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  • Patrick ROBLES le Franc-Comtois
  • O Dieu ! Aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions. Have mercy upon me, O God, according to thy lovingkindness: according unto the multitude of thy tender mercies blot out my transgressions. Ps 51 (50)
  • O Dieu ! Aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions. Have mercy upon me, O God, according to thy lovingkindness: according unto the multitude of thy tender mercies blot out my transgressions. Ps 51 (50)

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 19:18

 

 

Invictus

 

Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Noires comme un puits où l'on se noie,
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.

 

Dans de cruelles circonstances,
Je n'ai ni gémi ni pleuré.
Meurtri par cette existence,
Je suis debout, bien que blessé.


En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.


Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

 

William Ernest Henley (1849-1903)

 

Traduction française tirée du film "Invictus"

 

 

 

Invictus

 
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds, and shall find me, unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.
 
 
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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 20:15

 

Allocution de Victor Hugo

le 5 septembre 1870 à Paris

après 19 ans d'exil

 

"Les paroles me manquent pour dire à quel point m’émeut l’inexprimable accueil que me fait le généreux peuple de Paris.

Citoyens, j’avais dit : Le jour où la république rentrera, je rentrerai. Me voici.

Deux grandes choses m’appellent. La première, la république. La seconde, le danger.

Je viens ici faire mon devoir.

Quel est mon devoir ?

C’est le vôtre, c’est celui de tous. 

Défendre Paris, garder Paris.

Sauver Paris, c’est plus que sauver la France, c’est sauver le monde.

Paris est le centre même de l’humanité. Paris est la ville sacrée.

Qui attaque Paris attaque en masse tout le genre humain.

Paris est la capitale de la civilisation, qui n’est ni un royaume, ni un empire, et qui est le genre humain tout entier dans son passé et dans son avenir. Et savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation ? C’est parce que Paris est la ville de la révolution.

Qu’une telle ville, qu’un tel chef-lieu, qu’un tel foyer de lumière, qu’un tel centre des esprits, des cœurs et des âmes, qu’un tel cerveau de la pensée universelle puisse être violé, brisé, pris d’assaut, par qui ? par une invasion sauvage ? cela ne se peut. Cela ne sera pas. Jamais, jamais, jamais !

Citoyens, Paris triomphera, parce qu’il représente l’idée humaine et parce qu’il représente l’instinct populaire.

L’instinct du peuple est toujours d’accord avec l’idéal de la civilisation.

Paris triomphera, mais à une condition : c’est que vous, moi, nous tous qui sommes ici, nous ne serons qu’une seule âme ; c’est que nous ne serons qu’un seul soldat et un seul citoyen, un seul citoyen pour aimer Paris, un seul soldat pour le défendre.

À cette condition, d’une part la république une, d’autre part le peuple unanime, Paris triomphera.

Quant à moi, je vous remercie de vos acclamations mais je les rapporte toutes à cette grande angoisse qui remue toutes les entrailles, la patrie en danger.

Je ne vous demande qu’une chose, l’union !

Par l’union, vous vaincrez.

Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles. 

Serrons-nous tous autour de la république en face de l’invasion, et soyons frères. Nous vaincrons.

C’est par la fraternité qu’on sauve la liberté !"...

 

Discours intégral de Victor Hugo

 

 
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31 décembre 2015 4 31 /12 /décembre /2015 06:38

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 09:20

Vision de Sainte Françoise Romaine (1384-1440)

Tableau d'Orazio Lomi Gentileschi (1563-1639)

 

 

Biographie

Pour être née dans l'opulence, une femme du monde n'est pas moins obligée de suivre les maximes de l’Évangile : sainte Françoise

Nous verrons, dans la vie de cette illustre veuve, le portrait de cette femme forte dont parle le Sage, et dont il fait de si grands éloges. Elle naquit l'an de grâce 1384. Son père se nommait Paul Bussa, et sa mère Jacqueline Roffredeschi, l'un et l'autre des premières familles de Rome. Elle fit paraître, dès le berceau, une telle aversion pour tout ce qui est contraire à la pureté, qu'elle ne pouvait souffrir qu'aucun homme, pas même son père, usât des caresses et des libertés que la nature autorise envers un enfant. A l'âge de douze ans, elle eût bien désiré s'enfermer dans un cloître pour y servir le reste de ses jours le seul Époux des vierges ; elle fit même tous ses efforts pour cela : mais ses parents, sans consulter ses inclinations, l'obligèrent d'épouser, en 1396, malgré toutes ses répugnances, Laurent Ponziani, jeune seigneur romain, dont la fortune égalait la naissance : il y eut peu de mariages aussi heureux, parce qu'il y en a peu d'aussi saints ; l'estime, le respect et l'amour furent mutuels, la paix et l'union inaltérables ; ces époux vécurent ensemble quarante années sans la moindre mésintelligence, sans une ombre de froideur. 
Cependant à peine Françoise eut-elle changé de condition, qu'elle tomba dangereusement malade ; ce qui fit connaître le déplaisir qu'elle avait eu à s'engager dans le mariage. Néanmoins, sa maladie ne dura pas longtemps, car saint Alexis, lui apparaissant la nuit, lui rendit en un instant une santé parfaite. Sa maison fut une véritable école de vertu : elle regardait ses domestiques, non pas comme ses serviteurs et ses servantes, mais comme ses frères et ses sœurs en Jésus-Christ, sans néanmoins que cette douceur lui fit rien relâcher du zèle et de la justice, quand il y allait de l'offense de Dieu ; car elle ne pouvait souffrir que l'on fit rien contre les intérêts de Sa gloire. Son premier soin fut d'étudier le naturel de son mari, et d'éviter scrupuleusement tout ce qui aurait pu lui déplaire. Elle le considérait comme son maître, et comme celui qui tenait près d'elle la place de Dieu sur la terre ; elle lui était si soumise, si obéissante, que, lors même qu'elle était occupée à la prière, ou à quelque pratique de piété, elle laissait tout pour le satisfaire et vaquer aux obligations de son état : ce qui doit faire le principal objet de la dévotion d'une femme engagée dans le mariage. Aussi Dieu fit-il paraître, par une merveille, combien cette obéissance lui était agréable. Notre Sainte, récitant un jour l'office de Notre-Dame, fut tellement pressée de l'interrompre, pour satisfaire à quelque devoir de sa maison, qu'elle quitta par quatre fois un même verset ; mais l'affaire faite, retournant à sa dévotion, elle trouva le verset écrit en lettres d'or, quoique auparavant il ne fût écrit qu'en caractères communs. Quelque temps après, l'apôtre saint Paul lui apparaissant en une extase, lui dit que son bon ange avait tracé lui-même ces nouveaux caractères, pour lui faire connaître le mérite de l'obéissance. 
Le sacrement de mariage ayant été établi de Dieu pour peupler le ciel par la naissance des enfants sur la terre, cette fidèle épouse pria Notre-Seigneur de lui en vouloir donner. Elle eut, entre autres, un fils qui, par un heureux présage, eut pour patron Jean l'Évangéliste, à la différence de son aîné appelé Jean-Baptiste. Il ne vécut que neuf ans ; mais en ce peu de temps il fit connaître qu'il était né plutôt pour le ciel que pour la terre : car il fut doué du don de prophétie, et prédit à son père qu'il recevrait un coup dangereux en un endroit du corps qu'il lui marqua, et à un religieux mendiant, qu'il changerait bientôt d'habit : ces prédictions se vérifièrent ; Laurent Ponziani fut blessé en une guerre survenue, l'an 1406, entre les Romains et les Napolitains, et le religieux fut fait évêque. Ce saint enfant fut frappé de la peste, lorsqu'elle affligea la ville de Rome, au commencement du XVième siècle. Prévoyant sa mort, il en avertit sa bonne mère et la supplia de lui donner un confesseur, parce qu'il voyait saint Antoine et saint Onuphre, à qui il portait une particulière dévotion, s'avancer vers lui pour le conduire au ciel : ce qui arriva le même jour ; et il fut enterré dans l'église de sainte Cécile, au-delà du Tibre. Un an après, la Sainte, priant dans son oratoire, aperçut son petit Jean tout brillant de lumière et assisté d'un autre encore plus éclatant que lui ; il lui découvrit l'état de sa gloire dans le ciel : il était dans le second chœur de la première hiérarchie, et l'ange qui l'accompagnait, paraissait plus beau, parce qu'il était dans un plus haut degré de gloire que lui. Il ajouta qu'il venait chercher sa sœur Agnès, âgée seulement de cinq ans, pour être placée avec lui parmi les anges. Enfin, en s'en allant, il lui laissa, pour gardien, cet archange qui, depuis, demeura toujours avec elle et elle avoua à son confesseur que, quand elle jetait les yeux sur cet esprit céleste, il lui arrivait la même chose qu'à une personne qui re-garde fixement le soleil, et ne peut supporter l'éclat de sa lumière. 
Le ciel répandait sur elle ces douceurs d'un autre monde, qui sont l'avant-goût des joies divines ; mais il lui réservait une croix, et une croix terrible. Rome ayant été prise par le roi de Naples, Ladislas, Françoise vit sa maison pillée, ses biens confisqués, son mari banni : elle supporta ces revers avec une constance admirable. La tempête l'agitait au dehors, mais le calme était dans son âme et la sérénité sur son visage. L'orage passa ; son mari fut rappelé de l'exil, ses biens lui furent restitués ; la paix rentra dans sa famille. La vertueuse dame profita de ces malheurs pour persuader à son époux de vivre ensemble dans une parfaite continence. Cet époux sanctifié par les vertus célestes de son épouse tendrement aimée, lui accorda tout ce qu'elle voulut. Dès lors, elle ne mangea plus qu'une fois par jour, ne se nourrit que de pain et d'eau, et, au plus, de quelques légumes insipides qu'elle prenait une seule fois le jour. Elle s'interdit pour jamais et jusqu'à la mort l'usage du linge fin, et ne se vêtit plus, dessous ses habits de serge, que d'un âpre cilice et d'une ceinture faite de crin de cheval ; elle portait, en outre, un autre cercle de fer qui lui perçait la peau. Non contente de cet instrument de pénitence, qu'elle ne dépouillait jamais ni jour ni nuit, elle y ajoutait, à diverses reprises, une discipline faite de chaînons de fer avec des pointes aiguës : la seule obéissance, qu'elle préférait à tous ses sentiments lui fit quelquefois diminuer ces rigueurs, lorsque son confesseur se croyait obligé d'y apporter de la modération. Elle joignait à cette austérité la pratique des œuvres de miséricorde, en assistant les pauvres qu'elle regardait comme les images de son Sauveur crucifié. Pour le faire avec plus d'avantage et de liberté, elle se joignit à sa belle-sœur Vannosa, âme très vertueuse : elles allaient ensemble, de porte en porte par les rues de Rome, quêter des aumônes pour les nécessiteux. Dieu agréa si fort cette conduite qu'Il fit souvent des miracles en leur faveur, multipliant le pain et le vin qu'elles donnaient pour Son amour. 
Elle se confessait ordinairement tous les mercredis et les samedis, et communiait au moins une fois par semaine ; elle fréquentait beaucoup l'église de Saint-Pierre, au Vatican ; celle de Saint-Paul, hors de la ville ; celle de Notre-Dame d'Ara-Cœli ; celle de Sainte-Marie-la-Neuve et celle de Sainte-Marie, au-delà du Tibre, toujours en la compagnie de sa belle-sœur. On raconte qu'un jour elles allèrent à l'église de Sainte-Cécile pour y faire leurs dévotions : un prêtre, qui n'approuvait pas que des femmes mariées communiassent si souvent, leur donna à l'une et à l'autre des hosties non consacrées ; mais Françoise s'en aperçut aussitôt, ne ressentant pas la présence de son Époux, comme elle avait coutume de faire quand elle recevait la sainte communion ; elle s'en plaignit au père Antoine de Monte-Sabellio, son confesseur, qui vint trouver le prêtre : ce dernier lui confessa la vérité de la chose, et fit pénitence de sa faute. 
Le démon, qui ne voyait qu'à regret la vertu de notre Sainte, résolut de la combattre. Employant tous ses efforts pour la perdre, il se présenta à elle en mille postures épouvantables, avec des gestes ridicules et immodestes. Il l'attaquait souvent durant ses prières, la roulait le visage contre terre, la traînait par les cheveux, la battait et la fouettait cruellement. Une nuit, comme elle prenait un peu de repos, après un rude combat, il transporta le corps d'un homme mort dans sa chambre, et la tint sur ce cadavre un long espace de temps : cela lui fit une telle impression, que, depuis cet accident, il lui semblait que cet objet était toujours proche d'elle, sans qu'elle pût se délivrer de l'odeur qu'il exhalait : que dis-je ? la seule vue des hommes lui était un supplice, sentant à leur abord un frémissement universel dans tous ses membres. Il serait impossible de rapporter ici toutes les persécutions que le démon lui a faites, et les victoires qu'elle a remportées sur lui. Elle a triomphé de sa malice, non seulement quand il l'a employée contre elle, mais encore quand il l'a employée contre les autres : tantôt elle convertissait des femmes abandonnées au vice, tantôt elle les chassait de Rome, ou des autres asiles où elles se retiraient, pour les empêcher de pervertir l’innocence. 
Elle obtint, par ses prières, que son confesseur fût délivré d'un malin esprit qui le poussait à la colère. Elle prévoyait les tentations de plusieurs âmes et les préservait d'y tomber par ses bons avis. Une fois, le démon précipita Vannosa du haut d'une montée, en bas, et lui brisa presque tout le corps ; mais Françoise, par ses prières, la rétablit aussitôt en parfaite santé. Ainsi, le démon demeurait vaincu de tous côtés. 
Depuis qu'elle s'était associée avec la pieuse Vannosa, sa belle-sœur, elle ne faisait rien que de concert avec elle. Un jour Dieu voulut montrer, par une merveille, combien leur sainte union lui était agréable : comme elles s'étaient retirées à l'écart d'un côté du jardin, à l'ombre d'un arbre, pour délibérer ensemble sur les moyens de quitter le monde, des poires extrêmement belles et de bon goût tombèrent à leurs pieds, quoique ce fût au printemps. Ces deux saintes femmes portèrent ces fruits à leurs maris, afin de les affermir, par ce prodige, dans la volonté de servir Dieu, et de leur donner à elles  une entière liberté, de le faire. 
L'an 1425, notre Sainte entreprit d'ériger une congrégation de filles et de veuves, qui s'adonnassent parfaitement à la piété et à la dévotion, sous la règle de Saint-Benoît. Elle fut affermie en ce pieux dessein par plusieurs visions célestes où lui apparurent les apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Benoît et sainte Madeleine, qui lui prescrivirent des règles pour ses religieuses. Il lui sembla voir un jour que saint Pierre, après l'avoir voilée et bénite solennellement, l'offrait à Notre-Dame, pour être reçue sous sa protection et sa sauvegarde spéciale ; ce fut alors qu'étant revenue à elle, elle rédigea par écrit les règles qui ont été observées, depuis, dans son monastère, telles qu'elles lui avaient été dictées en ces admirables visions et, les ayant communiquées à son père spirituel, elle les fit approuver par le pape Eugène IV. 
La bienheureuse Françoise avait alors environ quarante-trois ans ; elle en avait passé déjà vingt-huit dans le mariage. Dans les douze qu'elle y passa depuis, Dieu fit éclater sa sainteté par plusieurs merveilles et guérisons miraculeuses ; mais son humilité les lui faisait déguiser par l'application des remèdes sur la partie blessée, quoique ces remèdes fussent tout contraires au mal. Nous ne disons rien de l'assistance particulière que les anges lui ont rendue. Nous avons déjà vu qu'outre son ange gardien, Dieu lui en donna un second, qui l'accompagnait visiblement : s'il arrivait que le démon empruntât la figure d'un ange de lumière pour la tromper, ce fidèle gardien ne manquait point de lui découvrir l’artifice de son ennemi, et son âme était incontinent remplie d'une odeur si agréable, qu'elle en était admirablement consolée. Si, lorsqu'elle était en compagnie, il lui échappait une action ou une parole moins nécessaires, ou si elle se laissait emporter à des pensées superflues touchant son ménage, ou d'autres sujets, cet esprit céleste, témoin continuel de toute sa vie, se dérobait à ses yeux, et, par son absence, l'obligeait de rentrer en elle-même, et de se reconnaître. De là vient que l'on dépeint cette sainte ayant à son côté un ange qui lui sert de guide et de gouverneur. 
La mort, qui n’épargne personne, lui ayant ôté son mari, l'an 1436, elle régla en peu de temps toutes ses affaires, et, abandonnant ses biens aux enfants qu’elle avait encore au monde, elle se rendit au monastère qu'elle avait fondé ; là, se prosternant contre terre, la corde au cou et les yeux baignés de larmes, elle supplia très humblement les filles, dont elle était la mère en Jésus-Christ, de la recevoir dans le monastère en qualité de petite servante ; ce qu'elles firent avec toute la joie imaginable. Bientôt après, elles l'élurent pour leur supérieure, nonobstant toutes ses répugnances. 
Ces religieuses sont appelées oblates, parce qu’en se consacrant à Dieu elles se servent du mot oblation et non de celui de profession : au lieu de dire comme les autres, je fais profession, elles disent je m'offre ; elles ne font point de vœux ; elle promettent simplement d'obéir à la mère présidente. Elles ont des pensions, héritent de leurs parents et peuvent sortir avec la permission de leur supérieure. Il y a dans le couvent qu'elles ont à Rome plusieurs dames de la première qualité. 
Voilà donc sainte Françoise absolument mère de la pieuse congrégation qu’elle avait elle-même établie. Elle la porta depuis à une telle perfection, qu'on peut dire qu'elle y a laissé l'idée la plus parfaite de la vie religieuse. Elles étaient d'abord peu commodément logées : c'est pourquoi elles firent acquisition d'une autre maison plus propre et mieux située, au pied du Capitole, où elles se rendirent solennellement après avoir toutes communié ; cette maison fut appelée la Tour du Miroir, à cause d'une tour qui est au même lieu, et qu’on a ornée, sur la surface, de quelques reliefs semblables à des miroirs. 
Dieu continua, et même augmenta les faveurs qu'il faisait à notre Sainte, et fit par elle beaucoup de miracles, que l'on peut voir en la bulle de sa canonisation. Elle délivra du mal caduc un enfant de cinq ans, en lui mettant la main sur la tète. Par le même moyen, elle en guérit un autre d'une rupture ; elle rendit la santé à plusieurs autres malades par la seule imposition de ses mains. Une femme, nommée Angèle, qui était percluse d'un bras par la violence de la goutte, ayant rencontré la Sainte par le chemin, implora son secours, et reçut d'elle, à l'heure même, une parfaite santé. Elle donna un jour très abondamment à dîner à quinze religieuses avec quelques morceaux de pain, qui eussent à peine pu suffire pour trois, et cependant il en resta encore plein un panier. Une autre fois, quelques religieuses l'ayant suivie pour couper du bois hors de la ville, comme elles souffraient de la soif, Dieu fit pousser dans une vigne autant de grappes de raisins qu’elles étaient de filles avec elle, quoique ce fût au mois de janvier. Nous passons sous silence le reste de ses miracles, pour dire un mot de ses vertus, particulièrement de son humilité, par laquelle elle s'est élevée à la véritable grandeur. 
Jamais elle n'a souffert, ni dans le cloître, ni dans la maison de son mari, qu'on la servît, quoiqu'elle fût la maîtresse et la supérieure ; mais, pratiquant à la lettre la parole de Notre-Seigneur, elle aimait mieux servir les autres et être traitée en servante : elle se plaisait même singulièrement à être estimée la moindre de toutes, et, si on l'eût crue, on ne lui aurait point donné de titres plus honorables que celui de "pécheresse, de vaisseau d'impureté, et de femme très vile et très misérable". Cette humilité parut plus encore dans ses actions que dans ses paroles : car on l'a vue revenir de sa vigne, qui était hors des faubourgs, avec un faisceau de sarments sur sa tête, et conduisant devant elle un âne chargé, qu'elle employait pour le service des pauvres ; elle faisait voir par là que rien n'est difficile à la charité ; et que, quand cette vertu nous fait agir, on foule aux pieds le respect humain, même celui qui paraît le plus raisonnable. Dans les souffrances, sa patience était invincible : lorsque son mari fut envoyé en exil, que ses biens furent confisqués et toute sa maison ruinée (durant les troubles qui suivirent l'invasion de Rome par Ladislas, roi de Naples, et pendant le grand schisme qui déchira l'Eglise, sous le pontificat de Jean XXIII, l'an 1413), jamais elle ne dit rien autre chose que ces belles paroles de Job : «Le Seigneur me les a donnés, le Seigneur me les a ôtés ; que Son saint Nom soit béni !» Elle avait une grande dévotion envers le saint Sacrement de l'autel ; en sa présence elle s'élevait à Dieu avec tant de ferveur, qu'elle demeurait quelquefois longtemps immobile et toute ravie en esprit. Pour la Passion de Notre-Seigneur, elle la méditait avec une si grande tendresse, qu’elle en versait d'abondantes larmes, et éprouvait même réellement des douleurs aiguës aux endroits de son corps où Jésus-Christ avait souffert dans le sien, comme le dit expressément la bulle de sa canonisation. Enfin, Dieu voulut terminer une si sainte vie par une heureuse mort. 
Jean-Baptiste, son fils aîné, étant tombé dans une maladie très dangereuse, Françoise se crut obligée de lui prodiguer ses soins, puisqu'elle ne les refusait pas aux étrangers. Son confesseur lui commanda d'y passer la nuit, parce qu'il y avait trop loin pour retourner à son monastère, au-delà du Tibre ; mais elle fut elle-même saisie cette nuit d'une fièvre ardente, qui s’augmenta si fort, que, n'étant point en état de pouvoir sortir de ce lieu, elle fut obligée de se disposer à la mort par la réception des sacrements. Dieu lui ayant fait connaître que le septième jour de sa maladie serait le dernier de sa vie, elle en donna avis, quatre jours auparavant, disant : «Dieu soit béni ! jeudi au plus tard je passerai de cette vie à une meilleure». L'événement vérifia cette prédiction ; en effet, le mercredi suivant, 9 mars 1440, elle rendit son esprit à celui qui l'avait créé, avec une tranquillité admirable, et sans aucun signe de douleur. Elle était âgée de cinquante-six ans elle en avait passé douze en la maison de son père, quarante en son mariage et quatre en religion. 
Son corps fut porté à l'église de Sainte-Marie-la-Neuve, où il demeura trois jours exposé à la vue de tout le peuple, qui y courait en foule afin d'y admirer les merveilles de Dieu. Il s'exhalait de ce précieux trésor une odeur si agréable, que l'on eût dit que toute l'église était remplie de jasmins, d’œillets et de roses. Plusieurs miracles furent faits à son sépulcre par l'attouchement des choses qui lui avaient appartenu ; surtout en faveur des personnes affligées de la peste. Un parfumeur, appelé Jérôme, étant à l'article de la mort, en fut retiré pour avoir touché l'habit de notre Sainte ; et une femme, nommée Madeleine de Clarelle, en fut préservée par la seule invocation de son nom. Une foule de malades furent guéris par le mérite de ses prières. Un turc, nommé Béli, était si endurci qu'on n'avait jamais rien pu gagner sur son esprit ; tout ce qu'on pu tirer de lui fut qu'il dirait ces paroles : «Françoise, servante de Dieu, souvenez-vous de moi». Il se convertit. 
Toutes ces merveilles ont souvent fait presser les souverains Pontifes de procéder à la canonisation de cette illustre Romaine. Eugène IV, Nicolas V et Clément VIII y travaillèrent ; Paul V acheva cette sainte affaire le 29 mai 1608. Innocent X a commandé d'en célébrer la fête, avec office double, ce qui se fait le 9 mars. Le corps de sainte Françoise demeura en terre plus de deux cents ans. Il fut exhumé en 1638, et enfermé dans une belle châsse, de cuivre doré. 
La fête de sainte Françoise est chômée dans Rome, comme l'était à Paris celle de saint Roch avant la révolution, c'est-à-dire que sans être de précepte, elle est l'occasion d'une grande solennité. 
On représente quelquefois la Sainte poussant un âne devant elle. D'autres fois, on place près d'elle un petit ange, ordinairement vêtu en manière de diacre et rayonnant de lumière. On sait que son ange gardien lui apparaissait presque tous les jours, et selon le plus ou moins d'éclat qu'il répandait, la sainte avait appris à comprendre si Dieu était content d'elle, ou si elle avait quelque chose à se reprocher. La clarté que l'ange répandait autour de lui était parfois telle que la sainte pouvait lire la nuit sans autre lumière. On la représente aussi recevant l'Enfant Jésus des mains de Notre-Dame qui le lui remit un jour qu'elle venait de visiter l'église de Saint-Etienne, pour qu'elle le portât jusqu'à l'église voisine. On la voit encore portant au bras un panier de légumes pour montrer qu'elle remplissait avec joie les bas offices de la communauté.

 

Visions de Sainte Françoise Romaine

Sainte Françoise a laissé quatre-vingt-treize visions qu'elle a dictées elle-même à son confesseur. Le traité de l'enfer, en particulier, est fort remarquable. 
Dans la vision treizième, elle voit la Sainte Vierge dont la tête est ornée de trois Couronnes : celle de sa virginité, celle de son humilité et celle de sa gloire. 
Dans la vision quatorzième, elle raconte le ciel : celui-ci est divisé en ciel étoilé, ciel cristallin et ciel empyrée. Le ciel des astres est très lumineux ; le cristallin l'est encore davantage, mais ces lumières ne sont rien en comparaison de celles qui éclairent le ciel empyrée : ce sont les plaies de Jésus qui illuminent ce troisième ciel. 
Dans la dix-septième vision, Dieu lui montre sa divinité : elle vit comme un grand cercle qui n'avait d'autre soutien que lui-même, et jetait un éclat si vif que la Sainte ne pouvait le regarder en face : elle lut au milieu les paroles suivantes : "Principe sans principe et fin sans fin". Elle vit ensuite comment se fit la création des anges : ils furent tous créés à la fois, et la puissance de Dieu les laissa tomber comme des flocons de neige que les nuées versent sur les montagnes pendant la saison d'hiver. Ceux qui ont perdu la gloire du ciel à jamais, forment le tiers de l'immense multitude de ces esprits. 
Le 13 février 1432, c'est la vingt et unième vision, le chœur des vierges, conduit par sainte Madeleine et sainte Agnès, lui fit entendre le cantique suivant : 
«Si quelqu'un désire entrer dans le cœur de Jésus, il doit se dépouiller de toutes choses tant intérieures qu’extérieures ; se mépriser et se juger digne du mépris éternel ; agir en toute simplicité, n'affecter rien qui ne soit conforme à ses sentiments, ne point chercher à paraître meilleur qu'on n'est aux yeux de Dieu ; ne jamais revenir sur ses sacrifices ; se renoncer à soi-même et connaître sa misère au point de ne plus oser lever les yeux pour regarder son Dieu ; se haïr soi-même au point de demander vengeance au Seigneur ; rendre au Très-Haut les dons qu'on en a reçus : mémoire, entendement, volonté ; regarder les louanges comme un supplice et un châtiment ; s'il arrive qu'on vous témoigne de l'aversion, regarder cette peine comme un bain d'eau de rose dans lequel il faut se plonger avec une vraie humilité ; les injures doivent résonner aux oreilles de l'âme qui tend à la perfection comme des sons agréables ; il faut recevoir les injures, les mauvais traitements comme des caresses : ce n'est pas assez, il faut en rendre grâces à Dieu, il faut en remercier ceux de qui on les reçoit ; l'homme parfait doit se faire si petit qu'on ne doit pas plus l'apercevoir qu'un grain de millet jeté au fond d'une rivière profonde». 
Il lui fut dit ensuite qu'une seule âme s'était trouvée au monde ornée de toutes les vertus dans un degré suprême : celle de Marie. 
Dans la quarante-troisième vision, elle tint Jésus sur ses genoux : Il avait la forme d'un petit agneau. Elle vit ensuite un autel magnifiquement orné sur lequel était un agneau portant les stigmates des cinq plaies. Au pied de l'autel étaient un grand nombre de riches chandeliers arrangés dans un bel ordre. Au premier rang, c'était le plus éloigné, il y en avait sept qui signifiaient les vertus principales ; au second rang, il y en avait douze qui signifiaient les douze articles du symbole ; au troisième, il y en avait sept qui signifiaient les sept dons du Saint Esprit ; au quatrième, il y en avait sept autres qui re-présentaient les sept sacrements de l'Eglise. Cette vision, qui eut lieu un jour de la Toussaint, dura treize heures. Elle vit encore les principaux ordres de saints qui s'avançaient sous leurs étendards. Les patriarches étaient conduits par saint Jean-Baptiste ; les apôtres par saint Pierre et saint Paul ; les évangélistes par saint Jean et saint Marc ; les martyrs par saint Laurent et saint Étienne ; les docteurs par saint Grégoire et saint Jérôme ; les religieux par saint Benoît, saint Bernard, saint Dominique et saint François ; les ermites par saint Paul et saint Antoine ; les vierges par sainte Marie-Madeleine et sainte Agnès ; les veuves par sainte Anne et sainte Sabine ; et les femmes mariées par sainte Cécile. 
Le traité de l'enfer, avons-nous dit, est le plus remarquable des écrits qu'a dictés sainte Françoise. 

 

 

TRAITÉ DE L’ENFER

CHAPITRE I

Du lieu de l’enfer, de son prince, de l'entrée des âmes dans ce lieu d'horreur, et des peines qui leur sont communes.

Un jour que la servante de Dieu était très souffrante, elle s'enferma dans sa cellule, pour se livrer en toute liberté à l'exercice de la contemplation, où elle trouvait sa consolation et toutes ses délices. Il était environ quatre heures après midi : elle fut aussitôt ravie en extase, et l'archange Raphaël, qu’elle ne vit pas alors, vint la prendre, et la conduisit à la vision de l'enfer. Arrivée, à la porte de ce royaume effroyable, elle lut ces paroles écrites en caractères de feu : «Ce lieu est l'enfer, où il n'y a ni repos, ni consolation, ni espérance». Cette porte étant ouverte, elle regarda et vit un abîme si profond et si épouvantable, que depuis elle n'en pouvait parler sans que son sang se glaçât d'effroi. De cet abîme sortaient des cris affreux et des exhalaisons insupportables ; alors elle fut saisie d'une horreur extrême ; mais elle entendit la voix de son conducteur invisible, qui lui disait d'avoir bon courage, parce qu'il ne lui arriverait aucun mal. Un peu rassurée par cette voix amie, elle observa plus attentivement cette porte, et vit que déjà fort large à son entrée, elle allait en s'élargissant toujours davantage dans son épaisseur ; mais dans cet affreux corridor régnaient des ténèbres inimaginables ; cependant il se fit pour elle une lumière, et elle vit que l'enfer était composé de trois régions : l'une supérieure, l'autre inférieure, et l'autre intermédiaire. Dans la région supérieure, tout annonçait de graves tourments ; dans celle du milieu, l'appareil des tortures était encore plus effrayant ; mais, dans la plus basse région, la souffrance était incompréhensible. Ces trois régions étaient séparées par de longs espaces, où les ténèbres étaient épaisses, et les instruments de tortures en nombre prodigieux et extraordinairement variés. 
Dans cet abîme effroyable, vivait un immense dragon qui en occupait toute la longueur : il avait sa queue dans l'enfer inférieur, son corps dans l’enfer intermédiaire et sa tête dans l'enfer supérieur. Sa gueule était béante dans l'ouverture de la porte qu'il remplissait tout entière ; sa langue sortait d'une longueur démesurée ; ses yeux et ses oreilles lançaient des flammes sans clarté, mais d'une chaleur insupportable ; sa gorge vomissait une lave brûlante et d'une odeur empestée. Françoise entendit dans cet abîme un bruit effroyable : c'étaient des cris, des hurlements, des blasphèmes, des lamentations déchirantes, et tout cela mêlé à une chaleur étouffante, et à une odeur insoutenable, lui faisait un tel mal, qu'elle crut que sa vie allait s'anéantir ; cependant son guide invisible la rassura par ses inspirations, et lui rendit un peu de courage : elle en avait besoin pour soutenir la vision dont nous allons parler. 
Elle aperçut Satan sous la forme la plus terrifiante qu'il soit possible d'imaginer. Il était assis sur un siège qui ressemblait à une longue poutre, dans l'enfer du milieu, et cependant sa tête atteignait le haut de l'abîme, et ses pieds descendaient jusqu'au fond ; il tenait ses jambes écartées, et ses bras étendus, mais non en forme de croix. Une de ses mains menaçait le ciel, et l'autre semblait indiquer le fond du précipice. Deux immenses cornes de cerf couronnaient son front; elles étaient fort rameuses, et les innombrables petites cornes qui en sortaient, comme autant de rameaux, semblaient autant de cheminées par où s'échappaient des colonnes de flammes et de fumée. Son visage était d'une laideur repoussante et d'un aspect terrible. Sa bouche, comme celle du dragon, vomissait un fleuve de feu très ardent ; mais sans clarté et d'une puanteur affreuse. Il portait au cou un carcan de fer rouge. Une chaîne brûlante le liait par le milieu du corps, et ses pieds et ses mains étaient également enchaînés. Les fers de ses mains étaient fortement cramponnés dans la voûte de l'abîme ; ceux de ses pieds tenaient à un anneau fixé au fond du gouffre, et la chaîne qui lui liait les reins, liait aussi le dragon dont nous avons parlé. 
A cette vision en succéda une autre. La servante de Dieu aperçut de tous côtes des âmes que les esprits qui les avaient tentées ramenaient dans cette affreuse demeure : elles portaient leurs péchés écrits sur leurs fronts en caractères si intelligibles, que la sainte comprenait pour quels crimes chacune d'elles était damnée. Ces lettres, du reste, n'étaient que pour elle seule ; car ces âmes malheureuses ne connaissaient réciproquement leurs péchés que par la pensée. Les démons qui les conduisaient, les accablaient de plaisanteries, de reproches amers et de mauvais traitements, qu'il serait difficile de raconter, tant la rage de ces monstres était inventive. A mesure que ces âmes arrivaient à l'entrée du gouffre, les démons les renversaient et les précipitaient, la tête la première, dans la gueule toujours ouverte du dragon. Ainsi englouties, elles glissaient rapidement dans ses entrailles, et à l'ouverture inférieure, elles étaient reçues par d'autres démons qui les conduisaient aussitôt à leur prince, ce monstre enchaîné, dont nous venons de parler. Il les jugeait sur-le-champ, et après avoir assigné le lieu qu'elles devaient occuper selon leurs crimes, il les livrait à dés démons qui lui servaient de satellites pour les y conduire. La sainte remarqua que cette translation ne se faisait pas de la même manière que celle des âmes qui passent du purgatoire au paradis. Quoique la distance que ces dernières ont à parcourir soit incomparablement plus grande que celle d'un enfer à l'autre, puisqu'il leur faut traverser la terre, le ciel des astres et le cristallin, pour arriver à l'empyrée ; cependant ce voyage se fait dans un clin d'œil. La marche des âmes que Françoise voyait emporter par les gardes du tyran infernal, était au contraire fort lente, tant à cause des ténèbres épaisses, qu'il leur fallait traverser avec une sorte de violence, que des tortures qu'ils leur faisaient souffrir dans les espaces intermédiaires dont nous avons parlé. Ce n'était donc qu'après un certain temps que les démons finissaient par les déposer au fond de l'abîme. 
Françoise vit aussi arriver d'autres âmes moins coupables que les premières, et cependant réprouvées ; elles étaient précipitées dans la gueule du dragon, présentées à Lucifer, jugées et transférées par les démons, comme les autres ; mais, au lieu de descendre au fond du gouffre, elles montaient dans l'enfer supérieur, avec la même lenteur néanmoins, et en subissant des tourments proportionnés à leurs péchés. Arrivées dans leur prison, elles y trouvaient une multitude de démons en forme de serpents et de bêtes féroces, dont la vue les terrorisait. Les regards de Satan les épouvantaient encore davantage, et, sans parler de l'incendie général dans lequel elles étaient enveloppées, le feu qui sortait du prince des ténèbres leur faisait cruellement sentir son ardeur dévorante. Autour d'elles régnait une nuit éternelle ; en sorte que rien ne pouvait faire diversion aux peines qu'elles enduraient. Là, comme dans les autres parties de l'enfer, chacune des âmes réprouvées était livrée à deux démons principaux, exécuteurs des arrêts de la justice divine. La fonction du premier était de la frapper, de la déchirer et de la tourmenter sans cesse ; celle du second était de se moquer de son malheur, en lui reprochant de se l'être attiré par sa faute ; de lui rappeler continuellement le souvenir de ses péchés, mais de la ma-nière la plus accablante, en lui demandant comment elle avait pu céder aux tentations, et consentir à offenser son Créa-teur ; de lui reprocher enfin, tous les moyens qu'elle avait eus de se sauver, et toutes les occasions de faire le bien, qu'elle avait perdues par sa faute. De là des remords déchirants, qui, joints aux tourments que l'autre bourreau lui faisait éprouver, la mettaient dans un état de rage et de désespoir, qu'elle exprimait par des hurlements et des blasphèmes. La charge confiée à ces deux démons n'était pourtant pas exclusive : tous les autres avaient également droit de l'insulter et de la tourmenter, et ils ne manquaient pas d'en user. La servante de Dieu ayant désiré savoir quelle différence il y avait entre les habitants des trois provinces de ce royaume effroyable, il lui fut dit que, dans la région inférieure, étaient placés les plus grands criminels ; dans celle du milieu les criminels médiocres et dans la région supérieure les moins coupables des réprouvés. Les âmes que vous voyez dans ce lieu le plus haut, ajouta la voix qui l'instruisait, sont celles des Juifs qui, à leur opiniâtreté près, vécurent exempts de grands crimes, celles des chrétiens qui négligèrent la confession pendant la vie, et en furent privés à la mort, etc. Tout ce que la bienheureuse voyait et entendait la remplissait d'épouvante ; mais son guide avait grand soin de la rassurer et de la fortifier.

 

CHAPITRE II

Tourments particuliers exercés sur neuf sortes de coupables.

- 1° Supplices de ceux qui outragèrent la nature par leurs impuretés. 
Françoise aperçut dans la partie la plus basse et la plus horrible de l'enfer des hommes et des femmes qui enduraient des tortures effroyables. Les démons qui leur servaient de bourreaux les faisaient asseoir sur des barres de fer rougies au feu, qui pénétraient le corps dans toute sa longueur, et sortaient par le sommet de la tête, et pendant que l'un d'entre eux retirait cette barre, et la renfonçait de nouveau, les autres, avec des tenailles ardentes, leur déchiraient les chairs depuis la tète jusqu'aux pieds. Or ces tourments étaient continuels et cela sans exclusion des peines générales je veux dire, du feu, du froid glacial, des épaisses ténèbres, des blasphèmes et des grincements de dents. 
- 2° Supplices des usuriers. 
Non loin du cachot des premiers, Françoise en vit un autre où les criminels étaient torturés d'une manière différente, et il lui fut dit que c'étaient les usuriers. Or, ces malheureux étaient couchés et cloués sur une table de feu, les bras étendus, mais non en forme de croix, et le guide de Françoise lui dit à ce sujet, que tout signe de la croix était banni de ces demeures infernales. Chacun d’eux avait un cercle de fer rouge sur la tête. Les démons prenaient dans des chaudières de l'or et de l'argent fondus qu'ils versaient dans leurs bouches ; ils en faisaient couler aussi dans une ouverture qu’ils avaient pratiquée à l'endroit du cœur, en disant : souvenez-vous, âmes misérables de l’affection que vous aviez pour ces métaux pendant la vie ; c'est elle qui, vous a conduites où vous êtes. Ils les plongeaient ensuite dans une cuve pleine d'or et d'argent liquéfiés ; en sorte, qu'elles ne faisaient que passer d'un tourment à un autre, sans obtenir un moment de repos. Elles souffraient en outre, les peines communes à toutes les autres âmes réprouvées ; ce qui les réduisait à un affreux désespoir : aussi ne cessaient-elles de blasphémer le nom sacré de Celui qui exerçait sur elles ses justes vengeances. 
- 3° Supplices des blasphémateurs. 
Françoise vit, dans la même région, les profanateurs obstinés de Dieu, de la sainte Vierge et des saints. Or, ils étaient soumis à des tortures effroyables. Les démons, armés de pinces brûlantes, tiraient leurs langues, et les appliquaient sur des charbons embrasés, ou bien ils prenaient de ces charbons, et les leur mettaient dans la bouche ; ensuite ils les plongeaient dans des chaudières d'huile bouillante, ou bien ils leur en faisaient avaler, en disant : «Comment osiez-vous blasphémer ce que les cieux révèrent, âmes maudites et désespérées? Non loin de ceux-ci étaient les lâches qui renoncèrent Jésus-Christ par la crainte des supplices ; mais leurs tourments n'étaient pas aussi rigoureux, Dieu ayant égard à la faiblesse humaine qui les fit succomber. 
- 4° Supplices des traîtres. 
Françoise vit dans le même quartier, les tortures qu’exerçaient les démons impitoyables sur les hommes infidèles à leurs maîtres, et surtout sur les chrétiens qui ne prirent des engagements sur les fonts sacrés du baptême que pour les profaner. Ces cruels bourreaux leur arrachaient le cœur avec des tenailles ardentes, et le leur rendaient ensuite pour l'arracher de nouveau. Ils les descendaient aussi de temps en temps dans des cuves pleines de poix bouillante, et leur disaient en les y tenant submergés : «Âmes fausses et perfides, sans cœur et sans fidélité, non contents de trahir vos maîtres temporels, vous avez osé trahir votre Dieu Lui-même ; car vous prîtes sur les fonts du baptême, l'engagement solennel de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et vous avez fait tout l'opposé. N'oubliez pas ces promesses, et recevez le châtiment que leur violation vous a mérité». A ces reproches amers succédaient les hurlements des victimes ; elles blasphémaient aussi les sacrements, surtout le saint baptême et maudissaient leur divin auteur. 
- 5° Supplices des homicides. 
Un peu plus loin elle vit des hommes à figures féroces, plongés dans une immense chaudière remplie de sang en ébullition. Or, les démons venaient les prendre dans cette chaudière bouillante et les jetaient dans une autre pleine d'eau à moitié glacée ; puis les retiraient de celle-ci pour les submerger dans la première. Mais ce n'était pas là leur unique tourment, d'autres démons armés de poignards enflammés leur perçaient le cœur et ne retiraient le fer de la plaie que pour l'y plonger encore. Auprès de ces hommes sanguinaires, étaient placées ces mères qui se dénaturèrent au point d'ôter la vie à leurs propres enfants, et leurs tortures étaient à peu près les mêmes. 
- 6° Supplices des apostats qui abandonnèrent la foi catholique non par faiblesse mais par corruption. 
Les démons les sciaient par le milieu du corps, avec des scies de fer rouge, trempées dans du plomb fondu. Or, la re-prise des chairs s'opérait subitement après l'opération, et permettait aux bourreaux de recommencer sans cesse. 
- 7° Supplice des incestueux. 
Il y eut dans tous les temps des hommes et des femmes qui, emportés par une passion aveugle, commirent des impuretés avec des personnes qui leur étaient unies par les liens du sang ou par des liens spirituels Or, la Servante de Dieu les vit dans un cachot voisin de celui des habitants de Sodome. Or, les démons les plongeaient dans une fosse pleine de matières infectes en ébullition ; puis les retirant de là, ils les coupaient par quartiers, et lorsque ces quartiers s'étaient réunis, ce qui se faisait aussitôt, ils les replongeaient dans le cloaque brûlant et fétide. 
- 8° Supplices des magiciens. 
Dans l'enfer du milieu, la bienheureuse vit ceux qui, pendant leur vie, étaient en commerce avec le démon, et ceux qui les consultaient et leur donnaient confiance. Ils étaient enveloppés dans des ténèbres effroyables, et les bourreaux les lapidaient avec des pavés de fer rougis au feu. Il y avait là un gril carré, au milieu duquel, brûlait un feu terrible. Or, de temps en temps les démons couchaient leurs victimes sur ce gril, et les y tenaient fortement enchaînés; puis ils les retiraient de là pour les lapider encore. 
- 9° Supplices des excommuniés. 
La servante de Dieu remarqua que toutes les âmes précipitées dans la gueule du démon ne sortaient pas de son corps. Ayant eu le désir de savoir quelles étaient les âmes qu'elle ne voyait pas reparaître, il lui fut dit que c'étaient les âmes de ceux qui étaient morts dans l'excommunication. Elles descendent ajouta la voix qui l'instruisait, dans la queue du dragon, qui se prolonge jusqu'au fond de l'abîme, et est un vaste foyer où brûle un feu dévorant. Elles étaient donc renfermées dans cette affreuse prison, et les démons qui rôdaient autour, leur criaient d'une voix insultante : «C'est donc vous» qui, aveuglées par vos passions et hébétées par la sensualité, avez méprisé les foudres de l'Eglise ? Eh bien ! bouillez maintenant dans la queue du dragon. Hélas ! hélas ! répondaient du dedans des voix plaintives, quelle infortune est la nôtre, et quels maux affreux nous endurons !»

 

CHAPITRE III

Comment les péchés capitaux sont punis dans l’enfer inférieur.

- 1° Tourments des orgueilleux. 
La bienheureuse aperçut une vaste prison dont les habitants étaient fort nombreux, et on lui dit que c'étaient les superbes. Cette prison était divisée en plusieurs pièces, où les victimes étaient classées selon les diverses espèces de ce péché. Les ambitieux étaient ceux que les démons paraissaient mépriser davantage. Autant ces misérables avaient été affamés des honneurs pendant leur vie, autant ils étaient rassasiés d'opprobres et de confusion. En punissant ceux-ci, ils n'oubliaient pourtant pas les autres. Chaque famille d'orgueilleux, si je puis parler ainsi, avait sa peine propre et particulière ; mais il y avait un châtiment horrible qui leur était commun à tous. 
Au milieu de cette prison spéciale était posé un lion énorme d'airain rougi par le feu. Sa gueule était levée en l'air et largement ouverte, et ses mâchoires, en guise de dents, étaient armées d'un grand nombre de rasoirs affilés. Son ventre était un repaire de serpents et d'autres bêtes venimeuses, et l'ouverture postérieure était comme l'entrée du corps de ce monstre, garnie de lames brûlantes et horriblement acérées. Or, les démons chargés de tourmenter ces tristes victimes, les lançaient en l'air de manière à les faire retomber dans la gueule du lion. Toutes tranchées et presque divisées par les rasoirs, elles passaient par la gorge de ce monstre et tombaient dans ses larges entrailles, au milieu des reptiles qui fourmillaient dans ce lieu infect, et exerçaient sur elles leur rage infernale. Elles gravitaient ensuite vers la partie postérieure où des démons les saisissaient avec des pinces ardentes, et les tiraient violemment à eux, à travers les rasoirs dont l'ouverture était bordée, et ce jeu cruel les bourreaux le recommençaient sans cesse. Ces âmes, irritées et enragées par d'aussi horribles tourments, hurlaient d'une manière affreuse et proféraient des blasphèmes effroyables. «Hurlez, leur disaient les esprits infernaux ; hurlez, superbes maudits, qui fîtes si longtemps la guerre au Créateur sur la terre. Vous avez bien raison de vous désespérer, car vos malheurs ne finiront jamais». 
- 2° Tourments des réprouvés qui furent sujets à la colère. 
Françoise remarqua qu'ils étaient punis selon leurs divers degrés de culpabilité ; mais voici une peine qui leur était commune. Il y avait dans leur prison un serpent d'airain, que le feu de l'enfer maintenait continuellement embrasé. Sa poitrine était large, son cou élevé comme une colonne et sa gueule béante. Dans cette horrible gueule étaient plantés en forme de croissant de longues et fortes aiguilles, dont les pointes étaient dirigées vers la gorge de l'animal. Or, les démons, prenant ces âmes dont nous parlons les lançaient par cette ouverture dans le corps du monstre ; puis ils les en re-tiraient avec des tenailles ardentes toutes déchirées par les pointes qu'elles rencontraient à leur sortie. Or, elles souffraient continuellement ce supplice, qui les réduisait à un affreux désespoir, et leur arrachait les plus effroyables blasphèmes. 
- 3° Tourments des avares. 
La bienheureuse vit ensuite les avares dans une fosse remplie de gros serpents qui avaient des bras. Chacun de ces hideux reptiles s'attachait à un de ces coupables, que la justice divine leur avait abandonnés. Il lui frappait la bouche de sa queue, lui déchirait le cœur avec les dents, et l'étreignait dans ses bras, de manière à l'étouffer, si cela eût été possible ; mais d'autres démons venaient les arracher à leurs affreux embrassements, avec des tenailles de fer, qui les déchiraient d'une manière horrible, et allaient les plonger dans une seconde fosse remplie d'or et d'argent liquéfiés, les accablant de leurs dérisions et de leurs sarcasmes. 
- 4° Tourments des envieux. 
Chacun de ces malheureux était couvert d'un manteau de flammes, avait un ver venimeux qui lui rongeait le cœur, pénétrait dans sa poitrine, et, remontant par la gorge se présentait à la bouche, qu'il forçait à ouvrir convulsivement ; mais un démon l'empêchait de sortir, en serrant avec la main le cou de la victime, ce qui lui causait d'insupportables étouffements ; et tandis qu'il l'étouffait ainsi d'une main, il tenait de l'autre une épée dont il lui perçait le cœur. Un second démon venait ensuite, qui lui arrachait le cœur de la poitrine, le trempait dans des immondices, et le lui remettait, pour l'arracher de nouveau, et ainsi sans fin ; et ces traitements barbares étaient accompagnés de dérisions et de reproches, qui réduisaient ces infortunés à la rage et au désespoir 
- 5° Tourments des paresseux. 
Françoise les vit assis au milieu d'un grand feu, les bras croisés, et la tête inclinée sur les genoux. Leurs sièges étaient de pierres ; ces pierres étaient cannelées profondément, et leurs cavités remplies de charbons embrasés : les bancs eux-mêmes étaient tout rouges et la flamme qui sortait du brasier s'attachait à ces tristes victimes, et les couvrait comme un vêtement. Or, les démons, les prenant avec des pinces ardentes, les renversaient violemment sur ces lits affreux, et les y traînaient en les tournant et les retournant en toutes manières ; c'était pour les punir d'avoir perdu le temps. A côté de chacune d'elles était un démon qui, avec un coutelas, lui fendait la poitrine, et y versait. de l'huile bouillante, et cela pour les punir d'avoir trop présumé de la miséricorde de Dieu. Il mettait encore des vers dans leurs plaies, en punition des mauvaises pensées auxquelles leur oisiveté laissait le champ libre. 
- 6° Tourments des gourmands. 
Françoise pu contempler aussi les châtiments de la gourmandise. Chaque malheureux, réprouvé pour ce vice avait un démon qui le prenait par la tête et le traînait sur des charbons ardents, tandis qu'un autre démon, debout sur lui, le foulait aux pieds avec violence. Ils lui liaient ensuite les pieds et les mains, et le précipitaient dans une chaudière pleine de poix fondue ; puis, le retirant de là, ils le jetaient dans une autre remplie d'une eau presque réduite en glace. Ils lui versaient aussi du vin brûlant dans la bouche, pour le punir des coupables excès qu'il en avait fait pendant la vie. Pendant ce temps-là, ses bourreaux lui disaient d'un ton ironique : «La peine des gourmands, dans cette demeure, est le superflu chaud et froid. Voici donc où vous ont conduit vos intempérances, lui disaient d'autres esprits infernaux. Désormais vous aurez pour nourriture des serpents, et du feu pour breuvage. » 
- 7° Tourments des luxurieux. 
Françoise cherchait des yeux les esclaves de cette passion honteuse ; on les lui montra. Ils étaient liés à des poteaux de fer embrasé, et les bourreaux, avec leurs langues ardentes, léchaient toutes les parties de leurs corps, ce qui les faisait souffrir horriblement. D'autres démons, avec des tenailles, déchiraient leurs chairs par lambeaux, en punition de la bonne chère qu'ils faisaient dans le monde, ce qui servait à alimenter toujours davantage leur funeste passion. Sous leurs poteaux étaient des grils ardents et armés de pointes de fer, auprès desquels étaient couchés d'horribles serpents. Les démons, attirant brusquement leurs victimes, les faisaient tomber à la renverse sur ces lits affreux, et les serpents se jetant sur eux, les mordaient avec une rage inconcevable. Ce supplice était particulier aux adultères.

 

CHAPITRE IV

Supplices particuliers à sept espèces de pécheurs.

- 1° Tourments des voleurs. 
La servante de Dieu vit des hommes qui étaient liés avec des cordes noires, par le moyen desquelles les démons les attiraient en haut ; après quoi ils les laissaient retomber dans le feu. Ensuite ils les descendaient dans un puits d'eau glacée ; de là ils les faisaient passer dans un lac de plomb fondu, où ils les forçaient de boire une horrible fusion de fiel, de poix et de soufre ; ils les jetaient enfin dans un repaire de bêtes féroces. Or, il fut dit à la sainte que ces tristes victimes étaient les voleurs. 
- 2° Tourments des enfants dénaturés. 
Il y eut toujours sur la terre des enfants détestables, qui, au lieu d'honorer leurs parents, n'eurent pour eux que de l'éloignement et du mépris, les rendant excessivement malheureux par leur insubordination, leur mauvais caractère et leurs violences. Or, Françoise les vit dans un immense tonneau, garni de rasoirs, et où se trouvaient des serpents féroces. Les démons roulaient cette effroyable machine, et les pauvres victimes qu'elle renfermait étaient mordues par les serpents, et déchirées par les rasoirs. On fit remarquer à la bienheureuse que ces coupables et les autres ne demeuraient pas toujours dans l'enfer qui leur était assigné. De l'enfer inférieur ils passaient quelquefois dans l'enfer supérieur ou dans l'intermédiaires, ou de ceux-ci dans le plus bas. Ayant désiré en savoir la raison, il lui fut dit que c'était pour subir le supplément de peines dû aux circonstances plus ou moins aggravantes de leurs péchés. 
- 3° Tourments de ceux qui furent infidèles à leur vœu de chasteté. 
La position de ces malheureux était effroyable. Les démons les plongeaient tantôt dans un feu ardent, où coulaient en fusion la poix et le soufre, et tantôt dans un bain d’eau glacée ; d'autres fois ils les serraient entre deux planches de fer, armées de clous aigus, et leur perçaient les flancs avec des fourches. Enfin, pour ajouter l'insulte à leurs supplices, ils ne cessaient de leur reprocher les crimes qu'ils avaient commis. «Souvenez-vous, leur disaient-ils, de vos impuretés sacrilèges : ces plaisirs, sitôt passés, vous coûtent cher maintenant. Souvenez-vous de tant de sacrements que vous avez profanés, et qui n'ont servi qu'à rendre votre condamnation plus terrible». 
- 4° Tourments des parjures. 
Ils avaient des bonnets de feu sur la tête ; leurs langues étaient arrachées, et leurs mains coupées. 
- 5° Tourments des détracteurs. 
Chacun d'eux était livré à une vipère à sept tètes. Je parle de la forme qu'avait prise le démon spécialement chargé de le tourmenter. Or, voici à quoi lui servaient ses sept gueules. Avec la première il arrachait la langue du patient ; avec la seconde il la mangeait ; avec la troisième il la crachait dans le feu ; avec la quatrième il la reprenait et la rendait au coupable ; avec la cinquième il lui crevait les yeux ; avec la sixième il lui arrachait la cervelle par une oreille, et avec la sep-tième enfin, il dévorait ses narines. En outre, avec les ongles de ses mains il lui déchirait le corps. 
- 6° Tourments des vierges folles. 
Françoise vit ces âmes qui, fort jalouses de conserver leur virginité corporelle, prenaient peu de soin de la pureté de leur cœur. Les démons les flagellaient cruellement avec des chaînes de fer rouge. 
- 7° Tourments des veuves vicieuses. 
Elles étaient liées aux branches d'un énorme pommier, la tête renversée en arrière, et les démons leur faisaient manger des pommes pleines de vers. En outre, des dragons terribles, s’enlaçant à elles, leur déchiraient le cœur et les entrailles, tandis que la foule des démons ne cessait dé leur reprocher leur mauvaise vie. 
- 8° Tourments des femmes idolâtres de leur beauté. 
Elles avaient pour chevelure des serpents qui leur mordaient cruellement le visage, tandis que d'autres démons enfonçaient des épingles rougies au feu dans toutes les parties de leur corps ; et, pour aiguiser les remords de la conscience, ils ne cessaient de leur dire : Vous fîtes notre métier sur la terre, il est juste que vous nous soyez associées pendant l'éternité. Faites maintenant votre toilette dans ces flammes. Ces âmes répondaient par des blasphèmes horribles à ces insultes de leurs ennemis.

 

CHAPITRE V

Blasphèmes des réprouvés.

Tout cet affreux séjour retentissait d'horribles blasphèmes. Ses infortunes habitants maudissaient Dieu, comme s'il ne leur eût fait que du mal, et jamais aucun bien ; ils maudissaient l'humanité sacrée de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ils maudissaient tous Ses mystères, dont le souvenir ne leur rappelait que de criminelles ingratitudes ; ils maudissaient toutes les grâces qu'ils avaient obtenues par Ses mérites, et dont l'abus leur avait attiré de si horribles châtiments. Toute la sainte vie de ce Dieu sauveur provoquait leurs blasphèmes ; mais chacun s'attachait à profaner d'une manière spéciale la circonstance qui lui déplaisait le plus. Celui-ci maudissait Son Incarnation, celui-là Sa Naissance ; celui-ci Sa Circoncision et celui-là Son Baptême ; celui-ci Sa Pénitence, celui-là Sa Passion ; un autre Sa Résurrection, un autre Son Ascension glorieuse. Rien de ce qu'a fait notre aimable Sauveur, pour le salut de nos âmes, n'était respecté, parce que tous ces bienfaits ne furent pour eux que des objets d'ingratitude. Ils maudissaient et blasphémaient le doux nom de Marie, ses prérogatives, ses vertus, mais surtout sa maternité divine ; parce que si elle n'eût pas mis le fils de Dieu au monde, ils eussent été moins coupables, et n'auraient pas à supporter d'aussi horribles tourments. Ainsi donc leur éternité est tout employée à blasphémer et à maudire, mais avec une telle rage et un si profond désespoir, que, n'eussent-ils point d'autres supplices, cela suffirait pour les rendre infiniment malheureux. Cependant ils souffrent les autres peines communes à tous les réprouvés, et en outre, les peines qui leur sont particulières, ainsi que je viens de le dire.

 

CHAPITRE VI

Nombre des démons, leurs noms et leurs emplois.

Dans la vision XVII, où la création des anges et leur classification furent manifestées à la servante de Dieu, Dieu lui fit discerner ceux qui devaient pécher de ceux qui demeureraient fidèles. Elle fut ensuite témoin de leur révolte et de la chute horrible qu'elle leur mérita. Or, elle ne fut pourtant pas aussi profonde pour les uns que pour les autres : un tiers de ces infortunés demeura dans les airs, un autre tiers s'arrêta sur la terre et le dernier tiers tomba jusque dans l'enfer. Cette différence dans les châtiments correspondit à celles que Dieu remarqua dans les circonstances de leur faute commune. Parmi ces esprits rebelles, il y en eut qui embrassèrent de gaieté de cœur, si je puis parler de la sorte, la cause de Lucifer; et d'autres qui virent avec indifférence ce soulèvement contre le Créateur, et demeurèrent neutres. Les premiers furent précipités sur le champ dans l'enfer, d'où ils ne sortent jamais, à moins que Dieu ne les déchaîne quand Il veut frapper la terre de quelque grande calamité, pour punir les péchés des hommes. Les seconds furent jetés partie dans les airs, et partie sur la terre ; et ce sont ces derniers qui nous tentent, comme je le dirai plus tard. 
Lucifer, qui voulut être l'égal de Dieu dans le ciel, est le monarque des enfers, mais monarque enchaîné et plus malheureux que tous les autres. Il a sous lui trois princes auxquels tous les démons, divisés en trois corps, sont assujettis par la volonté de Dieu ; de même que dans le ciel, les bons anges sont divisés en trois hiérarchies présidées par trois esprits d'une gloire supérieure. Ces trois princes de la milice céleste furent pris dans les trois premiers chœurs, où ils étaient les plus nobles et les plus excellents ; ainsi, les trois princes de la milice infernale furent choisis comme les plus méchants des esprits des mêmes chœurs, qui arborèrent l'étendard de la révolte. 
Lucifer était dans le ciel le plus noble des anges qui se révoltèrent, et son orgueil en fit le plus méchant de tous les démons. C'est pour cela que la justice de Dieu l'a donné pour roi à tous ses compagnons et aux réprouvés, avec puissance de les gouverner et de les punir, selon ses caprices ; ce qui fait qu'on l'appelle le tyran des enfers. Outre cette présidence générale, il est encore établi sur le vice de l'orgueil. Le premier des trois princes qui commandent sous ses or-dres, se nomme Asmodée : c'était dans le ciel un chérubin, et il est aujourd'hui l'esprit impur qui préside à tous les péchés déshonnêtes. Le deuxième prince s'appelle Mammon : c'était autrefois un trône, et maintenant il préside aux divers péchés que fait commettre l'amour de l'argent. Le troisième prince porte le nom de Belzébuth ; il appartenait à l'origine au chœur des dominations, et maintenant il est établi sur tous les crimes qu'enfante l’idolâtrie, et préside aux ténèbres infernales. C'est aussi de lui que viennent celles qui aveuglent les esprits des humains. Ces trois chefs ainsi que leur monarque, ne sortent jamais de leurs prisons infernales ; lorsque la justice de Dieu veut exercer sur la terre quelque vengeance éclatante, ces princes maudits députent à cet effet un nombre suffisant de leurs démons subordonnés ; car il arrive quelquefois que les fléaux dont Dieu veut frapper les peuples, demandent plus de forces ou plus de malices que n'en ont les mauvais esprits répandus sur la terre et dans l'air. Alors les infernaux plus méchants et plus enragés, deviennent des auxiliaires indispensables. Mais hors de ces cas rares, ces grands coupables ne peuvent sortir des prisons où ils sont renfermés. 
Tous ces esprits infortunés sont classés dans l'abîme selon leur ordre hiérarchique. La première hiérarchie, composée de séraphins, de chérubins et de trônes, habite l'enfer le plus bas ; ils endurent des tourments plus cruels que les autres, et exercent les vengeances célestes sur les plus grands pécheurs. Lucifer qui fut un séraphin, exerce sur eux une spéciale autorité, en vertu de l'orgueil dont il a la haute présidence. Les démons de cette hiérarchie ne sont envoyés sur terre, que, lorsque la colère de Dieu permet que l'orgueil prévale pour punir les nations. 
La deuxième hiérarchie formée de dominations, de principautés et de puissances, demeure dans l'enfer du milieu. Elle a pour prince Asmodée qui, comme je l'ai déjà dit, préside aux péchés de la luxure. On peut deviner que, les démons de cette hiérarchie sont sur terre, lorsque les peuples s'abandonnent au vice infâme de l'impureté. 
La troisième hiérarchie qui se compose de vertus, d'archanges et d'anges, a pour chef Mammon, et habite l'enfer supérieur. Lorsque ces démons sont lâchés sur la terre, la soif des richesses y prévaut de toutes parts, et il n'est plus question que d'or ou d'argent. Quant à Belzébuth, il est le prince des ténèbres, et les répand, quand Dieu le permet, dans les intelligences, pour étouffer la lumière de la conscience et celle de la véritable foi. Tel est l'ordre qui règne parmi les démons dans les enfers ; quant à leur nombre, il est innombrable. 
On retrouve ces mêmes hiérarchies parmi les démons qui demeurent dans l'air et sur la terre, mais ils n'ont point de chefs, et par conséquent vivent dans l'indépendance et une sorte d’égalité. Ce sont les démons aériens qui, la plupart du temps, déchaînent les vents, excitent les tempêtes, produisent les orages, les grêles et les inondations. Leur intention en cela est de faire du mal aux hommes, surtout en diminuant leur confiance en la divine Providence, et les faisant murmurer contre la volonté de Dieu. 
Les démons de la première hiérarchie, qui vivent sur la terre, ne manquent pas de profiter aussi de ces occasions favorables à leur malice ; trouvant les hommes irrités par ces calamités et fort affaiblis dans leur soumission et leur confiance, ils les font tomber beaucoup plus facilement dans le vice de l'orgueil. Ceux de la deuxième hiérarchie ne manquent pas à leur tour de les précipiter de. leur hauteur superbe dans le cloaque impur, ce qui donne ensuite toute facilité aux démons de la troisième hiérarchie, de les faire tomber dans les péchés qu'enfante l'amour de l'argent. 
Alors les anges qui président aux ténèbres les aveuglent, leur font quitter la voie de la vérité, et rendent leur retour extrêmement difficile. C'est ainsi que tous les démons, malgré la différence de leurs emplois, se concertent et s'aident mutuellement à perdre les âmes. Les uns affaiblissent leur foi, les autres les poussent à l'orgueil, ceux-ci à l'impureté, ceux-là à l'amour des richesses, d'autres enfin leur jettent un voile sur les yeux et les écartent si fort de la voie du salut, que la plupart ne la retrouvent plus. Le seul moyen d'échapper à ce complot infernal, serait de se relever promptement de la première chute, et c'est précisément ce que ces pauvres âmes ne font pas. De là, cette chaîne de tentations, qui de chute en chute les conduit au fond du précipice. 
Lorsque j'ai dit que les démons qui sont dans l'air et sur la terre n'ont pas de chefs, j'ai voulu dire seulement qu'ils n'ont pas d'officiers subalternes ; car tous sont soumis à Lucifer, et obéissent à ses commandements, parce que telle est la volonté de la justice divine. Malgré la haine qu'ils portent aux hommes, aucun d'eux n'oserait les tenter sans l'ordre de Lucifer, et Lucifer lui-même ne peut prescrire, en ce genre que ce que lui permet le Seigneur plein de bonté et de compassion pour nous. 
Lucifer voit tous ses démons, non seulement ceux qui sont autour de lui dans l'enfer, mais encore ceux qui sont dans l'air et sur la terre. Tous aussi le voient sans aucun obstacle, et comprennent parfaitement toutes ses volontés. Ils se voient également et se comprennent fort bien les uns les autres. 
Les malins esprits, répandus dans l'air et sur la terre, ne ressentent pas les atteintes du feu de l'enfer ; ils n'en sont pas moins excessivement malheureux, tant parce qu'ils se maltraitent et se frappent sans cesse les uns les autres, que parce que les opérations des bons anges dans ce monde leur causent un dépit qui les tourmente cruellement. Les peines de ceux qui appartiennent à la première hiérarchie sont plus acerbes que celles des esprits de la seconde, et ceux-ci sont plus malheureux que les esprits de la troisième. La même justice distributive préside aux tourments des esprits infernaux; mais ceux-ci sont tous en proie à l'ardeur des flammes infernales. 
Les démons qui demeurent au milieu de nous, et ont reçu le pouvoir de nous tenter, sont tous des esprits tombés du dernier chœur. Les anges commis à notre garde sont aussi de simples anges. Ces esprits tentateurs sont sans cesse occupés à préparer notre perte. Les moyens qu'ils emploient pour cela sont si subtils et si variés, qu'une âme qui leur échappe est fort heureuse, et ne saurait trop témoigner sa reconnaissance au Seigneur. Il n'est pas un instant du jour et de la nuit, où ces cruels ennemis n'essayent d'une tentation ou d'une autre, afin de lasser ceux qu'ils ne peuvent vaincre par la ruse ou la violence. La patience est donc l'arme défensive par excellence. Malheur à qui la laisse tomber de ses mains ! Lorsque ces tentateurs ordinaires rencontrent des âmes fortes et patientes, qu'ils ne peuvent entamer, ils appellent à leur secours des compagnons plus astucieux et plus malins, non pour combattre avec eux ou à leur place, car Dieu ne le permet pas ; mais pour leur suggérer des stratagèmes plus efficaces. Françoise savait tout cela par expérience : il était rare qu'elle fût tentée par son démon seul. D'ordinaire il s'en associait d'autres ; et trop faibles encore, ils recouraient à la malice des esprits supérieurs qui demeuraient dans l'air. Elle était devenue si habile dans cette guerre, qu'en soutenant une attaque, elle savait à quel chœur avait appartenu celui dont le conseil la dirigeait, et qui il était. 
Lorsque les démons veulent livrer un assaut à une âme habile et forte, les uns l'attaquent de front, et les autres se placent derrière elle. C'est de cette sorte qu’ils combattaient ordinairement contre notre bienheureuse, et elle les voyait se faire des signes pour concerter leurs moyens. 
Lorsqu'une âme, vaincue par les tentations, meurt dans son péché, son tentateur habituel l'emporte avec promptitude, suivi de beaucoup d'autres qui lui prodiguent des outrages, et ne cessent de la tourmenter jusqu'à ce qu'elle soit précipitée dans l'enfer. Ces détestables esprits se livrent ensuite à une joie féroce. Son ange gardien, après l'avoir suivie jusqu'à l'entrée de l'abîme, se retire aussitôt qu’elle a disparu, et remonte au ciel. 
Lorsqu'une âme, au contraire, est condamnée au purgatoire, son tentateur est cruellement battu par l'ordre de Lucifer pour avoir laisse échapper sa proie. Il reste pourtant là, en dehors du purgatoire, mais assez près pour que l'âme le voie et entende, les reproches qu'il lui fait sur les causes de ses tourments. Lorsqu'elle quitte le purgatoire pour monter au ciel, ce démon revient sur la terre se mêler à ceux qui nous tentent ; mais il est pour eux un objet de moqueries, pour avoir mal rempli la mission dont il était chargé. 
Tous ceux qui laissent ainsi échapper les âmes ne peuvent plus remplir l'office de tentateurs. Ils vont, errant çà et là, réduits à rendre aux hommes d'autres mauvais offices, quand ils peuvent. Quelquefois Lucifer, pour les punir, les loge honteusement dans des corps d'animaux, ou bien il s'en sert, avec la permission de Dieu, pour exercer des possessions qui leur attirent souvent de nouveaux châtiments et de nouvelles hontes. Les démons, au contraire, qui ont réussi à perdre les âmes auxquelles Lucifer les avait attachés, après les avoir portées dans les enfers, reparaissent sur la terre, couverts de gloire parmi leurs semblables, et jouent un plus grand rôle que jamais dans la guerre qu'ils font aux enfants de Dieu. Ce sont eux que les autres appellent à leur secours, comme plus expérimentés et plus habiles, quand ils ont affaire à des âmes fortes et généreuses qui se rient de leurs vains efforts. 
Tout démon chargé de la mission de perdre une âme ne s'occupe point des autres ; il n'en veut qu’à celle-là, et emploie tous ses soins à la faire pécher ou à troubler sa paix. Cependant, quand il l'a vaincue, il la pousse, autant qu'il peut, à tenter, à molester ou à scandaliser d'autres âmes. 
Il y a d'autres démons du même chœur que ceux qui nous tentent, qui vivent au milieu de nous sans nous attaquer. Leur mission est de surveiller ceux qui nous tentent, et de les châtier chaque fois qu'ils ne réussissent pas à nous faire pécher. 
Chaque fois qu'ils entendent prononcer dévotement le saint Nom de Jésus, ils se prosternent spirituellement, non de bon cœur, mais par force. Françoise en vit une fois plusieurs en forme humaine, qui à ce Nom sacré qu'elle prononçait en conversant avec son confesseur, inclinèrent leur front avec un profond respect, jusque dans la poussière. Ce Nom sacré est pour eux un nouveau supplice, qui les fait souffrir d'autant plus cruellement, que la personne qui le prononce est plus avancée dans l'amour, et plus parfaite. Lorsque les impies profanent ce nom adorable, ces esprits réprouvés ne s'en attristent pas ; mais ils sont forcés de s'incliner, comme pour réparer l'injure qui Lui est faite. Ils en agissent de même lorsqu'on le prend en vain. Sans cette adoration forcée, ils seraient bien contents d'entendre blasphémer ce saint Nom. Les bons anges, au contraire, en pareilles occasions, l'adorent profondément, le louent et le bénissent avec un amour incomparable. Lorsqu'il est prononcé avec un vrai sentiment de dévotion, ils lui rendent les mêmes hommages, mais avec un vif sentiment de joie. Chaque fois que notre bienheureuse proférait ce très saint Nom, elle voyait son archange prendre un air extraordinairement joyeux, et s'incliner d'une manière si gracieuse, qu'elle en était tout embrasée d'amour. 
Lorsque les âmes vivent dans l'habitude du péché mortel, les démons entrent en elles, et les dominent en plusieurs façons, qui varient selon la qualité et la quantité de leurs crimes ; mais quand elles reçoivent l'absolution avec un cœur contrit, ils perdent leur domination, délogent au plus vite, et se remettent auprès d'elles pour les tenter de nouveau ; mais leurs attaques sont moins vives, parce que la confession a diminué leurs forces.

 

CHAPITRE VII

Des limbes.

Lorsque la servante de Dieu fut transportée à l'entrée de l'enfer, elle vit tout près un ange debout à une autre porte : c'était la porte des limbes, de cette prison où toutes les âmes justes de la terre attendirent si longtemps la venue du Libérateur. Ce lieu, quoique contigu à l'enfer, n'a aucune communication avec lui. Son élévation est à l'enfer ce qu'est celle d'une maison aux caves de la maison voisine ; c'est-à-dire, que sa plus basse partie est supérieure à la plus élevée de l'enfer. Il n'y a dans ce lieu ni feu, ni glace, ni serpents, ni démons, ni odeur empestée ; on n'y entend ni hurlements, ni blasphèmes ; on n'y souffre aucune autre peine que la privation de la lumière ; car il y fait toujours nuit. C'est là que se trouve la demeure éternelle des enfants morts sans baptême. Sa distribution est la même que celle de l'enfer. Il y a une partie supérieure, une inférieure et une intermédiaire. La partie supérieure est habitée par les enfants nés ou conçus de parents chrétiens. Dans la partie intermédiaire sont renfermés les enfants des Juifs, morts avant d'avoir péché. leur position est la même que celle des premiers, excepté que leur prison est encore plus ténébreuse. Dans la partie inférieure se trouvent les enfants nés ou conçus par l'effet d'un crime contraire au vœu solennel de chasteté ou à l'affinité spirituelle. Là règne une nuit plus profonde que dans les deux parties plus élevées.

 

CHAPITRE VIII

Du purgatoire.

Après les visions susdites, la servante de Dieu fut conduite à celle du purgatoire dont la distribution est la même que celle de l'enfer. En approchant de ce triste lieu, elle lut ces paroles écrites sur la porte : «C'est ici le purgatoire, lieu d'espérance, où les âmes attendent l’accomplissement de leur désir». L’ange Raphaël lui fit voir les trois parties de cette demeure ; et voici ce qu'elle y vit : 
Dans la partie la plus basse brûle un feu qui donne de la lumière, dissemblable en cela à celui de l'enfer, qui est noir et sans aucune clarté. Ce feu est très ardent et d'une couleur rouge. C'est là que sont punies les âmes redevables à la justice divine de la peine temporelle qu'elles méritèrent par de grands péchés ; et le feu les tourmente plus ou moins rigoureusement, selon la qualité et la quantité de leurs dettes. L'ange lui dit que, sept années de souffrances dans cette partie intérieure, correspondent à celle temporelle méritée par un seul péché mortel. 
A la gauche de ces âmes, mais hors du purgatoire, Françoise vit les démons qui les tentaient pendant la vie, et elle observa que ces pauvres âmes souffraient beaucoup de leur vision, et des reproches qu'ils ne cessaient de leur faire entendre. «Vous avez mieux aimé, leur disaient-ils, suivre nos illusions et nos persuasions, que les préceptes de l’Évangile. Vous avez eu la folie d'offenser Celui à qui vous étiez redevable de votre création et rédemption. Demeurez ici maintenant pour expier vos ingratitudes». Du reste, le pouvoir des démons sur ces âmes se borne à ces deux choses : à les affliger par leurs reproches et par leur horrible aspect. 
Ces âmes, placées dans le feu du purgatoire inférieur, acquiescent humblement à la justice divine ; néanmoins, la rigueur des peines qu'elles endurent leur arrache des gémissements que personne en cette vie ne saurait comprendre. Elles acquiescent à la volonté de leur juge, parce qu'elles comprennent parfaitement l'équité des tourments qu'elles endurent. Or, cet acquiescement, est cause que Dieu prête l'oreille à leurs plaintes, qu'Il en est touché et leur donne quelques consolations. Il ne les arrache pas pour cela aux flammes qui les brûlent, mais Il leur fait trouver dans leur soumission même, une sorte de rafraîchissement, ainsi que dans la pensée qu’elles arriveront bientôt à la gloire éternelle. Elles connaissent non seulement leurs propres péchés, mais encore ceux des autres âmes qui souffrent avec elles, et toutes sont contentes de la justice punitive de Dieu, qui s'exerce avec tant d'équité. 
Lorsqu'un ange gardien a conduit dans ce purgatoire inférieur l'àme qui lui était confiée, il se place en dehors de la prison, au côté droit de la porte, tandis que le mauvais ange se place au côté gauche ; et il se tient là jusqu'à ce que cette âme entièrement purifiée, devienne libre de monter au ciel. C'est lui qui recueille les suffrages offerts pour elle sur la terre, et les présente à la justice de Dieu, qui les lui rend, afin qu'il les applique à cette pauvre âme, comme un remède qui adoucit ses maux. Il présente également à Dieu toutes les bonnes œuvres qu’elle a faites pendant sa vie mortelle tandis que le mauvais ange rappelle sans cesse les péchés qu'elle a commis, à la justice du Seigneur. Lorsqu'une âme a fait des legs pieux avant son trépas, Dieu, dans Sa bonté, les accepte sur-le-champ et les récompense, quand même ils ne recevraient pas leur exécution par la faute de ceux qui en étaient chargés. Cependant, si elle a renvoyé ces bonnes œuvres après sa mort, par affection pour ses richesses, Dieu ne la récompense qu'à l'expiration du temps déterminé par elle pour leur accomplissement. 
Ce purgatoire inférieur se divise en trois prisons séparées, où le feu n'a pas une égale ardeur ; il est plus brûlant dans la première que dans la seconde, et dans la seconde que dans la troisième, Or, la première est destinée aux religieux et aux prêtres, eussent-ils commis de moindres péchés que les séculiers, parce qu'ils ont eu plus de lumières et n'ont pas honoré leur dignité comme ils le devaient. Françoise vit dans ce cachot un prêtre fort pieux, mais qui avait trop contenté son appétit dans l'usage des aliments. La seconde prison est la demeure des religieux et des clercs qui ne furent pas honorés du sacerdoce. Dans la troisième, sont renfermées les âmes séculières qui commirent des péchés mortels et ne les expièrent pas pendant la vie. Les tourments ne sont pourtant pas égaux dans chacune de ces prisons ; ils sont plus ou moins cruels selon la mesure des dettes et la qualité des personnes. Les supérieurs y souffrent davantage que les inférieurs ; selon qu'une âme est plus ou moins coupable, les supplices sont plus ou moins cruels, et leur durée plus ou moins longue. 
Après avoir considéré le purgatoire inférieur, Françoise fut conduite à la vision du purgatoire intermédiaire. Or, il se partage, comme l'autre, en trois parties, dont la première est un lac d'eau glacée, la seconde un lac de poix fondue, mêlée d'huile bouillante, et la troisième un lac de métaux liquéfiés. C'est dans ce purgatoire que sont logées les âmes, qui ne commirent pas de péchés assez graves pour mériter d'être placées dans le purgatoire inférieur. Ce sont donc les péchés véniels qui conduisent à ce purgatoire intermédiaire. Or, il y a dans cette prison trente-huit anges qui sont sans cesse occupés à transvaser, ces pauvres âmes d'un lac dans l'autre, ce qu'ils font avec des manières très gracieuses et une grande charité. Ces anges ne sont pas pris parmi leurs anges gardiens ; ce sont d'autres anges que la bonté de Dieu a chargés de ce ministère. J'attribue leur mission à la bonté de Dieu parce que leur présence est pour ces âmes d'une grande consolation. 
La servante de Dieu reçut dans cette vision plusieurs lumières sur l'application des suffrages que les vivants offrent pour les morts, qui méritent bien d'être communiquées. Elle connut 1° que les messes, indulgences accordées, et bonnes œuvres offertes pour certaines âmes par leurs parents et amis, ne leur sont pas intégralement appliquées ; elles en reçoivent bien la meilleure part, mais le reste est réparti entre toutes les âmes du purgatoire. Françoise connut 2° que ces offrandes, faites par erreur à des âmes qui sont en paradis, profitent d'abord à ceux qui les font, et ensuite aux âmes du purgatoire. Elle connut 3° que ces mêmes secours adressés par les vivants à des âmes qu'ils croient en voie de salut, et qui sont réprouvées, entrent intégralement dans les trésors de leurs auteurs, parce que, ni les damnés ne peuvent en profiter, ni Dieu ne permet qu'elles soient appliquées aux âmes du purgatoire. Il est à remarquer que Françoise, au sortir d'une de ces visions, qui avait duré environ deux heures, crut y avoir employé un temps fort considérable. Il résulte donc de là que le temps qui semble passer vite sur la terre, parait bien long dans l'éternité.

 

CHAPITRE IX

De la gloire des saints dans le ciel.

Lorsque les âmes bienheureuses font leur entrée dans le ciel, elles sont conduites aux places qui leur ont été assignées, selon leurs mérites. Si, pour s'y rendre, il leur faut traverser quelques chœurs angéliques, les esprits qui les composent leur font un accueil extrêmement joyeux ; mais rien n'égale la réception qui leur est faite dans les chœurs où elles doivent prendre place. Ce ne sont, de la part des anges auxquels on les associe, que démonstrations de joie et d'amitié pour elles, que cantiques de louanges et de bénédictions pour rendre grâces à Dieu de leur bonheur, et cette réjouissance dure beaucoup plus longtemps dans ces chœurs que dans les autres. Toutes les fois que notre bienheureuse, interrogée par son confesseur, parlait de cette joie angélique, causée par la venue de quelques âmes associées à leur gloire, le souvenir de leur multitude, de la douceur inexprimable de leurs chants, de leurs démonstrations, de leurs trans-ports, la mettait hors d'elle-même ; son visage alors était tout en feu, et son cœur se fondait comme la cire aux rayons du soleil. Le père lui demandant un jour quels étaient les plus parfaits des esprits humains ou angéliques placés dans la même gloire, elle répondit que les esprits humains ont une perfection supérieure, à cause du temps plus long qui leur fut donné pour mériter ; mais que les anges sont plus purs et plus beaux, qu'ils pénètrent mieux dans la compréhension divine, et que leurs chants sont beaucoup plus mélodieux. Il faut pourtant excepter l'auguste Marie de cette règle générale. 
Chaque fois, ajoutait la servante de Dieu, que je suis élevée à la vision béatifique, j'éprouve plusieurs étonnements. 
Je m'étonne 1° de mon défaut de pénétration dans la compréhension divine, causée par l'union de mon âme avec mon corps mortel, et cette incapacité m'humilie beaucoup, et me donne un grand mépris de moi-même. 
Je m'étonne 2°, je demeure toute stupéfaite, chaque fois que je considère dans le miroir divin la subtilité pénétrante des séraphins quant à la compréhension du grand abîme. 
Je m'étonne 3°, mais bien davantage encore, en considérant la profondeur de la divinité créatrice et gubernatrice  de ces subtiles intelligences. 
Voici, disait encore la bienheureuse quelques remarques que j'ai faites relativement aux esprits glorieux. 1° Dans l'ordre des séraphins, les uns pénètrent plus avant que les autres dans la compréhension divine. Il y a entre eux une gradation d'intelligence, qui existe également dans tous les autres chœurs. Ce que je dis des anges, je le dis également des esprits humains qui leur sont associés. Tous les esprits d'un même chœur ne sont pas également proches de la divinité. Or, plus une intelligence voit de près cet abîme, et mieux elle y pénètre. 2° Tous les esprits humains, placés dans la gloire, ne la possèdent pas au même degré. Quelques-uns, pendant qu’ils vivaient dans leur chair mortelle, reçurent une intelligence plus subtile, et suivant leurs opérations intellectuelles selon leur capacité, ils pénétrèrent plus avant dans l'abîme de la divinité, en regardant dans le miroir divin, dont la vision constitue la béatitude : ils ont donc apporté dans le ciel un esprit plus capable et plus pénétrant. Or, plus une âme a de capacité et de subtilité dans l'entendement, et plus elle est rassasiée dans la vision béatifique. Il est vrai que dans le ciel toutes les âmes sont pleinement rassasiées ; mais chacune l'est selon la mesure de sa capacité et de la subtilité avec laquelle elle pénètre dans la compréhension de la volonté divine. Lorsque les apôtres reçurent le Saint Esprit, tous n'obtinrent pas la même mesure de grâce. Ceux qui avaient plus de capacité et de subtilité dans l'entendement, la reçurent dans un plus haut degré. Or, ce qui dispose à une plus grande grâce, dispose également à une plus grande gloire. Françoise voyait tout cela, pendant ses extases, dans le miroir divin. Du reste, elle a souvent déclaré, qu'elle soumettait toutes ses paroles au jugement de l'Eglise catholique, dans le sein de laquelle elle désirait vivre et mourir.

LOUANGE SOIT A DIEU. AMEN.

 

Source : archives du site jesusmarie.free.fr

 

 
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Published by Patrick ROBLES le Franc-Comtois - dans Réflexions
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11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 17:09

 

 
 

 

Décret de la Congrégation des Rites du 11 septembre 1887

concernant la Fête de Notre-Dame du Rosaire

 

"Notre très Saint-Père, tout heureux de cet empressement unanime, renouvelle ses instances auprès de tous les Pasteurs de l’Eglise et de tous les fidèles du monde, et les exhorte à redoubler de ferveur et de confiance filiale en persévérant dans ces saints exercices, et à supplier la très auguste Reine de la paix, d’user de son crédit auprès de Dieu, pour détourner l’horrible tempête des temps présents, par la ruine de l’empire de Satan et la défaite des ennemis de la religion, et pour rendre le calme si désiré à la barque mystique de Pierre, ballottée par les flots.

C’est pourquoi tout ce qui a été décrété, accordé et ordonné les années précédentes, et dernièrement par le décret de la Sacrée Congrégation des rites, prescrivant de consacrer le mois d’octobre à la céleste Reine du Rosaire, de nouveau il le décrète, l’accorde et l’ordonne.

La fête de la solennité du Saint-Rosaire est déjà en honneur chez les peuples chrétiens, et l’objet d’un culte tout particulier, qui se rapporte à tous les mystères de la vie, de la passion, de la gloire de N.-S. Jésus-Christ, notre rédempteur, et de son Immaculée Mère.

Afin donc de favoriser cette dévotion qui va toujours croissant, afin aussi d’ajouter aux honneurs publics rendus à Marie, Sa Sainteté Léon XIII, par un privilège dont jouissent déjà plusieurs églises particulières, ordonne de célébrer désormais dans toute l’Eglise, sous le rite de seconde classe, ladite solennité et l’office de Notre-Dame du Rosaire fixé au premier dimanche d’octobre, en sorte que cette fête ne puisse être transférée à un autre jour, si ce n’est en cas d’occurrence d’un office de rite supérieur ; sauf les rubriques et nonobstant toute disposition contraire."

 

SUPREMI APOSTOLATUS OFFICIO
 
LETTRE ENCYCLIQUE
 DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIII
SUR LE TRÈS SAINT ROSAIRE

 

A tous nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques du monde catholique, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Frères
Salut et Bénédiction Apostolique

Le devoir du suprême apostolat qui Nous a été confié, et la condition particulièrement difficile des temps actuels, Nous avertissent chaque jour instamment, et pour ainsi dire Nous pressent impérieusement, de veiller avec d'autant plus de soin à la garde et à l'intégrité de l'Eglise que les calamités dont elle souffre sont plus grandes.

C'est pourquoi autant qu'il est en Notre pouvoir, en même temps que Nous Nous efforçons par tous les moyens de défendre les droits de l'Eglise comme de prévoir et de repousser les dangers qui la menacent et qui l'assaillent, Nous mettons aussi Notre plus grande diligence à implorer l'assistance des secours divins, avec l'aide seule desquels Nos labeurs et Nos soins peuvent aboutir.

A cette fin, Nous estimons que rien ne saurait être plus efficace et plus sûr que de Nous rendre favorable, par la pratique religieuse de son culte, la sublime Mère de Dieu, la Vierge Marie, dépositaire souveraine de toute paix et dispensatrice de toute grâce, qui a été placée par son divin Fils au faîte de la gloire et de la puissance, afin d'aider du secours de sa protection les hommes s'acheminant, au milieu des fatigues et des dangers, vers la Cité Eternelle.

C'est pourquoi, à l'approche des solennels anniversaires qui rappellent les bienfaits nombreux et considérables qu'a valus au peuple chrétien la dévotion du Saint Rosaire, Nous voulons que cette année, cette dévotion soit l'objet d'une attention toute particulière dans le monde catholique en l'honneur de la Vierge Souveraine, afin que, par son intercession, nous obtenions de son divin Fils un heureux adoucissement et un terme à nos maux. Aussi, avons-Nous pensé, Vénérables Frères, à Vous adresser ces lettres, afin que Notre dessein Vous étant connu, Votre autorité et Votre zèle excitent la piété des peuples à s'y conformer religieusement. 

Ce fut toujours le soin principal et solennel des catholiques de se réfugier sous l'égide de Marie et de s'en remettre à sa maternelle bonté dans les temps troublés et dans les circonstances périlleuses. Cela prouve que l'Eglise catholique a toujours mis, et avec raison, en la Mère de Dieu, toute sa confiance et toute son espérance. En effet, la Vierge exempte de la souillure originelle, choisie pour être la Mère de Dieu, et par cela même associée à lui dans l'œuvre du salut du genre humain, jouit auprès de son Fils d'une telle faveur et d'une telle puissance que jamais la nature humaine et la nature angélique n'ont pu et ne peuvent les obtenir. Aussi, puisqu'il lui est doux et agréable par-dessus toute chose d'accorder son secours et son assistance à ceux qui les lui demandent, il n'est pas douteux qu'elle ne veuille, et pour ainsi dire qu'elle ne s'empresse d'accueillir les vœux que lui adressera l'Eglise universelle.

Cette piété, si grande et si confiante envers l'Auguste Reine des cieux, n'a jamais brillé d'un éclat aussi resplendissant que quand la violence des erreurs répandues, ou une corruption intolérable des mœurs, ou les attaques d'adversaires puissants, ont semblé mettre en péril l'Eglise militante de Dieu.

L'histoire ancienne et moderne et les fastes les plus mémorables de l'Eglise, rappellent le souvenir des supplications publiques et privées à la Mère de Dieu, ainsi que les secours accordés par Elle, et en maintes circonstances la paix et la tranquillité publiques obtenues par sa divine intervention. De là ces qualifications d'Auxiliatrice, de Bienfaitrice, et de Consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix, dont on l'a saluée. Entre tous ces titres, est surtout remarquable et solennel celui qui lui vient du Rosaire, et par lequel ont été consacrés à perpétuité les insignes bienfaits dont lui est redevable le nom de chrétien.

Aucun de Vous n'ignore, Vénérables Frères, quels tourments et quels deuils ont apportés à la sainte Eglise de Dieu, vers la fin du XIIe siècle, par les hérétiques Albigeois qui, enfantés par la secte des derniers Manichéens, ont couvert le midi de la France et tous les autres pays du monde latin de leurs pernicieuses erreurs. Portant partout la terreur de leurs armes, ils étendaient partout leur domination par le meurtre et les ruines.

Contre ce fléau, Dieu a suscité, dans sa miséricorde, l'insigne père et fondateur de l'Ordre dominicain. Ce héros, grand par l'intégrité de sa doctrine, par l'exemple de ses vertus, par ses travaux apostoliques, s'avança contre les ennemis de l'Eglise catholique, animé de l'Esprit d'en haut; non avec la violence et avec les armes, mais avec la foi la plus absolue en cette dévotion du Saint Rosaire que le premier il a divulguée et que ses enfants ont portée aux quatre coins du monde. Il prévoyait, en effet, par la grâce divine, que cette dévotion, comme un puissant engin de guerre, mettrait en fuite les ennemis et confondrait leur audace et leur folle impiété. Et c'est ce qu'a, en effet, justifié l'événement. 

Grâce à cette nouvelle manière de prier, acceptée et ensuite mise régulièrement en pratique, par l'institution de l'Ordre du saint Père Dominique, la piété, la bonne foi, la concorde commencèrent à reprendre racine, et les projets des hérétiques, ainsi que leurs artifices, à tomber en ruines. Grâce à elle encore, beaucoup d'égarés ont été ramenés à la voie droite; et la fureur des impies a été réfrénée par les armes catholiques qui avaient été levées pour repousser la force par la force.

L'efficacité et la puissance de cette prière ont été aussi expérimentées au XVIe siècle, alors que les armées innombrables des Turcs étaient à la veille d'imposer le joug de la superstition et de la barbarie à presque toute l'Europe. Dans ce temps, le Souverain Pontife saint Pie V, après avoir réveillé chez tous les princes chrétiens le sentiment de la défense commune, s'attacha surtout et par tous les moyens à rendre propice et secourable au nom chrétien la toute-puissante Mère de Dieu, en l'implorant par la récitation du Rosaire. Ce noble exemple, offert en ces jours à la terre et aux cieux, rallia tous les esprits et persuada tous les cœurs. Aussi les fidèles du Christ, décidés à verser leur sang et à sacrifier leur vie pour le salut de la religion et de leur patrie, marchaient sans souci du nombre aux ennemis massés non loin du golfe de Corinthe ; pendant que les invalides, pieuse armée de suppliants, imploraient Marie, saluaient Marie, par la répétition des formules du Rosaire et demandaient la victoire de ceux qui combattaient.

La Souveraine ainsi suppliée ne resta pas sourde, car l'action navale s'étant engagée auprès des îles Echinades (Curzolaires) la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire et anéantit les forces ennemies.

C'est pourquoi le même Souverain et saint Pontife, en reconnaissance d'un bienfait si grand, a voulu qu'une fête en l'honneur de Marie Victorieuse, consacrât la mémoire de ce combat mémorable. Grégoire XIII a consacré cette fête en l'appelant fête du Saint Rosaire.

De même, dans le dernier siècle, d'importants succès furent remportés sur les forces turques, soit à Temesvar, en Pannonie, soit à Corcyre, et ils coïncidèrent avec des jours consacrés à la Sainte Vierge Marie et avec la clôture des prières publiques célébrées par la récitation du Rosaire.

Par conséquent, puisqu'il est bien reconnu que cette formule de prière est particulièrement agréable à la Sainte Vierge, et qu'elle est surtout propre à la défense de l'Eglise et du peuple chrétien en même temps qu'à attirer toutes sortes de bienfaits publics et particuliers, il n'est pas surprenant que plusieurs autres de nos prédécesseurs se soient attachés à la développer et à la recommander par des éloges tout spéciaux. Ainsi Urbain IV a attesté que, chaque jour, le Rosaire procurait des avantages au peuple chrétien. Sixte IV a dit que cette manière de prier est avantageuse à l'honneur de Dieu et de la Sainte Vierge, et particulièrement propre à détourner les dangers menaçant le monde; Léon X a déclaré qu'elle a été instituée contre les hérésiarques et les hérésies pernicieuses; et Jules III l'a appelée la gloire de l'Église. Saint Pie V a dit aussi, au sujet du Rosaire, que, dans la divulgation de cette sorte de prières, les fidèles ont commencé à s'échauffer dans la méditation, à s'enflammer dans la prière, puis sont devenus d'autres hommes; les ténèbres de l'hérésie se sont dissipées, et la lumière de la foi catholique a brillé de tout son éclat. Enfin, Grégoire XIII a déclaré à son tour que le Rosaire avait été institué par Saint Dominique, pour apaiser la colère de Dieu et implorer l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie.

Guidé par cette pensée et par les exemples de nos prédécesseurs Nous avons cru tout à fait opportun d'établir pour la même cause, en ce temps, des prières solennelles, et de tâcher, au moyen de prières solennelles adressées à la Sainte Vierge par la récitation du Rosaire, d'obtenir de son Fils Jésus-Christ un semblable secours contre les dangers qui Nous menacent. Vous voyez, Vénérables Frères, les graves épreuves auxquelles l'Eglise est journellement exposée: la piété chrétienne, la moralité publique, la foi elle-même qui est le bien suprême et le principe de toutes les autres vertus, tout cela est chaque jour menacé des plus grands périls.

Non seulement Vous savez combien cette situation est difficile et combien Nous en souffrons, mais encore Votre charité Vous en a fait éprouver avec Nous les sympathiques angoisses. Car c'est une chose des plus douloureuses et des plus lamentables de voir tant d'âmes rachetées par le Sang de Jésus-Christ arrachées au salut par le tourbillon d'un siècle égaré, et précipitées dans l'abîme et dans une mort éternelle. Nous avons, de nos jours, autant besoin du secours divin qu'à l'époque où le grand Dominique leva l'étendard du Rosaire de Marie à l'effet de guérir les maux de son époque. 

Ce grand Saint, éclairé par la lumière céleste, entrevit clairement que, pour guérir son siècle, aucun remède ne serait plus efficace que celui qui ramènerait les hommes à Jésus-Christ, qui est la voie la vérité et la vie, et les pousserait à s'adresser à cette Vierge, à qui il est donné de détruire toutes les hérésies, comme à leur patronne auprès de Dieu.

La formule du Saint-Rosaire a été composée de telle manière par saint Dominique, que les mystères de Notre salut y sont rappelés dans leur ordre successif, et que cette manière de méditation est entremêlée et comme entrelacée par la prière de la Salutation angélique, et par une oraison jaculatoire à Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous qui cherchons un remède à des maux semblables, Nous avons le droit de croire qu'en Nous servant de la même prière qui a servi à saint Dominique pour faire tant de bien à tout le monde catholique, Nous pourrons voir disparaître de même les calamités dont souffre Notre époque.

Non seulement Nous engageons vivement tous les chrétiens à s'appliquer soit en public, soit dans leur demeure particulière et au sein de leur famille, à réciter ce pieux office du Rosaire et à ne pas cesser ce saint exercice, mais Nous désirons que spécialement LE MOIS D'OCTOBRE DE CETTE ANNÉE soit consacré entièrement à la Sainte Reine du Rosaire. Nous décrétons et Nous ordonnons que, dans tout le monde catholique, pendant cette année, on célèbre solennellement par des services spéciaux et splendides, les offices du Rosaire.

Qu'ainsi donc, à partir du premier jour du mois d'octobre prochain jusqu'au second jour du mois de novembre suivant, dans toutes les paroisses, et, si l'autorité le juge opportun et utile, dans toutes les autres églises ou chapelles dédiées à la Sainte Vierge, on récite cinq dizaines du Rosaire, en y ajoutant les Litanies Laurétanes. Nous désirons que le peuple accoure à ces exercices de piété et qu'en même temps l'on dise la messe et l'on expose le Saint Sacrement, et que l'on donne ensuite avec la Sainte Hostie la bénédiction à la pieuse assemblée. Nous approuvons beaucoup que les confréries du Saint Rosaire de la Vierge fassent, conformément aux usages antiques, des processions solennelles à travers les villes, afin de glorifier publiquement la Religion. Cependant si, à cause des malheurs des temps, dans certains lieux, cet exercice public de la religion n'était pas possible, qu'on le remplace par une visite assidue aux églises, et qu'on fasse éclater la ferveur de sa piété par un exercice plus diligent encore des vertus chrétiennes. 

En faveur de ceux qui doivent faire ce que Nous avons ordonné ci-dessus, il Nous plaît d'ouvrir les célestes trésors de l'Eglise pour qu'ils y puisent à la fois les encouragements et les récompenses de leur piété. Donc, à. tous ceux qui, dans l'intervalle de temps désigné, auront assisté à l'exercice de la récitation publique du Rosaire avec les Litanies, et auront prié selon Notre intention, Nous concédons sept années et sept quarantaines d'indulgences applicables à toutes fins. Nous voulons également faire jouir de cette faveur ceux qu'une cause légitime aura empêchés de concourir à ces prières publiques dont Nous venons de parler, pourvu que, dans leur particulier, ils se soient consacrés à ce pieux exercice et qu'ils aient prié Dieu selon Notre intention. Nous absolvons de toute coulpe ceux qui dans le temps que nous venons d'indiquer, auront au moins deux fois, soit publiquement dans les temples sacrés, soit dans leurs maisons (par suite d'excuses légitimes) pratiqué ces pieux exercices et qui, après s'être confessés, se seront approchés de la Sainte Table. Nous accordons encore la pleine remise de leurs fautes à ceux qui, soit dans ce jour de la fête de la Bienheureuse Vierge du Rosaire, soit dans les huit jours suivants, après avoir également épuré leur âme par une salutaire confession, se seront approchés de la Table du Christ, et auront dans quelque temple prié à Notre intention Dieu et la Sainte Vierge pour les nécessités de l'Eglise.

Agissez donc, Vénérables Frères ! Plus Vous avez à cœur l'honneur de Marie et le salut de la société humaine, plus Vous devez Vous appliquer à nourrir la piété des peuples envers la grande Vierge, à augmenter leur confiance en Elle. Nous considérons qu'il est dans les desseins providentiels que, dans ces temps d'épreuves pour l'Eglise, l'ancien culte envers l'auguste Vierge fleurisse plus que jamais dans l'immense majorité du peuple chrétien. Que maintenant, poussées par Nos exhortations, enflammées par Vos appels, les nations chrétiennes recherchent avec une ardeur de jour en jour plus grande la protection de Marie; qu'elles s'attachent de plus en plus à l'habitude du Rosaire, à ce culte que Nos ancêtres avaient la coutume de pratiquer, non seulement comme un remède toujours présent à leurs maux, mais comme un noble ornement de la piété chrétienne. La Patronne céleste du genre humain exaucera ces prières et ces supplications, et Elle accordera facilement aux bons la faveur de voir leurs vertus s'accroître, aux égarés celle de revenir au bien et de rentrer dans la voie du salut, elle obtiendra que le Dieu vengeur des crimes, inclinant vers la clémence et la miséricorde, rende au monde chrétien et à la société, tout péril étant désormais écarté, cette tranquillité si désirable.

Encouragé par cet espoir, Nous supplions Dieu, par l'entremise de Celle dans laquelle il a mis la plénitude de tout bien, Nous le supplions de toutes Nos forces de répandre sur Vous, Vénérables Frères, ses faveurs célestes. Et comme gage de Notre bienveillance, Nous Vous donnons de tout Notre cœur, à Vous, à Votre clergé et aux peuples commis à Vos soins, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 1er septembre 1883, sixième année de Notre Pontificat.

Source : Vatican

Encycliques du Saint Père Léon XIII

 

 
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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 08:13

"Thou shalt not bear false witness against thy neighbo(u)r."

Exodus 20:16 (King James Version)

 

"Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain."

Exode 20 : 16 (Louis Segond)

 

 

Les 7 choses que Dieu déteste

 

16 Il y a six choses que hait l'Éternel, et même sept qu'il a en horreur ;

17 Les yeux hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent,

18 Le coeur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal,

19 Le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères.

Proverbes 6 : 16-19 (Louis Segond)

 

 

Miséricorde et Justice révélées à Sainte Faustine

 

"… Note : Avant de Me montrer au Jugement dernier comme Juge équitable, J’ouvre d’abord toutes grandes les portes de Ma Miséricorde. Qui ne veut passer par les portes de Ma Miséricorde, doit passer par les portes de Ma justice."

Petit Journal de Sainte Faustine (1146).

 

"…Write: before I come as a just Judge, I first open wide the door of My mercy. He who refuses to pass through the door of My mercy must pass through the door of My justice."

Diary of Saint Maria Faustina Kowalska (1146).

 

"And forgive us our trespasses..."

(or: "And forgive us our debts...").

Matthew 6:12, King James Version ("Lord's Prayer")
 
 
"Pardonne-nous nos offenses..."

Matthieu 6 : 12, Louis Segond ("Notre Père")

 

 
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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 08:21

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Joseph Ernest Renan

né le 28 février 1823 à Tréguier (Côtes-d'Armor)

mort le 2 octobre 1892 à Paris

 

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Ernest Renan

"MORT DE JÉSUS"

Chapitre XXV

"Vie de Jésus" (1863)

édition de 1867

 

Bien que le motif réel de la mort de Jésus fût tout religieux, ses ennemis avaient réussi, au prétoire, à le présenter comme coupable de crime d’État ; ils n’eussent pas obtenu du sceptique Pilate une condamnation pour cause d’hétérodoxie. Conséquents à cette idée, les prêtres firent demander pour Jésus, par la foule, le supplice de la croix. Ce supplice n’était pas juif d’origine ; si la condamnation de Jésus eût été purement mosaïque, on lui eût fait subir la lapidation [1]. La croix était un supplice romain, réservé pour les esclaves et pour les cas où l’on voulait ajouter à la mort l’aggravation de l’ignominie. En l’appliquant à Jésus, on le traitait comme les voleurs de grand chemin, les brigands, les bandits, ou comme ces ennemis de bas étage auxquels les Romains n’accordaient pas les honneurs de la mort par le glaive [2]. C’était le chimérique « roi des Juifs ». non le dogmatiste hétérodoxe, que l’on punissait. Par suite de la même idée, l’exécution dut être abandonnée aux Romains. A cette époque, chez les Romains, les soldats, au moins dans les cas de condamnations politiques, faisaient l’office de bourreaux [3]. Jésus fut donc livré à un détachement de troupes auxiliaires commandé par un centurion [4] et tout l’odieux des supplices introduits par les mœurs cruelles des nouveaux conquérants se déroula pour lui. Il était environ midi [5]. On le revêtit de ses habits, qu’on lui avait ôtés pour la parade de la tribune. Comme la cohorte avait déjà en réserve deux voleurs qu’elle devait mettre à mort, on réunit les trois condamnés, et le cortége se mit en marche pour le lieu de l’exécution

Ce lieu était un endroit nommé Golgotha, situé hors de Jérusalem, mais près des murs de la ville [6]. Le nom de Golgotha signifie crâne ; il correspond, ce semble, à notre mot Chaumont, et désignait probablement un tertre dénudé, ayant la forme d’un crâne chauve. On ne sait pas avec exactitude l’emplacement de ce tertre. Il était sûrement au nord ou au nord-ouest de la ville, dans la haute plaine inégale qui s’étend entre les murs et les deux vallées de Cédron et de Hinnom [7], région assez vulgaire, attristée encore par les fâcheux détails du voisinage d’une grande cité. Il n’y a pas de raison décisive pour placer le Golgotha à l’endroit précis où, depuis Constantin, la chrétienté tout entière l’a vénéré [8]. Mais il n’y a pas non plus d’objection capitale qui oblige de troubler à cet égard les souvenirs chrétiens [9]. Le condamné à la croix devait porter lui-même l'instrument de son supplice [10]. Mais Jésus, plus faible de corps que ses deux compagnons, ne put soutenir le poids de la sienne. L’escouade rencontra un certain Simon de Cyrène, qui revenait de la campagne, et les soldats, avec les brusques procédés des garnisons étrangères, le forcèrent de porter l’arbre fatal. Peut-être usaient-ils en cela d’un droit de corvée reconnu, les Romains ne pouvant se charger eux-mêmes du bois infâme. Il semble que Simon fut plus tard de la communauté chrétienne. Ses deux fils, Alexandre et Rufus [11], y étaient fort connus. Il raconta peut-être plus d’une circonstance dont il avait été témoin. Aucun disciple n’était à ce moment auprès de Jésus [12].

On arriva enfin à la place des exécutions. Selon l’usage juif, on offrit à boire aux patients un vin fortement aromatisé, boisson enivrante, que, par un sentiment de pitié, on donnait au condamné pour l’étourdir [13]. Il paraît que souvent les dames de Jérusalem apportaient elles-mêmes aux infortunés qu’on menait au supplice ce vin de la dernière heure ; quand aucune d’elles ne se présentait, on l’achetait sur les fonds de la caisse publique [14]. Jésus, après avoir effleuré le vase du bout des lèvres, refusa de boire [15]. Ce triste soulagement des condamnés vulgaires n’allait pas à sa haute nature. Il préféra quitter la vie dans la parfaite clarté de son esprit, et attendre avec une pleine conscience la mort qu’il avait voulue et appelée. On le dépouilla alors de ses vêtements [16], et on l’attacha à la croix. La croix se composait de deux poutres liées en forme de T [17]. Elle était peu élevée, si bien que les pieds du condamné touchaient presque à terre [18]. On commençait par la dresser [19] ; puis on y attachait le patient, en lui enfonçant des clous dans les mains ; les pieds étaient souvent cloués, quelquefois seulement liés avec des cordes [20]. Un billot de bois, sorte d’antenne, était attaché au fût de la croix, vers le milieu, et passait entre les jambes du condamné, qui s’appuyait dessus [21]. Sans cela les mains se fussent déchirées et le corps se fût affaissé [22]. D’autres fois, une tablette horizontale était fixée à la hauteur des pieds et les soutenait [23].

Jésus savoura ces horreurs dans toute leur atrocité. Les deux voleurs étaient crucifiés à ses côtés. Les exécuteurs, auxquels on abandonnait d’ordinaire les menues dépouilles (pannicularia) des suppliciés [24], tirèrent au sort ses vêtements [25] ; et, assis au pied de la croix, le gardaient [26]. Selon une tradition, Jésus aurait prononcé cette parole, qui fut dans son cœur, sinon sur ses lèvres : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent ce qu’ils font [27]. »

Un écriteau, suivant la coutume romaine [28], était attaché au haut de la croix, portant en trois langues, en hébreu, en grec et en latin : le roi des juifs. Il y avait dans cette rédaction quelque chose de pénible et d’injurieux pour la nation. Les nombreux passants qui la lurent en furent blessés. Les prêtres firent observer à Pilate qu’il eût fallu adopter une rédaction qui impliquât seulement que Jésus s’était dit roi des Juifs. Mais Pilate, déjà impatienté de cette affaire, refusa de rien changer à ce qui était écrit [29].

Les disciples avaient fui [30] Une tradition néanmoins veut que Jean soit resté constamment debout au pied de la croix [31]. On peut affirmer avec plus de certitude que les fidèles amies de Galilée, qui avaient suivi Jésus à Jérusalem et continuaient à le servir, ne l’abandonnèrent pas. Marie Cléophas, Marie de Magdala, Jeanne, femme de Khouza, Salomé, d’autres encore, se tenaient à une certaine distance [32] et ne le quittaient pas des yeux [33]. S’il fallait en croire le quatrième Évangile [34], Marie, mère de Jésus, eût été aussi au pied de la croix, et Jésus, voyant réunis sa mère et son disciple chéri, eût dit à l’un : « Voilà ta mère, » à l’autre : « Voilà ton fils [35]. » Mais on ne comprendrait pas comment les évangélistes synoptiques, qui nomment les autres femmes, eussent omis celle dont la présence était un trait si frappant. Peut-être même la hauteur extrême du caractère de Jésus ne rend-elle pas un tel attendrissement personnel vraisemblable, au moment où, déjà préoccupé de son œuvre, il n’existait plus que pour l’humanité.

A part ce petit groupe de femmes, qui de loin consolaient ses regards, Jésus n’avait devant lui que le spectacle de la bassesse humaine ou de sa stupidité. Les passants l’insultaient. Il entendait autour de lui de sottes railleries et ses cris suprêmes de douleur tournés en odieux jeux de mots : « Ah ! le voilà, disait-on, celui qui s’est appelé Fils de Dieu ! Que son père, s’il veut, vienne maintenant le délivrer ! — Il a sauvé les autres, murmurait-on encore, et il ne peut se sauver lui-même. S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croyons en lui ! — Eh bien, disait un troisième, toi qui détruis le temple de Dieu, et le rebâtis en trois jours, sauve-toi, voyons [36] ! » — Quelques-uns, vaguement au courant de ses idées apocalyptiques, crurent l’entendre appeler Élie, et dirent : « Voyons si Elie viendra le délivrer. » Il paraît que les deux voleurs crucifiés à ses côtés l’insultaient aussi [37]. Le ciel était sombre [38] ; la terre, comme dans tous les environs de Jérusalem, sèche et morne. Un moment, selon certains récits, le cœur lui défaillit ; un nuage lui cacha la face de son Père ; il eut une agonie de désespoir, plus cuisante mille fois que tous les tourments. Il ne vit que l’ingratitude des hommes ; il se repentit peut-être de souffrir pour une race vile, et il s’écria : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais son instinct divin l’emporta encore. À mesure que la vie du corps s’éteignait, son âme se rassérénait et revenait peu à peu à sa céleste origine. Il retrouva le sentiment de sa mission ; il vit dans sa mort le salut du monde ; il perdit de vue le spectacle hideux qui se déroulait à ses pieds, et, profondément uni à son Père, il commença sur le gibet la vie divine qu’il allait mener dans le cœur de l’humanité pour des siècles infinis.

L’atrocité particulière du supplice de la croix était qu’on pouvait vivre trois et quatre jours dans cet horrible état sur l’escabeau de douleur [39]. L’hémorragie des mains s’arrêtait vite et n’était pas mortelle. La vraie cause de la mort était la position contre nature du corps, laquelle entraînait un trouble affreux dans la circulation, de terribles maux de tète et de cœur, et enfin la rigidité des membres. Les crucifiés de forte complexion pouvaient dormir et ne mouraient que de faim [40]. L’idée mère de ce cruel supplice était, non de tuer directement le condamné par des lésions déterminées, mais d’exposer l’esclave, cloué par les mains dont il n’avait pas su faire bon usage, et de le laisser pourrir sur le bois. L’organisation délicate de Jésus le préserva de cette lente agonie. Une soif brûlante, l’une des tortures du crucifiement [41] comme de tous les supplices qui entraînent une hémorragie abondante, le dévorait. Il demanda à boire. Il y avait près de là un vase plein de la boisson ordinaire des soldats romains, mélange de vinaigre et d’eau, appelé posca. Les soldats devaient porter avec eux leur posca dans toutes les expéditions [42], au nombre desquelles une exécution était comptée. Un soldat trempa une éponge [43] dans ce breuvage, la mit au bout d’un roseau, et la porta aux lèvres de Jésus, qui la suça [44]. On s’imagine en Orient que le fait de donner à boire aux crucifiés et aux empalés accélère la mort [45] : plusieurs crurent que Jésus rendit l’âme aussitôt après avoir bu le vinaigre [46]. Il est bien plus probable qu’une apoplexie ou la rupture instantanée d’un vaisseau dans la région du cœur amena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite. Quelques moments avant de rendre l’âme, il avait encore la voix forte [47]. Tout à coup, il poussa un cri terrible [48], où les uns entendirent : « O Père, je remets mon esprit entre tes mains ! » et que les autres, plus préoccupés de l’accomplissement des prophéties, rendirent par ces mots : « Tout est consommé ! » Sa tête s’inclina sur sa poitrine, et il expira.

Repose maintenant dans ta gloire, noble initiateur. Ton œuvre est achevée ; ta divinité est fondée. Ne crains plus de voir crouler par une faute l’édifice de tes efforts. Désormais hors des atteintes de la fragilité, tu assisteras, du haut de la paix divine, aux conséquences infinies de tes actes. Au prix de quelques heures de souffrance, qui n’ont pas même atteint ta grande âme, lu as acheté la plus complète immortalité. Pour des milliers d’années, le monde va relever de toi ! Drapeau de nos contradictions, tu seras le signe autour duquel se livrera la plus ardente bataille. Mille fois plus vivant, mille fois plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage ici-bas, tu deviendras à tel point la pierre angulaire de l’humanité, qu’arracher ton nom de ce monde serait l’ébranler jusqu’aux fondements. Entre toi et Dieu, on ne distinguera plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends possession du royaume où te suivront, par la voie royale que tu as tracée, des siècles d’adorateurs.

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1. ↑ Jos., Ant., XX, ix, 1. Le Talmud, qui présente la condamnation de Jésus comme toute religieuse, prétend, en effet, qu’il fut condamné à être lapidé ; il poursuit, il est vrai, en disant qu’il fut pendu. Peut-être veut-il dire qu’après avoir été lapidé, il fut pendu, comme cela arrivait souvent (Mischna, Sanhédrin, vi, 4 ; cf. Deuter., xxi, 22). Talm. de Jérusalem, Sanhédrin, xiv, 16 ; Talm. de Bab., même traité, 43 a, 67 a.

2. ↑ Jos., Ant., XVII, x, 10 ; XX, vi, 2 ; B. J., V, xi, 1 ; Apulée. Métam., III, 9 ; Suétone, Galba, 9 ; Lampride, Alex. Sev., 23.

3. ↑ Tacite, Ann., III, 14. Voir ci-dessus, p. 421, note.

4. ↑ Matth., xxvii, 54 ; Marc, xv, 39, 44, 45 ; Luc, xxiii, 47.

5. ↑ Jean, xix, 14. D’après Marc, xv, 25, il n’eût guère été que huit heures du matin, puisque, selon cet évangéliste, Jésus fut crucifié à neuf heures.

6. ↑ Matth., xxvii, 33 ; Marc, xv, 22 ; Jean, xix, 20 ; Epist. ad Hebr., xiii, 12. Comp. Plaute, Miles gloriosus, II, iv, 6-7.

7. ↑ Golgotha, en effet, semble n’être pas sans rapport avec la colline de Gareb et la localité de Goath, mentionnées dans Jérémie, xxxi, 39. Or, ces deux endroits paraissent avoir été au nord-ouest de la ville. On pourrait placer par conjecture le lieu où Jésus fut crucifié près de l’angle extrême que fait le mur actuel vers l’ouest, ou bien sur les buttes qui dominent la vallée de Hinnom, au-dessus de Birket Mamilla. Il serait loisible aussi de penser au monticule qui domine la « Grotte de Jérémie ».

8. ↑ Les preuves par lesquelles on a essayé d’établir que le saint sépulcre a été déplacé depuis Constantin manquent de solidité.

9. ↑ La question est de savoir si l’endroit que l’on désigne aujourd’hui comme le Golgotha, et qui est fort engagé dans l’intérieur de la ville actuelle, était, du temps de Jésus, hors de l’enceinte. On a découvert, à 76 mètres à l’est de l’emplacement traditionnel du Calvaire, un pan de mur judaïque analogue à celui d’Hébron, qui, s’il appartient à l’enceinte du temps de Jésus, laisserait ledit emplacement traditionnel en dehors de la ville. (M. de Vogué, le Temple de Jér., p. 117 et suiv.) L’existence d’un caveau sépulcral (celui qu’on appelle « tombeau de Joseph d’Arimathie ») sous le mur de la coupole du Saint-Sépulcre semble prouver (voir cependant Mischna, Parah, iii, 2 ; Baba kama, vii, sub fin.) que cet endroit s’est trouvé à quelque époque hors des murs ; or, le caveau en question ne parait pas assez ancien (voir Vogüé, op. cit., p. 115) pour qu’on puisse le supposer antérieur à la construction de l’enceinte qui existait du temps de Jésus. Deux considérations historiques, dont l’une est assez forte, peuvent d’ailleurs être invoquées en faveur de la tradition. La première, c’est qu’il serait singulier que ceux qui cherchèrent à fixer sous Constantin la topographie évangélique, ne se fussent pas arrêtés devant l’objection qui résulte de Jean, xix, 20, et de Hébr., xiii, 12. Comment, libres dans leur choix, se fussent-ils exposés de gaieté de cœur à une si grave difficulté ? On est donc porté à croire que l’œuvre des topographes dévots du temps de Constantin eut quelque chose de sérieux, qu’ils cherchèrent des indices et que, bien qu’ils ne se refusassent pas certaines fraudes pieuses, ils se guidèrent par des analogies. S’ils n’eussent suivi qu’un vain caprice, ils eussent placé le Golgotha à un endroit plus apparent, au sommet de quelqu’un des mamelons voisins de Jérusalem, pour suivre l’imagination chrétienne, qui désirait que la mort du Christ eut eu lieu sur une montagne. La seconde considération favorable à la tradition, c’est qu’on pouvait avoir, pour se guider, du temps de Constantin, le temple de Vénus sur le Golgotha, élevé, dit-on, par Adrien, ou du moins le souvenir de ce temple. Mais ceci est loin d’être démonstratif. Eusèbe (Vita Const., iii, 26), Socrate (H. E., I, 17), Sozomène (H. E., II, 1), saint Jérôme (Epist. xlix, ad Paulin.), disent bien qu’il y avait un sanctuaire de Vénus sur l’emplacement qu’ils identifient avec celui du saint tombeau ; mais il n’est pas sûr : 1° qu’Adrien l’ait élevé ; 2° qu’il l’ait élevé sur un endroit qui s’appelait de son temps « Golgotha » ; 3° qu’il ait eu l’intention de l’élever à la place où Jésus souffrit la mort.

10. ↑ Plutarque, De sera num. vind., 9 ; Artémidore, Onirocrit.. II, 56.

11. ↑ Marc, xv, 21.

12. ↑ La circonstance Luc, xxiii, 27-31, est de celles où l’on sent le travail d’une imagination pieuse et attendrie. Les paroles qu’on y prête à Jésus n’ont pu lui être attribuées qu’après le siége de Jérusalem.

13. ↑ Talm. de Bab., Sanhédrin, fol. 43 a ; Nicolas de Lire, In Matth., xxvii, 34. Comp. Prov., xxxi, 6.

14. ↑ Talm. de Bab., Sanhédrin, 1. c.

15. ↑ Marc, xv, 23. Mallh., xxvii, 34, fausse ce détail, pour obtenir une allusion messianique au Ps. lxix, 22.

16. ↑ Matth., xxvii, 3.ï ; Marc, xv, 24 ; Jean, xix. 23. Cf. Artémidore, Onirocr., II, 53.

17. ↑ Epist. Barnabae, 9 ; Lucien, Jud. voc., M. Comparez le crucifix grotesque tracé à Rome sur un mur du mont Palatin. Garrucci, Il crocifisso graffito in casa dei Cesari (Roma, 1857).

18. ↑ Cela résulte de ussôpô, Jean, xix, 29. En effet, avec une tige d’hysope on ne peut atteindre bien haut. Il est vrai que cette hysope est suspecte de provenir d’Exode, xii, 22.

19. ↑ Jos., B. J., VII, vi, 4 ; Cic., In Verr., V, 66 ; Xénoph. Ephes., Ephesiaca, IV, 2.

20. ↑ Luc, xxiv, 39 ; Jean, xx, 25-27 ; Plaute, Mostellaria, II, i, 13 ; Lucain, Phars., VI, 543 et suiv., 547 ; Justin, Dial. cum Tryph., 97 ; Apol. I, 35 ; Tertullien, Adv. Marcionem, III, 19.

21. ↑ Irénée, Adv. hœr., II, xxiv, 4 ; Justin, Dial. cum Tryph., 91.

22. ↑ Voir la relation d’une crucifixion en Chine, par un témoin oculaire, dans la Revue germanique et franc, août 1864, p. 358.

23. ↑ Voir le graffito précité et quelques autres monuments (Martigny, Dict. des antiqu. chrét., p. 193). Comp. Grégoire de Tours, De gloria mart., I, 6.

24. ↑ Dig., XLVII, xx, De bonis damnat., 6. Adrien limita cet usage.

25. ↑ La circonstance ajoutée par Jean, xix, 23-24, parait conçue a priori. Cf. Jos., Ant., III, vii, 4.

26. ↑ Matth., xxvii, 36. Cf. Pétrone, Satyr., cxi, cxii.

27. ↑ Luc, xxiii, 34. En général, les dernières paroles prêtées à Jésus, surtout telles que Luc les rapporte, prêtent au doute. L’intention d’édifier ou de montrer l’accomplissement des prophéties s’y fait sentir. Dans ces cas d’ailleurs, chacun entend à sa guise. Les dernières paroles des condamnés célèbres sont toujours recueillies de deux ou trois façons complétement différentes par les témoins les plus rapprochés. Il en fut ainsi à la mort du Bâb. Gobineau, les Relig. et les Philos, de l’Asie centrale, p. 268.

28. ↑ Il est probable qu’on l’avait porté devant Jésus durant le trajet. Suétone, Caligula, 32 ; Lettre des Églises de Vienne et de Lyon, dans Eusèbe, Hist. eccl., V, i, 19.

29. ↑ Matth., xxvii, 37 ; Marc, xv, 26 ; Luc, xxiii, 38 ; Jean, xix, 19-22. Peut-être était-ce là un scrupule de légalité. Apulée, Florida, I, 9.

30. ↑ Justin, Dial. cum Tryph., 106.

31. ↑ Jean, xix, 25 et suiv.

32. ↑ Les synoptiques sont d’accord pour placer le groupe fidèle « loin » de la croix. Le quatrième évangéliste dit « à côté », dominé par le désir qu’il a de montrer que Jean s’est approché très-près de la croix de Jésus.

33. ↑ Matth., xxvii, 55-56 ; Marc, xv, 40-41 ; Luc, xxiii, 49, 55 ; xxiv, 10 ; Jean, xix, 25. Cf. Luc, xxiii, 27-31.

34. ↑ Jean, xix, 25 et suiv. Luc, toujours intermédiaire entre les deux premiers synoptiques et Jean, place aussi, mais à distance, « tous ses amis » (xxiii, 49). L’expression gnôstoi peut, il est vrai, aussi convenir aux « parents ». Luc cependant (ii, 44) distingue les gnôstoi des suggeneis ;. Ajoutons que les meilleurs manuscrits portent oi gnôstoi autô, et non oi gnôstoi autou. Dans les Actes (i, 14), Marie, mère de Jésus, est mise en compagnie des femmes galiléennes ; ailleurs (Évang., ii, 35), Luc lui prédit qu’un glaive de douleur lui percera l’âme. Mais on s’explique d’autant moins qu’il l’omette à la croix.

35. ↑ Jean, après la mort de Jésus, paraît, en effet, avoir recueilli la mère de son maître, et l’avoir comme adoptée (Jean, xix, 17). La grande considération dont jouit Marie dans l’Église naissante porta sans doute les disciples de Jean à prétendre que Jésus, dont ils voulaient que leur maître eût été le disciple favori, lui avait recommandé en mourant ce qu’il avait de plus cher. La présence vraie ou supposée auprès de Jean de ce précieux depôt lui donnait sur les autres apôtres une sorte de préséance, et assurait à la doctrine dont on le faisait garant une haute autorité.

36. ↑ Matth., xxvii, 40 et suiv. ; Marc, xv, 29 et suiv.

37. ↑ Matth., xxvii, 44 ; Marc, xv, 32. Luc, suivant son goût pour la conversion des pécheurs, a ici modifié la tradition.

38. ↑ Matth., xxvii, 45 ; Marc, xv, 33 ; Luc, xxiii, 44.

39. ↑ Pétrone, Sat., cxi et suiv. ; Origène, In Matth. Comment, series, 140 ; texte arabe publié dans Kosegarten, Chrest. arab., p. 63 et suiv. ; Revue germ., endroit cité.

40. ↑ Eusèbe, Hist. eccl., VIII, 8 ; Revue germ., ibid.

41. ↑ Voir le texte arabe publié par Kosegarten, Chrest. arab., p. 64, et la Revue germ., endroit précité.

42. ↑ Spartien, Vie d’Adrien, 10 ; Vulcatius Gallicanus, Vie d’Avidius Cassius, 5.

43. ↑ Probablement la petite éponge qui servait à fermer le goulot du vase où était la posca.

44. ↑ Matth., xxvii, 48 ; Marc, xv, 36 ; Luc, xxiii, 36 ; Jean, xix, 28-30.

45. ↑ Voir Nicolas de Lire, In Matth., xxvii, 34, et in Joh., xix, 29, et les récits du supplice de l’assassin de Kleber. Comp. Revue germ., endroit cité.

46. ↑ Matthieu, Marc et Jean semblent lier les deux faits.

47. ↑ Matth., xxvii, 46 ; Marc, xv, 34.

48. ↑ Matth., xxvii, oO ; Marc, xv, 37 ; Luc, xxiii, 46 ; Jean, xix, 30.

 

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 08:36

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Canonisations des Saints Pères Jean-Paul II et Jean XXIII

le 27 avril 2014, dimanche de la Divine Miséricorde

 

 

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Angelo Giuseppe Roncalli

Pape Jean XXIII

né le 25 novembre 1881 à Sotto il Monte

(Bergame, Lombardie - Italie)

mort le 3 juin 1963 à Rome

 

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Décalogue de la sérénité

du Pape Jean XXIII

 

1. Rien qu'aujourd'hui, j'essaierai de vivre ma journée sans chercher à résoudre le problème de toute ma vie.

 

2. Rien qu'aujourd'hui, je prendrai le plus grand soin de me comporter et d'agir de manière courtoise ; je ne critiquerai personne, je ne prétendrai corriger ou régenter qui que ce soit, excepté moi-même.

 

3. Rien qu'aujourd'hui, je serai heureux sur la certitude d'avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l'autre monde mais également dans celui-ci.

 

4. Rien qu'aujourd'hui, je consacrerai dix minutes à une bonne lecture en me rappelant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, de même la bonne lecture est nécessaire à la vie de l'âme.

 

5. Rien qu'aujourd'hui, je ferai une bonne action et n'en parlerai à personne.

 

6. Rien qu'aujourd'hui, j'accomplirai au moins une chose que je n'ai pas envie de faire, et si on m'offense je ne le manifesterai pas.

 

7. Rien qu'aujourd'hui, je me plierai aux circonstances, sans prétendre que celles-ci cèdent à tous mes désirs.

 

8. Rien qu'aujourd'hui, j'établirai un programme détaillé de ma journée. Je ne m'en acquitterai peut-être pas entièrement, mais je le rédigerai. Et je me garderai de deux calamités : la hâte et l'indécision.

 

9. Rien qu'aujourd'hui, je croirai fermement — même si les circonstances attestent le contraire — que la Providence de Dieu s'occupe de moi comme si rien d'autre n'existait au monde.

 

10. Rien qu'aujourd'hui, je n'aurai aucune crainte. Et tout particulièrement je n'aurai pas peur d'apprécier ce qui est beau et de croire à la bonté.

Je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures, ce qui ne saurait me décourager, comme si je me croyais obligé de le faire toute ma vie durant.

 

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The daily decalogue

of Pope John XXIII

"Decalogue of serenity"

 

1) Only for today, I will seek to live the livelong day positively without wishing to solve the problems of my life all at once.

 

2) Only for today, I will take the greatest care of my appearance: I will dress modestly; I will not raise my voice; I will be courteous in my behaviour; I will not criticize anyone; I will not claim to improve or to discipline anyone except myself.

 

3) Only for today, I will be happy in the certainty that I was created to be happy, not only in the other world but also in this one.

 

4) Only for today, I will adapt to circumstances, without requiring all circumstances to be adapted to my own wishes.

 

5) Only for today, I will devote 10 minutes of my time to some good reading, remembering that just as food is necessary to the life of the body, so good reading is necessary to the life of the soul.

 

6) Only for today, I will do one good deed and not tell anyone about it.

 

7) Only for today, I will do at least one thing I do not like doing; and if my feelings are hurt, I will make sure that no one notices.

 

8) Only for today, I will make a plan for myself: I may not follow it to the letter, but I will make it. And I will be on guard against two evils: hastiness and indecision.

 

9) Only for today, I will firmly believe, despite appearances, that the good Providence of God cares for me as no one else who exists in this world.

 

10) Only for today, I will have no fears. In particular, I will not be afraid to enjoy what is beautiful and to believe in goodness. Indeed, for 12 hours I can certainly do what might cause me consternation were I to believe I had to do it all my life.

 

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Decálogo de la serenidad

del Papa Juan XXIII

 

1. Sólo por hoy trataré de vivir exclusivamente el día, sin querer resolver el problema de mi vida todo de una vez.

 

2. Sólo por hoy tendré el máximo cuidado de mi aspecto: cortés en mis maneras, no criticaré a nadie y no pretenderé mejorar o disciplinar a nadie, sino a mi mismo.

 

3. Sólo por hoy seré feliz en la certeza de que he sido creado para la felicidad, no sólo en el otro mundo, sino en este también.

 

4. Sólo por hoy me adaptaré a las circunstancias, sin pretender que las circunstancias se adapten todas a mis deseos.

 

5. Sólo por hoy dedicaré diez minutos de mi tiempo a una buena lectura; recordando que, como el alimento es necesario para la vida del cuerpo, así la buena lectura es necesaria para la vida del alma.

 

6. Sólo por hoy haré una buena acción y no lo diré a nadie.

 

7. Sólo por hoy haré por lo menos una cosa que no deseo hacer; y si me sintiera ofendido en mis sentimientos procuraré que nadie se entere.

 

8. Sólo por hoy me haré un programa detallado. Quizá no lo cumpliré cabalmente, pero lo redactaré. Y me guardaré de dos calamidades: la prisa y la indecisión.

 

9. Sólo por hoy creeré firmemente aunque las circunstancias demuestren lo contrario que la buena providencia de Dios se ocupa de mí como si nadie

existiera en el mundo.

 

10. Sólo por hoy no tendré temores. De manera particular no tendré miedo de gozar de lo que es bello y de creer en la bondad.

Puedo hacer el bien durante doce horas, lo que me descorazonaría si pensase tener que hacerlo durante toda mi vida. (Diario del alma, 65).

 

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Il decalogo della quotidianità

di Papa Giovanni XXIII

"Decalogo della serenità"

 

1) Solo per oggi, cercherò di vivere alla giornata (in senso positivo), senza voler risolvere il problema della mia vita tutto in una volta.

 

2) Solo per oggi, avrò la massima cura del mio aspetto: vestirò con sobrietà; non alzerò la voce; sarò cortese nei modi; non criticherò nessuno; non pretenderò di migliorare o disciplinare nessuno tranne me stesso.

 

3) Solo per oggi, sarò felice nella certezza che sono stato creato per essere felice non solo nell'altro mondo, ma anche in questo.

 

4) Solo per oggi, mi adatterò alle circostanze, senza pretendere che le circostanze si adattino tutte ai miei desideri.

 

5) Solo per oggi, dedicherò dieci minuti del mio tempo a qualche lettura buona, ricordando che come il cibo è necessario alla vita del corpo, così la buona lettura è necessaria alla vita dell'anima.

 

6) Solo per oggi, compirò una buona azione e non lo dirò a nessuno.

 

7) Solo per oggi, farò almeno una cosa che non avrei gusto di fare, e se mi sentirò offeso nei miei sentimenti, farò in modo che nessuno se ne accorga.

 

8) Solo per oggi, mi farò un programma: forse non lo seguirò a puntino, ma lo farò. E mi guarderò da due malanni: la fretta e l'indecisione.

 

9) Solo per oggi, crederò fermamente, nonostante le apparenze, che la buona provvidenza di Dio si occupa di me come di nessun altro esistente al mondo.

 

10) Solo per oggi, non avrò timori. In modo particolare non avrò paura di godere di ciò che è bello e di credere alla bontà. Posso ben fare, per dodici ore, ciò che mi sgomenterebbe se pensassi di doverlo fare per tutta la vita.

 

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Decálogo da quotidianidade

do Papa João XXIII

"Decálogo da serenidade"

 

1. Somente hoje, procurarei viver o presente (em sentido positivo), sem querer resolver o problema da minha vida inteiramente de uma só vez.

 

2. Somente hoje, terei o máximo cuidado pelo meu aspecto: vestirei com sobriedade; não levantarei a voz; serei gentil nos modos; ninguém criticarei; não pretenderei melhorar ou disciplinar alguém, a não ser eu mesmo.

 

3. Somente hoje, serei feliz na certeza de que fui criado para ser feliz não só no outro mundo, mas também neste.

 

4. Somente hoje, adaptar-me-ei às circunstâncias, sem pretender que as circunstâncias se adaptem aos meus desejos.

 

5. Somente hoje, dedicarei dez minutos do meu tempo a uma boa leitura, lembrando que como o alimento é necessário para a vida do corpo, do mesmo modo a boa leitura é necessária para a vida da alma.

 

6. Somente hoje, realizarei uma boa acção e não o direi a ninguém.

 

7. Somente hoje, farei algo que não gosto de fazer, e se me sentir ofendido nos meus sentimentos, farei de modo que ninguém perceba.

 

8. Somente hoje, organizarei um programa: talvez não o siga exactamente, mas o organizarei. E tomarei cuidado com dois defeitos: a pressa e a indecisão.

 

9. Somente hoje, acreditarei firmemente, não obstante as aparências, que a boa providência de Deus se ocupa de mim como de ninguém no mundo.

 

10. Somente hoje, não temerei. De modo particular, não terei medo de desfrutar do que é bonito e de acreditar na bondade. Posso fazer, por doze horas, o que me espantaria se pensasse em ter que o fazer por toda a vida.

 

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 21:51

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Yvon Le Loup

dit "Paul Sédir" ou "Sédir"

ésotériste et franc-maçon converti au Christianisme

né le 2 janvier 1871 à Dinan (Côtes-d'Armor)

mort le 3 février 1926 à Paris

 

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On emplirait des bibliothèques à rassembler tout ce qui a été écrit sur la prière. Tous ces conseils sont utiles, et chaque suppliant présente sa requête comme il le peut. Je me bornerai ici aux indications indispensables.

Prier n'exige, en somme, qu'une seule condition, mais essentielle : c'est que notre voix monte jusqu'à Dieu. Je ne parle pas par métaphore ; vous entendez bien qu'il s'agit de tout autre chose que de méditation, ou d'auto-suggestion, ou de concentration volontaire. La prière est un cri d'appel et rien d'autre. Le tout, c'est de se faire entendre.

Or, de tous les êtres, c'est Dieu qui nous est le plus proche, parce qu'Il est au centre de nous-mêmes. Mais nous pouvons être, et nous sommes trop souvent loin de Lui.

Pour nous faire entendre, notre cœur doit parler la langue du Ciel, et ce langage, c'est la charité ; notre personne doit prendre conscience de son néant, et dans ce vide intérieur l'infini se précipite à flots. Ainsi, croire ne suffit pas ; croire en Dieu et ne pas Lui obéir, voilà comment font trop de chrétiens. Je préfère ceux qui prétendent ne pas croire et qui obéissent à la loi divine. La prière sans la charité préalable ne peut rien ; tandis que la charité sans la foi émeut tout de même le Ciel. Souvenez-vous des admirables histoires de l'Enfant prodigue et du bon Samaritain. Ce n'est pas la foi qui engendre la charité, c'est la charité qui engendre la foi ; la foi n'est pas une opinion du cerveau, c'est une conviction du cœur. Avoir foi en quelqu'un, ce n'est pas croire que cette personne existe ; c'est avoir confiance en elle, et lui vouer toute fidélité.

La foi signifie amour de Dieu, comme la charité, amour des créatures. Ces deux flammes grandissent l'une par l'autre, et s'alimentent mutuellement. Vivre, c'est sortir de soi. Par la charité vous sortez hors de vous-mêmes, vers le monde en détresse ; par la prière vous sortez en dedans de vous-mêmes, vers le Père très bon qui aime vos efforts.

Ensuite il faut être humble. Dieu n'écoute pas les orgueilleux, ceux qui se croient forts ou savants ou adroits. Personne ne peut se croire tel, s'il n'a jamais jeté un seul coup d'œil sur l'énormité des puissances qui nous écrasent et sur l'immensité des inconnus qui nous entourent. Cela, c'est le niveau raisonnable de l'humilité, c'est le plus simple. Il faut encore ne pas se croire meilleur ou plus intelligent que ses camarades ; c'est déjà plus difficile et nécessite une certaine connaissance de soi-même, avec pas mal d'expériences désagréables, car ceux-là seuls sont indulgents qui ont souffert.

Rares sont les disciples qui descendent à cette espèce d'humilité, par laquelle on s'estime le dernier des hommes, le moins bon, le moins intelligent, le moins digne d'intérêt, par laquelle on entraperçoit que « nous n'avons rien que nous ne l'ayons reçu », comme le dit l'Apôtre. Par laquelle aussi on trouve justes les calomnies, les injures, les attaques les plus injustes ; on les reçoit avec joie et, loin de les fuir, on va au-devant d'elles. Ceci dépasse l'opinion commune ; cet abaissement est difficile d'une difficulté surhumaine ; on ne peut pas descendre tout seul le long de ces pentes à pic ; il y faut le bras d'un ange ou le pourchas d'un démon ; au reste, ange et démon n'arrivent jamais l'un sans l'autre. Soyez donc sans crainte. Quand on a goûté la liqueur douce-amère de l'humiliation, un tel changement s'opère dans les principes de notre être que nous en venons à aimer le persécuteur, à le remercier, à demander aux bénédictions du Ciel de descendre sur sa tête ; nous savons avec certitude qu'il nous est bienfaisant.

Bien que tout ceci puisse paraître manquer de mesure, souvenons-nous combien nous sommes incapables et infirmes. Notre orgueil, en vérité, est illogique ; cette force selon le moi, est de la faiblesse selon l'Esprit. Le dernier mot de notre superbe libre arbitre, c'est le mot de la Vierge : « Qu'il me soit fait selon Votre volonté ». Et, dès que cet abandon est consenti, quelque chose d'inconnu, d'obscur et de très fort se lève en nous. Cette énergie mystérieuse, c'est la foi.

Tout au moins sa chrysalide ; la confiance en Dieu est nécessaire quand on prie.

La foi emporte la prière jusqu'à Dieu. Si vous saviez ce que c'est que la foi, plus rien ne vous paraîtrait difficile. Quand Jésus affirme que la foi peut déplacer les montagnes, Il ne parle pas par métaphore, Il énonce un fait physique. Quand Philippe de Néri, je crois, ordonne à un maçon qui tombe d'une tour de s'arrêter et que cet homme reste suspendu à mi-chemin ; quand le curé d'Ars envoie la directrice de son orphelinat visiter le grenier vide, et qu'elle le trouve rempli de sacs de blé, ces saints possédaient de la foi « gros comme un grain de chènevis ». Ils n'avaient pas appelé d'esprits, ni prononcé de mantrams ; ils avaient demandé au Père et le Père avait envoyé des anges.

Ainsi la foi est bien en nous une force divine, surnaturelle, qui crée là où il n'y a rien et qui trouve là où il n'y a rien de créé. Cette magnifique et complète définition est de Jacob Bœhme, le savetier. Comment celui qui n'est pas sûr que Dieu lui accordera veut-il recevoir ? Est-ce que l'irrésolution, la timidité, la crainte, le scepticisme n'empêchent pas tous les jours des milliers d'hommes de réussir dans ces entreprises temporelles si faciles au regard des efforts du combat spirituel ?

Le doute est une des grandes armes du diable. Si la foi représente la réalisation actuelle d'une des vertus de l'éternité, le doute est l'illusion mentale d'une des apparences du temps. Quand on se trouble devant un obstacle, on se prépare une chute certaine ; mais si on l'envisage avec résolution, il s'évanouit. Un sceptique n'arrive jamais à rien, à moins qu'il n'ait foi dans son scepticisme. Que ne ferait pas l'homme qui croirait en Dieu de toutes ses forces, puisque, pour avoir cru en un autre homme, en une femme, en une idée, certains ont accompli des gestes héroïques ?

Il est difficile d'avoir la foi, dites-vous ? Non, cela ne vous paraît impossible que parce que vous avez lié vous-mêmes les mains de votre esprit ; vous vous êtes vous-mêmes enfermés dans un cachot où vous gémissez. Veuillez avoir la foi, et vous l'aurez à l'instant ; chassez l'hésitation, et vous agirez comme si vous aviez la foi ; chassez l'orgueil et vous verrez que le doute n'est pas autre chose qu'un mirage qui intercepte les communications divines. Alors votre foi ne sera pas, comme celle des surhumains, le poison le plus mortel à votre âme, elle sera au contraire son tonique tout-puissant.

Et puis, nous ne sommes pas seuls. Notre ami est là. Il prie avec nous ; Il est le désir de la demande, le messager et la réponse. Sa personne tout entière n'est qu'une vaste symphonie de demandes. Quand autrefois Il bénit cette terre de Sa très douce présence, Ses paroles, Ses pensées, Ses actions furent toutes des prières irrésistibles.

Chaque cellule de Son corps, chaque étincelle de Son être interne fut une Prière vivante. Ce qui prie en nous, comprenez-le donc, c'est Son esprit ; et nos soupirs n'ont de vertus qui si nous nous sommes au préalable incorporés en Lui, par l'habitude de nos sentiments, de nos pensées et de nos actes, tous offerts à Son service.

Cette confiance que je vous demande de créer en vous - car on peut tout sur soi-même - et qui est indispensable à l'exercice du sacerdoce mystique, ce n'est pas la foi intellectuelle, c'est la foi vivante, celle qui affronte chaque jour l'impossible dans la vie pratique ; celle qui demeure sereine dans les pires catastrophes ; celle qui fixe la mort sans ciller et dont l'aspect des plus noirs démons ne ralentit pas la marche. Cette foi-là, les plus grands d'entre les hommes ont tout juste fait quelques pas sur la route qui y conduit et cependant je vous invite avec instance à la créer en vous ; elle est plus proche de nous actuellement qu'au moyen âge ; elle couve ; un effort et elle S'allume. Faites cet effort à la première occasion.

La quatrième condition nécessaire pour que la demande soit entendue, C'est d'être sur le chemin de la Paix. Le Ciel est le monde de la paix. Il faut pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, non seulement aux hommes, mais à toute créature, aux événements, aux invisibles, aux idées, aux sentiments, aux choses. Nous ne pouvons jouir de cette mansuétude que si nous avons confiance que le Père ne donne pas d'épreuve injuste. Quand nous voulons Lui parler, oublions un instant nos ennuis ; nous pourrons ensuite les soutenir avec plus de calme et mieux les combattre. Et le pardon est le meilleur anesthésique pour apaiser nos souffrances d'amour-propre.

En cinquième lieu, il faut s'adresser au Ciel dans un sentiment de reconnaissance et pour les bonheurs et pour les malheurs. Si les uns sont des moments de repos, les autres sont les uniques moyens de notre avancement, puisque nous craignons encore l'épreuve.

Sixièmement, il faut être attentif à ce que l'on dit ; il faut l'être parfaitement ; non seulement d'intelligence, mais de cœur et de corps. Cette condition est difficile à réaliser, car nous sommes essentiellement distraits. Le manque d'attention est un manque de ferveur. Être attentif, c'est vouloir ; et impossible de vouloir sans aimer. En vérité l'Amour est la clef de toutes les portes.

Pour lutter contre la distraction, priez à haute voix ; si votre cœur est sec, priez en méditant, c'est-à-dire en réfléchissant avec votre raison logique sur chaque parole prononcée, la pesant et l'examinant.

On peut prendre, au cours de la journée, quelques précautions efficaces pour développer le pouvoir d'attention. S'abstenir de paroles inutiles, éviter les pertes de temps, repousser la rêvasserie et, par-dessus tout, se corriger de ses défauts. Devenir saint. Ces deux mots contiennent le secret de tous les développements moraux, spirituels et même intellectuels ; mais, hélas ! Je crains que la recette ne soit trop simple ; le mystérieux a tant d'attrait pour nous !

Il suffit d'écarter les distractions avec le plus grand calme, sans se lasser. Si trois heures s'écoulent avant d'avoir pu dire convenablement le Pater, ç'auront été trois heures excellemment employées ; aucun effort ne se perd.

En septième lieu, la persévérance. Que la parabole du juge inique nous instruise. Ce qu'on n'a pas obtenu en une semaine, on l'obtiendra peut-être au bout d'une année ; si notre voix n'a pas été entendue au bout d'un an, elle le sera peut-être au bout de trente. Les vieux rishis indous, pour prendre la place d'un simple dieu, faisaient pénitence durant des dizaines de siècles ; nous, qui sommes certains que le Maître des dieux Lui-même S'incline à notre voix, nous pouvons bien, après une distraction ou une tiédeur, recommencer notre demande, dussions-nous nous priver de sommeil cette nuit-là.

En résumé, dans la prière, ce n'est pas tant son intensité qui importe que sa préparation. Si je consacre un quart d'heure par jour à dire des noms de malades, il faut d'abord que je consacre les vingt-trois heures trois quarts qui restent à vivre dans le Ciel, à vivre en disciple parfait. Alors mon esprit sera plus près de Jésus, et il me suffira de Lui exposer mes désirs tout simplement, tout bonnement, sans me mettre dans des états extraordinaires.

Cet ensemble de conditions doit finir par vous paraître passablement difficile, compliqué. Ce n'est qu'une apparence. Dans le spirituel, bien plus encore que dans le matériel, tout est un, partout. Soyons assurés que la prière la plus imparfaite reste toujours utile, aucune prière n'est jamais perdue.

Ceux qui croient que, parce qu'ils se sont voués au Christ, leur vie doit être tranquille et monotone se trompent. Ceux qui croient que, parce qu'ils se sont voués au Christ, leur vie doit être un long martyre se trompent encore. Les uns et les autres n'ont raison que sur ce point : de s'être voués au Christ. Mais, puisqu'ils se sont donnés au Christ, de la toute-puissance et de la toute-bonté de qui ils sont certains, de quoi s'inquiètent-ils donc ? Puisqu'ils sont dans la main du Père, qu'ils fassent à fond leur devoir, qu'ils demandent pour tout, cela suffit. S'Il exauce, c'est bien ; s'Il refuse, c'est bien ; s'Il envoie l'épreuve, c'est bien ; s'Il envoie quelque bonheur, c'est bien.

 

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... Quelles conditions la prière vraie doit-elle remplir ?

Elle est l'élan du surnaturel en nous vers le surnaturel hors de nous ; du surnaturel, permettez-moi de souligner ce mot, de ce qui est au-dessus de la Nature, du Créé, du Temps, de l'Espace, des conditions, au-delà des rites, dans cette atmosphère lumineuse où passent seuls les grands souffles libres de l'Esprit et les formes resplendissantes des anges de la Vérité.

On ne peut prier qu'au moyen des facultés dont on possède la conscience. Beaucoup donc prieront avec leurs nerfs, leur intellect, leurs cupidités passionnées, avec l'esprit de leur chair et de leurs os. Pour ceux-là les observances liturgiques sont excellentes, indispensables même ; et, en somme, lequel d'entre nous peut affirmer que sa prière est pure de toute vapeur de la chair et du sang ? Mais c'est la perfection qu'il faut vouloir ; c'est pourquoi je parle comme si nous étions capables d'un surhumain effort.

Où peut-on prier ? Partout où il est possible de se recueillir. Selon le conseil du Christ, s'enfermer dans sa chambre, au matériel et au spirituel. Au matériel, parce qu'ainsi Dieu seul et Ses anges nous voient ; c'est une grande force que le bien accompli en secret ; il est pur. Nos amis, les membres de notre famille même, qui nous voient nous retirer dans notre chambre, peuvent croire que nous allons nous livrer au repos ; nous éviterons ainsi, par cette discrétion, la récompense fallacieuse de leur estime. Au sens spirituel, « s'enfermer dans sa chambre », c'est rentrer en soi, fermer les portes des sens et de la mémoire qui mettent le mental en communication avec le monde externe. Si vous voulez que votre chambre soit pure, faites-en le temple du vrai culte, je veux dire exercez le bien ; ne vous mettez pas en colère, n'y prononcez pas de paroles inutiles ou malignes.

Dans les églises on profite de l'orientation du milieu fluidique, de l'entraînement collectif, des artifices sensibles, comme la pénombre, la lumière féeriques vitraux, l'élan que nous versent les musiques, l'atmosphère souvent séculaire que les générations précédentes ont peuplée de soupirs et d'actions de grâces. Tout cela, c'est une grande force ; il n'est pas défendu d'en profiter.

Si vous priez mieux à l'église, allez à l'église. Si la nature vous aide, priez dans le calme et la beauté de la campagne. Si votre refus d'aller à l'église scandalise quelqu'un, sacrifiez vos aises et faites comme tout le monde. Mais si cependant vous voulez avancer plus vite, choisissez pour parler à Dieu l'endroit qui vous oblige au maximum d'attention.

Attacher de l'importance à une formule de prière, c'est une erreur ; le Père entend toutes les langues. Attacher une importance au lieu, à l'heure, à l'attitude, aux gestes de nos prières, c'est une erreur. Si l'humilité me prosterne sur le soi, c'est bien ; mais si je m'agenouille en pestant contre la dureté du dallage, mon agenouillement ne sert de rien. Sans doute, en certains lieux dynamisés par des foules, à certaines heures où passent des ondes favorables, la prière semble S'élever facilement ; mais ceci est une impression externe. Le Ciel est partout, indépendant des heures et des lieux, des formules et des rites. Ces choses-ci aident, sans doute ; mais prenons garde qu'elles ne finissent par nous cacher les réalités spirituelles. La prière est uniquement un entretien du cœur avec les Personnes divines ; et, pour nous faire entendre d'elles, il nous faut uniquement une conduite conforme à leur Loi. Rien d'autre.

Quand faut-il prier ? Je répondrai avec toute l'assemblée des mystiques : Toujours. À l'homme croyant tout est un motif de prière, c'est-à-dire de remerciement et de demande. Dès que vos yeux s'ouvrent, remerciez Dieu du repos qu'Il vous a ménagé ; si la nuit a été mauvaise, remerciez-Le encore plus pour avoir eu l'occasion d'une souffrance, C'est-à-dire d'une purification, et d'un repentir.

Priez quand vos devoirs vous en laissent le loisir, car la plus vivante des prières est d'abord le bon exemple. Mais utilisez tous vos moments. Une seconde - je dis bien : une seconde - d'élan ou de recours vers le Ciel agit et sur notre univers invisible et sur l'organe physico-spirituel de la prière. Cet organe ne se construit pas d'un seul coup, mais cellule à cellule ; la physiologie de l'esprit ressemble à celle du corps ; dix mouvements faciles développent le muscle plus qu'un gros effort disproportionné.

Nous devons prier le matin avant d'aborder le travail du jour ; dans la journée, chaque fois que l'occasion s'en présente.

Soyons à l'affût de ces occasions. N'oublions pas que l'on peut prier pour tout : pour répondre à une lettre, pour faire une visite, pour conclure une affaire, pour une opération de finance, pour un pansement, pour pallier une maladresse, pour conduire une machine, pour un travail de laboratoire, pour une recherche de documents, pour obtenir à autrui la compréhension ou l'énergie, pour s'obtenir à soi-même la faculté dont on a besoin à la minute présente, etc... D'ailleurs, dès qu'on possède un peu de maîtrise de soi-même, quelques secondes suffisent pour appeler Jésus.

Si fatigué que l'on soit le soir, après la journée de travail, il faudrait tout de même, avant de s'endormir, un rappel de deux ou trois minutes, fait du fond du cœur, dans cet état ténu de liaison avec Dieu que les mystiques appellent la pointe de l'esprit. Ces prières-là sont souvent exaucées.

On préfère prier avec ferveur, avec enthousiasme, avec joie, c'est compréhensible, mais cela n'est pas indispensable. La pauvre petite demande, toute sèche, toute aride, toute nue, toute faible, l'Ami la recueille peut-être avec plus de dilection. D'ailleurs, c'est la qualité de la conduite pendant le jour qui fait surtout la qualité de la prière du soir.

Toutes les prières que vous aurez prononcées dans le silence nocturne et la solitude de votre chambre close, les objets autour de vous les auront entendues et s'en seront nourris. Il y a partout des yeux et des oreilles qui nous observent et nous écoutent. Les arbres, les fleurs au milieu desquels vous passez en priant, le pavé où vous marchez, la colline et le ruisseau que vous regardez, le chien qui suit, le passant que vous croisez, tous en reçoivent quelque chose. Vos ancêtres, dont les mânes se reposent au foyer, vos enfants futurs, dont les esprits descendent sur la chambre où ils vont naître, tous les témoins invisibles de votre existence, ceux qui vous vénèrent, les géants qui vous tourmentent parfois, les bons qui vous aident, les mauvais qui vous égarent, tous bénéficient de votre prière.

Plus encore, cette prière elle-même, jaillissant du centre de la vie en nous, dirigée vers le Maître de la Vie, cette prière est un être vivant. Cette chambre, cette dalle, ce roc où quelqu'un prie aujourd'hui, conservent cette clarté dans leur mémoire, et leur mémoire est plus fidèle que la nôtre. Dans dix ans, dans dix siècles même, les hommes qui passeront par ce lieu pourront ressentir inopinément quelque émotion inexplicable et salutaire.

 

Source : "La prière par Sédir", "IV. Comment se faire entendre de Dieu ?" et "V. Où, comment, quand prier ?".

 

 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 12:16

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"Tu communieras de plus tous les premiers vendredis de chaque mois. Et, toutes les nuits du jeudi au vendredi, je te ferai participer à cette mortelle tristesse que j'ai bien voulu sentir au Jardin des Olives, et laquelle tristesse te réduira, sans que tu la puisses comprendre, à une espèce d'agonie plus rude à supporter que la mort. Et, pour m'accompagner dans cette humble prière que je présentais alors à mon Père parmi toutes mes angoisses, tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir en quelque façon l'amertume que je sentais de l'abandon de mes apôtres, qui m'obligea à leur reprocher qu'ils n'avaient pu veiller une heure avec moi."

 

Notre Seigneur Jésus-Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, dans "Vie et œuvres de Sainte Marguerite-Marie", éditions Saint Paul, tome I, page 86.

 

Méditations et prières pour

4 quarts d'heure très saints

 

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Colonne de la Flagellation du Christ

Basilique Sainte-Praxède (Rome - Italie)

Colonna della Flagellazione

Basilica di Santa Prassede (Roma)

 

 

 

 

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"Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plus grande partie que des ingratitudes, par les mépris, irrévérences, sacrilèges et froideurs qu'ils ont pour moi dans ce Sacrement d'amour. Mais, ce qui est encore plus rebutant, c'est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés. C'est pour cela que je te demande que le premier vendredi d'après l'octave du Saint Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels ; et je te promets que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur."

 

Notre Seigneur Jésus-Christ à Sainte Marguerite-Marie Alacoque, dans "Claude La Colombière - Écrits spirituels", éditions Desclée de Brouwer, 1962, collection Christus n° 9, p. 165, 167. (cf "Vie et œuvres de Sainte Marguerite-Marie", éditions Saint Paul, tome I, pages 122-123).

 

 

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L'Heure Sainte avec

Sainte Marguerite-Marie Alacoque

 

 

 

 

Sanctuaire de Paray-le-Monial

 

 

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L'Heure Sainte avec

Sainte Gemma Galgani

 

 

 

 

L'Heure Sainte avec

le Saint Padre Pio

 

 

 

 

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Croix de Saint-Dominique

Esplanade Seignadou à Fanjeaux (Aude)

© photo LawrenceOP

 

 

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