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Blog Parousie de Patrick ROBLES (Sausses, Alpes-de-Haute-Provence - FRANCE)

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Sermons du Saint Curé d'Ars 38

Saint Jean-Marie Vianney Saint Curé d'Ars    

Saint patron des curés

Tome 3 des sermons de Saint Jean-Marie Vianney

TABLE DES MATIERES

12ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 4
Sur le premier Commandement de Dieu 4
12ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 23
Sur le premier Commandement de Dieu 23
12ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 42
Sur l'amour du prochain. 42
13ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 59
Sur l'Absolution 59
13ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 76
Sur le service de Dieu. 76
14ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 93
Sur le Monde. 93
15ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 110
Sur la pensée de la mort 110
16ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 126
Sur l'Humilité 126
17ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 140
Sur l'amour de Dieu 140
17ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 155
Sur la Charité 155
17ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 171
Sur la pureté 171
18ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 187
Sur la Tiédeur 187
18ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 202
Sur l'Envie 202
19ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 219
Sur l'Impureté 219
20ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 235
Devoirs des parents envers les enfants 235
20ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 252
Sur l'Ivrognerie 252
21ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 268
Sur la colère 268
22ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 285
Sur la restitution 285
23ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE 300
Sur la mort du juste 300


Publiés par les soins

DE M. LE CHANOINE ÉTIENNE DELAROCHE
Archiprêtre d'Ainay à Lyon, Docteur en théologie

ET DU

R. P. Dom MARIE-AUGUSTIN DELAROCHE
Chanoine régulier de l'Immaculée Conception,

NOUVELLE ÉDITION AUGMENTÉE DE PLUSIEURS SERMONS INÉDITS

TOME TROISIÈME

DU XII? AU XXIII? DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE


2002




12ème DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE

Sur le premier Commandement de Dieu
(PREMIER SERMON)

Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo.
Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces.
(Deut., VI, 5.)

Pourquoi, M.F., le Seigneur nous fait-il un commandement de l'aimer de tout notre cœur : c'est-à-dire, sans partage, de la manière dont il nous a aimés lui-même ; de toute notre âme et de toutes nos forces ; en nous promettant une récompense éternelle, si nous y sommes fidèles, et une punition éternelle si nous y manquons ? Pour deux raisons : c'est 1? pour nous montrer la grandeur de son amour ; 2? que nous ne pouvons être heureux qu'en l'aimant et qu'enfin cet amour ne se trouve que dans l'accomplissement de ses Commandements. Oui, M.F., si tant de maux nous accablent dans ce monde, cela vient de ce que nous violons les commandements de Dieu ; puisqu'il nous dit lui-même : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je vous bénirai en toute manière ; mais si vous les transgressez, vous serez maudits en tout ce que vous ferez . » De sorte, M.F., que si nous voulons être heureux en ce monde, du moins, autant qu'il est possible de l'être, nous n'avons point d'autres moyens que d'observer fidèlement les commandements de Dieu ; et nous verrons que, tant que nous nous écarterons du chemin que les commandements de Dieu nous ont tracé, nous serons toujours malheureux, pour l'âme et pour le corps, dans ce monde et dans l'autre. Je vais donc vous montrer, M.F., que notre bonheur est attaché à notre fidélité à observer les commandements que le bon Dieu nous a faits.

I. - Si nous ouvrons les livres saints, M.F., nous y verrons que tous ceux qui se sont fait un devoir de bien observer ce que les commandements de Dieu leur prescrivaient ont toujours été heureux, parce qu'il est très sûr que le bon Dieu n'abandonnera jamais celui qui se fait un devoir de faire tout ce qu'il lui commande. Notre premier père, Adam, nous en donne un bel exemple. Tant qu'il fut fidèle à observer les ordres du Seigneur, il fut heureux en toute manière : son corps, son âme, son esprit et tous ses sens n'avaient point d'autres penchants que vers Dieu ; les anges mêmes descendaient du ciel avec plaisir pour lui tenir compagnie. Ainsi aurait continué le bonheur de nos parents, s'ils avaient été fidèles à leurs devoirs ; mais ce moment mille fois heureux ne dura pas longtemps. Le démon, jaloux d'un tel bonheur, les eut bientôt perdus et privés de tous ces biens qui devaient durer toute l'éternité. Dès qu'ils eurent le malheur de transgresser les commandements du Seigneur, tout alla de travers pour eux : les chagrins, les maladies, la crainte de la mort, du jugement et d'une autre vie malheureuse, prirent la place de leur premier bonheur ; leur vie ne fut plus qu'une vie de larmes et de douleurs.
Le Seigneur dit à Moïse : « Dis à mon peuple que, s'il est fidèle à observer mes commandements, je le comblerai de toutes sortes de bénédictions ; mais que s'il ose les transgresser, je l'accablerai de toutes sortes de maux . » Le Seigneur dit à Abraham : « Parce que vous êtes fidèles à garder mes commandements, je vous bénirai en tout ; je multiplierai vos enfants comme les grains de sable qui sont au bord de la mer. Je bénirai tous ceux qui vous béniront ; je maudirai tous ceux qui vous maudiront ; de votre race naîtra le Sauveur du monde . » Il fit dire à son peuple lorsqu'il était prêt à entrer dans la Terre promise : « Les peuples qui habitent cette terre ont commis de grands péchés ; c'est pourquoi je veux les chasser pour vous mettre à leur place. Mais prenez bien garde de ne pas violer mes commandements. Si vous êtes fidèles à les observer, je vous bénirai en tout et partout. Lorsque vous serez dans vos champs, dans vos villes et dans vos maisons, je bénirai vos enfants, qui vous aimeront, vous respecteront, vous obéi-ront et vous donneront toutes sortes de consolations. Je bénirai vos fruits et vos bestiaux. Je commanderai au ciel de vous donner la pluie dans le temps convenable, autant qu'il en faudra pour arroser vos terres et vos prés : tout vous réussira . » Dans, un autre endroit, il leur dit : « Si vous gardez fidèlement mes commandements, je veillerai sans cesse à votre conservation ; vous serez sans crainte dans vos maisons ; j'empêcherai que les bêtes féroces vous nuisent, vous dormirez en paix : rien ne pourra vous troubler. Je serai toujours au milieu de vous. Je marcherai avec vous. Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple . » Plus loin, il dit à Moise : « Dis à mon peuple que s'il observe bien mes lois, je le délivrerai de tous ces maux qui l'accablent. » Et le Saint-Esprit nous dit lui-même « que celui qui a le bonheur de bien garder les commandements du Seigneur est plus heureux que s'il possédait toutes les richesses de la terre . »
Dites-moi, auriez-vous jamais pensé que le bon Dieu eût tant à cœur de nous faire garder ses commandements, et qu'il nous promît tant de biens si nous sommes assez heureux que de les bien observer ? Vous conviendrez avec moi que nous devons faire consister tout notre bonheur à garder fidèlement ses commandements. Pour mieux vous convaincre, M.F., que, dès que nous transgressons les commandements de Dieu, nous ne pouvons être que malheureux, voyez ce qui se passa à l'égard de David. Tant qu'il fut fidèle à marcher dans le chemin que les commandements de Dieu lui avaient tracé ; tout alla bien pour lui : il était aimé, respecté et écouté de ses voisins. Mais dès l'instant qu'il voulut quitter d'observer les commandements de Dieu, de suite, son bonheur finit, et toutes sortes de maux lui tombèrent dessus. Les troubles, les remords de sa conscience prirent la place de cette paix et de ce calme dont il jouissait ; les larmes et la douleur furent son pain de tous les jours. Un certain jour qu'il gémissait tant sur ses péchés, on vint lui dire que son fils Amnon avait été poignardé dans son ivresse par son propre frère Absalon . Absalon chercha même à détruire son père, à lui ôter la vie pour régner à sa place ; David fut forcé d'aller se cacher dans les forêts pour éviter la mort . La peste lui enleva un nombre presque infini de sujets . Si vous allez plus loin, voyez Salomon : tant qu'il fut fidèle à garder les commandements de Dieu, il était le miracle du monde ; sa réputation s'étendait jusqu'à l'extrémité de la terre, puisque la reine de Saba vint de si loin, pour être témoin des merveilles que le Seigneur opérait en lui ; mais nous voyons que, dès qu'il eut le malheur de ne plus suivre les commandements de Dieu, tout alla mal pour lui . Après tant de preuves tirées de l'Écriture sainte, vous conviendrez avec moi, M.F., que tous nos maux ne viennent que de ce que nous n'observons pas fidèlement les commandements de Dieu, et que, si nous voulons espérer quelque bonheur et quelque consolation en ce monde, (du moins autant qu'il est possible d'en avoir, puisque ce monde n'est qu'un tissu de maux et de douleurs), le seul moyen de nous procurer ces biens, c'est de faire tout ce que nous pourrons pour plaire à Dieu en faisant ce qu'il nous ordonne par ses commandements.
Mais si nous passons de l'Ancien Testament au Nouveau, les promesses ne sont pas moins grandes. Au contraire, nous voyons que Jésus-Christ nous les fait toutes pour le ciel, parce que rien de ce qui est créé n'est capable de contenter le cœur d'un chrétien, qui n'est fait que pour Dieu qui seul peut le contenter .
Jésus-Christ nous engage fort à mépriser les choses de ce monde pour ne nous attacher qu'aux choses du ciel, qui ne finissent jamais. Nous lisons dans l'Évangile que Jésus-Christ se trouvant un jour avec des personnes qui semblaient ne penser qu'aux besoins du corps, i1 leur dit : « Ne vous mettez pas tant en peine de ce que vous mangerez ni de quoi vous vous vêtirez. » Et pour bien leur faire comprendre que tout ce qui regarde le corps est fort peu de chose : « Considérez, leur dit-il, les lis des champs, ils ne filent ni ne prennent soin d'eux ; voyez comment votre Père céleste prend soin de les vêtir ; car je vous assure que Salomon dans toute sa richesse et sa force n'a jamais été si bien vêtu que l'un d'eux. Voyez encore les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent ; ni ne renferment rien dans leur grenier, voyez comment votre Père céleste a soin de les nourrir. Gens de peu de foi, n'êtes-vous pas plus qu'eux ?... Cherchez, avant tout, le royaume des cieux ; c'est-à-dire, observez fidèlement mes commandements, et tout le reste vous sera donné avec abondance . »
Que voulons-nous dire par là, M.F. ? Qu'à un chrétien qui ne cherche qu'à plaire à Dieu et à sauver son âme, ce qui est nécessaire aux besoins du corps ne lui manquera jamais. - Mais, me direz-vous peut-être, quand nous n'avons rien, personne ne nous apporte rien. - D'abord, je vous dirai que tout ce que nous avons, nous le tenons de la bonté de Dieu, et rien de nous-mêmes. Mais, dites-moi, M.F., comment voulez-vous que le bon Dieu fasse des miracles pour nous ? Serait-ce parce qu'il y en a quelques-uns qui osent porter leur incrédulité et leur impiété jusqu'à vouloir croire que le bon Dieu n'existe pas, c'est-à-dire qu'il n'y a point de Dieu ? parce que d'autres, moins impies, sans être moins coupables, disent que le bon Dieu ne fait pas attention à ce qui se passe sur la terre, que le bon Dieu ne se mêle pas de si peu de chose ? et enfin, parce que d'autres ne veulent pas convenir que cette grande Providence est attachée à l'observance des commandements de Dieu et qu'ils comptent pour tout sur leur travail et leurs soins ? (ce qu'il me serait bien facile de vous prouver par vos travaux du dimanche, qui montrent véritablement que vous ne comptez rien sur Dieu, mais tout sur vous et sur votre travail ) Il y en a cependant qui croient à cette grande Providence, mais qui lui mettent une barrière impénétrable par leurs péchés.
Voulez-vous, M.F., éprouver la grandeur de la bonté de Dieu pour ses créatures ? faites-vous un devoir de bien observer tout ce que les commandements vous ordonnent, et vous serez étonnés de voir combien le bon Dieu prend soin de ceux qui ne cherchent qu'à lui plaire. Si vous en voulez voir les preuves, M.F., ouvrez les livres saints et vous en serez parfaitement convaincus. Nous lisons dans l'Écriture sainte que le prophète Élie, fuyant la persécution de la reine Jézabel, alla se cacher dans un bois. Étant là, dépourvu de tout secours humain, le Seigneur le laissera-t-il mourir de misère ? Non, certainement, M.F., le Seigneur, du haut du ciel, ne manque pas d'avoir les yeux sur son fidèle serviteur. De suite, il lui envoie un ange du ciel pour le consoler et lui porter tout ce qu'il lui fallait pour se nourrir : Voyez le soin que le Seigneur prend de nourrir la veuve de Sarepta. Il dit à son prophète : « Va trouver cette bonne veuve, qui me sert et observe mes commandements, avec fidélité ; tu multiplieras sa farine, crainte qu'elle ne souffre . » Voyez comment il commande à un autre prophète Habacuc d'aller porter à manger aux trois enfants qui étaient dans la fournaise de Babylone .
Si vous passez de l'ancienne loi à la nouvelle, les merveilles que le bon Dieu opère pour ceux qui ont soin de bien observer ses commandements, ne sont pas moins grandes. Voyez comment le bon Dieu nourrit des milliers de personnes avec cinq pains et deux poissons ; cela n'est pas difficile à comprendre, puisqu'ils cherchaient, premièrement, le royaume des cieux et le salut de leur âme en suivant Jésus-Christ. Voyez comment il prend soin de nourrir un saint Paul ermite, pendant quarante ans, par le ministère d'un corbeau ; preuve bien claire que le bon Dieu ne perd jamais de vue ceux qui l'aiment, pour leur fournir tout ce qui leur est nécessaire. Lorsque saint Antoine alla voir saint Paul, le bon Dieu lui envoya un double repas : Ô mon Dieu ! que vous aimez ceux qui vous aiment ! que vous avez peur qu'ils souffrent ! Dites-moi, M.F., qui commanda à ce chien d'aller chaque jour porter la petite provision à saint Roch dans un bois. Qui commanda à cette biche d'aller tous les jours donner son lait à l'enfant de Geneviève de Brabant dans son désert ? N'est-ce pas le bon Dieu, M.F. ? Et pourquoi, M.F., est-ce que le bon Dieu prend tant de soins de nourrir tous ces saints, sinon parce qu'ils étaient fidèles à observer tous les commandements qu'il leur donnait ?
Oui, M.F., nous pouvons dire que les saints faisaient consister tout leur bonheur à observer les commandements de Dieu, et qu'ils auraient mieux aimé souffrir toutes sortes de tourments que de les violer ; nous pouvons dire aussi que tous les martyrs n'ont été martyrs que parce qu'ils n'ont pas voulu violer les commandements de Dieu. En effet, M.F., demandez à sainte Reine, cette jeune vierge, pourquoi elle a tant enduré de tourments, ce qui lui fut d'autant plus sensible que ce fut son père qui fut son bourreau ? Il la fit pendre par ses cheveux à un arbre où il là fit frapper de verges jusqu'à ce que son pauvre petit corps innocent ne fût qu'une plaie. Après ces cruautés, qui firent frémir même les païens qui en furent témoins, il la fit conduire en prison, dans l'espérance qu'elle ferait ce qu'il lui commandait. La voyant inébranlable, il la fit ramener auprès de l'arbre, et ordonnant qu'on l'attachât comme la première fois par les cheveux, il la fit écorcher tout en vie. Quand la peau fut séparée de son corps, il la fit jeter, dans une chaudière d'huile bouillante, où il la regardait impitoyablement brûler. Si vous me demandez, M.F., pourquoi elle supporta tant de cruautés ? ah ! M.F., le voici. C'est qu'elle ne voulut pas transgresser le sixième commandement de Dieu, qui défend toute impureté . Pourquoi est-ce que la chaste Suzanne ne voulut pas consentir aux désirs de ces deux infâmes vieillards et qu'elle préféra plutôt la mort ? N'est-ce pas pour la même raison ? Qui fut la cause que le chaste Joseph fut décrié, calomnié auprès de Putiphar, son maître, et conduit en prison ? n'est-ce pas encore pour la même raison ? Pourquoi est-ce que saint Laurent se laissa coucher sur un brasier de charbons allumés ? N'est-ce pas parce qu'il ne voulut pas transgresser le premier commandement de Dieu, qui nous ordonne de n'adorer que Dieu et de l'aimer plus que nous-mêmes ? Oui ; M.F., si nous parcourons un peu les livres où sont renfermés les actions des saints, nous y voyons des exemples admirables et étonnants de leur fidélité à observer les commandements de Dieu, et nous voyons qu'ils ont préféré souffrir tout ce que les bourreaux ont pu inventer, plutôt que d'y manquer.
Nous lisons dans l'histoire des martyrs du Japon, que l'empereur fit arrêter, dans un même endroit, vingt-quatre chrétiens ; à qui l'on fit souffrir tout ce que la rage des païens put leur inspirer. Les -martyrs se disaient les uns aux autres : « Prenons bien garde de ne pas violer les commandements de Dieu pour obéir à ceux de l'empereur ; prenons courage, le ciel vaut bien quelques souffrances qui ne durent que quelques moments. Espérons fermement, et le bon Dieu, pour qui nous voulons souffrir, ne nous abandonnera pas. »
Lorsqu'on les eut conduit dans le lieu où l'on devait les interroger, celui qui les avait menés faisant l'appel et croyant qu'il en manquait, cria à haute voix : « Mathieu ? où est Mathieu ? » Un soldat, qui, depuis longtemps, désirait se faire connaître pour chrétien, s'écrie : « Me voici, qu'importe, d'ailleurs, dit-il, la personne, je m'appelle aussi Mathieu et je suis chrétien comme lui. » Le juge, tout en fureur, lui demanda s'il le disait tout de bon. « Oui, répondit le soldat, il y a longtemps que je professe la religion chrétienne, j'espère ne jamais la quitter ; je ne désire que le moment de la manifester à l'extérieur. » De suite, le juge le fit mettre au nombre des martyrs. Il en eut tant de plaisir, qu'il en mourut de joie, avant de mourir dans les tourments. Parmi ce nombre, il y avait un enfant de dix ans. Le juge, le voyant si jeune, ne voulut pas, pendant quelque temps, le mettre sur la liste de ceux qui devaient mourir pour Jésus-Christ. Cet enfant était inconsolable de se voir privé de ce bonheur ; il protesta si fort que jamais il ne changerait et qu'il mourrait dans cette religion, il fit tant, qu'il força, pour ainsi dire, le juge à le mettre au nombre des martyrs. Il en eut une si grande joie, qu'il semblait ne pouvoir plus se posséder ; il voulait toujours être le premier, toujours répondre pour tous ; il aurait voulu avoir le cœur de tous les hommes pour les sacrifier tous à Jésus-Christ. Un seigneur païen, ayant appris que cet enfant était destiné à mourir avec les autres chrétiens, en fut touché de compassion. Il va lui-même trouver l'empereur, pour le prier d'avoir pitié de cet enfant, disant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. L'enfant, qui l'entendît, se tourna contre lui, en lui disant : « Seigneur, gardez votre compassion pour vous ; pensez seulement à vous faire baptiser et à faire pénitence, sans quoi, vous irez brûler avec les démons. » Ce seigneur, le voyant si bien résolu à la mort, le laissa. L'enfant, s'étant trouvé présent quand on leur lut leur sentence, qui portait qu'on leur couperait le nez et les oreilles, et qu'on les promènerait sur des charrettes par toute la ville, pour donner plus d'horreur de la religion chrétienne, et afin que les païens les accablassent d'injures ; ce pauvre petit eut une si grande joie, qu'il semblait qu'on venait de lui annoncer la possession d'un royaume entier. Les païens eux-mêmes étaient étonnés qu'un enfant si jeune eût tant de courage et éprouvât tant de joie de mourir pour son Dieu. Les bourreaux étant venus pour exécuter les ordres de l'empereur, tous ces saints martyrs allèrent se présenter à leur bourreau pour se faire découper, avec autant de tranquillité et de joie que si on avait voulu les conduire dans une salle de festin. Ils se laissèrent couper le nez et les oreilles avec la même tranquillité que si on leur avait coupé un morceau de leur habit. Leur pauvre corps était tout couvert de sang, ce qui fit horreur même aux païens qui en furent témoins. On entendait ceux-ci s'écrier de temps en temps : « Ô quelle cruauté ! ô quelle injustice de faire tant souffrir des personnes qui n'ont point fait de mal ! Voyez-vous, se disaient-ils les uns aux autres, voyez quel courage leur donne cette religion qu'ils professent. » Toutes les fois qu'on les interrogeait, ils ne répondaient rien, sinon qu'ils étaient chrétiens et qu'ils savaient souffrir et mourir, mais que jamais ils ne violeraient les commandements de leur Dieu, parce qu'ils faisaient consister tout leur bonheur à y être fidèles. Hélas ! ces pauvres martyrs, après qu'on les eût promenés par la ville sur ces charrettes, leur corps était tout couvert de sang ; les pierres étaient toutes ensanglantées et la terre était toute rouge du sang qui coulait, avec abondance de leurs plaies. Comme leur sentence portait qu'ils devaient mourir chacun sur une croix, celui qui les avait conduits pour la première fois, reconnut ces chrétiens. Ce qui le toucha grandement, ce fut cet enfant de dix ans. Il s'approcha de lui, en lui disant : « Mon enfant, vous êtes bien jeune, c'est bien dommage de mourir dans un âge si peu avancé ; si vous voulez, je me charge d'obtenir votre grâce auprès de l'empereur, et bien plus, une grande récompense : » Cet enfant, l'entendant parler de la sorte, se mit à rire en lui disant qu'il le remerciait bien ; mais de garder toutes ses récompenses pour lui-même, puisqu'il n'avait point d'espérance pour l'autre vie ; mais que, pour lui, il méprisait tout cela comme étant trop peu de chose ; que toute sa crainte était de ne pas avoir le bonheur de mourir, comme les autres martyrs, pour Jésus-Christ. Sa mère, qui était témoin de tout cela, quoique chrétienne, était inconsolable de voir mourir son enfant sur une croix. Ce pauvre petit, voyant sa mère si désolée, l'appela auprès de lui, en lui disant qu'il était peu édifiant pour une mère chrétienne de tant pleurer la mort d'un enfant martyr, comme si elle ne connaissait pas tout le prix d'un tel sacrifice ; qu'elle devrait, au contraire, l'encourager et remercier le bon Dieu d'une telle grâce. Cet enfant de bénédiction, un moment avant de mourir, dit des choses si belles et si touchantes sur le bonheur de ceux qui meurent pour Jésus-Christ, que les païens aussi bien que les chrétiens, tous fondaient en larmes. Lorsqu'on l'approcha de sa croix, avant d'y être attaché, il embrassa cette croix, il la baisa, il l'arrosa de ses larmes, tant il eut de joie de voir que véritablement il allait mourir pour son Dieu. Quand, ils furent tous sur leurs croix, l'on entendit une troupe d'anges qui chantaient le Laudate pueri Dominum, avec leur musique céleste ; ce qui fut entendu de tous les païens. Quel spectacle ! M.F., le ciel dans l'admiration !... la terre dans l'étonnement !... les assistants dans les larmes, et les martyrs dans l'allégresse, qui quittent la terre, c'est-à-dire toutes les souffrances et les misères de la vie, pour aller prendre possession d'un bonheur qui durera autant que Dieu même...


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