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  • : Blog Parousie de Patrick ROBLES (Montbéliard, Franche-Comté, France)
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  • Dominus pascit me, et nihil mihi deerit. Le Seigneur est mon berger : je ne manquerai de rien. The Lord is my shepherd; I shall not want. El Señor es mi pastor, nada me falta. L'Eterno è il mio pastore, nulla mi mancherà. O Senhor é o meu pastor; de nada terei falta. Der Herr ist mein Hirte; mir wird nichts mangeln. Господь - Пастырь мой; я ни в чем не буду нуждаться. اللهُ راعِيَّ، فلَنْ يَنقُصَنِي شَيءٌ (Ps 23,1)
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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 14:39
Saint-Dominique
Fra Angelico


L'ordre des Prêcheurs (O. P. : Ordo Prædicatorum)
ou Ordre Dominicain


Constitution fondamentale

§ I. Le projet de l'Ordre s'exprime en ces termes dans une bulle du pape Honorius III à Dominique et à ses frères: « Celui qui ne cesse de féconder son Église par de nouveaux croyants (1), voulut conformer nos temps modernes à ceux des origines et diffuser la foi catholique. Il vous inspira donc le sentiment d'amour filial par lequel, embrassant la pauvreté et faisant profession de vie régulière, vous consacrez toutes vos forces à faire pénétrer la parole de Dieu, tandis que vous évangélisez par le monde le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. » (2)

§ II. Car l'Ordre des Frères prêcheurs fondé par saint Dominique « fut, on le sait, dès l'origine spécifiquement institué pour la prédication et le salut des âmes » (3). Que nos frères par conséquent, fidèles au précepte de leur fondateur, « se comportent partout en hommes qui cherchent leur salut et celui du prochain, en toute perfection et esprit religieux; comme des hommes évangéliques qu'ils suivent les pas de leur Sauveur et ne parlent qu'à Dieu ou de Dieu, en eux-mêmes ou à leur prochain » (4).

§ III. Afin de croître en suivant ainsi le Christ dans l'amour de Dieu et du prochain, nous nous consacrons totalement à Dieu par la profession qui nous incorpore à notre Ordre et nous voue à l'Église d'une façon nouvelle, « en nous députant totalement à l'évangélisation de la parole de Dieu » en son intégrité (5).

§ IV. Ayant part de la sorte à la mission des Apôtres, nous assumons aussi leur vie sous la forme conçue par saint Dominique, nous efforçant de mener la vie commune dans l'unanimité, fidèles en notre profession des conseils évangéliques, fervents dans la célébration commune de la liturgie, spécialement de l'Eucharistie et de l'office divin, ainsi qu'en la prière, assidus à l'étude, persévérants dans l'observance régulière. Les valeurs ainsi réunies n'ont pas pour seul effet de glorifier Dieu ou de nous sanctifier, elles travaillent aussi directement au salut des hommes, car toutes ensemble elles nous préparent et nous poussent à la prédication, à laquelle elles confèrent son mode particulier et de laquelle elles reçoivent le leur. Ces valeurs élémentaires solidement unies entre elles, harmonieusement équilibrées et fécondées les unes par les autres, constituent par leur synthèse la vie propre de l'Ordre, la vie apostolique au sens intégral du terme, dans laquelle la prédication et l'enseignement de la doctrine doivent procéder de l'abondance de la contemplation.

§ V. En notre qualité de coopérateurs de l'ordre des évêques, de par l'ordination sacerdotale, nous avons pour office propre la charge prophétique dont la mission est d'annoncer partout l'Évangile de Jésus-Christ par la parole et l'exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l'édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection.

§ VI. La mission de l'Ordre et la forme de sa communion fraternelle déterminent la figure de sa société religieuse. Puisque le service de la parole et des sacrements de la foi est un office sacerdotal, l'Ordre est une religion de type clérical, dont les frères coopérateurs, qui exercent d'une manière spéciale le sacerdoce commun, partagent eux aussi la mission de multiples façons. D'autre part, la profession solennelle qui lie en tout et pour toujours chaque prêcheur à la vie et à la mission du Christ, manifeste qu'il est totalement député à la proclamation de l'Évangile par la parole et par l'exemple.

Envoyé prêcher à toutes les nations, collaborant avec l'ensemble de l'Église, l'Ordre est universel. Pour remplir cette mission d'une façon mieux adaptée, il jouit de l'exemption et possède grâce à son chef, le Maître général auquel tous les frères sont immédiatement reliés par leur profession, une puissante unité, car les études autant que l'évangélisation réclament la disponibilité de tous et de chacun.

En vue de cette mission, l'Ordre affirme et promeut chez les frères la grâce personnelle et le sens des responsabilités. Chaque frère en effet, dès la fin de sa formation, est traité en adulte qui enseigne les autres et s'acquitte dans l'Ordre de multiples fonctions. Pour cette raison, l'Ordre a décidé que ses lois n'obligent pas à peine de péché, voulant que les frères les assument par un jugement de sagesse, « non comme esclaves sous la loi, mais comme libres sous la grâce » (6).

C'est encore en fonction de la fin que le Supérieur a le pouvoir de dispenser « chaque fois qu'il l'estime opportun, principalement en tout ce qui pourrait faire obstacle à l'étude, à la prédication ainsi qu'au bien des âmes » (7).

§ VII. La communion et la mission universelle de notre société religieuse configurent aussi notre type de gouvernement. Ce qui domine en lui est la collaboration organique et équilibrée de toutes les parties dans la visée de la fin de l'Ordre. En effet, l'Ordre ne reste pas limité à la fraternité conventuelle, qui forme cependant sa cellule de base; il s'épanouit en des communions de couvents qui constituent les provinces, et dans la communion des provinces par laquelle il est lui-même constitué. C'est pourquoi son pouvoir, qui est universel dans la tête, c'est-à-dire dans le Chapitre et le Maître général, se trouve proportionnellement participé par les provinces et les couvents, dotés chacun de l'autonomie convenable. Notre gouvernement, par conséquent, est communautaire à sa propre façon. Les Supérieurs reçoivent à l'ordinaire leur charge par l'élection que font les frères et que le Supérieur immédiat confirme. En outre, lorsqu'il s'agit d'affaires d'importance, les communautés participent de multiples manières à l'exercice de leur propre gouvernement par le chapitre ou le conseil.

Ce gouvernement communautaire est particulièrement apte à promouvoir l'Ordre et à la rénover fréquemment. Les Supérieurs, et les frères par leurs délégués, s'occupent communément, en des chapitres généraux de provinciaux et de définiteurs qui jouissent des mêmes droits et libertés, du progrès de l'Ordre en sa mission et de sa rénovation efficace. Ce n'est pas seulement l'esprit de conversion chrétienne permanente qui réclame cette mise au point continue; c'est la vocation même de l'Ordre qui le presse d'assumer à chaque génération sa présence authentique au monde.

§ VIII. Le projet fondamental de l'Ordre et la forme de vie qui en découle gardent leur prix à tous les âges de l'Église. Mais notre tradition nous convainc qu'il est urgent au plus haut point de les comprendre et de leur donner tout leur poids dans les situations où l'évolution du monde et les mutations s'accélèrent. Dans cette conjoncture, il appartient à l'Ordre de se renouveler en toute force d'âme et de s'adapter, en sachant discerner et éprouver ce qu'il y a de bon et d'utile dans les aspirations des hommes et en les assumant dans l'immuable équilibre des éléments fondamentaux qui intègrent sa vie.

Ces éléments ne peuvent être substantiellement modifiés chez nous, car ils doivent inspirer les façons de vivre et de prêcher qui correspondent aux nécessités de l'Église et des hommes.

§ IX. La famille dominicaine rassemble les Frères clercs et coopérateurs, les Moniales, les Soeurs, les membres des Instituts séculiers et des Fraternités de prêtres ou de laïcs. Sauf réserve expresse, les constitutions et ordinations qui suivent ne concernent que les Frères. Leurs prescriptions doivent assurer d'une telle façon l'unité nécessaire de l'Ordre, qu'elles n'excluent pas la nécessaire diversité prévue par la législation elle-même.

Notes

1. Oraison du Vendredi Saint pour les catéchumènes.
2. Honorius III à saint Dominique, bulle du 18-1-1221.
3. Premières Constitutions O.P., Prologue.
4. Ibid., Dist. II, ch. XXXI.
5. Honorius III à tous les prélats de l'Église, bulle du 4-11-1221.
6. Règle de saint Augustin, ad finem.
7. Premières Constitutions O.P., Prologue.


Constitutions primitives de l'Ordre des Prêcheurs

(1216-1236)

PRÉAMBULE

L'année de l'Incarnation du Seigneur 1228, les douze prieurs provinciaux, chacun d'entre eux accompagné de deux définiteurs que lui avait députés le chapitre de sa province, se réunirent avec frère Jourdain, le maître de notre ordre, dans la maison de Saint-Jacques à Paris. A ces représentants, tous les frères avaient à l'unanimité transmis la puissance issue de leur vote et concédé pouvoir plénier pour que tout ce qu'ils établiraient en constituant, abrogeant, modifiant, ajoutant, diminuant, demeurât désormais ferme et stable, sans qu'il fût permis à aucun chapitre de quelque autorité qu'il fût de rien changer aux statuts qu'ils auraient décidé d'établir pour une durée perpétuelle. Les susdits prieurs, donc, associés à leurs définiteurs, après avoir invoqué la grâce du Saint-Esprit et fait une soigneuse enquête, éditèrent dans la concorde et l'unanimité un certain nombre de constitutions en vue de l'utilité, de la dignité et de la conservation de l'ordre et s'occupèrent de les insérer en leur place au milieu des autres constitutions. Parmi ces textes il en est qu'on doit observer selon leur volonté d'une manière inviolable, immuable et perpétuelle : il s'agit de l'interdiction absolue de recevoir des propriétés et des revenus, de l'exclusion des appels, de la règle qui veut que les frères définiteurs ne puissent en rien porter préjudice aux prieurs provinciaux par leurs définitions, ni les prieurs aux frères. Il en est d'autres dont ils ont voulu fixer l'immutabilité de telle sorte que seul un chapitre analogue à celui-ci pourrait selon l'époque y changer quelque chose, pour répondre à quelques nouveaux débats, statuts, accidents ou affaires incidentes : il s'agit de la règle d'établissement des constitutions par l'approbation de trois chapitres généraux, des interdictions d'aller à cheval, de porter de l'argent, de manger de la viande sauf le cas de maladie; ces règles sont d'ailleurs établies de telle manière qu'il est loisible au supérieur d'en dispenser en fonction du temps et du lieu.

Commencement des coutumes des frères prêcheurs.

PROLOGUE

1. Puisque la règle nous fait précepte de n'avoir qu'un coeur et qu'une âme dans le Seigneur, il est juste que vivant sous la même règle, liés par les voeux de la même profession, nous nous trouvions également unanimes dans l'observance de notre religion canoniale, en sorte que l'unité que nous devons conserver dans nos coeurs soit réchauffée et représentée au-dehors par l'uniformité de nos moeurs. Or il est bien certain qu'on pourra pratiquer cette observance et la conserver en mémoire avec plus d'à-propos et de plénitude si l'on confie à l'écriture ce qu'il convient de faire, si chacun peut apprendre par le témoignage d'un texte la façon dont il doit vivre, si nul n'a la permission de changer, d'ajouter, de retrancher quoi que ce soit par propre volonté. Car il nous faudrait craindre, « si nous négligions les moindres détails, une déchéance progressive » [Eccli. XIX, 1].

2. Sur ce point cependant que le supérieur ait en son couvent pouvoir de dispenser les frères chaque fois qu'il l'estimera convenable, principalement en ce qui paraîtrait faire obstacle à l'étude, à la prédication, ou au bien des âmes, puisqu'on sait que notre ordre, dès le début, a spécialement été institué pour la prédication et le salut des âmes et que notre étude doit tendre par principe, avec ardeur et de toutes nos forces à nous rendre capables d'être utiles à l'âme du prochain.

3. Donc, afin de pourvoir à l'unité et à la paix de l'ordre tout entier, nous avons rédigé soigneusement ce livre que nous nommons le livre des coutumes. Nous y avons établi deux distinctions, La première distinction contient : comment les frères doivent se conduire de jour dans le monastère; comment faire de nuit; comment font les novices; les malades; ceux qui subissent la saignée; enfin : du silence et : des coulpes. Deuxième distinction : des chapitres provinciaux et généraux; de l'étude; de la prédication. A chacune de ces distinctions nous avons assigné des titres propres de chapitres, que nous allons transcrire afin que le lecteur puisse sans difficulté découvrir ce qu'il pourrait chercher.

Des matines. Du chapitre et de prime. De la Messe et des autres heures. Du repas et des aliments. De la collation et des complies. Des malades et des frères saignés. Des novices et du silence. Du vêtement. De la rasure. Des coulpes.

PREMIÈRE DISTINCTION

Dès matines.

I. Dès qu'ils entendent le signal les frères se lèvent, récitant les matines de la bienheureuse Vierge, selon le temps. Ayant achevé ces matines, les frères en arrivant au choeur font une inclination profonde devant l'autel. Arrivés à leur stalle, ils disent au signal du supérieur, à genoux ou en inclination, selon le temps, 'Pater noster' et 'Credo in Deum'; puis sur un nouveau signal du prieur se lèvent. Ayant ainsi commencé dévotement cette heure, ils s'arment du signe de la croix en faisant face à l'autel et font en chceur l'inclination profonde au ` Gloria Patri', ou la prostration selon le temps, jusqu'au 'Sicut erat'. C'est ce que l'on doit faire chaque fois que l'on dit 'Pater noster' et ' Credo in Deum', sauf à la messe, avant les leçons et aux grâces. Il faut encore procéder de la sorte à la première collecte de la messe et à la postcommunion; et de même à l'oraison pour l'Eglise, à l'oraison de chacune des heures et au ' Gloria Parti' qui se fait au début. A tous les autres ' Gloria Patri ', aux derniers versets des hymnes et à l'avant dernier verset du cantique ' Benedictus ' nous faisons l'inclination moyenne; de même quand on chante le ' Gloria in exclesis Deo ', à ' Suscipe deprecationem nostram ' et, au ' Credo' de la messe, à ' homo factus est '; de même aux bénédictions des leçons; de même au chapitre, à l'oraison ' Sancta Maria' et à toute oraison quand on prononce le nom de la bienheureuse Vierge. L'heure étant commencée de la sorte, l'on se tourne en choeur à partir du 'Gloria' qui suit le ' Venite '. Ensuite, l'un des chceurs s'assied pour le premier psaume; puis se lève pour le deuxième, tandis que l'autre choeur s'assied. Ils alternent ainsi jusqu'au ' Laudate Dominum de ccelis '. Ainsi fait-on à toutes les heures.

On tient le chapitre à la fin des matines; parfois, après prime; parfois même on l'omet, pour ne pas gêner les études, au jugement du supérieur.

Du chapitre et de prime.

II. Lorsque la communauté entre au chapitre, le lecteur annonce la lune et lit ce qu'on doit lire du calendrier. Puis le prêtre enchaîne ' Pretiosa ', etc. Les frères s'assoient alors et le lecteur récite la leçon des Institutions ou de l'Evangile, selon le temps, disant auparavant ' Jube Domine'; sur quoi l'hebdomadaire donne la bénédiction ' Regularibus disciplinis ' ou ' Divinum auxilium ', selon le temps. Après l'absoute des défunts, celui qui préside le chapitre dit ' Benedicite' et tous, répondant ' Dominus', font l'inclination. Après les suffrages et la récitation de ' Retribuere dignare ' etc. par le prieur et des psaumes ' Ad te levavi ' et ' De profundis ', du ' Kyrie eleison ' et du ' Pater noster ' par le couvent, l'hebdomadaire ajoute les trois versets ' Oremus pro Domino Papa', ' Salvos fac servos tuos ', ' Requiescant in pace ', avec les trois oraisons ' Omnipotens sempiterne Deus qui facis ', ' Pretende ', ' Fidelium Deus'. Les frères s'assoient. Si le supérieur juge nécessaire de dire quelque chose pour l'avancement ou la correction des frères, il peut le fairè alors brièvement. Sur quoi les novices sortent. Après leur sortie, celui qui préside dit ' Faciant venias qui se reos aestimant '. Aussitôt, ceux qui se reconnaissent en faute font la ' venia' en prostration. Puis, se relevant, ils confessent avec humilité leur coulpe. Et ceux dont la coulpe est digne d'une correction se préparent à recevoir celle que leur donne le prieur lui-même, ou tel à qui le prieur en donne l'ordre. Au chapitre les frères ne doivent parler que pour deux raisons : soit pour dire avec simplicité leurs coulpes, ou celles des autres; soit pour répondre aux questions de leurs supérieurs. Nul ne doit proclamer personne sur un simple soupçon. Quand le supérieur prescrit une oraison commune, tous font l'inclination. Ainsi font tous ceux à qui le prieur enjoint de faire ou de dire quelque chose. Mais s'il enjoint quelque obédience, office, ou ministère, que le destinataire reçoive ce qu'on lui enjoint en faisant la prostration avec humilité.

Après l'audition des coulpes on dit le psaume ' Laudate dominum omnes gentes ' avec le verset 'Ostende nobis Domine' et ' Dominus vobiscum ', et la collecte ' Actiones nostras ', etc. A la fin le prieur dit ' Adjutorium nostrum', etc., et le chapitre s'achève de la sorte.

III. Les femmes ne doivent jamais pénétrer dans le Cloître, les officines et l'oratoire, sauf au jour de la consécration de l'Eglise. Le jour du Vendredi saint elles pourront entrer dans le choeur jusqu'à l'heure de l'office. Mais c'est dans l'église des laïcs ou dans un autre lieu de l'extérieur, déterminé d'avance, que le prieur leur parlera de Dieu et des réalités spirituelles.

De la messe et des autres heures.

IV. Nos frères doivent rester ensemble pour entendre les matines, la messe et toutes les heures canoniales; et de même pour prendre leur repas, à moins que le supérieur veuille en dispenser quelques-uns. Toutes les heures doivent être récitées à l'église de façon brève et stricte, de telle manière que les frères ne perdent pas la dévotion et que cependant leurs études n'en souffrent aucunement. Voici comment nous disons qu'il faut faire : on observera un rythme au milieu du verset avec une pause, sans prolonger la voix à la pause non plus qu'à la fin du verset; mais bien comme on a dit, qu'on termine de façon brève et stricte. Ce qu'on observera plus ou moins selon le temps liturgique.

Des repas et des aliments.

V. De Pâques à la fête de la Sainte Croix, les frères ont deux repas, sauf pour les Rogations, les vendredis, la vigile de la Pentecôte, les jeûnes des quatre-temps, les vigiles de Jean-Baptiste, de Pierre et de Paul, de Jacques et de Laurent, de l'Assomption de sainte Marie, et de Barthélemy.

VI. De la fête de la Sainte Croix jusqu'à Pâques, nous observons un jeûne continu et nous ne mangeons qu'après none, excepté les dimanches. Durant tout l'Avent, le Carême, les Quatre-Temps, les vigiles de l'Ascension, de la Pentecôte, de saint jean, de Pierre et. Paul, de Matthieu, de Symon et de Jude, de la Toussaint et d'André apôtre et enfin tous les vendredis - à moins que Noël ne tombe un tel jour - nous n'usons que des aliments de carême. A moins également que l'on n'accorde à quelqu'un une dispense à cause de son travail ou que l'on ne soit en un lieu où l'on mangerait autrement, ou qu'il n'y ait une fête majeure. Ceux qui voyagent cependant peuvent manger deux fois, sauf pendant l'Avent3 et à l'exception des jeûnes principaux institués par l'Eglise.

VII. 1. A une heure convenable avant le dîner (prandium) ou le souper (ccena) le sacristain sonne quelques coups sur la cloche extérieure (campana) pour que les frères ne tardent pas à venir au repas. Puis l'on sonne le signal intérieur (cymbalum) si le dîner est prêt; sinon, on attend pour cela qu'il le soit. Après l'ablution des mains le prieur sonne la clochette (nola) du réfectoire et les frères entrent. Après leur entrée le versiculaire dit ' Benedicite '; le couvent poursuit la bénédiction et l'on dîne. Cependant les servants commencent par les rangs inférieurs, en remontant vers la table du prieur. Nul des frères présents au couvent ne peut s'absenter de la première table, sauf permission, à l'exception des servants et des surveillants. Tous ceux qui restent doivent manger à la seconde table, en sorte qu'il ne soit pas nécessaire d'en faire une troisième. On ne doit faire pour les servants ni les cuisiniers aucun plat supplémentaire' (pictantia), que la communauté ne recevrait pas, à moins qu'il ne s'agisse de malades ou de frères saignés. Les prieurs mangent au réfectoire et se contentent des aliments du couvent. Ainsi pour les infirmiers, les hôteliers, les cuisiniers et autres frères, à moins que, pour quelque raison, le prieur n'en ait dispensé l'un ou l'autre, leur permettant de manger parfois en dehors du couvent. S'il arrivait aux prieurs d'être malades, qu'on les soigne à l'infirmerie avec les autres frères. Un frère n'a pas le droit d'envoyer à un autre son plat supplémentaire, à l'exception du prieur; on peut le donner seulement à son voisin de droite ou de gauche.

2. Dans chacune de nos maisons, il ne doit avoir que deux endroits où mangent les débiles et les malades, l'un pour la viande, l'autre pour les autres aliments, à moins de nécessité évidente ou de maladie urgente. De même, que les autres frères ne mangent que dans le réfectoire ou dans la maison des hôtes.

VIII. Que tous nos plats soient sans viande dans nos couvents. Mais il est permis à nos frères de manger hors du couvent des plats cuits avec de la viande, pour ne pas être à charge à leurs hôtes. Dans les localités où nous avons un couvent, nos frères, les prieurs comme les autres, ne doivent pas se permettre de manger hors du cloître, si ce n'est avec l'évêque ou dans les maisons religieuses, et ceci rarement. Chaque jour, s'il est possible, les frères ont deux plats cuits; le prieur peut ajouter quelque supplément s'il le juge nécessaire et si l'on en a le moyen. Si quelqu'un voit son voisin manquer d'un aliment commun, il doit le réclamer au ré f ectorier ou au servant. Si quelqu'un de ceux qui servent ou de ceux qui mangent fait une faute dans son service ou dans sa réfection, il fait la venia lorsque les frères se lèvent et regagne sa place au signal du supérieur. Quiconque veut boire hors de l'heure des repas en demande la permission au supérieur et reçoit un socius.

De la collation et de complies.

IX. En temps de jeûne, le sacristain donne à l'heure convenable, le signal de la collation. Lorsque les frères se sont réunis en communauté, le lecteur, sur un signal du prieur, avant de lire, prononce `Jube Domine' et la bénédiction suit : ` Noctem quietam,' etc. Durant la leçon les frères peuvent boire, au signal du prieur, lorsque le lecteur a dit ` Benedicte' et que l'hebdomadaire a donné la bénédiction ` Largitor omnium bonorum ', etc. A la fin de la leçon, le supérieur dit ` Adjutorium nostrum', etc. Alors les frères entrent en silence à l'église. Durant l'autre temps, la leçon d'avant complies se lit à l'église : ' Fratres sobrii estote '. On fait la confession; on dit les complies; le supérieur donne la bénédiction et l'hebdomadaire fait l'aspersion de l'eau bénite. Puis on récite ' Pater noster ' et ' Credo in Deum'. Ce qu'on doit faire également avant prime et avant matines.

X. Nos frères ne doivent, pas dormir sur des sommiers, à moins que d'aventure ils ne puissent obtenir un lit de paille pour dormir, ou quelque chose d'équivalent. Ils dorment avec leur tunique et leurs chausses, la ceinture serrée. Il leur est permis de dormir sur un lit de paille, un sac de laine ou une paillasse.

Des malades et des frères saignés.

XI. 1. Le supérieur doit se garder de négliger les malades. Il faut les traiter en effet de telle sorte qu'ils se rétablissent au plus vite, ainsi que dit notre père Augustin. Certains d'entre eux peuvent manger de la viande, dans la mesure où l'exige la gravité de leur maladie, à l'appréciation du supérieur. 2. Mais si quelqu'un souffre de telle maladie qu'il n'en est guère affaibli ni troublé dans son appétit - enflure, coupure aux membres ou quelque chose de semblable - il ne doit ni coucher sur un sommier, ni rompre les jeûnes accoutumés, ni manger d'autres aliments que ceux du réfectoire; il étudie ou travaille manuellement selon les ordres du supérieur.

XII. La saignée se fait quatre fois l'an. La première en septembre; la seconde après Noël; la troisième après Pâques; la quatrième aux environs de la fête de Jean-Baptiste. Hors de ces saignées nul ne doit se faire saigner, à moins que le prieur, dans sa discrétion, juge pour quelque raison qu'il faille faire autrement. Quand cela peut se faire commodément, que les frères saignés mangent hors du réfectoire, mais en silence, et qu'on leur procure des mets plus agréables si les moyens de la maison le permettent. L'on ne doit pas manger de viande pour raison de saignée.

Des novices.

XIII. Le prieur confie les novices pour leur éducation à un maître attentif, qui les instruit dans la vie régulière et les stimule à l'église; s'efforce de tout son pouvoir à les corriger par la parole ou par le geste partout où ils se montrent négligents; enfin, autant qu'il peut, leur procure le nécessaire, Il peut leur infliger une pénitence ou les proclamer dans leur chapitre propre au sujet de leurs négligences publiques, lorsqu'ils en demandent pardon devant lui.

Il enseigne l'humilité du coeur et du corps et s'efforce d'éduquer sur ce point les novices, selon cette parole : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur » [Matth. xi, 29]. Il [leur] apprend à se confesser fréquemment avec sincérité et discernement; à vivre sans propriété, à abandonner [leur] volonté propre, à pratiquer en toutes choses une obéissance volontaire à l'égard de la volonté de [leur] supérieur; il leur apprend comment se conduire en toute sorte de lieu et en toute affaire, comment tenir la place où on les aura mis, comment faire l'inclination à qui leur donne ou leur enlève quelque chose, à qui leur parle bien ou mal; quelle attitude réservée ils doivent garder dans les lieux, en conservant les yeux baissés; quelle prière dire et comment la faire silencieusement pour que le bruit ne gêne pas les autres. A demander pardon en quelque lieu qu'ils reçoivent une réprimande du supérieur, à ne point se permettre de discuter avec qui que ce soit; enfin à obéir en toutes choses à leur maître; à faire attention de bien suivre le compagnon qui marche à leur côté dans la procession sous le cloître; à ne point parler dans les lieux et dans les moments défendus; à dire Benedictus Deus quand on leur donne quelque vêtement en faisant l'inclination profonde; à ne juger profondément personne, mais s'ils voient faire quelque chose qui leur paraisse mal, qu'ils se demandent si cela ne serait pas bon, ou. fait du moins dans une intention bonne; car le jugement de l'homme se laisse souvent égarer. Il leur montre comment faire la venia au chapitre, ou partout où ils recevraient une réprimande; à recevoir fréquemment la discipline; à ne parler d'un absent que pour en dire du bien; à boire à deux mains et assis. Avec quel soin ménager les livres et les vêtements et les autres biens du monastère. Quelle application ils doivent avoir à l'étude, en sorte que de jour et de nuit, à la maison et en voyage, ils soient toujours occupés à lire ou à méditer quelque chose, s'efforçant de retenir par coeur tout ce qui leur est possible. Quelle ferveur ils devront avoir dans la prédication quand le temps en sera venu.

XIV. 1. Les postulants qui viennent à nous sont. conduits au chapitre au temps déterminé par la discrétion du supérieur ou de quelques anciens. A leur arrivée, ils se prosternent au milieu du chapitre. Au supérieur qui leur demande ce qu'ils cherchent, ils répondent ` Dei et vestram misericordiam'. Ils se relèvent sur l'ordre du supérieur qui leur expose la rigueur de l'ordre et leur demande de dire leur volonté. S'ils répondent qu'ils veulent tout observer et renoncer au monde, il dit après le reste ` Dominus qui ccepit ipse perficiat'. Et le couvent répond `Amen'. Ils déposent alors leurs vêtements séculiers et, par la réception de l'habit religieux, sont reçus au chapitre dans notre société. Cependant avant qu'ils ne promettent la stabilité et la vie commune et ne fassent voeu d'obéissance au supérieur et à ses successeurs, on leur assigne un temps de probation .

2. Nul ne doit être reçu sans qu on ne lui demande s'il n'est pas marié, esclave, endetté, lié par une autre profession religieuse, ou souffrant d'une infirmité cachée. S'il est d'une autre famille religieuse, on ne le reçoit pas dans notre ordre, à moins qu'il ne soit accepté par le chapitre provincial ou général. On n'admet pas de cisterciens, sauf permission spéciale du seigneur pape. Que le prieur conventuel ne reçoive personne, ni comme convers ni comme chanoine, sans avoir demandé et obtenu le consentement de tout le chapitre ou tout au moins de sa majorité.

3. Nul n'est reçu avant .18 ans accomplis. 4. En tout couvent trois frères compétents sont élus en commun par le conseil du couvent pour examiner avec soin la conduite et l'instruction des postulants. Ils transmettent au prieur et au chapitre les résultats de l'examen laissant à leur jugement de décider s'ils doivent être reçus.

XV. 1. Nous statuons un temps de probation de 6 mois, ou davantage à l'appréciation du supérieur, pour que le postulant éprouve les austérités de l'ordre et les frères les moeurs du postulant; à moins que tel postulant mûr et de bon jugement veuille renoncer à la susdite probation et s'offre avec instance à faire profession. 2. Les novices ont à se libérer de leurs dettes avant la profession et à déposer ce qui leur reste aux pieds [Act. iv, 35] du prieur pour s'en défaire totalement. 3. Item nul ne peut se voir garantir l'usage de certains livres et n'a le droit de s'indigner contre quiconque les lui enlève ou les reçoit en garde.

XVI. 1. Voici la manière de faire profession. « Moi, fr... je fais profession et je promets à Dieu et à la bienheureuse Marie obéissance, et à toi, N., maître de l'ordre des Prêcheurs, et à tes successeurs, selon la règle du bienheureux Augustin et les institutions de frères de l'ordre des Prêcheurs, que je te serai obéissant ainsi qu'à tes successeurs jusqu'à la mort. » Mais quand on la fait à un autre prieur, quel qu'il soit, il faut la faire de la sorte : « Moi, fr..., je fais profession et je promets à Dieu et à la bienheureuse Marie obéissance, et à toi, N., prieur de tel lieu, qui tiens la place du maître de l'ordre des Prêcheurs et de ses successeurs, selon la règle du bienheureux Augustin et les institutions des frères de l'ordre des Prêcheurs, que je te serai obéissant ainsi qu'à tes successeurs jusqu'à la mort. »

2. Les novices se formeront avec zèle durant leur temps de probation à la psalmodie et à l'office divin. 3. On recevra leur confession avant la profession et on les instruira avec soin de la façon de se confesser et du reste. 4. Les novices n'assistent pas au chapitre et ne couchent pas au dortoir avec les autres frères, quand on peut respecter commodément cette règle. Mais le maître des novices entend leurs coulpes hors du chapitre, forme leur moralité avec autant de soin qu'il peut et les corrige avec charité. 5. Pendant une année, les novices, tant les clercs que les laïcs, ne doivent pas être envoyés en pays lointain, sauf cas de nécessité, ni chargés de quelque office. On n'aliénera pas leurs vêtements et on ne les ordonnera pas avant la profession.

Du silence.

XVII. 1. Nos frères gardent le silence dans le cloître, le dortoir, les cellules, le réfectoire et l'oratoire des frères, sauf peutêtre pour dire quelque chose sans bruit et sans faire une phrase achevée. Ailleurs les frères peuvent parler par permission spéciale.

2. A table cependant, au dedans comme au dehors, les frères gardent toujours le silence, aussi bien les prieurs que les autres, à l'exception du principal d'entre eux, ou d'un autre à qui le principal aurait commis le soin de parler à sa place; et dans ce cas celui-ci doit se taire. Si quelqu'un rompt délibérément le silence ou donne permission de parler, il ne boira que de l'eau durant un dîner en présence de tous, sans dispense possible. Il recevra de même une discipline au chapitre. 3. Les malades couchés cependant sont exemptés de ces prescriptions.

Les malades non couchés gardent le silence depuis le repas de midi jusqu'aux vêpres. De même, également, à partir du signal qu'on donne après les complies. Les frères saignés observent la même règle après le premier jour de la saignée. 4. Voici les pénitences des infractions au silence : pour la première fois, Miserere mei et Pater noster; et aussi pour la seconde fois; pour la troisième on reçoit la discipline; de même aussi pour la quatrième, de même pour la cinquième, pour la sixième. Mais pour la septième, un jour d'abstinence au pain et à l'eau, assis au bas de la table, et ceci au dîner et non pas au souper. On ne compte pas au-delà de sept fois, mais on recommence à compter au début. Tout ce qu'on vient de dire s'entend entre deux chapitres, de telle sorte qu'on recommence à compter les infractions à partir d'un chapitre jusqu'à l'autre. On peut recevoir les disciplines en particulier, ou bien après les complies avec les autres frères. S'il reste quelque chose à recevoir lors du chapitre, c'est là qu'on le reçoit.

XVIII. Si quelqu'un scandalise son frère de quelque façon, il demeurera couché, prosterné à ses pieds, jusqu'à ce que l'autre, apaisé, le relève.

Des vêtements.

XIX. Nos frères portent des vêtements de laine non rasée partout où l'on peut observer cette règle. Quand on ne peut l'observer ils se servent d'étoffes vulgaires. Qu'on observe particulièrement la pauvreté dans les chapes. On ne porte pas d'eff ets de lin directement sur la peau.

Pas même les malades. On doit écarter de nos infirmeries tous les effets de lin.

Et pas plus de trois tuniques avec une peau de mouton, en hiver, ou quatre sans la peau, qu'on porte toujours couverte de la tunique. Nos frères ne doivent pas se servir de pelisses en fourrure, ni de couverture de quelque peau que ce soit. Il suffit que les tuniques descendent jusqu'au cou de pied. La chape doit être plus courte qu'elles, et de même la peau de mouton. Il suffit que nos scapulaires descendent jusqu'à couvrir les genoux. Nous avons des chausses et des chaussons selon qu'il est nécessaire et que nos moyens le permettent. Nous n'avons ni guêtres ni gants.

De la rasure.

XX. La partie supérieure de la rasure ne doit pas être trop réduite, comme il convient à des religieux : il faut qu'entre elle et les oreilles il n'y ait pas plus de trois doigts. La taille se fait à la hauteur du dessus de l'oreille. Rasure et taille se font aux termes suivants : ter à Noël; 20 à mi-temps entre Noël et la Purification; 3e à la Purification; 4° entre la Purification et Pâques; 5e le jour de la cène du Seigneur; 6e entre Pâques et la Pentecôte; 7° à la Pentecôte; 8e entre la Pentecôte et la fête de Pierre et Paul; 9° à cette fête; 10° à la fête de sainte Marie Madeleine; 11e à l'Assomption de sainte Marie; 12e à sa Nativité; 13e à la fête de saint Denys; 14° à la fête de la Toussaint; 15e à la fête du bienheureux André.

Des coulpes.

XXI. Voici les coulpes légères. 1. Ne pas se hâter promptement d'abandonner toute occupation dès que le signal est donné et différer de se préparer à venir à l'église quand il le faut, en bon ordre et d'un pas tranquille, comme il est marqué dans la règle, alors qu'on se trouve dans l'enceinte du monastère ou dans son voisinage. 2. Ne pas accomplir avec une attention soigneuse la lecture ou le chant dont on a la charge. 3. Troubler le chorur en entonnant mal le répons ou l'antienne. 4. Ne pas s'humilier sur-le-champ devant tous quand on a fait une faute au chœur en lisant ou chantant de travers. 5. Omettre de se joindre à la communauté à l'heure où l'on devrait. 6. Y causer quelque désordre ou dérangement. 7. Ne pas venir à table ou à la messe avec les autres. 8. S'absenter de la rasure commune. 9. Causer quelque dérangement au dortoir. 10. S'attarder hors du cloître, quand on en est sorti avec la permission. 11. Laisser tomber par négligence le corporal, les linges qui servent à porter le calice ou à envelopper la patène, l'étole ou le manipule. 12. Ne pas ranger ses vêtements et ses livres au lieu prévu, avec décence et en bon ordre, ou les traiter avec négligence. 13. Briser ou perdre quelque ustensile. 14. Répandre quelque boisson. 15. Laisser manquer par négligence le livre dans lequel on doit lire au réfectoire, au chapitre ou à la collation. 16. Quand on est lecteur désigné pour la table, négliger la bénédiction, dire ou lire quelque chose qui scandalise les frères. 17. Faire un geste répréhensible ou se faire remarquer. 18. Prendre une boisson ou un aliment sans bénédiction.

19. Parler avec des parents ou des messagers qui viennent d'arriver, pour en écouter les nouvelles, à l'insu et sans la permission du supérieur. 20. Dormir au cours, dans les études. 21. Lire des livres interdits. 22. Déranger les professeurs ou les auditeurs. 23. En allant en prédication parler de choses vaines, ou en faire. 24. Rire de façon dissolue et s'efforcer d'exciter le rire chez les autres par des éclats de rire, des jeux, des paroles ou des actes. 25. Erre encore absent au Gloria du premier psaume et ne pas en faire réparation au degré de l'autel.

26. Manquer par négligence le début du chapitre aux vigiles de l'Annonciation et de Noël, où l'on doit rendre grâce et de cceur et de corps au Seigneur Rédempteur, tandis que l'on proclame les commencements de notre rédemption. 27. Lorsque l'on est au chceur, manifester de la légèreté d'esprit en laissant divaguer ses regards et en faisant des mouvements peu religieux et mal à propos, au lieu de s'appliquer à l'office divin. 28. Ne pas prévoir ses leçons pour le moment prescrit. 29. Ne pas exécuter un précepte commun et se permettre de chanter ou de lire autre chose que ce qu'établit le consentement général. 30. Rire au chceur ou faire rire autrui. 31. Ne pas venir au chapitre ou à la collation, être absent du repas commun, 32. Négliger, quoi que ce soit possible, de prendre la bénédiction à l'heure même où l'on arrive de voyage, ou sortir du monastère sans l'avoir demandée, quand il ne s'agit pas d'aller dans le voisinage mais de séjourner au dehors plus d'une nuit. 33. Se permettre de proclamer le même jour celui qui vous a proclamé, comme pour se venger. 34. Faire un jugement téméraire en proclamant quelqu'un. 35. Faire un serment pour nier ou pour affirmer quelque chose comme on a coutume de le faire en parlant. 36. Tenir des propos malpropres, ou dire des futilités, ou, ce qui est plus grave, en avoir l'habitude. 37. Toute négligence qu'on pourrait découvrir à l'égard de leur office chez ceux qu'on a députés à quelqu'un d'entre eux : les prieurs en gardant leur couvent, les maîtres en enseignant, les étudiants en étudiant, les scribes en copiant, les chantres dans leur office, les procureurs en procurant les biens extérieurs, le frère linger en fournissant, en conservant, en réparant les vêtements, le garde-malade en gardant les malades, en subvenant à leurs besoins, en faisant le nécessaire auprès des morts, et tous les autres dans leur office, selon la charge qu'ils ont reçue. 38. Z habitude de laisser errer ses regards sur des spectacles futiles, tandis qu'on va par les chemins et les localités. 39. Prendre pour soi les vêtements et autres objets donnés ou concédés à un frère, sans la permission de ce frère. 40. Etre absent au moment prescrit pour entendre les cours avec les autres. 41. On infligera pour pénitence à ceux qu'on aura proclamés pour ces fautes et qui en demanderont pardon un psaume ou deux, ou une discipline avec psaume, ou davantage encore, selon que le supérieur le croira indiqué.

XXII. C'est un coulpe grave : 1. de se disputer avec autrui en présence des séculiers. 2. D'avoir des querelles entre frères, au-dedans comme au-dehors. 3. Fixer vilainement son regard, quand on arrive dans un lieu où se trouvent des femmes, si du moins on se le permet comme une habitude. 4. Se laisser prendre à dire un mensonge calculé. 5. Avoir l'habitude de ne point respecter le silence. 6. Défendre sa faute, ou celle d'autrui. 7. Semer la discorde entre frères. 8. Se laisser prendre à prononcer par malice des menaces, des malédictions ou des paroles déréglées et peu religieuses contre celui qui vous a proclamé ou contre toute autre personne. 9. Dire une injure à quelqu'un des frères. 10. Reprocher une faute passée à un frère qui l a réparée. 11. Etre convaincu de médisance et de diffamation. 12. Vomir par malice des méchancetés contre les pères et les frères dans leur propre maison, sans qu'on puisse les prouver par le témoignage de ses frères. 13. Aller à cheval sans permission ni nécessité grave, ou manger de la viande, ou parler seul avec une femme pour autre chose que la confession, l'utilité ou l'honnêteté, ou rompre sans cause ni permission les jeûnes coutumiers. 14. Pour toutes ces coulpes et pour d'autres semblables, on donne pour pénitence à ceux qui en demandent pardon sans être proclamés trois corrections au chapitre et trois jours au pain et à l'eau. S'il y a proclamation, on ajoutera une correction et un jour de pénitence. Du reste on infligera des psaumes et des réparations selon la qualité des coulpes, à la discrétion du recteur. 15. Sont dignes de la même peine ceux qui, envoyés en mission, se permettent de revenir sans la permission du prieur, ou s'attardent au-delà du terme qu'on leur a fixé. 16. Si quelqu'un murmure sur la nourriture, le vêtement ou tout autre chose, il supportera la même punition et sera privé pendant 40 jours du genre de nourriture, de boisson ou de vêtement pour lequel il a murmuré.

XXIII. C'est une coulpe plus grave : 1. de s'établir en état de désobéissance à l'égard de son supérieur, par contumace ou par rébellion manifeste, ou d'oser s'opposer effrontément à lui au-dedans comme au-dehors; 2. de donner des coups; 3. de commettre un crime capital. 4. Si quelqu'un est proclamé et convaincu, qu'il se lève spontanément, demande pardon et dévoile en gémissant la monstruosité de son forfait. Puis, s'étant mis à nu pour recevoir une condamnation digne de ses démérites, qu'il soit battu autant que le supérieur décide qu'il le soit. Puis on lui fera précepte de s'établir dans l'état de pénitence dû aux coulpes plus graves. C'est-à-dire, qu'il sera le dernier de tous dans la communauté partout où sont les frères, car celui qui n'a pas craint de devenir membre du diable en commettant sa faute doit être banni pour un temps de la société des brebis du Seigneur afin qu'il se repente. Au réfectoire également, il ne s'assiéra pas avec les autres à la table commune, mais il mangera au milieu du réfectoire, sur une table nue, et on lui fournira à part un pain plus grossier et comme boisson de l'eau, à moins que le supérieur ne lui destine quelque supplément. Les restes de son repas ne seront pas mélangés à ceux des autres, pour qu'il se rende compte qu'il est si complètement banni de la société des hommes qu'il est privé aussi de celle des anges, s'il n'y revient par la pénitence. Il viendra devant la porte de l'église aux heures canoniales et aux grâces après le repas, tandis que les frères passeront il restera prosterné sur le sol à l'entrée comme à la sortie. Nul n'osera se joindre à lui, ni lui faire dire quelque chose. Le supérieur cependant, pour éviter qu'il ne tombe dans le désespoir, enverra près de lui des anciens pour qu'ils l'excitent à la pénitence, le poussent à la patience, le réchauffent par la compassion, l'exhortent à la satisfaction, l'aident par leur intercession s'ils aperçoivent en lui l'humilité du cceur. Tout le couvent les aidera par la prière. Le supérieur de son côté ne refusera pas d'exercer envers lui la miséricorde. Si cela semble nécessaire, il viendra de nouveau au pied de chacun recevoir une correction, devant le supérieur d'abord, puis devant chacun de ceux qui sont assis de part et d'autre. Aussi longtemps que le coupable demeurera en pénitence, il ne communiera pas et ne viendra pas recevoir le baiser de paix. S'il est prédicateur, il n'exercera pas le ministère de la prédication. On ne lui assignera aucun office à l'église, on ne lui confiera aucune obédience tant qu'il n'aura pas totalement satisfait. S'il est prêtre, ou diacre, il ne remplira plus cet office, à moins que, dans la suite, il ne manifeste une conduite vraiment religieuse.

5. On infligera la même pénitence à qui accepterait un objet qu'on n'a pas le droit d'accepter; 6. ou s'approprierait un objet qu'on lui a confié, acte que le bienheureux Augustin a décidé qu'on devait condamner comme un vol. 7. De même à celui qui tomberait dans le péché charnel, faute qui doit être, à notre jugement, plus gravement punie que les autres. 8. Si quelque frère commet une telle faute à l'extérieur du monastère, le frère qui l'accompagne s'efforcera d'en avertir au plus vite le supérieur afin qu'il le corrige. Après correction, le coupable ne retournera plus désormais au lieu où il a commis cette faute, à moins que sa conduite ultérieure ne soit si religieuse que le chapitre, général ou provincial, estime qu'il y peut retourner. Si le péché est demeuré occulte, après une enquête secrète, on lui fera faire pénitence selon le temps et la personne. 9. Si quelque frère pèche et veut se confesser en secret à un frère qui l'a appris d'ailleurs, celui-ci ne recevra la confession qu'à la condition de pouvoir proclamer le coupable quand le moment sera venu. Ceux qui se dressent ouvertement contre le prieur ou leurs supérieurs, par conspiration, conjuration, ou accord de malice, feront la pénitence susdite, tiendront jusqu'à la fin de leur vie le dernier rang dans leur catégorie, n'auront voix au chapitre que pour s'accuser dans les proclamations et ne pourront se voir confier aucune obédience, 10. Mais si quelques frères inspirés par la vérité et non par la malice apercevaient en leur prélat quelque chose qu'on ne peut ni ne doit tolérer, qu'ils l'avertissent d'abord entre eux en toute humilité et charité, pour sa correction. S'il néglige ou méprise de se corriger après de fréquentes admonitions, on fera connaître ouvertement l'affaire au prieur provincial, ou aux visiteurs lorsqu'

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 20:02
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1. AU NOM DU SEIGNEUR. ICI COMMENCE LA RÈGLE DE VIE DES PAUVRES SŒURS

1 La forme de vie de l'Ordre des pauvres Sœurs, fondé par saint François, est celle-ci :

2 Observer le saint Évangile, en vivant dans l'obéissance, sans aucun bien propre, et dans la chasteté.

3 Claire, indigne servante du Christ, et première petite plante du bienheureux Père François, promet obéissance et respect au seigneur Pape Innocent et à ses successeurs canoniquement élus, et à l'Église romaine.

4 Et de même que, dès le début de sa conversion, elle a, en même temps que ses sœurs, promis obéissance au bienheureux François, de même elle promet d'observer une même inviolable soumission à ses successeurs.

5 Que les autres sœurs soient aussi tenues d'obéir aux successeurs du bienheureux François, à sœur Claire, et aux autres abbesses canoniquement élues qui lui succéderont.


2. DE L'ADMISSION DES SŒURS AU MONASTÈRE

1 Si une femme, par l'inspiration de Dieu, veut embrasser cette vie et vient à nous, l'abbesse sera tenue de demander le consentement de toutes les sœurs ; si la majorité y consent, et si le Cardinal protecteur en donne la permission, la candidate pourra être reçue.

2 Si l'abbesse juge bon de la recevoir, elle l'examinera soigneusement, ou la fera examiner, sur la foi catholique et sur les sacrements de l'Église.

3 Si la postulante croit en l'Église catholique et aux sacrements ; si elle est décidée à confesser cette foi et à la pratiquer fermement jusqu'à sa mort ; et si elle n'est pas mariée, ou bien si son mari est déjà entré dans un Ordre avec la permission de son évêque et a déjà prononcé le vœu de chasteté ; si enfin elle n'est ni trop vieille ni trop malade ni trop simple d'esprit pour mener notre vie ; alors qu'on lui expose soigneusement la teneur de notre vie.

4 Si elle est capable de cette vocation, qu'on lui dise la parole du saint Évangile : qu'elle aille, vende tous ses biens, et en distribuer aux pauvres le produit ; si elle ne peut le faire, la bonne volonté lui suffit.

5 Que l'abbesse et ses sœurs se gardent bien de se mêler des affaires temporelles d'une postulante : qu'elles la laissent disposer de ses biens, selon que le Seigneur lui inspirera. Cependant, si elle demande conseil, on pourra l'envoyer à quelques personnes discrètes et craignant Dieu, d'après l'avis desquelles elle puisse distribuer ses biens aux pauvres.

6 On lui coupera ensuite les cheveux en rond, elle quittera ses vêtements séculiers et on lui donnera trois tuniques et un manteau.

7 Il ne lui sera plus permis ensuite de sortir du monastère sans motif utile, raisonnable, manifeste et approuvé.

8 Après une année de noviciat, elle sera reçue à l'obéissance : elle promettra d'observer toujours notre vie et notre forme de pauvreté.

9 Aucune ne pourra recevoir le voile pendant le noviciat.

10 Les sœurs pourront aussi porter un scapulaire pour la commodité et la propreté dans le service et le travail.

11 Que l'abbesse veille à pourvoir chacune de vêtements selon les tempéraments des sœurs, selon les lieux, les saisons, les régions froides, dans la mesure où cela paraîtra nécessaire.

12 Les jeunes filles reçues au monastère avant d'avoir l'âge requis, auront aussi les cheveux coupés en rond ; elles quitteront les vêtements séculiers et porteront l'habit religieux si l'abbesse le juge à propos.

13 Arrivées à l'âge requis, elles feront profession comme les autres.

14 Ces jeunes postulantes, ainsi que les autres novices, seront confiées par l'Abbesse à une Maîtresse choisie parmi les plus discrètes de tout le monastère pour les former avec soin à une vie sainte et une conduite irréprochable selon la forme de notre profession.

15 On observera aussi les prescriptions ci-dessus pour l'admission et l'examen des sœurs qui servent hors du monastère.

16 Ces dernières pourront porter des chaussures.

17 Aucune femme ne pourra séjourner au monastère si elle n'a pas été admise selon la forme de notre profession.

18 Et pour l'amour de l'Enfant très saint et bien-aimé, entouré de pauvres langes et couché dans une crèche, et pour l'amour de sa très sainte Mère, je supplie mes sœurs et je les y exhorte, de porter toujours des vêtements grossiers.


3. DE L'OFFICE DIVIN ; DU JEÛNE ; DE LA CONFESSION ET DE LA COMMUNION

1 Les sœurs qui savent lire réciteront l'Office divin selon l'usage des Frères Mineurs. Elles pourront donc avoir des bréviaires. L'Office sera récité, et non chanté.

2 Et si pour une cause raisonnable elles ne peuvent dire l'Office, elles pourront comme les autres sœurs, réciter les Pater Noster.

3 Les sœurs qui ne savent pas lire diront vingt-quatre Pater Noster pour Matines, cinq pour Laudes, sept pour chacune des petites Heures : Prime, Tierce, Sexte et None ; douze pour Vêpres ; sept pour Complies.

4-5 Pour les défunts, elles diront aussi, à Vêpres, sept Pater Noster suivis du Requiem aeternam, et à Matines douze, les jours où les sœurs qui savent lire sont tenues de réciter l'Office des Morts.

6 Lorsque l'une des sœurs viendra à mourir, les autres diront pour elle cinquante Pater Noster.

7 Les sœurs jeûneront en tout temps.

8 A Noël pourtant, elles pourront prendre deux repas quel que soit le jour de la semaine.

9 Les toutes jeunes sœurs, celles qui sont faibles et celles qui servent hors du monastère pourront, au jugement de l'abbesse, être dispensées du jeûne.

10 En cas de nécessité manifeste, les sœurs ne seront pas tenues au jeûne corporel.

11 Qu'elles se confessent au moins douze fois dans l'année avec la permission de l'abbesse.

12 Qu'elles prennent bien garde alors de ne parler que de ce qui regarde la confession et le salut de leur âme.

13 Qu'elles communient sept fois : à Noël, le Jeudi-Saint, à Pâques, à la Pentecôte à l'Assomption, à la Saint-François, et à la Toussaint.

14 Pour donner la communion aux sœurs valides comme aux malades, l'aumônier pourra célébrer la Messe à l'intérieur de la clôture.


4. DE L'ÉLECTION ET DES FONCTIONS DE L'ABBESSE, DU CHAPITRE, DES DIFFÉRENTES CHARGES ET DU DISCRÉTOIRE

1 Pour l'élection d'une abbesse, les sœurs sont tenues d'observer la forme canonique.

2 Qu'elles tâchent d'obtenir la présence du Ministre général de l'Ordre des Frères Mineurs ou du Ministre provincial, qui, dans une instruction, les disposera à la concorde parfaite et à l'utilité commune dans l'élection à venir.

3 On ne pourra élire qu'une sœur professe. Si une sœur non professe est élue ou imposée d'une autre façon, on ne lui obéira qu'à partir du moment où elle aura fait profession d'observer la forme de notre pauvreté.

4 A la mort de l'abbesse, qu'on en élise une autre.

5 Mais s'il apparaît un jour à l'unanimité des sœurs que l'abbesse n'est plus capable de s'employer au service des sœurs et à l'utilité commune, alors que les sœurs soient tenues, selon ce qui a été indiqué, d'en élire une autre pour abbesse et mère, et cela le plus rapidement possible.

6 Que celle qui est élue pense à la grandeur de la charge qu'elle a reçue et à Celui auquel elle devra rendre compte du troupeau qui lui a été confié.

7 Qu'elle s'applique à être la première par ses vertus et par une sainte conduite plutôt que par sa charge, en sorte que les sœurs, provoquées par son exemple, lui obéissent par amour plus que par crainte.

8 Elle évitera toute affection particulière, de peur que ce qu'elle donne à quelques-unes en affection ne finisse par tourner en scandale pour toutes.

9 Qu'elle console les affligées. Qu'elle soit le dernier recours de celles qui sont tentées, pour que les sœurs fragiles ne succombent pas au mal du désespoir, faute d'avoir trouvé en elle le remède.

10 Qu'elle observe elle-même en toutes choses la vie commune, surtout au chœur, au dortoir, au réfectoire, à l'infirmerie et pour tous les vêtements ; que la sœur vicaire soit tenue de l'observer aussi.

11 Une fois par semaine au moins, l'abbesse est tenue d'assembler ses sœurs en chapitre.

12 Elle doit y avouer humblement, comme les autres sœurs, toutes ses fautes et négligences publiques contre la vie commune.

13 Elle doit aussi y traiter de tout ce qui regarde l'utilité et le bien du monastère et cela avec toutes les sœurs, car souvent c'est à la plus petite que le Seigneur révèle ce qu'il y a de mieux à faire.

14 On ne pourra pas contracter de dette importante, sauf avec le consentement commun des sœurs et pour une nécessité manifeste ; on le fera toujours par un intermédiaire.

15 Que l'abbesse et les sœurs se gardent bien de recevoir quoi que ce soit en dépôt au monastère car c'est là souvent une cause de troubles et de scandales.

16 Pour conserver l'union de l'amour mutuel et de la paix, les sœurs qui doivent recevoir une charge dans le monastère seront élues du commun consentement de toutes les sœurs.

17 De même on élira au moins huit sœurs parmi les plus discrètes, dont l'abbesse sera tenue de prendre l'avis pour tout ce que requiert la forme de notre vie.

18 Les sœurs peuvent, et elles le doivent si elles le jugent utile et à propos, retirer à celles qu'elles auront élues leur charge de responsables ou de discrètes, et en élire d'autres à leur place.


5. DU SILENCE ; DU PARLOIR ET DE LA GRILLE

1 De Complies jusqu'à Tierce, les sœurs sont tenues au silence, sauf celles qui servent hors du monastère.

2 On se taira toujours aussi au chœur, au dortoir ; au réfectoire durant les repas.

3 Mais à l'infirmerie il sera toujours permis aux sœurs de parler avec discrétion pour la récréation et le service des malades.

4 Qu'elles puissent aussi toujours et partout, mais brièvement, se communiquer ce qui sera nécessaire.

5 Les sœurs ne pourront aller au parloir ou à la grille sans la permission de l'abbesse ou de sa vicaire.

6 Celles qui auront obtenu cette permission ne l'utiliseront qu'en compagnie de deux autres sœurs qui puissent les voir et les entendre.

7 Qu'elles ne prennent pas la liberté de se rendre à la grille sans la compagnie de trois sœurs au moins, choisies parmi les huit discrètes par l'abbesse ou sa vicaire.

8 L'abbesse et la vicaire sont tenues d'observer la même règle.

9 Qu'on aille très rarement parler à la grille ; à la porte jamais.

10 A la grille on apposera, du côté intérieur, un rideau d'étoffe qui ne sera relevé que lorsqu'un prêtre vient prêcher la parole de Dieu ou lorsque deux personnes doivent s'y parler.

11 La grille comportera aussi une porte en bois munie de deux serrures différentes en fer, de gonds et de fléaux ; elle sera, surtout la nuit, fermée avec les deux clefs dont l'une sera conservée par l'abbesse et l'autre par la sacristine ; elle sera toujours fermée, sauf pour assister aux cérémonies ou pour une des autres causes mentionnées plus haut.

12 Aucune sœur, sous aucun prétexte, ne doit parler à la grille à qui que ce soit avant le lever ou après le coucher du soleil.

13 Au parloir, le rideau ne sera jamais ôté et restera toujours suspendu du côté intérieur.

14 Durant le carême de la Saint-Martin et le Grand Carême, personne n'ira au parloir si ce n'est pour parler à un prêtre en confession ou pour une nécessité manifeste ; la permission est laissée au jugement de l'abbesse ou de sa vicaire.


6. LES PROMESSES DU BIENHEUREUX FRANÇOIS ET LA RENONCIATION À TOUTE PROPRIÉTÉ

1 Après que le très haut Père céleste eut daigné par sa grâce illuminer mon cœur et me montrer que je devais faire pénitence, à l'exemple et selon la doctrine de notre bienheureux Père saint François, peu de temps après sa conversion je lui promis avec mes sœurs volontairement obéissance.

2 Et le bienheureux, voyant que nous n'avions peur ni de la pauvreté ni du travail ni de la tribulation ni de la vie humble ni du mépris du monde, mais que nous y trouvions au contraire notre plus grande joie, alors, dans son affection pour nous, il nous écrivit une forme de vie en ces termes : "Puisque, par inspiration divine, vous avez voulu devenir filles et servantes du très haut et souverain Roi, le Père des Cieux, et puisque vous vous êtes données comme épouses à l'Esprit Saint en choisissant de vivre selon la perfection du saint Évangile, je veux, et j'en fais la promesse, avoir toujours, par moi et par mes frères, pour vous comme pour eux, un soin attentif et une sollicitude spéciale." Tant qu'il a vécu, il a été fidèle à sa promesse, et il a voulu que ses frères y soient toujours fidèles, eux aussi.

3 Et pour nous empêcher de dévier de la voie de la très sainte pauvreté sur laquelle nous nous étions engagées, nous et celles qui viendront après nous, il nous écrivit une fois encore sa dernière volonté, peu de temps avant sa mort, en ces termes : "Moi, le petit frère François, je veux suivre la vie et la pauvreté de notre très haut Seigneur Jésus-Christ et de sa très sainte Mère, et jusqu'à la mort je veux persévérer dans cette voie. Je vous prie, vous, mes Dames, et je vous conseille de vivre toujours dans cette très sainte vie et pauvreté. Gardez-vous bien de vous en éloigner jamais en aucune manière ; n'acceptez sur ce point ni doctrine ni conseil de personne."

4 De même donc que mes sœurs et moi avons toujours eu soin d'observer la sainte pauvreté que nous avons promise au Seigneur Dieu et au bienheureux François, ainsi les abbesses qui me succéderont et toutes les sœurs seront tenues de l'observer inviolablement jusqu'à la fin.

5 C'est-à-dire qu'elles sont tenues de n'avoir et de ne recevoir aucune possession ni propriété, par elles-mêmes ni par personne interposée, ni même quoi que ce soit qui puisse être appelé une propriété.

6 Exception est faite pour la surface de terrain nécessaire au bien et à l'isolement du monastère et ce terrain ne sera travaillé que pour fournir les légumes et fruits nécessaires aux sœurs.


7. DU TRAVAIL ET DES AUMÔNES

1 Les sœurs auxquelles le Seigneur a donné la grâce de travailler s'occuperont après Tierce à un travail qui convient à notre état et qui fasse vivre la communauté ; et ceci avec fidélité et dévotion.

2 Ainsi, une fois écartée l'oisiveté, ennemie de l'âme, elles n'éteindront pas l'esprit de prière et de dévotion auxquelles doivent être subordonnées les autres choses temporelles.

3 L'abbesse ou sa vicaire sera tenue d'assigner à chacune, en chapitre, la part de travail manuel qui lui revient.

4 On procédera de la même façon, en chapitre, pour les aumônes envoyées par les gens pour les besoins des sœurs, afin que toute la communauté prie pour eux.

5 Toutes ces aumônes seront distribuées, pour l'utilité commune, par l'abbesse ou sa vicaire, après avis des Discrètes.


8. DE LA MENDICITÉ ÉVANGÉLIQUE ; DE LA PAUVRETÉ DE CHACUNE, ET DES SŒURS MALADES

1 Les sœurs ne doivent rien s'approprier, ni maison, ni lieu, ni quoi que ce soit, mais, pèlerines et étrangères en ce siècle, servant le Seigneur dans la pauvreté et l'humilité, qu'elles envoient mendier pour elles avec confiance.

2 Et il ne faut pas qu'elles aient honte, car le Seigneur pour nous s'est fait pauvre en ce monde. Telle est la grandeur de la très haute pauvreté qui vous a établies, mes très chères sœurs, héritières et reines du royaume des cieux, vous a rendues pauvres en biens terrestres, mais riches en vertus. Que ce soit là votre partage, elle qui conduit dans la terre des vivants ; à elle attachées totalement, sœurs bien-aimées, ayez la ferme volonté de ne jamais posséder rien d'autre sous le ciel, pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ et de sa très sainte Mère.

3 Il n'est permis à aucune sœur d'envoyer des lettres ou d'en recevoir, ou de donner quoi que ce soit hors du monastère sans la permission de l'abbesse.

4 Elle ne pourra non plus garder que ce que l'abbesse lui aura donné ou permis de garder.

5 Si quelque chose lui est envoyé par sa famille ou par d'autres, c'est l'abbesse qui le lui transmettra. La sœur en disposera pour elle si elle en a besoin ; sinon elle en fera charitablement profiter une autre sœur dans le besoin.

6 Mais si de l'argent est envoyé, c'est l'abbesse qui, après avis des Discrètes, en disposera elle-même pour les besoins de la sœur.

7 Quant aux sœurs malades, tant pour les conseils que pour la nourriture et tout ce que requiert leur maladie, l'abbesse est fermement tenue de s'enquérir par elle-même et par les autres sœurs, et d'y pourvoir avec charité et de grand cœur selon les possibilités du monastère.

8 Toutes sont tenues de pourvoir du nécessaire leurs sœurs malades et de les servir comme elles voudraient elles-mêmes être servies si elles étaient frappées à leur tour par la maladie.

9 Qu'en toute sécurité elles s'ouvrent l'une à l'autre de leurs besoins. Et si une mère chérit et nourrit sa fille selon la chair, combien plus chacune ne doit-elle pas chérir et nourrir sa sœur selon l'esprit !

10 Les malades pourront coucher sur des paillasses et avoir sous la tête un oreiller de plume. Celles qui ont besoin de bas de laine ou de couvertures pourront en user.

11 Lorsque les malades reçoivent la visite de ceux qui ont le droit d'entrer au monastère elles peuvent répondre quelques mots édifiants à ceux qui viennent leur parler.

12 Mais les autres sœurs, qui ne sont pas malades, ne prendront la liberté de parler à ces personnes qui entrent dans le monastère que si elles en ont obtenu la permission, et en présence de deux Discrètes pouvant les entendre, désignées par l'abbesse ou sa vicaire.

13 Pour ces entretiens, la même forme doit être observée par l'abbesse et par sa vicaire.


9. DE LA PÉNITENCE À IMPOSER AUX SŒURS, ET DES SŒURS QUI SERVENT HORS DU MONASTÈRE

1 Si une sœur, à l'instigation de l'ennemi, pèche mortellement contre la forme de notre profession, et si elle ne se corrige pas après avoir été avertie deux ou trois fois par l'abbesse ou par les autres sœurs, elle recevra comme pénitence de jeûner au pain et à l'eau, par terre, au réfectoire devant toutes les sœurs, autant de jours qu'elle aura été rebelle à toute admonition ; elle pourra être punie encore plus sévèrement si l'abbesse le juge opportun.

2 Tant qu'elle résiste, on priera le Seigneur d'éclairer son cœur pour l'amener à la pénitence.

3 L'abbesse et toutes les sœurs doivent bien prendre garde de s'irriter ou de se troubler à cause du péché de l'une d'elles, car la colère et le trouble sont un obstacle à la charité en soi et dans les autres.

4 S'il arrivait, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'entre deux sœurs une parole ou un geste donnât occasion de trouble ou de scandale, que celle qui a suscité la cause de ce trouble s'en aille aussitôt, avant même de présenter à Dieu l'hommage de sa prière, se prosterner humblement aux pieds de sa compagne pour lui demander pardon et la supplier d'intercéder pour elle auprès du Seigneur afin qu'elle obtienne le pardon.

5 Quant à l'offensée, qu'elle se souvienne de la parole du Seigneur : "Si vous ne pardonnez pas du fond du cœur, notre Père céleste ne vous pardonnera pas non plus !" et qu'elle oublie de grand cœur ce que sa sœur lui a fait.

6 Les sœurs qui servent hors du monastère ne doivent pas s'absenter trop longtemps sans raison de nécessité manifeste.

7 Elles doivent aller modestement et parler peu, afin de toujours édifier ceux qui les voient.

8 Qu'elles prennent bien garde de ne jamais avoir de relations ni de conversations suspectes avec des hommes.

9 Elles ne pourront être marraines d'hommes ni de femmes de peur que naisse à cette occasion le murmure ou le scandale.

10 Et qu'elles n'osent jamais rapporter au monastère ce que l'on raconte dans le monde.

11 Elles sont aussi fermement tenues de ne rien aller rapporter à l'extérieur de ce qui se dit ou se fait à l'intérieur du monastère et qui pourrait causer du scandale.

12 Si une sœur manque une fois en passant à l'un de ces deux points, la pénitence à lui infliger est laissée au jugement et à la miséricorde de l'abbesse ; mais si cela devient chez elle une habitude, que l'abbesse, avec l'avis des Discrètes, lui inflige une pénitence en rapport avec la gravité de la faute.


10. DE L'ADMONITION ET DE LA CORRECTION DES SŒURS

1 Que l'abbesse visite et avertisse ses sœurs ; qu'elle les corrige avec humilité et charité, ne leur commandant rien qui soit contre leur conscience et la forme de notre profession.

2 Quant aux sœurs qui lui sont soumises, elles se rappelleront que pour Dieu elles ont fait abnégation de leur volonté propre. Elles sont donc fermement tenues d'obéir à leurs abbesses en tout ce qu'elles ont promis au Seigneur d'observer et qui n'est contraire ni à leur âme ni à notre profession.

3 Que l'abbesse, de son côté, ait envers elles une telle familiarité que les sœurs puissent parler et agir avec elle comme des maîtresses avec leur servante. Car il doit en être ainsi : l'abbesse est la servante de toutes les sœurs.

4 En outre, j'avertis les sœurs et je les exhorte en notre Seigneur Jésus-Christ, de se garder de tout orgueil, de vaine gloire, de l'envie, de l'avarice, du soin et de la sollicitude de ce monde, de la détraction et du murmure, de la discorde et de la division.

5 Qu'elles soient au contraire toujours attentives à garder entre elles l'unité de l'amour mutuel, qui est le lien de la perfection .

6 Que celles qui ne savent pas lire ne se mettent pas en peine de l'apprendre.

7 Mais qu'elles considèrent que, par-dessus tout, elles doivent désirer posséder l'esprit du Seigneur et sa sainte opération, prier toujours Dieu d'un cœur pur, avoir l'humilité et la patience dans l'épreuve et la maladie, aimer ceux qui nous persécutent, nous reprennent et nous contredisent, car le Seigneur dit : "Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux et celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé ."


11. DE LA CLÔTURE

1 Que la portière ait une conduite mûre et discrète, qu'elle soit d'âge convenable ;qu'elle réside pendant le jour dans une cellule ouverte et sans porte.

2 On lui adjoindra une compagne capable de la suppléer en tout lorsque cela sera nécessaire.

3 La porte sera solidement munie de deux serrures différentes en fer, de gonds et de fléaux ;

4 elle sera, durant la nuit, fermée avec les deux clefs dont l'une sera conservée par l'abbesse et l'autre par la portière ;

5 pendant la journée, on ne la laissera jamais sans garde et elle sera fermée par l'une des deux serrures.

6 Qu'on prenne bien soin et qu'on fasse bien attention à ne jamais laisser la porte ouverte, sauf si l'on ne peut raisonnablement faire autrement.

7 Qu'on ne l'ouvre jamais à qui désire entrer, sinon à qui en a reçu la permission du Souverain Pontife ou de notre Cardinal Protecteur.

8 On ne pourra pas entrer au monastère avant le lever du soleil ni après son coucher, sauf en cas de besoin évident, raisonnable et inévitable.

9 Si pour la bénédiction d'une abbesse ou pour la profession d'une sœur ou pour toute autre cause un évêque obtient la permission de célébrer la messe à l'intérieur de la clôture, qu'il se contente du plus petit nombre possible de compagnons et de servants, et des plus vertueux.

10 Si l'on doit laisser entrer des ouvriers au monastère pour entreprendre un travail quelconque, l'abbesse prendra soin de désigner la plus indiquée pour leur ouvrir la porte et ne laisser entrer que les ouvriers engagés pour le travail prévu, à l'exclusion de toute autre personne.

11 Les sœurs veilleront, à cette occasion, à ne pas être vues par ceux qui entrent.


12. DU VISITEUR ; DE L'AUMÔNIER ET DE SES COMPAGNONS ; DU CARDINAL PROTECTEUR

1 Notre visiteur doit toujours être un Frère Mineur, selon la volonté et l'ordre du seigneur Cardinal.

2 Qu'il soit un homme sur le comportement honorable duquel on ait toute garantie.

3 Sa tâche sera de corriger, aussi bien dans la tête que dans les membres, tous les abus commis contre la forme de notre profession.

4 Que, se tenant dans un endroit public à la vue de toutes, il puisse parler avec plusieurs sœurs à la fois ou avec une seule, de tout ce qui a trait à la visite, selon ce qui lui paraîtra le plus opportun.

5 C'est aussi à ce même Ordre des Frères Mineurs que nous demandons comme une grâce, au nom de la bonté de Dieu et de celle de saint François, de nous donner encore ce qu'il nous a toujours jusqu'ici procuré avec tant de bienveillance : un aumônier avec un compagnon clerc de bonne réputation, de discrétion éprouvée, et deux frères convers de sainte vie et de bonnes mœurs, pour nous aider dans notre pauvreté.

6 L'aumônier ne pourra, sans son compagnon, entrer au monastère.

7 Une fois entrés, ils se tiendront dans une pièce commune, de telle façon qu'ils puissent toujours se voir et être vus.

8 Pour confesser les malades qui ne peuvent se rendre au parloir, et pour leur donner la communion ou l'extrême-onction, ainsi que les prières des agonisants, il leur sera permis aussi d'entrer.

9 Pour un enterrement, pour une messe solennelle des défunts, pour creuser, rouvrir ou agrandir une tombe, le choix des personnes nécessaires est laissé à la prudence de l'abbesse.

10 De plus, que les sœurs soient toujours fermement tenues d'avoir pour gouverneur, protecteur et correcteur le cardinal de l'Église romaine désigné à cet effet par le seigneur Pape pour les Frères Mineurs,

11 afin que, toujours soumises et prosternées aux pieds de cette même sainte Église, stables dans la foi catholique, nous observions toujours la pauvreté et l'humilité de notre Seigneur Jésus-Christ et de sa très sainte Mère, ainsi que le saint Évangile que nous avons fermement promis.


copyright, Éditions Franciscaines, Paris


Sainte Claire Offreduccio di Favarone est la fondatrice de l'Ordre des Pauvres Dames (Clarisses).

Sainte-Claire est morte le 11 août 1253. Deux jours auparavant, elle avait reçu du pape Innocent IV l'approbation de la Règle de son Ordre.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 12:39
Saint-Benoît écrivant la Règle
Hermann Nigg

58. COMMENT RECEVOIR LES NOUVEAUX FRÈRES

UNE ENTRÉE DIFFICILE
1 Quand quelqu'un arrive pour mener la vie religieuse, on ne le laisse pas facilement entrer. 2 Mais on suit le conseil de l'apôtre Jean : « Cherchez à savoir si l'esprit qu'ils ont vient de Dieu » (1 Jean 4, 1). 3 Pourtant, celui qui arrive continue à frapper à la porte. Après quatre ou cinq jours, on voit qu'il supporte avec patience le mauvais accueil et les difficultés qu'on lui fait. Et il demande toujours à entrer au monastère. 4 Alors on lui permet d'entrer, et il reste dans la maison des hôtes pendant quelques jours.

EST-CE QUE LE NOUVEAU VENU CHERCHE VRAIMENT DIEU ?
5 Ensuite, il va dans la maison des novices, là où ils méditent, mangent et dorment. 6 On leur donne un frère ancien, capable de les entraîner vers Dieu. Ce frère s'occupe d'eux avec le plus grand soin. 7 Il regarde attentivement le nouveau venu. Est-ce qu'il cherche vraiment Dieu ? Est-ce qu'il s'applique avec ardeur au Service de Dieu, à l'obéissance, aux épreuves qui rendent humble ? 8 On lui parle à l'avance de toutes les choses dures et pénibles par lesquelles on va à Dieu.

LA LECTURE DE LA RÈGLE
9 Si le nouveau venu promet de tenir bon et de rester au monastère, au bout de deux mois on lui lit cette Règle en entier. 10 Et on lui dit : « Voici la loi sous laquelle tu veux servir. Si tu peux la pratiquer, entre. Mais si tu ne peux pas, tu es libre, tu peux partir ! » 11 S'il reste encore, on le conduit dans la maison des novices indiquée plus haut et, avec beaucoup de patience, on recommence à l'éprouver. 12 Au bout de six mois, on lui lit encore la Règle, afin qu'il comprenne à quoi il s'engage. 13 S'il reste encore, on lui relit cette même Règle quatre mois plus tard. 14 Quand il a réfléchi longuement en lui-même, s'il promet de tout garder et de pratiquer ce qu'on lui commande, on le reçoit dans la communauté. 15 Maintenant, il le sait : à partir de ce jour, la loi de la Règle lui interdit de sortir du monastère 16 et de se décharger du poids de cette Règle. En effet, après une si longue réflexion, il pouvait refuser ou accepter ce poids.

UN ENGAGEMENT POUR LA VIE
17 Celui qu'on va recevoir parmi les frères promet devant tous, dans l'oratoire, de rester toujours dans la communauté, de vivre maintenant en moine, et d'obéir. 18 Il fait cette promesse devant Dieu et devant les saints. Alors, s'il lui arrive de se conduire autrement, il doit le savoir : le Dieu dont il se moque le condamnera (Galates 6,7). 19 Il fait sa promesse par écrit au nom des saints qui ont leurs reliques à cet endroit, et au nom de l'abbé présent. 20 Cette promesse, il l'écrit lui-même de sa main. S'il est illettré, il demande à un autre de l'écrire pour lui. Le novice trace un signe sur sa promesse et il la met lui-même sur l'autel. 21 Après cela, le novice commence tout de suite ce verset du psaume : « Accueille-moi, Seigneur, selon ta parole, et je vivrai. Ne décourage pas mon attente » (Psaume 118, 116). 22 Toute la communauté continue trois fois ce verset, et elle ajoute le « Gloire au Père ». 23 Alors le frère novice se prosterne aux pieds de chaque moine afin qu'on prie pour lui. A partir de ce jour-là, il fait vraiment partie de la communauté.

NE RIEN GARDER POUR SOI
24 Quand ce frère a des biens, il les distribue aux pauvres avant de s'engager, ou bien il en fait cadeau au monastère par une donation solennelle. Il ne se réserve rien du tout pour lui. 25 En effet, il le sait : à partir de ce jour, il n'a même plus de pouvoir sur son corps. 26 Aussitôt donc, dans l'oratoire, on lui enlève les vêtements personnels qu'il porte et on lui donne les habits du monastère. 27 Les vêtements qu'on lui a enlevés, on les met au vestiaire pour les garder. 28 Alors si, un jour, poussé par les conseils de l'esprit mauvais, il décide de quitter le monastère - espérons que non ! -, on lui enlève les habits du monastère avant de le mettre dehors. 29 Mais la promesse écrite que l'abbé a prise sur l'autel, ce frère ne la reprend pas. On la gardera au monastère.

59. COMMENT ON OFFRE A DIEU LES FILS DES NOTABLES ET DES PAUVRES

1 Il peut arriver qu'un notable offre son fils à Dieu en le donnant au monastère. Quand c'est un enfant très jeune, ses parents écrivent la promesse à sa place. On a parlé de cette promesse plus haut. 2 Ils enveloppent tout ensemble, dans la nappe de l'autel : la promesse écrite et la main de l'enfant avec l'offrande du pain et du vin. C'est ainsi qu'ils offrent leur enfant à Dieu. 3 Pour les biens que les parents possèdent, dans la promesse écrite, ils font le serment de ne jamais donner quelque chose à l'enfant. Ils promettent aussi de ne jamais lui fournir l'occasion de posséder quelque chose plus tard : que cela vienne d'eux-mêmes, ou d'une personne nommée par eux, ou de n'importe quelle autre façon. 4 Ou bien, si les parents ne veulent pas faire cela, et s'ils veulent offrir une aumône au monastère pour obtenir de Dieu une récompense, 5 ils donnent, par écrit, au monastère les biens qu'ils veulent offrir. Mais, pendant leur vie, ils peuvent garder pour eux l'usage de ces biens, s'ils le veulent. 6 Ainsi, on ferme tous les chemins, et l'enfant n'a plus à attendre aucun bien pour lui. En effet, cette attente peut seulement le tromper et le conduire à la mort. - Voilà ce que l'expérience nous a appris. - Espérons que cela n'arrivera pas ! 7 Ceux qui sont plus pauvres feront la même chose. 8 Et ceux qui n'ont rien du tout écrivent seulement la promesse et ils offrent l'enfant avec l'offrande du pain et du vin, devant des témoins.

60. LES PRÊTRES QUI VOUDRAIENT HABITER AU MONASTÈRE

1 Quand un prêtre demande à être reçu au monastère, on ne lui dit pas « oui » trop vite. 2 Pourtant, s'il continue à insister dans cette demande, il doit savoir ceci : il devra pratiquer tout ce que la Règle exige. 3 On ne rendra pas la Règle plus facile pour lui. Alors on pourra lui dire, comme c'est écrit dans la Bible : « Mon ami, pourquoi es-tu venu ? » (Matthieu 26, 50). 4 Pourtant, on lui permet de prendre place après l'abbé, de donner les bénédictions et de célébrer l'Eucharistie, à condition que l'abbé le lui ordonne. 5 Sinon, ce prêtre ne se permettra absolument rien. En effet, il le sait, il est soumis aux punitions prévues par la Règle. Il donnera plutôt des exemples d'humilité à tous les frères. 6 Au monastère, quand il faut choisir un frère pour une charge ou discuter d'autres affaires, 7 le frère prêtre considère que son rang est celui de son entrée au monastère, et non celui qu'on lui a donné par respect parce qu'il est prêtre. 8 Et quand un clerc, poussé par le même désir, veut faire partie du monastère, on le met parmi les frères, à un rang moyen. 9 Lui aussi, il promettra de pratiquer la Règle et de rester au monastère pour toujours.

61. COMMENT RECEVOIR LES MOINES ÉTRANGERS

1 Un moine étranger arrive de très loin. Il veut rester au monastère comme un hôte. 2 S'il se contente des coutumes qu'il trouve à cet endroit, s'il ne trouble pas le monastère en demandant trop de choses, 3 et s'il est content tout simplement de ce qu'il trouve, on le reçoit aussi longtemps qu'il veut. 4 S'il reproche quelque chose ou s'il fait des remarques de façon raisonnable et avec un amour plein d'humilité, l'abbé réfléchit avec prudence : est-ce que le Seigneur ne l'a pas envoyé exprès pour cela ? 5 Ensuite, s'il veut rester pour toujours dans la communauté, on ne s'opposera pas à cette demande. En effet, pendant son séjour dans la maison des hôtes, on a pu voir sa façon de vivre. 6 Mais si, pendant ce temps, il s'est montré exigeant, ou si sa conduite a été mauvaise, on ne doit pas l'unir au corps du monastère. 7 On lui dira plutôt, mais poliment, de s'en aller, pour que sa mauvaise conduite ne fasse pas de mal aux autres. 8 Au contraire, quand il ne mérite pas qu'on le mette dehors, on le reçoit s'il le demande ; 9 ou mieux, on lui conseille fortement de rester et on le fait entrer dans la communauté, pour que les autres apprennent quelque chose par son exemple. 10 En effet, partout on sert le même Seigneur, on combat sous les ordres du même Roi. 11 Et même, quand l'abbé voit que ce moine le mérite, il peut le mettre à un rang un peu plus élevé que celui de son entrée. 12 Et l'abbé peut faire cela non seulement pour un moine, mais aussi pour un prêtre ou pour un clerc, s'il juge que leur conduite le mérite. Nous l'avons déjà dit plus haut. 13 Pourtant, l'abbé fera bien attention : il ne gardera jamais longtemps un moine d'un autre monastère connu, sans l'accord de son abbé ou sans une lettre de recommandation. 14 Car la Bible dit : « Ne fais pas aux autres le mal que tu ne veux pas pour toi » (Tobie 4, 15)

62. LES PRÈTRES DU MONASTÈRE

1 Quand un abbé demande qu'on ordonne un prêtre ou un diacre pour son monastère, il choisit parmi ses moines un frère digne de remplir les fonctions de prêtre. 2 Celui qui devient prêtre ou diacre fera bien attention à ne pas se croire grand et à ne pas devenir orgueilleux. 3 Il ne se permettra pas de faire quelque chose en dehors de ce que l'abbé lui commande. En effet, il le sait, il sera soumis encore davantage aux punitions prévues par la Règle. 4 Ce n'est pas parce qu'il est prêtre qu'il a le droit d'oublier l'obéissance à la Règle et à ses exigences. Mais il doit progresser vers Dieu de plus en plus. 5 Il considérera toujours que son rang est celui de son entrée au monastère. 6 Mais il y a deux exceptions : quand il célèbre l'Eucharistie, et si le choix de la communauté et la volonté de l'abbé décident de le placer plus haut parce que sa conduite le mérite. 7 Malgré tout, ce frère prêtre doit le savoir : il pratiquera la règle établie pour les doyens et pour les seconds du monastère. 8 S'il se permet d'agir autrement, on le jugera non pas comme un prêtre, mais comme un moine rebelle. 9 Si on l'a averti souvent et s'il ne change pas, alors on prendra l'évêque lui-même comme témoin. 10 Si, malgré tout, il ne se corrige pas, puisque tout le monde connaît ses fautes, on le mettra à la porte du monastère. 11 Mais pour qu'on arrive à cela, il faut qu'il soit vraiment têtu et qu'il refuse de se soumettre et d'obéir à la Règle.

63. LES RANGS DANS LA COMMUNAUTÉ

LES FRÈRES SONT PLACÉS PAR RANG D'ENTRÉE
1 Au monastère, les frères garderont le rang de leur entrée dans la vie religieuse, ou bien celui qu'ils ont reçu à cause du mérite de leur vie et par une décision de l'abbé. 2 Mais l'abbé ne troublera pas le troupeau que Dieu lui a confié. Il ne prendra pas de décisions injustes, comme s'il était libre de faire tout ce qu'il veut. 3 Il pensera toujours qu'il devra rendre compte à Dieu de toutes ses décisions et de toutes ses actions. 4 Ainsi, pour recevoir la paix, pour communier, pour dire les psaumes en public, pour se tenir au choeur, les frères garderont la place que l'abbé a décidée, ou bien leur rang d'entrée au monastère. 5 On ne fera jamais attention à l'âge pour donner les rangs, ou pour juger la valeur de quelqu'un. 6 En effet, Samuel et Daniel étaient des enfants et ils ont jugé des anciens (1 Samuel 3, 10-18 ; Daniel 13, 45-59). 7 C'est pourquoi tous les frères auront le rang de leur entrée au monastère, sauf ceux que l'abbé a fait monter plus haut pour de justes motifs, ou bien ceux qu'il a fait descendre pour de bonnes raisons, comme nous l'avons dit. 8 Par exemple, un frère est entré au monastère vers 7 heures du matin. Un autre, plus âgé et plus important, est arrivé vers 8 heures. Pourtant, celui-ci se reconnaîtra plus jeune que le premier. 9 Les enfants, eux, seront toujours placés sous l'autorité de tous, pour les maintenir dans le bon ordre.

LE RESPECT ET L'AMOUR ENTRE LES FRÈRES
10 Les jeunes respectent leurs aînés les aînés aiment leurs frères plus jeunes. 11 Aucun frère n'a le droit d'appeler un autre frère par son nom seul. 12 Les aînés appellent les jeunes : « frères ». Les jeunes appellent leurs aînés : « pères », pour montrer leur respect. 13 Au regard de la foi, l'abbé tient la place du Christ. C'est pourquoi on l'appelle « Seigneur » et « Abbé ». Ce n'est pas lui qui prend ces noms, mais on l'appelle ainsi à cause de l'honneur et de l'amour dus au Christ. 14 De son côté, l'abbé réfléchit à tout cela et il se conduit de façon à mériter un si grand honneur. 15 Chaque fois que les frères se rencontrent, le plus jeune demande à l'aîné de le bénir. 16 Quand un frère de rang plus élevé passe, le frère moins ancien se lève, prêt à lui offrir son siège. Le jeune frère ne se permet pas de s'asseoir avant que l'aîné ne l'invite à le faire. 17 Il agit ainsi pour pratiquer la parole de la Bible : « Que chacun soit le premier à montrer du respect à son frère » (Romains 12, 10). 18 A l'oratoire et au réfectoire, les jeunes enfants et les adolescents gardent leur rang en bon ordre. 19 Mais à l'extérieur et partout, on veillera sur eux et on les maintiendra dans l'ordre jusqu'au moment où ils auront l'âge d'agir raisonnablement.

64. COMMENT ÉTABLIR L'ABBÉ

FAIRE UN CHOIX QUI PLAISE A DIEU
1 On donne la charge d'abbé à celui que toute la communauté, animée d'un respect confiant envers Dieu, a choisi d'un commun accord. Ou bien on la donne à celui qu'un petit nombre de moines seulement a choisi, mais avec un jugement plus sage.

QUI CHOISIR COMME ABBÉ ?
2 Celui qu'on va établir comme abbé, on le choisira à cause du mérite de sa vie et de la sagesse de son enseignement, même s'il est au dernier rang de la communauté. 3 Voici ce qui peut se passer, mais espérons que cela n'arrivera pas ! Une communauté se conduit très mal, et tous les moines sont d'accord pour choisir un frère qui approuve leurs penchants mauvais. 4 Quand l'évêque du diocèse où ce monastère se trouve, quand les abbés des monastères voisins ou quand les chrétiens des environs apprennent ce grand mal, 5 ils feront échouer le complot des mauvais moines. Et ils établiront à la tête de la maison de Dieu quelqu'un qui en soit digne. 6 Oui, ils le savent : ils recevront une bonne récompense s'ils font cela avec une intention pure et un ardent amour de Dieu. Au contraire, s'ils sont négligents pour le faire, ils commettent un péché.


LES QUALITÉS DE L'ABBÉ
7 Celui qu'on a établi comme abbé pensera toujours à la charge qui pèse sur lui. Il pensera aussi que c'est à Dieu qu'il devra rendre compte de sa gestion (Luc 16, 2). 8 L'abbé sait également qu'il doit être serviteur plutôt que maître. 9 Il faut donc qu'il connaisse très bien la loi de Dieu, pour savoir et pour trouver dans son coeur où puiser les paroles nouvelles et anciennes (voir Matthieu 13, 52). L'abbé doit mener une vie pure, être sobre, bienveillant. 10 Il fait toujours passer la tendresse avant la justice (Jacques 2, 13), pour que Dieu le traite de la même façon (voir Matthieu 5, 7). 11 Il déteste les penchants mauvais, mais il aime les frères. 12 Quand il corrige les autres, il est prudent. Il n'exagère rien, sinon, en grattant trop la rouille, il va trouer le plat. 13 Il n'oublie jamais qu'il est fragile, lui aussi. Il se rappelle qu'il ne faut pas écraser le roseau déjà fendu (Mt 12, 20) 14 Mais nous ne voulons pas dire que l'abbé permette aux penchants mauvais de se développer. Non ! Il les détruira, mais avec prudence et amour, selon ce qu'il juge bon pour chaque frère, comme nous l'avons déjà dit. 15 L'abbé cherchera à être aimé par les frères plutôt qu'à être craint.

L'ABBÉ EST UN HOMME DE PAIX
16 Il n'est pas agité, il n'est pas inquiet. Il n'exagère pas les choses, il n'est pas têtu. Il n'est pas jaloux et il sait faire confiance aux frères. Sinon, il ne connaîtra jamais le repos.

L'ABBÉ EST UN HOMME SAGE
17 Quand il commande, il prévoit et il réfléchit. Quand il donne des ordres au sujet des choses de Dieu ou des affaires de ce monde, il décide avec mesure. 18 Il pense à la conduite pleine de prudence de saint Jacob qui disait : « Si je fatigue mes troupeaux en les faisant trop marcher, ils vont tous mourir en un seul jour » (Genèse 33, 13). 19 L'abbé imite cet exemple et d'autres exemples de prudence. En effet, la prudence est la mère des vertus. C'est pourquoi l'abbé commande tout avec mesure. Alors les forts veulent en faire plus, et les faibles ne se découragent pas.

L'ABBÉ EST UN SERVITEUR FIDÈLE
20 Avant tout, l'abbé doit maintenir cette Règle en tous ses points. 21 Alors, s'il a bien fait son service, il entendra le Seigneur lui adresser la parole dite au bon serviteur qui a distribué la nourriture à ses compagnons quand il était à leur tête : « Oui, je vous le dis, le Maître lui confiera tous ses biens » (Mt 24, 47).

65. LE SECOND DU MONASTÈRE

LE DANGER D'UN MAUVAIS SECOND
1 Assez souvent, de graves conflits naissent dans les monastères quand on établit un second. 2 Certains seconds, gonflés d'un mauvais esprit d'orgueil, s'imaginent qu'ils sont abbés, eux aussi. Ils se donnent tous les pouvoirs ! Ils entretiennent les conflits et divisent les communautés. 3 Cela se passe surtout dans les monastères où c'est le même évêque et les mêmes abbés qui établissent et l'abbé et le second. 4 On voit facilement que cette façon de faire va contre tout bon sens. En effet, dès le début, en établissant le second dans sa charge, on lui donne l'occasion de devenir orgueilleux. 5 Ses pensées lui disent qu'il ne dépend plus de l'autorité de son abbé. 6 Elles lui répètent : « Ce sont les mêmes personnes qui t'ont établi, toi et l'abbé. » 7 Et les résultats sont : envies, disputes, paroles contre les autres, jalousies, divisions et désordres graves. 8 Alors l'abbé et le second s'opposent l'un à l'autre. Tant que cette division existe, eux-mêmes sont forcément en danger, 9 et les frères qui sont sous leur autorité vont à leur perte, parce que l'abbé et le second cherchent à plaire à ceux de leur parti. 10 Ceux qui ont fait naître un si grand désordre, sont les premiers responsables de ce grave malheur.

L'ABBÉ ORGANISE LUI-MÊME SA COMMUNAUTÉ
11 C'est pourquoi, voici notre avis : pour garder la paix et l'amour, l'abbé doit organiser lui-même son monastère comme il le juge bon. 12 Dans la mesure du possible, ce sont les doyens qui dirigent tous les services du monastère en suivant les ordres de l'abbé. Nous avons déjà réglé cela plus haut. 13 Ainsi, comme il y a plusieurs responsables, un seul ne peut pas en tirer de l'orgueil. 14 Mais il peut arriver que la situation exige un second, ou bien que la communauté en demande un, avec raison et humilité, et que l'abbé juge cela utile. 15 Alors il choisit le frère qu'il veut, avec le conseil des frères qui respectent Dieu avec confiance, et c'est lui-même qui le nomme second. 16 Le second, lui, fait avec respect ce que son abbé lui commande. Il ne fait rien contre la volonté ou contre les ordres de l'abbé. 17 En effet, plus il est placé au-dessus des autres, plus il doit pratiquer avec soin les commandements de la Règle.

QUE FAIRE SI LE SECOND DU MONASTÈRE EST MAUVAIS ?
18 Mais si le second se montre mauvais, ou s'il se laisse tromper par l'orgueil et devient fier, ou encore si on constate chez lui du mépris pour la sainte Règle, on l'avertira en paroles jusqu'à quatre fois. 19 S'il ne se corrige pas, on le punira comme la Règle le demande. 20 Si malgré cela, il ne change pas, on lui enlèvera sa charge de second et on mettra à sa place un frère qui a les qualités nécessaires. 21 Ensuite, s'il ne se tient pas tranquille et s'il n'obéit pas dans la communauté, on le chassera du monastère. 22 Mais l'abbé pensera qu'il rendra compte à Dieu de toutes ses décisions. Sinon, le feu de l'envie et de la jalousie risque de brûler son coeur.

66. LES PORTIERS DU MONASTÈRE

COMMENT ACCUEILLIR CEUX QUI ARRIVENT
1 A la porte du monastère, on met un ancien, un homme sage. Il doit être capable de recevoir un message et de donner une réponse. Son expérience l'empêche d'aller se promener un peu partout. 2 Le portier doit avoir sa cellule près de la porte. Alors ceux qui arrivent trouvent toujours quelqu'un pour leur répondre. 3 Dès qu'une personne frappe ou dès qu'un pauvre appelle, le portier dit : « Rendons grâce à Dieu » ou bien « Bénissez-moi ». 4 Et, avec toute la douceur que donne un respect confiant envers Dieu, il répond vite, avec un coeur brûlant de charité. 5 Si le portier a besoin d'aide, on lui donne un frère plus jeune.

LES MOINES NE DOIVENT PAS AVOIR BESOIN DE SORTIR
6 Si cela est possible, on doit construire le monastère de telle sorte qu'on y trouve tout le nécessaire, c'est-à-dire : de l'eau, un moulin, un jardin et différents ateliers. Alors tout se fait à l'intérieur du monastère. 7 Ainsi les moines n'ont pas besoin de circuler un peu partout au dehors, ce qui ne vaut rien du tout pour eux. 8 Nous voulons qu'on lise souvent cette Règle en communauté. Alors aucun frère ne pourra s'excuser en disant : « Je ne la connaissais pas. »

67. LES FRÈRES QU'ON ENVOIE EN VOYAGE

1 Les frères qui doivent partir en voyage demandent pour eux la prière de tous les frères et de l'abbé. 2 Et, à la dernière oraison du Service de Dieu, on priera toujours pour tous les absents. 3 Quand les frères reviennent de voyage, le jour même de leur retour, à toutes les Heures, à la fin du Service de Dieu, ils se prosternent à terre dans l'oratoire. 4 Et ils demandent à tous de prier à cause des fautes commises pendant le voyage. En effet, ils ont peut-être regardé quelque chose de mal, ils ont peut-être écouté des paroles mauvaises ou inutiles. 5 Que personne ne se permette de redire à un autre frère ce qu'il a vu ou entendu en dehors du monastère, parce que cela peut faire beaucoup de mal. 6 Si quelqu'un se permet de faire cela, on le punira selon la Règle. 7 Si un frère, sans un ordre de l'abbé, ose sortir de la clôture du monastère, aller n'importe où, faire quelque chose même de peu d'importance, on le punira de la même façon.

68. SI ON COMMMANDE A UN FRÈRE DES CHOSES IMPOSSIBLES

1 Voici ce qui peut arriver : on commande à un frère des choses difficiles ou impossibles. Il acceptera l'ordre donné avec grande douceur et en désirant obéir. 2 S'il voit que le poids de la charge dépasse tout à fait la mesure de ses forces, il dira à son supérieur pourquoi il ne peut pas le faire. Il présentera ses raisons avec patience et au bon moment, 3 sans se montrer orgueilleux, sans résister, sans s'opposer. 4 Si, après ces remarques, le supérieur continue à commander les mêmes choses, alors le frère doit le savoir : il est bon pour lui de faire la chose qu'on lui ordonne. 5 Et, par amour, confiant dans l'aide de Dieu, il obéira.

69. AU MONASTÈRE, AUCUN FRÈRE NE SE PERMETTRA DE PRENDRE LA DÉFENSE D'UN AUTRE

1 Faisons bien attention à ceci : au monastère, personne ne se permettra, en aucun cas, de prendre la défense d'un autre moine ou de faire comme s'il était son protecteur, 2 même s'il est de sa famille, de façon plus ou moins proche. 3 Les moines ne se permettront jamais d'agir de cette manière. En effet, cela peut faire naître des conflits très graves. 4 Si quelqu'un ne tient pas compte de cette défense, on le punira très sévèrement.

70. PERSONNE NE SE PERMETTRA DE FRAPPER UN FRÈRE A TORT ET A TRAVERS

1 Au monastère, on évitera toute occasion d'orgueil. 2 C'est pourquoi, voici ce que nous décidons : personne n'a le droit de mettre un frère à l'écart ou de le frapper, si l'abbé ne lui a pas donné ce pouvoir. 3 On fera des reproches aux coupables devant tous, afin que les autres en éprouvent de la crainte (1 Timothée 5, 20). 4 Quant aux enfants jusqu'à l'âge de 15 ans, tous les frères sont chargés de veiller sur eux et de les maintenir dans le bon ordre.
5 Mais ils le feront avec mesure et intelligence. 6 Si quelqu'un se permet de corriger les frères plus âgés, sans ordre de l'abbé, ou bien s'il corrige trop fort les enfants, on le punira selon la Règle. 7 En effet, la Bible dit : « Ne fais pas aux autres le mal que tu ne veux pas pour toi » (Tb 4, 15).

71. LES FRÈRES S'OBÉIRONT LES UNS AUX AUTRES

A QUI LES FRÈRES OBÉIRONT- ILS ?
1 Obéir est un bien. C'est pourquoi tous les frères doivent obéir à l'abbé. Mais cela ne suffit pas. Ils s'obéiront aussi les uns aux autres. 2 Qu'ils le sachent : c'est par ce chemin de l'obéissance qu'ils iront à Dieu. 3 Donc, on obéit d'abord aux ordres de l'abbé et des responsables qu'il a établis. A ces ordres-là, nous ne permettons pas de préférer les ordres des autres frères. 4 Mais, pour le reste, tous les frères plus jeunes obéiront à leurs aînés de tout leur coeur et avec amour. 5 Si quelqu'un refuse d'obéir, on le punira.

COMMENT RECEVOIR UN REPROCHE
6 Voici encore ce qui peut arriver : l'abbé ou un autre supérieur fait un reproche à un frère, pour une raison quelconque, même peu importante. 7 Ce frère se rend compte que ce supérieur est un peu fâché contre lui, ou un peu troublé, même très légèrement. 8 Alors, tout de suite et sans attendre, il se jette aux pieds du supérieur et il se prosterne à terre pour réparer sa faute. Il attend que l'émotion du supérieur se calme, et que celui-ci lui donne une bénédiction. 9 Si un frère refuse de faire cela, on le punira dans son corps. Et s'il continue à résister, on le chassera du monastère.

72. LE BON FEU QUI DOIT BRÛLER LE COEUR DES MOINES

1 Dans le coeur, il peut y avoir un feu mauvais et amer qui sépare de Dieu et conduit loin de lui pour toujours. 2 Il peut y avoir aussi un bon feu qui sépare du mal et conduit à Dieu et à la vie avec lui pour toujours. 3 Ce feu-là, les moines le feront donc passer dans leurs actes avec un très grand amour. 4 Voici comment : chacun voudra être le premier pour montrer du respect à son frère. 5 Ils supporteront avec une très grande patience les faiblesses des autres, celles du corps et celles du caractère. 6 Ils s'obéiront mutuellement de tout leur coeur. 7 Personne ne cherchera son intérêt à lui, mais plutôt celui des autres. 8 Ils auront entre eux un amour sans égoïsme, comme les frères d'une même famille. 9 Ils respecteront Dieu avec amour.
10 Ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. 11 Ils ne préféreront absolument rien au Christ. 12 Qu'il nous conduise tous ensemble à la vie avec lui pour toujours !

73. CETTE RÈGLE NE CONTIENT PAS TOUT CE QU'IL FAUT FAIRE POUR MENER UNE VIE SAINTE

1 Voici pourquoi nous avons écrit cette Règle : en la pratiquant dans les monastères, nous montrons, au moins un petit peu, que notre conduite est droite, et que nous commençons à mener une vie religieuse. 2 Mais pour celui qui est pressé de mener parfaitement cette vie, il y a encore les enseignements des saints Pères. Si on les pratique, ils conduisent au sommet de la vie parfaite. 3 En effet, dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament, est-ce que chaque page, chaque parole qui vient de Dieu lui-même, n'est pas une règle très sûre pour guider la vie des hommes ?
4 Il y a aussi tous les livres des saints Pères catholiques : est-ce qu'ils ne parlent pas clairement de ce que nous devons faire pour courir tout droit vers notre Créateur ? 5 Puis nous avons les Conférences des Pères, leurs Institutions, leurs Vies, et aussi la Règle de notre saint Père Basile. 6 Est-ce que, dans ces livres, on ne trouve pas les outils spirituels pour des moines obéissants et de sainte vie ? 7 Mais nous, qui manquons de courage, qui vivons mal et qui sommes négligents, nous devons avoir honte. 8 Donc toi, - c'est-à-dire tout homme qui se presse vers la patrie du ciel -, pratique jusqu'au bout, avec l'aide du Christ, cette toute petite Règle écrite pour des débutants. 9 Alors, avec la protection de Dieu, tu parviendras à ces sommets plus élevés d'enseignements et de vertus que nous venons de rappeler. Amen.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 12:18
8. LE SERVICE DE DIEU PENDANT LA NUIT

L'HORAIRE D'HIVER
1 Pendant l'hiver, du 1er novembre jusqu'à Pâques, les frères se lèvent entre 2 heures et 3 heures du matin. C'est une décision raisonnable. 2 En effet, les frères se reposent un peu plus de la moitié de la nuit. Ainsi, quand ils se lèvent, la digestion est terminée. 3 Après les Vigiles, il reste du temps. Les frères qui ont besoin d'apprendre les psaumes et les lectures le font à ce moment-là.

L'HORAIRE D'ÉTÉ
4 A partir de Pâques jusqu'au 1er novembre, on laisse un petit moment libre entre l'office des Vigiles et celui de Laudes. Pendant ce temps, les frères peuvent sortir pour les besoins du corps. Et tout de suite après, c'est l'office de Laudes. On le chante au lever du jour.

9. COMBIEN DE PSAUMES DIRE A L'OFFICE DE NUIT

LE DÉBUT DE L'OFFICE : LE PREMIER NOCTURNE
1 Pendant l'hiver, du 1er novembre jusqu'à Pâques, on dit d'abord trois fois le verset : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange » (Psaume 50, 17). 2 On ajoute le psaume 3 et le « Gloire au Père ». 3 Ensuite on chante le psaume 94 avec antienne, ou bien sans antienne, d'un bout à l'autre sans s'arrêter. 4 Après cela, il y a l'hymne et six psaumes avec antiennes. 5 Quand les psaumes sont finis, on dit le verset, et l'abbé donne la bénédiction. Tous les frères s'assoient sur leur siège et on fait trois lectures. Les frères lisent l'un après l'autre dans un livre posé sur le pupitre. Entre chaque lecture, on chante un répons. 6 On dit les deux premiers répons sans « Gloire au Père ». Mais, après la troisième lecture, celui qui chante dit le « Gloire au Père ». 7 Dès que le frère commence à chanter le « Gloire au Père », tous se lèvent de leur siège pour honorer et respecter la Sainte Trinité. 8 A l'office des Vigiles, on lit la Parole de Dieu dans l'Ancien et le Nouveau Testament. On lit aussi les explications que les Pères catholiques ont données de ces lectures. On prend les Pères connus pour leur enseignement juste, et que l'Église du monde entier accepte comme maîtres.

LE DEUXIÈME NOCTURNE
9 Après les trois lectures et les trois répons, on chante les six autres psaumes avec « Alleluia ». 10 Après ces psaumes, il y a un passage de l'apôtre Paul. On le récite par coeur. Puis on dit un verset et la supplication de la litanie, c'est-à-dire : « Seigneur, prends pitié. » 11 Voilà comment les Vigiles se terminent.

10. COMMENT LOUER DIEU LA NUIT, PENDANT L'ÉTÉ

1 A partir de Pâques jusqu'au 1er novembre, on chante pour les Vigiles le nombre de psaumes indiqué plus haut (ch. 9). 2 Mais il n'y a pas les trois lectures dans le livre, parce que les nuits sont courtes. On les remplace par une seule lecture de l'Ancien Testament qu'un frère récite par coeur. Ensuite, on dit un répons court. 3 Pour tout le reste, on fait comme on l'a indiqué plus haut (chap. 9), c'est-à-dire que, pendant les Vigiles, on ne dit jamais moins de douze psaumes. Dans ce nombre, on ne compte pas les psaumes 3 et 94.

11. COMMENT CÉLÉBRER LES VIGILES, LE DIMANCHE

1 Le dimanche, les frères se lèvent un peu plus tôt pour les Vigiles. 2 Voici l'ordre à suivre pour ces Vigiles :

LE DÉBUT DE L'OFFICE DE NUIT :
LE PREMIER NOCTURNE
Quand on a chanté six psaumes et le verset, comme nous l'avons indiqué plus haut (chap. 9), tous les frères s'assoient sur leurs sièges en ordre et à leur rang. Puis on fait quatre lectures dans le livre. Chaque lecture est suivie d'un répons, comme nous l'avons dit plus haut (chap. 9). 3 Le frère qui chante le répons dit le « Gloire au Père » seulement au quatrième répons. Quand il commence le « Gloire au Père », tous se lèvent avec respect.

LE DEUXIÈME NOCTURNE
4 Après ces lectures, les frères disent six autres psaumes à la suite, avec les antiennes, comme avant, puis le verset. 5 Ensuite, on fait encore quatre lectures suivies chacune d'un répons, de la façon indiquée plus haut.

LE TROISIÈME NOCTURNE
6 Après cela, on dit trois cantiques pris dans les livres des Prophètes. C'est l'abbé qui les choisit. et les frères les chantent avec « Alleluia ». 7 On dit aussi un verset. Puis l'abbé donne la bénédiction, et on fait encore quatre lectures du Nouveau Testament, de la façon indiquée plus haut. 8 Après le quatrième répons, l'abbé commence l'hymne : « A toi, Dieu, notre louange ». 9 Quand cette hymne est finie, l'abbé fait la lecture de l'Évangile. Tous se tiennent debout avec grand respect pour honorer Dieu. 10 Quand la lecture de l'Évangile est finie, tous répondent : « Amen. » Puis l'abbé commence tout de suite l'hymne : « A toi la louange ». Il donne la bénédiction, puis les frères commencent les Laudes. 11 Pour les Vigiles du dimanche, on garde cet ordre en toute saison. 12 Si les frères se lèvent trop tard - espérons que non ! -, on diminue un peu les lectures ou les répons.
13 Faisons bien attention que cela n'arrive pas ! Si cela arrive, le frère qui en est responsable par sa négligence doit offrir à Dieu dans l'oratoire la réparation qui convient.

12. COMMENT CÉLÉBRER L'OFFICE DE LAUDES

1 Le dimanche à Laudes, on dit d'abord le psaume 66 sans antienne d'un bout à l'autre. 2 Puis on dit le psaume 50 avec « Alleluia », 3 ensuite les psaumes 117 et 62, 4 puis le cantique des trois enfants (Daniel 3, 57-88), les psaumes de louange (Psaumes 148, 149 et 150), une lecture de l'Apocalypse par coeur avec le répons, l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile (Luc 1, 68-79), la litanie , et l'office est terminé.

13. COMMENT CÉLÉBRER LAUDES, LES JOURS ORDINAIRES

1 Les jours ordinaires, voici comment on célèbre l'office de Laudes.

LE DÉBUT DES LAUDES
2 On dit le psaume 66 sans antienne, en traînant un peu, comme le dimanche. Alors tous les frères ont le temps d'arriver pour le psaume 50 qu'on dit avec antienne.

LES PSAUMES ET LES CANTIQUES
QUI CHANGENT CHAQUE JOUR
3 Ensuite on dit deux autres psaumes, selon la coutume, c'est-à-dire :
4 le lundi : les psaumes 5 et 35,
5 le mardi : les psaumes 42 et 56,
6 le mercredi : les psaumes 63 et 64,
7 le jeudi : les psaumes 87 et 89,
8 le vendredi : les psaumes 75 et 91
9 et le samedi : le psaume 142 avec le cantique du Deutéronome. On divise ce cantique en deux parties, et après chaque partie on dit le « Gloire au Père ».
10 Du lundi au vendredi, on dit un cantique des Prophètes, comme l'Église de Rome les chante. Il y a un cantique différent pour chaque jour.

LA FIN DES LAUDES
11 Puis il y a les psaumes de louange (Psaumes 148, 149 et 150), une lecture de l'apôtre Paul qu'on récite par coeur, le répons, l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile (Luc 1, 68-79), la litanie, et l'office est terminé.

LE SUPÉRIEUR CHANTE LE « NOTRE PÈRE »
12 En tout cas, on ne termine jamais l'office de Laudes et de Vêpres sans dire le « Notre Père » à la fin de l'office. C'est le supérieur qui le dit en entier à haute voix, pour que tous les frères l'entendent. Et cela, à cause des petites blessures qui viennent des disputes habituelles dans une vie commune. 13 Dans cette prière, les frères s'engagent ensemble par cette promesse : « Pardonne-nous, comme nous pardonnons, nous aussi. » Par là, ils se purifieront de ces fautes. 14 Aux autres offices, on dit tout haut seulement la dernière partie de cette prière, pour que tous répondent : « Mais délivre-nous du mal. »

14. COMMENT CÉLÉBRER LES VIGILES AUX FÊTES DES SAINTS

1 Aux fêtes des saints et à toutes les fêtes, on fait comme le dimanche. 2 Mais on prend les psaumes, les antiennes et les lectures de la fête. Pour le nombre, on garde ce qu'on a indiqué plus haut.

15. QUAND DIT-ON ALLELUIA ?

1 A partir de la sainte Pâque jusqu'à la Pentecôte, on dit toujours « Alleluia » avec les psaumes et les répons.
2 Depuis la Pentecôte jusqu'au début du Carême, toutes les nuits, on dit « Alleluia » avec les six derniers psaumes de l'office seulement. 3 Tous les dimanches, sauf pendant le Carême, on dit « Alleluia » avec les cantiques des Vigiles, et aussi à Laudes, Prime, Tierce, Sexte et None. Mais on dit les Vêpres avec antiennes. 4 On ne dit jamais « Alleluia » avec les répons, sauf de Pâques à la Pentecôte.

16. COMMENT CÉLÉBRER LE SERVICE DE DIEU PENDANT LE JOUR

1 Le Prophète dit : « Sept fois par jour, j'ai dit ta louange » (Psaume 118, 164). 2 Ce nombre sacré de sept, voici comment nous le garderons : en accomplissant les devoirs de notre service à Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies. 3 En effet, le Prophète parle de ces heures de la journée quand il dit : « Sept fois par jour, j'ai dit ta louange. » 4 Pour les Vigiles de la nuit, le même Prophète dit : « Au milieu de la nuit, je me lève pour te louer » (Psaume 118, 62). 5 C'est pourquoi offrons nos louanges à notre Créateur « pour ses décisions justes » (Psaume 118, 164) à ces moments-là, c'est-à-dire à Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies. Et la nuit, levons-nous pour le louer.

17. COMBIEN DE PSAUMES DIRE PENDANT LE JOUR

1 Nous avons déjà donné l'ordre du chant des psaumes pour les Vigiles et les Laudes. Voyons maintenant les offices suivants.

A PRIME
2 A l'office de Prime, on dit trois psaumes séparément avec « Gloire au Père » après chaque psaume. 3 Avant de commencer les psaumes, on dit le verset : « Dieu, viens à mon aide », puis l'hymne de Prime. 4 Quand les trois psaumes sont finis, on récite : une lecture, le verset, « Seigneur, prends pitié », et les paroles de renvoi.

A TIERCE , SEXTE ET NONE
5 A Tierce, Sexte et None, on célèbre la prière de la même façon, c'est-à-dire : le verset : « Dieu, viens à mon aide », puis l'hymne de ces offices, trois psaumes, la lecture, le verset, « Seigneur, prends pitié », et les paroles de renvoi. 6 Si la communauté est assez nombreuse, on chante les psaumes avec antiennes. Si elle est peu nombreuse, on chante les psaumes sans antienne, d'un bout à l'autre.

A VÊPRES
7 L'office des Vêpres se compose de quatre psaumes avec antiennes. 8 Après ces psaumes, on récite : une lecture, le répons, l'hymne, le verset, le cantique de l'Évangile (Luc 1, 46-55), la litanie, et la prière du Seigneur termine l'office.

A COMPLIES
9 Les Complies se composent de trois psaumes. On chante ces psaumes sans antienne, d'un bout à l'autre. 10 Puis l'hymne de Complies, une lecture, le verset, « Seigneur, prends pitié », et la bénédiction termine l'office.

18. DANS QUEL ORDRE DIRE LES PSAUMES

DÉBUT DE L'OFFICE
1 On dit d'abord le verset : « Dieu, viens à mon aide. Seigneur, vite à mon secours ! » (Psaume 69, 2) et le « Gloire au Père ». Puis l'hymne de chaque office.

LES PSAUMES DE PRIME
2 Ensuite, à Prime, le dimanche, on dit quatre parties du psaume 118. 3 A chacun des autres offices, c'est-à-dire à Tierce, Sexte et None, on dit trois autres parties du psaume 118. 4 A Prime, le lundi, on dit trois psaumes : les psaumes 1, 2 et 6. 5 On fait la même chose tous les jours à Prime jusqu'au dimanche. Chaque jour, on dit trois psaumes à la suite dans le psautier, jusqu'au psaume 19. Mais on divise en deux parties les psaumes 9 et 17.
6 Et ainsi, aux Vigiles du dimanche, on commence toujours par le psaume 20.

LES PSAUMES DE TIERCE , SEXTE ET NONE
7 Le lundi, à Tierce, Sexte et None, on dit les neuf parties qui restent du psaume 118 : trois parties à chaque office.
8 Ainsi, on finit le psaume 118 en deux jours, c'est-à-dire le dimanche et le lundi. 9 Le mardi, à Tierce, Sexte et None, on chante trois psaumes depuis le 119 jusqu'au 127, ce qui fait neuf psaumes. 10 On répète toujours ces mêmes psaumes aux mêmes offices, jusqu'au dimanche. Tous les jours, on garde le même ordre pour les hymnes, les lectures et les versets. 11 Et ainsi, le dimanche, on commence toujours par le psaume 118.

LES PSAUMES DE VÊPRES
12 A Vêpres, tous les jours, on chante quatre psaumes. 13 On commence par le psaume 109, et on va jusqu'au psaume 147. 14 Mais on ne chante pas les psaumes 117 à 127, ni les psaumes 133 et 142. On les garde pour d'autres offices. 15 Tous les autres psaumes, on les dira à Vêpres. 16 Comme il manque trois psaumes, on divise en deux parties ceux qui sont plus longs, c'est-à-dire les psaumes 138, 143 et 144. 17 Le psaume 116 est court, c'est pourquoi on le dit avec le psaume 115. 18 Voilà l'ordre des psaumes pour Vêpres. Le reste, c'est-à-dire la lecture, le répons, l'hymne, le verset et le cantique, on le dira comme nous l'avons réglé plus haut.

LES PSAUMES DE COMPLIES
19 A Complies, chaque jour, on répète les mêmes psaumes, c'est-à-dire les psaumes 4, 90 et 133.

19. NOTRE ATTITUDE PENDANT LE CHANT DES PSAUMES

1 Nous croyons ceci : Dieu est présent partout, et « partout les yeux du Seigneur regardent les bons et les
méchants » (Proverbes 15, 3). 2 Mais nous devons le croire surtout et en être bien plus certains encore quand nous participons au Service de Dieu. 3 C'est pourquoi rappelons-nous toujours les paroles du Prophète : « Servez le Seigneur avec un respect confiant » (Psaume 2, 11). 4 Et encore : « Chantez les psaumes avec sagesse » (Psaume 46, 8). 5 Et : « Je chanterai pour toi en présence des anges » (Psaume 137, 1). 6 Alors faisons bien attention à notre attitude en présence de Dieu et de ses anges. 7 Et quand nous chantons les psaumes, tenons-nous de telle sorte que notre esprit soit d'accord avec notre voix.

AUX VIGILES , ON RÉCITE
TOUS LES AUTRES PSAUMES
20 Voilà l'ordre des psaumes pour la journée. Tous les autres psaumes qui restent, on les distribue de façon égale entre les Vigiles des sept nuits de la semaine. 21 Les psaumes qui sont plus longs, on les partage en deux. Ainsi, on dit douze psaumes ou parties de psaumes chaque nuit.

LES VRAIS MOINES CHANTENT AU MOINS
LES 150 PSAUMES CHAQUE SEMAINE
22 Avant tout, nous insistons sur ce point : si l'ordre des psaumes donné ici ne plaît pas à quelqu'un, il peut choisir un autre ordre qu'il juge meilleur. 23 En tout cas, il faut absolument que, chaque semaine, les frères chantent les 150 psaumes en entier. Et, aux Vigiles du dimanche, on les recommence toujours dans le même ordre. 24 Si, pendant la semaine, les moines ne chantent pas les 150 psaumes avec les cantiques habituels, ils montrent vraiment trop de paresse dans le service qu'ils ont promis. 25 En effet, nous lisons que nos saints Pères ont fait cela courageusement en un seul jour ! Et nous, qui n'avons pas la même ardeur, hélas, nous devons chanter au moins tous les psaumes en une semaine.


20. PRIER AVEC GRAND RESPECT

1 Quand nous voulons demander quelque chose à des gens puisssants, nous n'osons le faire qu'avec humilité et grand respect. 2 Alors, quand nous supplions le Seigneur, le Dieu du monde entier, nous devons le faire avec plus d'humilité encore, avec un coeur pur et tout donné à Dieu. 3 Et nous le savons : Dieu nous exaucera, si nous prions non pas avec beaucoup de paroles, mais avec un coeur pur, peiné jusqu'aux larmes d'avoir offensé Dieu. 4 C'est pourquoi la prière doit être courte et pure, sauf si Dieu, dans sa bonté, nous touche et nous inspire de prier plus longtemps. 5 Mais, en communauté, la prière sera très courte. Et, dès que le supérieur donnera le signal, les frères se lèveront tous ensemble.

21. LES DOYENS DU MONASTÈRE

1 Si la communauté est nombreuse, on choisira parmi les moines des frères que les autres reconnaissent comme bons et qui vivent selon Dieu. 2 On en fera des doyens. Pour toutes choses, ils prendront soin de leur groupe de dix frères, en obéissant aux commandements de Dieu et aux ordres de leur abbé. 3 On choisira comme doyens des frères sur lesquels l'abbé peut compter pour partager avec eux le poids de sa charge. 4 On ne les choisira pas selon la date de leur entrée au monastère, mais selon le mérite de leur vie et la sagesse de leur enseignement. 5 Si, par hasard, l'un de ces doyens se gonfle d'orgueil et mérite des reproches, on l'avertira une fois, deux fois, trois fois. S'il ne veut pas se corriger, on lui enlèvera la responsabilité qu'il a, 6 et on mettra à sa place un frère qui a les qualités nécessaires. 7 Pour le second du monastère, nous décidons la même chose.

22. COMMENT DORMENT LES MOINES

UN LIT POUR CHACUN, UN DORTOIR POUR TOUS
1 Chacun a un lit pour dormir. 2 On donne aux frères ce qu'il faut pour la nuit, selon leur genre de vie et comme l'abbé l'a décidé. 3 Autant que possible, tous dorment dans un même lieu. Quand ils sont trop nombreux, ils dorment par groupes de 10 ou 20, avec les anciens qui prennent soin d'eux. 4 Dans ce dortoir, une lampe brûle toute la nuit jusqu'au matin. 5 Les frères dorment habillés, avec une ceinture ou une corde autour des reins. Quand ils sont couchés, ils n'auront pas de couteau à leur côté, pour ne pas se blesser en dormant.

AU SIGNAL, TOUS SE LÈVENT SANS RETARD
6 Ainsi, les moines sont toujours prêts (Luc 12, 35-40), et quand on donne le signal, ils se lèvent sans retard. Et chacun se dépêche pour arriver le premier au Service de Dieu, mais tout de même avec sérieux et avec calme.
7 Les jeunes frères n'ont pas leur lit les uns près des autres, mais ils dorment au milieu des anciens. 8 Quand les moines se lèvent pour le Service de Dieu, ils s'encouragent doucement les uns les autres et ainsi ils enlèvent toute excuse aux dormeurs.

23. MISE A L'ÉCART DE LA COMMUNAUTÉ A CAUSE DES FAUTES

1 Un frère résiste ou il refuse d'obéir, il est orgueilleux ou il murmure, il fait quelque chose contre la sainte Règle ou contre les ordres de ses anciens, et il leur montre du mépris. 2 Dans ce cas, ses anciens doivent l'avertir en particulier une fois, puis deux fois, comme notre Seigneur le demande (Mt 18, 15). 3 S'il ne change pas, on lui fait des remarques en public, devant tous les frères. 4 Quand, malgré cela, il ne se corrige pas, on le met à l'écart de la communauté, s'il comprend le sens de cette punition. 5 Mais s'il a la tête trop dure, on le punit dans son corps.

24. COMMENT METTRE UN FRÈRE A L'ÉCART DE LA COMMUNAUTÉ

1 La mise à l'écart et la punition dépendent de l'importance de la faute. 2 C'est l'abbé qui juge l'importance des fautes. 3 Quand un frère a fait une faute légère, il ne prend pas son repas avec les autres. 4 Voici comment on traite celui qui est privé des repas en commun : à l'oratoire, il ne dit plus seul les psaumes ou les antiennes, il ne fait plus de lecture, avant d'avoir réparé sa faute. 5 Il mange seul, après le repas des frères. 6 Par exemple, quand les frères mangent à midi, ce frère mange à trois heures de l'après-midi. Quand les frères mangent à trois heures de l'après midi, lui, il mange le soir. 7 Et cela dure jusqu'au moment où il a réparé sa faute comme il faut, et où il obtient son pardon.

25. LES FAUTES GRAVES

1 Le frère qui est coupable d'une faute grave sera privé à la fois du réfectoire et de l'oratoire. 2 Aucun frère n'ira le trouver pour lui tenir compagnie ou lui parler. 3 Il sera seul pour faire le travail qu'on lui a commandé et il restera dans la tristesse que lui cause son repentir. En effet, il connaît la phrase terrible de l'apôtre Paul : 4 « Cet homme-là, on fait mourir son corps pour que son esprit soit sauvé le jour où le Seigneur viendra » (1 Corinthiens 5, 5). 5 Ce frère mangera seul. Pour la quantité de nourriture et l'heure du repas, c'est l'abbé qui jugera ce qui est bon pour lui. 6 En passant près de lui, personne ne le bénira, ni lui, ni la nourriture qu'on lui donne.

26. CEUX QUI, SANS PERMISSION, VONT TROUVER LES FRÈRES MIS A L'ÉCART

1 Quand un moine, sans un ordre de l'abbé, se permet d'aller trouver, d'une façon ou d'une autre, un frère mis à l'écart de la communauté, ou bien de lui parler ou de lui envoyer un message, 2 on le punira en le mettant à l'écart de la communauté, comme l'autre frère.
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27. L'ABBÉ DOIT PRENDRE GRAND SOIN DES FRÈRES MIS A L'ÉCART

1 L'abbé prendra un très grand soin des frères qui ont fait des fautes. En effet, « ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Matthieu 9,12).

L'ABBÉ AGIRA COMME UN SAGE MÉDECIN
2 C'est pourquoi l'abbé doit se servir de tous les moyens comme un sage médecin. Il envoie auprès de ce moine des frères anciens et sages. 3 Comme en secret, ils consolent ce frère peu solide. Ils lui conseillent de réparer sa faute avec un coeur humble. Ils « le consolent pour qu'il ne tombe pas dans une tristesse trop grande » (2 Cor. 2, 7)
4 Et, comme l'apôtre Paul le dit encore : il faut « aimer ce frère davantage » (2 Corinthiens 2, 8), et tous prieront pour lui.

L'ABBÉ AGIRA COMME LE BON BERGER
5 L'abbé doit faire tout ce qu'il faut et très vite, pour ne pas perdre une seule brebis du troupeau que Dieu lui a confié. Pour cela, il se sert de toute son intelligence et de toute son habileté. 6 En effet, il le sait : il a reçu la charge de conduire des personnes malades et non pas de faire peser un pouvoir exagéré sur des personnes en bonne santé.
7 Il aura peur de la menace que Dieu a faite par la bouche du prophète Ézékiel : « Les brebis que vous trouviez grasses, vous les avez prises. Mais les faibles, vous les avez chassées » (Ézékiel 34, 3-4). 8 L'abbé imitera la tendresse du bon berger (Jean 10, 11) qui laisse ses 99 brebis sur les montagnes pour aller chercher une seule brebis perdue. 9 Il a tellement pitié de la faiblesse de cette brebis qu'il va jusqu'à la mettre sur ses épaules saintes et il la ramène ainsi vers le troupeau (Matthieu 18, 12 ; Luc 15, 4-5).

28. CEUX QUI NE VEULENT PAS CHANGER MALGRÉ DE NOMBREUX REPROCHES

L'ABBÉ AGIRA COMME UN MÉDECIN
AVEC CEUX QUI NE SE CORRIGENT PAS
1 Un frère reçoit souvent des reproches pour une faute. Il a même été mis à l'écart de la communauté. S'il ne change pas, on le punira plus durement, c'est-à-dire on le frappera. 2 Malgré cela, il ne se corrige pas. De plus, emporté par l'orgueil - espérons que non ! -, il veut prouver que sa conduite est juste. Dans ce cas, l'abbé agira comme un sage médecin. 3 Il applique d'abord un médicament doux, c'est-à-dire des conseils qui calment la douleur et qui encouragent. Puis il présente au frère la Parole de Dieu pour le guérir. Enfin, il brûle sa plaie en le mettant à l'écart et il lui donne des coups de bâton. 4 Si l'abbé voit que tout ce qu'il fait ne sert à rien, alors il emploie un remède meilleur que les autres. 5 Il va prier et tous les frères vont prier aussi pour ce frère malade, afin que le Seigneur qui peut tout lui rende la santé.

SI LE FRÈRE NE GUÉRIT PAS, L'ABBÉ LE CHASSERA DU MONASTÈRE
6 Pourtant ce frère ne guérit pas, même avec ce remède. Alors l'abbé le coupera de la communauté. Il suivra la parole de l'apôtre Paul : « Enlevez l'homme mauvais du milieu de vous » (1 Corinthiens 5, 13). 7 L'apôtre dit encore : « Quand celui qui n'est pas fidèle veut partir, qu'il parte ! » (1 Corinthiens 7, 15). 8 Sinon, une seule brebis malade va donner la maladie à tout le troupeau.

29. DOIT-ON RECEVOIR DE NOUVEAU LES FRÈRES QUI ONT QUITTÉ LE MONASTÈRE ?

1 Un frère est sorti du monastère par sa faute. Il veut revenir. Alors il promettra d'abord de se corriger tout à fait de la faute qui a causé son départ. 2 Ensuite, on le reçoit au dernier rang. Cela permet de voir si son coeur est vraiment humble. 3 S'il quitte encore le monastère, on le recevra de cette façon jusqu'à trois fois. Mais, après cela, il saura qu'il ne pourra plus jamais revenir.

30. COMMENT CORRIGER LES JEUNES ENFANTS

1 Il faut traiter chacun selon son âge et selon son jugement. 2 C'est pourquoi voici comment on punira les enfants, les adolescents ou les adultes qui ne peuvent pas comprendre la gravité de la mise à l'écart de la communauté. 3 Quand ils font des fautes, on les fait beaucoup jeûner ou bien on les frappe très fort pour les guérir.

31. LES QUALITÉS QUE LE CELLÉRIER DU MONASTÈRE DOIT AVOIR

1 Comme cellérier du monastère, on choisira dans la communauté un frère sage et de caractère mûr, sobre dans le boire et le manger. Il n'est pas orgueilleux, ni agité, ni injuste, ni lent, ni dépensier, 2 mais animé d'un respect confiant envers Dieu. Pour toute la communauté il sera comme un père.

COMMENT AGIT-IL AVEC SES FRÈRES ?
3 Il prendra soin de tous. 4 Il ne fera rien sans ordre de l'abbé. 5 Il obéira avec soin aux ordres qu'il reçoit. 6 Il ne fera pas de peine à ses frères. 7 Si un frère lui demande quelque chose qui n'est pas raisonnable, le cellérier ne le rendra pas triste en lui montrant du mépris. Mais, humblement, il refusera avec raison à celui qui a fait une mauvaise demande. 8 Le cellérier veillera sur lui-même et il se rappellera toujours cette parole de l'apôtre Paul : « Celui qui fait bien son service se prépare une place d'honneur » (1 Timothée 3, 13). 9 Il prendra le plus grand soin des malades, des enfants, des hôtes et des pauvres. Il sera tout à fait sûr qu'au jour du jugement il rendra compte à Dieu de sa façon d'agir avec eux tous.

LE CELLÉRIER RESPECTE LES BIENS DU MONASTÈRE
10 Tous les objets du monastère et tous ses biens, il les regarde comme les vases sacrés de l'autel. 11 Pour le cellérier, rien ne sera sans importance. 12 Il ne sera pas avare. Il ne sera pas non plus dépensier et il ne gaspillera pas les biens du monastère. Mais il fera tout avec mesure, en suivant les ordres de l'abbé.

IL EST UN SERVITEUR AIMABLE
13 Avant tout, il sera humble. Et quand il ne peut pas satisfaire quelqu'un, il lui répondra aimablement. 14 En effet, la Bible dit : « Une parole aimable vaut mieux que tous les cadeaux » (Siracide 18, 17). 15 Tout ce que l'abbé lui confie, le cellérier s'en chargera avec soin. Ce que l'abbé lui interdit, il ne se permettra pas de s'en occuper.
16 Il servira aux frères la part qui leur revient. Il le fera sans orgueil et sans retard, pour ne pas les faire tomber dans le péché. Il se rappellera la parole du Christ, et la punition méritée par celui qui « fait tomber dans le péché un seul de ces petits » (Mt 18, 6).

LES AIDES DU CELLÉRIER
17 Quand la communauté est nombreuse, on donnera des aides au cellérier. Alors, avec eux, lui aussi pourra faire le travail qu'on lui a confié en gardant la paix.

PERSONNE NE SERA INQUIET OU TRISTE DANS LA MAISON DE DIEU
18 Au moment qui convient, on donnera ce qu'il faut donner et on demandera ce qu'il faut demander. Alors personne ne sera troublé ou triste dans la maison de Dieu.

32. LES OUTILS ET LES OBJETS DU MONASTÈRE

1 Pour s'occuper des biens du monastère : outils, vêtements et tous les autres objets, l'abbé choisit des frères en qui il a confiance. C'est leur bonne conduite et leur façon de faire qui guident son choix. 2 L'abbé leur donne la responsabilité de ces différents objets, comme il le juge bon. Alors les frères en prennent soin et ils les rangent.
3 L'abbé aura la liste de ces choses. Ainsi, quand les frères se succèdent dans un service, l'abbé sait ce qu'il donne et ce qu'il reçoit. 4 Si quelqu'un traite les objets du monastère sans propreté ou avec négligence, on lui fera des reproches. 5 Si ce frère ne se corrige pas, on le punira selon la Règle.

33. LES MOINES PEUVENT - ILS AVOIR QUELQUE CHOSE A EUX ?

1 Posséder égoïstement est un penchant mauvais. Avant tout, il faut l'arracher du monastère avec ses racines !
2 Personne ne se permettra de donner ou de recevoir quelque chose sans ordre de l'abbé. 3 Et personne n'aura quelque chose à soi, rien, absolument rien : ni livre, ni cahier, ni crayon, rien du tout. 4 En effet, les moines n'ont pas même le droit d'être propriétaires de leur corps et de leur volonté !

L'ABBÉ DONNE AUX MOINES CE QUI EST NÉCESSAIRE
5 Mais tout ce qui est nécessaire, on le demande au père du monastère. Et on n'a pas le droit d'avoir quelque chose, quand l'abbé ne l'a pas donné ou permis.

TOUT EST COMMUN A TOUS
6 « Tout sera commun à tous », comme c'est écrit dans la Bible (Actes 4, 32). Personne ne dira : « Cet objet est à moi », et on n'osera pas le prendre pour soi. 7 Si l'on s'aperçoit qu'un frère cultive avec plaisir ce penchant vraiment mauvais, on l'avertira une fois, deux fois. 8 S'il ne se corrige pas, on le punira.

34. TOUS DOIVENT-ILS RECEVOIR LES CHOSES NÉCESSAIRES DE FAÇON ÉGALE ?

1 On fera comme c'est écrit dans les Actes des Apôtres : « On donnait à chacun selon ses besoins » (Actes 4, 35).
2 Nous ne voulons pas dire qu'il faut faire des différences entre les moines. Surtout pas ! Mais on fera attention à ceux qui sont faibles.
3 Quand un moine a besoin de moins de choses, il remerciera Dieu et il ne sera pas triste.

4 Quand un autre a besoin de plus de choses, il se jugera petit parce qu'il est faible. Il ne se croira pas grand parce qu'on est bienveillant envers lui. 5 Ainsi tous les membres seront dans la paix. 6 Avant tout, les moines ne laisseront jamais apparaître le mal du murmure, sous aucun prétexte, ni en paroles, ni en gestes. 7 Si on voit quelqu'un murmurer, on le punira très sévèrement.


35. LES CUISINIERS DE LA SEMAINE

QUI FAIT LE SERVICE DE LA CUISINE ?
1 Les frères se serviront les uns les autres. Donc personne ne sera dispensé du service de la cuisine, sauf si un frère est malade, ou s'il s'occupe de choses plus importantes. 2 En effet, ce service augmente la récompense et fait grandir l'amour. 3 Ceux qui n'ont pas beaucoup de force, on leur donne des aides pour qu'ils ne travaillent pas avec tristesse. 4 D'ailleurs, tous auront des aides, selon l'importance de la communauté et la situation du monastère. 5 Quand la communauté est nombreuse, le cellérier ne fait pas la cuisine. Ceux qui s'occupent de choses plus importantes ne la font pas non plus, comme on l'a déjà dit. 6 Mais tous les autres frères se serviront mutuellement avec amour.

COMMENT BIEN FAIRE LE SERVICE DE LA CUISINE
7 Celui qui a fini son travail de semaine nettoie tout, le samedi. 8 On lave les linges avec lesquels les frères s'essuient les mains et les pieds. 9 Le cuisinier qui a fini la semaine et le frère qui va la commencer lavent aussi les pieds de tous. 10 Le cuisinier rend au cellérier les ustensiles de son service. Ils seront propres et en bon état. 11 Puis le cellérier les donne au cuisinier qui commence la semaine. Ainsi il sait ce qu'il donne et ce qu'il reçoit. 12 Quand on ne mange qu'une fois dans la journée, les cuisiniers de la semaine reçoivent chacun avant le repas de la boisson et du pain, en plus de leur part habituelle. 13 Ainsi, au moment du repas, ils peuvent servir leurs frères sans murmurer et sans trop de fatigue. 14 Mais les jours de fête, ils attendront jusqu'aux prières de la fin du repas.

LA PRIÈRE AVANT ET APRÈS LA SEMAINE DE SERVICE
15 Le dimanche, tout de suite après Laudes, les cuisiniers qui vont commencer leur semaine de service et ceux qui l'ont finie se mettent à genoux devant tous, à l'oratoire, et ils demandent aux frères de prier pour eux. 16 Le cuisinier qui a fini la semaine dit ce verset : « Tu es béni, Seigneur mon Dieu, tu m'as aidé et consolé ! » (Psaume 85, 17).
17 Il dit ce verset trois fois et il reçoit une bénédiction. Celui qui commence la semaine vient ensuite et il dit : « Dieu, viens à mon aide. Seigneur, vite à mon secours ! » (Psaume 69, 2). 18 Et tous répètent ce même verset trois fois. Le nouveau cuisinier reçoit une bénédiction, puis il commence la semaine.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 12:10
Extase de Saint-Benoît
Jean Restout (1692-1768)


PROLOGUE
ÉCOUTE, MON FILS !

1 Écoute, mon fils, l'enseignement du maître, ouvre l'oreille de ton coeur ! Accepte volontiers les conseils d'un père qui t'aime et fais vraiment tout ce qu'il te dit. 2 En travaillant ainsi à obéir, tu reviendras vers Dieu. En effet, en refusant d'obéir par manque de courage, tu étais parti loin de lui. 3 Maintenant, c'est donc à toi que je parle, à toi, c'est-à-dire à tout homme qui renonce à faire sa volonté égoïste et qui prend les armes très fortes et belles de l'obéissance pour combattre sous les ordres du Christ, le vrai Roi, notre Seigneur. 4 Avant tout, quand tu commences à faire quelque chose de bien, supplie le Seigneur par une très ardente prière de conduire lui-même cette action jusqu'au bout. 5 Il a bien voulu faire de nous ses enfants. Aussi nous ne devons jamais lui faire de la peine par notre mauvaise conduite. 6 Oui, les dons qu'il a mis en nous, nous devons toujours nous en servir pour lui obéir. Sinon, il sera comme un père en colère qui punit ses enfants et il nous enlèvera notre héritage. 7 Et même, si nous refusons de le suivre jusqu'à la gloire, il sera comme un maître terrible qui se fâche à cause de nos fautes. Et il nous condamnera à une punition sans fin comme des serviteurs très mauvais.

OUVRONS NOS YEUX A LA LUMIERE DE DIEU !
8 Levons-nous donc enfin une bonne fois ! La Bible nous réveille en disant : « C'est le moment de sortir du sommeil » (Romains 13, 11). 9 Ouvrons nos yeux à la lumière de Dieu. Laissons la voix puissante de Dieu frapper nos oreilles, et écoutons ce qu'elle nous dit. Tous les jours elle nous crie : 10 « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, ne fermez pas votre coeur ! » (Psaume 94, 8). 11 Et encore : « Si vous avez des oreilles pour entendre, écoutez ce que l'Esprit dit aux Églises » (Apocalypse 2, 7). 12 Et que dit-il, l'Esprit ? « Venez, mes fils, écoutez-moi ! Je vous enseignerai le respect confiant envers le Seigneur » (Ps 33, 12). 13 Courez pendant que vous avez la lumière de la vie. Alors la nuit de la mort ne vous surprendra pas » (Jean 12, 35).

LE SEIGNEUR CHERCHE SON OUVRIER
14 Le Seigneur cherche pour lui un ouvrier, c'est pourquoi il lance cet appel à la foule. Il dit encore : 15 « Qui veut la vie ? Qui désire le bonheur ? » (Psaume 33, 13). 16 Si tu entends cet appel et si tu réponds : « Moi », Dieu te dit :
17 « Est-ce que tu veux la vraie vie, la vie avec Dieu pour toujours ? Alors,empêche ta langue de dire des paroles méchantes, interdis à ta bouche de mentir. Tourne le dos au mal et fais le bien. Cherche la paix et poursuis-la toujours » (Psaume 33, 14-15). 18 Quand vous aurez fait cela, mes yeux vous regarderont, mes oreilles écouteront vos prières. Avant que vous m'appeliez, je dirai : « Me voici ! » (Psaume 33, 16 ; Isaïe 58, 9 ; 65, 24). 19 Frères bien-aimés, qu'elle est douce cette voix du Seigneur qui nous invite ! 20 Voyez : dans sa tendresse, le Seigneur nous montre le chemin de la vie (Psaume 15, 10). 21 C'est pourquoi prenons pour ceinture la foi et la pratique des actions bonnes (Éphésiens 6, 14-15). Laissons-nous conduire par l'Évangile et avançons sur les chemins du Seigneur. Alors nous mériterons de le voir, lui qui nous appelle dans son Royaume (1 Thessaloniciens 2, 12). 22 Si nous voulons habiter chez lui, dans son Royaume, le seul moyen, c'est de courir, et nous courons quand nous faisons des actions bonnes. Sinon, nous n'y parviendrons jamais.

SEIGNEUR, QUI HABITERA DANS TA MAISON ?
23 Avec le Prophète, posons cette question au Seigneur : « Seigneur, qui habitera dans ta maison ? Qui reposera sur ta sainte montagne ? » (Psaume 14,1). 24 Frères, après cette question, écoutons la réponse du Seigneur qui nous montre le chemin de sa maison. 25 Il nous dit : « Celui qui habitera chez moi, c'est celui qui marche sans pécher et qui accomplit ce qui est juste. 26 C'est celui qui dit la vérité au fond de son coeur et qui ne trompe pas les autres avec sa langue. 27 C'est celui qui ne fait pas de mal aux autres et qui n'est pas d'accord quand on insulte un frère » (Psaume 14, 2-3). 28 C'est aussi celui qui chasse loin des yeux de son coeur l'esprit du mal qui le tente avec les mauvaises pensées qu'il lui donne. Il jette à terre cet esprit et il détruit ses pensées. Quand elles sont encore toutes petites, et dès qu'elles commencent à le tenter, il les prend et les écrase contre le Christ (Psaumes 14, 4 ; 136, 9). 29 Ces gens-là respectent le Seigneur avec confiance. Alors ils ne se croient pas au-dessus des autres à cause de leur bonne conduite, mais ils reconnaissent une chose : le bien qui est en eux, il ne vient pas d'eux-mêmes mais du Seigneur. 30 Ils rendent gloire au Seigneur qui travaille en eux, et avec le Prophète ils disent : « Seigneur, donne la gloire à ton nom, mais pas à nous, pas à nous ! » (Psaume 113 b, 1). 31 De même, l'apôtre Paul ne pense pas du tout que le succès de ses paroles vient de lui. Il dit : « Je suis devenu l'homme que je suis grâce au don de Dieu » (1 Corinthiens 15, 10). 32 Il dit encore : « Celui qui veut avoir une raison d'être fier, qu'il soit fier dans le Seigneur » (2 Corinthiens 10, 17). 33 C'est pourquoi le Seigneur dit dans l'Évangile : « Celui qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je le compare à un homme sage qui a construit sa maison sur le rocher. 34 Les fleuves ont débordé, le vent a soufflé avec force contre cette maison. Mais la maison n'est pas tombée, parce qu'elle était construite sur le rocher » (Matthieu 7, 24-25).

LE SEIGNEUR ATTEND NOTRE RÉPONSE
35 Voilà ce que le Seigneur nous dit, et maintenant il attend de nous ceci : que, jour après jour, nous répondions par nos actes à ses bons conseils. 36 Si Dieu nous donne encore des jours à vivre, c'est pour nous laisser le temps de corriger notre conduite mauvaise. 37 En effet, l'apôtre Paul écrit : « La patience de Dieu veut t'amener à changer de vie, est-ce que tu ne le sais pas ? » (Romains 2, 4). 38 Et dans sa tendresse, le Seigneur dit : « Je ne veux pas la mort du pécheur. Je veux qu'il revienne à moi et qu'il vive » (Ézékiel 18, 23 ; 33, 11).

MAINTENANT OBÉISSONS AUX COMMANDEMENTS DU SEIGNEUR !
39 Frères, nous avons demandé au Seigneur : « Qui habitera dans ta maison ? » Nous avons entendu sa réponse. Il nous a imposé ses conditions pour y habiter. A nous de remplir ces conditions ! 40 Préparons donc nos coeurs et nos corps à combattre pour obéir fidèlement aux commandements du Seigneur. 41 Et pour les choses qui nous paraissent trop difficiles, prions le Seigneur de nous aider en nous donnant sa force à lui. 42 Si nous voulons éviter de souffrir loin de Dieu pour toujours, si nous voulons parvenir à la vie qui ne finit pas, 43 il est encore temps. Pendant que nous sommes dans notre corps, nous pouvons faire tout cela avec la lumière de cette vie. 44 Alors, dès maintenant, courons et faisons ce qui nous sera utile pour toujours.

L'ÉCOLE POUR LE SERVICE DU SEIGNEUR
45 C'est pourquoi nous voulons organiser une école pour apprendre à servir le Seigneur. 46 Dans cette école, nous l'espérons, nous n'imposerons rien de dur, rien de pénible. 47 Pourtant, il y aura peut-être des choses un peu plus difficiles pour des raisons justes. En effet, il faut bien corriger les défauts et garder l'amour entre les frères. 48 Mais ne te laisse pas tout de suite troubler par la peur et n'abandonne pas le chemin du salut. Au début il est toujours étroit (Matthieu 7, 14). 49 Mais, à mesure qu'on avance dans la vie religieuse et dans la foi, le coeur devient large. Et l'on se met à courir sur le chemin des commandements de Dieu (Ps 118, 32), le coeur rempli d'un amour si doux qu'il n'y a pas de mots pour le dire. 50 Ainsi, nous n'abandonnerons jamais Dieu, notre maître, et chaque jour, dans le monastère, jusqu'à la mort, nous continuerons à faire ce qu'il nous enseigne. Alors, par la patience, nous participerons aux souffrances du Christ et nous mériterons ainsi d'être avec lui dans son Royaume (Rm 8, 17). AMEN.

1. LES DIFFÉRENTES SORTES DE MOINES

1 Il y a quatre sortes de moines, c'est clair !

LES CÉNOBITES
2 La première est celle des cénobites. Ils vivent ensemble dans un monastère. Ils combattent au service de Dieu, guidés par une Règle et un abbé.

LES ERMITES
3 La deuxième sorte de moines est celle des anachorètes, c'est-à-dire des ermites. Ces moines ne sont plus des débutants dans la première ferveur de leur vie religieuse. Mais, au monastère, on les a éprouvés longtemps 4 et, avec l'aide de beaucoup d'autres, ils ont appris à lutter contre l'esprit du mal. 5 Maintenant ils sont bien entraînés au combat. Alors ils peuvent laisser leurs frères d'armes pour aller lutter seuls dans le désert. Ils sont assez forts. Ils n'ont plus besoin du secours des autres. Dieu les aide. C'est pourquoi ils sont capables de lutter avec leurs seules forces contre les tentations qui viennent du corps et des pensées.

LES SARABAÏTES
6 La troisième sorte de moines est celle des sarabaïtes. C'est une race tout à fait détestable. Aucune Règle n'a éprouvé ces gens-là comme l'or dans le feu (Sg 3, 6). Et pourtant, quand nous pratiquons une Règle, l'expérience nous instruit. Aussi ils sont mous comme du plomb . 7 Par leurs actions, ils montrent qu'ils sont encore attachés au monde. Ils se font raser le crâne, mais c'est un mensonge envers Dieu, on le voit bien ! 8 Ils vivent à deux ou trois, ou même seuls, comme des brebis sans berger. Ils sont enfermés dans leur enclos et non dans l'enclos du Seigneur. Faire ce qui leur plaît, voilà leur loi. 9 Toutes les pensées qu'ils ont, toutes les décisions qu'ils prennent, ils les disent saintes. Mais pour les choses qu'ils ne veulent pas faire, ils pensent : « Nous n'avons pas le droit de les faire. »

LES GYROVAGUES
10 La quatrième sorte de moines est celle des gyrovagues, c'est leur nom. Ils passent toute leur vie à courir d'une région à l'autre. Pendant trois ou quatre jours, ils se font loger dans les maisons des moines, tantôt chez les uns, tantôt chez les autres. 11 Ils sont toujours sur les routes, ils ne restent jamais au même endroit. Ils sont esclaves de leurs désirs et ils ne cherchent qu'à bien manger. En tout, ils sont pires que les sarabaïtes. 12 La vie religieuse de tous ces gens-là est très mauvaise. Mieux vaut se taire que d'en parler ! 13 Laissons donc ces moines de côté et, avec l'aide du Seigneur, organisons la famille très forte des cénobites.

2. LES QUALITÉS QUE L'ABBÉ DOIT AVOIR

1 L'abbé, celui qui est digne d'être à la tête du monastère, doit toujours se rappeler le nom qu'on lui donne. Il doit prouver par ses actes son nom de « supérieur ». 2 En effet, au regard de la foi, il tient dans le monastère la place du Christ, puisqu'on l'appelle du même nom que le Christ. 3 L'apôtre Paul écrit : « Vous avez reçu l'Esprit Saint. Il fait de vous des enfants de Dieu et, par l'Esprit, nous crions à Dieu : Abba, Père » (Romains 8, 15). 4 C'est pourquoi l'abbé ne doit rien enseigner, rien établir, rien ordonner en dehors des commandements du Seigneur. 5 Mais ses ordres et ses enseignements agiront comme un ferment pour répandre la justice de Dieu dans le coeur de ses disciples. 6 L'abbé doit toujours se rappeler ceci : le jour terrible où Dieu jugera les hommes, il examinera ces deux choses : son enseignement et l'obéissance de ses disciples. 7 L'abbé doit le savoir : si, parmi ses brebis, le père de famille en trouve une en mauvais état, c'est le berger qui en portera la responsabilité. 8 Au contraire, si le berger se fatigue beaucoup pour des brebis qui ne restent pas tranquilles et qui n'obéissent pas, s'il fait tout ce qu'il peut pour les guérir de leurs actions mauvaises, 9 au jour du jugement, le Seigneur le déclarera innocent. Avec le Prophète, l'abbé dira au Seigneur : « Ta justice, je ne l'ai pas cachée dans mon coeur. Ta vérité et ton salut, je les ai annoncés » (Psaume 39, 11). « Pourtant ces gens-là se sont moqués de mes paroles et ils m'ont méprisé » (Isaïe 1, 2 ; Ézékiel 20, 27). 10 Alors, à la fin, ces brebis qui ont résisté aux soins de l'abbé seront punies par la mort qui les vaincra.

COMMENT L'ABBÉ ENSEIGNE
11 C'est pourquoi, quand quelqu'un reçoit le nom d'« abbé » , il doit conduire ses disciples en les enseignant de deux façons : 12 Tout ce qui est bon et saint, il le montre par ses paroles, et encore plus par son exemple. Pour les disciples qui ont le coeur docile, c'est par ses paroles que l'abbé présente les commandements du Seigneur. Mais pour ceux qui ont le coeur dur et pour ceux qui comprennent moins bien, c'est par son exemple qu'il fait voir les commandements de Dieu. 13 Et quand l'abbé explique à ses disciples ce qui est mal, c'est aussi par son exemple qu'il montre qu'on ne doit pas le faire. Sinon, lui qui enseigne aux autres, il sera condamné (1 Cor. 9, 27). 14 Et s'il commet des péchés, un jour Dieu lui dira : « Tu récites mes commandements : mais pourquoi ? Tu parles de mon alliance : pourquoi donc ? Toi, tu détestes tout règlement. Tu jettes mes paroles derrière toi ! » (Psaume 49, 16-17). 15 Et aussi : « Tu remarques la paille dans l'oeil de ton frère, mais tu ne remarques pas la poutre qui est dans le tien ! » (Matthieu 7, 3).

L'ABBÉ AIME TOUS LES FRÈRES SANS FAIRE DE DIFFÉRENCE
16 Dans le monastère, l'abbé ne fera pas de différence entre les moines. 17 Il n'aimera pas un frère plus qu'un autre, sauf s'il en trouve un qui agit mieux ou qui obéit mieux que les autres. 18 Il ne fera pas passer l'homme libre avant celui qui était esclave, sauf pour une bonne raison. 19 Mais si, pour une raison juste, l'abbé pense qu'il faut agir ainsi, il le fera sans tenir compte du rang des frères dans la communauté. En dehors de ce cas, chacun gardera son rang d'entrée au monastère. 20 En effet, esclave ou homme libre, tous nous sommes un dans le Christ (Galates 3, 28) et nous portons tous la charge du même service pour l'unique Seigneur. Non, Dieu ne fait pas de différence entre les hommes (Ac 10, 34 ; Rm 2, 11). 21 La seule chose qui compte à ses yeux, c'est d'être meilleurs que les autres par nos actions bonnes, et d'être humbles. 22 C'est pourquoi l'abbé aimera tous les frères d'un amour égal. Il appliquera les mêmes règles à tous, mais selon les mérites de chacun.

L'ABBÉ TIENT COMPTE DE CHAQUE FRÈRE
23 Dans son enseignement, il doit toujours pratiquer la règle de l'apôtre Paul : « Fais des reproches, encourage, menace » (2 Timothée 4, 2). 24 Voici ce que cela veut dire : l'abbé change sa façon de faire en tenant compte des moments et des personnes. Il est à la fois doux et exigeant. Il est sévère comme un maître ou affectueux comme un père. 25 Il doit faire des reproches plus durs à ceux qui n'obéissent pas et à ceux qui ne se tiennent pas tranquilles. Mais ceux qui obéissent, qui sont doux et patients, il les encourage à faire encore des progrès. Pour les négligents et pour ceux qui sont pleins de mépris, nous avertissons l'abbé : il doit les menacer et leur faire des reproches. 26 L'abbé ne fermera pas non plus les yeux sur les fautes de ceux qui se conduisent mal. Dès que ces fautes commencent à paraître, il les arrache avec leurs racines, pendant que c'est encore possible. Qu'il se rappelle le malheur d'Éli, le prêtre de Silo ! (1 Samuel 2, 27-34). 27 Les moines qui sont mieux disposés et qui comprennent, l'abbé les corrige par des paroles, en les avertissant une ou deux fois. 28 Mais ceux qui sont méchants, durs et orgueilleux, ceux qui refusent d'obéir, dès qu'ils commencent à faire le mal, il les empêche de continuer. Pour cela, il leur donne des coups, ou bien il punit leurs corps d'une autre façon 1. En effet, il connaît cette parole de la Bible : « Le fou, ce n'est pas avec des paroles qu'on le corrige » (Proverbes 29, 19). 29 Et aussi : « Frappe ton fils avec le bâton. Ainsi tu sauveras sa vie de la mort » (Proverbes 23, 14).

L'ABBÉ CONDUIT LES FRÈRES VERS DIEU
30 L'abbé doit toujours se rappeler ce qu'il est. Il doit toujours se rappeler le nom qu'on lui donne et savoir ceci : « Plus on confie de biens à quelqu'un, plus on lui demande de comptes » (Luc 12, 48). 31 Voici encore ce qu'il doit savoir : la responsabilité qu'il a est bien difficile et pénible ! Il s'agit à la fois de conduire des personnes et de se mettre au service de leurs caractères différents, c'est-à-dire être doux avec celui-ci, menacer celui-là, obtenir l'accord d'un troisième. 32 L'abbé s'adaptera à tous et changera sa façon de faire selon les dispositions et l'intelligence de chacun. Alors il n'y aura pas de perte dans le troupeau que Dieu lui confie. Mais, bien mieux, l'abbé sera dans la joie parce que ce bon troupeau grandit. 33 Avant tout, il ne laissera pas de côté le salut des frères que Dieu lui a confiés. Ce salut, l'abbé ne le regardera pas comme une petite chose, en donnant plus d'importance aux affaires de la terre. Ces affaires passent et elles ne durent pas. 34 Mais il pensera toujours qu'il a reçu la charge de conduire des personnes et qu'il devra en rendre compte. 35 Et si le monastère est pauvre, cela n'est pas une excuse. L'abbé se rappellera cette parole : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et Dieu vous donnera les autres choses en plus » (Matthieu 6, 33). 36 Et aussi : « Rien ne manque à ceux qui respectent Dieu avec confiance » (Psaume 33, 10). 37 L'abbé doit le savoir : celui qui a reçu la charge de conduire des personnes doit se préparer à en rendre compte. 38 Il peut être responsable de beaucoup de frères ou de peu. En tout cas, c'est certain et il doit le savoir : au jour du jugement, il rendra compte de tous ses frères au Seigneur, et de lui-même aussi, bien sûr ! 39 C'est pourquoi, lui, le berger, il craindra toujours l'examen qu'il passera un jour au sujet des brebis que Dieu lui a confiées. Ainsi, en faisant attention aux comptes qu'il va rendre pour les autres, il devient attentif aux comptes qu'il va rendre pour lui-même. 40 En aidant les autres à se corriger par ses remarques, l'abbé lui-même est amené à se corriger de ses défauts.

3. LA RÉUNION DES FRÈRES EN CONSEIL

1 Chaque fois qu'il y a des choses importantes à discuter dans le monastère, l'abbé réunit toute la communauté. Il présente lui-même l'affaire. 2 Il écoute les avis des frères. Ensuite il réfléchit seul. Puis il fait ce qu'il juge le plus utile. 3 Tous les frères sont appelés au conseil, comme nous l'avons dit. En effet, souvent le Seigneur découvre à un frère plus jeune ce qui est le mieux. 4 Les frères donneront leur avis avec respect et humilité. Ils ne se permettront pas de défendre leurs idées à tout prix. 5 Oui, c'est l'abbé qui décide. Il juge ce qui vaut mieux et tous lui obéiront. 6 Les disciples obéissent au maître, voilà ce qui convient. Mais le maître, lui, doit tout organiser avec prévoyance et justice. 7 En toutes choses donc, tous suivront la Règle. C'est elle qui commande, et personne n'aura l'audace de s'en éloigner. 8 Dans le monastère, aucun frère ne suivra le désir de son coeur à lui. 9 Et personne ne se permettra de s'opposer à son abbé avec orgueil, ni dans le monastère, ni en dehors. 10 Si un moine se le permet, on le punira selon la Règle. 11 Mais l'abbé, lui, fera tout en respectant Dieu avec confiance et il se soumettra à la Règle. Oui, c'est sûr et il le sait, il devra rendre compte de toutes ses décisions à Dieu, le juge parfaitement juste. 12 Quand il s'agit de choses moins importantes pour les besoins du monastère, l'abbé demandera l'avis des anciens seulement. 13 La Bible le dit : « Demande l'avis des autres pour toutes choses. Ensuite, quand c'est fait, tu n'as pas de regret » (Siracide 32, 24).

4. QUELS OUTILS UTILISER POUR FAIRE LE BIEN ?

OBÉIR AUX COMMANDEMENTS DE DIEU
1 Avant tout, « aimer le Seigneur Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toutes tes forces » (Marc 12, 30).
2 Puis, le prochain comme toi-même. (Marc 12, 31 ; Luc 10, 27).
3 Ensuite, ne pas tuer.
4 Ne pas prendre la femme d'un autre.
5 Ne pas voler.
6 Ne pas désirer avec envie ce que tu n'as pas.
7 Ne pas être un témoin qui ment.
8 Respecter tous les hommes.
9 Ne pas faire aux autres le mal que tu ne veux pas pour toi-même.

DIRE « NON » A TOI-MÊME ET AIMER LES AUTRES
10 Renoncer à toi-même pour suivre le Christ.
11 Mener durement ton corps.
12 Ne pas être gourmand.
13 Aimer le jeûne.
14 Donner à manger aux pauvres.
15 Donner des vêtements à ceux qui sont nus.
16 Visiter les malades.
17 Enterrer les morts.
18 Aider ceux qui sont dans le malheur.
19 Consoler ceux qui souffrent.
20 Te rendre étranger aux affaires du monde.
21 Ne rien préférer à l'amour du Christ.
22 Ne pas agir sous le coup de la colère.
23 Ne pas réserver un moment pour te venger.
24 Ne pas garder la ruse dans ton coeur.
25 Ne pas donner une paix qui est fausse.
26 Ne pas cesser d'aimer.
27 Ne pas jurer : cela évite de trahir ton serment.
28 Dire la vérité dans ton coeur comme dans ta bouche.
29 Ne pas rendre le mal pour le mal.
30 Ne pas être injuste avec les autres.
Mais si on est injuste avec toi, souffrir cela avec patience.
31 Aimer tes ennemis.
32 A ceux qui te jettent une malédiction, ne pas répondre par une malédiction,
mais plutôt par une bénédiction.
33 Accepter de souffrir durement pour la justice.
34 Ne pas être orgueilleux.
35 Ne pas aimer le vin.
36 Ne pas aimer manger beaucoup.
37 Ne pas dormir partout.
38 Ne pas être paresseux.
39 Ne pas murmurer.
40 Ne pas dire du mal des autres.

GARDER TON COEUR POUR DIEU
41 Mettre en Dieu ton espérance.
42 Le bien que tu vois en toi, reconnaître qu'il vient de Dieu et non de toi.
43 Le mal, au contraire, savoir que c'est toujours toi qui le fais, et qu'il vient de toi.
44 Craindre le jour du jugement.
45 Avoir très peur de souffrir loin de Dieu pour toujours.
46 Avec toute l'ardeur qui vient de l'Esprit Saint,
désirer vivre avec Dieu pour toujours.
47 Chaque jour, avoir la mort devant tes yeux.
48 A chaque moment de ta vie, surveiller ce que tu fais.
49 Partout, être sûr que Dieu te regarde.
50 Dès que des pensées mauvaises arrivent à ton coeur,
les détruire tout de suite en les écrasant contre le Christ (Psaume 136, 9),
puis les découvrir à un ancien qui vit selon l'Esprit de Dieu.
51 Éviter de dire des paroles mauvaises ou qui ne conviennent pas.
52 Ne pas aimer parler beaucoup.
53 Ne pas dire des paroles vides ou seulement pour faire rire.
54 Ne pas aimer rire beaucoup ou trop fort.
55 Écouter volontiers les lectures saintes.
56 Te prosterner souvent pour prier.
57 Chaque jour, dans la prière, avouer à Dieu tes fautes passées
en les regrettant beaucoup et en pleurant.
58 Te corriger de ces mêmes fautes à l'avenir.
59 Ne pas céder aux mauvais désirs du corps.
60 Détester ta volonté égoïste.

OBÉIR A L'ABBÉ ET VIVRE DANS LA VÉRITÉ
61 Obéir en tout aux ordres de l'abbé, même si celui-ci se conduit autrement
- espérons que non ! -. Dans ce cas, rappelle-toi le commandement du Seigneur :
« Faites ce qu'ils disent et ne faires pas ce qu'ils font ! » (Mt 23, 3).
62 Ne pas vouloir être appelé saint avant de l'être, mais l'être d'abord.
Ensuite, on le dira avec plus de vérité.
63 Chaque jour, faire passer dans tes actions les commandements de Dieu.
64 Aimer être pur dans ton coeur et dans ton corps.

AIMER TOUS TES FRÈRES
65 Ne détester personne.
66 Ne pas être jaloux.
67 Ne pas cultiver l'envie.
68 Ne pas aimer les disputes.
69 Fuir tout ce qui te met au-dessus des autres.
70 Avoir un grand respect pour les anciens.
71 Avoir de l'affection pour les plus jeunes.
72 Prier pour tes ennemis parce que tu aimes le Christ.
73 Quand tu t'es disputé avec un frère,
retrouver la paix avec lui avant le coucher du soleil.
74 Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu.

LE MONASTÈRE EST L'ATELIER DU MOINE
75 Voilà les outils qui aident à travailler selon l'Esprit de Dieu. 76 Si nous les utilisons sans arrêt, jour et nuit, et si nous les rendons à Dieu au jour du jugement, alors, en échange, le Seigneur nous donnera la récompense promise. 77 « Ce que personne n'a jamais entendu, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment » (1 Corinthiens 2, 9). 78 Et l'atelier où nous ferons ce travail avec soin, c'est la clôture du monastère où nous restons pour toujours avec la même communauté.

5. OBÉIR

OBÉIR TOUT DE SUITE
1 Le premier échelon de l'humilité, c'est d'obéir tout de suite. 2 Obéir de cette façon convient à ceux qui pensent : « Nous n'avons rien de plus cher que le Christ. » 3-4 Dès qu'un supérieur leur commande quelque chose, ils ne peuvent pas attendre pour obéir. C'est comme si Dieu lui-même leur commandait. Ils font cela à cause du service saint qu'ils ont promis, ou bien parce qu'ils ont peur de souffrir loin de Dieu pour toujours, ou bien parce qu'ils espèrent la gloire de vivre avec lui pour toujours. 5 Le Seigneur parle d'eux quand il dit : « Dès que son oreille a entendu, il m'a obéi »(Psaume 17, 45). 6 Il dit aussi à ceux qui enseignent : « Celui qui vous écoute, c'est moi qu'il écoute » (Luc 10, 16). 7 Ces moines obéissants laissent immédiatement leurs occupations et ils renoncent à leur volonté égoïste. 8 Ils lâchent tout de suite ce qu'ils ont dans les mains sans finir ce qu'ils sont en train de faire. Dès qu'ils entendent la voix de celui qui commande, ils mettent leurs pieds en mouvement pour obéir et faire ce qu'on leur ordonne. 9 Ainsi l'ordre donné par le maître et l'acte accompli par le disciple, ces deux choses se réalisent ensemble, très vite et comme en même temps, avec la rapidité inspirée par un respect confiant envers Dieu.

OBÉIR COMME LE CHRIST
10 L'amour presse ces moines de parvenir à vivre avec Dieu pour toujours. 11 C'est pourquoi ils prennent courageusement le chemin étroit. Le Seigneur parle de ce chemin quand il dit : « Il est étroit le chemin qui conduit à la vie » (Matthieu 7, 14). 12 Alors, ils ne vivent plus en suivant leurs idées, ils n'obéissent plus à leurs désirs ou à leurs plaisirs. Mais ils marchent en obéissant à la décision et aux ordres d'un autre. Ils habitent dans un monastère et ils désirent avoir un abbé à leur tête. 13 Oui, c'est sûr, ces moines imitent le Seigneur qui dit : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 6, 38).

OBÉIR DE BON COEUR
14 Pour que cette façon d'agir soit agréable à Dieu et douce aux hommes, il faut faire ce qu'on ordonne sans peur, sans retard et sans mollesse, sans murmurer et sans refuser. 15 En effet, obéir aux supérieurs, c'est obéir à Dieu. Il a dit lui-même : « Celui qui vous écoute, c'est moi qu'il écoute » (Luc 10, 16). 16 Et cette obéissance, les disciples doivent l'offrir de bon coeur. Oui, « Dieu aime celui qui donne avec joie »(2 Corinthiens 9, 7). 17 C'est pourquoi le disciple qui n'obéit pas volontiers, qui non seulement murmure en paroles mais même dans son coeur, 18 celui-là ne plaît pas à Dieu. Il fait peut-être ce qu'on lui commande, mais Dieu voit son coeur qui murmure. 19 Et pour cette action il ne reçoit aucune récompense. Au contraire, s'il ne se corrige pas et ne répare pas sa faute, il mérite d'être puni comme ceux qui murmurent.

6. GARDER LE SILENCE

1 Faisons ce que dit le Prophète : « Je veux surveiller ma conduite pour ne pas pécher avec ma langue. J'ai mis un frein à ma bouche. J'ai gardé le silence. Je me suis fait petit et je n'ai même pas parlé de choses bonnes » (Psaume 38, 2-3) 2 Voici ce que le Prophète veut montrer. Quelquefois nous devons éviter de parler, même pour dire des choses bonnes. Et cela, par amour du silence. Alors, nous devons encore plus éviter les paroles mauvaises, à cause de la punition que le péché entraîne. 3 Savoir garder le silence est très important. C'est pourquoi, même pour dire des paroles qui sont bonnes, des paroles saintes qui aident les autres, les disciples parfaits recevront rarement la permission de parler. 4 En effet, la Bible dit : « Quand tu parles beaucoup, tu n'évites pas le péché » (Proverbes 10, 19). 5 Et ailleurs : « La langue est capable aussi bien de tuer que de donner la vie » (Pr 18, 21). 6 D'ailleurs, c'est le maître qui parle et qui enseigne. Le disciple, lui, se tait et il écoute. Voilà ce qui convient à l'un et à l'autre. 7 C'est pourquoi, quand on a quelque chose à demander au supérieur, on doit le faire avec humilité et grand respect. 8 Les plaisanteries, les paroles inutiles et qu'on dit seulement pour faire rire les autres, nous les condamnons partout et pour toujours ! Et nous ne permettons pas au disciple d'ouvrir la bouche pour ces paroles-là !

7. DEVENIR HUMBLE

1 Frères, la sainte Bible nous dit avec force : « L'homme qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé » (Luc 14, 11). 2 Cette parole nous montre ceci : toutes les fois qu'on se fait grand, on est d'une certaine façon orgueilleux. 3 Le Prophète dit qu'il se méfie de cela : « Seigneur, je n'ai pas le coeur fier. Je ne regarde pas les autres avec mépris. Je n'ai pas cherché de grandes choses ni des merveilles qui me dépassent. » 4 Pourquoi donc ? « Voilà : si mon coeur n'est pas humble, si je veux me faire grand, tu vas me traiter comme le petit enfant que sa mère ne nourrit plus de son lait » (Psaume 130, 1-2). 5 Alors, frères, si nous voulons parvenir au plus haut sommet de l'humilité, si nous voulons arriver rapidement à la magnifique hauteur du ciel, le seul moyen d'y monter, c'est de mener une vie humble sur la terre. 6 Pour cela, nous devons dresser l'échelle de Jacob et monter là-haut par nos actions. Oui, pendant qu'il dormait, Jacob a vu les anges descendre et monter le long de cette échelle (Gn 28, 12). 7 Descendre et monter, c'est sûr, voici ce que cela veut dire : quand on se fait grand, on descend ; quand on se fait petit, on monte. 8 Cette échelle qui est debout, c'est notre vie sur la terre. Et quand notre coeur devient humble, le Seigneur dresse notre vie vers le ciel. 9 A notre avis, les deux côtés de cette échelle représentent notre corps et notre âme. Il y a plusieurs échelons entre ces côtés. Ce sont les échelons de l'humilité et d'une bonne conduite. C'est Dieu qui les a fixés et il nous invite à les monter.

LE PREMIER ÉCHELON
Fuis l'oubli , Dieu te regarde
10 Le premier échelon de l'humilité pour un moine, qui a toujours devant les yeux le respect confiant envers Dieu, c'est de fuir absolument l'oubli. 11 Il se rappelle à tout moment tout ce que Dieu commande. Il pense sans cesse : ceux qui méprisent Dieu seront loin de lui pour toujours à cause de leurs péchés, et une grande souffrance les brûlera comme un feu. Au contraire, ceux qui le respectent avec confiance Dieu les prépare à vivre avec lui pour toujours.
12 A tout moment, ce moine évite les péchés et les graves défauts : ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds, de la volonté égoïste. Il évite aussi les mauvais désirs du corps. 13 L'homme doit être tout à fait sûr qu'à chaque instant Dieu le regarde du haut des cieux. Partout, Dieu voit ce que l'homme fait et, sans cesse, les anges lui en rendent compte.

Surveille tes pensées
14 Le Prophète nous fait voir cela. Il montre que Dieu est toujours présent à nos pensées et dit : « Dieu regarde au plus profond des reins et des coeurs » (Psaume 7, 10). 15 Et encore : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes » (Ps 93, 11). 16 Il dit aussi : « De loin, tu connais mes pensées » (Psaume 138, 3). 17 Et : « Les pensées de l'homme sont très claires pour toi » (Psaume 75, 11). 18 Alors, pour surveiller ses pensées mauvaises, le vrai moine dira toujours dans son coeur : « Je serai sans faute devant Dieu, si je fais attention à ne pas pécher » (Psaume 17, 24).

Surveille ta volonté
19 Notre volonté égoïste, Dieu nous interdit de la suivre. La Bible nous dit : « Tourne le dos à tes volontés » (Siracide 18, 30). 20 Et dans la prière du Seigneur nous demandons : « Fais que ta volonté se réalise en nous ! » (Matthieu 6, 10). 21 Avec raison, on nous apprend à ne pas faire notre volonté. Faisons bien attention aux paroles de la sainte Bible : « Certaines routes semblent droites aux hommes. Pourtant, elles nous conduisent loin de Dieu pour toujours » (Pr 16, 25). 22 Ayons peur aussi de cette parole que la Bible dit pour les négligents : « A force de faire leurs volontés, ils sont devenus très mauvais et complètement corrompus » (Ps 13, 1).

Surveille tes désirs
23 Quand les mauvais désirs du corps nous tentent, croyons fermement que Dieu est toujours là, près de nous. En effet, le Prophète dit au Seigneur : « Tout mon désir est devant toi » (Psaume 37, 10). 24 C'est pourquoi nous devons nous méfier du désir mauvais. Oui, la mort est là, juste à l'entrée du chemin qui conduit aux plaisirs. 25 A cause de cela, la Bible nous donne ce commandement : « Ne suis pas tes désirs mauvais » (Siracide 18, 30).

Sois vigilant , car Dieu te regarde
26 « Donc, les yeux du Seigneur regardent avec attention les bons et les méchants » (Proverbes 15, 3). 27 « Du haut du ciel, le Seigneur regarde toujours les enfants des hommes pour voir s'il y a quelqu'un de sage et qui cherche Dieu » (Paume 13, 2). 28 Et les anges qui sont chargés de veiller sur nous présentent sans cesse tous nos actes au Seigneur, jour et nuit. 29 Alors, frères, méfions-nous ! Comme le Prophète le dit dans un psaume, Dieu pourrait nous surprendre à un moment donné en train de tomber dans le péché et de devenir de faux moines (voir Psaume 13, 3). 30 Il est patient avec nous actuellement parce qu'il est bon, et il attend que nous devenions meilleurs. Mais, plus tard, il nous dira peut-être : « Voilà ce que tu as fait, et je n'ai rien dit ! » (Psaume 49, 21).

LE DEUXIÈME ÉCHELON
31 Le deuxième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de détester sa volonté égoïste. Alors il n'aime pas satisfaire ses désirs. 32 Au contraire, il imite par ses actions le Seigneur qui a dit cette parole : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 6, 38). 33 On a écrit aussi : « Faire sa volonté entraîne la punition. être obligé d'obéir à un autre fait gagner la récompense » (Actes des Martyrs).

LE TROISIÈME ÉCHELON
34 Le troisième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'obéir parfaitement à un supérieur parce qu'on aime Dieu. Par là, le moine imite le Christ. En effet, l'apôtre Paul dit du Seigneur : « Il a voulu obéir jusqu'à la mort » (Philippiens 2, 8).

LE QUATRIÈME ÉCHELON
35 Le quatrième échelon de l'humilité pour un moine, c'est, dans ce chemin de l'obéissance, de s'attacher très fort à la patience, avec un coeur qui garde le silence, même quand on lui commande des choses pénibles et contrariantes, même s'il faut souffrir l'injustice. 36 C'est aussi de ne pas perdre courage et de ne pas reculer quand il faut supporter tout cela. La Bible dit : « Celui qui restera fidèle jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 13). 37 Et encore : « Rends ton coeur fort et attends le Seigneur » (Psaume 26, 14). 38 La Bible veut montrer ceci : celui qui croit en Dieu doit tout supporter pour le Seigneur, même les choses les plus contrariantes. C'est pourquoi elle fait dire à ceux qui souffrent : « A cause de toi, on nous condamne à mort tous les jours. On nous traite comme des brebis qu'on va bientôt tuer » (Psaume 43, 22 ; Romains 8, 36) 39 Mais ces frères sont tout à fait sûrs de la récompense de Dieu qu'ils espèrent. Et, pleins de joie, ils ajoutent : « Dans toutes ces souffrances, nous remportons la victoire à cause de Celui qui nous a aimés » (Romains 8, 36). 40 A un autre endroit, la Bible dit encore : « O Dieu, tu nous as mis à l'épreuve, tu nous as fait passer par le feu, comme on fait passer l'argent par le feu. Tu nous as fait tomber dans un piège. Sur notre dos tu as mis des poids très lourds » (Psaume 65, 10-11). 41 Et pour montrer que nous devons être sous l'autorité d'un supérieur, la Bible continue en disant : « Tu as placé des hommes au-dessus de nos têtes » (Psaume 65, 12). 42 C'est par la patience que ces moines accomplissent le commandement du Seigneur au milieu des souffrances et des injustices. On les frappe sur une joue, ils présentent l'autre. On prend leur vêtement, ils donnent celui qui leur reste encore. On leur demande de faire un kilomètre, ils en font deux (Mt 5, 39-41). 43 Avec l'apôtre Paul, ils supportent les faux frères (2 Co 11, 26). Et à ceux qui leur jettent des malédictions, ils répondent par des bénédictions (1 Co 4, 12).

LE CINQUIÈME ÉCHELON
44 Le cinquième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'avouer humblement à son abbé toutes les pensées mauvaises qui arrivent à son coeur ou bien les fautes qu'il a faites en secret, sans rien lui cacher. 45 La Bible nous invite à faire cela quand elle dit : « Découvre ta conduite au Seigneur et espère en lui » (Psaume 36, 5).
46 Elle dit aussi : « Avouez vos fautes au Seigneur, parce qu'il est bon et sa tendresse dure toujours » (Psaume 105,1). 47 Le Prophète dit encore : « Je t'ai fait connaître mon péché et je n'ai pas caché mes fautes.
48 J'ai dit : A haute voix je présenterai mes fautes devant toi, Seigneur, et toi, tu as pardonné à mon coeur
coupable » (Psaume 31, 5).

LE SIXIÈME ÉCHELON
49 Le sixième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'être content de la condition la plus ordinaire et la plus basse. Dans tout ce qu'on lui ordonne de faire, il pense qu'il est un ouvrier mauvais et incapable. 50 Il dit avec le Prophète : « Je ne suis plus rien du tout et je ne sais rien. Je suis comme une bête devant toi. Pourtant, moi, je suis toujours avec toi » (Psaume 72, 22-23).

LE SEPTIÈME ÉCHELON
51 Le septième échelon de l'humilité pour un moine, ce n'est pas seulement de dire avec la bouche : « Je suis le dernier et le plus misérable de tous », c'est aussi de le croire du fond du coeur. 52 Le moine se fait petit et dit avec le Prophète : « Et moi, je suis un ver et non pas un homme. Les gens se moquent de moi, le peuple me rejette » (Psaume 21, 7). 53 « Je me suis élevé, puis on m'a abaissé. et je suis couvert de honte » (Psaume 87, 16). 54 Le Prophète dit encore : « Tu m'as abaissé. Pour moi, c'est une bonne chose. Ainsi, j'apprends tes commandements » (Psaume 118, 71).

LE HUITIÈME ÉCHELON
55 Le huitième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de faire ce que la Règle commune de son monastère et les exemples des anciens l'invitent à faire, et rien d'autre.

LE NEUVIÈME ÉCHELON
56 Le neuvième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'interdire à sa langue de parler, c'est de garder le silence et de se taire jusqu'à ce qu'on l'interroge. 57 En effet, la Bible enseigne ceci : « Quand on parle beaucoup, on n'évite pas le péché » (Proverbes 10, 19). 58 Et : « Le bavard ne sait pas se conduire sur cette terre » (Ps 139, 12).

LE DIXIÈME ÉCHELON
59 Le dixième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de ne pas rire trop facilement et pour n'importe quoi. En effet, la Bible dit : « C'est l'homme stupide qui éclate de rire » (Siracide 21, 23).

LE ONZIÈME ÉCHELON
60 Le onzième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de parler doucement et sans rire, humblement, avec sérieux, en peu de mots, avec des paroles de bon sens. Il ne criera jamais. 61 Quelqu'un a dit : « On reconnaît un homme sage au peu de paroles qu'il dit. »

LE DOUZIÈME ÉCHELON
62 Le douzième échelon de l'humilité pour un moine, c'est non seulement d'être humble dans son coeur, mais encore de le montrer à tout moment dans son attitude devant ceux qui le voient vivre. 63 Pendant le Service de Dieu, à l'oratoire et dans le monastère, au jardin et en chemin, dans les champs et partout où il se trouve, assis, debout ou en marche, le moine a toujours la tête penchée et il regarde vers la terre. 64 A tout moment, il se juge coupable de ses péchés. Il pense qu'il est déjà devant le terrible tribunal de Dieu. 65 Dans son coeur il répète les paroles du publicain de l'Évangile. Il disait en gardant les yeux fixés vers la terre : « Seigneur, je ne suis pas digne de lever les yeux vers le ciel, parce que je suis un pécheur » (Luc 18, 13). 66 Avec le Prophète il dit aussi : « Je me tiens courbé et je me fais tout petit » (Psaume 37, 7 et 9). 67 Alors, quand le moine a monté tous ces échelons de l'humilité, il parvient bientôt à aimer Dieu d'un amour parfait. Et quand l'amour de Dieu est parfait, il chasse la peur dehors (1 Jean 4, 18). 68 Quand le moine aime de cette façon, tout ce qu'il faisait avant avec une certaine crainte, il commence à le pratiquer sans aucune peine, comme si c'était naturel et par habitude. 69 Il n'agit plus parce qu'il a peur de souffrir loin de Dieu pour toujours. Mais il agit parce qu'il aime le Christ, qu'il a pris de bonnes habitudes et qu'il goûte la douceur de faire le bien. 70 Voilà ce que le Seigneur voudra bien montrer, par l'Esprit Saint, dans son ouvrier purifié de ses penchants mauvais et de ses péchés.

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 12:05

Sainte-Brigitte de Suède (1302-1373)

Peintre néerlandais anonyme
 

Promesses de notre Seigneur

 

Comme il y avait fort longtemps qu'elle désirait savoir le nombre de coups que Notre-Seigneur reçut en sa Passion, un jour il lui apparut en disant : " J'ai reçu en mon corps 5480 coups. Si vous voulez les honorer par quelque vénération, vous direz quinze Pater Noster (1) et quinze Ave Maria (2) avec les Oraisons suivantes (qu'il lui enseigna) pendant un an entier ; l'année étant achevée, vous aurez salué chacune des plaies. "

Il ajouta ensuite que quiconque dirait ces Oraisons durant un an "délivrera du Purgatoire quinze âmes de sa lignée ; quinze justes de sa même lignée seront confirmés et conservés en état de grâce et quinze pécheurs de sa même lignée seront convertis. La Personne qui les dira aura les premiers degrés de perfection, et, quinze jours avant sa mort, elle aura une amère contrition de tous ses péchés et une parfaite connaissance de ceux-ci. Je mettrai le signe de ma très victorieuse Croix devant elle, pour son secours et sa défense contre les embûches de ses ennemis. Avant sa mort, je viendrai avec ma très chère et bien-aimée Mère et recevrai bénignement (3) son âme et la mènerai aux joies éternelles et, l'ayant menée jusque là, je lui donnerai un singulier trait à boire de la fontaine de ma Déité, ce que je ne ferai point à d'autres ne disant pas mes Oraisons. Celui qui dira ces Oraisons est assuré d'être joint au suprême choeur des anges et quiconque les enseignera à un autre, sa joie et son mérite ne manqueront jamais, mais seront stables et dureront à perpétuité. Là où sont et où seront dites ces Oraisons, Dieu est présent avec sa grâce."

(1) "Notre Père..."

(2) "Je Vous salue Marie..."

(3)  Litt. : favorablement, avec douceur, bienveillance.

 

 

15 oraisons en pdf

 

 


ORAISON 1

Pater, Ave

Ô Jésus-Christ ! douceur éternelle à ceux qui Vous aiment, joie qui surpasse toute joie et tout désir, espoir et salut des pécheurs, qui avez témoigné n'avoir de plus grand contentement que d'être parmi les hommes jusqu'à prendre la nature humaine en la plénitude des temps pour l'Amour d'eux, souvenez-Vous des souffrances que Vous avez endurées dès l'instant de Votre conception et surtout dans le temps de Votre Sainte Passion, ainsi qu'il avait été décrété et ordonné de toute éternité dans la Pensée Divine. Souvenez-Vous, Seigneur, que faisant la Cène avec Vos disciples, après leur avoir lavé les pieds, Vous leur avez donné Votre Corps Sacré et Votre Précieux Sang, et, tout en les consolant avec douceur, Vous leur avez prédit Votre prochaine Passion. Souvenez-Vous de la tristesse et de l'amertume que vous avez éprouvées en Votre âme, comme Vous l'avez témoigné Vous-même, disant : "Mon âme est triste jusqu'à la mort."

Souvenez-Vous, Seigneur, des craintes, angoisses et douleurs que Vous avez endurées en Votre Corps suave avant le supplice de la Croix, quand, après avoir prié trois fois en répandant une sueur de sang, Vous avez été trahi par Judas, Votre disciple, arrêté par la nation que Vous aviez choisie et élevée, accusé par de faux témoins, injustement jugé, en la fleur de Votre jeunesse et dans le temps solennel de la Pâque. Souvenez-Vous que Vous avez été dépouillé de Vos propres vêtements et revêtu de ceux de la dérision ; qu'on Vous a voilé les Yeux et la Face, qu'on Vous a donné des soufflets, que Vous avez été couronné d'épines, qu'on Vous a mis un roseau à la main, et qu'attaché à une colonne, Vous avez été déchiré de coups et accablé d'affronts et d'outrages. En mémoire de ces peines et douleurs que Vous avez endurées avant Votre Passion sur la Croix, donnez-moi avant la mort une vraie contrition, une sincère et entière confession, une juste pénitence et la rémission de tous mes péchés. Ainsi soit-il.

ORAISON 2

Pater, Ave

Ô Jésus ! vraie liberté des anges, paradis de délices, ayez mémoire de l'horreur de tristesse que Vous avez endurée lorsque Vos ennemis, tels des lions furieux, Vous entourèrent, et par mille injures, crachats, soufflets, griffures et autres supplices inouïs, Vous tourmentèrent à l'envi.

En considération de ces tourments et de ces paroles injurieuses, je Vous supplie, Ô mon Sauveur, de me délivrer de mes ennemis, visibles et invisibles, et de me faire arriver, sous Votre protection, à la perfection du salut éternel. Ainsi soit-il.

ORAISON 3

Pater, Ave

Ô Jésus ! Créateur du Ciel et de la Terre, que nulle chose ne peut contenir ni limiter, Vous qui enfermez et tenez tout sous Votre puissance, souvenez-Vous de la douleur très amère que Vous avez endurée lorsque les soldats, attachant Vos mains Sacrées et Vos pieds très délicats à la Croix, les percèrent de part en part avec de gros clous émoussés et, ne Vous trouvant pas dans l'état qu'ils voulaient pour contenter leur rage, agrandirent Vos plaies, y ajoutèrent douleur sur douleur puis, par une cruauté inouïe, Vous allongèrent alors sur la Croix et Vous tirèrent de tous côtés en disloquant Vos membres.

Je Vous conjure, par la mémoire de cette très Sainte et très Aimante douleur de la Croix, de me donner crainte et amour envers Vous. Ainsi soit-il.

ORAISON 4

Pater, Ave

Ô Jésus ! céleste médecin, élevé sur la Croix pour guérir nos plaies par les Vôtres, souvenez-Vous des langueurs et meurtrissures que Vous avez souffertes en tous Vos membres, dont aucun ne demeura en sa place, en sorte qu'il n'y avait douleur semblable à la Vôtre. De la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête, aucune partie de Votre corps n'était sans tourments ; et cependant, oubliant Vos souffrances, Vous ne Vous êtes point lassé de prier Votre Père pour Vos ennemis, lui disant :
" Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. "

Par cette grande Miséricorde et en mémoire de cette douleur, faites que le souvenir de Votre amère Passion opère en moi une parfaite contrition et la rémission de tous mes péchés. Ainsi soit-il.

ORAISON 5

Pater, Ave

Ô Jésus ! miroir de splendeur éternelle, souvenez-Vous de la tristesse que Vous avez eue, lorsque, contemplant dans la lumière de Votre Divinité la prédestination de ceux qui devaient être sauvés par les mérites de Votre Sainte Passion, Vous voyiez en même temps la multitude des réprouvés qui devaient être damnés par leurs péchés, et Vous plaigniez amèrement ces malheureux pécheurs perdus et désespérés.

Par cet abîme de Compassion et de Pitié, et principalement par la Bonté que Vous avez manifestée envers le bon larron, lui disant : " Tu seras aujourd'hui avec moi au Paradis ", je Vous prie, Ô doux Jésus, qu'à l'heure de ma mort, Vous me fassiez Miséricorde. Ainsi soit-il.

ORAISON 6

Pater, Ave

Ô Jésus ! Roi aimable et si désirable, souvenez-Vous de la douleur que Vous avez eue quand, nu et comme misérable, attaché et élevé sur la Croix, tous Vos parents et Vos amis vous abandonnèrent, excepté Votre Mère bien-aimée qui demeura, en compagnie de Saint-Jean, très fidèlement auprès de Vous dans l'agonie et que Vous avez recommandés l'un à l'autre en disant : " Femme, voilà Ton fils ! ", et à Saint-Jean : " Voilà ta mère ! "

Je Vous supplie, Ô mon Sauveur, par le glaive de douleur qui alors transperça l'âme de Votre Sainte Mère, d'avoir Compassion de moi en toutes mes afflictions et tribulations, tant corporelles que spirituelles, et de m'assister dans mes épreuves, surtout à l'heure de la mort. Ainsi soit-il.

ORAISON 7

Pater, Ave

Ô Jésus ! fontaine inépuisable de Compassion qui, par une profonde affection d'Amour, avez dit sur la Croix : " J'ai soif ! ", mais de la soif du salut du genre humain, je Vous prie, Ô mon Sauveur, d'exalter le désir de mon coeur de tendre à la perfection dans toutes mes oeuvres, et d'éteindre entièrement en moi la concupiscence charnelle et l'ardeur des appétits mondains. Ainsi soit-il.


 

ORAISON 8

Pater, Ave

Ô Jésus ! Douceur des coeurs, Suavité des esprits, par l'amertume du fiel et du vinaigre que Vous avez goûtés sur la Croix pour l'Amour de nous, accordez-moi de recevoir dignement Votre corps et Votre Sang Précieux pendant la vie et à l'heure de la mort, pour servir de remède et de consolation à mon âme. Ainsi soit-il.

 

ORAISON 9

Pater, Ave

Ô Jésus ! Vertu royale, Joie de l'esprit, souvenez-Vous de la douleur que Vous avez endurée, lorsque, plongé dans l'amertume à l'approche de la mort, insulté et outragé par les hommes, Vous avez crié avoir été abandonné de Votre Père, lui disant : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? "
Par cette angoisse, je Vous conjure, Ô mon Sauveur, ne m'abandonnez pas dans les terreurs et les douleurs de la mort. Ainsi soit-il.

 

ORAISON 10

Pater, Ave

Ô Jésus ! qui êtes en toutes choses Commencement et Fin, Vie et Vertu, souvenez-Vous que Vous Vous êtes plongé pour nous dans un abîme de douleurs, de la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. En considération de la grandeur de Vos plaies, apprenez-moi à garder Vos Commandements par une vraie charité, ces Commandements dont la voie est large et aisée pour ceux qui Vous aiment. Ainsi soit-il.

 

ORAISON 11

Pater, Ave

Ô Jésus ! abîme très profond de Miséricorde, je Vous supplie, en mémoire de Vos plaies qui ont pénétré jusqu'à la moelle de Vos os et de Vos entrailles, de me tirer, moi, misérable submergé par mes offenses, hors du péché, et de me cacher de Votre face irritée dans les trous de Vos plaies, jusqu'à ce que Votre colère et Votre juste indignation soient passées. Ainsi soit-il.


ORAISON 12

Pater, Ave

Ô Jésus ! miroir de vérité, marque d'unité, lien de charité, souvenez-Vous de la multitude de plaies dont Vous avez été blessé de la tête aux pieds, déchiré et tout rougi par l'effusion de Votre Sang Adorable ! Ô grande et universelle douleur que Vous avez soufferte pour l'Amour de nous en Votre chair virginale ! Très doux Jésus, qu'auriez-Vous pu faire pour nous que Vous n'ayez fait !

Je Vous conjure, Ô mon Sauveur, de marquer de Votre Précieux Sang toutes Vos plaies dans mon coeur, afin que j'y lise sans cesse Vos douleurs et Votre Amour. Que par le fidèle souvenir de Votre Passion, le fruit de Vos souffrances soit renouvelé dans mon âme, et que Votre Amour s'y augmente chaque jour, jusqu'à ce que je parvienne à Vous qui êtes le Trésor de tous les biens et de toutes les joies, que je Vous supplie de me donner, Ô très doux Jésus, dans la vie éternelle. Ainsi soit-il.


ORAISON 13

Pater, Ave

Ô Jésus ! Lion de Juda, Roi immortel et invincible, ayez mémoire de la douleur que Vous avez endurée, lorsque toutes Vos forces, tant du coeur que du corps, étant épuisées, Vous avez incliné la tête en disant : " Tout est consommé ! "

Par cette angoisse et cette douleur, je Vous supplie, Seigneur Jésus, d'avoir Pitié de moi en la dernière heure de ma vie, lorsque mon âme sera dans l'angoisse et que mon esprit sera troublé. Ainsi soit-il.


ORAISON 14

Pater, Ave

Ô Jésus ! Fils unique du Père, splendeur et figure de sa Substance, souvenez-Vous de l'humble recommandation que Vous avez faite à Votre Père, lui disant : " Mon Père, je remets mon Esprit entre Tes mains ! "
Puis, Votre corps déchiré, Votre coeur brisé et les entrailles de Votre Miséricorde ouvertes pour nous racheter, Vous avez expiré !

Par cette précieuse mort, je Vous conjure, Ô Roi des Saints, de me réconforter et de me secourir pour résister au démon, à la chair et au sang, afin qu'étant mort au monde, je vive en Vous seul. Recevez, je Vous prie, à l'heure de ma mort, mon âme pèlerine et exilée qui retourne à Vous. Ainsi soit-il.


ORAISON 15

Pater, Ave

Ô Jésus ! vraie et féconde vigne, souvenez-Vous de l'abondante effusion de Sang que Vous avez si généreusement répandu de Votre Corps Sacré, ainsi que le raisin sous le pressoir.

De Votre côté, percé d'un coup de lance par un soldat, Vous avez donné du Sang et de l'Eau en telle sorte qu'il n'en est plus demeuré une seule goutte, et enfin, comme un faisceau de myrrhe élevé au haut de la Croix, Votre chair délicate s'est anéantie, l'humeur de Vos entrailles s'est tarie, la moelle de Vos os s'est séchée.

Par cette amère Passion et par l'effusion de Votre Précieux Sang, je Vous supplie, Ô doux Jésus, blessez mon coeur, afin que mes larmes de pénitence et d'amour, nuit et jour, me servent de pain ; convertissez-moi entièrement à Vous, que mon coeur Vous soit une perpétuelle habitation, que ma conversation Vous soit agréable, et que la fin de ma vie soit tellement louable, que je mérite Votre Paradis pour Vous louer et Vous bénir à jamais avec tous Vos saints. Ainsi soit-il.

 


Visions de Sainte-Brigitte de Suède

 


 

 


 

 

 

English and latin text

 

 

 

 

 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 16:18
Allégorie de la pauvreté franciscaine
Giotto

Les Admonitions

Admonition : n.f. (du latin ecclésiastique et juridique admonotio, avertissement)

Droit ou rel. : admonestation (c’est-à-dire réprimander sévèrement sans condamner mais en avertissant de ne pas recommencer) de l'’autorité judiciaire ou ecclésiastique.

Litt. : réprimande, avertissement sévère.

Nous ignorons dans quelles circonstances et à quelle date ont été composées les Admonitions. Cependant leur authenticité est reconnue sans discussion par tous les critiques.


Paroles d'Admonition de Notre Père Saint-François


I - DU CORPS DU CHRIST

Le Seigneur Jésus a dit à ses disciples : « Je suis la voie, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. Si vous m'aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père, et dès à Présent vous le connaîtrez et vous l'avez déjà vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montrez-nous le Père, et cela nous suffit ». Jésus lui dit : « Depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne m'avez pas encore connu ? Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père. »

Le Père habite une lumière inaccessible, et Dieu est esprit, et personne n'a jamais vu Dieu. Puisque Dieu est esprit, il ne peut être vu que par l'esprit; car c'est l'esprit qui vivifie, tandis que la chair ne sert de rien. Mais le Fils, en tant qu'il est égal au Père, ne peut être vu par personne autrement que le Père, autrement que l'Esprit Saint. Aussi tous ceux qui ont vu le Seigneur Jésus-Christ, comme voient les hommes, sans voir et sans croire, selon l'esprit et selon Dieu, qu'il est le vrai Fils de Dieu, sont damnés; et de même aussi tous ceux qui voient le sacrement du corps du Christ, consacré par les paroles du Seigneur sur l'autel aux mains du prêtre, sous les apparences du pain et du vin, et ne voient pas et ne croient pas, selon l'esprit et, selon Dieu, que c'est vraiment le très saint corps et le sang très saint de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont damnés, au témoignage du Très-Haut lui-même qui a dit « Ceci est mon corps et le sang du Nouveau Testament », et « Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle. »

Aussi c'est l'esprit du Seigneur habitant dans ses fidèles, qui reçoit le corps et le sang très saints du Seigneur; tous les autres qui n'ont pas part à cet esprit et qui ont l'audace de recevoir ce corps et ce sang, mangent et boivent leur condamnation. Aussi, enfants des hommes, jusques à quand aurez vous le cœur dur ? Pourquoi ne connaissez-vous pas la vérité et ne croyez-vous pas au Fils de Dieu ? Voici que chaque jour il s'humilie, comme lorsqu'il descendit de son trône royal dans le sein de la Vierge;

Chaque jour il vient à nous lui-même sous d'humbles apparences; chaque jour il descend du sein de son Père sur l'autel aux mains du prêtre. Et comme il apparut aux saints apôtres dans sa véritable chair, ainsi se montre-t-il à nous maintenant dans le pain sacré; et comme de leurs yeux de chair ils ne voyaient que sa chair, mais qu'ils croyaient voir Dieu lui-même qu'ils contemplaient des yeux de l'âme, ainsi faut-il que nous-mêmes, voyant le pain et le vin des yeux de notre corps, nous voyions et nous croyions fermement que c'est son très saint corps et son sang vivant et véritable. C'est de cette façon que le Seigneur est toujours avec ses fidèles comme il l'a dit lui-même : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. »


II - DU VICE DE LA VOLONTÉ PROPRE

Le Seigneur dit à Adam : « Tu peux manger de tous les arbres du paradis, mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. » Adam pouvait donc manger de tous les arbres du paradis, et tant qu'il ne désobéit point il ne pécha pas. Mais celui-là mange de l'arbre de la science du bien et du mal, qui suit sa volonté propre et qui se glorifie du bien que le Seigneur dit et opère en lui; et ainsi à la suggestion du démon et par la violation des commandements, ce bien devient pour lui le fruit de la science du mal; il doit par suite en être châtié.


III - DE L'OBÉISSANCE PARFAITE ET IMPARFAITE

Le Seigneur dit dans l'Évangile : « Qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple » et « Qui voudra sauver sa vie la perdra. » Celui-là abandonne tout ce qu'il possède et perd son corps et sa vie, qui se remet tout entier lui-même aux mains de son supérieur pour lui obéir; et quoi qu'il fasse ou qu'il dise, sachant que ce n'est pas contraire à la volonté de son supérieur, et pourvu que ce soit bien, c'est de la véritable obéissance. Et si parfois le sujet voit des choses meilleures et plus utiles pour son âme que celles que son supérieur lui commande, qu'il fasse à Dieu le sacrifice de sa volonté; et les ordres de son supérieur, qu'il s'efforce de les exécuter. Car c'est l'obéissance véritable et conforme à la charité, celle qui plait à Dieu et au prochain.

Mais si le supérieur ordonne à l'un de ses sujets quelque chose de contraire à sa conscience, il lui est permis de ne pas obéir, mais non point de le quitter; et si pour ce motif, quelques-uns le persécutent, qu'il les aime encore plus pour l'amour de Dieu. Car qui supporte la persécution plutôt que de se séparer de ses frères, demeure vraiment dans l'obéissance parfaite puisqu'il sacrifie sa vie pour ses frères. Il y a en effet beaucoup de religieux qui, sous prétexte qu'ils voient quelque chose de mieux que ce que leurs supérieurs leur ordonnent, regardent en arrière et retournent au vomissement de leur volonté propre; ceux-là sont des meurtriers et par leurs mauvais exemples ils causent la perte de beaucoup d'âmes.


IV. - QUE PERSONNE NE S'APPROPRIE LES CHARGES DE SUPÉRIEUR

« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir », dit le Seigneur. Que ceux qui sont établis pour gouverner les autres se glorifient de cette charge de supérieur tout autant que s'il leur incombait de laver les pieds de leurs frères; et autant sont-ils plus troublés de perdre cette charge que de perdre l'office de laver les pieds, autant remplissent-ils des cachettes au péril de leur âme.


V. - QUE PERSONNE NE S'ENORGUEILLISSE, MAIS QUE CHACUN SE GLORIFIE DANS LA CROIX DU SEIGNEUR

Considère, homme, à quel degré d'excellence le Seigneur t'a placé, puisqu'il a créé et formé ton corps à l'image de son Fils bien-aimé, et ton âme à sa ressemblance. Et toutes les créatures qui sont sous le ciel servent et connaissent leur Créateur et lui obéissent, à leur manière, mieux que toi. Et ce ne sont même pas les démons qui l'ont crucifié, mais c'est toi avec eux qui l'as mis et qui le mets encore en croix, en te délectant dans tes vices et dans tes péchés. De quoi peux-tu donc te glorifier ? Car même si tu étais si intelligent et si savant que tu possèdes toute science, que tu parles toutes les langues, et que tu scrutes dans leur profondeur les secrets du ciel, tu ne pourrais te glorifier de rien de tout cela; car un seul démon a connu des secrets du ciel et connaît maintenant de ceux de la terre plus que tous les hommes réunis, bien qu'il s'en trouve parmi ceux ci qui aient reçu du Seigneur une connaissance spéciale de la souveraine sagesse. Pareillement, si tu étais plus beau et plus riche que tous, si même tu opérais des merveilles comme de mettre les démons en fuite, tout cela ne te servirait de rien et tu ne pourrais t'en glorifier; mais ce n'est que de nos faiblesses que nous pouvons nous glorifier, et de porter chaque jour la sainte croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.


VI. - DE L'IMITATION DU SEIGNEUR

Considérons tous, mes frères, le bon Pasteur qui, pour le salut de ses brebis, a souffert le supplice de la croix. Les brebis du Seigneur l'ont suivi dans les tribulations et les persécutions, dans l'opprobre, dans la faim et la soif, dans les infirmités, les tentations et autres épreuves; et elles ont pour cela reçu du Seigneur la vie éternelle. Aussi est-ce une grande honte pour nous, serviteurs de Dieu, que les saints aient accompli des bonnes oeuvres, et que nous, en les racontant et en les prêchant, nous prétendions en recueillir honneur et gloire.


VII. - QUE LES BONNES ŒUVRES DOIVENT ACCOMPAGNER LA SCIENCE

L'apôtre a dit : « La lettre tue, mais l'esprit vivifie. » Ceux-là, sont tués par la lettre qui ne veulent connaître que les mots, pour paraître plus sages parmi les autres, pour acquérir de grandes richesses et les distribuer à leurs parents et leurs amis. Et ces religieux sont tués par la lettre qui ne veulent pas vivre selon l'esprit des saintes Écritures, mais qui préfèrent n'en connaître que les mots et les interpréter aux autres. Et ceux-là sont vivifiés par l'esprit des saintes Écritures, qui ne tirent aucun avantage matériel de la science qu'ils ont et qu'ils veulent avoir, mais qui par leurs paroles et par leurs exemples la font remonter au très haut Seigneur, à qui tout bien appartient en propre.


VIII. - QU'IL FAUT ÉVITER LE PÉCHÉ D'ENVIE

L'apôtre a dit : « Personne ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n'est par l'Esprit Saint »; et : « Il n'est personne qui fasse le bien, il n'en est pas un seul. » Qui donc porte envie à son frère à cause du bien que le Seigneur dit et opère en lui, commet un péché de blasphème, parce qu'il porte envie au Très-Haut lui-même qui dit et opère tout bien


IX - DE L'AMOUR

Le Seigneur dit dans l'Évangile : « Aimez vos ennemis », etc. Celui-là aime vraiment son ennemi, qui ne s'attriste pas de l'outrage qu'il lui a fait, mais qui, pour l'amour de Dieu, se tourmente seulement du péché qu'il a commis et qui lui témoigne son affection par ses actes.


X - DE LA MORTIFICATION CORPORELLE

Il y en a beaucoup qui, lorsqu'ils pèchent ou reçoivent un affront, s'en prennent souvent à leur ennemi ou au prochain. Mais ils ont tort; car chacun de nous tient son ennemi en son pouvoir : c'est le corps, instrument de son péché.

Aussi, bienheureux le serviteur qui garde toujours prisonnier un tel ennemi livré à son pouvoir et se défend sagement de ses coups; car tant qu'il agira de la sorte, aucun autre ennemi visible ou invisible ne pourra lui nuire.


XI. - QUE PERSONNE NE SE SCANDALISE DU PÉCHÉ D'AUTRUI

Au serviteur de Dieu rien ne doit déplaire sauf le péché. De quelque façon qu'une personne pèche, si le serviteur de Dieu s'en trouble et s'en irrite, à moins que ce ne soit par charité, il s'amasse un trésor de fautes. Le serviteur de Dieu qui ne s'irrite et ne se trouble de rien, mène une vie droite et sans péché. Et bienheureux celui qui ne garde rien pour lui, rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.


XII - DE LA MANIÈRE DE CONNAÎTRE L'ESPRIT DU SEIGNEUR

Voici comment on peut savoir si le serviteur de Dieu possède l'esprit de Dieu : lorsque le Seigneur opère par son moyen quelque bonne oeuvre, sa chair n'en tire aucun orgueil, cette chair qui est toujours opposée à tout bien, mais il se tient pour encore plus vil à ses propres yeux et il se met au-dessous de tous les autres hommes.


XIII. - DE LA PATIENCE

On ne peut savoir quelle patience et quelle humilité possède dans son cœur le serviteur de Dieu, tant que tout lui réussit. Mais lorsque vient le temps où ceux qui devraient lui donner satisfaction le contrarient, autant il montre alors de patience et d'humilité autant il en a réellement et pas plus.


XIV. - DE LA PAUVRETÉ EN ESPRIT

Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient. Beaucoup sont assidus à la prière et à l'office divin et infligent à leur corps de nombreuses abstinences et mortifications, mais qu'un seul mot leur paraisse être une injure, ou qu'on les prive de quelque chose, et les voilà aussitôt scandalisés et troublés. Ceux-là ne sont pas des pauvres en esprit; car celui qui est vraiment pauvre en esprit, se hait lui-même et aime ceux qui le frappent à la joue.


XV. - DES PACIFIQUES

Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. Ceux-là sont vraiment pacifiques qui, parmi toutes les souffrances qu'ils endurent en ce monde, gardent la paix de l'âme et du corps, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.


XVI - DE LA PURETÉ DU COEUR

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Ceux-là ont le cœur pur qui méprisent les biens de la terre, aspirent à ceux du ciel et ne cessent jamais d'adorer et de voir d'un cœur et d'un esprit purs le Seigneur Dieu vivant et vrai.


XVII. - DE L'HUMBLE SERVITEUR DE DIEU

Bienheureux ce serviteur qui ne se glorifie pas plus du bien que le Seigneur dit et opère par son intermédiaire que de celui qu'il dit et opère par un autre. Il pèche, l'homme qui exige de son prochain plus qu'il ne veut donner de lui-même au Seigneur Dieu.


XVIII. - DE LA COMPASSION ENVERS LE PROCHAIN

Bienheureux l'homme qui supporte son prochain dans sa faiblesse, autant qu'il voudrait être supporté par lui, dans un cas analogue.


XIX. - DU SERVITEUR HEUREUX ET DE CELUI QUI NE L'EST PAS

Bienheureux le serviteur qui restitue tous ses biens au Seigneur Dieu; car celui qui retient quelque chose pour lui-même, cache chez lui l'argent de son maître, et ce qu'il croyait posséder lui sera ôté.


XX. - DU RELIGIEUX HUMBLE ET BON

Bienheureux le serviteur qui ne se tient pas pour meilleur, quand il est loué et exalté par les hommes que lorsqu'il est tenu pour vil, ignorant et méprisable; car autant vaut l'homme aux yeux de Dieu autant il vaut en réalité et pas plus. Malheur à ce religieux qui a été élevé en dignité par les autres et se refuse à descendre volontairement. Et bienheureux ce serviteur qui n'est pas élevé en dignité de sa propre volonté et qui désire toujours être pieds des autres.


XXI. - DU RELIGIEUX BIENHEUREUX ET DU RELIGIEUX VAIN

Bienheureux ce religieux qui ne trouve de plaisir et de joie que dans les très saints entretiens et dans les oeuvres du Seigneur et qui par ces moyens conduit les hommes à l'amour de Dieu dans la joie et l'allégresse. Et malheur à ce religieux qui se délecte dans les paroles oiseuses et vaines et incite par ce moyen les hommes à rire.


XXII. - DU RELIGIEUX FRIVOLE ET BAVARD

Bienheureux ce serviteur qui ne parle pas dans l'espoir d'une récompense, qui ne fait pas connaître tout ce qu'il pense qui n'est pas prompt à parler, mais qui prévoit avec sagesse tout ce qu'il doit dire et répondre. Malheur à ce religieux qui ne conserve pas dans son cœur le bien que Dieu lui montre et ne le montre pas aux autres par ses oeuvres, mais cherche plutôt à le montrer aux hommes par ses paroles dans l'espoir d'une récompense; il reçoit ainsi sa récompense et ses auditeurs n'en retirent que peu de fruit.


XXIII. - DE LA VRAIE CORRECTION

Bienheureux le serviteur qui accepte d'être corrigé, accusé et blâmé par un autre aussi patiemment que par lui même. Bienheureux le serviteur qui, lorsqu'il est blâmé, se soumet avec douceur, obéit avec respect, avoue humblement sa faute et la répare volontiers. Bienheureux le serviteur qui n'est pas prompt à s'excuser et qui supporte humblement la honte et le blâme pour un péché dont il n'est pas coupable.


XXIV. - DE LA VRAIE HUMILITÉ

Bienheureux celui qui aura été trouvé aussi humble parmi ses sujets que parmi ses supérieurs. Bienheureux le serviteur qui demeure toujours sous la verge de la correction. Le serviteur fidèle et prudent, c'est celui qui ne diffère point d'expier tous ses péchés, intérieurement par la contrition, extérieurement par la confession et les oeuvres de satisfaction.


XXV. - DU VÉRITABLE AMOUR

Bienheureux ce frère qui aimerait son frère malade et incapable de lui rendre service autant qu'il l'aime en bonne santé et capable de le servir. Bienheureux le frère qui aimerait et craindrait son frère absent autant que s'il était présent, et qui derrière lui n'en dirait jamais rien qu'il ne puisse en toute charité répéter devant lui.


XXVI. - QUE LES SERVITEURS DE DIEU DOIVENT HONORER LES CLERCS

Bienheureux le serviteur de Dieu qui accorde sa confiance aux clercs qui vivent avec droiture selon la prescription de la sainte Église romaine. Et malheur à ceux qui les méprisent; même s'ils sont des pêcheurs personne ne doit cependant les juger, car le Seigneur seul s'en réserve le droit. Car plus est élevé au-dessus des autres le ministère qu'exercent ceux qui sont chargés du corps et du sang très saints de Notre-Seigneur Jésus Christ, qu'ils reçoivent et administrent seuls aux autres, plus les péchés commis contre eux l'emportent en gravité sur ceux qui sont commis contre tous les autres hommes de ce monde.


XXVII - DES VERTUS QUI METTENT LES VICES EN FUITE

Là où sont la charité et la sagesse, il n'y a ni crainte ni ignorance. Là où sont la patience et l'humilité, il n'y a ni colère ni trouble. Là où est la pauvreté avec la joie, il n'y a ni cupidité ni avarice. Là où sont la paix et la méditation, il n'y a ni inquiétude ni dissipation. Là où la crainte de Dieu garde l'entrée de la maison, l'ennemi ne peut trouver d'endroit pour s'introduire. Là où sont la miséricorde et le discernement, il n'y a ni superfluité ni endurcissement.


XXVIII. - QU'IL FAUT CACHER LE BIEN DE PEUR DE LE PERDRE

Bienheureux le serviteur qui amasse pour le ciel un trésor des biens que le Seigneur lui offre et qui ne cherche pas à les faire connaître aux hommes dans l'espoir d'une récompense, car le Très-Haut lui-même fera connaître ses oeuvres a qui il lui plaira. Bienheureux le serviteur qui garde dans son cœur les secrets du Seigneur.

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 16:10
Saint-François consigne la Règle
A. Colantonio

Seconde Règle des frères mineurs (1223)

Cette règle est en fait la troisième règle écrite par Saint François. Le texte de la première règle (1210) ayant été perdu. C'est cette règle qui a été approuvée par Grégoire IX en 1223 et qui est en vigueur. Voici donc le texte de la règle de 1223, improprement nommée seconde règle.

 

I- AU NOM DU SEIGNEUR COMMENCE LA RÈGLE DE VIE DES FRÈRES MINEURS

La règle et la vie des frères Mineurs est la suivante: observer le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l'obéissance, sans biens propres et en chasteté. Frère François promet obéissance et révérence au seigneur pape Honorius et à ses successeurs élus canoniquement et à l'Église romaine. Et que les autres frères soient tenus d'obéir à frère François et à ses successeurs.


II- DE CEUX QUI VEULENT EMBRASSER CETTE VIE ET COMMENT ILS DOIVENT ETRE REÇUS

S'il en est qui veulent embrasser cette vie et viennent à nos frères, que ceux-ci les envoient à leurs ministres provinciaux à qui seuls et non à d'autres soit accordé le pouvoir de recevoir des frères. Que les ministres de leur côté les examinent avec soin sur la foi catholique et les sacrements de l'Eglise. Et s'ils croient ces choses et veulent les professer fidèlement et les observer avec constance jusqu'à la mort, ou s'ils le sont et que leurs femmes soient déjà entrées dans un monastère, ou qu'après avoir fait elles-mêmes vœu de continence elles leur en aient accordé la permission avec l'autorisation de l'évêque diocésain, et sous la condition qu'elles ne soient pas d'âge à provoquer des soupçons, qu'ils leur disent la parole du saint Évangile, d'aller, de vendre tous leurs biens et de prendre soin d'en distribuer le prix aux pauvres.

Que s'ils ne peuvent le faire, la bonne volonté leur suffit. Et que les frères et leurs ministres se gardent d'avoir souci de leurs biens temporels, pour qu'ils en fassent librement ce que le Seigneur leur inspirera. Si cependant ils demandent conseil, que les ministres aient le droit de les envoyer à des hommes craignant Dieu dont les avis les aideront à distribuer leurs biens aux pauvres.

Qu'on leur accorde ensuite les vêtements du noviciat, c'est-à-dire deux tuniques sans capuce, le cordon, les braies et le capron jusqu'au cordon, à moins que parfois les mêmes ministres n'en décident autrement selon Dieu. L'année du noviciat passée, qu'ils soient reçus à l'obéissance, promettant d'observer toujours cette vie et cette règle. Et il ne leur sera en aucune façon permis de sortir de cet Ordre, suivant le décret du seigneur pape, car, selon le saint Évangile, quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas propre au royaume de Dieu. Et que ceux qui ont déjà promis obéissance, aient une tunique avec capuce, et, ceux qui le veulent, une autre sans capuce. Et que ceux qui y sont contraints par la nécessité puissent porter des chaussures. Et que tous les frères soient vêtus d'habits pauvres et puissent les rapiécer au moyen de sacs et d'autres morceaux avec la bénédiction de Dieu.

Mais je les invite et les exhorte à ne mépriser ni juger les hommes qu'ils voient, vêtus avec mollesse et portant des habits chatoyants, user d'aliments et de breuvages délicats: au contraire, que chacun se juge plutôt et se méprise soi-même.


III. - DE L'OFFICE DIVIN, DU JEUNE, ET COMMENT LES FRÈRES DOIVENT ALLER PAR LE MONDE

Que les frères récitent l'office suivant l'usage de la sainte Église romaine, excepté le psautier, c'est pourquoi ils pourront avoir des bréviaires. Que les frères lais disent vingt-quatre Pater noster pour matines; cinq pour laudes; pour prime tierce, sexte et none sept pour chacune de ces Heures douze pour vêpres; sept pour complies; et qu'ils prient pour les défunts.

Qu'ils jeûnent depuis la fête de la Toussaint jusqu'à la Nativité du Seigneur. Quant au saint carême qui commence à l'Épiphanie et dure quarante jours, et que le Seigneur consacra par son jeune très saint, que ceux qui l'observent volontairement soient bénis par le Seigneur et que ceux qui ne le veulent pas n'y soient pas astreints. Mais qu'ils jeûnent pendant l'autre carême jusqu'à la Résurrection du Seigneur. En d'autres temps, qu'ils ne soient pas tenus de jeûner, sauf le vendredi. Toutefois en cas de nécessité manifeste, que les frères ne soient pas tenus de jeûner.

Je donne ce conseil à mes frères, je les avertis et les exhorte dans le Seigneur Jésus-Christ: quand ils vont par le monde, qu'ils ne cherchent pas de querelles, qu'ils évitent les disputes de mots, qu'ils ne jugent pas les autres; mais qu'ils soient doux, pacifiques, modestes, humbles et pleins de mansuétude, qu'ils parlent à tous avec bienséance, comme il convient. Ils ne doivent point aller à cheval, à moins qu'ils n'y soient contraints par quelque nécessité manifeste ou par la maladie. En quelque maison qu'ils entrent, qu'ils disent d'abord: Paix à cette maison. Et selon le saint Évangile, qu'il leur soit permis de manger de tous les mets qu'on leur présentera.


IV. - QUE LES FRÈRES NE REÇOIVENT POINT D'ARGENT

Je défends rigoureusement à tous les frères de recevoir, en quelque manière que ce soit, des deniers ou de l'argent, soit par eux-mêmes, soit par personne interposée. Cependant pour ce qui concerne les besoins impérieux des malades et les vêtements des autres frères, que les ministres seulement et les custodes en prennent grand soin, à l'aide d'amis spirituels, suivant les lieux, les saisons et les régions froides, comme il leur paraîtra nécessaire; ceci toujours excepté, comme il a été dit, qu'ils ne reçoivent ni deniers ni argent.


V. - DE LA MANIÈRE DE TRAVAILLER

Que les frères à qui le Seigneur a donné la grâce de travailler, travaillent loyalement et pieusement de telle sorte que tout en chassant l'oisiveté, ennemie de l'âme, ils n'éteignent pas en eux l'esprit de sainte oraison et de dévotion, auquel doivent servir les autres choses temporelles. Comme salaire de leur travail qu'ils reçoivent pour eux et pour leurs frères les choses nécessaires au corps, les deniers et l'argent exceptés, et cela humblement comme il convient aux serviteurs de Dieu et aux disciples de la très sainte pauvreté.


VI. - QUE LES FRÈRES NE S'APPROPRIENT RIEN ; QU'IL LEUR FAUT DEMANDER L'AUMÔNE ; DES FRÈRES MALADES

Que les frères ne s'approprient rien, ni maison, ni lieu, ni quoi que ce soit. Et comme des pèlerins et des étrangers en ce monde, servant le Seigneur dans la pauvreté et l'humilité, qu'ils aillent avec confiance demander l'aumône; et il ne faut pas qu'ils en aient honte, car le Seigneur s'est fait pauvre pour nous en ce monde. C'est là qu'est la sublimité de la très haute pauvreté qui vous a institués, vous mes très chers frères, héritiers et rois du royaume des cieux, qui vous a rendus pauvres de biens, qui vous a élevés en vertus. Qu'elle soit votre partage, elle qui conduit à la terre des vivants. Étroitement unis à elle, mes frères bien-aimés, ne désirez jamais, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avoir rien d'autre sous le ciel.

Et en quelque lieu que soient et que se rencontrent les frères, qu'ils se conduisent comme des serviteurs les uns envers les autres. Et qu'ils se fassent avec confiance connaître mutuellement leurs besoins, car si une mère nourrit et aime son fils selon la chair, avec combien plus d'affection chacun ne doit-il pas aimer et nourrir son frère selon l'esprit ? Et si l'un d'eux tombe malade, les autres doivent le servir comme ils voudraient être servis eux-mêmes.


VII. - DE LA PÉNITENCE A IMPOSER AUX FRÈRES QUI TOMBENT DANS LE PÉCHÉ

Si quelques frères, à l'instigation de l'ennemi, viennent à tomber dans ces péchés mortels, pour lesquels les frères auront établi qu'ils relèvent des seuls ministres provinciaux, que ces frères soient tenus de recourir à eux le plus rapidement possible, sans aucun retard. Que les ministres eux-mêmes, s'ils sont prêtres, leur infligent une pénitence, non sans miséricorde; s'ils ne sont pas prêtres, qu'ils la fassent infliger par d'autres prêtres de l'Ordre, comme il leur paraîtra plus profitable devant Dieu. Et ils doivent prendre garde de ne pas s'irriter et se troubler pour le péché d'aucun frère, car la colère et le trouble font obstacle à la charité chez soi-même et chez les autres.


VIII. - DE L'ÉLECTION DU MINISTRE GÉNÉRAL DE CETTE FRATERNITÉ ET DU CHAPITRE DE LA PENTECÔTE

Que tous les frères soient tenus d'avoir toujours un des frères de cet Ordre comme ministre général et serviteur de la fraternité et qu'ils soient strictement tenus de lui obéir. A sa mort, que l'élection de son successeur soit faite par les ministres provinciaux et les custodes, au chapitre de Pentecôte, auquel les ministres provinciaux soient toujours tenus de se réunir, en quelque lieu que le ministre général l'ait fixé, et cela une fois tous les trois ans ou dans un délai plus grand ou plus court, selon qu'il aura été statué par ce même ministre. Et si à quelque époque il apparaissait à l'universalité des ministres provinciaux et des custodes que ce ministre n'est pas apte à servir et à être utile à la communauté des frères, que les frères à qui appartienne l'élection soient tenus, au nom du Seigneur, de s'en élire un autre pour custode. Après le chapitre de la Pentecôte, que les ministres et les custodes puissent, s'ils le veulent et s'il leur paraît opportun, convoquer chacun dans sa custodie, une fois et la même année, ses frères en chapitre.


IX - DES PRÉDICATEURS

Que les frères ne prêchent point dans l'évêché d'aucun évêque qui le leur aura défendu. Et que nul parmi les frères ne s'arroge jamais de prêcher au peuple, s'il n'a été examiné et approuvé par le ministre général de cette fraternité et là n'en a reçu l'office de la prédication. J'avertis aussi et je conjure les mêmes frères que, dans leur prédication, leurs discours soient éprouvés et purs, propres à l'utilité et à l'édification du peuple, lui parlant en termes brefs des vertus et des vices, du châtiment et de la gloire, car le Seigneur a sur la terre abrégé sa parole.


X. - DE L'ADMONITION ET DE LA CORRECTION DES FRÈRES

Que les frères qui sont ministre et serviteurs des autres frères, visitent et avertissent leurs frères et qu'ils les corrigent avec humilité et charité, sans leur rien commander qui soit contraire au salut de leur âme et à notre Règle. Mais que les frères qui sont sujets se souviennent qu'ils renoncé pour l'amour de Dieu à leur volonté propre.

Aussi je leur ordonne rigoureusement d'obéir à leurs ministres en toutes choses qu'ils ont promis au Seigneur d'observer et qui ne sont pas contraires au salut de leur âme et à notre Règle. Et en quelque lieu qu'il y ait des frères qui sachent et reconnaissent qu'ils ne peuvent observer la Règle dans tout son esprit, qu'ils aient le devoir et la possibilité de recourir à leurs ministres. Et que les ministres les reçoivent avec charité et bienveillance, et qu'ils leur témoignent de tant de familiarité, que les frères puissent leur parler et agir avec eux comme des maîtres avec leurs serviteurs; car il doit en être ainsi que les ministres soient les serviteurs de tous les frères.

J'avertis encore et je conjure les frères dans le Seigneur Jésus-Christ qu'ils se gardent de toute superbe, vaine gloire, envie avarice, de tous les soucis et inquiétudes de ce monde de la médisance et des murmures. Et que ceux qui ignorent les lettres ne se soucient pas de les apprendre, mais qu'ils considèrent qu'ils doivent désirer par-dessus tout posséder l'esprit du Seigneur et sa sainte opération, le prier toujours d'un cœur pur, avoir l'humilité, la patience dans la persécution et dans la maladie, et aimer ceux qui nous persécutent, nous reprennent et nous blâment, car, dit le Seigneur : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice parce que le royaume des cieux leur appartient. Et celui qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé. »

 

XI. - QUE LES FRÈRES N'ENTRENT PAS DANS LES MONASTÈRES DE RELIGIEUSES

Je défends rigoureusement à tous mes frères d'avoir des familiarités ou des conversations suspectes avec les femmes, et d'entrer dans les monastères de religieuses, exception faite pour ceux à qui une permission spéciale a été accordée par le Siège apostolique. Et qu'ils ne deviennent compères ni d'hommes ni de femmes, de peur qu'à cette occasion le scandale ne s'élève parmi les frères ou à leur sujet.


XII. - DE CEUX QUI VONT CHEZ LES SARRASINS ET AUTRES INFIDÈLES

Que tous ceux des frères qui, par inspiration divine, voudront aller chez les Sarrasins et autres infidèles, en demandent la permission à leurs ministres provinciaux. Mais que les ministres n'accordent cette permission qu'à ceux dont ils voient qu'ils sont aptes à y être envoyés. En outre, j'ordonne aux ministres, au nom de l'obéissance, de demander au seigneur pape un des cardinaux de la sainte Église romaine pour gouverneur, protecteur et correcteur de cette fraternité, afin que toujours soumis et prosternés aux pieds de cette même sainte Eglise, fermes dans la foi catholique, nous observions la pauvreté, l'humilité et le saint Évangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce que nous avons fermement promis.

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 07:01
Saint-François reçoit les stigmates
Giotto


PREMIERE REGLE DES FRERES MINEURS (1221)


Cette règle est en fait la seconde règle écrite par Saint François. Le texte de la première règle a été perdu. Selon les experts, la majeure partie du texte de la première règle (1210) est contenue dans cette règle de 1221, avec des ajouts. Voici donc le texte de la règle de 1210, improprement nommée première règle.

Composée par le bienheureux François,
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Ceci est la règle de vie que frère François demanda au seigneur pape Innocent III de lui concéder et approuver. Et Il la lui concéda et approuva, pour lui et pour ses frères présents et futurs.
Que le frère François et quiconque sera le chef de cet Ordre promettent obéissance et révérence au seigneur pape Innocent III et les autres frères soient tenus d'obéir à frère François et à ses successeurs.

I. - QUE LES FRÈRES VIVENT DANS L'OBÉISSANCE, SANS BIENS PROPRES ET EN CHASTETÉ.

La règle et la vie de ces frères est la suivante : vivre dans l'obéissance, en chasteté et sans biens propres, et suivre la doctrine et les traces de Notre Seigneur Jésus Christ qui a dit: « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens et suis-moi; » et aussi: « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive; » et encore: « Si quelqu'un veut venir à moi, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs et jusqu'à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque aura quitté son père ou sa mère, ses frères ou ses sœurs, sa femme ou ses enfants, ses maisons ou ses champs à cause de Moi, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. »

II- DE LA RÉCEPTION ET DES VÉTEMENTS DES FRÈRES

Si quelqu'un voulant, par inspiration divine, embrasser cette vie, vient à nos frères, qu'ils le reçoivent avec bonté.
S'il persiste à embrasser notre vie, que les frères se gardent bien de s'entremettre dans ses affaires temporelles, mais qu'ils le présentent à leur ministre le plus rapidement possible. Que le ministre alors le reçoive avec bonté, l'encourage et lui fasse connaître exactement notre genre de vie.
Cela fait, que le postulant, s'il le veut et s'il le peut moralement et sans empêchement, vende tous ses biens et prenne soin de distribuer le tout aux pauvres.
Mais que les frères et les ministres des frères se gardent bien de s'entremettre en quoi que ce soit dans ses affaires, et qu'ils ne reçoivent aucun argent ni par eux-mêmes ni par personne interposée; si cependant ils étaient dans le besoin, que les frères puissent recevoir, par nécessité, comme les autres pauvres, les choses nécessaires à la vie matérielle, l'argent excepté.
Et quand il sera de retour, que le ministre lui donne les vêtements du noviciat pour un an, c'est-à-dire deux tuniques sans capuce, le cordon, les braies et le capron jusqu'au cordon.
L'année passée et le noviciat terminé, qu'il soit reçu à l'obéissance. Après quoi il n'aura plus le droit de passer dans un autre Ordre, ni de « se soustraire à l'obéissance » suivant le décret du seigneur pape. Car, selon l'Évangile, quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu.
Mais si quelqu'un vient qui ne puisse donner ses biens sans empêchement, encore qu'il le désire intérieurement, qu'il les abandonne, et cela suffit. Que nul ne soit reçu contre l'usage et les prescriptions de la sainte Église.
Que les autres frères qui ont promis obéissance, aient une tunique avec capuce et, si c'est nécessaire, une autre sans capuce, le cordon et les braies.
Et que tous les frères soient vêtus d'habits pauvres et puissent les rapiécer au moyen de sacs et d'autres morceaux, avec la bénédiction de Dieu; car le Seigneur dit dans l'Évangile - « Ceux qui portent des habits somptueux et vivent dans les délices, et qui sont vêtus avec mollesse habitent les maisons des rois". »
Et même si on les traite d'hypocrites qu'ils ne cessent pas cependant de faire le bien; qu'ils ne recherchent pas en ce monde les habits de prix, pour qu'ils puissent avoir le vêtement qu'on a dans le royaume des cieux.

III - DE L'OFFICE DIVIN ET DU JEUNE

Le Seigneur a dit : « Ce genre de démons ne peut être chassé que par le jeûne et la prière »; et aussi : « Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme les hypocrites. » Que, par conséquent, tous les frères soit clercs, soit lais, récitent l'office divin, les laudes et les oraisons, comme ils doivent les réciter. Que les clercs récitent l'office et le disent pour les vivants et pour les morts suivant l'usage des clercs; qu'ils disent tous les jours, en réparation des manquements et des négligences des frères, le Miserere mei, Deus et le Pater noster ; qu'ils disent pour les frères défunts le De profundis et le Pater noster. Qu'ils aient le droit d'avoir seulement les livres nécessaires à la récitation de l'office; et qu'il soit aussi permis aux laïques qui savent lire d'avoir le psautier; mais aux autres qui ne savent pas les lettres, qu'il ne soit pas permis d'avoir de livres. Que les laïques disent le Credo in Deum et vingt quatre Pater noster et Gloria Patri pour matines, et cinq pour laudes; pour prime le Credo in Deum et sept Pater noster et Gloria Patri ; pour tierce, sexte et none sept pour chacune de ces Heures; pour vêpres douze; pour complies le Credo in Deum et sept Pater noster et Gloria Patri ; pour les morts sept Pater noster et Requiem aeternam ; et en réparation des manquements et des négligences des frères trois Pater noster chaque jour.
Et pareillement que tous les frères jeûnent depuis la fête de la Toussaint jusqu'à la Nativité du Seigneur et depuis l'Épiphanie, époque où Notre-Seigneur Jésus-Christ a commencé à jeûner, jusqu'à Pâques; mais en d'autres temps qu'ils ne soient pas tenus de jeûner, selon cette règle de vie, sauf le vendredi. Et qu'il leur soit permis, selon l'Évangile, de manger de tous les mets qu'on leur présenter

IV. - DES RAPPORTS ENTRE LES MINISTRES ET LES AUTRES FRÈRES

Au nom du Seigneur, que tous les frères qui sont établis comme ministres et serviteurs des autres frères placent leurs frères dans les provinces et dans les couvents où ils sont, qu'ils les visitent souvent, qu'ils les instruisent spirituellement et les encouragent. Et que tous mes autres frères bénis leur obéissent fidèlement en tout ce qui regarde le salut de l'âme et qui n'est point contraire à notre règle de vie. Et qu'ils se comportent entre eux comme le dit le Seigneur : « Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux »; et : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse. » Et que les ministres et serviteurs se souviennent que le Seigneur a dit: « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir », et que le soin des âmes de leurs frères leur a été confié: si quelqu'une se perd par leur faute et leur mauvais exemple, ils devront en rendre compte au jour du jugement devant Seigneur Jésus-Christ.

V -DE LA CORRECTION DES FRÈRES DANS LEURS FAUTES

Veillez donc sur vos âmes et sur celles de vos frères, car il est effroyable de tomber entre les mains du Dieu vivant. Si quelqu'un des ministres commandait à un frère quelque chose de contraire à notre règle de vie ou à sa conscience, qu'il ne soit pas tenu de lui obéir; car il n'y a pas d'obéissance au nom de laquelle on puisse commettre une faute ou un péché. Cependant que tous les frères qui sont soumis aux ministres et serviteurs observent raisonnablement et avec circonspection les actes des ministres et serviteurs. Et s'ils s'aperçoivent que l'un d'eux marche selon la chair et non pas selon l'esprit, en ce qui touche à la stricte observation de notre règle de vie, et s'il ne s'est pas corrigé après la troisième admonition, que rien n'empêche de le dénoncer, pendant le Chapitre de la Pentecôte, au ministre et serviteur de toute la fraternité. Mais si parmi les frères, où qu'ils soient, il se rencontre quelque frère qui veuille marcher selon la chair et non point selon l'esprit, que les frères avec lesquels il vit l'avertissent, l'instruisent et le corrigent humblement et avec circonspection. Que s'il refuse après la troisième admonition de s'amender, ils l'envoient ou le dénoncent le plus rapidement possible à son ministre et serviteur, et que ce ministre et serviteur fasse de lui ce qu'il jugera le meilleur selon Dieu.
Que tous les frères, aussi bien les ministres et serviteurs, prennent garde de ne pas se troubler ou s'irriter à cause du péché ou du mauvais exemple d'un autre frère, car le démon par la faute d'un seul cherche à en corrompre beaucoup; mais qu'ils viennent spirituellement et de leur mieux en aide à celui qui a péché, car ce ne sont pas les biens portants mais les malades qui ont besoin du médecin.
Pareillement que tous les frères n'aient, surtout entre eux, aucune autorité ou domination. Car comme le Seigneur le dit dans l'Évangile: « Les chefs des nations commandent en maître, et les grands exercent sur elle leur autorité » ; il ne doit pas en être ainsi parmi les frères mais que celui qui veut être le plus grand parmi eux soit leur ministre et serviteur, et que le plus grand parmi eux soit comme le plus petit.
Et qu'aucun frère ne dise ou ne fasse de mal à un autre; bien plus, que par charité spirituelle ils se rendent volontairement service et qu'ils s'obéissent les uns aux autres. Telle est la vraie et sainte obéissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et que tous les frères, chaque fois qu'ils se détourneront des commandements du Seigneur et qu'ils se soustrairont à l'obéissance, comme dit le prophète, sachent qu'ils sont maudits hors de l'obéissance, et cela aussi longtemps qu'ils demeureront sciemment dans ce péché. Et qu'ils sachent que, tant qu'ils persévèrent dans les commandements du Seigneur, qu'ils ont promis de garder en suivant le saint Évangile et leur règle de vie, ils sont dans la véritable obéissance: qu'ils soient alors bénis du Seigneur.

VI. - DU RECOURS DES FRÈRES AUX MINISTRES ET QU'AUCUN FRÈRE NE SOIT APPELÉ PRIEUR

Que les frères, en quelque lieu qu'ils soient, s'ils ne peuvent suivre notre règle de vie, recourent le plus rapidement possible à leur ministre pour l'en prévenir. Que le ministre alors s'efforce de venir à leur aide, comme il voudrait qu'on agisse à son égard s'il se trouvait dans un cas semblable. Et que nul ne soit appelé prieur, mais que tous indistinctement soient appelés frères Mineurs. Et qu'ils se lavent les pieds l'un à l'autre.


VII. - DE LA MANIÈRE DE SERVIR ET DE TRAVAILLER

Que tous les frères, en quelque lieu qu'ils se trouvent chez autrui pour servir et pour travailler, ne soient ni camériers ni chanceliers, et qu'ils ne commandent pas dans les maisons de ceux qu'ils servent; et qu'ils n'acceptent aucune charge qui soit une cause de scandale ou qui leur fasse perdre leur âme; mais qu'ils soient les plus petits et soumis à tous ceux qui sont dans la même maison.
Et que les frères qui savent travailler travaillent et exercent ce même métier qu'ils ont appris, s'il n'est pas contraire au salut de leur âme et s'ils peuvent le faire avec décence. Car, dit le prophète : Tu te nourriras alors du travail de tes mains, tu es heureux et tu seras comblé de biens; et l'apôtre : Que celui qui ne veut pas travailler ne mange pas. Et que chacun demeure dans le métier et dans l'emploi où il était quand il a été appelé. Et que les frères puissent pour prix de leur travail recevoir tout ce qui leur est nécessaire, l'argent excepté. Et quand ce sera nécessaire, qu'ils aillent demander l'aumône comme les autres frère. Et qu'il leur soit permis d'avoir les outils et instruments nécessaires à leurs métiers.

Que tous les frères s'appliquent à consacrer tous leurs efforts à de bonnes oeuvres, car il est écrit : Fais toujours quelque bonne oeuvre pour que le démon te trouve occupé; et aussi : L'oisiveté est ennemie de l'âme. Aussi les serviteurs de Dieu doivent toujours s'adonner à la prière ou à quelque bonne oeuvre.
Que les frères se gardent, où qu'ils se trouvent, dans les ermitages ou en d'autres lieux, de s'en approprier aucun ou de le défendre contre quelqu'un.. Et que quiconque viendra à eux, ami ou adversaire, voleur ou brigand, soit reçu avec bonté. Et partout où sont les frères et en quelque lieu qu'ils se trouvent, ils doivent avoir les uns pour les autres, sans murmurer, profonde révérence et estime spirituelle. Que les frères prennent garde de ne pas montrer visage triste et sombre comme les hypocrites, mais qu'ils se montrent joyeux dans le Seigneur, gais et aimables comme il convient.

VIII - QUE LES FRÈRES NE REÇOIVENT POINT D'ARGENT

Le Seigneur donne ce précepte dans l'Évangile : « Gardez-vous avec soin de toute méchanceté et de toute avarice; et défiez-vous des sollicitudes de ce monde et des soucis de cette vie. » Aussi qu'aucun des frères, où qu'il soit et où qu'il passe ne prenne en aucune façon, ne reçoive ou ne fasse recevoir argent ou deniers, ni pour se procurer des vêtements ou des livres, ni comme salaire de quelque travail, absolument sous aucun prétexte, sauf dans le cas de nécessité manifeste pour les frères malades; car nous ne devons pas trouver et accorder à l'argent et aux deniers plus d'utilité qu'aux cailloux. Et le démon veut aveugler ceux qui les désirent ou les estiment plus que des pierres.
Prenons donc garde, nous qui avons tout quitté, de ne pas perdre pour si peu le royaume des cieux. Et si en quelque lieu nous trouvons des deniers, ne nous en soucions pas plus que de la poussière que nous foulons aux pieds, car c'est vanité des vanités, et tout n'est que vanité. Et s'il arrivait par hasard, Dieu fasse que non ! qu'un frère ramasse ou possède de l'argent ou des deniers, sauf dans le seul cas précité de nécessité pour les malades, que tous les frères le tiennent pour un faux frère, un voleur, un brigand, un porteur de la bourse, jusqu'à ce qu'il ait fait sincèrement pénitence. Et qu'en aucune façon les frères ne reçoivent ou ne fassent recevoir, ne demandent ou ne fassent demander comme aumône de l'argent ou des deniers pour quelque maison ou quelque lieu que ce soit; et qu'ils n'accompagnent jamais ceux qui demandent de l'argent ou des deniers pour ces lieux. Quant aux autres emplois, qui ne sont pas contraires à notre règle de vie, les frères peuvent les remplir avec la bénédiction de Dieu. Toutefois, en cas de nécessité manifeste pour les lépreux, que les frères soient autorisés à demander l'aumône pour eux. Mais qu'ils soient bien en garde contre l'argent. Pareillement que tous les frères se gardent de courir les routes pour quelque gain honteux.

IX. - QU'IL FAUT DEMANDER L'AUMÔNE

Que tous les frères s'efforcent d'imiter la pauvreté et l'humilité de Notre-Seigneur Jésus-Christ et se souviennent que de toutes les choses du monde nous ne devons rien posséder que ce dont l'apôtre dit : « Si nous avons des aliments et de quoi nous couvrir, nous devons être satisfaits. » Et ils doivent se réjouir de se trouver parmi des gens de peu et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades, des lépreux et des mendiants de grands chemins. Et quand ce sera nécessaire, qu'ils aillent demander l'aumône.
Qu'ils n'en aient point honte, mais qu'ils se souviennent plutôt que Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant et tout-puissant rendit sa face semblable à un Caillou, et n'en eut point honte; il fut pauvre et pèlerin, et il vécut d'aumônes, lui, la bienheureuse Vierge et ses disciples. Et si les hommes leur infligent des humiliations et leur refusent l'aumône, qu'ils en rendent grâce à Dieu; car pour ces humiliations ils recevront de grands honneurs devant le tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et qu'ils sachent que ces humiliations sont imputables non à ceux qui les subissent, mais à ceux qui les causent. L'aumône est un héritage et un juste droit qui est dû aux pauvres, et que nous a acquis Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et les frères qui peinent pour l'obtenir, recevront une grande récompense et procurent en même temps un enrichissement et des bénéfices à ceux qui la font; car tout ce que les hommes laissent au monde périra, mais la charité et les aumônes qu'ils ont faites seront récompensées par le Seigneur.
Et que les frères se fassent connaître en toute tranquillité leurs besoins les uns aux autres, pour qu'ils se cherchent et se fournissent ce qui leur est nécessaire. Et que chacun aime et nourrisse son frère, comme une mère aime et nourrit son enfant, et avec ce que Dieu lui aura accordé. Et que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange. Et quand la nécessité l'exigera, qu'il soit permis à tous les frères, où qu'ils soient, de prendre tous les aliments que les autres hommes peuvent manger, comme le Seigneur le dit de David, qui mangea les pains de proposition, ce qui n'était permis qu'aux prêtres seuls. Et qu'ils se souviennent de ce que dit le Seigneur : « Prenez garde à vous-mêmes de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès du manger et du boire et par les soucis de cette vie, et que ce jour ne fonde sur vous à l'improviste; car il tombera comme un filet sur tous ceux qui habitent la face de la terre entière. » Pareillement encore, que tous les frères, en temps de nécessité manifeste, s'arrangent pour ce dont ils ont besoin comme Dieu le leur inspirera, car la nécessité n'a pas de loi.

X - DES FRÈRES MALADES

Si l'un des frères tombe malade, où qu'il soit, que les autres frères ne le quittent pas sans avoir mis près de lui un, ou même, si c'est nécessaire, plusieurs frères pour les servir comme ils voudraient être servis eux-mêmes; mais en cas de nécessité absolue ils peuvent le confier à une personne qui se chargera de le soigner. [Et je prie le frère malade de rendre grâce de tout, au Créateur; et qu'il désire être, bien portant ou malade, tel que le Seigneur veut qu'il soit, car tous ceux que Dieu a prédestinés à la vie éternelle, il les instruit par l'aiguillon des épreuves et des maladies et par l'esprit de componction, comme le Seigneur le dit : « Ceux que J'aime, je les reprends et je les châtie. » Mais s'il se trouble ou se met en colère soit contre Dieu soit contre ses frères, ou s'il demande parfois des remèdes avec instance, dans un trop vif désir de guérir une chair qui va bientôt mourir et qui est ennemie de l'âme,] cela lui vient de l'esprit du mal, il est un homme charnel, et il ne semble pas être un véritable frère, car il aime plus son corps que son âme.


XI. - QUE LES FRÈRES NE DIFFAMENT NI NE MÉDISENT MAIS QU'ILS S'AIMENT LES UNS LES AUTRES

Et que tous les frères prennent garde de calomnier qui que ce soit, et qu'ils évitent les disputes de mots, au contraire qu'ils s'efforcent de garder le silence autant que Dieu leur en accordera la grâce. Qu'ils n'aient de contestation ni entre eux ni avec d'autres, mais qu'ils aient soin de répondre humblement en disant : « Nous sommes des serviteurs inutiles. » Qu'ils ne se mettent pas en colère, car quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être condamné en jugement; et celui qui dira à son frère: raca, mérite d'être condamné par le conseil; et celui qui lui dira : fou mérite d'être condamné à la géhenne du feu. Et qu'ils s'aiment les uns les autres, comme dit le Seigneur : « Ceci est mon commandement que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » Et qu'ils montrent par leurs ouvres l'amour qu'ils doivent avoir entre eux, comme dit l'apôtre: N'aimons pas seulement en paroles et des lèvres, mais en action et en vérité. Qu'ils ne diffament personne; qu'ils ne murmurent pas; qu'ils ne médisent point d'autrui, car il est écrit: « Les diffamateurs et les détracteurs sont haïs de Dieu. » Qu'ils soient condescendants et qu'ils témoignent de la plus grande douceur à l'égard de tous les hommes. Qu'ils ne jugent pas; qu'ils ne condamnent pas; et, comme dit le Seigneur, qu'ils ne considèrent pas les plus petits péchés d'autrui, mais que bien plutôt ils réfléchissent aux leurs dans l'amertume de leur âme. Et qu'ils s'efforcent de passer par la porte étroite, car, dit le Seigneur « Elle est étroite la porte et resserrée la voie qui mène à la vie; et il en est peu qui la trouvent. »

XII - QU'IL FAUT ÉVITER LES REGARDS COUPABLES ET LA FRÉQUENTATION DES FEMMES

Que tous les frères, où qu'ils soient et qu'ils aillent, se gardent des regards coupables et de la fréquentation des femmes et qu'aucun ne s'entretienne [ou n'aille par les routes] seul avec elles, [ou ne mange à table dans la même écuelle] . Que les prêtres leur parlent avec dignité en les confessant ou en leur donnant quelques avis spirituels. Que jamais aucune femme ne soit reçue à l'obéissance par aucun frère, mais, après avoir reçu des avis spirituels, qu'elle aille faire pénitence où elle voudra. Et veillons tous beaucoup sur nous, et retenons tous nos sens dans la pureté, car, dit le Seigneur : « Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur. »

XIII. - DU CHATIMENT DES FORNICATEURS

Si quelque frère, à l'instigation du démon, commet le Péché de fornication, qu'on le dépouille de l'habit de l'Ordre, qu'il a perdu par son abjection le droit de porter; qu'il l'abandonne tout à fait et qu'on le chasse complètement de notre Ordre. Et qu'il fasse ensuite pénitence de ses péchés.

XIV. - COMMENT LES FRÈRES DOIVENT ALLER PAR LE MONDE

Quand les frères vont par le monde, qu'ils ne portent rien en route, ni bourse, ni besace, ni pain, ni argent, ni bâton. En quelque maison qu'ils entrent, qu'ils disent d'abord : Paix à cette maison. Qu'ils demeurent dans la même maison, mangeant et buvant ce qu'il aura là. Qu'ils ne résistent pas au méchant mais, si quelqu'un les frappe sur une joue, qu'ils lui tendent encore l'autre; et si quelqu'un leur prend leur manteau, qu'ils ne l'empêchent pas de prendre aussi leur tunique. Qu'ils donnent à quiconque leur demande; et si on leur enlève ce qui leur appartient, qu'ils ne réclament point.

XV. - QUE LES FRÈRES N'AIENT POINT DE BÊTES ET QU'ILS N'AILLENT PAS A CHEVAL

J'enjoins à tous mes frères, aussi bien clercs que lais, qui vont par le monde ou qui restent dans leurs couvents, de n'avoir aucune bête ni chez eux, ni chez les autres, ni de toute autre façon. Et qu'il ne leur soit point permis d'aller à cheval, à moins qu'ils n'y soient contraints par la maladie ou par quelque nécessité pressante.


XVI. - DE CEUX QUI VONT CHEZ LES SARRASINS ET AUTRES INFIDÈLES

Le Seigneur a dit : « Voici que je vous envoie comme des brebis ait milieu des loups. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes. » Aussi, que tous ceux des frères qui, par inspiration divine, voudront aller chez les Sarrasins et autres infidèles, y aillent avec la permission de leur ministre et serviteur. Et que le ministre leur accorde cette permission et ne la refuse pas, s'il voit qu'ils sont aptes à partir; car il sera tenu d'en rendre raison au Seigneur, si en cela ou en autres choses il agit sans discernement.
Les frères qui partent ont au point de vue spirituel deux façons de se conduire parmi les infidèles. La première est de ne soulever ni débats ni discussions, mais d'être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de se proclamer chrétiens. La seconde est, lorsqu'ils croiront qu'il plaît à Dieu, d'annoncer la parole de Dieu, pour que les infidèles croient au Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint Esprit, Créateur de toutes choses, au Fils Rédempteur et Sauveur, et pour qu'ils soient baptisés et deviennent chrétiens, car nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Cela et tout ce qui plaira à Dieu, ils peuvent le prêcher aux infidèles et aux autres, car, dit le Seigneur dans l'Évangile : « Quiconque me, confessera devant les hommes, Je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux; et : Quiconque rougira de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme rougira aussi de lui quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. »
Que tous les frères se souviennent partout qu'ils se sont donnés et qu'ils ont abandonné leur corps à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et que pour son amour ils doivent s'exposer à tous les ennemis visibles et invisibles, car, dit le Seigneur : « Qui aura perdu sa vie pour moi, la sauvera, pour la vie éternelle. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux leur appartient. S'ils m'ont Persécuté, ils vous persécuteront aussi. Mais s'ils vous persécutent dans une ville, fuyez dans une autre. Bienheureux êtes-vous lorsque les hommes vous haïront et vous maudiront, vous repousseront et vous outrageront, et rejetteront votre nom comme infâme, et lorsqu'ils diront en mentant toute sorte de mal contre vous à cause de moi; réjouissez-vous en ce jour et soyez dans l'allégresse parce que votre récompense sera grande dans les cieux. Je vous dis donc à vous qui êtes mes amis, de ne pas vous effrayer de tout cela, de ne pas craindre ceux qui tuent le corps et qui après cela ne peuvent rien faire de plus. Gardez-vous de vous troubler. Car par votre patience vous sauverez vos âmes. Et celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. »

XVII. - DES PRÉDICATEURS

Que nul des frères ne prêche contrairement à l'usage et aux préceptes de la sainte Église romaine, ni sans avoir obtenu la permission de son ministre. Et que le ministre veille à ne pas l'accorder à quelqu'un sans discernement. Mais que tous les frères prêchent par leurs exemples. Qu'aucun ministre ou prédicateur ne s'approprie le gouvernement des frères ou l'office de la prédication, mais à quelque heure qu'il en reçoive l'injonction, qu'il abandonne aussitôt sa charge sans protestations. Aussi je supplie, au nom de l'amour qu'est Dieu, tous mes frères prédicateurs, orateurs et travailleurs, aussi bien clercs que lais, qu'ils s'efforcent de s'humilier en tout, de ne pas se glorifier, de ne pas se réjouir en eux-mêmes, de ne pas s'exalter intérieurement de leurs belles paroles et de leurs belles oeuvres ni même d'aucun bien que Dieu dit ou fait et accomplit parfois en eux et par eux, selon ce que dit le Seigneur : « Cependant ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis. »
Et persuadons-nous bien qu'il ne nous appartient en propre que nos vices et nos péchés. Nous devons plutôt nous réjouir quand nous sommes en butte à des épreuves de toute sorte, et quand nous souffrons en ce monde, pour mériter la vie éternelle, des angoisses et des tribulations, quelles qu'elles soient, dans notre âme ou notre corps. Aussi, tenons-nous en garde, mes frères, contre tout orgueil et toute vaine gloire. Préservons-nous de la sagesse de ce monde et de la prudence de la chair; car l'esprit charnel veut et recherche beaucoup les mots et s'inquiète peu des actes; il ne s'occupe pas d'une religion et d'une sainteté intérieures de l'esprit, mais il veut une religion et une sainteté qui éclatent extérieurement aux yeux des hommes. C'est de ceux-là que le Seigneur a dit : « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » Mais l'esprit du Seigneur veut que la chair soit mortifiée et méprisée, tenue pour vile et abjecte et déshonorante, il recherche l'humilité et la patience, la pure simplicité et la véritable paix de l'esprit; et toujours et par-dessus tout il désire la crainte de Dieu, la divine sagesse et le divin amour du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Rapportons tous les biens au très haut et souverain Seigneur Dieu, et reconnaissons que tous les biens sont à lui, rendons-lui grâce de tous, car c'est de lui que tous procèdent. Et que lui, très haut, souverain et seul vrai Dieu possède, qu'on lui rende, qu'il reçoive tous honneurs, et toute révérence, toutes louanges et bénédictions, toutes actions de grâces et toute gloire, lui à qui tout bien appartient en propre, lui qui seul est bon. Et quand nous voyons ou entendons dire ou faire le mal, ou blasphémer Dieu, nous, bénissons par nos paroles et par nos actes, et louons le Seigneur qui est béni dans les siècles. Amen.

XVIII. - COMMENT LES MINISTRES DOIVENT SE RÉUNIR

Que tous les ministres puissent se réunir avec leurs frères, où il leur semblera bon, en la fête de saint Michel, archange, pour s'entretenir des choses de Dieu. Et que tous les ministres qui sont au-delà de la mer et au-delà des monts, viennent au chapitre une fois tous les trois ans, et les autres ministres une fois par an, en la fête de la Pentecôte, dans l'église de Sainte-Marie de la Portioncule, s'il n'en a pas été autrement ordonné par le ministre et serviteur de toute la fraternité.

XIX. - QUE LES FRÈRES VIVENT EN CATHOLIQUES

Que tous les frères soient catholiques, vivent et parlent en catholiques. Si l'un d'eux pèche contre la foi et la vie catholique en paroles ou en actions, et s'il ne s'amende pas, qu'on le chasse absolument de notre fraternité. Tenons pour nos maîtres tous les clercs et tous les religieux, en ce qui concerne le salut de notre âme et n'est pas contraire à notre règle, et révérons dans le Seigneur leur ordre, leur office et leur ministère.

XX. - DE LA CONFESSION DES FRÈRES ET DE LA RÉCEPTION DU CORPS ET DU SANG DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Que mes frères bénis, aussi bien clercs que lais, confessent leurs péchés aux prêtres de notre Ordre. Et s'ils ne le peuvent, qu'ils les confessent à d'autres prêtres prudents et catholiques, fermement persuadés et considérant que de quelque prêtre catholique qu'ils reçoivent la pénitence et l'absolution, ils sont sans aucun doute absous de leurs péchés, pourvu qu'ils aient soin d'accomplir humblement et fidèlement la pénitence à eux imposée. S'ils ne peuvent trouver de prêtre, qu'ils se confessent à leur frère, comme le dit l'apôtre Jacques : Confessez vos péchés l'un à l'autre. Qu'ils ne négligent cependant pas dans ce cas de recourir ensuite aux prêtres, à qui seuls a été accordé le pouvoir de lier et de délier. Et qu'ainsi contrits et confessés ils reçoivent le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ avec grande humilité et vénération, se souvenant de la parole du Seigneur : Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle; et: Faites ceci en mémoire de moi.

XXI. - DES LOUANGES ET EXHORTATIONS QUE PEUVENT PRONONCER LES FRÈRES

Et tous mes frères peuvent, quand il leur plaira, prononcer cette exhortation et cette louange, ou quelque autre analogue, devant n'importe qui, avec la bénédiction de Dieu : « Craignez et honorez, louez et bénissez, remerciez et adorez le Seigneur Dieu tout-puissant, dans la Trinité et l'Unité, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur de toute choses. Faites pénitence, faites de dignes fruits de pénitence car sachez que vous mourrez bientôt. Donnez et il vous sera donné. Pardonnez et il vous sera pardonné. Et si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs péchés, le Seigneur ne vous pardonnera pas les vôtres. Confessez tous vos péchés. Bien heureux ceux qui meurent dans la pénitence, car ils iront dans le royaume des cieux. Malheur à ceux qui ne meurent pas dans la pénitence, car ils sont les fils du démon dont ils font les oeuvres, et ils iront au feu éternel. Gardez-vous et abstenez-vous de tout mal, et persévérez jusqu'à la fin dans le bien. »

XXII. - ADMONITION AUX FRÈRES

Considérons tous, mes frères, ce que dit le Seigneur : « Aimez vos ennemis et faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Car Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous devons suivre les traces, a appelé son ami celui qui le trahissait, et s'est offert spontanément à ses bourreaux. Nos amis, ce sont donc tous ceux qui nous infligent injustement des tribulations et des peines, des humiliations et des injures, des douleurs et des tourments, le martyre et la mort; nous devons les aimer beaucoup, car ce qu'ils nous infligent nous procure la vie éternelle. Haïssons notre corps avec ses vices et ses péchés, parce qu'en vivant sensuellement il veut nous arracher l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la vie éternelle, et se perdre en enfer, lui-même et tout ce qui est à lui; et encore parce que nos fautes nous rendent infects, misérables, adversaires du bien, prompts au contraire et inclinés au mal, car, comme le dit le Seigneur dans l'Évangile : « Du cœur de l'homme procèdent et sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications, les homicides, les vols, l'avarice, la fraude, l'impudicité, les regards coupables, les faux témoignages, les blasphèmes, l'orgueil, la folie. Tous ces maux procèdent de l'intérieur du cœur de l'homme et ce sont eux qui souillent l'homme. »
Mais maintenant que nous avons renoncé au monde, nous n'avons rien d'autre à faire que de mettre tous nos soins à suivre la volonté du Seigneur et à lui plaire. Prenons bien garde à ne pas être le sol du chemin, ou la terre pierreuse ou couverte d'épines, selon la parole du Seigneur dans l'Évangile : « La semence, c'est la parole de Dieu. Ce qui est tombé sur le chemin et a été foulé aux pieds, figure ceux qui entendent la parole sans la comprendre ; et aussitôt survient le démon, il s'empare de ce qui avait été semé dans leurs cœurs et arrache la parole de leurs cœurs, de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés. Ce qui est tombé parmi les pierres figure ceux qui, dès qu'ils ont entendu la parole, la reçoivent immédiatement avec joie ; mais à l'heure de la tribulation et de la persécution, ils se scandalisent sur-le-champ de cette parole, ceux-là n'ont pas en eux de racines, mais sont inconstants, car ils croient un moment et au temps de la tentation ils succombent. Ce qui est tombé parmi les épines figure ceux qui entendent la parole de Dieu, mais les soucis et les embarras de ce monde, les séductions des richesses et les autres convoitises pénètrent en eux et y étouffent la parole qui devient stérile. Mais au contraire ce qui a été semé dans une bonne terre figure ceux qui ayant entendu la parole d'un cœur bon et excellent, la comprennent, la conservent et portent des fruits par la patience. »
C'est pourquoi, mes frères, laissons, comme dit le Seigneur, les morts ensevelir les morts. Et gardons-nous bien de la méchanceté et de l'ingéniosité de Satan, qui veut que l'homme n'élève point son esprit et son cœur vers le Seigneur Dieu ; par des manœuvres, sous prétexte de quelque récompense ou de quelque avantage, il tâche de s'emparer du cœur de l'homme, d'étouffer dans sa mémoire la parole et les préceptes du Seigneur, et il veut aveugler son cœur par les affaires et les soucis de la terre, pour y faire sa demeure, comme dit le Seigneur: « Quand l'esprit impur est sorti d'un homme, il va et vient par les lieux arides et desséchés, cherchant du repos ; et n'en trouvent pas il dit : je retournerai dans ma maison dont je suis sorti. Et quand il y revient, il la trouve vide, balayée et ornée. Alors il va chercher sept autres esprits plus méchants que lui, ils y entrent et y font leur demeure, et le dernier état de cet homme est pire que le premier. » Aussi, mes frères, soyons tous bien sur nos gardes, de peur que, sous prétexte de quelque récompense, de quelque oeuvre ou de quelque avantage, nous ne perdions et détournions de Dieu notre esprit et notre cœur.
Mais par le saint amour qu'est Dieu, je supplie tous les frères, aussi bien les ministres que les autres, d'écarter tout obstacle, de rejeter tout souci, toute préoccupation, le mieux qu'ils peuvent, afin de servir, d'aimer, d'adorer et d'honorer le Seigneur Dieu, d'un cœur pur et d'un esprit droit ce qu'il demande par-dessus tout. Faisons-lui toujours en nous un tabernacle et une demeure, à lui le Seigneur Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, qui dit : « Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d'échapper à tous ces maux qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l'homme. Et lorsque vous voudrez prier, dites : Notre Père qui êtes aux cieux. Adorons d'un cœur pur, car il faut toujours prier et ne jamais se lasser, car ce sont de tels adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. Recourons à lui comme au pasteur et à l'évêque de nos âmes, à lui qui a dit : je suis le bon Pasteur, je pais mes brebis et je donne ma vie pour mes brebis. Vous êtes tous frères, n'appelez personne sur la terre du nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, qui est dans les cieux. Ne vous faites point appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul Maître, qui est dans les cieux, le Christ. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. Partout où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. je suis la voie, la vérité et la vie. »
Suivons donc les paroles, la vie, la doctrine et le saint Évangile de Celui qui a daigné prier son Père pour nous et nous manifester son nom en disant : « Mon Père, j'ai manifesté votre nom aux hommes que vous m'avez donnés, car je leur ai donné les paroles que vous m'avez données; ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de vous, et ils ont cru que vous m'avez envoyé. Je prie pour eux, je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous et que tout ce qui est à moi est à vous. Ô Père Saint, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils ne fassent qu'un, à notre exemple. je dis cela dans le monde, pour qu'ils aient en eux la plénitude de la joie. Je leur ai apporté votre parole et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme je n'en suis pas moi-même. Je ne vous demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal. Sanctifiez-les dans la vérité. Votre parole est vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde, je les y ai aussi envoyés. Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité. Ce n'est pas seulement pour eux que je prie, mais aussi pour ceux qui sur leurs paroles croiront en moi, pour que tous ils soient un, et que le monde croie que vous m'avez envoyé et que vous les avez aimés comme vous m'avez aimé. Et je leur ferai connaître votre nom, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux et que moi aussi je sois en eux. Mon Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis ils y soient avec moi, pour qu'ils voient votre gloire dans votre royaume. »

XXIII. - PRIÈRE, LOUANGE ET ACTION DE GRÂCES

Tout-puissant, très haut, très saint et souverain Dieu, Père saint et juste, Seigneur Roi du ciel et de la terre, nous vous rendons grâces pour vous-même, car par votre sainte volonté et par votre Fils unique vous avez créé dans l'Esprit-Saint tous les êtres spirituels et corporels, et vous nous avez placés dans le paradis après nous avoir faits à votre image et à votre ressemblance, et nous, nous sommes tombés par notre faute. Et nous vous rendons grâces encore parce que, de même que vous nous avez créés par votre Fils, de même aussi par le vrai et saint amour que vous avez eu pour nous, vous l'avez fait naître, lui vrai Dieu et vrai homme, de la glorieuse et bienheureuse sainte Marie toujours vierge, et par sa croix, son sang et sa mort, vous avez voulu nous racheter de la servitude. Nous vous rendons grâces aussi parce que votre Fils lui-même reviendra dans la gloire de sa majesté pour envoyer au feu éternel les maudits qui n'ont pas fait pénitence et qui ne vous ont pas connu, et pour dire à tous ceux qui vous ont connu, adoré et servi dans la pénitence : « Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé depuis l'origine du monde. »
Et parce que nous tous misérables et pécheurs nous ne sommes pas dignes de prononcer votre nom, nous supplions Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils bien-aimé en qui vous avez mis toutes vos complaisances de vous rendre grâces, avec l'Esprit-Saint consolateur, comme il vous plaît et comme il leur plaît, pour tous vos bienfaits, lui qui vous suffit à tout et par qui vous avez tant fait pour nous. Alleluia. Et sa glorieuse mère, la bienheureuse Marie toujours Vierge, les bienheureux Michel, Gabriel et Raphaël, et tous les chœurs des esprits bienheureux, des séraphins, des chérubins et des trônes, des dominations, des principautés et des puissances, des vertus, des anges et des archanges, les bienheureux Jean-Baptiste, Jean évangéliste, Pierre et Paul, les bienheureux patriarches, prophètes, saints Innocents, apôtres, évangélistes, disciples, martyrs, confesseurs et vierges, les bienheureux Élie et Énoch, tous les saints qui ont été, qui seront et qui sont » nous les supplions humblement pour l'amour de vous, de vous rendre grâces comme il vous plaît pour tous ces bienfaits, à vous Dieu souverain et véritable, éternel et vivant, avec votre Fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ et l'Esprit-Saint consolateur dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Alleluia.
Et tous ceux qui dans la sainte Église catholique et apostolique veulent servir le Seigneur Dieu, tous les ordres ecclésiastiques, prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers, et tous les clercs, tous les religieux et toutes les religieuses, tous les jeunes gens et les enfants, les pauvres et les indigents, les rois et les princes, les ouvriers, les laboureurs, les serviteurs et les maîtres, toutes les vierges, celles qui gardent la continence, les épouses, les laïques, hommes et femmes, tous les petits, les adolescents, les jeunes et les vieux, les bien portants et les malades, tous les humbles et les grands, tous les peuples et les races, les tribus et les gens de toutes langues, toutes les nations et tous les hommes de la terre entière, ceux qui sont et ceux qui seront, nous les prions humblement et nous les supplions, nous tous frères Mineurs, serviteurs inutiles, de nous demander la grâce de persévérer tous dans la vraie foi et dans la pénitence, car personne autrement ne peut être sauvé.
Aimons tous, de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de toute notre force et de toute notre puissance, de toute notre intelligence et de toutes nos facultés, de tous nos efforts, de toute notre affection, de toutes nos entrailles, de tous nos désirs et nos volontés, le Seigneur Dieu qui nous a donné et qui nous donne à tous tout notre corps, notre vie, qui nous a créés et rachetés et qui nous sauvera par sa seule miséricorde, qui nous a donné et nous donne tous les biens à nous misérables et malheureux corrompus et infects, ingrats et méchants.
Que nos désirs et notre volonté, nos goûts et nos joies n'aient donc d'autre objet que notre Créateur, Rédempteur et Sauveur, seul vrai Dieu, qui est le bien dans sa plénitude, tout le bien, le bien entier, le vrai et souverain bien, seul est bon, miséricordieux et doux, aimable et plein suavité, qui seul est saint, juste, vrai et droit, qui seul est bienveillant, immaculé et pur, de qui, par qui et en qui sont tout pardon, et toute grâce, et toute gloire de tous les pénitents et de tous les justes, de tous les bienheureux qui se réjouissent ensemble dans les cieux. Ainsi donc que rien ne nous arrête, que rien ne nous sépare, que rien ne s'interpose entre nous. Partout, en tout lieu, en toute heure et en tout temps, croyons tous, chaque jour et continuellement, vraiment et humblement, possédons dans notre cœur et aimons, honorons, adorons, servons, louons et bénissons, glorifions et exaltons au-dessus de tout, magnifions et remercions le très haut et souverain Dieu éternel, Trinité et Unité, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur de toutes choses, Sauveur de ceux qui croient en lui, qui espèrent en lui et qui l'aiment, lui qui n'a ni commencement ni fin, qui est immuable, invisible, inénarrable, ineffable, incompréhensible, insondable, béni, digne de louanges, glorieux, exalté au-dessus de tout, sublime, élevé, suave, aimable, délectable, et toujours, et entièrement, et par-dessus toutes choses désirable dans les siècles des siècles.
Au nom du Seigneur je demande à tous les frères d'apprendre les termes et le sens de ce qui est écrit dans cette règle de vie pour le salut de notre âme, et de se les remémorer fréquemment. Et je supplie Dieu, lui qui est tout-puissant, trine et un, de bénir lui-même tous ceux qui les enseignent, les apprennent, les possèdent, les retiennent et les mettent en pratique, chaque fois qu'ils se rappellent et qu'ils observent ce qui est écrit ici pour notre salut. Et je les prie tous, en leur baisant les pieds, d'aimer beaucoup, de garder et de conserver ces paroles.
Et de la part de Dieu tout-puissant et du seigneur pape, et au nom de l'obéissance, moi, frère François, je prescris fermement et j'ordonne qu'à tout ce qui est écrit dans cette règle de vie nul ne retranche ni n'ajoute rien, et que les frères n'aient pas d'autre règle.
Gloire au Père au Fils et au Saint Esprit. Comme il était dès le commencement, maintenant et toujours dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.

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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 11:59
















"Sainte" Marie-Julie Jahenny de la Fraudais
(1850-1941)
(La Fraudais - Blain : Loire-Atlantique,
département qui faisant avant partie de la "Sainte" Bretagne)

 


Triple salutation que Marie-Julie offrait à Marie,

en commençant à réciter et à méditer

les 3 Ave Maria qui introduisent le chapelet :


« Je Vous salue Marie, pleine de Grâces, Fille Bien-Aimée du Père,

Lys de Pureté,


Je Vous salue Marie, pleine de Grâces, Mère du Verbe Incarné,

Violette d'Humilité,


Je Vous salue Marie, pleine de Grâces, Épouse Virginale du Saint-Esprit,

Rose de Charité. »

 


 

En savoir plus sur Marie-Julie Jahenny


 


Source : « La Messagère du Christ-Roi », Soeur Olive (Danzé), page 93

(Éditions Résiac, mars 1997), Henri-Pierre BOURCIER.


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