gloire qu'on reçoit les uns des autres; pour moi, je ne

rechercherai que celle qui vient de Dieu seul.

Car toute gloire humaine, tout honneur du temps, toute grandeur de ce monde,

comparée à votre gloire éternelle, est folie et vanité.

Ô ma vérité, ma miséricorde, ô mon Dieu ! Trinité bienheureuse ! à vous seule louange,

honneur, gloire, puissance dans les siècles des siècles !



41. Du mépris de tous les honneurs du temps



1.Jésus-Christ: Mon fils, n'enviez point les autres si vous les voyez honorés et élevés

tandis qu'on vous méprise et qu'on vous humilie.

Elevez votre coeur au ciel vers moi et vous ne vous affligerez point d'être méprisé des

hommes sur la terre.

2.Le fidèle: Seigneur, nous sommes aveuglés et la vanité nous séduit bien vite.

Si je me considère attentivement, je reconnais qu'aucune créature ne m'a jamais fait

d'injustice, et qu'ainsi je n'ai nul sujet de me plaindre de vous.

Après vous avoir tant offensé et si grièvement, il est juste que toute créature s'arme

contre moi.

La honte et le mépris, voilà donc ce qui m'est dû; et à vous la louange, l'honneur et la

gloire.

Et si je ne me dispose à souffrir avec joie, à désirer même d'être méprisé, abandonné de

toutes les créatures et compté pour rien, je ne puis ni posséder au-dedans de moi une

paix solide, ni recevoir la lumière spirituelle, ni être parfaitement uni à vous.

42. Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes



1.Jésus-Christ: Si vous faites dépendre votre paix de quelque personne, à cause de

l'habitude de vivre avec elle et de la conformité de vos sentiments, vous serez dans

l'inquiétude et le trouble.

Mais si vous cherchez votre appui dans la vérité immuable et toujours vivante, vous ne

serez point accablé de tristesse quand un ami s'éloigne ou meurt.

Toute amitié doit être fondée sur moi; et c'est pour moi que vous devez aimer tous

ceux qui vous paraissent aimables et qui vous sont les plus chers en cette vie.

Sans moi, l'amitié est stérile et dure peu, et toute affection dont je ne suis pas le lien

n'est ni véritable ni pure.

Vous devez être mort à toutes ces affections humaines, jusqu'à souhaiter de n'avoir, s'il

se pouvait, aucun commerce avec les hommes.

Plus l'homme s'éloigne des consolations de la terre, plus il s'approche de Dieu.

Et il s'élève d'autant plus vers Dieu qu'il descend plus profond en lui-même, et qu'il est

plus vil à ses propres yeux.

2.Celui qui s'attribue quelque bien empêche que la grâce de Dieu descende en lui, parce

que la grâce de l'Esprit-Saint cherche toujours les coeurs humbles.

Si vous savez vous anéantir parfaitement et bannir de votre coeur tout amour de la

créature, alors, venant à vous, je vous inonderai de ma grâce.

Quand vous regardez la créature, vous perdez de vue le créateur.

Apprenez à vous vaincre en tout à cause de lui et vous pourrez alors parvenir à le

connaître.

Le plus petit objet désiré, aimé avec excès, souille l'âme et la sépare du souverain bien.



43. Contre la vaine science du siècle



1.Jésus-Christ: Mon fils, ne vous laissez pas émouvoir au charme et à la beauté des

discours des hommes, car le royaume de Dieu ne consiste pas dans les discours, mais

dans les oeuvres.

Soyez attentif à mes paroles qui enflamment le coeur, éclairent, attendrissent l'âme, et

la remplissent de consolation.

Ne lisez jamais pour paraître plus savant ou plus sage;

Etudiez-vous à mortifier vos vices; cela vous servira plus que la connaissance des

questions les plus difficiles.

2.Après avoir beaucoup lu et beaucoup appris, il en faut toujours revenir à l'unique

principe de toutes choses:

C'est moi qui donne à l'homme la science et qui éclaire l'intelligence des petits

enfants, plus que l'homme ne le pourrait par aucun enseignement.

Celui à qui je parle est bientôt instruit, et fait de grands progrès dans la vie de l'esprit.

Malheur à ceux qui interrogent les hommes sur toutes sortes de questions curieuses et

qui s'inquiètent peu d'apprendre à me servir !

Viendra le jour où Jésus-Christ, le Maître des maîtres, le Seigneur des anges, apparaîtra

pour demander compte à chacun de ce qu'il sait, c'est-à-dire pour examiner les

consciences.

Et alors, la lampe à la main, il scrutera Jérusalem: les secrets des ténèbres seront

dévoilés, et toute langue se taira.

3.C'est moi qui, en un moment, élève l'âme humble et la fais pénétrer plus avant dans la

vérité éternelle que ne le pourrait celui qui aurait étudié dix années dans les écoles.

J'enseigne sans bruit de paroles, sans embarras d'opinion, sans faste, sans arguments,

sans disputes.

J'apprends à mépriser les biens de la terre, à dédaigner ce qui passe, à rechercher et à

goûter ce qui est éternel, à fuir les honneurs, à souffrir les scandales, à mettre en moi

toute son espérance, à ne désirer rien hors de moi et à m'aimer ardemment par-dessus

tout.

4.Quelques-uns, en m'aimant ainsi, ont appris des choses toutes divines, dont ils parlaient

d'une manière admirable.

Ils ont fait plus de progrès en quittant tout, que par une profonde étude.

Mais je dis aux uns des choses plus générales; aux autres, de plus particulières.

J'apparais à quelques-uns doucement voilé sous des ombres et des figures; je révèle à

d'autres mes mystères au milieu d'une vive splendeur.

Les livres parlent à tous le même langage, mais il ne produit pas sur tous les mêmes

impressions, parce que moi seul j'enseigne la vérité au-dedans, je scrute les coeurs, je

pénètre leurs pensées, j'excite à agir, et je distribue mes dons à chacun selon qu'il me

plaît.

44. Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses extérieures



1.Jésus-Christ: Mon fils, il faut que vous vous teniez dans l'ignorance de beaucoup de

choses, que vous soyez comme mort au monde, et que le monde soit mort pour vous.

Il faut aussi fermer l'oreille à bien des discours et penser plutôt à vous conserver en

paix.

Il vaut mieux détourner les yeux de ce qui déplaît et laisser chacun dans son sentiment,

que de s'arrêter à contester.

Si vous prenez soin d'avoir Dieu pour vous et que son jugement vous soit toujours

présent, vous supporterez sans peine d'être vaincu.

2.Le fidèle: Hélas ! Seigneur, où en sommes-nous venus ? On pleure une perte

temporelle, on court, on se fatigue pour le moindre gain, et l'on oublie les pertes de

l'âme ou l'on ne s'en souvient qu'à peine et bien tard.

On est attentif à ce qui ne sert que peu ou point du tout, et l'on passe avec négligence

sur ce qui est souverainement nécessaire, parce que l'homme se répand tout entier

au-dehors et que, s'il ne rentre promptement en lui-même, il demeure avec joie enseveli

dans les choses extérieures.

45. Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est difficile de garder

une sage mesure dans ses paroles



1.Le fidèle: Secourez-moi, Seigneur, dans la tribulation: car le salut ne vient pas de

l'homme.

Combien de fois ai-je en vain cherché la fidélité où je croyais la trouver ? combien de

fois l'ai-je trouvée où je l'attendais le moins ?

Vanité donc d'espérer dans les hommes; mais vous êtes, mon Dieu, le salut des justes.

Soyez béni, Seigneur, en tout ce qui nous arrive. Nous sommes faibles et changeants,

un rien nous séduit et nous ébranle.

2.Quel est l'homme si vigilant et si réservé, qu'il ne tombe jamais dans aucune surprise,

ni dans aucune perplexité ?

Mais celui, mon Dieu, qui se confie en vous et qui vous cherche dans la simplicité de

son coeur, ne chancelle pas si aisément.

Et s'il éprouve quelque affliction, s'il est engagé en quelque embarras, vous l'en tirerez

bientôt ou vous le consolerez, car vous n'abandonnez pas pour toujours celui qui

espère en vous.

Quoi de plus rare qu'un ami fidèle, qui ne s'éloigne point quand l'infortune accable son

ami ?

Seigneur, vous êtes seul constamment fidèle et nul ami n'est comparable à vous.

3.Oh ! que de sagesse dans ce que disait cette sainte âme: Mon coeur est affermi et fondé

en Jésus-Christ !

S'il en était ainsi de moi, je serais moins troublé par la crainte des hommes et moins

ému de leurs paroles malignes.

Qui peut prévoir, qui peut détourner tous les maux à venir ? Si ceux qu'on a prévus

souvent blessent encore, que sera-ce donc de ceux qui nous frappent inopinément ?

Pourquoi, malheureux que je suis, n'ai-je pas pris de plus sûres précautions pour

moi-même ? Pourquoi aussi ai-je eu tant de crédulité pour les autres ?

Mais nous sommes des hommes, et rien autre chose que des hommes fragiles, quoique

plusieurs nous croient ou nous appellent des anges.

A qui croirai-je, Seigneur, si ce n'est à vous ? Vous êtes la vérité qui ne trompe point et

qu'on ne peut tromper.

Au contraire, tout homme est menteur, faible, inconstant, fragile, surtout dans ses

paroles; de sorte qu'on doit à peine croire d'abord ce qui paraît le plus vrai dans ce qu'il

dit.

4.Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des hommes; que l'homme a pour

ennemis ceux de sa propre maison, et que si quelqu'un dit: Le Christ est ici, ou il est

là, il ne faut pas le croire.

Une dure expérience m'a éclairé; heureux si elle sert à me rendre moins insensé et plus

vigilant !

Soyez discret, me dit quelqu'un, soyez discret; ce que je vous dis n'est que pour vous.

Et pendant que je me tais et que je crois la choses secrète, il ne peut lui-même garder le

silence qu'il m'a demandé; mais dans l'instant, il me trahit, se trahit lui-même et s'en va.

Eloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas que je tombe

entre les mains de ces hommes indiscrets, ou que je leur ressemble.

Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies; et que ma langue soit

étrangère à tout artifice. Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m'en préserver

avec soin.

5.Oh ! qu'il est bon, qu'il est nécessaire pour la paix, de se taire sur les autres, de ne pas

tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion, de se découvrir à peu de

personnes, de vous chercher toujours pour témoin de son coeur, de ne pas se laisser

emporter à tout vent de paroles, mais de désirer que tout en nous et hors de nous

s'accomplisse selon qu'il plaît à votre volonté.

Que c'est encore un sûr moyen pour conserver la grâce céleste, de fuir ce qui a de l'éclat

aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble attirer leur admiration,

mais de travailler ardemment à acquérir ce qui produit la ferveur et corrige la vie !

A combien d'hommes a été funeste une vertu connue et louée trop tôt !

Que de fruits, au contraire, d'autres ont tirés d'une grâce conservée en silence durant

cette vie fragile, qui n'est qu'une tentation et une guerre continuelle !

46. Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de

paroles injurieuses



1.Jésus-Christ: Mon fils, demeurez ferme, et espérez en moi. Qu'est-ce, après tout, que

des paroles ? un vain bruit: elles frappent l'air, mais ne brisent point la pierre.

Si vous êtes coupable, songez que votre désir doit être de vous corriger. Si votre

conscience ne vous reproche rien, pensez que vous devez souffrir avec joie cette légère

peine pour Dieu.

C'est bien le moins que de temps en temps vous supportiez quelques paroles, vous qui

ne pouvez encore soutenir de plus dures épreuves.

Et pourquoi de si petites choses vont-elles jusqu'à votre coeur, si ce n'est que vous êtes

encore charnel, et trop occupé des jugements des hommes ?

Vous craignez le mépris, et à cause de cela vous ne voulez pas être repris de vos fautes

et vous cherchez des excuses pour les couvrir.

2.Scrutez mieux votre coeur et vous reconnaîtrez que le monde vit encore en vous, et le

vain désir de plaire aux hommes.

Car votre répugnance à être abaissé, confondu par vos faiblesses, prouve que vous

n'avez pas une humilité sincère, que vous n'êtes pas véritablement mort au monde, et

que le monde n'est pas crucifié pour vous.

Ecoutez ma parole et vous vous inquiéterez peu de toutes les paroles des hommes.

Quand on dirait contre vous tout ce que peut inventer la plus noire malice, en quoi cela

vous nuirait-il, si vous le laissez passer comme la paille que le vent emporte ? En

perdriez-vous un seul cheveu ?

3.Celui dont le coeur n'est pas renfermé en lui-même et qui n'a pas Dieu toujours

présent, s'émeut aisément d'une parole de blâme.

Mais celui qui se confie en moi et qui ne s'appuie pas sur son propre jugement, ne

craindra rien des hommes.

Car c'est moi qui connais et qui juge ce qui est secret, je sais la vérité de toutes choses,

qui a fait l'injure et qui la souffre.

Cette parole, elle est venue de moi; cet événement, je l'ai permis afin que ce qu'il y a

de caché dans beaucoup de coeurs fut révélé.

Je jugerai l'innocent et le coupable; mais par un secret jugement, j'ai voulu auparavant

éprouver l'un et l'autre.

4.Le témoignage des hommes trompe souvent, mais mon jugement est vrai; il subsistera

et ne sera point ébranlé.

Le plus souvent il est caché et peu de personnes le découvrent en chaque chose;

cependant il n'erre jamais et ne peut errer, quoiqu'il ne paraisse pas toujours juste aux

yeux des insensés.

C'est donc à moi qu'il faut remettre le jugement de tout, sans jamais s'en rapporter à

son propre sens.

Le juste ne sera point troublé, quoiqu'il arrive par l'ordre de Dieu. Il lui importera

peu qu'on l'accuse injustement.

Et si d'autres le défendent et réussissent à le justifier, il n'en concevra pas non plus une

vaine joie.

Car il se souvient que c'est moi qui sonde les coeurs et les reins, et que je ne juge point

sur les dehors et les apparences humaines.

Ce qui paraît louable au jugement des hommes, souvent est criminel à mes yeux.

5.Le fidèle: Seigneur, mon Dieu, juge infiniment juste, fort et patient, qui connaissez la

fragilité de l'homme et son penchant au mal, soyez ma force et toute ma confiance; car

ma conscience ne me suffit pas.

Vous connaissez ce que je ne connais point; ainsi j'ai dû m'abaisser sous tous les

reproches et les supporter avec douceur.

Pardonnez-moi, dans votre bonté, toutes les fois que je n'ai pas agi de la sorte, et

donnez-moi plus abondamment la grâce qui apprend à souffrir.

Car je dois compter bien plus sur votre grande miséricorde pour obtenir le pardon, que

sur ma vertu apparente, pour justifier ce que ma conscience recèle.

Quoique je ne me reproche rien, je ne suis cependant pas justifié pour cela; parce que

sans votre miséricorde, nul homme vivant ne sera juste devant vous.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:51
Le-Christ-en-croix-par-el-greco.jpgEl Greco

2.Car il y en a beaucoup qui, au temps de l'épreuve, tombent aussitôt dans l'impatience et

le découragement.

Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir. C'est à Dieu de

consoler et de donner quand il veut, autant qu'il veut, et à qui il veut, comme il lui

plaît, et non davantage.

Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce qu'ils ont voulu

faire plus qu'ils ne pouvaient, ne mesurant point leur faiblesse, mais suivant plutôt

l'impétuosité de leur coeur que le jugement de la raison.

Et parce qu'ils ont aspiré, dans leur présomption, à un état plus élevé que celui où Dieu

les voulait, ils ont promptement perdu la grâce.

Ils avaient placé leur demeure dans le ciel, et tout à coup on les a vus pauvres et

délaissés dans leur misère, afin que par l'humiliation et le dénuement ils apprissent à ne

plus tenter de s'élever sur leurs propres ailes, mais à se réfugier sous les miennes.

Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les voies de Dieu peuvent

aisément s'égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se laissent conduire par des

personnes prudentes.

3.Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à l'expérience des autres, le

résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s'obstinent dans leur propre sens.

Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement conduire par les

autres.

Il vaut mieux être humble, avec un esprit et des lumières bornés, que de posséder des

trésors de science et de se complaire en soi-même.

Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous pourriez vous enorgueillir.

Celui-là manque de prudence qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence

passée, et cette chaste crainte du Seigneur qui appréhende de perdre la grâce reçue.

C'est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement excessif au

temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des pensées et des sentiments indignes de

la confiance qu'on me doit.

4.Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve souvent pendant la guerre le plus

timide et le plus lâche.

Si ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours humble,

modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne tomberiez pas si vite dans le

péril et le péché.

C'est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à ce qu'on sera dans la

privation de la lumière.

Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu'elle peut revenir et que je ne vous l'ai

retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire et pour exciter votre vigilance.

Souvent une telle épreuve vous est plus utile que si tout vous succédait constamment

selon vos désirs.

Car pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu'un a beaucoup de visions ou

de consolations, ou s'il est habile dans l'Ecriture sainte, ou s'il occupe un rang élevé,

mais s'il est affermi dans la véritable humilité et rempli de la charité divine; s'il cherche

en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s'il est bien convaincu de son néant;

s'il a pour lui-même un mépris sincère, et s'il se réjouit plus d'être méprisé des autres et

humilié par eux, que d'en être honoré.





8. Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu



1.Le fidèle: Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que cendre et

poussière. Si je me crois quelque chose de plus, voilà que vous vous élevez contre

moi, et mes iniquités rendent un témoignage vrai et que je ne puis contredire.

Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, et si je me dépouille de toute estime pour

moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été formé, votre grâce

s'approchera de moi et votre lumière sera près de mon coeur; alors tout sentiment

d'estime, même le plus léger, que je pourrais concevoir de moi disparaîtra pour jamais

dans l'abîme de mon néant.

Là vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce que j'ai été,

jusqu'où je suis descendu: car je ne suis rien, et je ne le savais pas.

Si vous me laissez à moi-même, que suis-je ? Rien qu'infirmité; mais dès que vous

jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort et je suis rempli d'une joie nouvelle.

Et certes cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout d'un coup et

me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours entraîné par mon propre

poids vers la terre.

2.C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient gratuitement, qui ne se

lasse point de me secourir dans les nécessités, qui me préserve des plus grands périls et,

à vrai dire, me délivre de maux innombrables.

Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne cherchant que vous,

en n'aimant que vous, je vous ai trouvé et je me suis retrouvé moi-même, et l'amour

m'a fait rentrer plus avant dans mon néant.

Ô Dieu plein de tendresse ! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne mérite, ou

plus que je n'oserais espérer ou demander.

3.Soyez béni, mon Dieu, de ce que tout indigne que je suis de recevoir de vous aucune

grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne cesse de faire du bien même aux

ingrats et à ceux qui sont le plus éloignés de vous.

Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles, fervents, parce

que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.



9. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin



1.Jésus-Christ: Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière, si véritablement vous

désirez être heureux.

Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop souvent jusqu'à vous et aux

créatures.

Car si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous tombez dans la langueur

et la sécheresse.

Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est moi qui vous ai tout donné.

Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien, et songez que dès lors ils

doivent tous remonter à moi comme à leur origine.

2.En moi comme dans une source intarissable, le petit et le grand, le pauvre et le riche

puisent l'eau vive, et ceux qui me servent volontairement et de coeur recevront grâce

sur grâce.

Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que

moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son coeur, toujours à la gêne, toujours à

l'étroit, ne trouvera que des angoisses.

Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa vertu; mais rendez

tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien.

C'est moi qui vous ai tout donné et je veux que vous vous donniez à moi tout entier,

j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâce qui me sont dues.

3.Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire.

Là où pénètrent la grâce céleste et la vraie charité, il n'y a plus de place pour

l'amour-propre ni pour l'envie, qui torturent le coeur.

Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de l'âme.

Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi, vous n'espérerez qu'en

moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul, à qui, en tout et par-dessus tout, est due à

jamais la louange et la bénédiction.

10. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde



1.Le fidèle: Je vous parlerai encore, Seigneur, et je ne me tairai point. Je dirai à mon

Dieu, mon Seigneur et mon Roi, assis dans les hauteurs des cieux:

Oh ! quelle abondance de douceur vous avez réservée pour ceux qui vous craignent.

Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous servent de tout leur

coeur ?

Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous inondez ceux qui vous aiment,

quand leur âme vous contemple.

Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de votre amour; je n'étais

pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous m'avez ramené pour vous servir, et

vous m'avez commandé de vous aimer.

2.Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous ?

Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de moi lorsque,

déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort ?

Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance, et vous avez répandu

sur lui votre grâce et votre amour bien au-delà de tout ce qu'il pouvait mériter.

Que vous rendrai-je pour une telle faveur ? car il n'est pas donné à tous de tout quitter,

de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.

Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir toutes les créatures ?

Cela doit me sembler peu de chose; mais ce qui me paraît grand et merveilleux, c'est

que vous daigniez agréer le service d'une créature si pauvre et si misérable, et

l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.

3.Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service est à vous.

Et néanmoins, prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que moi-même je

ne vous sers.

Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de l'homme, sont

devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous leur avez commandé.

C'est peu encore; vous avez préparé pour l'homme le ministère même des anges.

Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même, et vous avez promis

de vous donner à lui.

4.Que vous rendrai-je pour tant de biens ? Ah ! si je pouvais vous servir tous les jours de

ma vie ! si je pouvais même un seul jour vous servir dignement !

Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne de tout honneur

et d'une louange éternelle.

Vous êtes vraiment mon Seigneur et je suis votre pauvre serviteur, qui doit vous servir

de toutes mes forces et ne me lasser jamais de vous louer. Je le veux ainsi, je le désire

ainsi; daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque.

5.C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir, et de mépriser tout à cause de

vous.

Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent sous votre joug très saint.

Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit-Saint, ceux qui pour votre

amour auront rejeté tous les plaisirs des sens.

Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui pour la gloire de votre nom seront

entrés dans la voie étroite et auront renoncé à toutes les sollicitudes du monde.

6.Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve la vraie liberté

et la sainteté !

Ô saint assujettissement de la vie religieuse qui rend l'homme agréable à Dieu, égal aux

anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles !

Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé, puisqu'il nous mérite le souverain

bien et nous assure une joie éternelle.

11. Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur



1.Jésus-Christ: Mon fils, il faut que vous appreniez beaucoup de choses que vous ne

savez pas encore assez.

2.Le fidèle: Et quoi, Seigneur ?

3.Jésus-Christ: Vous devez soumettre entièrement vos désirs à ma volonté, ne point vous

aimer vous-même, et ne rechercher en tout que ce qui me plaît.

Souvent vos désirs s'enflamment et vous emportent impétueusement, mais considérez

si cette ardeur a ma gloire pour motif ou votre intérêt propre.

Si c'est moi que vous avez en vue, vous serez content, quoi que j'ordonne; mais si

quelque secrète recherche de vous-même se cache au fond de votre coeur, voilà ce qui

vous abat et vous trouble.

4.Prenez donc garde de vous trop attacher à des désirs sur lesquels vous ne m'avez point

consulté, de peur qu'ensuite vous ne veniez à vous repentir, ou que vous n'éprouviez du

dégoût pour ce qui vous avait plu d'abord, et que vous aviez cru le meilleur.

Car tout mouvement qui paraît bon ne doit pas être aussitôt suivi; de même qu'on ne

doit pas non plus céder sur-le-champ à ses répugnances.

Quelquefois il est à propos de modérer le zèle le plus saint et les meilleurs désirs, de

peur qu'ils ne préoccupent et ne distraient votre esprit, ou qu'en les suivant

indiscrètement vous ne causiez du scandale aux autres; ou qu'enfin l'opposition que

vous y trouverez ne vous jette vous-même dans le trouble et dans l'abattement.

5.Il faut aussi quelquefois user de violence et résister aux convoitises des sens avec une

grande force, sans prendre garde à ce que veut la chair et à ce qu'elle ne veut pas; et

travailler surtout à la soumettre à l'esprit malgré elle.

Il faut la châtier et l'asservir jusqu'à ce que, prête à tout, elle ait appris à se contenter de

peu, à aimer les choses simples et à ne jamais se plaindre de rien.

12. Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions



1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, je vois combien la patience m'est nécessaire; car cette

vie est pleine de contradictions.

Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre, quoi que je fasse pour avoir

la paix.

2.Jésus-Christ: Oui, mon fils; mais je ne veux pas que vous cherchiez une paix telle que

vous n'ayez ni tentations à vaincre, ni contrariétés à souffrir.

Croyez au contraire avoir trouvé la paix lorsque vous serez exercé par beaucoup de

tribulations et éprouvé par beaucoup de traverses.

Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de souffrances, comment

supporterez-vous le feu du purgatoire ?

De deux maux il faut choisir le moindre; afin donc d'éviter des supplices éternels,

efforcez-vous d'endurer pour Dieu, avec patience, les maux présents.

Pensez-vous que les hommes du siècle n'aient rien ou que peu de choses à souffrir ?

C'est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui semblent environnés de plus de

délices.

3.Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils suivent toutes leurs volontés et

ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux.

Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu'ils désirent; combien cela durera-t'il ?

Voilà que les riches du siècle s'évanouiront comme la fumée, et il ne restera pas même

un souvenir de leurs joies passées.

Et durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans amertume, sans ennui et sans

crainte.

Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils rencontrent le châtiment et la

douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que l'amertume et l'ignominie accompagnent

les plaisirs qu'ils cherchent dans le désordre.

4.Oh ! que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux, criminels, honteux !

Et cependant des malheureux, enivrés et aveuglés, ne le comprennent point; mais

semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur âme à la mort pour quelques

jouissances misérables dans une vie qui va finir.

Pour vous, mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et détachez-vous de votre volonté.

Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous accordera ce que votre coeur demande.

5.Si vous voulez goûter une véritable joie et des consolations plus abondantes, méprisez

toutes les choses du monde, repoussez toutes les joies terrestres; et je vous bénirai, je

verserai sur vous mes inépuisables consolations.

Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures, plus les miennes seront douces

et puissantes.

Mais vous ne les goûterez point sans avoir auparavant ressenti quelque tristesse, sans

avoir travaillé, combattu.

Une mauvaise habitude vous arrêtera; mais vous la vaincrez par une meilleure.

La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur de l'esprit.

L'antique serpent vous sollicitera, vous exercera; mais vous le mettrez en fuite par la

prière; et en vous occupant surtout d'un travail utile, vous lui fermerez l'entrée de votre

âme.



13. Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple de Jésus-Christ



1.Jésus-Christ: Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à l'obéissance se soustrait à la

grâce; et celui qui veut posséder seul quelque chose perd ce qui est à tous.

Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon coeur à son supérieur, c'est une

marque que la chair n'est pas encore pleinement assujettie, mais que souvent elle

murmure et se révolte.

Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs si vous désirez dompter votre

chair.

Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand l'homme n'a pas la guerre

au-dedans de soi.

L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est vous, lorsque vous

êtes divisé en vous-même.

Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement si vous voulez triompher de la

chair et du sang.

L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui vous fait

craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des autres.

2.Est-ce donc cependant un si grand effort que toi, poussière et néant, tu te soumettes à

cause de Dieu, lorsque moi le Tout-Puissant, moi le Très-Haut, qui ai tout fait de rien,

je me suis soumis humblement à l'homme à cause de toi ?

Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous afin que mon humilité t'apprît à

vaincre ton orgueil.

Poussière, apprends à obéir, apprends à t'humilier, terre et limon, à t'abaisser sous les

pieds de tout le monde.

Apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune dépendance.

3.Enflamme-toi de zèle contre toi-même et ne souffre pas que le moindre orgueil vive en

toi; mais fais-toi si petit et mets-toi si bas que tout le monde puisse marcher sur toi et

te fouler aux pieds comme la boue des places publiques.

Fils du néant, qu'as-tu à te plaindre ? Pécheur couvert d'ignominie, qu'as-tu à répondre,

quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois

mérité l'enfer ?

Mais ma bonté t'a épargné parce que ton âme a été précieuse devant moi; mais je ne t'ai

point délaissé afin que tu connusses mon amour et que mes bienfaits ne cessassent

jamais d'être présents à ton coeur, que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à

t'humilier et à souffrir les mépris et la patience.

14. Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas

s'enorgueillir du bien qu'on fait



1.Le fidèle: Vous faites tomber sur moi vos jugements, Seigneur, et tous mes os ont

tremblé d'épouvante, et mon âme est dans une profonde terreur.

Interdit, effrayé, je considère que les cieux ne sont pas purs à vos yeux.

Si vous avez trouvé le mal dans vos anges, et si vous ne les avez pas épargnés, que

sera-ce de moi ?

Les étoiles sont tombées du ciel; moi, poussière, que dois-je attendre ?

Des hommes dont les oeuvres paraissent louables sont tombés aussi bas qu'on puisse

tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des anges faire leurs délices de la

pâture des pourceaux.

2.Il n'est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez votre main.

Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus.

Point de force qui soit de secours, si vous cessez de la soutenir.

Point de chasteté assurée, si vous n'en prenez la défense.

Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez vous-même pour nous.

Laissés à nous-mêmes, nous enfonçons dans les flots et nous périssons; venez-vous à

nous, nous nous relevons et nous vivons.

Car nous sommes chancelants, mais vous nous affermissez; nous sommes tièdes, mais

vous nous enflammez.

3.Oh ! que je dois avoir d'humbles et basses pensées de moi-même ! que je dois estimer

peu ce qui paraît de bien en moi !

Oh ! que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, devant vos jugements

impénétrables où je me perds comme dans un abîme, et vois que je ne suis rien que

néant et un pur néant !

Ô poids immense ! ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien de moi, où je disparais

comme le rien au milieu du tout !

Où donc l'orgueil se cachera-t'il ? où la confiance en sa propre vertu ?

Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements sur moi.

4.Qu'est-ce que toute chair devant vous ? L'argile s'élèvera-t'elle contre celui qui l'a

formée ?

Comment celui dont le coeur est vraiment soumis à Dieu pourrait-il s'enfler d'une

louange vaine ?

Le monde entier ne saurait inspirer d'orgueil à celui que la vérité a soumis à son

empire, et jamais il ne sera ému des applaudissements des hommes, celui dont toute

l'espérance est affermie en Dieu.

Car ceux qui parlent ne sont rien; ils s'évanouiront avec le bruit de leurs paroles: mais

la vérité du Seigneur demeure éternellement.



15. De ce que nous devons être et faire quand il s'élève quelque désir en

nous



1.Jésus-Christ: Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit ainsi, si c'est votre

volonté; Seigneur, que cela se fasse en votre nom, si vous devez en être honoré.

Si vous voyez que cela me soit bon, si vous jugez que cela me soit utile, alors

donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire.

Mais si vous savez que cela me nuira ou ne servira point au salut de mon âme, éloignez

de moi ce désir.

Car tout désir n'est pas de l'Esprit-Saint, même lorsqu'il paraît bon et juste à l'homme.

Il est difficile de discerner avec certitude si c'est l'esprit bon ou mauvais qui vous porte

à désirer ceci ou cela, ou même votre esprit propre.

Il s'est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans l'illusion, qui semblaient d'abord être

conduits par le bon esprit.

2.Ainsi, tout ce qui se présente de désirable à votre esprit, vous devez le désirer toujours

et le demander avec une grande humilité de coeur, et surtout avec une pleine

résignation, vous abandonnant à moi sans réserve et disant:

Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela se fasse comme vous le

voulez.

Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et quand vous le voulez.

Faites de moi ce qu'il vous plaira, selon ce que vous savez être bon, et pour votre plus

grande gloire.

Placez-moi où vous voudrez et disposez absolument de moi en toutes choses.

Je suis dans votre main, tournez-moi et retournez-moi en tout sens à votre gré.

Voilà que je suis prêt à vous servir en tout. Car je ne désire point vivre pour moi, mais

pour vous seul: heureux si je le pouvais dignement et parfaitement.

3.Prière pour demander à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté

Le fidèle: Accordez-moi, ô bon Jésus ! votre grâce; qu'elle soit en moi, qu'elle agisse

avec moi, et qu'elle demeure avec moi jusqu'à la fin.

Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le plus agréable et ce que vous

aimez le plus.

Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive toujours la vôtre et jamais

ne s'en écarte en rien.

Qu'uni à vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que vous voulez; et qu'il en soit

ainsi de ce que vous ne voulez pas.

4.Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer être oublié et méprisé du

siècle à cause de vous.

Faites que je me repose en vous par-dessus tout ce qu'on peut désirer, et que mon coeur

ne recherche sa paix qu'en vous.

Vous êtes la véritable paix du coeur, son unique repos; hors de vous, tout pèse et

inquiète. Dans cette paix, c'est-à-dire en vous seul, éternel et souverain bien, je

dormirai et je me reposerai ! Ainsi soit-il.

16. Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie consolation



1.Le fidèle: Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma consolation, je ne l'attends

point ici, mais dans l'avenir.

Quand je posséderais seul tous les biens du monde, quand je jouirais seul de tous ses

délices, il est certain que tout cela ne durerait pas longtemps.

Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable et de joie sans mélange

qu'en Dieu, qui console les pauvres et relève les humbles.

Attends un peu, mon âme, attends sa divine promesse, et tu posséderas dans le ciel tous

les biens en abondance.

Si tu recherches trop avidement les biens présents, tu perdras les biens éternels et

célestes.

Use des uns et désire les autres.

Aucun bien temporel ne saurait te rassasier parce que tu n'as point été créée pour en

jouir.


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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:51
Notre-Dame du Scoglio

2.Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te rendre heureuse ni

contente; en Dieu, qui a tout créé, en lui seul est ta félicité et tout ton bonheur.

Bonheur non pas tel que se le figurent et que l'aiment les amis insensés du monde, mais

tel que l'attendent les vrais serviteurs de Jésus-Christ, et tel que le goûtent quelquefois

par avance les âmes pieuses et les coeurs purs, dont l'entretien est dans le ciel.

Toute consolation humaine est vide et dure peu.

La vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait sentir intérieurement.

L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur, et lui dit: Seigneur, soyez

près de moi en tout temps et en tout lieu.

Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute consolation humaine.

Et si la vôtre me manque aussi, que votre volonté et cette juste épreuve me soient une

consolation au-dessus de toutes les autres.

Car vous ne serez pas toujours irrité, et vos menaces ne seront point éternelles.

17 . Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous regarde



1.Jésus-Christ: Mon fils, laissez-moi agir avec vous comme il me plaît; car je sais ce qui

vous est bon.

Vos pensées sont celles de l'homme et vos sentiments sont, en beaucoup de choses,

conformes aux penchants de son coeur.

2.Le fidèle: Il est vrai, Seigneur; vous prenez de moi beaucoup plus de soin que je n'en

puis prendre moi-même.

Il est menacé d'une prompte chute, celui qui ne s'appuie pas uniquement sur vous.

Pourvu, Seigneur, que ma volonté demeure droite et qu'elle soit affermie en vous,

faites de moi tout ce qu'il vous plaira, car tout ce que vous ferez de moi ne peut être

que bon.

Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni; et si vous voulez que je sois

dans la lumière, soyez encore béni.

Si vous daignez me consoler, soyez béni; et si vous voulez que j'éprouve des

tribulations, soyez également toujours béni.

3.Jésus-Christ: Mon fils, c'est ainsi que vous devez être, si vous ne voulez pas vous

séparer de moi.

Il faut que vous soyez préparé à la souffrance autant qu'à la joie, au dénuement et à la

pauvreté autant qu'aux richesses et à l'abondance.

4.Le fidèle: Seigneur, je souffrirai volontiers pour vous tout ce que vous voudrez qui

vienne sur moi.

Je veux recevoir indifféremment de votre main, le bien et le mal, les douceurs et les

amertumes, la joie et la tristesse, et vous rendre grâce de tout ce qui m'arrivera.

Préservez-moi à jamais de tout péché et je ne craindrai ni la mort, ni l'enfer.

Pourvu que vous ne me rejetiez pas, et que vous ne m'effaciez pas du livre de vie,

aucune tribulation ne peut me nuire.

18. Qu'il faut souffrir avec constance les misères de cette vie à

l'exemple de Jésus-Christ



1.Jésus-Christ: Mon fils, je suis descendu du ciel pour votre salut; je me suis chargé de

vos misères, afin de vous former par mon exemple à la patience, et de vous apprendre à

supporter les maux de cette vie sans murmurer.

Car depuis l'heure de ma naissance jusqu'à ma mort sur la croix, je n'ai jamais été sans

douleur.

J'ai vécu dans une extrême indigence des choses de ce monde; j'ai entendu souvent bien

des plaintes de moi; j'ai souffert avec douceur les affronts et les outrages; je n'ai

recueilli sur la terre, pour mes bienfaits, que de l'ingratitude; pour mes miracles, que

des blasphèmes; pour ma doctrine, que des censures.

2.Le fidèle: Puisque vous avez montré, Seigneur, tant de patience durant votre vie,

accomplissant par là, d'une manière parfaite, ce que votre Père demandait de vous, il est

bien juste que moi, pauvre pécheur, je souffre patiemment ma misère selon votre

volonté, et que je porte pour mon salut, aussi longtemps que vous le voudrez, le poids

de cette vie corruptible.

Car, bien que la vie présente soit pleine de douleurs, elle devient cependant, par votre

grâce, une source abondante de mérites, et votre exemple suivi par vos saints la rend

plus supportable et précieuse, même aux faibles.

Elle est aussi beaucoup plus remplie de consolations que dans l'ancienne loi, quand les

portes du ciel étaient encore fermées, que la voie du ciel semblait plus obscure, et que

si peu s'occupaient de chercher le royaume de Dieu.

Les justes mêmes, à qui le salut était réservé, ne pouvaient entrer dans le royaume

céleste qu'après la consommation de vos souffrances et le tribut sacré de votre mort.

3.Oh ! quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, de ce que vous avez daigné me montrer,

et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui conduit à votre royaume éternel !

Car votre vie est notre voie et par une sainte patience, nous marchons vers vous, qui

êtes notre couronne.

Si vous ne nous aviez précédés et instruits, qui songerait à vous suivre ?

Hélas ! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils n'avaient sous les yeux vos

exemples sacrés !

Après tant de miracles et d'instructions, nous sommes encore tièdes; que serait-ce si

tant de lumières ne nous guidait sur vos traces !



19. De la souffrance des injures, et de la véritable patience



1.Jésus-Christ: Pourquoi ces paroles, mon fils ? Cessez de vous plaindre, en considérant

mes souffrances et celles des saints.

Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang.

Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'on souffert tant d'autres, qui ont

été éprouvés et exercés par de si fortes tentations, par des tribulations si pesantes.

Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des autres, afin d'en supporter

paisiblement de plus légères.

Que si elles ne vous paraissent pas légères, prenez garde que cela ne vienne de votre

impatience.

Cependant, grandes ou petites, efforcez-vous de les souffrir patiemment.

2.Plus vous vous disposez à souffrir, plus vous montrez de sagesse et acquérez de

mérites. La ferme résolution et l'habitude de souffrir vous rendront même la souffrance

moins dure.

Ne dites pas: Je ne puis supporter cela d'un tel homme; ce sont des offenses qu'on

n'endure point. Il m'a fait un très grand tort, et il me reproche des choses auxquelles je

n'ai jamais pensé; mais d'un autre je le souffrirais avec moins de peine, et comme je

croirais devoir le souffrir.

Ce discours est insensé; car au lieu de considérer la vertu de patience et ce qui doit la

couronner, c'est regarder seulement à l'injure et à la personne de qui on l'a reçue.

3.Celui-là n'a pas la vraie patience qui ne veut souffrir qu'autant qu'il lui plaît et de qui il

lui plaît.

L'homme vraiment patient n'examine point qui l'éprouve, si c'est son supérieur, son

égal ou son inférieur, un homme de bien ou un méchant.

Mais, indifférent sur les créatures, il reçoit de la main de Dieu, avec reconnaissance et

aussi souvent qu'il le veut, tout ce qui lui arrive de contraire, et l'estime un grand gain.

Car Dieu ne laissera sans récompense aucune peine, même la plus légère, qu'on aura

soufferte pour lui.

4.Soyez donc prêt au combat si vous voulez remporter la victoire.

On ne peut obtenir sans combat la couronne de la patience; et refuser de combattre,

c'est refusé d'être couronné.

Si vous désirez la couronne, combattez courageusement, souffrez avec patience.

On ne parvient pas au repos sans travail, ni sans combat à la victoire.

5.Le fidèle: Seigneur, que ce qui paraît impossible à la nature me devienne possible par

votre grâce.

J'ai, vous le savez, peu de force pour souffrir; la moindre adversité m'abat aussitôt.

Faites que j'aime, que je désire d'être exercé, affligé pour votre nom, car subir l'injure

et souffrir pour vous est très salutaire à mon âme.



20. De l'aveu de son infirmité, et des misères de cette vie



1.Le fidèle: Je confesserai contre moi mon injustice, je vous confesserai, Seigneur, mon

infirmité.

Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse.

Je me propose d'agir avec force; mais à la moindre tentation qui survient, je tombe dans

une grande angoisse.

Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause une violente

tentation.

Et quand je ne sens rien en moi-même et que je me crois un peu en sûreté, je me trouve

quelquefois abattu par un léger souffle.

2.Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout manifeste à vos yeux.

Ayez pitié de moi, et retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y demeure à jamais

enfoncé.

Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c'est de tomber si aisément

et d'être si faible contre mes passions.

Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein consentement, leurs sollicitations

me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand ennui de vivre toujours ainsi en guerre.

Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles imaginations s'emparent

de mon esprit bien plus facilement qu'elles n'en sortent.

3.Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un regard sur votre

serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de lui pour l'aider en tout ce qu'il

entreprendra.

Remplissez-moi d'une force toute céleste de peur que le vieil homme, cette chair de

péché qui n'est pas encore entièrement soumise à l'esprit, ne prévale et ne domine, elle

contre qui nous devons combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée de

tant de misères.

Hélas ! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations et de peines,

environnée de pièges et d'ennemis !

Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui succède; et l'on combat

même encore la première, que d'autres surviennent inopinément.

4.Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertume, sujette à tant de maux et

de calamités ?

Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et tant de morts ?

Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.

On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le quitte

difficilement parce qu'on est encore dominé par les convoitises de la chair.

Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le mépriser.

Le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie inspirent l'amour du

monde; mais les peines et les misères qui les suivent justement produisent la haine et le

dégoût du monde.

5.Mais hélas ! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde: elle se repose avec

délices dans l'esclavage des sens parce qu'elle ne connaît pas et n'a point goûté les

suavités célestes ni le charme intérieur de la vertu.

Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre pour Dieu sous

une sainte discipline, n'ignorent point les divines douceurs promises au vrai

renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé par des illusions diverses,

s'égare dangereusement.



21. Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que dans tous les autres

biens



1.Le fidèle: En tout et par-dessus tout, repose-toi en Dieu, ô mon âme, parce qu'il est le

repos éternel des saints.

Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu'en toutes les

créatures; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et la gloire; plus que dans

toute puissance et dans toute dignité; plus que dans la science, l'esprit, les richesses, les

arts; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et

les douceurs, l'espérance et les promesses; plus qu'en tout mérite et en tout désir; plus

même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous pouvez nous prodiguer;

plus que dans l'allégresse et dans les transports que l'âme peut concevoir et sentir; plus

enfin que dans les anges et dans les archanges, et dans toute l'armée des cieux; plus

qu'en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu'en tout ce qui n'est pas vous, ô

mon Dieu !

2.Car vous seul êtes infiniment bon, seul très haut, très puissant; vous suffisez seul, parce

que seul vous possédez et vous donnez tout, vous seul nous consolez par vos douceurs

inexprimables; seul vous êtes toute beauté, tout amour; votre gloire s'élève au-dessus

de toute gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur; la perfection de tous les

biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours été, y sera toujours.

Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me découvrez de

vous-même, tout ce que vous m'en promettez est trop peu et ne me suffit pas, si je ne

vous vois, si je ne vous possède pleinement.

Car mon coeur ne peut avoir de vrai repos ni être entièrement rassasié jusqu'à ce que,

s'élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créature, il se repose uniquement en

vous.

3.Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon Jésus, Roi de toutes les

créatures ! qui me délivrera de mes liens, qui me donnera des ailes pour voler vers

vous et me reposer en vous ?

Oh ! quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir, Seigneur mon Dieu, et pour

goûter combien vous êtes doux ?

Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré de votre amour, que je ne

me sente plus moi-même et que je ne vive plus que de vous, dans cette union ineffable

et au-dessus des sens, que tous ne connaissent pas ?

Maintenant, je ne sais que gémir et je porte avec douleur ma misère.

Car en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux, qui me troublent,

m'affligent et couvrent mon âme comme d'un nuage. Souvent ils me fatiguent et me

retardent; ils s'emparent de moi; ils m'arrêtent et, m'ôtant près de vous un libre accès, ils

me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent toujours et sans obstacle les

célestes esprits.

Soyez touché de mes soupirs et de ma désolation sur la terre !

4.Ô Jésus, splendeur de l'éternelle gloire, consolateur de l'âme exilée ! ma bouche est

muette devant vous et mon silence vous parle.

Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t'il de venir ?

Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui et qu'il lui rende la joie. Qu'il étende la main pour

relever un malheureux plongé dans l'angoisse.

Venez, venez, car sans vous, tous les jours, toutes les heures s'écoulent dans la

tristesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que vous pouvez seul remplir le vide de

mon coeur.

Je suis oppressé de misère, et comme un prisonnier chargé de fers, jusqu'à ce que, me

ranimant par la lumière de votre présence, vous me rendiez la liberté et jetiez sur moi

un regard d'amour.

5.Que d'autres cherchent, au lieu de vous, tout ce qu'ils voudront; pour moi, rien ne me

plaît ni ne me plaira jamais que vous, ô mon Dieu ! mon espérance, mon salut éternel !

Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu'à ce que votre grâce revienne et

que vous me parliez intérieurement.

6.Jésus-Christ: Me voici, je viens à vous parce que vous m'avez invoqué. Vos larmes et

le désir de votre âme, le brisement de votre coeur humilié m'ont fléchi et ramené à

vous.

7.Le fidèle: Et j'ai dit: Seigneur, je vous ai appelé et j'ai désiré jouir de vous, prêt à

rejeter pour vous tout le reste.

Et c'est vous qui m'avez incité le premier à vous chercher.

Soyez donc béni, Seigneur, d'avoir usé de cette bonté envers votre serviteur selon

votre infinie miséricorde.

Que peut-il vous dire encore et que lui reste-t'il, qu'à s'humilier profondément en votre

présence, plein du souvenir de son néant et de son iniquité ? Car il n'est rien de

semblable à vous dans tout ce que le ciel et la terre renferment de plus merveilleux.

Vos oeuvres sont parfaites, vos jugements véritables, et l'univers est régi par votre

providence.

Louange donc et gloire à vous, ô sagesse du Père ! Que mon âme, que ma bouche, que

toutes les créatures ensemble vous louent et vous bénissent à jamais.

22. Du souvenir des bienfaits de Dieu



1.Le fidèle: Seigneur ! ouvrez mon coeur à votre loi, et enseignez-moi à marcher dans

la voie de vos commandements.

Faites que je connaisse votre volonté et que je rappelle dans mon souvenir, avec un

grand respect et une sérieuse attention, tous vos bienfaits, afin de vous en rendre de

dignes actions de grâces.

Je sais cependant et je confesse que je ne puis reconnaître dignement la moindre de vos

faveurs.

Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand je considère

votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre grandeur.

2.Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans notre âme, tout ce que nous

possédons et au-dedans et au-dehors, dans l'ordre de la grâce ou de la nature, c'est vous

qui nous l'avez donné; et vos bienfaits nous rappellent sans cesse votre bonté, votre

tendresse, l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui viennent tous

les biens.

Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre moins; et sans vous nous

serions à jamais privés de tout bien.

Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni s'élever au-dessus des

autres, ni insulter celui qui a moins reçu; car celui-là est le meilleur et le plus grand,

qui s'attribue le moins, et qui rend grâces avec plus de ferveur et d'humilité.

Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous est le plus propre à recevoir de

grands dons.

3.Celui qui a moins reçu ne doit ni s'affliger, ni se plaindre, ni concevoir de l'envie contre

ceux qui ont reçu davantage, mais plutôt ne regarder que vous et louer de toute son

âme votre bonté, toujours prête à répandre ses dons si abondamment, si gratuitement,

sans acception de personnes.

Tout vient de vous et ainsi vous devez être loué de tout.

Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi celui-ci reçoit plus, cet

autre moins; ce n'est pas à nous qu'appartient ce discernement, mais à vous qui pesez

tous les mérites.

4.C'est pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce singulière que vous

m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au-dehors et qui attirent les louanges et

l'admiration des hommes. Et certes, en considérant son indigence et son abjection, loin

d'en être abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit plutôt sentir

une douce consolation, une grande joie; car vous avez choisi, mon Dieu, pour vos amis

et vos serviteurs les pauvres, les humbles, ceux que le monde méprise.

Tels étaient vos apôtres mêmes, que vous avez établis princes sur toute la terre.

Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et de la pensée même

du mal, si simples et si humbles qu'ils se réjouissaient de souffrir les outrages pour

votre nom, et qu'ils embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre.

5.Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le prix de vos

bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos desseins éternels sur lui.

Il doit y trouver un contentement, une consolation telle, qu'il consente aussi volontiers

à être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur d'être les plus grands; qu'il soit

aussi tranquille, aussi satisfait dans la dernière place que dans la première; et que,

toujours prêt à souffrir le mépris, les rebuts, il s'estime aussi heureux d'être sans nom,

sans réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du monde.

Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être pour lui au-dessus de tout, et

lui plaire et le consoler plus que tous les dons que vous lui avez faits, et que vous

pouvez lui faire encore.

23. De quatre choses importantes pour conserver la paix



1.Jésus-Christ: Mon fils, je vous enseignerai maintenant la voie de la paix et de la vraie

liberté.

2.Le fidèle: Faites, Seigneur, ce que vous dites; car il m'est doux de vous entendre.

3.Jésus-Christ: Appliquez-vous, mon fils, à faire plutôt la volonté d'autrui que la vôtre.

Choisissez toujours d'avoir moins que plus.

Cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous de tous.

Désirez toujours et priez que la volonté de Dieu s'accomplisse parfaitement en vous.

Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du repos.

4.Le fidèle: Seigneur, ces courts préceptes renferment une grande perfection.

Ils contiennent peu de paroles; mais elles sont pleines de sens, et abondantes en fruits.

Si j'étais fidèle à les observer, je ne tomberais pas si aisément dans le trouble.

Car toutes les fois qu'il m'arrive de perdre le calme et la paix, je reconnais que je me

suis écarté de ces maximes.

Mais vous qui pouvez tout, et qui désirez toujours le progrès des âmes, augmentez en

moi votre grâce, afin qu'en obéissant à ce que vous commandez, je puisse accomplir

mon salut.

5.Prière pour obtenir d'être délivré des mauvaises pensées.

Seigneur mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi. Mon Dieu, hâtez-vous de me

secourir, car une foule de pensées diverses m'ont assailli et de grandes terreurs agitent

mon âme.

Comment traverserai-je tant d'ennemis sans recevoir de blessures ? Comment les

renverserai-je ?

6.Je marcherai devant vous, dit le Seigneur, et j'abattrai les puissants de la terre.

J'ouvrirai les portes de la prison, et je vous montrerai les issues les plus secrètes.

7.Faites, Seigneur, selon votre parole; et que toutes les pensées mauvaises fuient devant

vous.

Mon unique espérance, ma seule consolation dans les maux qui me pressent est de me

réfugier vers vous, de me confier en vous, de vous invoquer du fond de mon coeur et

d'attendre avec patience votre secours.

8.Prière pour demander à Dieu la lumière.

Eclairez-moi intérieurement, ô bon Jésus ! Faites luire votre lumière dans mon coeur et

dissipez toutes ses ténèbres.

Arrêtez mon esprit qui s'égare et brisez la violence des tentations qui me pressent.

Déployez pour moi votre bras et domptez ces bêtes furieuses, ces convoitises

dévorantes, afin que je trouve la paix dans votre force et que sans cesse vos louanges

retentissent dans votre sanctuaire, dans une conscience pure.

Commandez aux vents et aux tempêtes; dites à la mer: Apaise-toi; à l'aquilon: Ne

souffle point, et il se fera un grand calme.

9.Envoyez votre lumière et votre vérité pour qu'elles luisent sur la terre; car je ne suis

qu'une terre stérile et ténébreuse jusqu'à ce que vous m'éclairiez.

Répandez votre grâce d'en haut, versez sur mon coeur la rosée céleste, épanchez sur

cette terre aride les eaux fécondes de la piété, afin qu'elle produise des fruits bons et

salutaires.

Relevez mon âme abattue sous le poids de ses péchés, transportez tous mes désirs au

ciel, afin qu'ayant trempé mes lèvres à la source des biens éternels, je ne puisse plus

sans dégoût penser aux choses de la terre.

10.Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives consolations des créatures, car nul

objet créé ne peut satisfaire ni rassasier pleinement mon coeur.

Unissez-moi à vous par l'indissoluble lien de l'amour, car vous suffisez seul à celui qui

vous aime, et tout le reste sans vous n'est rien.

24. Qu'il ne faut pas s'enquérir curieusement de la conduite des autres



1.Jésus-Christ: Mon fils, réprimez en vous la curiosité et ne vous troublez point de

vaines sollicitudes.

Que vous importe ceci ou cela ? Suivez-moi.

Que vous fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit celui-là ?

Vous n'avez point à répondre des autres; mais vous répondrez pour vous-même; de

quoi vous inquiétez-vous ?

Voilà que je connais tous les hommes: je vois tout ce qui se passe sous le soleil; je sais

ce qu'il en est de chacun, ce qu'il pense, ce qu'il veut, et où tendent ses vues.

C'est donc à moi qu'on doit tout abandonner. Pour vous, demeurez en paix et laissez

ceux qui s'agitent, s'agiter tant qu'ils voudront.

Tout ce qu'ils feront, tout ce qu'ils diront viendra sur eux, car ils ne peuvent me

tromper.

2.Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom; ne désirez ni de

nombreuses liaisons, ni l'amitié particulière d'aucun homme.

Car tout cela dissipe l'esprit et obscurcit étrangement le coeur.

Je me plairais à vous faire entendre ma parole et à vous révéler mes secrets si vous

étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt à m'ouvrir la porte de votre coeur.

Songez à l'avenir, veillez, priez sans cesse, et humiliez-vous en toutes choses.


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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:50
J-sus-b-nissant--par-El-Greco.jpgEl Greco

Imitation de Jésus-Christ
Livre 3
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais


Livre troisième - De la vie intérieure p. 43

1.Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme fidèle

2.La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles

3.Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne la reçoivent pas

comme ils le devraient

4.Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité

5.Des merveilleux effets de l'amour divin

6.De l'épreuve du véritable amour

7.Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait

8.Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu

9.Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin

10.Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde

11.Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur

12.Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions

13.Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple de Jésus-Christ

14.Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas s'enorgueillir du bien

qu'on fait

15.De ce que nous devons être et faire quand il s'élève quelque désir en nous

16.Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie consolation

17.Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous regarde

18.Qu'il faut souffrir avec constance les misères de cette vie à l'exemple de Jésus-Christ

19.De la souffrance des injures, et de la véritable patience

20.De l'aveu de son infirmité, et des misères de cette vie

21.Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que dans tous les autres biens

22.Du souvenir des bienfaits de Dieu

23.De quatre choses importantes pour conserver la paix

24.Qu'il ne faut pas s'enquérir curieusement de la conduite des autres

25.En quoi consiste la vraie paix et le véritable progrès de l'âme

26.De la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par la prière que par la lecture

27.Que l'amour de soi est le plus grand obstacle qui empêche l'homme de parvenir au

souverain bien

28.Qu'il faut mépriser les jugements humains

29.Comment il faut invoquer et bénir Dieu dans l'affliction

30.Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le retour de sa grâce

31.Qu'il faut oublier toutes les créatures pour trouver le Créateur

32.De l'abnégation de soi-même

33.De l'inconstance du coeur, et que nous devons tout rapporter à Dieu comme à notre

dernière fin

34.Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et qu'on le goûte en toutes choses, quand on

l'aime véritablement

35.Qu'on est toujours, durant cette vie, exposé à la tentation

36.Contre les vains jugements des hommes

37.Qu'il faut renoncer entièrement à soi-même pour obtenir la liberté du coeur

38.Comment il faut se conduire dans les choses extérieures, et recourir à Dieu dans les

périls

39.Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires

40.Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de rien

41.Du mépris de tous les honneurs du temps

42.Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes

43.Contre la vaine science du siècle

44.Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses extérieures

45.Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est difficile de garder une sage mesure

dans ses paroles

46.Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de paroles injurieuses

47.Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a de plus pénible

48.De l'éternité bienheureuse et des misères de cette vie

49.Du désir de la vie éternelle, et des grands biens promis à ceux qui combattent

courageusement

50.Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner entre les mains de Dieu

51.Qu'il faut s'occuper d'oeuvres extérieures, quand l'âme est fatiguée des exercices

spirituels

52.Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de

châtiment

53.Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de la terre

54.Des divers mouvements de la nature et de la grâce

55.De la corruption de la nature, et de l'efficace de la grâce divine

56.Que nous devons nous renoncer nous-mêmes et imiter Jésus-Christ en portant la Croix

57.Qu'on ne doit pas se laisser trop abattre quand on tombe en quelques fautes

58.Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est au-dessus de nous, ni sonder les secrets

jugements de Dieu

59.Qu'on doit mettre toute son espérance et toute sa confiance en Dieu seul


Livre troisième - De la vie intérieure

1. Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme fidèle



1.J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi.

Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui reçoit de sa

bouche la parole de consolation !

Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle divin, et sourdes au

bruit du monde !

Heureuses, encore une fois, les oreilles qui écoutent non la voix qui retentit au-dehors,

mais la vérité qui enseigne au-dedans !

Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne contemplent que les

intérieures !

Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur recèle, et qui, par des exercices

de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à comprendre les secrets du Ciel !

Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu et qui se dégagent de tous les

embarras du siècle !

Considère ces choses, ô mon âme, et ferme la porte de tes sens, afin que tu puisses

entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi.

2.Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et votre vie.

Demeurez près de moi et vous trouverez la paix. Laissez là tout ce qui passe; ne

cherchez que ce qui est éternel.

Que sont toutes les choses du temps, que des séductions vaines ? Et de quoi vous

serviront toutes les créatures si vous êtes abandonné du Créateur ?

Renoncez donc à tout et occupez-vous de plaire à votre Créateur et de lui être fidèle,

afin de parvenir à la vraie béatitude.

2. La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles



1.Parlez Seigneur, parce que votre serviteur écoute.

Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin que je sache vos témoignages.

Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche: qu'elles tombent sur moi comme

une douce rosée.

Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse:

Parlez-nous et nous vous écouterons; mais que le Seigneur ne nous parle point, de

peur que nous ne mourions.

Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière: mais au contraire, je vous implore

comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: Parlez, Seigneur, parce que

votre serviteur écoute.

Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes, mais vous plutôt, parlez,

Seigneur mon Dieu, vous la lumière de tous les prophètes et l'esprit qui les inspirait.

Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre vérité; et sans vous ils ne

pourraient rien.

2.Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre efficaces.

Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n'échauffe point le coeur.

Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.

Ils proposent les mystères, mais vous rompez le sceau qui en dérobait l'intelligence.

Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les accomplir.

Ils montrent la voie, mais vous donnez des forces pour marcher.

Ils n'agissent qu'au-dehors, mais vous éclairez et instruisez les coeurs.

Ils arrosent extérieurement, mais vous donnez la fécondité.

Leurs paroles frappent l'oreille, mais vous ouvrez l'intelligence.

3.Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur, mon Dieu, éternelle vérité !

parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n'écoute sans fruit, si, averti seulement

au-dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma

condamnation dans votre parole, entendue sans être accomplie, connue sans être aimée,

crue sans être observée.

Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute, vous avez les paroles de

la vie éternelle.

Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma vie,

parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre nom.

3. Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne

la reçoivent pas comme ils le devraient



1.Jésus-Christ: Mon fils, écoutez mes paroles, paroles pleines de douceur, et qui

surpassent toute la science des philosophes et des sages du monde.

Mes paroles sont esprit et vie, et l'on n'en doit pas juger par le sens humain.

Il ne faut pas en tirer une vaine complaisance, mais les écouter en silence et les recevoir

avec une humilité profonde et un ardent amour.

2.Le fidèle: Et j'ai dit: Heureux celui que vous instruisez, Seigneur, et à qui vous

enseignez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais, et de ne pas le laisser sans

consolation sur la terre.

3.Jésus-Christ: C'est moi qui ai, dès le commencement, instruit les prophètes, dit le

Seigneur, et jusqu'à présent même je ne cesse point de parler à tous; mais plusieurs sont

endurcis et sourds à ma voix.

Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu; ils aiment mieux suivre

les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine.

Le monde promet peu de chose et des choses qui passent, et on le sert avec une grande

ardeur; je promets des biens immenses, éternels, et le coeur des hommes reste froid.

Qui me sert et m'obéit en toute chose, avec autant de soin qu'on sert le monde et les

maîtres du monde ?

Rougis, Sidon, dit la mer, et si tu en demandes la cause, écoute, voici pourquoi:

Pour un petit avantage, on entreprend une longue route; et pour la vie éternelle, à peine

en trouve-t'on qui veuillent faire un pas.

On recherche le plus vil gain: on plaide honteusement quelquefois pour une pièce de

monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien, on ne craint pas de se

fatiguer le jour et la nuit.

4.Mais, ô honte ! pour un bien immuable, pour une récompense infinie, pour un bonheur

suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à la moindre fatigue.

Serviteur paresseux et toujours murmurant, rougis donc de ce qu'il y ait des hommes

plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et pour qui la vanité a plus d'attrait

que n'en a pour toi la vérité.

Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances; tandis que ma promesse ne

trompe point, et que jamais je ne me refuse à celui qui se confie en moi.

Ce que j'ai promis, je le donnerai; ce que j'ai dit, je l'accomplirai, si toutefois l'on

demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin.

C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement les justes.

5.Gravez mes paroles dans votre coeur et méditez-les profondément: car à l'heure de la

tentation, elles vous seront très nécessaires.

Ce que vous n'entendez pas en le lisant, vous le comprendrez au jour de ma visite.

J'ai coutume de visiter mes élus de deux manières: par la tentation et la consolation.

Et tous les jours, je leur donne deux leçons: l'une en les reprenant de leurs défauts,

l'autre en les exhortant à avancer dans la vertu.

Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé par elle au dernier jour.

6.Prière pour demander la grâce de la dévotion

Le fidèle: Seigneur mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et que suis-je pour oser vous

parler ?

Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver de terre, beaucoup plus pauvre

et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose dire.

Souvenez-vous cependant, Seigneur, que je ne suis rien, que je n'ai rien, que je ne puis

rien.

Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous donnez tout, vous remplissez

tout, hors le pécheur que vous laissez vide.

Souvenez-vous de vos miséricordes, et remplissez mon coeur de votre grâce, vous qui

ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure vide.

7.Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids de moi-même, si votre

miséricorde et votre grâce ne me fortifient ?

Ne détournez pas de moi votre visage; ne différez pas à me visiter: ne me retirez point

votre consolation, de peur que, privée de vous, mon âme ne devienne comme une terre

sans eau.

Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté: apprenez-moi à vivre d'une vie humble et

digne de vous.

Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité, et vous m'avez connu

avant que je fusse au monde, et avant même que le monde fût.

4. Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité



1.Jésus-Christ: Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi toujours

dans la simplicité de votre coeur.

Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque, la vérité le

délivrera des calomnies et des séductions des méchants.

Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous importeront les vains

discours des hommes.

2.Le fidèle: Seigneur, il est vrai: qu'il me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre

vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle me conserve jusqu'à la fin dans la voie du

salut.

Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée, et je marcherai

devant vous dans une grande liberté de coeur.

3.Jésus-Christ: La vérité, c'est moi; je vous enseignerai ce qui est bon, ce qui m'est

agréable.

Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret, et ne pensez

jamais être quelque chose à cause du bien que vous faites.

Car, sans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de passions et engagé

dans leurs liens.

De vous-même vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un rien vous abat,

un rien vous trouble et vous décourage.

Qu'avez-vous donc dont vous puissiez vous glorifier ? et que de motifs, au contraire,

pour vous mépriser vous-même ! car vous êtes beaucoup plus infirme que vous ne

sauriez le comprendre.

4.Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de grand.

Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, élevé, digne d'être

estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel.

Aimez par-dessus toutes choses l'éternelle vérité, et n'ayez jamais que du mépris pour

votre extrême bassesse.

N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés et vos vices. Ils

doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde.

Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur sincère; mais guidés par une

certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes secrets et pénétrer les

profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut.

Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes

fautes, parce que je m'oppose à eux.

5.Craignez les jugements de Dieu: redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez point

les oeuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le mal que tant de fois vous avez

commis, le bien que vous avez négligé.

Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des images, d'autres en

des signes et des marques extérieures.

Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le coeur.

Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent d'aspirer aux biens

éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, et ne s'assujettissent qu'à regret aux

nécessités de la nature. Ceux-là entendent ce que l'esprit de vérité dit en eux.

Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure éternellement, à oublier

le monde, et à désirer le ciel, le jour et la nuit.

5. Des merveilleux effets de l'amour divin



1.Le fidèle: Je vous bénis, Père céleste, Père de Jésus-Christ, mon Seigneur, parce que

vous avez daigné vous souvenir de moi, pauvre créature.

Ô Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, je vous rends grâce de ce que,

tout indigne que j'en suis, vous voulez bien cependant quelquefois me consoler.

Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils unique et l'Esprit consolateur,

dans les siècles des siècles.

Ô Seigneur mon Dieu, saint objet de mon amour ! quand vous descendrez dans mon

coeur, toutes mes entrailles tressailliront de joie.

Vous êtes la gloire et la joie de mon coeur.

Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la tribulation.

2.Mais parce que mon amour est encore faible, et ma vertu chancelante, j'ai besoin d'être

fortifié et consolé par vous; visitez-moi donc souvent, et dirigez-moi par vos divines

instructions.

Délivrez-moi des passions mauvaises, et retranchez de mon coeur toutes ces affections

déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je devienne propre à vous aimer,

fort pour souffrir, ferme pour persévérer.

3.C'est quelque chose de grand que l'amour et un bien au-dessus de tous les biens. Seul il

rend léger ce qui est pesant et fait qu'on peut supporter avec une âme égale toutes les

vicissitudes de la vie.

Il porte son fardeau sans en sentir le poids et rend doux ce qu'il y a de plus amer.

L'amour de Jésus-Christ est généreux; il fait entreprendre de grandes choses et il excite

toujours à ce qu'il y a de plus parfait.

L'amour aspire à s'élever et ne se laisse arrêter par rien de terrestre.

L'amour veut être libre et dégagé de toute affection du monde, afin que ses regards

pénètrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni retardé par les biens, ni abattu

par les maux du temps.

Rien n'est plus doux que l'amour; rien n'est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus

délicieux; il n'est rien de plus parfait ni de meilleur au ciel et sur la terre, parce que

l'amour est né de Dieu, au-dessus de toutes les créatures.

4.Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre, et rien ne l'arrête.

Il donne tout pour posséder tout, et il possède tout en toutes choses, parce qu'au-dessus

de toutes choses il se repose dans le seul Être souverain, de qui tout bien procède et

découle.

Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de tous les biens, jusqu'à Celui qui

donne.

L'amour souvent ne connaît point de mesure, mais, comme l'eau qui bouillonne, il

déborde de toutes parts.

Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte, il tente plus qu'il ne peut, jamais il ne prétexte

l'impossibilité, parce qu'il se croit tout possible et tout permis.

Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui

épuisent vainement celui qui n'aime point.

5.L'amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort point.

Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l'appesantissent, aucunes frayeurs ne le

troublent; mais tel qu'une flamme vive et pénétrante, il s'élance vers le ciel et s'ouvre

un sûr passage à travers tous les obstacles.

Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix.

L'ardeur même d'une âme embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme un grand cri: Mon

Dieu ! mon amour ! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous.

6.Dilatez-moi dans l'amour afin que j'apprenne à goûter au fond de mon coeur combien

il est doux d'aimer, et de se fondre et de se perdre dans l'amour.

Que l'amour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même, par la vivacité de ses

transports.

Que je chante le cantique de l'amour, que je vous suive, ô mon bien-aimé, jusque dans

les hauteurs de votre gloire, que toutes les forces de mon âme s'épuisent à vous louer,

et qu'elle défaille de joie et d'amour.

Que je vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que pour vous, et que

j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que l'ordonne la loi de

l'amour, que nous découvrons dans votre lumière.

7.L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, fidèle, constant,

magnanime, et il ne se recherche jamais; car dès qu'on commence à se rechercher

soi-même, à l'instant on cesse d'aimer.

L'amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse, sans légèreté, il ne s'occupe

point de choses vaines, il est sobre, chaste, ferme, tranquille, et toujours attentif à

veiller sur les sens.

L'amour est obéissant et soumis aux supérieurs; il est vil et méprisable à ses yeux.

Dévoué à Dieu sans réserve, et toujours plein de reconnaissance, il ne cesse point de se

confier en lui, d'espérer en lui, lors même qu'il semble en être délaissé, parce qu'on ne

vit point sans douleur dans l'amour.

8.Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner entièrement à la volonté de son

bien-aimé, ne sait pas ce que c'est que d'aimer.

Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il y a de plus dur et de plus

amer, pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le détache de lui.

6. De l'épreuve du véritable amour



1.Jésus-Christ: Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni assez éclairé.

Le fidèle: Pourquoi, Seigneur ?

Jésus-Christ: Parce qu'à la moindre contrariété, vous laissez là l'oeuvre commencée, et

que vous recherchez trop avidement les consolations.

Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation, et ne cède point aux

suggestions artificieuses de l'ennemi. Dans le mauvais comme dans le bon succès, son

coeur est également à moi.

2.Celui dont l'amour est éclairé considère moins le don de celui qui aime que l'amour de

celui qui donne.

L'affection le touche plus que le bienfait et il préfère son bien-aimé à tout ce qu'il

reçoit de lui.

Celui qui m'aime d'un amour généreux ne se repose pas dans mes dons, mais en moi

par-dessus tous mes dons.

Ne croyez pas tout perdu cependant s'il vous arrive de sentir pour moi ou pour mes

saints moins d'amour que vous ne voudriez.

Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois est l'effet de la présence de la

grâce et une sorte d'avant-goût de la patrie céleste; il n'y faut pas chercher trop d'appui

parce qu'il passe comme il est venu.

Mais combattre les mouvements déréglés de l'âme et mépriser les sollicitations du

démon, c'est un grand sujet de mérite et la marque d'une solide vertu.

3.Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu'ils soient, qui obsèdent votre

imagination.

Conservez une résolution ferme et une intention droite devant Dieu.

Ce n'est point une illusion si quelquefois vous êtes soudain ravi en extase et qu'aussitôt

vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent d'ordinaire votre coeur.

Car vous souffrez alors plus que vous n'agissez; et tant qu'elles vous déplaisent et que

vous y résistez, c'est un mérite et non pas une chute.

4.Sachez que l'antique ennemi s'efforce d'étouffer vos bons désirs et de vous éloigner de

tout pieux exercice, du culte des saints, de la méditation de mes douleurs et de ma

mort, du souvenir si utile de vos péchés, de l'attention de veiller sur votre coeur, et du

ferme propos d'avancer dans la vertu.

Il vous suggère mille pensées mauvaises pour vous causer du trouble et de l'ennui,

pour vous détourner de la prière et des lectures saintes.

Une humble confession lui déplaît et, s'il pouvait, il vous éloignerait tout à fait de la

communion.

Ne le craignez point et n'ayez de lui aucune appréhension, quoiqu'il vous tende souvent

des pièges pour vous surprendre.

Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses qu'il vous inspire. Dites-lui:

Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois étrangement pervers pour

me tenir un pareil langage.

Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais en moi aucune part; mais

Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeureras confondu.

J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de consentir à ce que tu me

proposes.

Tais-toi donc, ne me parle plus; je ne t'écouterai pas davantage, quoi que tu fasses

pour m'inquiéter. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, que craindrais-je ?

Quand une armée se rangerait en bataille contre moi, mon coeur ne craindrait pas.

Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur.

5.Combattez comme un généreux soldat, et si quelquefois vous succombez par fragilité,

reprenez un courage plus grand dans l'espérance d'être soutenu par une grâce plus forte;

et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.

C'est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un aveuglement presque incurable.

Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes vous soit une

leçon continuelle de vigilance et d'humilité.



7. Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait



1.Jésus-Christ: Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements de piété, il est

meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette grâce cachée, de ne vous en point élever,

d'en parler peu et de ne pas vous exagérer sa grandeur; mais plutôt de vous mépriser

vous-même et de craindre une faveur dont vous êtes indigne.

Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se changer en un sentiment

contraire.

Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et misérable sans la

grâce.

Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à jouir des consolations de la

grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec abnégation, avec patience, de

sorte qu'alors on ne se relâche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n'abandonne

aucune de ses pratiques accoutumées.

Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon vos

lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de

l'angoisse que vous sentez en votre âme.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:49

2.Une fausse liberté d'esprit et une grande confiance en soi-même forment un grand

obstacle aux visites d'en-haut.

Dieu accorde à l'homme un grand bien en lui donnant la grâce de la consolation; mais

l'homme fait un grand mal quand il ne remercie pas Dieu de ce don et ne le lui rapporte

pas tout entier.

Si la grâce ne coule point abondamment sur nous, c'est que nous sommes ingrats envers

son auteur, et que nous ne remontons point à sa source première.

Car la grâce n'est jamais refusée à celui qui la reçoit avec gratitude, et Dieu

ordinairement donne à l'humble ce qu'il ôte au superbe.

3.Je ne veux point de la consolation qui m'ôte la componction; je n'aspire point à la

contemplation qui conduit à l'orgueil.

Car tout ce qui est élevé n'est pas saint; tout ce qui est doux n'est pas bon; tout désir

n'est pas pur; tout ce qui est cher à l'homme n'est pas agréable à Dieu.

J'aime une grâce qui me rend plus humble, plus vigilant, plus prêt à me renoncer

moi-même.

L'homme instruit par le don de la grâce et par sa privation n'osera s'attribuer aucun

bien, mais plutôt il confessera son indigence et sa nudité.

Donnez à Dieu ce qui est à Dieu; et ce qui est de vous, ne l'imputez qu'à vous. Rendez

gloire à Dieu de ses grâces; et reconnaissez que n'ayant rien à vous que le péché, rien ne

vous est dû que la peine du péché.

4.Mettez-vous toujours à la dernière place et la première vous sera donnée; car ce qui

est le plus élevé s'appuie sur ce qui est le plus bas.

Les plus grands saints aux yeux de Dieu sont les plus petits à leurs propres yeux; et plus

leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur coeur.

Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides d'une gloire vaine.

Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s'élever en eux-mêmes.

Rapportant à Dieu tout ce qu'ils ont reçu de bien, ils ne recherchent point la gloire que

donnent les hommes et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul; leur unique but,

leur unique désir, est qu'il soit glorifié en lui-même et dans tous les saints, par-dessus

toutes choses.

5.Soyez donc reconnaissants des moindres grâces et vous mériterez d'en recevoir de plus

grandes.

Que le plus léger don, la plus petite faveur aient pour vous autant de prix que le don le

plus excellent et la faveur la plus singulière.

Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu'il donne ne vous

paraîtra petit ni méprisable; car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d'un

Dieu infini ?

Vous envoie-t'il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec joie, car c'est

toujours pour notre salut qu'il fait ou qu'il permet tout ce qui nous arrive.

Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne,

patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous soit rendue, et soyez humble et

vigilant pour ne pas la perdre.

11. Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ



1.Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à

porter sa Croix.

Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances.

Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence.

Tous veulent partager sa joie; mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui.

Plusieurs suivent Jésus jusqu'à la fraction du pain, mais peu jusqu'à boire le calice de

sa passion.

Plusieurs admirent ses miracles; mais peu goûtent l'ignominie de sa Croix.

Plusieurs aiment Jésus pendant qu'il ne leur arrive aucune adversité.

Plusieurs le louent et le bénissent, tandis qu'ils reçoivent ses consolations.

Mais si Jésus se cache et les délaisse un moment, ils tombent dans le murmure ou dans

un excessif abattement.

2.Mais ceux qui aiment Jésus pour Jésus et non pour eux-mêmes, le bénissent dans toutes

les tribulations et dans l'angoisse du coeur comme dans les consolations les plus

douces.

Et quand il ne voudrait jamais les consoler, toujours cependant ils le loueraient,

toujours ils lui rendraient grâces.

3.Oh ! que ne peut l'amour de Jésus, quand il est pur et sans mélange d'amour ni d'intérêt

propre !

Ne sont-ce pas des mercenaires ceux qui cherchent toujours des consolations ?

Ne prouvent-ils pas qu'ils s'aiment eux-mêmes plus que Jésus-Christ, ceux qui pensent

toujours à leurs gains et à leurs avantages ?

Où trouvera-t'on quelqu'un qui veuille servir Dieu pour Dieu seul ?

4.Rarement on rencontre un homme assez avancé dans les voies spirituelles pour être

dépouillé de tout.

Car le véritable pauvre d'esprit, détaché de toute créature, qui le trouvera ? Il faut le

chercher bien loin, et jusqu'aux extrémités de la terre.

Si l'homme donne tout ce qu'il possède, ce n'est encore rien.

S'il fait une grande pénitence, c'est peu encore.

Et s'il embrasse toutes les sciences, il est encore loin.

Et s'il a une grande vertu et une piété fervente, il lui manque encore beaucoup, il lui

manque une chose souverainement nécessaire.

Qu'est-ce encore ? C'est qu'après avoir tout quitté, il se quitte aussi lui-même et se

dépouille entièrement de l'amour de soi.

C'est enfin qu'après avoir fait tout ce qu'il sait devoir faire, il pense encore n'avoir rien

fait.

5.Qu'il estime peu ce qu'on pourrait regarder comme quelque chose de grand, et qu'en

toute sincérité il confesse qu'il est un serviteur inutile, selon la parole de la Vérité:

Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites: Nous sommes des

serviteurs inutiles.

Alors il sera vraiment pauvre et séparé de tout en esprit, et il pourra dire avec le

prophète: Oui, je suis pauvre et seul dans le monde.

Nul cependant n'est plus riche, plus puissant, plus libre, que celui qui sait quitter tout et

soi-même, et se mettre au dernier rang.



12. De la sainte voie de la Croix



1.Cette parole semble dure à plusieurs: Renoncez à vous-mêmes, prenez votre Croix, et

suivez Jésus.

Mais il sera bien plus dur, au dernier jour, d'entendre cette parole: Retirez-vous de moi,

maudits, allez au feu éternel !

Ceux qui écoutent maintenant volontiers la parole qui commande de porter la Croix, et

qui y obéissent, ne craindront point alors d'entendre l'arrêt d'une éternelle

condamnation.

Ce signe de la Croix sera dans le Ciel lorsque le Seigneur viendra pour juger.

Alors tous les disciples de la Croix, qui auront imité pendant leur vie Jésus crucifié,

s'approcheront avec une grande confiance de Jésus-Christ juge.

2.Pourquoi donc craignez-vous de porter la Croix, par laquelle on arrive au royaume du

ciel ?

Dans la Croix est le salut, dans la Croix la vie, dans la Croix la protection contre nos

ennemis.

C'est de la Croix que découlent les suavités célestes.

Dans la Croix est la force de l'âme; dans la Croix la joie de l'esprit, la consommation de

la vertu, la perfection de la sainteté.

Il n'y a de salut pour l'âme et d'espérance de vie éternelle, que dans la Croix.

Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l'éternelle félicité.

Il vous a précédé portant sa Croix et il est mort pour vous sur la Croix afin que vous

aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix.

Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui; et si vous partagez ses

souffrances, vous partagerez sa gloire.

3.Ainsi tout est dans la Croix, et tout consiste à mourir. Il n'est point d'autre voie qui

conduise à la vie et à la véritable paix du coeur que la voie de la Croix et d'une

mortification continuelle.

Allez où vous voudrez, cherchez tout ce que vous voudrez, vous ne trouverez pas

au-dessus une voie plus élevée, au-dessous une voie plus sûre que la voie de la sainte

Croix.

Disposez de tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et toujours vous

trouverez qu'il vous faut souffrir quelque chose, que vous le vouliez ou non; et ainsi

vous trouverez toujours la Croix.

Car, ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverez de l'amertume

dans l'âme.

4.Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt exercé par le prochain, et, ce qui est plus

encore, vous serez souvent à charge à vous-même.

Vous ne trouverez à vos peines aucun remède, aucun soulagement; mais il vous faudra

souffrir aussi longtemps que Dieu le voudra.

Car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolations et que vous vous

soumettiez à lui sans réserve, et que vous deveniez plus humble par la tribulation.

Nul n'a si avant dans son coeur la passion de Jésus-Christ que celui qui a souffert

quelque chose de semblable.

La Croix est donc toujours préparée; elle vous attend partout.

Vous ne pouvez la fuir, quelque part que vous alliez; puisque partout où vous irez,

vous vous porterez et vous trouverez toujours vous-même.

Elevez-vous, abaissez-vous, sortez de vous-même, rentrez-y; toujours vous trouverez

la Croix; et il faut que partout vous preniez patience, si vous voulez la paix intérieure

et mériter la couronne immortelle.

5.Si vous portez de bon coeur la Croix, elle-même vous portera et vous conduira au

terme désiré, où vous cesserez de souffrir; mais ce ne sera pas en ce monde.

Si vous la portez à regret, vous en augmentez le poids, vous rendez votre fardeau plus

dur, et cependant il vous faut la porter.

Si vous rejetez une Croix, vous en trouverez certainement une autre, et peut-être plus

pesante.

6.Croyez-vous échapper à ce que nul homme n'a pu éviter ? Quel saint a été dans ce

monde sans croix et sans tribulation ?

Jésus-Christ lui-même, Notre-Seigneur, n'a pas été une seule heure dans toute sa vie

sans éprouver quelque souffrance: Il fallait, dit-il, que le Christ souffrît, et qu'il

ressuscitât d'entre les morts, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire.

Comment donc cherchez-vous une autre voie que la voie royale de la sainte Croix ?

7.Toute la vie de Jésus-Christ n'a été qu'une croix et un long martyre, et vous cherchez le

repos et la joie !

Vous vous trompez, n'en doutez pas; vous vous trompez lamentablement si vous

cherchez autre chose que les afflictions à souffrir; car toute cette vie mortelle est pleine

de misères et environnée de croix.

Et plus un homme aura fait de progrès dans les voies spirituelles, plus ses croix

souvent seront pesantes, parce que l'amour lui rend son exil plus douloureux.

8.Cependant celui que Dieu éprouve par tant de peines n'est pas sans consolations qui les

adoucissent, parce qu'il sent s'accroître les fruits de sa patience à porter sa Croix.

Car, lorsqu'il s'incline volontairement sous elle, l'affliction qui l'accablait se change

toute entière en une douce confiance qui le console.

Et plus la chair est affligée, brisée, plus l'esprit est fortifié intérieurement par la grâce.

Quelquefois même le désir de souffrir pour être conforme à Jésus crucifié lui inspire

tant de force, qu'il ne voudrait pas être exempt de tribulations et de douleur, parce qu'il

se croit d'autant plus agréable à Dieu, qu'il souffre pour lui davantage.

Ce n'est point là la vertu de l'homme, mais la grâce de Jésus-Christ, qui opère

puissamment dans une chair infirme, que tout ce qu'elle abhorre et fuit naturellement,

elle l'embrasse et l'aime par la ferveur de l'esprit.

9.Il n'est pas selon l'homme de porter la Croix, d'aimer la Croix, de châtier le corps, de le

réduire en servitude, de fuir les honneurs, de souffrir volontiers les outrages, de se

mépriser soi-même et de souhaiter d'être méprisé, de supporter les afflictions et les

pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde.

Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela.

Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée d'en haut et vous

aurez pouvoir sur la chair et le monde.

Vous ne craindrez pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de la foi et

marqué de la Croix de Jésus-Christ.

10.Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter

courageusement la Croix de votre Maître, crucifié par amour pour vous.

Préparez-vous à souffrir mille adversités, mille traverses dans cette misérable vie; car

voilà partout ce qui vous attend, ce que vous trouverez partout, en quelque lieu que

vous vous cachiez.

Il faut qu'il en soit ainsi, et à cette foule de maux et de douleurs il n'y a d'autre remède

que de vous supporter vous-même.

Buvez avec joie le calice du Sauveur, si son amour vous est cher et si vous désirez

avoir part à sa gloire.

Laissez Dieu disposer de ses consolations; qu'il les répande comme il lui plaira.

Pour vous, choisissez les souffrances et regardez-les comme des consolations d'un

grand prix, car toutes les souffrances du temps n'ont aucune proportion avec la gloire

future, et ne sauraient vous la mériter, quand seul vous les supporteriez toutes.

11.Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce et à l'aimer pour

Jésus-Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous avez trouvé le paradis sur la

terre.

Mais, tandis que la souffrance vous sera amère et que vous la fuirez, vous vivrez dans

le trouble, et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout.

12.Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être, à souffrir et à mourir, bientôt vos

peines s'évanouiront et vous aurez la paix.

Quand vous auriez été ravi, avec Paul, jusqu'au troisième ciel, vous ne seriez pas pour

cela assuré de ne rien souffrir. Je lui montrerai, dit Jésus, combien il faut qu'il souffre

pour mon nom.

Il ne vous reste donc qu'à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le servir constamment.

13.Plût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus !

Quelle gloire vous serait réservée ! Quelle joie parmi tous les saints ! Quelle

édification pour le prochain !

Car tous recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent souffrir.

Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus, lorsque tant d'autres

souffrent beaucoup plus pour le monde !

14.Sachez et croyez fermement que votre vie doit être une mort continuelle, et que plus on

meurt à soi-même, plus on commence à vivre pour Dieu.

Nul n'est propre à comprendre les choses du ciel, s'il ne se soumet à supporter les

adversités pour Jésus-Christ.

Rien n'est plus agréable à Dieu, rien ne vous est plus salutaire en ce monde, que de

souffrir avec joie pour Jésus-Christ; et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt

souhaiter d'être affligé pour lui que d'être comblé de consolations, parce que vous

seriez alors plus semblable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les saints.

Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point dans la douceur

et l'abondance des consolations, mais plutôt dans la force de supporter de grandes

tribulations et de pesantes épreuves.

15.S'il y avait eu pour l'homme quelque chose de meilleur et de plus utile que de souffrir,

Jésus-Christ nous l'aurait appris par ses paroles et par son exemple.

Or, manifestement, il exhorte à porter sa Croix, et les disciples qui le suivaient, et tous

ceux qui voudraient le suivre, disant: Si quelqu'un veut marcher sur mes pas, qu'il

renonce à soi-même, qu'il porte sa Croix, et qu'il me suive.

Après donc avoir tout lu, tout examiné, concluons enfin qu'il nous faut passer par

beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:48


6. De la joie d'une bonne conscience



1.La gloire de l'homme de bien est le témoignage de sa conscience.

Ayez la conscience pure et vous posséderez toujours la joie.

La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses et elle est pleine de joie dans

les adversités.

La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée.

Vous jouirez d'un repos ravissant si votre coeur ne vous reproche rien.

Ne vous réjouissez que d'avoir fait le bien.

Les méchants n'ont jamais de véritable joie, ils ne possèdent point la paix intérieure,

parce qu'il n'y a point de paix pour l'impie, dit le Seigneur.

Et s'ils disent: Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas sur nous; et qui

oserait nous nuire ? ne les croyez pas car la colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs

oeuvres seront réduites à rien, et leurs pensées périront.

2.Se faire un sujet de gloire de la tribulation n'est pas difficile à celui qui aime: car se

glorifier ainsi, c'est se glorifier dans la croix de Jésus-Christ.

La gloire que les hommes donnent et reçoivent est courte.

La tristesse accompagne toujours la gloire du monde.

La gloire des bons est dans leur conscience et non dans la bouche des hommes.

L'allégresse des justes est de Dieu et en Dieu, et leur joie vient de la vérité.

Celui qui désire la gloire véritable et éternelle dédaigne la gloire du temps.

Et celui qui recherche la gloire du temps et ne la méprise pas de toute son âme montre

qu'il aime peu la gloire éternelle.

Il jouit d'une grande tranquillité de coeur, celui que n'émeut ni la louange ni le blâme.

3.Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est pure.

Vous n'êtes pas plus saint parce qu'on vous loue, ni plus imparfait parce qu'on vous

blâme.

Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu'on pourra dire ne vous fera pas plus grand que

vous ne l'êtes aux yeux de Dieu.

Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous embarrasserez peu

de ce que les hommes disent de vous.

L'homme voit le visage, mais Dieu voit le coeur. L'homme regarde les actions; mais

Dieu pèse l'intention.

Faire toujours bien et s'estimer peu, c'est le signe d'une âme humble.

Ne vouloir de consolation d'aucune créature, c'est la marque d'une grande pureté et

d'une grande confiance intérieure.

4.Quand on ne cherche au-dehors aucun témoignage en sa faveur, il est manifeste qu'on

s'est entièrement remis à Dieu.

Car ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, dit Saint Paul,

mais celui que Dieu recommande.

Avoir toujours Dieu présent au-dedans de soi et ne tenir à rien au-dehors, c'est l'état de

l'homme intérieur.



7. Qu'il faut aimer Jésus-Christ par-dessus toutes choses



1.Heureux celui qui comprend ce que c'est que d'aimer Jésus, et de se mépriser soi-même

à cause de Jésus.

Il faut que notre amour pour lui nous détache de tout autre amour, parce que Jésus veut

être aimé seul par-dessus toutes choses.

L'amour de la créature est trompeur et passe bientôt; l'amour de Jésus est stable et

fidèle.

Celui qui s'attache à la créature tombera avec elle; celui qui s'attache à Jésus sera pour

jamais affermi.

Aimez et conservez pour ami Celui qui ne vous quittera point alors que tous vous

abandonneront, et qui, quand viendra votre fin, ne vous laissera point périr.

Que vous le vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout.

2.Vivant et mourant, tenez-vous donc près de Jésus et confiez-vous à la fidélité de celui

qui seul peut vous secourir lorsque tout vous manquera.

Tel est votre bien-aimé, qu'il ne veut point de partage; il veut posséder seul votre coeur

et y régner comme un roi sur le trône qui est à lui.

Si vous saviez bannir de votre âme toutes les créatures, Jésus se plairait à demeurer en

vous.

Vous trouverez avoir perdu presque tout ce que vous aurez établi sur les hommes et

non sur Jésus !

Ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent et n'y mettez pas votre confiance,

car toute chair est comme l'herbe, et sa gloire passe comme la fleur des champs.

3.Vous serez trompé souvent si vous jugez des hommes d'après ce qui paraît au-dehors;

au lieu des avantages et du soulagement que vous cherchez en eux, vous n'éprouverez

presque toujours que du préjudice.

Cherchez Jésus en tout, et en tout vous trouverez Jésus. Si vous vous cherchez

vous-même, vous vous trouverez aussi, mais pour votre perte.

Car l'homme qui ne cherche pas Jésus se nuit plus à lui-même que tous ses ennemis et

que le monde entier.

8. De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle



1.Quand Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble difficile; mais quand Jésus se

retire, tout fatigue.

Quand Jésus ne parle pas au-dedans, nulle consolation n'a de prix; mais si Jésus dit une

seule parole, on est merveilleusement consolé.

Marie-Madeleine ne se leva-t'elle pas aussitôt du lit où elle pleurait, lorsque Marthe lui

dit: Le maître est là, et vous appelle ?

Heureux moment où Jésus appelle des larmes à la joie de l'esprit !

Combien, sans Jésus, n'êtes-vous pas aride et insensible !

Et quelle vanité, quelle folie, si vous désirez autre chose que Jésus-Christ ! Ne serait-ce

pas une plus grande perte que si vous aviez perdu le monde entier ?

2.Que peut vous donner le monde sans Jésus ?

Etre sans Jésus, c'est un insupportable enfer; être avec Jésus, c'est un paradis de délices.

Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire.

Qui trouve Jésus trouve un trésor immense, ou plutôt un bien au-dessus de tout bien.

Qui perd Jésus perd plus et beaucoup plus que s'il perdait le monde entier.

Vivre sans Jésus, c'est le comble de l'indigence; être uni à Jésus, c'est posséder des

richesses infinies.

3.C'est un grand art que de savoir converser avec Jésus, et une grande prudence que de

savoir le retenir près de soi.

Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous.

Que votre vie soit pieuse et calme, et Jésus demeurera près de vous.

Vous éloignerez bientôt Jésus et vous perdrez sa grâce, si vous voulez vous répandre

au-dehors.

Et si vous l'éloignez et le perdez, qui sera votre refuge et quel autre ami

chercherez-vous ?

Vous ne sauriez vivre heureux sans ami; et si Jésus n'est pas pour vous un ami

au-dessus de tous les autres, n'attendez que tristesse et désolation.

Qu'insensé vous êtes, si vous mettez en quelque autre votre confiance ou votre joie !

Il vaudrait mieux avoir le monde entier contre vous, que d'être dans la disgrâce de

Jésus.

Qu'il vous soit donc plus cher que tout ce qui vous est cher.

4.Aimez tous les autres pour Jésus, et Jésus pour lui-même.

Lui seul doit être aimé uniquement, parce qu'il est le seul ami bon, fidèle, entre tous les

amis.

Aimez en lui et à cause de lui vos amis et vos ennemis, et priez-le pour tous afin que

tous le connaissent et l'aiment.

Ne souhaitez jamais d'obtenir aucune préférence dans l'estime ou l'amour des hommes;

car cela n'appartient qu'à Dieu, qui n'a point d'égal.

Ne désirez point que quelqu'un s'occupe de vous dans son coeur, et ne soyez

vous-même préoccupé de l'amour de personne; mais que Jésus soit en vous et en tout

homme de bien

5.Soyez pur et libre au-dedans, sans aucune attache à la créature.

Il vous faut être dépouillé de tout, et offrir à Dieu un coeur pur, si vous voulez être

libre et goûter comme le Seigneur est doux.

Et certes, jamais vous n'y parviendrez si sa grâce ne vous prévient et ne vous attire: de

sorte qu'ayant exclu et banni tout le reste, vous soyez seul uni à lui seul.

Car lorsque la grâce de Dieu visite l'homme, alors il peut tout; et quand elle se retire,

alors il est pauvre et infirme, et ne semble réservé qu'aux châtiments.

En cet état même, il ne doit ni se laisser abattre ni désespérer, mais il doit se soumettre

avec calme à la volonté de Dieu et souffrir pour l'amour de Jésus-Christ tout ce qui lui

arrive: car l'été succède à l'hiver, après la nuit revient le jour, et après la tempête une

grande sérénité.



9. De la privation de toute consolation



1.Il n'est pas difficile de mépriser les consolations humaines quand on jouit des

consolations divines.

Mais il est grand et très grand de consentir à être privé tout à la fois des consolations

des hommes et de celles de Dieu, de supporter volontairement pour sa gloire cet exil du

coeur, de ne se rechercher en rien, et de ne faire aucun retour sur ses propres mérites.

Qu'y a-t'il d'étonnant si vous êtes rempli d'allégresse et de ferveur lorsque la grâce

descend en vous ? C'est pour tous l'heure désirable.

Il avance aisément et avec joie, celui que la grâce soulève.

Comment sentirait-il son fardeau, quand il est porté par le Tout-Puissant et conduit par

le guide suprême ?

2.Toujours nous cherchons quelque soulagement, et difficilement l'homme se dépouille

de lui-même.

Fidèle à son évêque, le saint martyr Laurent vainquit le siècle parce qu'il méprisa tout

ce que le monde offre de séduisant, et qu'il souffrit en paix, pour l'amour de

Jésus-Christ, d'être séparé du souverain prêtre de Dieu, de Sixte, qu'il aimait avec une

vive tendresse.

Pour l'amour du Créateur surmontant l'amour de l'homme, aux consolations humaines

il préféra le bon plaisir divin.

Et vous aussi, apprenez donc à quitter, pour l'amour de Dieu, l'ami le plus cher et le

plus intime.

Et ne murmurez point s'il arrive que votre ami vous abandonne, sachant qu'après tout il

faudra bien un jour se séparer tous.

3.Ce n'est pas sans combattre beaucoup et longtemps en lui-même, que l'homme apprend

à se vaincre pleinement et à reporter en Dieu toutes ses affections.

Lorsqu'il s'appuie sur lui-même, il se laisse aisément aller aux consolations humaines.

Mais celui qui a vraiment l'amour de Jésus-Christ et le zèle de la vertu ne cède point à

l'attrait des consolations, et ne cherche point les douceurs sensibles; il désire plutôt de

fortes épreuves, et de souffrir de durs travaux pour Jésus-Christ.

4.Quand donc Dieu vous accorde quelque consolation spirituelle, recevez-la avec actions

de grâces; mais reconnaissez-y le don de Dieu et non votre propre mérite.

Ne vous en élevez pas, n'en ayez point trop de joie, n'en concevez pas une vaine

présomption. Que cette grâce, au contraire, vous rende plus humble, plus vigilant, plus

timide dans toutes vos actions; car ce moment passera et sera suivi de la tentation.

Quand la consolation vous est ôtée, ne vous découragez pas aussitôt; mais attendez

avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de nouveau: car il est tout-puissant

pour vous consoler encore plus.

Cela n'est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l'expérience des voies de Dieu: les

grands saints et les anciens prophètes ont souvent éprouvé ces vicissitudes.

5.Un d'eux, sentant la présence de la grâce, s'écriait: J'ai dit dans mon abondance: Je ne

serai jamais ébranlé ! Mais la grâce s'étant retirée, il ajoutait: Vous avez détourné de

moi votre face, et j'ai été rempli de trouble.

Dans ce trouble cependant, il ne désespère point; mais il prie le Seigneur avec plus

d'insistance, disant: Seigneur, je crierai vers vous, et j'implorerai mon Dieu.

Enfin il recueille le fruit de sa prière et il témoigne qu'il a été exaucé: Le Seigneur m'a

écouté, il a eu pitié de moi, le Seigneur s'est fait mon appui.

Mais comment ? Vous avez, dit-il, changé mes gémissements en chants d'allégresse,

et vous m'avez environné de joie.

Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands saints, nous ne devons pas perdre

courage, pauvres infirmes que nous sommes, si quelquefois nous éprouvons de la

ferveur et quelquefois du refroidissement: car l'esprit de Dieu vient et se retire comme

il lui plaît. Ce qui faisait dire au bienheureux Job: Vous visitez l'homme dès le matin,

et aussitôt vous l'éprouvez.

6.En quoi donc espérer, et en quoi mettre ma confiance, si ce n'est uniquement dans la

grande miséricorde de mon Dieu et dans l'attente de la grâce céleste ?

Car, soit que j'aie près de moi des hommes vertueux, des religieux fervents, des amis

fidèles; soit que je lise de saints livres et d'éloquents traités, soit que j'entende le doux

chant des hymnes, tout cela aide peu et ne touche guère quand la grâce se retire, et que

je suis délaissé dans ma propre indigence.

Alors il n'est point de meilleur remède qu'une humble patience et l'abandon de

soi-même à la volonté de Dieu.

7.Je n'ai jamais rencontré d'homme si pieux et si parfait qui n'ait éprouvé quelquefois

cette privation de la grâce et une diminution de ferveur.

Nul saint n'a été ravi si haut ni si rempli de lumière qu'il n'ait été tenté avant ou après.

Car il n'est pas digne d'être élevé jusqu'à la contemplation de Dieu, celui qui n'a pas

souffert pour Dieu quelque tribulation.

La tentation annonce d'ordinaire la consolation qui doit suivre.

Car la consolation céleste est promise à ceux qu'a éprouvés la tentation. Celui qui

vaincra, dit le Seigneur, je lui donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie.

8.La consolation divine est donnée afin que l'homme ait plus de force pour soutenir

l'adversité.

La tentation vient après, afin qu'il ne s'enorgueillisse pas du bien.

Car Satan ne dort point, et la chair n'est pas encore morte: c'est pourquoi ne cessez de

vous préparer au combat, parce qu'à droite et à gauche sont des ennemis qui ne se

reposent jamais.



10. De la reconnaissance pour la grâce de Dieu



1.Pourquoi cherchez-vous le repos lorsque vous êtes né pour le travail ?

Disposez-vous à la patience plutôt qu'aux consolations, et à porter la croix plutôt qu'à

goûter la joie.

Quel est l'homme du siècle qui ne reçut volontiers les joies et les consolations

spirituelles, s'il pouvait en jouir toujours ?

Car les consolations spirituelles surpassent toutes les délices du monde et toutes les

voluptés de la chair.

Toutes les délices du monde sont ou honteuses ou vaines; les délices spirituelles sont

seules douces et chastes, nées des vertus et répandues par Dieu dans les coeurs purs.

Mais nul ne peut jouir toujours à son gré des consolations divines, parce que la

tentation ne cesse jamais longtemps.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:48

Imitation de Jésus-Christ
Livre 2
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais


Livre deuxième - Instruction pour avancer dans la vie intérieure p. 29

1.De la conversation intérieure

2.Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité

3.De l'homme pacifique

4.De la pureté d'esprit et de la droiture d'intention

5.De la considération de soi-même

6.De la joie d'une bonne conscience

7.Qu'il faut aimer Jésus-Christ par-dessus toutes choses

8.De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle

9.De la privation de toute consolation

10.De la reconnaissance pour la grâce de Dieu

11.Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ

12.De la sainte voie de la Croix

Livre deuxième - Instruction pour avancer dans la vie intérieure

1. De la conversation intérieure



1.Le royaume de Dieu est au dedans de vous, dit le Seigneur.

Revenez à Dieu de tout votre coeur, laissez là ce misérable monde, et votre âme

trouvera le repos.

Apprenez à mépriser les choses extérieures et à vous donner aux intérieures, et vous

verrez le royaume de Dieu venir en vous.

Car le royaume de Dieu est paix et joie dans l'Esprit Saint, ce qui n'est pas donné aux

impies.

Jésus-Christ viendra à vous et il vous remplira de ses consolations, si vous lui préparez

au-dedans de vous une demeure digne de lui.

Toute sa gloire et toute sa beauté est intérieure; c'est dans le secret du coeur qu'il se

plaît.

Il visite souvent l'homme intérieur et ses entretiens sont doux, ses consolations

ravissantes; sa paix est inépuisable, et sa familiarité incompréhensible.

2.Ame fidèle, hâtez-vous donc de préparer votre coeur pour l'époux, afin qu'il daigne

venir et habiter en vous.

Car il a dit: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous viendrons à lui, et

nous ferons en lui notre demeure. Laissez donc entrer Jésus en vous, et n'y laissez

entrer que lui.

Lorsque vous posséderez Jésus, vous serez riche et lui seul vous suffit. Il veillera sur

vous, il prendra de vous un soin fidèle en toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus

besoin de rien attendre des hommes.

Car les hommes changent vite et vous manquent tout d'un coup; mais Jésus-Christ

demeure éternellement: inébranlable dans sa constance, il est près de vous jusqu'à la

fin.

3.On ne doit guère compter sur un homme fragile et mortel, encore bien qu'il vous soit

utile et que vous soyez chers l'un à l'autre, et il n'y a pas lieu de s'attrister beaucoup si

quelquefois il vous traverse et s'élève contre vous.

Ceux qui sont aujourd'hui pour vous pourront être demain contre vous et

réciproquement: les hommes changent comme le vent.

Mettez en Dieu toute votre confiance: qu'il soit votre crainte et votre amour; il

répondra pour vous et il fera ce qui est le meilleur.

Vous n'avez point ici de demeure stable; en quelque lieu que vous soyez vous êtes

étranger et voyageur, et vous n'aurez jamais de repos que vous ne soyez uni intimement

à Jésus-Christ.

4.Que cherchez-vous autour de vous ? Ce n'est pas ici le lieu de votre repos.

Votre demeure doit être dans le ciel et vous ne devez regarder toutes les choses de la

terre que comme en passant.

Tout passe, et vous passez avec tout le reste.

Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit de peur d'en devenir l'esclave et de

vous perdre.

Que sans cesse votre pensée monte vers le Très-Haut, et votre prière vers Jésus-Christ.

Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations célestes, reposez-vous

dans la passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses plaies sacrées.

Car, si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieux stigmates, vous

sentirez une grande force au temps de la tribulation; vous vous inquiéterez peu du

mépris des hommes et vous supporterez aisément les paroles médisantes.

5.Jésus-Christ aussi a été méprisé des hommes en ce monde, et dans les plus extrêmes

angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches, au milieu des opprobres.

Jésus-Christ a voulu souffrir et être méprisé; et vous osez vous plaindre de quelque

chose !

Jésus-Christ a eu des ennemis et des détracteurs, et vous voudriez n'avoir que des amis

et des bienfaiteurs !

Comment votre patience méritera-t'elle d'être couronnée s'il ne vous arrive rien de

pénible ?

Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ ?

Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, si vous voulez régner avec

Jésus-Christ.

6.Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le coeur de Jésus, et que vous eussiez

ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut

vous contrarier ou vous plaire ! Vous vous réjouiriez d'un outrage reçu parce que

l'amour de Jésus apprend à l'homme à se mépriser lui-même.

Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur et dégagé de toute

affection déréglée, peut librement s'approcher de Dieu et, s'élevant en esprit au-dessus

de soi-même, se reposer en lui par une jouissance anticipée.

7.Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont et non d'après les discours et

l'opinion des hommes, est vraiment sage; et c'est Dieu qui l'instruit plus que les

hommes.

Celui qui vit au-dedans de lui-même et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous

les lieux lui sont bons et tous les temps pour remplir ses pieux exercices.

Un homme intérieur se recueille bien vite parce qu'il ne se répand jamais tout entier

au-dehors.

Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certain temps, ne le troublent

point; mais il se prête aux choses selon qu'elles arrivent.

Celui qui a établi l'ordre au-dedans de soi ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien

ou de mal dans les autres.

L'on n'a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

8.Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à

votre bien et à votre progrès.

Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous

n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre.

Rien n'embarrasse et ne souille tant le coeur de l'homme que l'amour impur des

créatures.

Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du ciel

et goûter souvent les joies intérieures.



2. Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité



1.Inquiétez-vous peu qui est pour vous ou contre vous; mais prenez soin que Dieu soit

avec vous en tout ce que vous faites.

Ayez la conscience pure et Dieu prendra votre défense.

Toute la malice des hommes ne saurait nuire à celui que Dieu veut protéger.

Si vous savez vous taire et souffrir, Dieu sans doute vous assistera.

Il sait le temps et la manière de vous délivrer: abandonnez-vous donc à lui.

C'est de Dieu que vient le secours, c'est lui qui délivre de la confusion.

Il est souvent très utile, pour nous retenir dans une plus grande humilité, que les autres

soient instruits de nos défauts et qu'ils nous les reprochent.

2.Quand un homme s'humilie de ses défauts, il apaise aisément les autres et se concilie

sans peine ceux qui sont irrités contre lui.

Dieu protège l'humble et le délivre, il aime l'humble et le console, il s'incline vers

l'humble et lui prodigue ses grâces, et après l'abaissement, il l'élève dans la gloire.

Il révèle à l'humble ses secrets, il l'invite et l'attire doucement à lui.

Quelque affront qu'il reçoive, l'humble vit encore en paix, parce qu'il s'appuie sur Dieu

et non sur le monde.

Ne pensez pas avoir fait de progrès si vous ne vous croyez au-dessous de tous les

autres.



3. De l'homme pacifique



1.Conservez-vous premièrement dans la paix: et alors vous pourrez la donner aux autres.

Le pacifique est plus utile que le savant.

Un homme passionné change le bien en mal, et croit le mal aisément. L'homme paisible

et bon ramène tout au bien.

Celui qui est affermi dans la paix ne pense mal de personne; mais l'homme inquiet et

mécontent est agité de divers soupçons: il n'a jamais de repos, et n'en laisse point aux

autres.

Il dit souvent ce qu'il ne faudrait pas dire, et ne fait pas ce qu'il faudrait faire.

Attentif aux devoirs des autres, il néglige ses propres devoirs.

Ayez donc premièrement du zèle pour vous-même, et vous pourrez ensuite avec justice

l'étendre sur le prochain.

2.Vous savez bien colorer et excuser vos fautes, et vous ne voulez pas recevoir les

excuses des autres.

Il serait plus juste de vous accuser vous-même et d'excuser votre frère.

Si vous voulez qu'on vous supporte, supportez aussi les autres.

Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de l'humilité, qui jamais ne

s'irrite et ne s'indigne que contre elle-même.

Ce n'est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et bons, car cela

plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et s'affectionne à ceux qui partagent

ses sentiments.

Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans règle, ou qui nous contrarient,

c'est une grande grâce, une vertu courageuse digne d'être louée.

3.Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec les autres.

Et il y en a qui n'ont point la paix, et qui troublent celle d'autrui: ils sont à charge aux

autres, et plus à charge à eux-mêmes.

Il y en a, enfin, qui se maintiennent dans la paix et qui s'efforcent de la rendre aux

autres.

Au reste toute notre paix dans cette misérable vie, consiste plus dans une souffrance

humble que dans l'exemption de la souffrance.

Qui sait le mieux souffrir possédera la plus grande paix. Celui-là est vainqueur de soi

et maître du monde, ami de Jésus-Christ et héritier du ciel.

4. De la pureté d'esprit et de la droiture d'intention



1.L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes, la simplicité et la pureté.

La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'affection.

La simplicité cherche Dieu, la pureté le trouve et le goûte.

Nulle bonne oeuvre ne vous sera difficile si vous êtes libre au-dedans de toute

affection déréglée.

Si vous ne voulez que ce que Dieu veut et ce qui est utile au prochain, vous jouirez de

la liberté intérieure.

Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre

rempli de saintes instructions.

Il n'est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque image de la bonté de

Dieu.

2.Si vous aviez en vous assez d'innocence et de pureté, vous verriez tout sans obstacle.

Un coeur pur pénètre le ciel et l'enfer.

Chacun juge des choses du dehors selon ce qu'il est au-dedans de lui-même.

S'il est quelque joie dans le monde, le coeur pur la possède.

Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont connues de la mauvaise

conscience.

Comme le fer mis au feu perd sa rouille et devient tout étincelant, ainsi celui qui se

donne sans réserve à Dieu se dépouille de sa langueur et se change en un homme

nouveau.

3.Quand l'homme commence à tomber dans la tiédeur, alors il craint le moindre travail et

reçoit avidement les consolations du dehors.

Mais quand il commence à se vaincre parfaitement et à marcher avec courage dans la

voie de Dieu, alors il compte pour rien ce qui lui était le plus pénible.

5. De la considération de soi-même



1.Nous ne devons pas trop compter sur nous-mêmes, parce que souvent la grâce et le

jugement nous manquent.

Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu, il est aisé de le perdre par

négligence.

Souvent nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles au-dedans de

nous.

A de mauvaises actions souvent nous donnons de pires excuses.

Quelquefois nous sommes mus par la passion et nous croyons que c'est par le zèle.

Nous relevons de petites fautes dans les autres et nous nous en permettons de plus

grandes.

Nous sentons bien vite et nous pesons ce que nous souffrons des autres; mais tout ce

qu'ils ont à souffrir de nous, nous n'y songeons point.

Qui se jugerait équitablement soi-même, sentirait qu'il n'a droit de juger personne

sévèrement.

2.L'homme intérieur préfère le soin de soi-même à tout autre soin: et lorsqu'on est

attentif à soi, on se tait aisément sur les autres.

Vous ne serez jamais un homme intérieur et vraiment pieux, si vous ne gardez le

silence sur ce qui vous est étranger, et si vous ne vous occupez principalement de

vous-même.

Si vous n'avez que Dieu et vous-même en vue, vous serez peu touché de ce que vous

apercevrez au-dehors.

Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous-même ? Et que vous revient-il

d'avoir tout parcouru, et de vous être oublié ?

Si vous voulez posséder la paix et être véritablement uni à Dieu, il faut laisser là tout le

reste, et ne penser qu'à vous seul.

3.Vous ferez de grands progrès si vous vous dégagez de tous les soins du temps.

Vous serez, au contraire, fatigué bien vite, si vous comptez pour quelque chose ce qui

n'est que de ce monde.

Qu'il n'y ait rien de grand à vos yeux, d'élevé, de doux, d'aimable, que Dieu seul, ou ce

qui vient de Dieu.

Regardez comme une pure vanité toute consolation qui repose sur la créature.

L'âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu.

Dieu seul, éternel, immense et remplissant tout, est la consolation de l'âme et la vraie

joie du coeur.

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