Blog Parousie de Patrick ROBLES (Sausses, Alpes-de-Haute-Provence - FRANCE)
Vous voyez donc, M.F., que si nous comprenions bien ce que c'est que recevoir les sacrements, nous y apporterions bien d'autres dispositions que nous ne le faisons. Il est vrai que le plus grand nombre, en ca-chant leurs péchés, conservent toujours la pensée de les accuser ; mais, sans un miracle, ils n'en seront pas moins perdus. Si vous en voulez la raison, il est bien facile de vous la donner ; puisque, plus nous restons dans cet état épouvantable qui fait frémir le ciel et la terre, plus le démon prend d'empire sur nous, plus la grâce de Dieu se diminue, plus notre crainte s'augmente, plus nos sacrilèges se multiplient et plus nous recu-lons ; et par là, nous nous mettons presque dans l'im-possibilité de rentrer en grâce avec Dieu. Je vous en citerai cent exemples pour un. Dites-moi, M.F., est-ce que vous pouvez même espérer qu'après avoir passé dans le sacrilège peut-être de cinq à six ans, pendant les-quels vous avez plus outragé le bon Dieu que tous les Juifs ensemble, vous oseriez croire que le bon Dieu va vous donner toutes les grâces qu'il vous faudrait pour sortir de cet état épouvantable ; vous croyez peut-être qu'en con-sidérations de tant d'atrocités, dont vous vous êtes rendus coupables envers Jésus-Christ, vous n'aurez qu'à dire : « Je vais quitter le péché » et tout sera fini ? Hélas ! mon ami, qui vous garantit que Jésus-Christ ne vous aura pas fait la menace qu'il fit aux Juifs et prononcé la même sentence qu'il prononça contre eux : « Vous ne voulez profiter des grâces que je voulais vous donner ; mais je vous laisserai, et vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas et vous mourrez dans votre péché . » Hélas ! M.F., notre pauvre âme, une fois entre les mains du démon, n'en sort pas si facilement que nous le croyons bien. II. - Mais, hélas ! M.F., quelle vie malheureuse mènent ceux qui cachent leurs péchés en se confessant, et qui restent avec de tels bourreaux dans leur cœur ! Vous avez toujours la pensée que vous les accuserez dans une confession ou avant de mourir. Mon ami, vous êtes un aveugle, vous ne le ferez pas ; le démon vous en empêchera aussi bien dans vos autres confessions ou à l'heure de votre mort, qu'il vous en a empêché jusqu'à présent. Si vous en doutez, écoutez-moi et vous verrez que cela est vrai ; que celui qui vit dans le sacrilège est à peu prés sûr d'y mourir. Il est rapporté par le Père Jean Romain, de la Compagnie de Jésus, que le fameux Jean d'Avila, prêchant dans une ville d'Espagne, fut appelé pour entendre la confession d'une demoiselle qui, par les soins de sa mère, avait été élevée dans toutes sortes de vertus. Cette mère ne manquait pas de communier tous les samedis en l'honneur de la sainte Vierge. La mère étant morte, la fille continua dans la même dévotion, ajoutant, de plus, plusieurs aumônes, des jeûnes et autres bonnes œuvres. Comme elle enten-dait souvent prêcher le Père Jean d'Avila, elle en était vraiment touchée, elle se sentait vivement portée à la vertu. Étant tombée malade, elle le fit prier de venir la voir, parce qu'elle désirait bien se confesser à lui. Quoique son mal ne fût pas fort dangereux, elle voulait pourvoir de bonne heure au salut de son âme. Elle le priait d'avoir la charité de l'entendre, parce qu'il y avait longtemps qu'elle désirait se confesser et bien lui décou-vrir l'état de son âme. Le Père lui accorda avec joie ce qu'elle demandait. Elle commença à se confesser avec des marques d'une douleur si vive et avec une si grande abondance de larmes, que le Père était dans l'admiration de trouver une si belle âme, du moins en apparence. Sa confession étant finie, le Père s'en va tout consolé ; lui ayant donné l'absolution, il la laissait dans une grande sûreté pour son salut, toujours du moins en apparence. Il arriva cependant une chose fort extraordinaire. Le Frère, que ce Père avait mené pour l'accompagner, étant dans une autre chambre, voyait venir de temps en temps, du côté de la muraille, une main noire toute couverte de poils, qui serrait la gorge de la malade de manière qu'il semblait qu'elle voulût l'étouffer. Le Frère, voyant cela, fut fort étonné. Étant retourné au couvent, il va trouver le supérieur à qui il raconte ce qu'il avait vu. Le supérieur lui demanda s'il était bien sûr de cela. Il lui dit : « J'en suis aussi sûr que je suis sûr d'être devant vous. Pendant quelques instants j'en ai douté, mais, ayant encore redoublé d'attention, j'ai vu tout ce que je vous dis. » Alors le supérieur appelle le Père Jean, et, quoique ce fût la nuit, il lui commande de retourner chez la malade, en lui disant de faire tout ce qu'il pourrait pour l'engager à se réconcilier si elle se sentait quelque chose qui lui fit de la peine. Le Père part avec le même compagnon. Lorsqu'ils furent à la porte, ils entendirent des cris et des gémissements ; mais à peine eurent-ils frappés, qu'un valet vint leur dire que sa maîtresse était morte, que presque aussitôt après sa confession, elle avait perdu la parole et l'usage de ses sens, de sorte qu'elle n'avait pas pu communier. Après avoir vu la défunte, ils retournèrent au couvent où ils rendirent compte au supérieur de ce qui était arrivé, ce qui l'affligea beaucoup. Le Père qui avait con-fessé la malade fut saisi d'une si grande douleur qu'il se mit à pleurer amèrement, et s'en alla devant le Saint--Sacrement, où, étant prosterné, il commença à prier le Seigneur pour le repos de cette malheureuse fille, lui demandant de vouloir la retirer de la damnation éter-nelle. Après avoir prié quelques moments, il entendit un grand bruit comme de grosses chaînes qu'on traînait par terre. S'étant tourné du côté de ce bruit, il vit de-vant lui une personne environnée, depuis les pieds jus-qu'à la tête, de chaînes et de flammes obscures. Le Père, sans s'effrayer, lui demanda qui elle était. Elle lui répondit : « Je suis l'âme de cette malheureuse fille que vous êtes venu confesser ce matin, je suis celle pour qui vous priez, mais en vain. J'ai trompé le monde par mes hypocrisies et mes fausses vertus. Il faut que vous con-naissiez ces hypocrisies. Après la mort de ma mère, un jeune homme était épris d'amour pour moi ; je fis d'a-bord quelques résistances ; mais il vint à bout de ma faiblesse. Si ma faute fut grande, la répugnance que le démon fit naître en moi pour la confesser alla encore plus loin ; je sentais de vifs remords de conscience, la crainte des tourments où je me trouve maintenant m'était un supplice. Inconsolable et ne cherchant qu'à sortir de cette peine, j'avais résolu plusieurs fois de m'en confesser ; mais la honte et l'appréhension que mon confesseur perdit la bonne opinion qu'il avait de moi, m'en avait toujours empêchée.. Dans cette crainte, je voulus toujours continuer mes confessions et mes com-munions. Lorsque j'entendais vos sermons, c'était autant de dards qui me perçaient le cœur, et, je pris enfin la résolution de me confesser à vous : c'est pour cela que je vous fis appeler. Ah ! j'aurais bien dû commencer par mes sacrilèges, et non par les petites fautes ! car, en-suite, je n'eus jamais la force de vous accuser mon péché caché. Me voilà damnée pour jamais ! Ne perdez pas votre temps à prier pour moi. » - « Mais, quelle est la plus grande de vos peines ? » lui demanda le Père. « C'est de voir, lui répondit-elle, que j'aurais pu me sauver en avouant mon péché, aussi facilement que je viens de vous le dire, sans que j'en tire aucun fruit. » Après cela elle disparut, poussant des cris épouvantables et faisant un bruit effroyable avec ses chaînes.
Ah ! M.F., quel état est celui d'une âme qui va paraî-tre devant le tribunal de Jésus-Christ avec des sacri-lèges ! Cherchons dans les recoins les plus cachés de nos consciences, et, si nous sentons quelques remords, tâchons de les faire disparaître par une bonne confes-sion, qui est le seul remède, puisque ni les pénitences ni les aumônes ne pourront y remédier. Hélas ! M.F., un pauvre chrétien dans ce péché n'a aucun mérite dans toutes ses bonnes œuvres ; tout est perdu pour le ciel. Mon Dieu, peut-on bien vivre avec des sacrilèges sur sa conscience, surtout quand on les connaît ? N'est-on pas déjà en enfer par les remords que l'on éprouve conti-nuellement ? Peut-on trouver quelques plaisirs dans la vie ?
Saint Antoine nous rapporte ce que le bon Dieu révéla à un saint prélat, pendant qu'il entendait la confession d'une personne qui, par honte, cachait un péché d'im-pureté. Le saint voyant à côté d'elle un démon, lui de-manda ce qu'il faisait là. Le démon répondit qu'il obser-vait un précepte de Jésus-Christ. « Eh quoi ! lui dit le saint, depuis quel temps est-ce que tu observes les pré-ceptes de Jésus-Christ ? » - « Oui, lui dit le démon, moi qui avais ôté la honte à cette personne, pour qu'elle péchât plus hardiment, maintenant je la lui restitue ; afin qu'étant vaincue par la honte, elle ne confesse pas son péché. »
O mon Dieu ! qu'un orgueilleux est à plaindre et en danger de se damner ; puisque, en effet, si nous cachons nos péchés, si nous ne les disons pas tels qu'ils sont, ce n'est pas autre chose que l'effet de l'orgueil. O mon Dieu ! consentir à être damné ! ou, plutôt, échanger une humiliation de cinq minutes avec une éternité !... Hélas ! ces pauvres damnés accuseront leurs péchés cachés et leurs sacrilèges pendant toute l'éternité sans en pouvoir obtenir le pardon ; tandis que, dans ce monde, une simple accusation à un prêtre plein de charité, qui nous aide à demander au bon Dieu notre pardon, qui désire autant notre salut que nous-mêmes, nous eût sauvé. Ah ! non, non, M.F., ceci ne peut pas se comprendre ! porter son aveuglement jusqu'à un tel point !... Vous êtes tombé, mon ami, vous avez sans doute fait bien du mal ; mais, relevez-vous vite, puisque vous le pouvez encore ; peut-être que vous ne pourrez pas un autre jour, et en voici la preuve.
Il est rapporté dans l'histoire qu'un missionnaire était allé voir une malade pendant la nuit. Voyant que sa maladie allait la conduire à la mort, et s'étant approché de son lit, il lui dit : « Madame, vous voilà prête à rendre compte à Dieu de votre conduite, j'ai grand'peur que vous n'ayez caché quelques péchés dans vos confessions, et, si vous ne vous en accusez pas, vous serez damnée ; réfléchissez. » - « Est-il possible, s'écria la malade, il faut que je meure ? J'avoue, dit-elle au missionnaire, qu'il y a bien longtemps que je me confesse fort mal, en cachant par honte des péchés. » Mais, en disant cela, elle perdit la parole sans pouvoir dire un seul mot, mou-rut dans ce misérable état, et, sans doute, fut damnée. Hélas ! dans quel état d'horreur vont paraître ces per-sonnes au jour du jugement, étant toutes couvertes de sacrilèges ! Oh ! « montagnes, diront-elles, écroulez-vous sur nous, cachez-nous à Dieu » comme nous avons caché nos sacrilèges aux yeux du monde ! Mais non, tout se verra et tout paraîtra à la face de l'univers. Ah ! que de regrets d'avoir vécu trois ou quatre ans, peut-être, dans cet état, et avoir été dévoré par les remords de conscience sans avoir voulu y remédier !
Mais, dites-moi, que doit penser une personne qui se sent coupable de ce péché, quand elle reçoit l'absolution ? Que doit-elle penser quand le prêtre lui dit : « Allez en paix, et tâchez de bien persévérer ? » Ah ! si elle enten-dait Jésus-Christ qui, du haut du ciel, crie à son mi-nistre : « Arrête, arrête, malheureux, ce sang précieux que tu fais couler sur cette âme crie vengeance, il va écrire sa sentence de réprobation ; arrête, ministre, je réprouve et maudis cette âme ! » Ah ! malheureux, vous venez de vendre votre Dieu ! Allez, allez, perfide, traître Judas, allez à la table sainte pour achever l'œuvre de votre fureur ! allez lui donner la mort ! Ah ! si vous entendiez Jésus-Christ qui vous crie du fond de son tabernacle « Arrête, arrête, mon fils ! Ah ! de grâce, épargne ton Père ! Pourquoi veux-tu me faire mourir ? Arrête, ar-rête, mon fils, épargne ton Dieu, pourquoi veux-tu lui donner le coup de la mort ? » Ah ! si un chrétien pouvait comprendre la grandeur de son crime, pourrait-il porter sa fureur jusqu'à un tel excès contre un Dieu si bon, un Dieu qui nous aime plus que lui-même, qui ne veut et ne désire que notre bonheur ? O mon Dieu ! un chrétien qui aurait une fois commis un crime tel que le sacrilège, pourrait-il encore vivre ? Ne lui semblerait-il pas entendre sans cesse intérieurement, au dedans de lui-même, une voix, comme ce jeune homme qui avait tué son père : « O mon Fils, pourquoi m'as-tu égorgé, pourquoi m'as-tu ôté la vie ? » Un chrétien qui aurait eu ce malheur, pourrait--il encore une fois porter ses yeux sur cette croix, vers ce tabernacle : oh ! que dis-je ? vers cette table sainte où il a fait mourir Jésus-Christ, son Dieu et son Sauveur, d'une manière si épouvantable et si affreuse ? Oui, M.F., ce péché est épouvantable, quoique si commun ; il y aurait de quoi mourir d'y penser !...
Que devons-nous conclure de tout ce que nous venons de dire ? le voici. C'est qu'il nous faut prendre tous les moyens possibles pour bien faire nos confessions ; c'est de ne jamais recevoir l'absolution quand nous avons quelque mauvaise habitude, si nous ne sommes pas dans l'intention de nous corriger ; de ne jamais faire nos confessions à la hâte ; de ne jamais chercher les termes qui peuvent adoucir l'accusation de nos péchés ou les diminuer à nos yeux ou à ceux de notre confes-seur, et ne jamais nous confesser sans bien demander à Dieu la contrition de nos péchés. Enfin, quand il y aurait vingt ans, trente ans, que nous aurions des péchés ca-chés, il ne faut rien écouter, vite les avouer ; et si nous sommes sincères, nous sommes sûrs que le bon Dieu nous pardonnera ; au lieu que, si nous attendons à la mort, ou nous ne pourrons pas, ou peut-être même, par un châtiment terrible de la justice de Dieu, nous ne le voudrons pas, comme nous venons de le voir. Quand nous avons la pensée de cacher quelque péché, pensons vite quels reproches nous fera notre confesseur lui--même au jour du jugement, quand il verra que nous l'avons trompé. Oui, faisons tout ce que nous ferons comme nous voudrions l'avoir fait à l'heure de la mort, et tout sera bien fait. C'est ce que...
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