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  • : In hoc signo vinces. Parousie by ROBLES Patrick
  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Patrick ROBLES
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:51
Notre-Dame du Scoglio

2.Quand tu posséderais tous les biens créés, ils ne pourraient te rendre heureuse ni

contente; en Dieu, qui a tout créé, en lui seul est ta félicité et tout ton bonheur.

Bonheur non pas tel que se le figurent et que l'aiment les amis insensés du monde, mais

tel que l'attendent les vrais serviteurs de Jésus-Christ, et tel que le goûtent quelquefois

par avance les âmes pieuses et les coeurs purs, dont l'entretien est dans le ciel.

Toute consolation humaine est vide et dure peu.

La vraie, la douce consolation est celle que la vérité fait sentir intérieurement.

L'homme pieux porte avec lui partout Jésus, son consolateur, et lui dit: Seigneur, soyez

près de moi en tout temps et en tout lieu.

Que ma consolation soit d'être volontiers privé de toute consolation humaine.

Et si la vôtre me manque aussi, que votre volonté et cette juste épreuve me soient une

consolation au-dessus de toutes les autres.

Car vous ne serez pas toujours irrité, et vos menaces ne seront point éternelles.

17 . Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous regarde



1.Jésus-Christ: Mon fils, laissez-moi agir avec vous comme il me plaît; car je sais ce qui

vous est bon.

Vos pensées sont celles de l'homme et vos sentiments sont, en beaucoup de choses,

conformes aux penchants de son coeur.

2.Le fidèle: Il est vrai, Seigneur; vous prenez de moi beaucoup plus de soin que je n'en

puis prendre moi-même.

Il est menacé d'une prompte chute, celui qui ne s'appuie pas uniquement sur vous.

Pourvu, Seigneur, que ma volonté demeure droite et qu'elle soit affermie en vous,

faites de moi tout ce qu'il vous plaira, car tout ce que vous ferez de moi ne peut être

que bon.

Si vous voulez que je sois dans les ténèbres, soyez béni; et si vous voulez que je sois

dans la lumière, soyez encore béni.

Si vous daignez me consoler, soyez béni; et si vous voulez que j'éprouve des

tribulations, soyez également toujours béni.

3.Jésus-Christ: Mon fils, c'est ainsi que vous devez être, si vous ne voulez pas vous

séparer de moi.

Il faut que vous soyez préparé à la souffrance autant qu'à la joie, au dénuement et à la

pauvreté autant qu'aux richesses et à l'abondance.

4.Le fidèle: Seigneur, je souffrirai volontiers pour vous tout ce que vous voudrez qui

vienne sur moi.

Je veux recevoir indifféremment de votre main, le bien et le mal, les douceurs et les

amertumes, la joie et la tristesse, et vous rendre grâce de tout ce qui m'arrivera.

Préservez-moi à jamais de tout péché et je ne craindrai ni la mort, ni l'enfer.

Pourvu que vous ne me rejetiez pas, et que vous ne m'effaciez pas du livre de vie,

aucune tribulation ne peut me nuire.

18. Qu'il faut souffrir avec constance les misères de cette vie à

l'exemple de Jésus-Christ



1.Jésus-Christ: Mon fils, je suis descendu du ciel pour votre salut; je me suis chargé de

vos misères, afin de vous former par mon exemple à la patience, et de vous apprendre à

supporter les maux de cette vie sans murmurer.

Car depuis l'heure de ma naissance jusqu'à ma mort sur la croix, je n'ai jamais été sans

douleur.

J'ai vécu dans une extrême indigence des choses de ce monde; j'ai entendu souvent bien

des plaintes de moi; j'ai souffert avec douceur les affronts et les outrages; je n'ai

recueilli sur la terre, pour mes bienfaits, que de l'ingratitude; pour mes miracles, que

des blasphèmes; pour ma doctrine, que des censures.

2.Le fidèle: Puisque vous avez montré, Seigneur, tant de patience durant votre vie,

accomplissant par là, d'une manière parfaite, ce que votre Père demandait de vous, il est

bien juste que moi, pauvre pécheur, je souffre patiemment ma misère selon votre

volonté, et que je porte pour mon salut, aussi longtemps que vous le voudrez, le poids

de cette vie corruptible.

Car, bien que la vie présente soit pleine de douleurs, elle devient cependant, par votre

grâce, une source abondante de mérites, et votre exemple suivi par vos saints la rend

plus supportable et précieuse, même aux faibles.

Elle est aussi beaucoup plus remplie de consolations que dans l'ancienne loi, quand les

portes du ciel étaient encore fermées, que la voie du ciel semblait plus obscure, et que

si peu s'occupaient de chercher le royaume de Dieu.

Les justes mêmes, à qui le salut était réservé, ne pouvaient entrer dans le royaume

céleste qu'après la consommation de vos souffrances et le tribut sacré de votre mort.

3.Oh ! quelles grâces ne dois-je pas vous rendre, de ce que vous avez daigné me montrer,

et à tous les fidèles, la voie droite et sûre qui conduit à votre royaume éternel !

Car votre vie est notre voie et par une sainte patience, nous marchons vers vous, qui

êtes notre couronne.

Si vous ne nous aviez précédés et instruits, qui songerait à vous suivre ?

Hélas ! combien resteraient en arrière, et bien loin, s'ils n'avaient sous les yeux vos

exemples sacrés !

Après tant de miracles et d'instructions, nous sommes encore tièdes; que serait-ce si

tant de lumières ne nous guidait sur vos traces !



19. De la souffrance des injures, et de la véritable patience



1.Jésus-Christ: Pourquoi ces paroles, mon fils ? Cessez de vous plaindre, en considérant

mes souffrances et celles des saints.

Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang.

Ce que vous souffrez est peu en comparaison de ce qu'on souffert tant d'autres, qui ont

été éprouvés et exercés par de si fortes tentations, par des tribulations si pesantes.

Rappelez donc à votre esprit les peines extrêmes des autres, afin d'en supporter

paisiblement de plus légères.

Que si elles ne vous paraissent pas légères, prenez garde que cela ne vienne de votre

impatience.

Cependant, grandes ou petites, efforcez-vous de les souffrir patiemment.

2.Plus vous vous disposez à souffrir, plus vous montrez de sagesse et acquérez de

mérites. La ferme résolution et l'habitude de souffrir vous rendront même la souffrance

moins dure.

Ne dites pas: Je ne puis supporter cela d'un tel homme; ce sont des offenses qu'on

n'endure point. Il m'a fait un très grand tort, et il me reproche des choses auxquelles je

n'ai jamais pensé; mais d'un autre je le souffrirais avec moins de peine, et comme je

croirais devoir le souffrir.

Ce discours est insensé; car au lieu de considérer la vertu de patience et ce qui doit la

couronner, c'est regarder seulement à l'injure et à la personne de qui on l'a reçue.

3.Celui-là n'a pas la vraie patience qui ne veut souffrir qu'autant qu'il lui plaît et de qui il

lui plaît.

L'homme vraiment patient n'examine point qui l'éprouve, si c'est son supérieur, son

égal ou son inférieur, un homme de bien ou un méchant.

Mais, indifférent sur les créatures, il reçoit de la main de Dieu, avec reconnaissance et

aussi souvent qu'il le veut, tout ce qui lui arrive de contraire, et l'estime un grand gain.

Car Dieu ne laissera sans récompense aucune peine, même la plus légère, qu'on aura

soufferte pour lui.

4.Soyez donc prêt au combat si vous voulez remporter la victoire.

On ne peut obtenir sans combat la couronne de la patience; et refuser de combattre,

c'est refusé d'être couronné.

Si vous désirez la couronne, combattez courageusement, souffrez avec patience.

On ne parvient pas au repos sans travail, ni sans combat à la victoire.

5.Le fidèle: Seigneur, que ce qui paraît impossible à la nature me devienne possible par

votre grâce.

J'ai, vous le savez, peu de force pour souffrir; la moindre adversité m'abat aussitôt.

Faites que j'aime, que je désire d'être exercé, affligé pour votre nom, car subir l'injure

et souffrir pour vous est très salutaire à mon âme.



20. De l'aveu de son infirmité, et des misères de cette vie



1.Le fidèle: Je confesserai contre moi mon injustice, je vous confesserai, Seigneur, mon

infirmité.

Souvent un rien m'abat et me jette dans la tristesse.

Je me propose d'agir avec force; mais à la moindre tentation qui survient, je tombe dans

une grande angoisse.

Souvent c'est la plus petite chose et la plus méprisable qui me cause une violente

tentation.

Et quand je ne sens rien en moi-même et que je me crois un peu en sûreté, je me trouve

quelquefois abattu par un léger souffle.

2.Voyez donc, Seigneur, mon impuissance et ma fragilité, que tout manifeste à vos yeux.

Ayez pitié de moi, et retirez-moi de la boue, de crainte que je n'y demeure à jamais

enfoncé.

Ce qui souvent fait ma peine et ma confusion devant vous, c'est de tomber si aisément

et d'être si faible contre mes passions.

Bien qu'elles ne parviennent pas à m'arracher un plein consentement, leurs sollicitations

me fatiguent et me pèsent, et ce m'est un grand ennui de vivre toujours ainsi en guerre.

Je connais surtout en ceci mon infirmité, que les plus horribles imaginations s'emparent

de mon esprit bien plus facilement qu'elles n'en sortent.

3.Puissant Dieu d'Israël, défenseur des âmes fidèles, daignez jeter un regard sur votre

serviteur affligé et dans le travail, et soyez près de lui pour l'aider en tout ce qu'il

entreprendra.

Remplissez-moi d'une force toute céleste de peur que le vieil homme, cette chair de

péché qui n'est pas encore entièrement soumise à l'esprit, ne prévale et ne domine, elle

contre qui nous devons combattre jusqu'au dernier soupir, dans cette vie chargée de

tant de misères.

Hélas ! qu'est-ce que cette vie, assiégée de toutes parts de tribulations et de peines,

environnée de pièges et d'ennemis !

Est-on délivré d'une affliction ou d'une tentation, une autre lui succède; et l'on combat

même encore la première, que d'autres surviennent inopinément.

4.Comment peut-on aimer une vie remplie de tant d'amertume, sujette à tant de maux et

de calamités ?

Comment peut-on même appeler vie ce qui engendre tant de douleurs et tant de morts ?

Et cependant on l'aime, et plusieurs y cherchent leur félicité.

On reproche souvent au monde d'être trompeur et vain; et toutefois on le quitte

difficilement parce qu'on est encore dominé par les convoitises de la chair.

Certaines choses nous inclinent à aimer le monde, d'autres à le mépriser.

Le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie inspirent l'amour du

monde; mais les peines et les misères qui les suivent justement produisent la haine et le

dégoût du monde.

5.Mais hélas ! le plaisir mauvais triomphe de l'âme livrée au monde: elle se repose avec

délices dans l'esclavage des sens parce qu'elle ne connaît pas et n'a point goûté les

suavités célestes ni le charme intérieur de la vertu.

Mais ceux qui, méprisant le monde parfaitement, s'efforcent de vivre pour Dieu sous

une sainte discipline, n'ignorent point les divines douceurs promises au vrai

renoncement, et voient avec clarté combien le monde, abusé par des illusions diverses,

s'égare dangereusement.



21. Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que dans tous les autres

biens



1.Le fidèle: En tout et par-dessus tout, repose-toi en Dieu, ô mon âme, parce qu'il est le

repos éternel des saints.

Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu'en toutes les

créatures; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et la gloire; plus que dans

toute puissance et dans toute dignité; plus que dans la science, l'esprit, les richesses, les

arts; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et

les douceurs, l'espérance et les promesses; plus qu'en tout mérite et en tout désir; plus

même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous pouvez nous prodiguer;

plus que dans l'allégresse et dans les transports que l'âme peut concevoir et sentir; plus

enfin que dans les anges et dans les archanges, et dans toute l'armée des cieux; plus

qu'en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu'en tout ce qui n'est pas vous, ô

mon Dieu !

2.Car vous seul êtes infiniment bon, seul très haut, très puissant; vous suffisez seul, parce

que seul vous possédez et vous donnez tout, vous seul nous consolez par vos douceurs

inexprimables; seul vous êtes toute beauté, tout amour; votre gloire s'élève au-dessus

de toute gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur; la perfection de tous les

biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours été, y sera toujours.

Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me découvrez de

vous-même, tout ce que vous m'en promettez est trop peu et ne me suffit pas, si je ne

vous vois, si je ne vous possède pleinement.

Car mon coeur ne peut avoir de vrai repos ni être entièrement rassasié jusqu'à ce que,

s'élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créature, il se repose uniquement en

vous.

3.Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon Jésus, Roi de toutes les

créatures ! qui me délivrera de mes liens, qui me donnera des ailes pour voler vers

vous et me reposer en vous ?

Oh ! quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir, Seigneur mon Dieu, et pour

goûter combien vous êtes doux ?

Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré de votre amour, que je ne

me sente plus moi-même et que je ne vive plus que de vous, dans cette union ineffable

et au-dessus des sens, que tous ne connaissent pas ?

Maintenant, je ne sais que gémir et je porte avec douleur ma misère.

Car en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux, qui me troublent,

m'affligent et couvrent mon âme comme d'un nuage. Souvent ils me fatiguent et me

retardent; ils s'emparent de moi; ils m'arrêtent et, m'ôtant près de vous un libre accès, ils

me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent toujours et sans obstacle les

célestes esprits.

Soyez touché de mes soupirs et de ma désolation sur la terre !

4.Ô Jésus, splendeur de l'éternelle gloire, consolateur de l'âme exilée ! ma bouche est

muette devant vous et mon silence vous parle.

Jusqu'à quand mon Seigneur tardera-t'il de venir ?

Qu'il vienne à ce pauvre qui est à lui et qu'il lui rende la joie. Qu'il étende la main pour

relever un malheureux plongé dans l'angoisse.

Venez, venez, car sans vous, tous les jours, toutes les heures s'écoulent dans la

tristesse, parce que vous êtes seul ma joie, et que vous pouvez seul remplir le vide de

mon coeur.

Je suis oppressé de misère, et comme un prisonnier chargé de fers, jusqu'à ce que, me

ranimant par la lumière de votre présence, vous me rendiez la liberté et jetiez sur moi

un regard d'amour.

5.Que d'autres cherchent, au lieu de vous, tout ce qu'ils voudront; pour moi, rien ne me

plaît ni ne me plaira jamais que vous, ô mon Dieu ! mon espérance, mon salut éternel !

Je ne me tairai point, je ne cesserai point de prier jusqu'à ce que votre grâce revienne et

que vous me parliez intérieurement.

6.Jésus-Christ: Me voici, je viens à vous parce que vous m'avez invoqué. Vos larmes et

le désir de votre âme, le brisement de votre coeur humilié m'ont fléchi et ramené à

vous.

7.Le fidèle: Et j'ai dit: Seigneur, je vous ai appelé et j'ai désiré jouir de vous, prêt à

rejeter pour vous tout le reste.

Et c'est vous qui m'avez incité le premier à vous chercher.

Soyez donc béni, Seigneur, d'avoir usé de cette bonté envers votre serviteur selon

votre infinie miséricorde.

Que peut-il vous dire encore et que lui reste-t'il, qu'à s'humilier profondément en votre

présence, plein du souvenir de son néant et de son iniquité ? Car il n'est rien de

semblable à vous dans tout ce que le ciel et la terre renferment de plus merveilleux.

Vos oeuvres sont parfaites, vos jugements véritables, et l'univers est régi par votre

providence.

Louange donc et gloire à vous, ô sagesse du Père ! Que mon âme, que ma bouche, que

toutes les créatures ensemble vous louent et vous bénissent à jamais.

22. Du souvenir des bienfaits de Dieu



1.Le fidèle: Seigneur ! ouvrez mon coeur à votre loi, et enseignez-moi à marcher dans

la voie de vos commandements.

Faites que je connaisse votre volonté et que je rappelle dans mon souvenir, avec un

grand respect et une sérieuse attention, tous vos bienfaits, afin de vous en rendre de

dignes actions de grâces.

Je sais cependant et je confesse que je ne puis reconnaître dignement la moindre de vos

faveurs.

Je suis au-dessous de tous les biens que vous m'avez accordés; et quand je considère

votre élévation infinie, mon esprit s'abîme dans votre grandeur.

2.Tout ce que nous avons en nous, dans notre corps, dans notre âme, tout ce que nous

possédons et au-dedans et au-dehors, dans l'ordre de la grâce ou de la nature, c'est vous

qui nous l'avez donné; et vos bienfaits nous rappellent sans cesse votre bonté, votre

tendresse, l'immense libéralité dont vous usez envers nous, vous de qui viennent tous

les biens.

Car tout vient de vous, quoique l'un reçoive plus, l'autre moins; et sans vous nous

serions à jamais privés de tout bien.

Celui qui a reçu davantage ne peut se glorifier de son mérite, ni s'élever au-dessus des

autres, ni insulter celui qui a moins reçu; car celui-là est le meilleur et le plus grand,

qui s'attribue le moins, et qui rend grâces avec plus de ferveur et d'humilité.

Et celui qui se croit le plus vil et le plus indigne de tous est le plus propre à recevoir de

grands dons.

3.Celui qui a moins reçu ne doit ni s'affliger, ni se plaindre, ni concevoir de l'envie contre

ceux qui ont reçu davantage, mais plutôt ne regarder que vous et louer de toute son

âme votre bonté, toujours prête à répandre ses dons si abondamment, si gratuitement,

sans acception de personnes.

Tout vient de vous et ainsi vous devez être loué de tout.

Vous savez ce qu'il convient de donner à chacun, pourquoi celui-ci reçoit plus, cet

autre moins; ce n'est pas à nous qu'appartient ce discernement, mais à vous qui pesez

tous les mérites.

4.C'est pourquoi, Seigneur mon Dieu, je regarde comme une grâce singulière que vous

m'ayez accordé peu de ces dons qui paraissent au-dehors et qui attirent les louanges et

l'admiration des hommes. Et certes, en considérant son indigence et son abjection, loin

d'en être abattu, loin d'en concevoir aucune peine, aucune tristesse, on doit plutôt sentir

une douce consolation, une grande joie; car vous avez choisi, mon Dieu, pour vos amis

et vos serviteurs les pauvres, les humbles, ceux que le monde méprise.

Tels étaient vos apôtres mêmes, que vous avez établis princes sur toute la terre.

Ils ont passé dans ce monde sans se plaindre, purs de tout artifice et de la pensée même

du mal, si simples et si humbles qu'ils se réjouissaient de souffrir les outrages pour

votre nom, et qu'ils embrassaient avec amour tout ce que le monde abhorre.

5.Rien ne doit causer tant de joie à celui qui vous aime et qui connaît le prix de vos

bienfaits, que l'accomplissement de votre volonté et de vos desseins éternels sur lui.

Il doit y trouver un contentement, une consolation telle, qu'il consente aussi volontiers

à être le plus petit, que d'autres désirent avec ardeur d'être les plus grands; qu'il soit

aussi tranquille, aussi satisfait dans la dernière place que dans la première; et que,

toujours prêt à souffrir le mépris, les rebuts, il s'estime aussi heureux d'être sans nom,

sans réputation, que les autres de jouir des honneurs et des grandeurs du monde.

Car votre volonté et le zèle de votre gloire doivent être pour lui au-dessus de tout, et

lui plaire et le consoler plus que tous les dons que vous lui avez faits, et que vous

pouvez lui faire encore.

23. De quatre choses importantes pour conserver la paix



1.Jésus-Christ: Mon fils, je vous enseignerai maintenant la voie de la paix et de la vraie

liberté.

2.Le fidèle: Faites, Seigneur, ce que vous dites; car il m'est doux de vous entendre.

3.Jésus-Christ: Appliquez-vous, mon fils, à faire plutôt la volonté d'autrui que la vôtre.

Choisissez toujours d'avoir moins que plus.

Cherchez toujours la dernière place, et à être au-dessous de tous.

Désirez toujours et priez que la volonté de Dieu s'accomplisse parfaitement en vous.

Celui qui agit ainsi est dans la voie de la paix et du repos.

4.Le fidèle: Seigneur, ces courts préceptes renferment une grande perfection.

Ils contiennent peu de paroles; mais elles sont pleines de sens, et abondantes en fruits.

Si j'étais fidèle à les observer, je ne tomberais pas si aisément dans le trouble.

Car toutes les fois qu'il m'arrive de perdre le calme et la paix, je reconnais que je me

suis écarté de ces maximes.

Mais vous qui pouvez tout, et qui désirez toujours le progrès des âmes, augmentez en

moi votre grâce, afin qu'en obéissant à ce que vous commandez, je puisse accomplir

mon salut.

5.Prière pour obtenir d'être délivré des mauvaises pensées.

Seigneur mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi. Mon Dieu, hâtez-vous de me

secourir, car une foule de pensées diverses m'ont assailli et de grandes terreurs agitent

mon âme.

Comment traverserai-je tant d'ennemis sans recevoir de blessures ? Comment les

renverserai-je ?

6.Je marcherai devant vous, dit le Seigneur, et j'abattrai les puissants de la terre.

J'ouvrirai les portes de la prison, et je vous montrerai les issues les plus secrètes.

7.Faites, Seigneur, selon votre parole; et que toutes les pensées mauvaises fuient devant

vous.

Mon unique espérance, ma seule consolation dans les maux qui me pressent est de me

réfugier vers vous, de me confier en vous, de vous invoquer du fond de mon coeur et

d'attendre avec patience votre secours.

8.Prière pour demander à Dieu la lumière.

Eclairez-moi intérieurement, ô bon Jésus ! Faites luire votre lumière dans mon coeur et

dissipez toutes ses ténèbres.

Arrêtez mon esprit qui s'égare et brisez la violence des tentations qui me pressent.

Déployez pour moi votre bras et domptez ces bêtes furieuses, ces convoitises

dévorantes, afin que je trouve la paix dans votre force et que sans cesse vos louanges

retentissent dans votre sanctuaire, dans une conscience pure.

Commandez aux vents et aux tempêtes; dites à la mer: Apaise-toi; à l'aquilon: Ne

souffle point, et il se fera un grand calme.

9.Envoyez votre lumière et votre vérité pour qu'elles luisent sur la terre; car je ne suis

qu'une terre stérile et ténébreuse jusqu'à ce que vous m'éclairiez.

Répandez votre grâce d'en haut, versez sur mon coeur la rosée céleste, épanchez sur

cette terre aride les eaux fécondes de la piété, afin qu'elle produise des fruits bons et

salutaires.

Relevez mon âme abattue sous le poids de ses péchés, transportez tous mes désirs au

ciel, afin qu'ayant trempé mes lèvres à la source des biens éternels, je ne puisse plus

sans dégoût penser aux choses de la terre.

10.Enlevez-moi, détachez-moi de toutes les fugitives consolations des créatures, car nul

objet créé ne peut satisfaire ni rassasier pleinement mon coeur.

Unissez-moi à vous par l'indissoluble lien de l'amour, car vous suffisez seul à celui qui

vous aime, et tout le reste sans vous n'est rien.

24. Qu'il ne faut pas s'enquérir curieusement de la conduite des autres



1.Jésus-Christ: Mon fils, réprimez en vous la curiosité et ne vous troublez point de

vaines sollicitudes.

Que vous importe ceci ou cela ? Suivez-moi.

Que vous fait ce qu'est celui-ci, comment parle ou agit celui-là ?

Vous n'avez point à répondre des autres; mais vous répondrez pour vous-même; de

quoi vous inquiétez-vous ?

Voilà que je connais tous les hommes: je vois tout ce qui se passe sous le soleil; je sais

ce qu'il en est de chacun, ce qu'il pense, ce qu'il veut, et où tendent ses vues.

C'est donc à moi qu'on doit tout abandonner. Pour vous, demeurez en paix et laissez

ceux qui s'agitent, s'agiter tant qu'ils voudront.

Tout ce qu'ils feront, tout ce qu'ils diront viendra sur eux, car ils ne peuvent me

tromper.

2.Ne poursuivez pas cette ombre qu'on appelle un grand nom; ne désirez ni de

nombreuses liaisons, ni l'amitié particulière d'aucun homme.

Car tout cela dissipe l'esprit et obscurcit étrangement le coeur.

Je me plairais à vous faire entendre ma parole et à vous révéler mes secrets si vous

étiez, quand je viens à vous, toujours attentif et prêt à m'ouvrir la porte de votre coeur.

Songez à l'avenir, veillez, priez sans cesse, et humiliez-vous en toutes choses.


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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:51
Le-Christ-en-croix-par-el-greco.jpgEl Greco

2.Car il y en a beaucoup qui, au temps de l'épreuve, tombent aussitôt dans l'impatience et

le découragement.

Cependant la voie de l'homme n'est pas toujours en son pouvoir. C'est à Dieu de

consoler et de donner quand il veut, autant qu'il veut, et à qui il veut, comme il lui

plaît, et non davantage.

Des indiscrets se sont perdus par la grâce même de la dévotion, parce qu'ils ont voulu

faire plus qu'ils ne pouvaient, ne mesurant point leur faiblesse, mais suivant plutôt

l'impétuosité de leur coeur que le jugement de la raison.

Et parce qu'ils ont aspiré, dans leur présomption, à un état plus élevé que celui où Dieu

les voulait, ils ont promptement perdu la grâce.

Ils avaient placé leur demeure dans le ciel, et tout à coup on les a vus pauvres et

délaissés dans leur misère, afin que par l'humiliation et le dénuement ils apprissent à ne

plus tenter de s'élever sur leurs propres ailes, mais à se réfugier sous les miennes.

Ceux qui sont encore nouveaux et sans expérience dans les voies de Dieu peuvent

aisément s'égarer et se briser sur les écueils, s'ils ne se laissent conduire par des

personnes prudentes.

3.Que s'ils veulent suivre leur sentiment plutôt que de croire à l'expérience des autres, le

résultat leur en sera funeste, si toutefois ils s'obstinent dans leur propre sens.

Rarement ceux qui sont sages à leurs yeux se laissent humblement conduire par les

autres.

Il vaut mieux être humble, avec un esprit et des lumières bornés, que de posséder des

trésors de science et de se complaire en soi-même.

Il vaut mieux pour vous avoir peu, que beaucoup dont vous pourriez vous enorgueillir.

Celui-là manque de prudence qui se livre tout entier à la joie, oubliant son indigence

passée, et cette chaste crainte du Seigneur qui appréhende de perdre la grâce reçue.

C'est aussi manquer de vertu que de se laisser aller à un découragement excessif au

temps de l'adversité et de l'épreuve, et d'avoir des pensées et des sentiments indignes de

la confiance qu'on me doit.

4.Celui qui, durant la paix, a trop de sécurité, se trouve souvent pendant la guerre le plus

timide et le plus lâche.

Si ne présumant jamais de vous-même, vous saviez demeurer toujours humble,

modérer et régler les mouvements de votre esprit, vous ne tomberiez pas si vite dans le

péril et le péché.

C'est une pratique sage que de penser, durant la ferveur, à ce qu'on sera dans la

privation de la lumière.

Et quand vous en êtes en effet privé, songez qu'elle peut revenir et que je ne vous l'ai

retirée pour un temps qu'en vue de ma gloire et pour exciter votre vigilance.

Souvent une telle épreuve vous est plus utile que si tout vous succédait constamment

selon vos désirs.

Car pour juger du mérite, on ne doit pas regarder si quelqu'un a beaucoup de visions ou

de consolations, ou s'il est habile dans l'Ecriture sainte, ou s'il occupe un rang élevé,

mais s'il est affermi dans la véritable humilité et rempli de la charité divine; s'il cherche

en tout et toujours uniquement la gloire de Dieu; s'il est bien convaincu de son néant;

s'il a pour lui-même un mépris sincère, et s'il se réjouit plus d'être méprisé des autres et

humilié par eux, que d'en être honoré.





8. Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu



1.Le fidèle: Je parlerai au Seigneur mon Dieu, bien que je ne sois que cendre et

poussière. Si je me crois quelque chose de plus, voilà que vous vous élevez contre

moi, et mes iniquités rendent un témoignage vrai et que je ne puis contredire.

Mais si je m'abaisse, si je m'anéantis, et si je me dépouille de toute estime pour

moi-même, et que je rentre dans la poussière dont j'ai été formé, votre grâce

s'approchera de moi et votre lumière sera près de mon coeur; alors tout sentiment

d'estime, même le plus léger, que je pourrais concevoir de moi disparaîtra pour jamais

dans l'abîme de mon néant.

Là vous me montrez à moi-même, vous me faites voir ce que je suis, ce que j'ai été,

jusqu'où je suis descendu: car je ne suis rien, et je ne le savais pas.

Si vous me laissez à moi-même, que suis-je ? Rien qu'infirmité; mais dès que vous

jetez un regard sur moi, à l'instant je deviens fort et je suis rempli d'une joie nouvelle.

Et certes cela me confond d'étonnement que vous me releviez ainsi tout d'un coup et

me preniez avec tant de bonté entre vos bras, moi toujours entraîné par mon propre

poids vers la terre.

2.C'est votre amour qui opère cette merveille, qui me prévient gratuitement, qui ne se

lasse point de me secourir dans les nécessités, qui me préserve des plus grands périls et,

à vrai dire, me délivre de maux innombrables.

Car je me suis perdu en m'aimant d'un amour déréglé; mais en ne cherchant que vous,

en n'aimant que vous, je vous ai trouvé et je me suis retrouvé moi-même, et l'amour

m'a fait rentrer plus avant dans mon néant.

Ô Dieu plein de tendresse ! vous faites pour moi beaucoup plus que je ne mérite, ou

plus que je n'oserais espérer ou demander.

3.Soyez béni, mon Dieu, de ce que tout indigne que je suis de recevoir de vous aucune

grâce, cependant votre bonté généreuse et infinie ne cesse de faire du bien même aux

ingrats et à ceux qui sont le plus éloignés de vous.

Ramenez-nous à vous, afin que nous soyons reconnaissants, humbles, fervents, parce

que vous êtes notre salut, notre vertu et notre force.



9. Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin



1.Jésus-Christ: Mon fils, je dois être votre fin suprême et dernière, si véritablement vous

désirez être heureux.

Cette vue purifiera vos affections, qui s'abaissent trop souvent jusqu'à vous et aux

créatures.

Car si vous vous recherchez en quelque chose, aussitôt vous tombez dans la langueur

et la sécheresse.

Rapportez donc principalement tout à moi, parce que c'est moi qui vous ai tout donné.

Considérez chaque bien comme découlant du souverain bien, et songez que dès lors ils

doivent tous remonter à moi comme à leur origine.

2.En moi comme dans une source intarissable, le petit et le grand, le pauvre et le riche

puisent l'eau vive, et ceux qui me servent volontairement et de coeur recevront grâce

sur grâce.

Mais celui qui cherchera sa gloire hors de moi, ou sa jouissance dans un autre bien que

moi, sa joie ne sera ni vraie ni solide, et son coeur, toujours à la gêne, toujours à

l'étroit, ne trouvera que des angoisses.

Ne vous attribuez donc aucun bien, et n'attribuez à nul homme sa vertu; mais rendez

tout à Dieu, sans qui l'homme n'a rien.

C'est moi qui vous ai tout donné et je veux que vous vous donniez à moi tout entier,

j'exige avec une extrême rigueur les actions de grâce qui me sont dues.

3.Ceci est la vérité qui dissipe la vanité de la gloire.

Là où pénètrent la grâce céleste et la vraie charité, il n'y a plus de place pour

l'amour-propre ni pour l'envie, qui torturent le coeur.

Car l'amour divin subjugue tout et agrandit toutes les forces de l'âme.

Si vous écoutez la sagesse, vous ne vous réjouirez qu'en moi, vous n'espérerez qu'en

moi, parce que nul n'est bon que Dieu seul, à qui, en tout et par-dessus tout, est due à

jamais la louange et la bénédiction.

10. Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde



1.Le fidèle: Je vous parlerai encore, Seigneur, et je ne me tairai point. Je dirai à mon

Dieu, mon Seigneur et mon Roi, assis dans les hauteurs des cieux:

Oh ! quelle abondance de douceur vous avez réservée pour ceux qui vous craignent.

Et qu'est-ce donc pour ceux qui vous aiment, pour ceux qui vous servent de tout leur

coeur ?

Elles sont vraiment ineffables, les délices dont vous inondez ceux qui vous aiment,

quand leur âme vous contemple.

Vous m'avez montré principalement en ceci toute la tendresse de votre amour; je n'étais

pas, et vous m'avez créé; j'errais loin de vous, vous m'avez ramené pour vous servir, et

vous m'avez commandé de vous aimer.

2.Ô source d'amour éternel, que dirai-je de vous ?

Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de moi lorsque,

déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort ?

Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance, et vous avez répandu

sur lui votre grâce et votre amour bien au-delà de tout ce qu'il pouvait mériter.

Que vous rendrai-je pour une telle faveur ? car il n'est pas donné à tous de tout quitter,

de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.

Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir toutes les créatures ?

Cela doit me sembler peu de chose; mais ce qui me paraît grand et merveilleux, c'est

que vous daigniez agréer le service d'une créature si pauvre et si misérable, et

l'admettre parmi les serviteurs que vous aimez.

3.Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service est à vous.

Et néanmoins, prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que moi-même je

ne vous sers.

Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de l'homme, sont

devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous leur avez commandé.

C'est peu encore; vous avez préparé pour l'homme le ministère même des anges.

Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même, et vous avez promis

de vous donner à lui.

4.Que vous rendrai-je pour tant de biens ? Ah ! si je pouvais vous servir tous les jours de

ma vie ! si je pouvais même un seul jour vous servir dignement !

Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne de tout honneur

et d'une louange éternelle.

Vous êtes vraiment mon Seigneur et je suis votre pauvre serviteur, qui doit vous servir

de toutes mes forces et ne me lasser jamais de vous louer. Je le veux ainsi, je le désire

ainsi; daignez suppléer vous-même à tout ce qui me manque.

5.C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir, et de mépriser tout à cause de

vous.

Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent sous votre joug très saint.

Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit-Saint, ceux qui pour votre

amour auront rejeté tous les plaisirs des sens.

Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui pour la gloire de votre nom seront

entrés dans la voie étroite et auront renoncé à toutes les sollicitudes du monde.

6.Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve la vraie liberté

et la sainteté !

Ô saint assujettissement de la vie religieuse qui rend l'homme agréable à Dieu, égal aux

anges, terrible aux démons, respectable à tous les fidèles !

Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé, puisqu'il nous mérite le souverain

bien et nous assure une joie éternelle.

11. Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur



1.Jésus-Christ: Mon fils, il faut que vous appreniez beaucoup de choses que vous ne

savez pas encore assez.

2.Le fidèle: Et quoi, Seigneur ?

3.Jésus-Christ: Vous devez soumettre entièrement vos désirs à ma volonté, ne point vous

aimer vous-même, et ne rechercher en tout que ce qui me plaît.

Souvent vos désirs s'enflamment et vous emportent impétueusement, mais considérez

si cette ardeur a ma gloire pour motif ou votre intérêt propre.

Si c'est moi que vous avez en vue, vous serez content, quoi que j'ordonne; mais si

quelque secrète recherche de vous-même se cache au fond de votre coeur, voilà ce qui

vous abat et vous trouble.

4.Prenez donc garde de vous trop attacher à des désirs sur lesquels vous ne m'avez point

consulté, de peur qu'ensuite vous ne veniez à vous repentir, ou que vous n'éprouviez du

dégoût pour ce qui vous avait plu d'abord, et que vous aviez cru le meilleur.

Car tout mouvement qui paraît bon ne doit pas être aussitôt suivi; de même qu'on ne

doit pas non plus céder sur-le-champ à ses répugnances.

Quelquefois il est à propos de modérer le zèle le plus saint et les meilleurs désirs, de

peur qu'ils ne préoccupent et ne distraient votre esprit, ou qu'en les suivant

indiscrètement vous ne causiez du scandale aux autres; ou qu'enfin l'opposition que

vous y trouverez ne vous jette vous-même dans le trouble et dans l'abattement.

5.Il faut aussi quelquefois user de violence et résister aux convoitises des sens avec une

grande force, sans prendre garde à ce que veut la chair et à ce qu'elle ne veut pas; et

travailler surtout à la soumettre à l'esprit malgré elle.

Il faut la châtier et l'asservir jusqu'à ce que, prête à tout, elle ait appris à se contenter de

peu, à aimer les choses simples et à ne jamais se plaindre de rien.

12. Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions



1.Le fidèle: Seigneur mon Dieu, je vois combien la patience m'est nécessaire; car cette

vie est pleine de contradictions.

Elle ne peut jamais être exempte de douleur et de guerre, quoi que je fasse pour avoir

la paix.

2.Jésus-Christ: Oui, mon fils; mais je ne veux pas que vous cherchiez une paix telle que

vous n'ayez ni tentations à vaincre, ni contrariétés à souffrir.

Croyez au contraire avoir trouvé la paix lorsque vous serez exercé par beaucoup de

tribulations et éprouvé par beaucoup de traverses.

Si vous dites que vous ne pouvez supporter tant de souffrances, comment

supporterez-vous le feu du purgatoire ?

De deux maux il faut choisir le moindre; afin donc d'éviter des supplices éternels,

efforcez-vous d'endurer pour Dieu, avec patience, les maux présents.

Pensez-vous que les hommes du siècle n'aient rien ou que peu de choses à souffrir ?

C'est ce que vous ne trouverez pas, même en ceux qui semblent environnés de plus de

délices.

3.Mais ils ont, dites-vous, des plaisirs en abondance; ils suivent toutes leurs volontés et

ainsi ils sentent peu le poids de leurs maux.

Soit, je veux qu'ils aient tout ce qu'ils désirent; combien cela durera-t'il ?

Voilà que les riches du siècle s'évanouiront comme la fumée, et il ne restera pas même

un souvenir de leurs joies passées.

Et durant leur vie même, ils ne s'y reposent pas sans amertume, sans ennui et sans

crainte.

Car souvent, là même où ils se promettaient la joie, ils rencontrent le châtiment et la

douleur, et avec justice, puisqu'il est juste que l'amertume et l'ignominie accompagnent

les plaisirs qu'ils cherchent dans le désordre.

4.Oh ! que tous ces plaisirs sont courts, qu'ils sont faux, criminels, honteux !

Et cependant des malheureux, enivrés et aveuglés, ne le comprennent point; mais

semblables à des animaux sans raison, ils exposent leur âme à la mort pour quelques

jouissances misérables dans une vie qui va finir.

Pour vous, mon fils, ne suivez pas vos convoitises, et détachez-vous de votre volonté.

Mettez vos délices dans le Seigneur, et il vous accordera ce que votre coeur demande.

5.Si vous voulez goûter une véritable joie et des consolations plus abondantes, méprisez

toutes les choses du monde, repoussez toutes les joies terrestres; et je vous bénirai, je

verserai sur vous mes inépuisables consolations.

Plus vous renoncerez à celles que donnent les créatures, plus les miennes seront douces

et puissantes.

Mais vous ne les goûterez point sans avoir auparavant ressenti quelque tristesse, sans

avoir travaillé, combattu.

Une mauvaise habitude vous arrêtera; mais vous la vaincrez par une meilleure.

La chair murmurera; mais elle sera contenue par la ferveur de l'esprit.

L'antique serpent vous sollicitera, vous exercera; mais vous le mettrez en fuite par la

prière; et en vous occupant surtout d'un travail utile, vous lui fermerez l'entrée de votre

âme.



13. Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple de Jésus-Christ



1.Jésus-Christ: Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à l'obéissance se soustrait à la

grâce; et celui qui veut posséder seul quelque chose perd ce qui est à tous.

Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon coeur à son supérieur, c'est une

marque que la chair n'est pas encore pleinement assujettie, mais que souvent elle

murmure et se révolte.

Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs si vous désirez dompter votre

chair.

Car l'ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand l'homme n'a pas la guerre

au-dedans de soi.

L'ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c'est vous, lorsque vous

êtes divisé en vous-même.

Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement si vous voulez triompher de la

chair et du sang.

L'amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui vous fait

craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des autres.

2.Est-ce donc cependant un si grand effort que toi, poussière et néant, tu te soumettes à

cause de Dieu, lorsque moi le Tout-Puissant, moi le Très-Haut, qui ai tout fait de rien,

je me suis soumis humblement à l'homme à cause de toi ?

Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous afin que mon humilité t'apprît à

vaincre ton orgueil.

Poussière, apprends à obéir, apprends à t'humilier, terre et limon, à t'abaisser sous les

pieds de tout le monde.

Apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune dépendance.

3.Enflamme-toi de zèle contre toi-même et ne souffre pas que le moindre orgueil vive en

toi; mais fais-toi si petit et mets-toi si bas que tout le monde puisse marcher sur toi et

te fouler aux pieds comme la boue des places publiques.

Fils du néant, qu'as-tu à te plaindre ? Pécheur couvert d'ignominie, qu'as-tu à répondre,

quelque reproche qu'on t'adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois

mérité l'enfer ?

Mais ma bonté t'a épargné parce que ton âme a été précieuse devant moi; mais je ne t'ai

point délaissé afin que tu connusses mon amour et que mes bienfaits ne cessassent

jamais d'être présents à ton coeur, que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à

t'humilier et à souffrir les mépris et la patience.

14. Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas

s'enorgueillir du bien qu'on fait



1.Le fidèle: Vous faites tomber sur moi vos jugements, Seigneur, et tous mes os ont

tremblé d'épouvante, et mon âme est dans une profonde terreur.

Interdit, effrayé, je considère que les cieux ne sont pas purs à vos yeux.

Si vous avez trouvé le mal dans vos anges, et si vous ne les avez pas épargnés, que

sera-ce de moi ?

Les étoiles sont tombées du ciel; moi, poussière, que dois-je attendre ?

Des hommes dont les oeuvres paraissent louables sont tombés aussi bas qu'on puisse

tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des anges faire leurs délices de la

pâture des pourceaux.

2.Il n'est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez votre main.

Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus.

Point de force qui soit de secours, si vous cessez de la soutenir.

Point de chasteté assurée, si vous n'en prenez la défense.

Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez vous-même pour nous.

Laissés à nous-mêmes, nous enfonçons dans les flots et nous périssons; venez-vous à

nous, nous nous relevons et nous vivons.

Car nous sommes chancelants, mais vous nous affermissez; nous sommes tièdes, mais

vous nous enflammez.

3.Oh ! que je dois avoir d'humbles et basses pensées de moi-même ! que je dois estimer

peu ce qui paraît de bien en moi !

Oh ! que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, devant vos jugements

impénétrables où je me perds comme dans un abîme, et vois que je ne suis rien que

néant et un pur néant !

Ô poids immense ! ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien de moi, où je disparais

comme le rien au milieu du tout !

Où donc l'orgueil se cachera-t'il ? où la confiance en sa propre vertu ?

Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements sur moi.

4.Qu'est-ce que toute chair devant vous ? L'argile s'élèvera-t'elle contre celui qui l'a

formée ?

Comment celui dont le coeur est vraiment soumis à Dieu pourrait-il s'enfler d'une

louange vaine ?

Le monde entier ne saurait inspirer d'orgueil à celui que la vérité a soumis à son

empire, et jamais il ne sera ému des applaudissements des hommes, celui dont toute

l'espérance est affermie en Dieu.

Car ceux qui parlent ne sont rien; ils s'évanouiront avec le bruit de leurs paroles: mais

la vérité du Seigneur demeure éternellement.



15. De ce que nous devons être et faire quand il s'élève quelque désir en

nous



1.Jésus-Christ: Mon fils, dites en toutes choses: Seigneur, qu'il soit ainsi, si c'est votre

volonté; Seigneur, que cela se fasse en votre nom, si vous devez en être honoré.

Si vous voyez que cela me soit bon, si vous jugez que cela me soit utile, alors

donnez-le-moi, afin que j'en use pour votre gloire.

Mais si vous savez que cela me nuira ou ne servira point au salut de mon âme, éloignez

de moi ce désir.

Car tout désir n'est pas de l'Esprit-Saint, même lorsqu'il paraît bon et juste à l'homme.

Il est difficile de discerner avec certitude si c'est l'esprit bon ou mauvais qui vous porte

à désirer ceci ou cela, ou même votre esprit propre.

Il s'est trouvé à la fin que plusieurs étaient dans l'illusion, qui semblaient d'abord être

conduits par le bon esprit.

2.Ainsi, tout ce qui se présente de désirable à votre esprit, vous devez le désirer toujours

et le demander avec une grande humilité de coeur, et surtout avec une pleine

résignation, vous abandonnant à moi sans réserve et disant:

Seigneur, vous savez ce qui est le mieux; que ceci ou cela se fasse comme vous le

voulez.

Donnez ce que vous voulez, autant que vous le voulez et quand vous le voulez.

Faites de moi ce qu'il vous plaira, selon ce que vous savez être bon, et pour votre plus

grande gloire.

Placez-moi où vous voudrez et disposez absolument de moi en toutes choses.

Je suis dans votre main, tournez-moi et retournez-moi en tout sens à votre gré.

Voilà que je suis prêt à vous servir en tout. Car je ne désire point vivre pour moi, mais

pour vous seul: heureux si je le pouvais dignement et parfaitement.

3.Prière pour demander à Dieu la grâce d'accomplir sa volonté

Le fidèle: Accordez-moi, ô bon Jésus ! votre grâce; qu'elle soit en moi, qu'elle agisse

avec moi, et qu'elle demeure avec moi jusqu'à la fin.

Faites que je désire et veuille toujours ce qui vous est le plus agréable et ce que vous

aimez le plus.

Que votre volonté soit la mienne; et que ma volonté suive toujours la vôtre et jamais

ne s'en écarte en rien.

Qu'uni à vous, je ne veuille ni ne puisse vouloir que ce que vous voulez; et qu'il en soit

ainsi de ce que vous ne voulez pas.

4.Donnez-moi de mourir à tout ce qui est du monde, et d'aimer être oublié et méprisé du

siècle à cause de vous.

Faites que je me repose en vous par-dessus tout ce qu'on peut désirer, et que mon coeur

ne recherche sa paix qu'en vous.

Vous êtes la véritable paix du coeur, son unique repos; hors de vous, tout pèse et

inquiète. Dans cette paix, c'est-à-dire en vous seul, éternel et souverain bien, je

dormirai et je me reposerai ! Ainsi soit-il.

16. Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie consolation



1.Le fidèle: Tout ce que je puis désirer ou imaginer pour ma consolation, je ne l'attends

point ici, mais dans l'avenir.

Quand je posséderais seul tous les biens du monde, quand je jouirais seul de tous ses

délices, il est certain que tout cela ne durerait pas longtemps.

Ainsi, mon âme, tu ne peux trouver de soulagement véritable et de joie sans mélange

qu'en Dieu, qui console les pauvres et relève les humbles.

Attends un peu, mon âme, attends sa divine promesse, et tu posséderas dans le ciel tous

les biens en abondance.

Si tu recherches trop avidement les biens présents, tu perdras les biens éternels et

célestes.

Use des uns et désire les autres.

Aucun bien temporel ne saurait te rassasier parce que tu n'as point été créée pour en

jouir.


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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:50
J-sus-b-nissant--par-El-Greco.jpgEl Greco

Imitation de Jésus-Christ
Livre 3
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais


Livre troisième - De la vie intérieure p. 43

1.Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme fidèle

2.La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles

3.Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne la reçoivent pas

comme ils le devraient

4.Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité

5.Des merveilleux effets de l'amour divin

6.De l'épreuve du véritable amour

7.Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait

8.Qu'il faut s'anéantir soi-même devant Dieu

9.Qu'il faut rapporter tout à Dieu comme à notre dernière fin

10.Qu'il est doux de servir Dieu et de mépriser le monde

11.Qu'il faut examiner et modérer les désirs du coeur

12.Qu'il faut s'exercer à la patience, et lutter contre ses passions

13.Qu'il faut obéir humblement, à l'exemple de Jésus-Christ

14.Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas s'enorgueillir du bien

qu'on fait

15.De ce que nous devons être et faire quand il s'élève quelque désir en nous

16.Qu'on ne doit chercher qu'en Dieu la vraie consolation

17.Qu'il faut remettre à Dieu le soin de ce qui nous regarde

18.Qu'il faut souffrir avec constance les misères de cette vie à l'exemple de Jésus-Christ

19.De la souffrance des injures, et de la véritable patience

20.De l'aveu de son infirmité, et des misères de cette vie

21.Qu'il faut établir son repos en Dieu, plutôt que dans tous les autres biens

22.Du souvenir des bienfaits de Dieu

23.De quatre choses importantes pour conserver la paix

24.Qu'il ne faut pas s'enquérir curieusement de la conduite des autres

25.En quoi consiste la vraie paix et le véritable progrès de l'âme

26.De la liberté du coeur, qui s'acquiert plutôt par la prière que par la lecture

27.Que l'amour de soi est le plus grand obstacle qui empêche l'homme de parvenir au

souverain bien

28.Qu'il faut mépriser les jugements humains

29.Comment il faut invoquer et bénir Dieu dans l'affliction

30.Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le retour de sa grâce

31.Qu'il faut oublier toutes les créatures pour trouver le Créateur

32.De l'abnégation de soi-même

33.De l'inconstance du coeur, et que nous devons tout rapporter à Dieu comme à notre

dernière fin

34.Qu'on ne saurait goûter que Dieu seul, et qu'on le goûte en toutes choses, quand on

l'aime véritablement

35.Qu'on est toujours, durant cette vie, exposé à la tentation

36.Contre les vains jugements des hommes

37.Qu'il faut renoncer entièrement à soi-même pour obtenir la liberté du coeur

38.Comment il faut se conduire dans les choses extérieures, et recourir à Dieu dans les

périls

39.Qu'il faut éviter l'empressement dans les affaires

40.Que l'homme n'a rien de bon de lui-même, et ne peut se glorifier de rien

41.Du mépris de tous les honneurs du temps

42.Qu'il ne faut pas que notre paix dépende des hommes

43.Contre la vaine science du siècle

44.Qu'il ne faut point s'embarrasser dans les choses extérieures

45.Qu'il ne faut pas croire tout le monde, et qu'il est difficile de garder une sage mesure

dans ses paroles

46.Qu'il faut mettre sa confiance en Dieu, lorsqu'on est assailli de paroles injurieuses

47.Qu'il faut être prêt à souffrir pour la vie éternelle tout ce qu'il y a de plus pénible

48.De l'éternité bienheureuse et des misères de cette vie

49.Du désir de la vie éternelle, et des grands biens promis à ceux qui combattent

courageusement

50.Comment un homme dans l'affliction doit s'abandonner entre les mains de Dieu

51.Qu'il faut s'occuper d'oeuvres extérieures, quand l'âme est fatiguée des exercices

spirituels

52.Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de

châtiment

53.Que la grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de la terre

54.Des divers mouvements de la nature et de la grâce

55.De la corruption de la nature, et de l'efficace de la grâce divine

56.Que nous devons nous renoncer nous-mêmes et imiter Jésus-Christ en portant la Croix

57.Qu'on ne doit pas se laisser trop abattre quand on tombe en quelques fautes

58.Qu'il ne faut pas chercher à pénétrer ce qui est au-dessus de nous, ni sonder les secrets

jugements de Dieu

59.Qu'on doit mettre toute son espérance et toute sa confiance en Dieu seul


Livre troisième - De la vie intérieure

1. Des entretiens intérieurs de Jésus-Christ avec l'âme fidèle



1.J'écouterai ce que le Seigneur Dieu dit en moi.

Heureuse l'âme qui entend le Seigneur lui parler intérieurement, et qui reçoit de sa

bouche la parole de consolation !

Heureuses les oreilles toujours attentives à recueillir ce souffle divin, et sourdes au

bruit du monde !

Heureuses, encore une fois, les oreilles qui écoutent non la voix qui retentit au-dehors,

mais la vérité qui enseigne au-dedans !

Heureux les yeux qui, fermés aux choses extérieures, ne contemplent que les

intérieures !

Heureux ceux qui pénètrent les mystères que le coeur recèle, et qui, par des exercices

de chaque jour, tâchent de se préparer de plus en plus à comprendre les secrets du Ciel !

Heureux ceux dont la joie est de s'occuper de Dieu et qui se dégagent de tous les

embarras du siècle !

Considère ces choses, ô mon âme, et ferme la porte de tes sens, afin que tu puisses

entendre ce que le Seigneur ton Dieu dit en toi.

2.Voici ce que dit ton bien-aimé: Je suis votre salut, votre paix et votre vie.

Demeurez près de moi et vous trouverez la paix. Laissez là tout ce qui passe; ne

cherchez que ce qui est éternel.

Que sont toutes les choses du temps, que des séductions vaines ? Et de quoi vous

serviront toutes les créatures si vous êtes abandonné du Créateur ?

Renoncez donc à tout et occupez-vous de plaire à votre Créateur et de lui être fidèle,

afin de parvenir à la vraie béatitude.

2. La vérité parle au dedans de nous sans aucun bruit de paroles



1.Parlez Seigneur, parce que votre serviteur écoute.

Je suis votre serviteur: donnez-moi l'intelligence, afin que je sache vos témoignages.

Inclinez mon coeur aux paroles de votre bouche: qu'elles tombent sur moi comme

une douce rosée.

Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse:

Parlez-nous et nous vous écouterons; mais que le Seigneur ne nous parle point, de

peur que nous ne mourions.

Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière: mais au contraire, je vous implore

comme le prophète Samuel, avec un humble désir, disant: Parlez, Seigneur, parce que

votre serviteur écoute.

Que Moïse ne me parle point, ni aucun des prophètes, mais vous plutôt, parlez,

Seigneur mon Dieu, vous la lumière de tous les prophètes et l'esprit qui les inspirait.

Sans eux, vous pouvez seul pénétrer toute mon âme de votre vérité; et sans vous ils ne

pourraient rien.

2.Ils peuvent prononcer des paroles, mais non les rendre efficaces.

Leur langage est sublime; mais si vous vous taisez, il n'échauffe point le coeur.

Ils exposent la lettre, mais vous en découvrez le sens.

Ils proposent les mystères, mais vous rompez le sceau qui en dérobait l'intelligence.

Ils publient vos commandements, mais vous aidez à les accomplir.

Ils montrent la voie, mais vous donnez des forces pour marcher.

Ils n'agissent qu'au-dehors, mais vous éclairez et instruisez les coeurs.

Ils arrosent extérieurement, mais vous donnez la fécondité.

Leurs paroles frappent l'oreille, mais vous ouvrez l'intelligence.

3.Que Moïse donc ne me parle point; mais vous, Seigneur, mon Dieu, éternelle vérité !

parlez-moi, de peur que je ne meure, et que je n'écoute sans fruit, si, averti seulement

au-dehors, je ne suis point intérieurement embrasé; de peur que je ne trouve ma

condamnation dans votre parole, entendue sans être accomplie, connue sans être aimée,

crue sans être observée.

Parlez-moi donc, Seigneur, parce que votre serviteur écoute, vous avez les paroles de

la vie éternelle.

Parlez-moi pour consoler un peu mon âme, pour m'apprendre à réformer ma vie,

parlez-moi pour la louange, la gloire, l'honneur éternel de votre nom.

3. Qu'il faut écouter la parole de Dieu avec humilité, et que plusieurs ne

la reçoivent pas comme ils le devraient



1.Jésus-Christ: Mon fils, écoutez mes paroles, paroles pleines de douceur, et qui

surpassent toute la science des philosophes et des sages du monde.

Mes paroles sont esprit et vie, et l'on n'en doit pas juger par le sens humain.

Il ne faut pas en tirer une vaine complaisance, mais les écouter en silence et les recevoir

avec une humilité profonde et un ardent amour.

2.Le fidèle: Et j'ai dit: Heureux celui que vous instruisez, Seigneur, et à qui vous

enseignez votre loi, afin de lui adoucir les jours mauvais, et de ne pas le laisser sans

consolation sur la terre.

3.Jésus-Christ: C'est moi qui ai, dès le commencement, instruit les prophètes, dit le

Seigneur, et jusqu'à présent même je ne cesse point de parler à tous; mais plusieurs sont

endurcis et sourds à ma voix.

Le plus grand nombre écoute le monde de préférence à Dieu; ils aiment mieux suivre

les désirs de la chair que d'obéir à la volonté divine.

Le monde promet peu de chose et des choses qui passent, et on le sert avec une grande

ardeur; je promets des biens immenses, éternels, et le coeur des hommes reste froid.

Qui me sert et m'obéit en toute chose, avec autant de soin qu'on sert le monde et les

maîtres du monde ?

Rougis, Sidon, dit la mer, et si tu en demandes la cause, écoute, voici pourquoi:

Pour un petit avantage, on entreprend une longue route; et pour la vie éternelle, à peine

en trouve-t'on qui veuillent faire un pas.

On recherche le plus vil gain: on plaide honteusement quelquefois pour une pièce de

monnaie; sur une légère promesse et pour une chose de rien, on ne craint pas de se

fatiguer le jour et la nuit.

4.Mais, ô honte ! pour un bien immuable, pour une récompense infinie, pour un bonheur

suprême et une gloire sans fin, on ne saurait se résoudre à la moindre fatigue.

Serviteur paresseux et toujours murmurant, rougis donc de ce qu'il y ait des hommes

plus ardents à leur perte que tu ne l'es à te sauver, et pour qui la vanité a plus d'attrait

que n'en a pour toi la vérité.

Et cependant ils sont souvent abusés par leurs espérances; tandis que ma promesse ne

trompe point, et que jamais je ne me refuse à celui qui se confie en moi.

Ce que j'ai promis, je le donnerai; ce que j'ai dit, je l'accomplirai, si toutefois l'on

demeure avec fidélité dans mon amour jusqu'à la fin.

C'est moi qui récompense les bons, et qui éprouve fortement les justes.

5.Gravez mes paroles dans votre coeur et méditez-les profondément: car à l'heure de la

tentation, elles vous seront très nécessaires.

Ce que vous n'entendez pas en le lisant, vous le comprendrez au jour de ma visite.

J'ai coutume de visiter mes élus de deux manières: par la tentation et la consolation.

Et tous les jours, je leur donne deux leçons: l'une en les reprenant de leurs défauts,

l'autre en les exhortant à avancer dans la vertu.

Celui qui reçoit ma parole, et qui la méprise, sera jugé par elle au dernier jour.

6.Prière pour demander la grâce de la dévotion

Le fidèle: Seigneur mon Dieu, vous êtes tout mon bien: et que suis-je pour oser vous

parler ?

Je suis le plus pauvre de vos serviteurs, et un abject ver de terre, beaucoup plus pauvre

et plus méprisable que je ne sais et que je n'ose dire.

Souvenez-vous cependant, Seigneur, que je ne suis rien, que je n'ai rien, que je ne puis

rien.

Vous êtes seul bon, juste et saint; vous pouvez tout, vous donnez tout, vous remplissez

tout, hors le pécheur que vous laissez vide.

Souvenez-vous de vos miséricordes, et remplissez mon coeur de votre grâce, vous qui

ne voulez point qu'aucun de vos ouvrages demeure vide.

7.Comment puis-je, en cette misérable vie, porter le poids de moi-même, si votre

miséricorde et votre grâce ne me fortifient ?

Ne détournez pas de moi votre visage; ne différez pas à me visiter: ne me retirez point

votre consolation, de peur que, privée de vous, mon âme ne devienne comme une terre

sans eau.

Seigneur, apprenez-moi à faire votre volonté: apprenez-moi à vivre d'une vie humble et

digne de vous.

Car vous êtes ma sagesse, vous me connaissez dans la vérité, et vous m'avez connu

avant que je fusse au monde, et avant même que le monde fût.

4. Qu'il faut marcher en présence de Dieu dans la vérité et l'humilité



1.Jésus-Christ: Mon fils, marchez devant moi dans la vérité, et cherchez-moi toujours

dans la simplicité de votre coeur.

Celui qui marche devant moi dans la vérité ne craindra nulle attaque, la vérité le

délivrera des calomnies et des séductions des méchants.

Si la vérité vous délivre, vous serez vraiment libre, et peu vous importeront les vains

discours des hommes.

2.Le fidèle: Seigneur, il est vrai: qu'il me soit fait, de grâce, selon votre parole. Que votre

vérité m'instruise, qu'elle me défende, qu'elle me conserve jusqu'à la fin dans la voie du

salut.

Qu'elle me délivre de tout désir mauvais, de toute affection déréglée, et je marcherai

devant vous dans une grande liberté de coeur.

3.Jésus-Christ: La vérité, c'est moi; je vous enseignerai ce qui est bon, ce qui m'est

agréable.

Rappelez-vous vos péchés avec une grande douleur et un profond regret, et ne pensez

jamais être quelque chose à cause du bien que vous faites.

Car, sans la vérité, vous n'êtes qu'un pécheur, sujet à beaucoup de passions et engagé

dans leurs liens.

De vous-même vous tendez toujours au néant; un rien vous ébranle, un rien vous abat,

un rien vous trouble et vous décourage.

Qu'avez-vous donc dont vous puissiez vous glorifier ? et que de motifs, au contraire,

pour vous mépriser vous-même ! car vous êtes beaucoup plus infirme que vous ne

sauriez le comprendre.

4.Que rien de ce que vous faites ne vous paraisse donc quelque chose de grand.

Mais plutôt qu'à vos yeux rien ne soit grand, précieux, admirable, élevé, digne d'être

estimé, loué, recherché, que ce qui est éternel.

Aimez par-dessus toutes choses l'éternelle vérité, et n'ayez jamais que du mépris pour

votre extrême bassesse.

N'appréhendez rien tant, ne blâmez et ne fuyez rien tant que vos péchés et vos vices. Ils

doivent vous affliger plus que toutes les pertes du monde.

Il y en a qui ne marchent pas devant moi avec un coeur sincère; mais guidés par une

certaine curiosité présomptueuse, ils veulent découvrir mes secrets et pénétrer les

profondeurs de Dieu, tandis qu'ils négligent de s'occuper d'eux-mêmes et de leur salut.

Ceux-là tombent souvent, à cause de leur orgueil et de leur curiosité, en de grandes

fautes, parce que je m'oppose à eux.

5.Craignez les jugements de Dieu: redoutez la colère du Tout-Puissant; ne scrutez point

les oeuvres du Très-Haut; mais sondez vos iniquités, le mal que tant de fois vous avez

commis, le bien que vous avez négligé.

Plusieurs mettent toute leur dévotion en des livres, d'autres en des images, d'autres en

des signes et des marques extérieures.

Quelques-uns m'ont souvent dans la bouche, mais peu dans le coeur.

Il en est d'autres qui, éclairés et purifiés intérieurement, ne cessent d'aspirer aux biens

éternels, ont à dégoût les entretiens de la terre, et ne s'assujettissent qu'à regret aux

nécessités de la nature. Ceux-là entendent ce que l'esprit de vérité dit en eux.

Car il leur apprend à mépriser ce qui passe, à aimer ce qui dure éternellement, à oublier

le monde, et à désirer le ciel, le jour et la nuit.

5. Des merveilleux effets de l'amour divin



1.Le fidèle: Je vous bénis, Père céleste, Père de Jésus-Christ, mon Seigneur, parce que

vous avez daigné vous souvenir de moi, pauvre créature.

Ô Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, je vous rends grâce de ce que,

tout indigne que j'en suis, vous voulez bien cependant quelquefois me consoler.

Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils unique et l'Esprit consolateur,

dans les siècles des siècles.

Ô Seigneur mon Dieu, saint objet de mon amour ! quand vous descendrez dans mon

coeur, toutes mes entrailles tressailliront de joie.

Vous êtes la gloire et la joie de mon coeur.

Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la tribulation.

2.Mais parce que mon amour est encore faible, et ma vertu chancelante, j'ai besoin d'être

fortifié et consolé par vous; visitez-moi donc souvent, et dirigez-moi par vos divines

instructions.

Délivrez-moi des passions mauvaises, et retranchez de mon coeur toutes ces affections

déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je devienne propre à vous aimer,

fort pour souffrir, ferme pour persévérer.

3.C'est quelque chose de grand que l'amour et un bien au-dessus de tous les biens. Seul il

rend léger ce qui est pesant et fait qu'on peut supporter avec une âme égale toutes les

vicissitudes de la vie.

Il porte son fardeau sans en sentir le poids et rend doux ce qu'il y a de plus amer.

L'amour de Jésus-Christ est généreux; il fait entreprendre de grandes choses et il excite

toujours à ce qu'il y a de plus parfait.

L'amour aspire à s'élever et ne se laisse arrêter par rien de terrestre.

L'amour veut être libre et dégagé de toute affection du monde, afin que ses regards

pénètrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni retardé par les biens, ni abattu

par les maux du temps.

Rien n'est plus doux que l'amour; rien n'est plus fort, plus élevé, plus étendu, plus

délicieux; il n'est rien de plus parfait ni de meilleur au ciel et sur la terre, parce que

l'amour est né de Dieu, au-dessus de toutes les créatures.

4.Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre, et rien ne l'arrête.

Il donne tout pour posséder tout, et il possède tout en toutes choses, parce qu'au-dessus

de toutes choses il se repose dans le seul Être souverain, de qui tout bien procède et

découle.

Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de tous les biens, jusqu'à Celui qui

donne.

L'amour souvent ne connaît point de mesure, mais, comme l'eau qui bouillonne, il

déborde de toutes parts.

Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte, il tente plus qu'il ne peut, jamais il ne prétexte

l'impossibilité, parce qu'il se croit tout possible et tout permis.

Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et qui

épuisent vainement celui qui n'aime point.

5.L'amour veille sans cesse; dans le sommeil même il ne dort point.

Aucune fatigue ne le lasse, aucuns liens ne l'appesantissent, aucunes frayeurs ne le

troublent; mais tel qu'une flamme vive et pénétrante, il s'élance vers le ciel et s'ouvre

un sûr passage à travers tous les obstacles.

Si quelqu'un aime, il entend ce que dit cette voix.

L'ardeur même d'une âme embrasée s'élève jusqu'à Dieu comme un grand cri: Mon

Dieu ! mon amour ! vous êtes tout à moi, et je suis tout à vous.

6.Dilatez-moi dans l'amour afin que j'apprenne à goûter au fond de mon coeur combien

il est doux d'aimer, et de se fondre et de se perdre dans l'amour.

Que l'amour me ravisse et m'élève au-dessus de moi-même, par la vivacité de ses

transports.

Que je chante le cantique de l'amour, que je vous suive, ô mon bien-aimé, jusque dans

les hauteurs de votre gloire, que toutes les forces de mon âme s'épuisent à vous louer,

et qu'elle défaille de joie et d'amour.

Que je vous aime plus que moi, que je ne m'aime moi-même que pour vous, et que

j'aime en vous tous ceux qui vous aiment véritablement, ainsi que l'ordonne la loi de

l'amour, que nous découvrons dans votre lumière.

7.L'amour est prompt, sincère, pieux, doux, prudent, fort, patient, fidèle, constant,

magnanime, et il ne se recherche jamais; car dès qu'on commence à se rechercher

soi-même, à l'instant on cesse d'aimer.

L'amour est circonspect, humble et droit, sans mollesse, sans légèreté, il ne s'occupe

point de choses vaines, il est sobre, chaste, ferme, tranquille, et toujours attentif à

veiller sur les sens.

L'amour est obéissant et soumis aux supérieurs; il est vil et méprisable à ses yeux.

Dévoué à Dieu sans réserve, et toujours plein de reconnaissance, il ne cesse point de se

confier en lui, d'espérer en lui, lors même qu'il semble en être délaissé, parce qu'on ne

vit point sans douleur dans l'amour.

8.Qui n'est pas prêt à tout souffrir et à s'abandonner entièrement à la volonté de son

bien-aimé, ne sait pas ce que c'est que d'aimer.

Il faut que celui qui aime embrasse avec joie tout ce qu'il y a de plus dur et de plus

amer, pour son bien-aimé, et qu'aucune traverse ne le détache de lui.

6. De l'épreuve du véritable amour



1.Jésus-Christ: Mon fils, votre amour n'est encore ni assez fort ni assez éclairé.

Le fidèle: Pourquoi, Seigneur ?

Jésus-Christ: Parce qu'à la moindre contrariété, vous laissez là l'oeuvre commencée, et

que vous recherchez trop avidement les consolations.

Celui qui aime fortement demeure ferme dans la tentation, et ne cède point aux

suggestions artificieuses de l'ennemi. Dans le mauvais comme dans le bon succès, son

coeur est également à moi.

2.Celui dont l'amour est éclairé considère moins le don de celui qui aime que l'amour de

celui qui donne.

L'affection le touche plus que le bienfait et il préfère son bien-aimé à tout ce qu'il

reçoit de lui.

Celui qui m'aime d'un amour généreux ne se repose pas dans mes dons, mais en moi

par-dessus tous mes dons.

Ne croyez pas tout perdu cependant s'il vous arrive de sentir pour moi ou pour mes

saints moins d'amour que vous ne voudriez.

Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois est l'effet de la présence de la

grâce et une sorte d'avant-goût de la patrie céleste; il n'y faut pas chercher trop d'appui

parce qu'il passe comme il est venu.

Mais combattre les mouvements déréglés de l'âme et mépriser les sollicitations du

démon, c'est un grand sujet de mérite et la marque d'une solide vertu.

3.Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu'ils soient, qui obsèdent votre

imagination.

Conservez une résolution ferme et une intention droite devant Dieu.

Ce n'est point une illusion si quelquefois vous êtes soudain ravi en extase et qu'aussitôt

vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent d'ordinaire votre coeur.

Car vous souffrez alors plus que vous n'agissez; et tant qu'elles vous déplaisent et que

vous y résistez, c'est un mérite et non pas une chute.

4.Sachez que l'antique ennemi s'efforce d'étouffer vos bons désirs et de vous éloigner de

tout pieux exercice, du culte des saints, de la méditation de mes douleurs et de ma

mort, du souvenir si utile de vos péchés, de l'attention de veiller sur votre coeur, et du

ferme propos d'avancer dans la vertu.

Il vous suggère mille pensées mauvaises pour vous causer du trouble et de l'ennui,

pour vous détourner de la prière et des lectures saintes.

Une humble confession lui déplaît et, s'il pouvait, il vous éloignerait tout à fait de la

communion.

Ne le craignez point et n'ayez de lui aucune appréhension, quoiqu'il vous tende souvent

des pièges pour vous surprendre.

Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses qu'il vous inspire. Dites-lui:

Va, esprit immonde; rougis, malheureux; il faut que tu sois étrangement pervers pour

me tenir un pareil langage.

Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n'auras jamais en moi aucune part; mais

Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeureras confondu.

J'aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de consentir à ce que tu me

proposes.

Tais-toi donc, ne me parle plus; je ne t'écouterai pas davantage, quoi que tu fasses

pour m'inquiéter. Le Seigneur est ma lumière et mon salut, que craindrais-je ?

Quand une armée se rangerait en bataille contre moi, mon coeur ne craindrait pas.

Le Seigneur est mon aide et mon Rédempteur.

5.Combattez comme un généreux soldat, et si quelquefois vous succombez par fragilité,

reprenez un courage plus grand dans l'espérance d'être soutenu par une grâce plus forte;

et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.

C'est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un aveuglement presque incurable.

Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes vous soit une

leçon continuelle de vigilance et d'humilité.



7. Qu'il faut cacher humblement les grâces que Dieu nous fait



1.Jésus-Christ: Mon fils, lorsque la grâce vous inspire des mouvements de piété, il est

meilleur pour vous et plus sûr de tenir cette grâce cachée, de ne vous en point élever,

d'en parler peu et de ne pas vous exagérer sa grandeur; mais plutôt de vous mépriser

vous-même et de craindre une faveur dont vous êtes indigne.

Il ne faut pas s'attacher trop à un sentiment qui bientôt peut se changer en un sentiment

contraire.

Quand la grâce vous est donnée, songez combien vous êtes pauvre et misérable sans la

grâce.

Le progrès de la vie spirituelle ne consiste pas seulement à jouir des consolations de la

grâce, mais à en supporter la privation avec humilité, avec abnégation, avec patience, de

sorte qu'alors on ne se relâche point dans l'exercice de la prière, et qu'on n'abandonne

aucune de ses pratiques accoutumées.

Faites, au contraire, tout ce qui est en vous le mieux que vous pourrez, selon vos

lumières, et ne vous négligez pas entièrement vous-même à cause de la sécheresse et de

l'angoisse que vous sentez en votre âme.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:49

2.Une fausse liberté d'esprit et une grande confiance en soi-même forment un grand

obstacle aux visites d'en-haut.

Dieu accorde à l'homme un grand bien en lui donnant la grâce de la consolation; mais

l'homme fait un grand mal quand il ne remercie pas Dieu de ce don et ne le lui rapporte

pas tout entier.

Si la grâce ne coule point abondamment sur nous, c'est que nous sommes ingrats envers

son auteur, et que nous ne remontons point à sa source première.

Car la grâce n'est jamais refusée à celui qui la reçoit avec gratitude, et Dieu

ordinairement donne à l'humble ce qu'il ôte au superbe.

3.Je ne veux point de la consolation qui m'ôte la componction; je n'aspire point à la

contemplation qui conduit à l'orgueil.

Car tout ce qui est élevé n'est pas saint; tout ce qui est doux n'est pas bon; tout désir

n'est pas pur; tout ce qui est cher à l'homme n'est pas agréable à Dieu.

J'aime une grâce qui me rend plus humble, plus vigilant, plus prêt à me renoncer

moi-même.

L'homme instruit par le don de la grâce et par sa privation n'osera s'attribuer aucun

bien, mais plutôt il confessera son indigence et sa nudité.

Donnez à Dieu ce qui est à Dieu; et ce qui est de vous, ne l'imputez qu'à vous. Rendez

gloire à Dieu de ses grâces; et reconnaissez que n'ayant rien à vous que le péché, rien ne

vous est dû que la peine du péché.

4.Mettez-vous toujours à la dernière place et la première vous sera donnée; car ce qui

est le plus élevé s'appuie sur ce qui est le plus bas.

Les plus grands saints aux yeux de Dieu sont les plus petits à leurs propres yeux; et plus

leur vocation est sublime, plus ils sont humbles dans leur coeur.

Pleins de la vérité et de la gloire céleste, ils ne sont pas avides d'une gloire vaine.

Fondés et affermis en Dieu, ils ne sauraient s'élever en eux-mêmes.

Rapportant à Dieu tout ce qu'ils ont reçu de bien, ils ne recherchent point la gloire que

donnent les hommes et ne veulent que celle qui vient de Dieu seul; leur unique but,

leur unique désir, est qu'il soit glorifié en lui-même et dans tous les saints, par-dessus

toutes choses.

5.Soyez donc reconnaissants des moindres grâces et vous mériterez d'en recevoir de plus

grandes.

Que le plus léger don, la plus petite faveur aient pour vous autant de prix que le don le

plus excellent et la faveur la plus singulière.

Si vous considérez la grandeur de celui qui donne, rien de ce qu'il donne ne vous

paraîtra petit ni méprisable; car peut-il être quelque chose de tel dans ce qui vient d'un

Dieu infini ?

Vous envoie-t'il des peines et des châtiments, recevez-les encore avec joie, car c'est

toujours pour notre salut qu'il fait ou qu'il permet tout ce qui nous arrive.

Voulez-vous conserver la grâce de Dieu, soyez reconnaissant lorsqu'il vous la donne,

patient lorsqu'il vous l'ôte. Priez pour qu'elle vous soit rendue, et soyez humble et

vigilant pour ne pas la perdre.

11. Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ



1.Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à

porter sa Croix.

Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances.

Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence.

Tous veulent partager sa joie; mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui.

Plusieurs suivent Jésus jusqu'à la fraction du pain, mais peu jusqu'à boire le calice de

sa passion.

Plusieurs admirent ses miracles; mais peu goûtent l'ignominie de sa Croix.

Plusieurs aiment Jésus pendant qu'il ne leur arrive aucune adversité.

Plusieurs le louent et le bénissent, tandis qu'ils reçoivent ses consolations.

Mais si Jésus se cache et les délaisse un moment, ils tombent dans le murmure ou dans

un excessif abattement.

2.Mais ceux qui aiment Jésus pour Jésus et non pour eux-mêmes, le bénissent dans toutes

les tribulations et dans l'angoisse du coeur comme dans les consolations les plus

douces.

Et quand il ne voudrait jamais les consoler, toujours cependant ils le loueraient,

toujours ils lui rendraient grâces.

3.Oh ! que ne peut l'amour de Jésus, quand il est pur et sans mélange d'amour ni d'intérêt

propre !

Ne sont-ce pas des mercenaires ceux qui cherchent toujours des consolations ?

Ne prouvent-ils pas qu'ils s'aiment eux-mêmes plus que Jésus-Christ, ceux qui pensent

toujours à leurs gains et à leurs avantages ?

Où trouvera-t'on quelqu'un qui veuille servir Dieu pour Dieu seul ?

4.Rarement on rencontre un homme assez avancé dans les voies spirituelles pour être

dépouillé de tout.

Car le véritable pauvre d'esprit, détaché de toute créature, qui le trouvera ? Il faut le

chercher bien loin, et jusqu'aux extrémités de la terre.

Si l'homme donne tout ce qu'il possède, ce n'est encore rien.

S'il fait une grande pénitence, c'est peu encore.

Et s'il embrasse toutes les sciences, il est encore loin.

Et s'il a une grande vertu et une piété fervente, il lui manque encore beaucoup, il lui

manque une chose souverainement nécessaire.

Qu'est-ce encore ? C'est qu'après avoir tout quitté, il se quitte aussi lui-même et se

dépouille entièrement de l'amour de soi.

C'est enfin qu'après avoir fait tout ce qu'il sait devoir faire, il pense encore n'avoir rien

fait.

5.Qu'il estime peu ce qu'on pourrait regarder comme quelque chose de grand, et qu'en

toute sincérité il confesse qu'il est un serviteur inutile, selon la parole de la Vérité:

Quand vous aurez fait tout ce qui vous est commandé, dites: Nous sommes des

serviteurs inutiles.

Alors il sera vraiment pauvre et séparé de tout en esprit, et il pourra dire avec le

prophète: Oui, je suis pauvre et seul dans le monde.

Nul cependant n'est plus riche, plus puissant, plus libre, que celui qui sait quitter tout et

soi-même, et se mettre au dernier rang.



12. De la sainte voie de la Croix



1.Cette parole semble dure à plusieurs: Renoncez à vous-mêmes, prenez votre Croix, et

suivez Jésus.

Mais il sera bien plus dur, au dernier jour, d'entendre cette parole: Retirez-vous de moi,

maudits, allez au feu éternel !

Ceux qui écoutent maintenant volontiers la parole qui commande de porter la Croix, et

qui y obéissent, ne craindront point alors d'entendre l'arrêt d'une éternelle

condamnation.

Ce signe de la Croix sera dans le Ciel lorsque le Seigneur viendra pour juger.

Alors tous les disciples de la Croix, qui auront imité pendant leur vie Jésus crucifié,

s'approcheront avec une grande confiance de Jésus-Christ juge.

2.Pourquoi donc craignez-vous de porter la Croix, par laquelle on arrive au royaume du

ciel ?

Dans la Croix est le salut, dans la Croix la vie, dans la Croix la protection contre nos

ennemis.

C'est de la Croix que découlent les suavités célestes.

Dans la Croix est la force de l'âme; dans la Croix la joie de l'esprit, la consommation de

la vertu, la perfection de la sainteté.

Il n'y a de salut pour l'âme et d'espérance de vie éternelle, que dans la Croix.

Prenez donc votre Croix et suivez Jésus, et vous parviendrez à l'éternelle félicité.

Il vous a précédé portant sa Croix et il est mort pour vous sur la Croix afin que vous

aussi vous portiez votre Croix, et que vous aspiriez à mourir sur la Croix.

Car si vous mourez avec lui, vous vivrez aussi avec lui; et si vous partagez ses

souffrances, vous partagerez sa gloire.

3.Ainsi tout est dans la Croix, et tout consiste à mourir. Il n'est point d'autre voie qui

conduise à la vie et à la véritable paix du coeur que la voie de la Croix et d'une

mortification continuelle.

Allez où vous voudrez, cherchez tout ce que vous voudrez, vous ne trouverez pas

au-dessus une voie plus élevée, au-dessous une voie plus sûre que la voie de la sainte

Croix.

Disposez de tout selon vos vues, réglez tout selon vos désirs, et toujours vous

trouverez qu'il vous faut souffrir quelque chose, que vous le vouliez ou non; et ainsi

vous trouverez toujours la Croix.

Car, ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverez de l'amertume

dans l'âme.

4.Tantôt vous serez délaissé de Dieu, tantôt exercé par le prochain, et, ce qui est plus

encore, vous serez souvent à charge à vous-même.

Vous ne trouverez à vos peines aucun remède, aucun soulagement; mais il vous faudra

souffrir aussi longtemps que Dieu le voudra.

Car Dieu veut que vous appreniez à souffrir sans consolations et que vous vous

soumettiez à lui sans réserve, et que vous deveniez plus humble par la tribulation.

Nul n'a si avant dans son coeur la passion de Jésus-Christ que celui qui a souffert

quelque chose de semblable.

La Croix est donc toujours préparée; elle vous attend partout.

Vous ne pouvez la fuir, quelque part que vous alliez; puisque partout où vous irez,

vous vous porterez et vous trouverez toujours vous-même.

Elevez-vous, abaissez-vous, sortez de vous-même, rentrez-y; toujours vous trouverez

la Croix; et il faut que partout vous preniez patience, si vous voulez la paix intérieure

et mériter la couronne immortelle.

5.Si vous portez de bon coeur la Croix, elle-même vous portera et vous conduira au

terme désiré, où vous cesserez de souffrir; mais ce ne sera pas en ce monde.

Si vous la portez à regret, vous en augmentez le poids, vous rendez votre fardeau plus

dur, et cependant il vous faut la porter.

Si vous rejetez une Croix, vous en trouverez certainement une autre, et peut-être plus

pesante.

6.Croyez-vous échapper à ce que nul homme n'a pu éviter ? Quel saint a été dans ce

monde sans croix et sans tribulation ?

Jésus-Christ lui-même, Notre-Seigneur, n'a pas été une seule heure dans toute sa vie

sans éprouver quelque souffrance: Il fallait, dit-il, que le Christ souffrît, et qu'il

ressuscitât d'entre les morts, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire.

Comment donc cherchez-vous une autre voie que la voie royale de la sainte Croix ?

7.Toute la vie de Jésus-Christ n'a été qu'une croix et un long martyre, et vous cherchez le

repos et la joie !

Vous vous trompez, n'en doutez pas; vous vous trompez lamentablement si vous

cherchez autre chose que les afflictions à souffrir; car toute cette vie mortelle est pleine

de misères et environnée de croix.

Et plus un homme aura fait de progrès dans les voies spirituelles, plus ses croix

souvent seront pesantes, parce que l'amour lui rend son exil plus douloureux.

8.Cependant celui que Dieu éprouve par tant de peines n'est pas sans consolations qui les

adoucissent, parce qu'il sent s'accroître les fruits de sa patience à porter sa Croix.

Car, lorsqu'il s'incline volontairement sous elle, l'affliction qui l'accablait se change

toute entière en une douce confiance qui le console.

Et plus la chair est affligée, brisée, plus l'esprit est fortifié intérieurement par la grâce.

Quelquefois même le désir de souffrir pour être conforme à Jésus crucifié lui inspire

tant de force, qu'il ne voudrait pas être exempt de tribulations et de douleur, parce qu'il

se croit d'autant plus agréable à Dieu, qu'il souffre pour lui davantage.

Ce n'est point là la vertu de l'homme, mais la grâce de Jésus-Christ, qui opère

puissamment dans une chair infirme, que tout ce qu'elle abhorre et fuit naturellement,

elle l'embrasse et l'aime par la ferveur de l'esprit.

9.Il n'est pas selon l'homme de porter la Croix, d'aimer la Croix, de châtier le corps, de le

réduire en servitude, de fuir les honneurs, de souffrir volontiers les outrages, de se

mépriser soi-même et de souhaiter d'être méprisé, de supporter les afflictions et les

pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde.

Si vous ne regardez que vous, vous ne pouvez rien de tout cela.

Mais si vous vous confiez dans le Seigneur, la force vous sera donnée d'en haut et vous

aurez pouvoir sur la chair et le monde.

Vous ne craindrez pas même le démon, votre ennemi, si vous êtes armé de la foi et

marqué de la Croix de Jésus-Christ.

10.Disposez-vous donc, comme un bon et fidèle serviteur de Jésus-Christ, à porter

courageusement la Croix de votre Maître, crucifié par amour pour vous.

Préparez-vous à souffrir mille adversités, mille traverses dans cette misérable vie; car

voilà partout ce qui vous attend, ce que vous trouverez partout, en quelque lieu que

vous vous cachiez.

Il faut qu'il en soit ainsi, et à cette foule de maux et de douleurs il n'y a d'autre remède

que de vous supporter vous-même.

Buvez avec joie le calice du Sauveur, si son amour vous est cher et si vous désirez

avoir part à sa gloire.

Laissez Dieu disposer de ses consolations; qu'il les répande comme il lui plaira.

Pour vous, choisissez les souffrances et regardez-les comme des consolations d'un

grand prix, car toutes les souffrances du temps n'ont aucune proportion avec la gloire

future, et ne sauraient vous la mériter, quand seul vous les supporteriez toutes.

11.Lorsque vous en serez venu à trouver la souffrance douce et à l'aimer pour

Jésus-Christ, alors estimez-vous heureux, parce que vous avez trouvé le paradis sur la

terre.

Mais, tandis que la souffrance vous sera amère et que vous la fuirez, vous vivrez dans

le trouble, et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout.

12.Si vous vous appliquez à être ce que vous devez être, à souffrir et à mourir, bientôt vos

peines s'évanouiront et vous aurez la paix.

Quand vous auriez été ravi, avec Paul, jusqu'au troisième ciel, vous ne seriez pas pour

cela assuré de ne rien souffrir. Je lui montrerai, dit Jésus, combien il faut qu'il souffre

pour mon nom.

Il ne vous reste donc qu'à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le servir constamment.

13.Plût à Dieu que vous fussiez digne de souffrir quelque chose pour le nom de Jésus !

Quelle gloire vous serait réservée ! Quelle joie parmi tous les saints ! Quelle

édification pour le prochain !

Car tous recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent souffrir.

Avec quelle joie vous devriez souffrir quelque chose pour Jésus, lorsque tant d'autres

souffrent beaucoup plus pour le monde !

14.Sachez et croyez fermement que votre vie doit être une mort continuelle, et que plus on

meurt à soi-même, plus on commence à vivre pour Dieu.

Nul n'est propre à comprendre les choses du ciel, s'il ne se soumet à supporter les

adversités pour Jésus-Christ.

Rien n'est plus agréable à Dieu, rien ne vous est plus salutaire en ce monde, que de

souffrir avec joie pour Jésus-Christ; et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt

souhaiter d'être affligé pour lui que d'être comblé de consolations, parce que vous

seriez alors plus semblable à Jésus-Christ et plus conforme à tous les saints.

Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent point dans la douceur

et l'abondance des consolations, mais plutôt dans la force de supporter de grandes

tribulations et de pesantes épreuves.

15.S'il y avait eu pour l'homme quelque chose de meilleur et de plus utile que de souffrir,

Jésus-Christ nous l'aurait appris par ses paroles et par son exemple.

Or, manifestement, il exhorte à porter sa Croix, et les disciples qui le suivaient, et tous

ceux qui voudraient le suivre, disant: Si quelqu'un veut marcher sur mes pas, qu'il

renonce à soi-même, qu'il porte sa Croix, et qu'il me suive.

Après donc avoir tout lu, tout examiné, concluons enfin qu'il nous faut passer par

beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:48

Imitation de Jésus-Christ
Livre 2
Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais


Livre deuxième - Instruction pour avancer dans la vie intérieure p. 29

1.De la conversation intérieure

2.Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité

3.De l'homme pacifique

4.De la pureté d'esprit et de la droiture d'intention

5.De la considération de soi-même

6.De la joie d'une bonne conscience

7.Qu'il faut aimer Jésus-Christ par-dessus toutes choses

8.De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle

9.De la privation de toute consolation

10.De la reconnaissance pour la grâce de Dieu

11.Du petit nombre de ceux qui aiment la Croix de Jésus-Christ

12.De la sainte voie de la Croix

Livre deuxième - Instruction pour avancer dans la vie intérieure

1. De la conversation intérieure



1.Le royaume de Dieu est au dedans de vous, dit le Seigneur.

Revenez à Dieu de tout votre coeur, laissez là ce misérable monde, et votre âme

trouvera le repos.

Apprenez à mépriser les choses extérieures et à vous donner aux intérieures, et vous

verrez le royaume de Dieu venir en vous.

Car le royaume de Dieu est paix et joie dans l'Esprit Saint, ce qui n'est pas donné aux

impies.

Jésus-Christ viendra à vous et il vous remplira de ses consolations, si vous lui préparez

au-dedans de vous une demeure digne de lui.

Toute sa gloire et toute sa beauté est intérieure; c'est dans le secret du coeur qu'il se

plaît.

Il visite souvent l'homme intérieur et ses entretiens sont doux, ses consolations

ravissantes; sa paix est inépuisable, et sa familiarité incompréhensible.

2.Ame fidèle, hâtez-vous donc de préparer votre coeur pour l'époux, afin qu'il daigne

venir et habiter en vous.

Car il a dit: Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et nous viendrons à lui, et

nous ferons en lui notre demeure. Laissez donc entrer Jésus en vous, et n'y laissez

entrer que lui.

Lorsque vous posséderez Jésus, vous serez riche et lui seul vous suffit. Il veillera sur

vous, il prendra de vous un soin fidèle en toutes choses, de sorte que vous n'aurez plus

besoin de rien attendre des hommes.

Car les hommes changent vite et vous manquent tout d'un coup; mais Jésus-Christ

demeure éternellement: inébranlable dans sa constance, il est près de vous jusqu'à la

fin.

3.On ne doit guère compter sur un homme fragile et mortel, encore bien qu'il vous soit

utile et que vous soyez chers l'un à l'autre, et il n'y a pas lieu de s'attrister beaucoup si

quelquefois il vous traverse et s'élève contre vous.

Ceux qui sont aujourd'hui pour vous pourront être demain contre vous et

réciproquement: les hommes changent comme le vent.

Mettez en Dieu toute votre confiance: qu'il soit votre crainte et votre amour; il

répondra pour vous et il fera ce qui est le meilleur.

Vous n'avez point ici de demeure stable; en quelque lieu que vous soyez vous êtes

étranger et voyageur, et vous n'aurez jamais de repos que vous ne soyez uni intimement

à Jésus-Christ.

4.Que cherchez-vous autour de vous ? Ce n'est pas ici le lieu de votre repos.

Votre demeure doit être dans le ciel et vous ne devez regarder toutes les choses de la

terre que comme en passant.

Tout passe, et vous passez avec tout le reste.

Prenez garde de vous attacher à quoi que ce soit de peur d'en devenir l'esclave et de

vous perdre.

Que sans cesse votre pensée monte vers le Très-Haut, et votre prière vers Jésus-Christ.

Si vous ne savez pas encore vous élever aux contemplations célestes, reposez-vous

dans la passion du Sauveur, et aimez à demeurer dans ses plaies sacrées.

Car, si vous vous réfugiez avec amour dans ces plaies et ces précieux stigmates, vous

sentirez une grande force au temps de la tribulation; vous vous inquiéterez peu du

mépris des hommes et vous supporterez aisément les paroles médisantes.

5.Jésus-Christ aussi a été méprisé des hommes en ce monde, et dans les plus extrêmes

angoisses, abandonné des siens, de ses amis, de ses proches, au milieu des opprobres.

Jésus-Christ a voulu souffrir et être méprisé; et vous osez vous plaindre de quelque

chose !

Jésus-Christ a eu des ennemis et des détracteurs, et vous voudriez n'avoir que des amis

et des bienfaiteurs !

Comment votre patience méritera-t'elle d'être couronnée s'il ne vous arrive rien de

pénible ?

Si vous ne voulez rien souffrir, comment serez-vous ami de Jésus-Christ ?

Souffrez avec Jésus-Christ et pour Jésus-Christ, si vous voulez régner avec

Jésus-Christ.

6.Si une seule fois vous étiez entré bien avant dans le coeur de Jésus, et que vous eussiez

ressenti quelque mouvement de son amour, que vous auriez peu de souci de ce qui peut

vous contrarier ou vous plaire ! Vous vous réjouiriez d'un outrage reçu parce que

l'amour de Jésus apprend à l'homme à se mépriser lui-même.

Celui qui aime Jésus et la vérité, un homme vraiment intérieur et dégagé de toute

affection déréglée, peut librement s'approcher de Dieu et, s'élevant en esprit au-dessus

de soi-même, se reposer en lui par une jouissance anticipée.

7.Celui qui estime les choses suivant ce qu'elles sont et non d'après les discours et

l'opinion des hommes, est vraiment sage; et c'est Dieu qui l'instruit plus que les

hommes.

Celui qui vit au-dedans de lui-même et qui s'inquiète peu des choses du dehors, tous

les lieux lui sont bons et tous les temps pour remplir ses pieux exercices.

Un homme intérieur se recueille bien vite parce qu'il ne se répand jamais tout entier

au-dehors.

Les travaux extérieurs, les occupations nécessaires en certain temps, ne le troublent

point; mais il se prête aux choses selon qu'elles arrivent.

Celui qui a établi l'ordre au-dedans de soi ne se tourmente guère de ce qu'il y a de bien

ou de mal dans les autres.

L'on n'a de distractions et d'obstacles qu'autant que l'on s'en crée soi-même.

8.Si vous étiez ce que vous devez être, entièrement libre et détaché, tout contribuerait à

votre bien et à votre progrès.

Mais beaucoup de choses vous déplaisent et souvent vous troublent, parce que vous

n'êtes pas encore tout à fait mort à vous-même et séparé des choses de la terre.

Rien n'embarrasse et ne souille tant le coeur de l'homme que l'amour impur des

créatures.

Si vous rejetez les consolations du dehors, vous pourrez contempler les choses du ciel

et goûter souvent les joies intérieures.



2. Qu'il faut s'abandonner à Dieu en esprit d'humilité



1.Inquiétez-vous peu qui est pour vous ou contre vous; mais prenez soin que Dieu soit

avec vous en tout ce que vous faites.

Ayez la conscience pure et Dieu prendra votre défense.

Toute la malice des hommes ne saurait nuire à celui que Dieu veut protéger.

Si vous savez vous taire et souffrir, Dieu sans doute vous assistera.

Il sait le temps et la manière de vous délivrer: abandonnez-vous donc à lui.

C'est de Dieu que vient le secours, c'est lui qui délivre de la confusion.

Il est souvent très utile, pour nous retenir dans une plus grande humilité, que les autres

soient instruits de nos défauts et qu'ils nous les reprochent.

2.Quand un homme s'humilie de ses défauts, il apaise aisément les autres et se concilie

sans peine ceux qui sont irrités contre lui.

Dieu protège l'humble et le délivre, il aime l'humble et le console, il s'incline vers

l'humble et lui prodigue ses grâces, et après l'abaissement, il l'élève dans la gloire.

Il révèle à l'humble ses secrets, il l'invite et l'attire doucement à lui.

Quelque affront qu'il reçoive, l'humble vit encore en paix, parce qu'il s'appuie sur Dieu

et non sur le monde.

Ne pensez pas avoir fait de progrès si vous ne vous croyez au-dessous de tous les

autres.



3. De l'homme pacifique



1.Conservez-vous premièrement dans la paix: et alors vous pourrez la donner aux autres.

Le pacifique est plus utile que le savant.

Un homme passionné change le bien en mal, et croit le mal aisément. L'homme paisible

et bon ramène tout au bien.

Celui qui est affermi dans la paix ne pense mal de personne; mais l'homme inquiet et

mécontent est agité de divers soupçons: il n'a jamais de repos, et n'en laisse point aux

autres.

Il dit souvent ce qu'il ne faudrait pas dire, et ne fait pas ce qu'il faudrait faire.

Attentif aux devoirs des autres, il néglige ses propres devoirs.

Ayez donc premièrement du zèle pour vous-même, et vous pourrez ensuite avec justice

l'étendre sur le prochain.

2.Vous savez bien colorer et excuser vos fautes, et vous ne voulez pas recevoir les

excuses des autres.

Il serait plus juste de vous accuser vous-même et d'excuser votre frère.

Si vous voulez qu'on vous supporte, supportez aussi les autres.

Voyez combien vous êtes loin encore de la vraie charité et de l'humilité, qui jamais ne

s'irrite et ne s'indigne que contre elle-même.

Ce n'est pas une grande chose de bien vivre avec les hommes doux et bons, car cela

plaît naturellement à tous; chacun aime son repos, et s'affectionne à ceux qui partagent

ses sentiments.

Mais vivre en paix avec des hommes durs, pervers, sans règle, ou qui nous contrarient,

c'est une grande grâce, une vertu courageuse digne d'être louée.

3.Il y en a qui sont en paix avec eux-mêmes et avec les autres.

Et il y en a qui n'ont point la paix, et qui troublent celle d'autrui: ils sont à charge aux

autres, et plus à charge à eux-mêmes.

Il y en a, enfin, qui se maintiennent dans la paix et qui s'efforcent de la rendre aux

autres.

Au reste toute notre paix dans cette misérable vie, consiste plus dans une souffrance

humble que dans l'exemption de la souffrance.

Qui sait le mieux souffrir possédera la plus grande paix. Celui-là est vainqueur de soi

et maître du monde, ami de Jésus-Christ et héritier du ciel.

4. De la pureté d'esprit et de la droiture d'intention



1.L'homme s'élève au-dessus de la terre sur deux ailes, la simplicité et la pureté.

La simplicité doit être dans l'intention, et la pureté dans l'affection.

La simplicité cherche Dieu, la pureté le trouve et le goûte.

Nulle bonne oeuvre ne vous sera difficile si vous êtes libre au-dedans de toute

affection déréglée.

Si vous ne voulez que ce que Dieu veut et ce qui est utile au prochain, vous jouirez de

la liberté intérieure.

Si votre coeur était droit, alors toute créature vous serait un miroir de vie et un livre

rempli de saintes instructions.

Il n'est point de créature si petite et si vile qui ne présente quelque image de la bonté de

Dieu.

2.Si vous aviez en vous assez d'innocence et de pureté, vous verriez tout sans obstacle.

Un coeur pur pénètre le ciel et l'enfer.

Chacun juge des choses du dehors selon ce qu'il est au-dedans de lui-même.

S'il est quelque joie dans le monde, le coeur pur la possède.

Et s'il y a des angoisses et des tribulations, avant tout elles sont connues de la mauvaise

conscience.

Comme le fer mis au feu perd sa rouille et devient tout étincelant, ainsi celui qui se

donne sans réserve à Dieu se dépouille de sa langueur et se change en un homme

nouveau.

3.Quand l'homme commence à tomber dans la tiédeur, alors il craint le moindre travail et

reçoit avidement les consolations du dehors.

Mais quand il commence à se vaincre parfaitement et à marcher avec courage dans la

voie de Dieu, alors il compte pour rien ce qui lui était le plus pénible.

5. De la considération de soi-même



1.Nous ne devons pas trop compter sur nous-mêmes, parce que souvent la grâce et le

jugement nous manquent.

Nous n'avons en nous que peu de lumière, et ce peu, il est aisé de le perdre par

négligence.

Souvent nous ne nous apercevons pas combien nous sommes aveugles au-dedans de

nous.

A de mauvaises actions souvent nous donnons de pires excuses.

Quelquefois nous sommes mus par la passion et nous croyons que c'est par le zèle.

Nous relevons de petites fautes dans les autres et nous nous en permettons de plus

grandes.

Nous sentons bien vite et nous pesons ce que nous souffrons des autres; mais tout ce

qu'ils ont à souffrir de nous, nous n'y songeons point.

Qui se jugerait équitablement soi-même, sentirait qu'il n'a droit de juger personne

sévèrement.

2.L'homme intérieur préfère le soin de soi-même à tout autre soin: et lorsqu'on est

attentif à soi, on se tait aisément sur les autres.

Vous ne serez jamais un homme intérieur et vraiment pieux, si vous ne gardez le

silence sur ce qui vous est étranger, et si vous ne vous occupez principalement de

vous-même.

Si vous n'avez que Dieu et vous-même en vue, vous serez peu touché de ce que vous

apercevrez au-dehors.

Où êtes-vous quand vous n'êtes pas présent à vous-même ? Et que vous revient-il

d'avoir tout parcouru, et de vous être oublié ?

Si vous voulez posséder la paix et être véritablement uni à Dieu, il faut laisser là tout le

reste, et ne penser qu'à vous seul.

3.Vous ferez de grands progrès si vous vous dégagez de tous les soins du temps.

Vous serez, au contraire, fatigué bien vite, si vous comptez pour quelque chose ce qui

n'est que de ce monde.

Qu'il n'y ait rien de grand à vos yeux, d'élevé, de doux, d'aimable, que Dieu seul, ou ce

qui vient de Dieu.

Regardez comme une pure vanité toute consolation qui repose sur la créature.

L'âme qui aime Dieu méprise tout ce qui est au-dessous de Dieu.

Dieu seul, éternel, immense et remplissant tout, est la consolation de l'âme et la vraie

joie du coeur.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:48


6. De la joie d'une bonne conscience



1.La gloire de l'homme de bien est le témoignage de sa conscience.

Ayez la conscience pure et vous posséderez toujours la joie.

La bonne conscience peut supporter beaucoup de choses et elle est pleine de joie dans

les adversités.

La mauvaise conscience est toujours inquiète et troublée.

Vous jouirez d'un repos ravissant si votre coeur ne vous reproche rien.

Ne vous réjouissez que d'avoir fait le bien.

Les méchants n'ont jamais de véritable joie, ils ne possèdent point la paix intérieure,

parce qu'il n'y a point de paix pour l'impie, dit le Seigneur.

Et s'ils disent: Nous sommes dans la paix, les maux ne viendront pas sur nous; et qui

oserait nous nuire ? ne les croyez pas car la colère de Dieu se lèvera soudain, et leurs

oeuvres seront réduites à rien, et leurs pensées périront.

2.Se faire un sujet de gloire de la tribulation n'est pas difficile à celui qui aime: car se

glorifier ainsi, c'est se glorifier dans la croix de Jésus-Christ.

La gloire que les hommes donnent et reçoivent est courte.

La tristesse accompagne toujours la gloire du monde.

La gloire des bons est dans leur conscience et non dans la bouche des hommes.

L'allégresse des justes est de Dieu et en Dieu, et leur joie vient de la vérité.

Celui qui désire la gloire véritable et éternelle dédaigne la gloire du temps.

Et celui qui recherche la gloire du temps et ne la méprise pas de toute son âme montre

qu'il aime peu la gloire éternelle.

Il jouit d'une grande tranquillité de coeur, celui que n'émeut ni la louange ni le blâme.

3.Il sera aisément en paix et content, celui dont la conscience est pure.

Vous n'êtes pas plus saint parce qu'on vous loue, ni plus imparfait parce qu'on vous

blâme.

Vous êtes ce que vous êtes, et tout ce qu'on pourra dire ne vous fera pas plus grand que

vous ne l'êtes aux yeux de Dieu.

Si vous considérez bien ce que vous êtes en vous-même, vous vous embarrasserez peu

de ce que les hommes disent de vous.

L'homme voit le visage, mais Dieu voit le coeur. L'homme regarde les actions; mais

Dieu pèse l'intention.

Faire toujours bien et s'estimer peu, c'est le signe d'une âme humble.

Ne vouloir de consolation d'aucune créature, c'est la marque d'une grande pureté et

d'une grande confiance intérieure.

4.Quand on ne cherche au-dehors aucun témoignage en sa faveur, il est manifeste qu'on

s'est entièrement remis à Dieu.

Car ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est approuvé, dit Saint Paul,

mais celui que Dieu recommande.

Avoir toujours Dieu présent au-dedans de soi et ne tenir à rien au-dehors, c'est l'état de

l'homme intérieur.



7. Qu'il faut aimer Jésus-Christ par-dessus toutes choses



1.Heureux celui qui comprend ce que c'est que d'aimer Jésus, et de se mépriser soi-même

à cause de Jésus.

Il faut que notre amour pour lui nous détache de tout autre amour, parce que Jésus veut

être aimé seul par-dessus toutes choses.

L'amour de la créature est trompeur et passe bientôt; l'amour de Jésus est stable et

fidèle.

Celui qui s'attache à la créature tombera avec elle; celui qui s'attache à Jésus sera pour

jamais affermi.

Aimez et conservez pour ami Celui qui ne vous quittera point alors que tous vous

abandonneront, et qui, quand viendra votre fin, ne vous laissera point périr.

Que vous le vouliez ou non, il vous faudra un jour être séparé de tout.

2.Vivant et mourant, tenez-vous donc près de Jésus et confiez-vous à la fidélité de celui

qui seul peut vous secourir lorsque tout vous manquera.

Tel est votre bien-aimé, qu'il ne veut point de partage; il veut posséder seul votre coeur

et y régner comme un roi sur le trône qui est à lui.

Si vous saviez bannir de votre âme toutes les créatures, Jésus se plairait à demeurer en

vous.

Vous trouverez avoir perdu presque tout ce que vous aurez établi sur les hommes et

non sur Jésus !

Ne vous appuyez point sur un roseau qu'agite le vent et n'y mettez pas votre confiance,

car toute chair est comme l'herbe, et sa gloire passe comme la fleur des champs.

3.Vous serez trompé souvent si vous jugez des hommes d'après ce qui paraît au-dehors;

au lieu des avantages et du soulagement que vous cherchez en eux, vous n'éprouverez

presque toujours que du préjudice.

Cherchez Jésus en tout, et en tout vous trouverez Jésus. Si vous vous cherchez

vous-même, vous vous trouverez aussi, mais pour votre perte.

Car l'homme qui ne cherche pas Jésus se nuit plus à lui-même que tous ses ennemis et

que le monde entier.

8. De la familiarité que l'amour établit entre Jésus et l'âme fidèle



1.Quand Jésus est présent, tout est doux et rien ne semble difficile; mais quand Jésus se

retire, tout fatigue.

Quand Jésus ne parle pas au-dedans, nulle consolation n'a de prix; mais si Jésus dit une

seule parole, on est merveilleusement consolé.

Marie-Madeleine ne se leva-t'elle pas aussitôt du lit où elle pleurait, lorsque Marthe lui

dit: Le maître est là, et vous appelle ?

Heureux moment où Jésus appelle des larmes à la joie de l'esprit !

Combien, sans Jésus, n'êtes-vous pas aride et insensible !

Et quelle vanité, quelle folie, si vous désirez autre chose que Jésus-Christ ! Ne serait-ce

pas une plus grande perte que si vous aviez perdu le monde entier ?

2.Que peut vous donner le monde sans Jésus ?

Etre sans Jésus, c'est un insupportable enfer; être avec Jésus, c'est un paradis de délices.

Si Jésus est avec vous, nul ennemi ne pourra vous nuire.

Qui trouve Jésus trouve un trésor immense, ou plutôt un bien au-dessus de tout bien.

Qui perd Jésus perd plus et beaucoup plus que s'il perdait le monde entier.

Vivre sans Jésus, c'est le comble de l'indigence; être uni à Jésus, c'est posséder des

richesses infinies.

3.C'est un grand art que de savoir converser avec Jésus, et une grande prudence que de

savoir le retenir près de soi.

Soyez humble et pacifique, et Jésus sera avec vous.

Que votre vie soit pieuse et calme, et Jésus demeurera près de vous.

Vous éloignerez bientôt Jésus et vous perdrez sa grâce, si vous voulez vous répandre

au-dehors.

Et si vous l'éloignez et le perdez, qui sera votre refuge et quel autre ami

chercherez-vous ?

Vous ne sauriez vivre heureux sans ami; et si Jésus n'est pas pour vous un ami

au-dessus de tous les autres, n'attendez que tristesse et désolation.

Qu'insensé vous êtes, si vous mettez en quelque autre votre confiance ou votre joie !

Il vaudrait mieux avoir le monde entier contre vous, que d'être dans la disgrâce de

Jésus.

Qu'il vous soit donc plus cher que tout ce qui vous est cher.

4.Aimez tous les autres pour Jésus, et Jésus pour lui-même.

Lui seul doit être aimé uniquement, parce qu'il est le seul ami bon, fidèle, entre tous les

amis.

Aimez en lui et à cause de lui vos amis et vos ennemis, et priez-le pour tous afin que

tous le connaissent et l'aiment.

Ne souhaitez jamais d'obtenir aucune préférence dans l'estime ou l'amour des hommes;

car cela n'appartient qu'à Dieu, qui n'a point d'égal.

Ne désirez point que quelqu'un s'occupe de vous dans son coeur, et ne soyez

vous-même préoccupé de l'amour de personne; mais que Jésus soit en vous et en tout

homme de bien

5.Soyez pur et libre au-dedans, sans aucune attache à la créature.

Il vous faut être dépouillé de tout, et offrir à Dieu un coeur pur, si vous voulez être

libre et goûter comme le Seigneur est doux.

Et certes, jamais vous n'y parviendrez si sa grâce ne vous prévient et ne vous attire: de

sorte qu'ayant exclu et banni tout le reste, vous soyez seul uni à lui seul.

Car lorsque la grâce de Dieu visite l'homme, alors il peut tout; et quand elle se retire,

alors il est pauvre et infirme, et ne semble réservé qu'aux châtiments.

En cet état même, il ne doit ni se laisser abattre ni désespérer, mais il doit se soumettre

avec calme à la volonté de Dieu et souffrir pour l'amour de Jésus-Christ tout ce qui lui

arrive: car l'été succède à l'hiver, après la nuit revient le jour, et après la tempête une

grande sérénité.



9. De la privation de toute consolation



1.Il n'est pas difficile de mépriser les consolations humaines quand on jouit des

consolations divines.

Mais il est grand et très grand de consentir à être privé tout à la fois des consolations

des hommes et de celles de Dieu, de supporter volontairement pour sa gloire cet exil du

coeur, de ne se rechercher en rien, et de ne faire aucun retour sur ses propres mérites.

Qu'y a-t'il d'étonnant si vous êtes rempli d'allégresse et de ferveur lorsque la grâce

descend en vous ? C'est pour tous l'heure désirable.

Il avance aisément et avec joie, celui que la grâce soulève.

Comment sentirait-il son fardeau, quand il est porté par le Tout-Puissant et conduit par

le guide suprême ?

2.Toujours nous cherchons quelque soulagement, et difficilement l'homme se dépouille

de lui-même.

Fidèle à son évêque, le saint martyr Laurent vainquit le siècle parce qu'il méprisa tout

ce que le monde offre de séduisant, et qu'il souffrit en paix, pour l'amour de

Jésus-Christ, d'être séparé du souverain prêtre de Dieu, de Sixte, qu'il aimait avec une

vive tendresse.

Pour l'amour du Créateur surmontant l'amour de l'homme, aux consolations humaines

il préféra le bon plaisir divin.

Et vous aussi, apprenez donc à quitter, pour l'amour de Dieu, l'ami le plus cher et le

plus intime.

Et ne murmurez point s'il arrive que votre ami vous abandonne, sachant qu'après tout il

faudra bien un jour se séparer tous.

3.Ce n'est pas sans combattre beaucoup et longtemps en lui-même, que l'homme apprend

à se vaincre pleinement et à reporter en Dieu toutes ses affections.

Lorsqu'il s'appuie sur lui-même, il se laisse aisément aller aux consolations humaines.

Mais celui qui a vraiment l'amour de Jésus-Christ et le zèle de la vertu ne cède point à

l'attrait des consolations, et ne cherche point les douceurs sensibles; il désire plutôt de

fortes épreuves, et de souffrir de durs travaux pour Jésus-Christ.

4.Quand donc Dieu vous accorde quelque consolation spirituelle, recevez-la avec actions

de grâces; mais reconnaissez-y le don de Dieu et non votre propre mérite.

Ne vous en élevez pas, n'en ayez point trop de joie, n'en concevez pas une vaine

présomption. Que cette grâce, au contraire, vous rende plus humble, plus vigilant, plus

timide dans toutes vos actions; car ce moment passera et sera suivi de la tentation.

Quand la consolation vous est ôtée, ne vous découragez pas aussitôt; mais attendez

avec humilité et avec patience que Dieu vous visite de nouveau: car il est tout-puissant

pour vous consoler encore plus.

Cela n'est ni nouveau ni étrange pour ceux qui ont l'expérience des voies de Dieu: les

grands saints et les anciens prophètes ont souvent éprouvé ces vicissitudes.

5.Un d'eux, sentant la présence de la grâce, s'écriait: J'ai dit dans mon abondance: Je ne

serai jamais ébranlé ! Mais la grâce s'étant retirée, il ajoutait: Vous avez détourné de

moi votre face, et j'ai été rempli de trouble.

Dans ce trouble cependant, il ne désespère point; mais il prie le Seigneur avec plus

d'insistance, disant: Seigneur, je crierai vers vous, et j'implorerai mon Dieu.

Enfin il recueille le fruit de sa prière et il témoigne qu'il a été exaucé: Le Seigneur m'a

écouté, il a eu pitié de moi, le Seigneur s'est fait mon appui.

Mais comment ? Vous avez, dit-il, changé mes gémissements en chants d'allégresse,

et vous m'avez environné de joie.

Or, puisque Dieu en use ainsi avec les plus grands saints, nous ne devons pas perdre

courage, pauvres infirmes que nous sommes, si quelquefois nous éprouvons de la

ferveur et quelquefois du refroidissement: car l'esprit de Dieu vient et se retire comme

il lui plaît. Ce qui faisait dire au bienheureux Job: Vous visitez l'homme dès le matin,

et aussitôt vous l'éprouvez.

6.En quoi donc espérer, et en quoi mettre ma confiance, si ce n'est uniquement dans la

grande miséricorde de mon Dieu et dans l'attente de la grâce céleste ?

Car, soit que j'aie près de moi des hommes vertueux, des religieux fervents, des amis

fidèles; soit que je lise de saints livres et d'éloquents traités, soit que j'entende le doux

chant des hymnes, tout cela aide peu et ne touche guère quand la grâce se retire, et que

je suis délaissé dans ma propre indigence.

Alors il n'est point de meilleur remède qu'une humble patience et l'abandon de

soi-même à la volonté de Dieu.

7.Je n'ai jamais rencontré d'homme si pieux et si parfait qui n'ait éprouvé quelquefois

cette privation de la grâce et une diminution de ferveur.

Nul saint n'a été ravi si haut ni si rempli de lumière qu'il n'ait été tenté avant ou après.

Car il n'est pas digne d'être élevé jusqu'à la contemplation de Dieu, celui qui n'a pas

souffert pour Dieu quelque tribulation.

La tentation annonce d'ordinaire la consolation qui doit suivre.

Car la consolation céleste est promise à ceux qu'a éprouvés la tentation. Celui qui

vaincra, dit le Seigneur, je lui donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie.

8.La consolation divine est donnée afin que l'homme ait plus de force pour soutenir

l'adversité.

La tentation vient après, afin qu'il ne s'enorgueillisse pas du bien.

Car Satan ne dort point, et la chair n'est pas encore morte: c'est pourquoi ne cessez de

vous préparer au combat, parce qu'à droite et à gauche sont des ennemis qui ne se

reposent jamais.



10. De la reconnaissance pour la grâce de Dieu



1.Pourquoi cherchez-vous le repos lorsque vous êtes né pour le travail ?

Disposez-vous à la patience plutôt qu'aux consolations, et à porter la croix plutôt qu'à

goûter la joie.

Quel est l'homme du siècle qui ne reçut volontiers les joies et les consolations

spirituelles, s'il pouvait en jouir toujours ?

Car les consolations spirituelles surpassent toutes les délices du monde et toutes les

voluptés de la chair.

Toutes les délices du monde sont ou honteuses ou vaines; les délices spirituelles sont

seules douces et chastes, nées des vertus et répandues par Dieu dans les coeurs purs.

Mais nul ne peut jouir toujours à son gré des consolations divines, parce que la

tentation ne cesse jamais longtemps.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:45

20. De l'amour de la solitude et du silence



1.Cherchez un temps propre à vous occuper de vous-même et pensez souvent aux

bienfaits de Dieu.

Laissez là ce qui ne sert qu'à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce qui touche le coeur

que ce qui amuse l'esprit.

Retranchez les discours superflus, les courses inutiles; fermez l'oreille aux vains bruits

du monde, et vous trouverez assez de loisir pour les saintes méditations.

Les plus grands saints évitaient autant qu'il leur était possible le commerce des hommes

et préféraient vivre en secret avec Dieu.

2.Un ancien a dit: Toutes les fois que j'ai été dans la compagnie des hommes, j'en suis

revenu moins homme que je n'étais.

C'est ce que nous éprouvons souvent lorsque nous nous livrons à de longs entretiens.

Il est plus aisé de se taire que de ne point excéder dans ses paroles.

Il est plus aisé de se tenir chez soi que de se garder de soi-même suffisamment

au-dehors.

Celui donc qui aspire à la vie intérieure et spirituelle doit de retirer de la foule avec

Jésus.

Nul ne se montre sans péril s'il n'aime à demeurer caché.

Nul ne parle avec mesure s'il ne se tait volontiers.

Nul n'est en sûreté dans les premières places s'il n'aime les dernières.

Nul ne commande sans danger s'il n'a pas appris à bien obéir.

3.Nul ne se réjouit avec sécurité s'il ne possède en lui-même le témoignage d'une bonne

conscience.

Cependant la confiance des saints a toujours été pleine de la crainte de Dieu: quel que

fût l'éclat de leurs vertus, quelque abondantes que fussent leurs grâces, ils n'en étaient

ni moins humbles ni moins vigilants.

L'assurance des méchants naît, au contraire, de l'orgueil et de la présomption, et finit

par l'aveuglement.

Ne vous promettez point de sûreté en cette vie, quoique vous paraissiez être un saint

religieux ou un pieux solitaire.

4.Souvent les meilleurs dans l'estime des hommes ont couru les plus grands dangers à

cause de leur trop de confiance.

Il est donc utile à plusieurs de n'être pas entièrement délivré des tentations et de souffrir

des attaques fréquentes, de peur que, tranquilles sur eux-mêmes, ils ne s'élèvent avec

orgueil ou qu'ils ne se livrent trop aux consolations du dehors.

Oh ! si l'on ne recherchait jamais les joies qui passent, si jamais l'on ne s'occupait du

monde, qu'on posséderait une conscience pure !

Oh ! qui retrancherait toute sollicitude vaine, ne pensant qu'au salut et à Dieu, et

plaçant en lui toute son espérance, de quelle paix et de quel repos il jouirait !

5.Nul n'est digne des consolations célestes s'il ne s'est exercé longtemps dans la sainte

componction.

Si vous désirez la vraie componction du coeur, entrez dans votre cellule et bannissez-en

le bruit du monde; selon qu'il est écrit: Même sur votre couche, que votre coeur soit

plein de componction.

Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous perdrez au-dehors.

La cellule qu'on quitte peu devient douce; fréquemment délaissée, elle engendre

l'ennui. Si dès le premier moment où vous sortez du siècle, vous êtes fidèle à la garder,

elle vous deviendra comme une amie chère et sera votre consolation la plus douce.

6.Dans le silence et le repos, l'âme pieuse fait de grands progrès et pénètre ce qu'il y a de

caché dans l'Ecriture.

Là elle trouve la source des larmes dont elle se lave et se purifie toutes les nuits, et elle

s'unit d'autant plus familièrement à son Créateur qu'elle vit plus éloignée du tumulte

du monde.

Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis, Dieu s'approchera de lui

avec les saints anges.

Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme, que de faire des miracles et de

s'oublier soi-même

Il est louable dans un religieux de sortir rarement et de n'aimer ni à voir les hommes ni

à être vu d'eux.

7.Pourquoi voulez-vous voir ce qui ne vous est point permis d'avoir ? Le monde passe,

et sa concupiscence.

Les désirs des sens entraînent çà et là; mais l'heure passée, que rapportez-vous, qu'une

conscience pesante et un coeur dissipé ?

Parce qu'on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la tristesse; et la veille

joyeuse du soir attriste le matin.

Ainsi toute joie des sens s'insinue avec douceur; mais à la fin elle blesse et tue.

Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes ? Voilà le ciel, la terre,

les éléments; or c'est d'eux que tout est fait.

8.Où que vous alliez, que verrez-vous qui soit stable sous le soleil ?

Vous croyez peut-être vous rassasier; mais vous n'y parviendrez jamais.

Quand vous verriez toutes les choses à la fois, que serait-ce qu'une vision vaine ?

Levez les yeux en haut vers Dieu et priez pour vos péchés et vos négligences.

Laissez aux hommes vains les choses vaines; pour vous, ne vous occupez que de ce que

Dieu vous commande.

Fermez sur vous votre porte et appelez à vous Jésus, votre bien-aimé.

Demeurez avec lui dans votre cellule: car vous ne trouverez nulle part autant de paix.

Si vous n'étiez pas sorti et que vous n'eussiez pas entendu quelque bruit du monde,

vous seriez demeuré dans cette douce paix: mais parce que vous aimez à entendre des

choses nouvelles, il vous faut supporter ensuite le trouble du coeur.





21. De la componction du coeur



1.Si vous voulez faire quelque progrès, conservez-vous dans la crainte de Dieu et ne

soyez point trop libre; mais soumettez vos sens à une sévère discipline et ne vous livrez

pas aux joies insensées.

Disposez votre coeur à la componction et vous trouverez la vraie piété.

La componction produit beaucoup de bien, qu'on perd bientôt en s'abandonnant aux

vains mouvements de son coeur.

Chose étrange, qu'un homme en cette vie puisse se reposer pleinement dans la joie,

lorsqu'il considère son exil, et à combien de périls est exposée son âme !

2.A cause de la légèreté de notre coeur et de l'oubli de nos défauts, nous ne sentons pas

les maux de notre âme, et souvent nous rions vainement quand nous devrions bien

plutôt pleurer.

Il n'y a de vraie liberté et de joie solide que dans la crainte de Dieu et la bonne

conscience.

Heureux qui peut éloigner tout ce qui le distrait et l'arrête, pour se recueillir tout entier

dans une sainte componction.

Heureux qui rejette tout ce qui peut souiller sa conscience ou l'appesantir.

Combattez généreusement: on triomphe d'une habitude par une autre habitude.

Si vous savez laisser là les hommes, ils vous laisseront bientôt faire ce que vous

voudrez.

3.N'attirez pas à vous les affaires d'autrui et ne vous embarrassez point dans celles des

grands.

Que votre oeil soit ouvert sur vous d'abord; et avant de reprendre vos amis, ayez soin

de vous reprendre vous-même.

Si vous n'avez point la faveur des hommes, ne vous en attristez point; mais que votre

peine soit de ne pas vivre aussi bien et avec autant de vigilance que le devrait un

serviteur de Dieu et un bon religieux.

Il est plus souvent utile et plus sûr de n'avoir pas beaucoup de consolations dans cette

vie, et surtout de consolations sensibles.

Cependant, si nous sommes privés de consolations divines, ou si nous ne les éprouvons

que rarement, la faute en est à nous, parce que nous ne cherchons point la componction

du coeur et que nous ne rejetons pas entièrement les vaines consolations du dehors.

4.Reconnaissez que vous êtes indignes des consolations célestes et que vous méritez

plutôt de grandes tribulations.

Quand l'homme est pénétré d'une parfaite componction, le monde entier lui est alors

amer et insupportable.

Le juste trouve toujours assez de sujets de s'affliger et de pleurer.

Car en considérant soit lui-même, soit les autres, il sait que nul ici-bas n'est sans

tribulations; et plus il se regarde attentivement, plus profonde est sa douleur.

Le sujet d'une juste affliction et d'une grande tristesse intérieure, ce sont nos péchés et

nos vices, dans lesquels nous sommes tellement ensevelis, que rarement pouvons-nous

contempler les choses du ciel.

5.Si vous pensez plus souvent à votre mort qu'à la longueur de la vie, nul doute que vous

n'auriez plus d'ardeur pour vous corriger.

Et si vous réfléchissiez sérieusement aux peines de l'enfer et au purgatoire, je crois que

vous supporteriez volontiers le travail et la douleur, et que vous ne redouteriez aucune

austérité.

Mais parce que ces vérités ne pénètrent point jusqu'au coeur, et que nous aimons

encore ce qui nous flatte, nous demeurons froids et négligents.

6.Souvent c'est langueur de l'âme, et notre chair misérable se plaint si aisément.

Priez donc humblement le Seigneur qu'il vous donne l'esprit de componction, et dites

avec le prophète: Nourrissez-moi, Seigneur, du pain des larmes; abreuvez-moi du

calice des pleurs.



22. De la considération de la misère humaine



1.En quelque lieu que vous soyez, de quelque côté que vous vous tourniez, vous serez

misérable si vous ne revenez vers Dieu.

Pourquoi vous troublez-vous de ce que rien n'arrive comme vous le désirez et comme

vous le voulez ? A qui est-ce que tout succède selon sa volonté ? Ni à vous, ni à moi,

ni à aucun homme sur la terre.

Nul en ce monde, fût-il roi ou pape, n'est exempt d'angoisses et de tribulations.

Qui donc a le meilleur sort ? Celui, certes, qui sait souffrir quelque chose pour Dieu.

2.Dans leur faiblesse et leur peu de lumière, plusieurs disent: Que cet homme a une

heureuse vie ! qu'il est riche, grand, puissant, élevé !

Mais considérez les biens du ciel, et vous verrez que tous ces biens du temps ne sont

rien; que toujours très incertains, ils sont plutôt un poids qui fatigue, parce qu'on ne les

possède jamais sans défiance et sans crainte.

Avoir en abondance les biens du temps, ce n'est pas là le bonheur de l'homme: la

médiocrité lui suffit.

C'est vraiment une grande misère de vivre sur la terre.

Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie présente lui devient

amère, parce qu'il sent mieux et voit plus clairement l'infirmité de la nature humaine et

sa corruption.

Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être assujetti à toutes les nécessités

de la nature, c'est vraiment une grande misère et une grande affliction pour l'homme

pieux qui voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout péché.

3.Car l'homme intérieur est en ce monde étrangement appesanti par les nécessités du

corps.

Et c'est pourquoi le prophète demandait avec d'ardentes prières d'en être affranchi,

disant: Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités.

Malheur donc à ceux qui ne connaissent point leur misère ! et malheur encore plus à

ceux qui aiment cette misère et cette vie périssable !

Car il y en a qui l'embrassent si avidement, leur misère, qu'ayant à peine le nécessaire en

travaillant ou en mendiant, ils n'éprouveraient aucun souci du royaume de Dieu s'ils

pouvaient toujours vivre ici-bas.

4.O coeurs insensés et infidèles, si profondément enfoncés dans les choses de la terre

qu'ils ne goûtent rien que ce qui est charnel !

Les malheureux ! ils sentiront douloureusement à la fin combien était vil, combien

n'était rien ce qu'ils ont aimé.

Mais les saints de Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ ont méprisé ce qui flatte

la chair et ce qui brille dans le temps; toute leur espérance, tous leurs désirs aspiraient

aux biens éternels.

Tout leur coeur s'élevait vers les biens invisibles et impérissables, de peur que l'amour

des choses visibles ne les abaissât vers la terre.

5.Ne perdez pas, mon frère, l'espérance d'avancer dans la vie spirituelle: vous en avez

encore le temps, c'est l'heure.

Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de vos résolutions ?

Levez-vous et commencez à l'instant, et dites: Voici le temps d'agir, voici le temps de

combattre, voici le temps de me corriger.

Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de mériter.

Il faut passer par le feu et par l'eau, avant d'entrer dans le lieu de rafraîchissement.

Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice.

Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans péché, ni sans ennui

et sans douleur.

Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère; mais en perdant

l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie félicité.

Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde de Dieu jusqu'à ce

que l'iniquité passe et que ce qui est mortel en vous soit absorbé par la vie.

6.Oh ! qu'elle est grande la fragilité qui toujours incline l'homme au mal.

Vous confessez aujourd'hui vos péchés et vous y retombez le lendemain.

Vous vous proposez d'être sur vos gardes et une heure après vous agissez comme si

vous ne vous étiez rien proposé.

Nous avons donc grand sujet de nous humilier et de ne nous jamais élever en

nous-mêmes, étant si fragiles et inconsistants.

Nous pouvons perdre en un moment par notre négligence ce qu'à peine avons-nous

acquis par la grâce avec un long travail.

7.Que sera-ce de nous à la fin du jour si nous sommes si lâches dès le matin ?

Malheur à nous si nous voulons goûter le repos, comme si déjà nous étions en paix et

en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans notre vie une seule trace de vraie

sainteté !

Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de nouvelles moeurs

comme des novices dociles, pour essayer du moins s'il y aurait en nous quelque

espérance de changement et d'un plus grand progrès dans la vertu.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:45


23. De la méditation de la mort



1.C'en sera fait de vous bien vite ici-bas: voyez donc en quel état vous êtes.

L'homme est aujourd'hui, et demain il a disparu, et quand il n'est plus sous les yeux, il

passe bien vite de l'esprit.

O stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu'au présent et ne prévoit pas

l'avenir !

Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez

s'il vous fallait mourir aujourd'hui.

Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort.

Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort.

Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ?

Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un lendemain ?

2.Que sert de vivre longtemps puisque nous nous corrigeons si peu ?

Ah ! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle augmente nos crimes.

Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour !

Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent, qu'ils sont peu

changés, et que ces années ont été stériles !

S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps.

Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours présente, et qui se prépare chaque

jour à mourir !

Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par

cette voie.

3.Le matin, pensez que vous n'atteindrez pas le soir; le soir, n'osez pas vous promettre de

voir le matin.

Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous surprenne jamais.

Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: car le Fils de l'homme

viendra à l'heure qu'on n'y pense pas.

Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout autrement de votre

vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été si négligent et si lâche.

4.Qu'heureux et sage est celui qui s'efforce d'être tel dans la vie qu'il souhaite d'être

trouvé à la mort.

Car rien ne donnera une si grande confiance de mourir heureusement, que le parfait

mépris du monde, le désir ardent d'avancer dans la vertu, l'amour de la régularité, le

travail de la pénitence, l'abnégation de soi-même et la constance à souffrir toutes sortes

d'adversités pour l'amour de Jésus-Christ.

Vous pourrez faire beaucoup de bien tandis que vous êtes en santé; mais, malade, je ne

sais ce que vous pourrez.

Il en est peu que la maladie rend meilleurs, comme il en est peu qui se sanctifient par de

fréquents pèlerinages.

5.Ne comptez point sur vos amis ni sur vos proches, et ne différez point votre salut dans

l'avenir; car les hommes vous oublieront plus vite que vous ne pensez.

Il vaut mieux y pourvoir de bonne heure et envoyer devant soi un peu de bien, que

d'espérer dans le secours des autres.

Si vous n'avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s'inquiétera de vous dans

l'avenir ?

Maintenant le temps est d'un grand prix. Voici maintenant le temps propice, voici le

jour du salut.

Mais, ô douleur ! que vous fassiez un si vain usage de ce qui pourrait vous servir à

mériter de vivre éternellement !

Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure, pour purifier votre

âme, et je ne sais si vous l'obtiendrez.

6.Ah ! mon frère, de quel péril, de quelle crainte terrible vous pourriez vous délivrer si

vous étiez à présent toujours en crainte de la mort !

Etudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu'à l'heure de la mort vous ayez plus

sujet de vous réjouir que de craindre.

Apprenez maintenant à mourir au monde afin de commencer alors à vivre avec

Jésus-Christ.

Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller librement à

Jésus-Christ.

Châtiez maintenant votre corps par la pénitence afin que vous puissiez alors avoir une

solide confiance.

7.Insensés, sur quoi vous promettez-vous de vivre longtemps, lorsque vous n'avez pas un

seul jour d'assuré ?

Combien ont été trompés et arrachés subitement de leur corps !

Combien de fois avez-vous ouï dire: Cet homme a été tué d'un coup d'épée; celui-ci

s'est noyé, celui-là s'est brisé en tombant d'un lieu élevé; l'un a expiré en mangeant,

l'autre en jouant; l'un a péri par le feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un autre

par la main des voleurs !

Et ainsi la fin de tous est la mort, et la vie des hommes passe comme l'ombre.

8.Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous ?

Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car vous ne savez

pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort.

Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles.

Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu.

Faites-vous maintenant des amis, en honorant les saints et en imitant leurs oeuvres,

afin qu'arrivé au terme de cette vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

9.Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont

rien.

Conservez votre coeur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que vous n'avez point

ici-bas de demeure permanente.

Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les jours vers le ciel afin

que votre âme, après la mort, mérite de passer heureusement à Dieu.



24. Du jugement et des peines des pécheurs



1.En toutes choses regardez la fin, et reportez-vous au jour où vous serez là, debout

devant le Juge sévère à qui rien n'est caché, qu'on n'apaise point par des présents, qui ne

reçoit point d'excuses, mais qui jugera selon la justice.

Pécheur misérable et insensé ! que répondrez-vous à Dieu, qui sait tous vos crimes,

vous qui tremblez quelquefois à l'aspect d'un homme irrité ?

Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien prévoir, vers ce jour

où nul ne pourra être excusé ni défendu par un autre, mais où chacun sera pour soi un

fardeau assez pesant ?

Maintenant votre travail produit son fruit: vos larmes sont agréées, vos gémissements

écoutés, votre douleur satisfait à Dieu et purifie votre âme.

2.Il a ici-bas un grand et salutaire purgatoire, l'homme patient qui, en butte aux outrages,

s'afflige plus de la malice d'autrui que de sa propre injure; qui prie sincèrement pour

ceux qui le contristent, et leur pardonne du fonds du coeur; qui, s'il a peiné les autres,

est toujours prêt à demander pardon; qui incline à la compassion plus qu'à la colère; qui

se fait violence à lui-même, et s'efforce d'assujettir entièrement la chair à l'esprit.

Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et retrancher ses vices, que d'attendre

de les expier en l'autre vie.

Oh ! combien nous nous trompons nous-mêmes par l'amour désordonné que nous

avons pour notre chair.

3.Que dévorera ce feu, sinon vos péchés ?

Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez votre chair, plus

ensuite votre châtiment sera terrible et plus vous amassez pour le feu éternel.

L'homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le plus péché.

Là les paresseux seront percés par des aiguillons ardents, et les intempérants

tourmentés par une faim et une soif extrêmes.

Là les voluptueux et les impudiques seront plongés dans une poix brûlante et dans un

soufre fétide; comme des chiens furieux, les envieux hurleront dans leur douleur.

4.Chaque vice aura son tourment propre.

Là les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à la plus misérable

indigence.

Là une heure sera plus terrible dans le supplice, que cent années ici dans la plus dure

pénitence.

Ici quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis: là nul repos, nulle

consolation pour les damnés.

Soyez donc maintenant plein d'appréhension et de douleur pour vos péchés, afin de

partager, au jour du jugement, la sécurité des bienheureux.

Car les justes alors s'élèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront

opprimés et méprisés.

Alors se lèvera pour juger celui qui se soumet aujourd'hui humblement aux jugements

des hommes.

Alors l'humble et le pauvre auront une grande confiance; et de tous côtés l'épouvante

environnera le superbe.

5.Alors on verra qu'il fut sage en ce monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable

pour Jésus-Christ.

Alors on s'applaudira des tribulations souffertes avec patience, et toute iniquité sera

muette.

Alors tous les justes seront transportés d'allégresse, et tous les impies consternés de

douleur.

Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait toujours été nourrie dans les

délices.

Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux perdront tout leur

éclat.

Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais tout brillant d'or.

Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que toute la

puissance du monde; et une obéissance simple, élevée plus haut que toute la prudence

du siècle.

6.Alors on trouvera plus de joie dans la pureté d'une bonne conscience que dans une

docte philosophie.

Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance que tous les trésors de

la terre.

Alors le souvenir d'une pieuse prière vous sera de plus de consolation que celui d'un

repas splendide.

Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que de longs entretiens.

Alors les oeuvres saintes l'emporteront sur les beaux discours.

Alors vous préférerez une vie de peine et de travail à tous les plaisirs de la terre.

Apprenez donc maintenant à supporter quelques légères souffrances afin d'être alors

délivré de souffrances plus grandes.

Eprouvez ici d'abord ce que vous pourrez dans la suite.

Si vous ne pouvez maintenant souffrir ce peu de chose, comment supporterez-vous les

tourments éternels ?

Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d'impatience, que sera-ce donc alors

des tortures de l'enfer ?

Il y a, n'en doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir: vous ne pouvez goûter ici-bas

les délices du monde, et régner ensuite avec Jésus-Christ.

7.Si vous aviez vécu jusqu'à ce jour dans les honneurs et les voluptés, de quoi cela vous

servirait-il, s'il vous fallait mourir à l'instant ?

Donc tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul.

Car celui qui aime Dieu de tout son coeur ne craint ni la mort, ni le supplice, ni le

jugement, ni l'enfer, parce que l'amour parfait nous donne un sûr accès près de Dieu.

Mais celui qui aime encore le péché, il n'est pas surprenant qu'il redoute la mort et le

jugement.

Cependant, si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon qu'au moins la

crainte du feu vous retienne.

Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurait longtemps persévérer dans le

bien, mais il tombera bientôt dans les pièges du démon.

25. Qu'il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie



1.Soyez vigilant et fervent dans le service de Dieu et faites-vous souvent cette demande:

Pourquoi es-tu venu ici, et pourquoi as-tu quitté le siècle ?

N'était-ce pas afin de vivre pour Dieu et devenir un homme spirituel ?

Embrasez-vous du désir d'avancer parce que vous recevrez bientôt la récompense de

vos travaux, et qu'alors il n'y aura plus ni crainte ni douleur.

Maintenant un peu de travail, et puis un grand repos; que dis-je ? une joie éternelle !

Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera sans doute fidèle

et magnifique dans ses récompenses.

Vous devez conserver une ferme espérance de parvenir à la gloire; mais il ne faut pas

vous livrer à une sécurité trop profonde de peur de tomber dans le relâchement ou la

présomption.

2.Un homme qui flottait souvent, plein d'anxiété, entre la crainte et l'espérance, étant un

jour accablé de tristesse, entra dans une église; et, se prosternant devant un autel pour

prier, il disait et redisait en lui-même: Oh ! si je savais que je dusse persévérer !

Aussitôt il entendit intérieurement cette divine réponse: Si vous le saviez, que

voudriez-vous faire ? Faites maintenant ce que vous feriez alors, et vous jouirez de la

paix.

Consolé à l'instant même et fortifié, il s'abandonna sans réserve à la volonté de Dieu et

ses agitations cessèrent.

Il ne voulut point rechercher avec curiosité ce qui lui arriverait dans l'avenir; mais il

s'appliqua uniquement à connaître la volonté de Dieu et ce qui lui plaît davantage, afin

de commencer et d'achever tout ce qui est bien.

3.Espérez en Dieu, dit le Prophète, et faites le bien; habitez en paix la terre, et vous

serez nourri de ses richesses. Une chose refroidit en quelques-uns l'ardeur d'avancer et

de se corriger: la crainte des difficultés, et le travail du combat.

En effet, ceux-là devancent les autres dans la vertu, qui s'efforcent avec plus de courage

de se vaincre eux-mêmes dans ce qui leur est le plus pénible et qui contrarie le plus leur

penchant.

Car l'homme fait d'autant plus de progrès et mérite d'autant plus de grâce, qu'il se

surmonte lui-même et se mortifie davantage.

4.Il est vrai que tous n'ont pas également à combattre pour se vaincre et mourir à

eux-mêmes.

Cependant un homme animé d'un zèle ardent avancera bien plus, même avec de

nombreuses passions, qu'un autre à cet égard mieux disposé, mais tiède pour la vertu.

Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement: s'arracher avec violence à

ce que la nature dégradée convoite, et travailler ardemment à acquérir la vertu dont on a

le plus grand besoin.

Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les défauts qui vous

déplaisent le plus dans les autres.

5.Profitez de tout pour votre avancement. Si vous voyez de bons exemples ou si vous les

entendez raconter, animez-vous à les imiter.

Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde de commettre la

même faute; ou, si vous l'avez quelquefois commise, tâchez de vous corriger

promptement.

Comme votre oeil observe les autres, les autres vous observent aussi.

Qu'il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux, fervents, fidèles

observateurs de la règle !

Qu'il est triste, au contraire, et pénible d'en voir qui ne vivent pas dans l'ordre et qui ne

remplissent pas les engagements auxquels ils ont été appelés !

Qu'on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation, et en détournant son

coeur à des choses dont on n'est point chargé !

6.Souvenez-vous de ce que vous avez promis, et que Jésus crucifié vous soit toujours

présent.

Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus-Christ, d'avoir jusqu'ici

fait si peu d'efforts pour y conformer la vôtre, quoique vous soyez depuis si longtemps

entré dans la voie de Dieu.

Un religieux qui s'exerce à méditer sérieusement et avec piété la vie très sainte et la

passion du Sauveur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire, et il

n'a pas besoin de chercher hors de Jésus quelque chose de meilleur.

Ah ! si Jésus crucifié entrait dans notre coeur, que nous serions bientôt suffisamment

instruits !

7.Un religieux fervent reçoit bien ce qu'on lui commande et s'y soumet sans peine.

Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation et ne trouve de tous

côtés que la gêne, parce qu'il est privé des consolations intérieures et qu'il lui est

interdit d'en chercher au-dehors.

Un religieux qui s'affranchit de sa règle est exposé à des chutes terribles.

Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera toujours dans

l'angoisse; car toujours quelque chose lui déplaira.

8.Comment font tant d'autres religieux qui observent, dans les cloîtres, une si étroite

discipline ?

Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très pauvrement et grossièrement

vêtus.

Ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin, font de

longues prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte discipline.

Considérez les chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres religieux et religieuses

de différents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu.

Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné d'un si saint exercice

lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le Seigneur.

9.Oh ! si vous n'aviez autre chose à faire qu'à louer de coeur et de bouche,

perpétuellement, le Seigneur notre Dieu ! Si jamais vous n'aviez besoin de manger, de

boire, de dormir, et que vous puissiez ne pas interrompre un seul moment ces louanges

ni les autres exercices spirituels ! Vous seriez alors beaucoup plus heureux qu'à

présent, assujetti comme vous l'êtes au corps et à toutes ses nécessités.

Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités et que nous n'eussions à

songer qu'à la nourriture de notre âme, que nous goûtons, hélas, si rarement !

10.Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation dans aucune créature, c'est

alors qu'il commence à goûter Dieu parfaitement, et qu'il est, quoiqu'il arrive, toujours

satisfait.

Alors il ne se réjouit d'aucune prospérité et aucun revers ne le contriste; mais il

s'abandonne tout entier, avec une pleine confiance, à Dieu qui lui est tout en toutes

choses, pour qui rien ne périt, rien ne meurt, pour qui au contraire tout vit, et à qui tout

obéit sans délai.

11.Souvenez-vous toujours que votre fin approche et que le temps perdu ne revient point.

Les vertus ne s'acquièrent qu'avec beaucoup de soins et des efforts constants.

Dès que vous commencerez à tomber dans la tiédeur, vous tomberez dans le trouble.

Mais si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix et vous

sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce de Dieu et de l'amour de la vertu.

L'homme fervent et zélé est prêt à tout.

Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions que de supporter les fatigues du

corps.

Celui qui n'évite pas les petites fautes tombe peu à peu dans les grandes.

Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le jour avec fruit.

Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous; et quoiqu'il en soit des autres, ne vous

négligez pas vous-même.

Vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez violence.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:43
Livre premier - Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure p.5

1.Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde

2.Avoir d'humbles sentiments de soi-même

3.De la doctrine de la vérité

4.De la prévoyance dans les actions

5.De la lecture de l'Ecriture sainte

6.Des affections déréglées

7.Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances

8.Eviter la trop grande familiarité

9.De l'obéissance et du renoncement à son propre sens

10.Qu'il faut éviter les entretiens inutiles

11.Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du soin d'avancer dans la vertu

12.De l'avantage de l'adversité

13.De la résistance aux tentations

14.Eviter les jugements téméraires, et ne se point rechercher soi-même

15.Des oeuvres de charité

16.Qu'il faut supporter les défauts d'autrui

17.De la vie religieuse

18.De l'exemple des saints

19.Des exercices d'un bon religieux

20.De l'amour de la solitude et du silence

21.De la componction du coeur

22.De la considération de la misère humaine

23.De la méditation de la mort

24.Du jugement et des peines des pécheurs

25.Qu'il faut travailler avec ferveur à l'amendement de sa vie

Livre premier - Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure

1. Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du

monde

1.Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles

de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous

voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du coeur.

Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ.

2.La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints: et qui posséderait son

esprit y trouverait la manne cachée.

Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Evangile, n'en sont que peu touchés,

parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ.

Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ ?

Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne.

3.Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humble, et

que par-là vous déplaisez à la Trinité ?

Certes, les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint, mais une vie pure rend

cher à Dieu.

J'aime mieux sentir la componction que d'en savoir la définition.

Quand vous sauriez toute la Bible par coeur et toutes les sentences des philosophes,

que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité ?

Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul.

La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde.

4.Vanité donc, d'amasser des richesses périssables et d'espérer en elles.

Vanité, d'aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu'il y a de plus haut.

Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être

rigoureusement puni.

Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre.

Vanité, de ne penser qu'à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra.

Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit

point.

5.Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: L'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit,

ni l'oreille remplie de ce qu'elle entend.

Appliquez-vous donc à détacher votre coeur de l'amour des choses visibles, pour le

porter tout entier vers les invisibles, car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent

leur âme et perdent la grâce de Dieu.



2. Avoir d'humbles sentiments de soi-même



1.Tout homme désire naturellement de savoir; mais la science sans la crainte de Dieu,

que vaut-elle ?

Un humble paysan qui sert Dieu est certainement fort au-dessus du philosophe superbe

qui, se négligeant lui-même, considère le cours des astres.

Celui qui se connaît bien se méprise, et ne se plait point aux louanges des hommes.

Quand j'aurais toute la science du monde, si je n'ai pas la charité, à quoi cela me

servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes oeuvres ?

2.Modérez le désir trop vif de savoir; on ne trouvera là qu'une grande dissipation et une

grande illusion.

Les savants sont bien aise de paraître et de passer pour habiles.

Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point à l'âme de

connaître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe d'autre chose que de ce qui intéresse

son salut.

La multitude des paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie sainte rafraîchit l'esprit et

une conscience pure donne une grande confiance près de Dieu.

3.Plus et mieux vous savez, plus vous serez sévèrement jugé, si vous n'en vivez pas plus

saintement.

Quelque art et quelque science que vous possédiez, n'en tirez donc point de vanité;

craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont été données.

Si vous croyez beaucoup savoir, et être perspicace, souvenez-vous que c'est peu de

chose près de ce que vous ignorez.

Ne vous élevez point en vous-même, avouez plutôt votre ignorance. Comment

pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un, tandis qu'il y en a tant de plus doctes

que vous, et de plus instruits en la loi de Dieu ?

Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve ? Aimez à vivre

inconnu et à n'être compté pour rien.

4.La science la plus haute et la plus utile est la connaissance exacte et le mépris de

soi-même.

Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une grande sagesse et une

grande perfection.

Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très

grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui; car vous ignorez combien de

temps vous persévérerez dans le bien.

Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n'est plus fragile que vous.



3. De la doctrine de la vérité



1.Heureux celui que la vérité instruit elle-même, non par des figures et des paroles qui

passent, mais en se montrant telle qu'elle est.

Notre raison et nos sens voient peu, et nous trompent souvent.

A quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et obscures, qu'au jugement

de Dieu on ne vous reprochera point d'avoir ignorées ?

C'est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire pour s'appliquer au

contraire curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux, et nous ne voyons point.

2.Que nous importe ce qu'on dit sur les genres et sur les espèces ?

Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions.

Tout vient de ce Verbe unique, de lui procède toute parole, il en est le principe, et c'est

lui qui parle en dedans de nous.

Sans lui nulle intelligence, sans lui nul jugement n'est droit.

Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette unique chose, et voit

tout en elle, ne sera point ébranlé, et son coeur demeurera dans la paix de Dieu.

O Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour éternel !

Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre; en vous est tout ce que

je désire, tout ce que je veux.

Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient dans le silence devant

vous: parlez-moi vous seul.

3.Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son

esprit s'étend et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de

l'intelligence.

Une âme pure, simple, formée dans le bien, n'est jamais dissipée au milieu même des

plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout pour honorer Dieu, et que,

tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien.

Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections immortifiées de

votre coeur ?

4.L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au-dedans de lui tout ce qu'il doit faire

au-dehors; il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d'une inclination

vicieuse, mais il les soumet à la règle d'une droite raison.

Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ?

C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre nous-mêmes,

devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le

bien.

Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection: et nous ne voyons

rien qu'à travers je ne sais quelle fumée.

L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les

recherches profondes de la science.

Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d'aucune chose; car

elle est bonne en soi, et dans l'ordre de Dieu; seulement on doit préférer toujours une

conscience pure et une vie sainte.

Mais, parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s'égarent

souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail.

5.Oh ! s'ils avaient autant d'ardeur pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que

pour remuer de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales dans le

peuple, ni tant de relâchement dans les monastères.

Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous avons lu, mais ce

que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu.

Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez connus

lorsqu'ils vivaient encore, et lorsqu'ils florissaient dans leur science ?

D'autres occupent à présent leur place, et je ne sais s'ils pensent seulement à eux. Ils

semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n'en parle plus.

6.Oh ! que la gloire du monde passe vite ! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur

science ! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit.

Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par l'oubli du service

de Dieu.

Et, parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils s'évanouissent dans

leurs pensées.

Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.

Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour qui la plus grande

gloire n'est qu'un pur néant.

Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde comme de l'ordure,

du fumier toutes les choses de la terre.

Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne.



4. De la prévoyance dans les actions



1.Il ne faut pas croire à toute parole, ni obéir à tout mouvement intérieur, mais peser

chaque chose selon Dieu, avec prudence et avec une longue attention.

Hélas ! nous croyons et nous disons plus facilement des autres le mal que le bien, tant

nous sommes faibles.

Mais les parfaits n'ajoutent pas foi aisément à tout ce qu'ils entendent, parce qu'ils

connaissent l'infirmité de l'homme, enclin au mal et léger dans ses paroles.

2.C'est une grande sagesse que de ne point agir avec précipitation, et de ne pas s'attacher

obstinément à son propre sens.

Il est encore de la sagesse de ne pas croire indistinctement tout ce que les hommes

disent, et ce qu'on a entendu et cru, de ne point aller aussitôt le rapporter aux autres.

Prenez conseil d'un homme sage et de conscience; et laissez-vous guider par un autre

qui vaille mieux que vous, plutôt que de suivre vos propres pensées.

Une bonne vie rend l'homme sage selon Dieu, et lui donne une grande expérience.

Plus on sera humble et soumis à Dieu, plus on aura de sagesse et de paix en toutes

choses.



5. De la lecture de l'Ecriture sainte



1.Il faut chercher la vérité dans l'Ecriture sainte et non l'éloquence.

Toute l'Ecriture doit être lue dans le même esprit qui l'a dictée.

Nous devons y chercher l'utilité plutôt que la délicatesse du langage.

Nous devons lire aussi volontiers des livres simples et pieux que les livres profonds et

sublimes.

Ne vous prévenez point contre l'auteur; mais, sans vous inquiéter s'il a peu ou

beaucoup de science, que le pur amour de la vérité vous porte à le lire.

Considérez ce qu'on vous dit, sans chercher qui le dit.

2.Les hommes passent, mais la vérité du Seigneur demeure éternellement.

Dieu nous parle en diverses manières, et par des personnes très diverses.

Dans la lecture de l'Ecriture sainte, souvent notre curiosité nous nuit, voulant examiner

et comprendre lorsqu'il faudrait passer simplement.

Si vous voulez en retirer du fruit, lisez avec humilité, avec simplicité, avec foi, et ne

cherchez jamais à passer pour habile.

Aimez à interroger; écoutez en silence les paroles des saints, et ne méprisez point les

sentences des vieillards, car elles ne sont pas proférées en vain.



6. Des affections déréglées



1.Dès que l'homme commence à désirer quelque chose désordonnément, aussitôt il

devient inquiet en lui-même.

Le superbe et l'avare n'ont jamais de repos, mais le pauvre et l'humble d'esprit vivent

dans l'abondance de la paix.

L'homme qui n'est pas encore parfaitement mort à lui-même est bien vite tenté, et il

succombe dans les plus petites choses.

Celui dont l'esprit est encore infirme, appesanti par la chair et incliné vers les choses

sensibles, a grand-peine à se détacher entièrement des désirs terrestres.

C'est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il éprouve de la tristesse, et il

est disposé à l'impatience quand on lui résiste.

2.Que, s'il a obtenu ce qu'il convoitait, aussitôt le remords de la conscience pèse sur lui,

parce qu'il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu'il cherchait.

C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve la véritable paix du

coeur.

Point de paix donc dans le coeur de l'homme charnel, de l'homme livré aux choses

extérieures: la paix est le partage de l'homme fervent et spirituel.



7. Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances



1.Insensé celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque créature que ce

soit.

N'ayez point de honte de servir les autres, et de paraître pauvre en ce monde pour

l'amour de Jésus-Christ.

Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu seul.

Faites ce qui est en vous, et Dieu secondera votre bonne volonté.

Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune créature, mais plutôt

dans la grâce de Dieu qui aide les humbles et qui humilie les présomptueux.

2.Ne vous glorifiez point dans les richesses que vous pouvez avoir, ni dans la puissance

de vos amis, mais en Dieu, qui donne tout, et qui, par-dessus tout, désire encore se

donner lui-même.

Ne vous élevez point à cause de la force ou de la beauté de votre corps, qu'une légère

infirmité abat et flétrit.

N'ayez point de complaisance en vous-même à cause de votre esprit ou de votre

habileté, de peur de déplaire à Dieu, de qui vient tout ce que vous avez reçu de bon de

la nature.

3.Ne vous estimez pas meilleur que les autres; peut-être êtes-vous pire aux yeux de Dieu,

qui sait ce qu'il y a dans l'homme.

Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes oeuvres, car les jugements de Dieu sont

autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes, souvent lui déplaît.

S'il y a quelque bien en vous, croyez qu'il y en a plus dans les autres, afin de conserver

l'humilité.

Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous serait très

nuisible de vous préférer à un seul.

L'homme humble jouit d'une paix inaltérable, la colère et l'envie troublent le coeur du

superbe.



8. Eviter la trop grande familiarité



1.N'ouvrez pas votre coeur à tous indistinctement; mais confiez ce qui vous touche à

l'homme sage et craignant Dieu.

Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les personnes du monde.

Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant les grands.

Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de bonnes moeurs, et ne

vous entretenez que de choses édifiantes.

N'ayez de familiarité avec aucune femme, mais recommandez à Dieu toutes celles qui

sont vertueuses.

Ne souhaitez d'être familier qu'avec Dieu et les anges, et évitez d'être connu des

hommes.

2.Il faut avoir de la charité pour tout le monde, mais la familiarité ne convient point.

Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa bonne réputation, mais,

en se montrant, elle détruit l'opinion qu'on avait d'elle.

Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos assiduités, et c'est plutôt

alors que nous commençons à leur déplaire par les défauts qu'ils découvrent en nous.



9. De l'obéissance et du renoncement à son propre sens



1.C'est quelque chose de bien grand que de vivre sous un supérieur, dans l'obéissance, et

de ne pas dépendre de soi-même.

Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander.

Quelques-uns obéissent plutôt par nécessité que par amour, et ceux-là, toujours

souffrants, sont portés au murmure. Jamais ils ne posséderont la liberté d'esprit, à

moins qu'ils ne se soumettent de tout leur coeur, à la cause de Dieu.

Allez où vous voudrez, vous ne trouverez de repos que dans une humble soumission à

la conduite d'un supérieur. Plusieurs s'imaginant qu'ils seraient meilleurs en d'autres

lieux, ont été trompés par cette idée de changement.

2.Il est vrai que chacun aime à suivre son propre sens, et a plus d'inclination pour ceux

qui pensent comme lui.

Mais si Dieu est au milieu de nous, il est quelquefois nécessaire de renoncer à notre

sentiment pour le bien de la paix.

Quel est l'homme si éclairé qu'il sache tout parfaitement ?

Ne vous fiez donc pas trop à votre sentiment, mais écoutez aussi volontiers celui des

autres.

Si votre sentiment est bon, et qu'à cause de Dieu vous l'abandonniez pour en suivre un

autre, vous en retirerez plus d'avantage.

3.J'ai souvent ouï dire qu'il est plus sûr d'écouter et de recevoir un conseil que de le

donner.

Car il peut arriver que le sentiment de chacun soit bon; mais ne vouloir pas céder aux

autres, lorsque l'occasion ou la raison le demande, c'est la marque d'un esprit superbe et

opiniâtre.



10. Qu'il faut éviter les entretiens inutiles



1.Evitez autant que vous pourrez le tumulte du monde, car il y a du danger à s'entretenir

des choses du siècle, même avec une intention pure.

Bientôt la vanité souille l'âme et la captive.

Je voudrais plus souvent m'être tu, et ne m'être point trouvé avec les hommes.

D'où vient que nous aimions tant à parler et à converser lorsque si rarement il arrive

que nous rentrions dans le silence avec une conscience qui ne soit point blessée ?

C'est que nous cherchons dans ces entretiens une consolation mutuelle et un

soulagement pour notre coeur fatigué de pensées contradictoires.

Nous nous plaisons à parler, à occuper notre esprit de ce que nous aimons, de ce que

nous souhaitons, de ce qui contrarie nos désirs.

2.Mais souvent, hélas ! bien vainement; car cette consolation extérieure n'est pas un

médiocre obstacle à la consolation que Dieu donne intérieurement.

Il faut donc veiller et prier, afin que le temps ne se passe pas sans fruit.

S'il est permis, s'il convient de parler, parlez de ce qui peut édifier.

La mauvaise habitude et le peu de soin de notre avancement nous empêchent d'observer

notre langue.

Cependant de pieuses conférences sur les choses spirituelles, entre des personnes unies

selon Dieu et animées d'un même esprit, servent beaucoup au progrès dans la

perfection.



11. Des moyens d'acquérir la paix intérieure, et du soin d'avancer dans

la vertu



1.Nous pourrions jouir d'une grande paix, si nous voulions ne nous point occuper de ce

que disent et de ce que font les autres et de ce dont nous ne sommes point chargés.

Comment peut-il être longtemps en paix, celui qui s'embarrasse de soins étrangers, qui

cherche à se répandre au-dehors, et ne se recueille que peu ou rarement en lui-même ?

Heureux les simples, parce qu'ils posséderont une grande paix !

2.Comment quelques saints se sont-ils élevés à un si haut degré de vertu et de

contemplation ?

C'est qu'ils se sont efforcés de mourir à tous les désirs de la terre, et qu'ils ont pu ainsi

s'unir à Dieu par le fond le plus intime de leur coeur, et s'occuper librement

d'eux-mêmes.

Pour nous, nous sommes trop à nos passions, et trop inquiets de ce qui se passe.

Rarement nous surmontons parfaitement un seul vice, nous n'avons point d'ardeur pour

faire chaque jour quelques progrès, et ainsi nous restons tièdes et froids.

3.Si nous étions tout a fait morts à nous-mêmes et moins préoccupés au-dedans de nous,

alors nous pourrions aussi goûter les choses de Dieu et acquérir quelque expérience de

la céleste contemplation.

Le plus grand, l'unique obstacle, c'est qu'asservis à nos passions et à nos convoitises,

nous ne faisons aucun effort pour entrer dans la vois parfaite des saints.

Et, s'il arrive que nous éprouvions quelque légère adversité, nous nous laissons

aussitôt abattre, et nous recourons aux consolations humaines.

4.Si tels que des soldats généreux, nous demeurions fermes dans le combat, nous

verrions certainement le secours de Dieu descendre sur nous du ciel.

Car il est toujours prêt à aider ceux qui résistent et qui espèrent en sa grâce, et c'est lui

qui nous donne des occasions de combattre, afin de nous rendre victorieux.

Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les observances

extérieures, notre dévotion sera de peu de durée.

Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que dégagés des passions, nous

possédions notre âme en paix.

5.Si nous déracinions chaque année un seul vice, bientôt nous serions parfaits.

Mais nous sentons souvent, au contraire, que nous étions meilleurs et que notre vie

était plus pure, lorsque nous quittâmes le siècle, qu'après plusieurs années de

profession.

Nous devrions croître chaque jour en ferveur et en vertu, et maintenant on compte pour

beaucoup d'avoir conservé une partie de sa ferveur.

Si nous nous faisions d'abord un peu de violence, nous pourrions tout faire ensuite

aisément et avec joie.

6.Il est dur de renoncer à ses habitudes, mais il est plus dur encore de courber sa propre

volonté.

Cependant, si vous ne savez pas vous vaincre en des choses légères, comment

remporterez-vous des victoires plus difficiles ?

Résistez dès le commencement à votre inclination, rompez sans aucun retard toute

habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous engage dans de plus grandes

difficultés.

Oh ! si vous considériez quelle paix ce serait pour vous, quelle joie pour les autres, en

vivant comme vous le devez, vous auriez, je crois, plus d'ardeur pour votre avancement

spirituel.



12. De l'avantage de l'adversité



1.Il nous est bon d'avoir quelquefois des peines et des traverses, parce que souvent elles

rappellent l'homme à son coeur, et lui font sentir qu'il est en exil, et qu'il ne doit mettre

son espérance en aucune chose du monde.

Il nous est bon de souffrir quelquefois des contradictions, et qu'on pense mal ou peu

favorablement de nous, quelques bonnes que soient nos actions et nos intentions.

Souvent cela sert à nous prémunir contre la vaine gloire.

Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond du coeur, quand

les hommes au-dehors nous rabaissent et pensent mal de nous.

2.C'est pourquoi l'homme devrait s'affermir tellement en Dieu, qu'il n'eût pas besoin de

chercher tant de consolations humaines.

Lorsque, avec une volonté droite, l'homme est troublé, tenté, affligé de mauvaises

pensées, il reconnaît alors combien Dieu lui est nécessaire, et qu'il n'est capable

d'aucun bien sans lui.

Alors il s'attriste, il gémit, il prie à cause des maux qu'il souffre.

Alors il s'ennuie de vivre plus longtemps, et il souhaite que la mort arrive, afin que,

délivré de ses liens, il soit avec Jésus-Christ.

Alors aussi il comprend bien qu'une sécurité parfaite, une pleine paix, ne sont point de

ce monde.



13. De la résistance aux tentations



1.Tant que nous vivons ici-bas, nous ne pouvons être exempts de tribulations et

d'épreuves.

C'est pourquoi il est écrit au livre de Job: La tentation est la vie de l'homme sur la

terre.

Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations qui l'assiègent, et

veiller et prier pour ne point laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais, et

qui tourne de tous côtés, cherchant quelqu'un pour le dévorer.

Il n'est point d'homme si parfait et si saint qui n'ait quelquefois des tentations, et nous

ne pouvons en être entièrement affranchis.

2.Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas d'être souvent très utiles à

l'homme parce qu'elles l'humilient, le purifient et l'instruisent.

Tous les saints ont passé par beaucoup de tentations et de souffrances, et c'est par cette

voie qu'ils ont avancé; mais ceux qui n'ont pu soutenir ces épreuves, Dieu les a

réprouvés, et ils ont défailli dans la route du salut.

Il n'y a point d'ordre si saint, ni de lieu si secret, où l'on ne trouve des peines et des

tentations.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:43
Totus Tuus ego sum Maria



3.L'homme, tant qu'il vit, n'est jamais entièrement à l'abri des tentations, car nous en

portons le germe en nous, à cause de la concupiscence dans laquelle nous sommes nés.

L'une succède à l'autre; et nous aurons toujours quelque chose à souffrir, parce que

nous avons perdu le bien et la félicité primitive.

Plusieurs cherchent à fuir pour n'être point tentés, et ils y tombent plus gravement.

Il ne suffit pas de fuir pour vaincre, mais la patience et la véritable humilité nous

rendent plus fort que tous nos ennemis.

4.Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les occasions extérieures,

avancera peu; au contraire, les tentations reviennent à lui plus promptement et plus

violentes.

Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue patience, aidé du secours de

Dieu, que par une rude et inquiète opiniâtreté.

Prenez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point durement celui qui est tenté,

mais secourez-le comme vous voudriez qu'on vous secourût vous-même.

5.Le commencement de toutes les tentations est l'inconstance de l'esprit et le peu de

confiance en Dieu.

Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l'homme

faible et changeant qui abandonne ses résolutions est agité par des tentations diverses.

Le feu éprouve le fer, et la tentation, l'homme juste.

Nous ne savons souvent ce que nous pouvons, mais la tentation montre ce que nous

sommes.

Il faut veiller cependant, surtout au commencement de la tentation, car on triomphe

beaucoup plus facilement de l'ennemi, si on ne le laisse point pénétrer dans l'âme, et si

on le repousse à l'instant même où il se présente pour entrer.

C'est ce qui a fait dire à un ancien: Arrêtez le mal dès son origine; le remède vient trop

tard quand le mal s'est accru par de longs délais.

D'abord une simple pensée s'offre à l'esprit, puis une vive imagination, ensuite le plaisir

et le mouvement déréglé, et le consentement. Ainsi peu à peu l'ennemi envahit toute

l'âme, lorsqu'on ne lui résiste pas dès le commencement.

Plus on met de retard et de langueur à le repousser, plus on s'affaiblit chaque jour, et

plus l'ennemi devient fort contre nous.

6.Plusieurs sont affligés de tentations plus violentes au commencement de leur

conversion; d'autres, à la fin; il y en a qui souffrent presque toute leur vie.

Quelques-uns sont tentés assez légèrement, selon l'ordre de la sagesse et de la justice de

Dieu qui connaît l'état des hommes, pèse leurs mérites, et dispose tout pour le salut de

ses élus.

7.C'est pourquoi, quand nous sommes tentés, nous ne devons point perdre l'espérance,

mais prier Dieu avec plus de ferveur, afin qu'il daigne nous secourir dans toutes nos

tribulations; car, selon la parole de l'Apôtre, il nous fera tirer avantage de la tentation

même, de sorte que nous puissions la surmonter.

Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu, dans toutes nos tentations, dans

toutes nos peines, parce qu'il sauvera et relèvera les humbles d'esprit.

8.Dans les tentations et les traverses, on reconnaît combien l'homme a fait de progrès. Le

mérite est plus grand, et la vertu paraît davantage.

Il est peu difficile d'être pieux et fervent lorsque l'on n'éprouve rien de pénible; mais

celui qui se soutient avec patience au temps de l'adversité donne l'espoir d'un grand

avancement.

Quelques-uns surmontent les grandes tentations et succombent tous les jours aux

petites, afin qu'humiliés d'être si faibles dans les moindres occasions, ils ne présument

jamais d'eux-mêmes dans les grandes.



14. Eviter les jugements téméraires, et ne se point rechercher soi-même



1.Tournez les yeux sur vous-même, et gardez-vous de juger les actions des autres.

En jugeant les autres, l'homme se fatigue vainement; il se trompe le plus souvent, et

commet beaucoup de fautes; mais en s'examinant et se jugeant lui-même, il travaille

toujours avec fruit.

D'ordinaire nous jugeons les choses selon l'inclination de notre coeur, car

l'amour-propre altère aisément en nous la droiture du jugement.

Si nous n'avions jamais en vue que Dieu seul, nous serions moins troublés quand on

résiste à notre sentiment.

2.Mais souvent il y a quelque chose hors de nous, ou de caché en nous, qui nous entraîne.

Plusieurs se recherchent secrètement eux-mêmes dans ce qu'ils font, et ils l'ignorent.

Ils semblent affermis dans la paix lorsque tout va selon leurs désirs; mais éprouvent-ils

des contradictions, aussitôt ils s'émeuvent et tombent dans la tristesse.

La diversité des opinions produit souvent des discussions entre les citoyens, et même

entre les religieux et les personnes dévotes.

3.On quitte difficilement une vieille habitude, et nul ne se laisse volontiers conduire

au-delà de ce qu'il voit.

Si vous vous appuyez sur votre esprit et sur votre pénétration plus que sur la

soumission dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple, vous serez très peu et très tard

éclairé sur la vie spirituelle: car Dieu veut que nous lui soyons parfaitement soumis, et

que nous nous élevions au-dessus de toute raison par un ardent amour.



15. Des oeuvres de charité



1.Pour nulle chose au monde ni pour l'amour d'aucun homme, on ne doit faire le

moindre mal; on peut quelquefois cependant, pour rendre un service dans le besoin,

différer une bonne oeuvre ou lui en substituer une meilleure; car alors le bien n'est pas

détruit mais il se change en un plus grand.

Aucune oeuvre extérieure ne sert sans la charité; mais tout ce qui est fait par la charité,

quelque petit ou quelque vil qu'il soit, produit des fruits abondants.

Car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui fait agir.

2.Celui-là fait beaucoup qui aime beaucoup.

Celui-là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait, et il fait bien lorsqu'il subordonne sa

volonté à l'utilité publique.

Ce qu'on prend pour la charité souvent n'est que la convoitise; car il est rare que

l'inclination, la volonté propre, l'espoir de la récompense ou la vue de quelque avantage

particulier n'influe pas sur nos actions.

3.Celui qui possède la charité véritable et parfaite ne se recherche en rien; mais son

unique désir est que la gloire de Dieu s'opère en toutes choses.

Il ne porte envie à personne, parce qu'il ne souhaite aucune faveur particulière, ne met

point sa joie en lui-même, et que, dédaignant tous les autres biens, il ne cherche qu'en

Dieu son bonheur.

Il n'attribue jamais aucun bien à la créature; il les rapporte tous à Dieu, de qui ils

découlent comme de leur source, et dans la jouissance duquel tous les saints se

reposent à jamais comme dans leur fin dernière.

Oh ! qui aurait une étincelle de la vraie charité, que toutes les choses de la terre lui

paraîtraient vaines !



16. Qu'il faut supporter les défauts d'autrui



1.Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec

patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement.

Songez qu'il est peut-être mieux qu'il en soit ainsi, pour vous éprouver dans la

patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose.

Vous devez cependant prier Dieu de vous aider à vaincre ces obstacles, ou à les

supporter avec douceur.

2.Si quelqu'un, averti une ou deux fois, ne se rend point, ne contestez point avec lui; mais

confiez tout à Dieu, qui sait tirer le bien du mal, afin que sa volonté s'accomplisse et

qu'il soit glorifié dans tous ses serviteurs.

Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités des autres, quelles

qu'ils soient, parce qu'il y a aussi bien des choses en vous que les autres ont à

supporter.

Si vous ne pouvez vous rendre tel que vous voudriez, comment pourrez-vous faire que

les autres soient selon votre gré ?

Nous aimons que les autres soient exempts de défauts, et nous ne corrigeons point les

nôtres.

3.Nous voulons qu'on reprenne les autres sévèrement, et nous ne voulons pas être repris

nous-mêmes.

Nous sommes choqués qu'on leur laisse une trop grande liberté, et nous ne voulons pas

qu'on nous refuse rien.

Nous voulons qu'on les retienne par des règlements, et nous ne souffrons pas qu'on

nous contraigne en la moindre chose.

Par-là on voit clairement combien il est rare que nous usions de la même mesure pour

nous et pour les autres.

Si tous étaient parfaits, qu'aurions-nous de leur part à souffrir pour Dieu ?

4.Or Dieu l'a ainsi ordonné afin que nous apprenions à porter le fardeau les uns des

autres, car chacun a son fardeau; personne n'est sans défauts, nul ne se suffit à

soi-même; nul n'est assez sage pour se conduire seul; mais il faut nous supporter, nous

consoler, nous aider, nous instruire, nous avertir mutuellement.

C'est dans l'adversité qu'on voit le mieux ce que chacun a de vertus.

Car les occasions ne rendent pas l'homme fragile, mais elles montrent ce qu'il est.



17. De la vie religieuse



1.Il faut que vous appreniez à vous briser en beaucoup de choses, si vous voulez

conserver la paix et la concorde avec les autres.

Ce n'est pas peu de chose de vivre dans un monastère ou dans une congrégation, de n'y

être jamais une occasion de plainte et d'y persévérer fidèlement jusqu'à la mort.

Heureux celui qui, après une vie sainte, y a heureusement consommé sa course !

Si vous voulez être affermi et croître dans la vertu, regardez-vous comme exilé et

comme étranger sur la terre.

Il faut, pour l'amour de Jésus-Christ, devenir insensé selon le monde, si vous voulez

vivre en religieux.

2.L'habit et la tonsure servent peu; c'est le changement de moeurs et la mortification

entière des passions qui font le vrai religieux.

Celui qui cherche autre chose que Dieu seul et le salut de son âme ne trouvera que

tribulation et douleur.

Celui-là ne saurait non plus demeurer longtemps en paix qui ne s'efforce point d'être le

dernier de tous et soumis à tous.

3.Vous êtes venus pour servir et non pour dominer; sachez que vous êtes appelés pour

souffrir et pour travailler, et non pour discourir dans une vaine oisiveté.

Ici donc les hommes sont éprouvés, comme l'or dans la fournaise.

Ici nul ne peut vivre s'il ne veut s'humilier de tout son coeur à la cause de Dieu.



18. De l'exemple des saints



1.Contemplez les exemples des saints Pères, en qui reluisait la vraie perfection de la vie

religieuse, et vous verrez combien peu est ce que nous faisons, et presque rien.

Hélas ! qu'est-ce que notre vie comparée à la leur ?

Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le

froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les

jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions

et d'opprobres.

2.Oh ! que de pesantes tribulations ont souffertes les apôtres, les martyrs, les confesseurs,

les vierges et tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ ! Ils ont haï leur

âme en ce monde, pour la posséder dans l'éternité.

Oh ! quelle vie de renoncements et d'austérités, que celle des saints dans le désert !

quelles longues et dures tentations ils ont essuyées ! que de fois ils ont été tourmentés

par l'ennemi ! que de fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! quelles

rigoureuses abstinences ils ont pratiquées ! quel zèle, quelle ardeur pour leur

avancement spirituel ! quelle forte guerre contre leurs passions ! quelle intention pure

et droite toujours dirigée vers Dieu !

Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prière; et même durant le travail,

ils ne cessaient point de prier en esprit.

3.Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu'ils donnaient à Dieu leur

semblaient courtes, et ils trouvaient tant de douceur dans la contemplation, qu'ils en

oubliaient les besoins du corps.

Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs amis, à leurs parents;

ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient à peine ce qui était nécessaire pour la vie;

s'occuper du corps, même dans la nécessité, leur était une affliction.

Ils étaient pauvres des choses de la terre, mais ils étaient riches en grâce et en vertus.

Au-dehors tout leur manquait, mais Dieu les fortifiait au-dedans par sa grâce et par ses

consolations.

4.Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu et à ses amis familiers.

Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait; mais ils étaient chéris

de Dieu, et précieux devant lui.

Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple, dans la charité, dans

la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus parfaits et plus agréables à Dieu.

Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie religion, et ils doivent

nous exciter plus à avancer dans la perfection, que la multitude des tièdes ne nous porte

au relâchement.

5.Oh ! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de leur sainte institution !

quelle ardeur pour la prière ! quelle émulation de vertu ! quelle sévère discipline ! que

de soumission ils montraient tous pour la règle de leur fondateur !

Ce qui nous reste d'eux atteste encore la sainteté et la perfection de ces hommes qui, en

combattant généreusement, foulèrent aux pieds le monde.

Aujourd'hui on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole point sa règle, et qu'il

porte patiemment le joug dont il s'est chargé.

O tiédeur, ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi nous l'ancienne ferveur !

Maintenant tout fatigue notre lâcheté, jusqu'à nous rendre la vie ennuyeuse.

Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'homme vraiment pieux, vous ne laissiez

pas entièrement s'assoupir en vous le désir d'avancer dans la vertu !



19. Des exercices d'un bon religieux



1.La vie d'un vrai religieux doit briller de toutes les vertus, de sorte qu'il soit tel

intérieurement qu'il paraît devant les hommes.

Et certes il doit être encore bien plus parfait au-dedans qu'il ne le semble au-dehors,

parce que Dieu nous regarde, et que nous devons partout où nous sommes le révérer

profondément et marcher en sa présence purs comme des anges.

Nous devons chaque jour renouveler notre résolution, nous exciter à la ferveur, comme

si notre conversion commençait aujourd'hui seulement, et dire:

Aidez-moi, Seigneur, dans mes saintes résolutions et dans votre service; donnez-moi de

bien commencer maintenant car ce que j'ai fait jusqu'ici n'est rien.

2.La fermeté de notre résolution est la mesure de notre progrès, et une grande attention

est nécessaire à celui qui veut avancer. Si celui qui forme les résolutions les plus fortes

se relâche souvent, que sera-ce de celui qui n'en prend que rarement ou n'en prend que

de faibles ?

Toutefois nous abandonnons nos résolutions de diverses manières et la moindre

omission dans nos exercices a presque toujours une suite fâcheuse.

Les justes, dans leurs résolutions, comptent bien plus sur la grâce de Dieu que sur leur

propre sagesse; et quelque chose qu'ils entreprennent, c'est en lui seul qu'ils mettent

leur confiance.

Car l'homme propose et Dieu dispose, et la voie de l'homme n'est pas en lui.

3.Si nous omettons quelquefois nos exercices ordinaires par quelque motif pieux ou

pour l'utilité de nos frères, il nous sera facile ensuite de réparer cette omission.

Mais si nous les abandonnons sans sujet, par ennui ou par négligence, c'est une faute

grave et qui nous sera funeste.

Faisons tous nos efforts, et nous tomberons encore aisément en beaucoup de fautes.

On doit cependant toujours se proposer quelque chose de fixe, surtout à l'égard de ce

qui forme le plus grand obstacle à notre avancement.

Il faut examiner et régler également notre intérieur et notre extérieur, parce que l'un et

l'autre servent à nos progrès.

4.Ne pouvez-vous continuellement vous recueillir, recueillez-vous au moins de temps en

temps, au moins une fois le jour, le matin ou le soir.

Le matin, formez vos résolutions; le soir, examinez votre conduite, ce que vous avez

été dans vos paroles, vos actions, vos pensées; car peut-être en cela avez-vous souvent

offensé Dieu et le prochain.

Tel qu'un soldat plein de courage, armez-vous contre les attaques du démon.

Réprimez l'intempérance, et vous réprimerez plus aisément les autres désirs de la chair.

Ne soyez jamais tout a fait oisif, mais lisez, ou écrivez, ou priez, ou méditez, ou

travaillez à quelque chose d'utile à la communauté.

Il ne faut cependant s'appliquer qu'avec discrétion aux exercices du corps, et ils ne

conviennent pas également à tous.

5.Ce qui sort des pratiques communes ne doit point paraître au-dehors; il est plus sûr de

remplir en secret ses exercices particuliers.

Prenez garde cependant de négliger les exercices communs pour ceux de votre choix.

Mais après avoir accompli fidèlement et pleinement les devoirs prescrits, s'il vous reste

du temps, rendez-vous à vous-même selon le mouvement de votre dévotion.

Tous ne sauraient suivre les mêmes exercices: l'un convient mieux à celui-ci, l'autre à

celui-là.

On aime même à les diversifier selon les temps; il y en a qu'on goûte plus aux jours de

fêtes, et d'autres aux jours ordinaires.

Les uns nous sont nécessaires au temps de la tentation, les autres au temps de la paix et

du repos.

Autres sont les pensées qui nous plaisent dans la tristesse, ou quand nous éprouvons de

la joie en Dieu.

6.Il faut, vers l'époque des grandes fêtes, renouveler nos pieux exercices et implorer avec

plus de ferveur les suffrages des saints.

Proposons-nous de vivre d'une fête à l'autre comme si nous devions alors sortir de ce

monde, et entrer dans l'éternelle fête.

Et pour cela préparons-nous avec soin dans ces saints temps par une vie plus pieuse,

par une plus sévère observance des règles, comme devant bientôt recevoir de Dieu le

prix de notre travail.

7.Et si ce moment est différé, croyons que nous ne sommes pas encore bien préparés ni

dignes de cette gloire immense qui nous sera découverte en son temps, et redoublons

d'efforts pour nous mieux disposer à ce passage.

Heureux le serviteur, dit Saint Luc, que le Seigneur, quand il viendra, trouvera

veillant. Je vous dis en vérité qu'il l'établira sur tous ses biens.

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