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Blog Parousie de Patrick ROBLES (Sausses, Alpes-de-Haute-Provence - FRANCE)

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Sermons du Saint Curé d'Ars 50

Je dis 1? qu'il faut veiller sur nos regards ; cela n'est pas douteux, puisque nous voyons qu'il y en a tant qui sont tombés dans ce péché par un seul regard, et qui ne se sont jamais rele-vés .... Ne vous permettez jamais aucune liberté sans une vérita-ble nécessité. Plutôt souffrir quelque incommodité que de vous exposer au péché...
2? Saint Jacques nous dit que cette vertu vient du ciel et que jamais nous ne l'aurons si nous ne là demandons pas au bon Dieu . Nous devons donc souvent demander au bon Dieu de nous donner la pureté dans nos. yeux, dans nos paroles et dans toutes nos actions.
Je dis, en troisième lieu, que si nous voulons conserver cette belle vertu, nous devons souvent et dignement fréquenter les sa-crements, sans quoi, jamais nous n'aurons ce bonheur. Jésus-Christ n'a pas seulement institué le sacrement de Pénitence pour remettre nos péchés, mais encore pour nous donner des forces pour combattre le démon ; ce qui est très facile à comprendre. Quelle est la personne qui, ayant fait une bonne confession au-jourd'hui, pourra se laisser entraîner à la tentation ? Le péché, même avec tous ses plaisirs, lui ferait horreur. Quel est celui qui, ayant communié depuis peu, pourra consentir, je ne dis pas à une action d'impureté, mais à une seule mauvaise pensée ? Ah ! le di-vin Jésus ; qui a fait sa demeure dans son cœur, lui fait trop com-prendre combien ce péché est infâme et combien il lui déplaît, et l'éloigne de lui. Oui, M.F., un chrétien qui fréquente saintement les sacrements peut bien être tenté ; mais pécher, c'est autre chose. En effet, quand nous avons le grand bonheur de recevoir le corps adorable de Jésus-Christ, ne sentons-nous pas s'éteindre ce feu impur ? Ce sang adorable qui coule dans nos veines peut-il moins faire que de purifier notre sang ? Cette chair sacrée qui se mêle avec la nôtre, ne la divinise-t-elle pas en quelque manière ? Notre corps ne semble-t-il pas retourner dans le premier état où était Adam avant son péché ? Ah ! ce sang adorable « qui a engendré tant de vierges » !... Soyons bien surs, M.F., que si nous ne fré-quentons pas les sacrements, nous tomberons à chaque instant dans le péché.
Nous devons encore, pour nous défendre du démon, fuir les personnes qui peuvent nous porter, au mal. Voyez ce que fit le chaste Joseph tenté par la femme de son maître : il lui laissa son manteau entre les mains, et s'enfuit pour sauver son âme . Les frères de saint Thomas d'Aquin ne pouvant souffrir que leur frère se consacrât à Dieu, pour l'en empêcher, l'enfermèrent dans un châ-teau et y firent venir une femme de mauvaise vie pour tâcher de le corrompre. Se voyant poussé à bout par l'effronterie de cette mauvaise créature, il prit un tison à la main et la chassa honteu-sement de sa chambre. Ayant vu le danger auquel il avait été ex-posé, il pria avec tant de larmes, que le bon Dieu lui accorda le don précieux de la continence, c'est-à-dire qu'il ne fut plus jamais tenté contre cette belle vertu .
Voyez ce que fit saint Jérôme pour avoir le bonheur de conserver la pureté ; voyez-le dans son désert, s'abandonner à tou-tes les rigueurs de la pénitence, aux larmes et à des macérations qui font frémir . Ce grand saint nous rapporte la victoire que remporta un jeune homme dans un combat peut-être unique dans l'histoire, au temps de la cruelle persécution que l'empereur Dèce déchaîna contre les chrétiens. Le tyran, après avoir soumis ce jeune homme à toutes les épreuves que le démon put lui inspirer, pensa que s'il lui faisait perdre la pureté de son âme, il l'amènerait facilement à renoncer à la vraie religion. Dans ce but, il ordonna de le mener, dans un jardin de délices, au milieu des lis et des ro-ses, près d'un ruisseau qui coulait avec un doux murmure, et sous des arbres agités par un vent agréable. Là, on le mit sur un lit de plumes ; on l'attacha avec des liens de soie, et il fut laissé seul dans cet état. Ensuite l'on fit venir une courtisane, parée aussi ri-chement et aussi indécemment que possible. Elle commença à le solliciter au mal, avec toute l'impudence et tous les attraits que la passion peut inspirer. Ce pauvre jeune homme qui aurait donné mille fois sa vie plutôt que de souiller la pureté de sa belle âme, se voyait sans défense puisqu'il avait les pieds et les mains liés. Ne sachant plus comment résister aux attaques de la volupté, poussé par l'esprit de Dieu, il se coupe la langue avec les dents et la cra-che au visage de cette femme. Ce que voyant, elle fut si couverte de confusion qu'elle s'enfuit. Ce fait nous montre que jamais le bon Dieu ne nous laissera être tentés au-dessus de nos forces.
Voyez encore ce que fit saint Martinien, qui vivait dans le IVe siècle . Après avoir passé vingt-cinq ans dans le désert, il fut exposé à une occasion très prochaine de péché. Déjà il y avait consenti par la pensée et par la parole. Mais le bon Dieu vint à son secours et lui toucha le cœur. Il conçut un si grand regret du péché qu'il allait commettre, qu'étant rentré dans sa cellule, il al-luma un grand feu et y mit les pieds. La douleur qu'il éprouvait et le regret de son péché, lui faisaient pousser des cris affreux. Zoé, cette mauvaise femme qui était venue pour le tenter, accourut à ses cris ; et elle en fut si touchée, qu'au lieu de le pervertir, elle se convertit. Elle passa toute sa vie dans les larmes et la pénitence. Mais pour saint Martinien, il resta sept mois sur le sol, sans mou-vement, parce que ses deux pieds étaient brûlés. Après sa guéri-son, il se retira dans un autre désert, où il ne fit que pleurer le reste de sa vie, au souvenir du danger qu'il avait couru de perdre son âme. Voilà, M.F., ce que faisaient les saints ; voilà les tour-ments qu'ils ont endurés plutôt que de perdre la pureté de leur âme. Cela vous étonne peut-être ; mais vous devriez bien plutôt vous étonner du peu de cas que vous faites de cette belle et in-comparable vertu. Hélas ! ce déplorable dédain vient de ce que nous n'en connaissons pas le prix !
Je dis enfin que nous devons avoir une grande dévotion à la très sainte Vierge, si nous voulons conserver cette belle vertu ; cela n'est pas douteux, puisqu'elle est la reine ; le modèle et la pa-tronne des vierges ....
Saint Ambroise appelle la sainte Vierge la maîtresse de la chasteté, saint Epiphane l'appelle la princesse de la chasteté, et saint Grégoire la reine de la chasteté...
Voici un exemple qui nous montrera le grand soin que prend la sainte Vierge, de la chasteté de ceux qui ont confiance en elle, au point qu'elle ne sait jamais rien refuser de tout ce qu'ils lui de-mandent. Un gentilhomme qui avait une grande dévotion à la sainte Vierge avait fait une petite chapelle en son honneur dans une chambre du château qu'il habitait. Personne ne connaissait l'existence de cette chapelle. Chaque nuit après quelques moments de sommeil, sans prévenir sa femme, il se levait pour se rendre auprès de la sainte. Vierge ! et y rester jusqu'au matin Cette pau-vre femme en conçut une grande peine ; elle croyait qu'il sortait pour aller trouver quelques filles de mauvaise vie. Un jour, n'y tenant plus, elle lui dit qu'elle voyait bien qu'il lui préférait une autre femme. Le mari, pensant à la sainte Vierge, lui répondit af-firmativement. Ce qui lui fut si sensible que, ne voyant aucun changement à la conduite de son mari, dans l'excès de son cha-grin, elle se poignarda. Son mari, au retour de sa chapelle, trouva sa femme baignée dans son sang. Extrêmement affligé cette vue, il ferme à clé la porte de sa chambre, va, retrouver la sainte Vierge, et tout éploré se prosterne devant son image, en, s'écriant : « Vous voyez, sainte Vierge, que ma femme s'est donné la mort parce que je venais la nuit vous tenir compagnie et vous prier. Rien ne vous est impossible, puisque votre Fils vous a pro-mis que jamais vous n'auriez de refus. Vous voyez que ma pauvre femme est damnée ; la laisserez-vous dans les flammes, puisque c'est à cause de ma dévotion pour vous qu'elle s'est tuée dans son désespoir, Vierge sainte, refuge des affligés, rendez-lui, s'il vous plaît, la vie ; montrez que vous aimez à faire du bien à tout le monde. Je ne sortirai pas d'ici sans que vous m'ayez obtenu cette grâce de votre divin Fils. » Pendant qu'il était absorbé dans ses. larmes et ses prières, une servante le cherchait et l'appelait en lui disant que sa maîtresse le réclamait. Il répondit ; « Est-il bien sûr qu'elle m'appelle ? » - « Entendez sa voix, reprit la servante. » La joie du gentilhomme était si grande qu'il ne pouvait s'éloigner de la sainte Vierge. Il se lève enfin, pleurant de joie et de reconnais-sance. Il retrouve sa femme en pleine santé ; il ne lui restait de ses blessures que les cicatrices, afin qu'elle ne perdît jamais le souve-nir d'un tel miracle opéré par la protection de la sainte Vierge. Voyant entrer son mari, elle l'embrasse en lui disant : « Ah ! mon ami, je vous remercie d'avoir eu la charité de prier pour moi. J'étais en enfer et condamnée à y brûler éternellement, parce que je m'étais donné la mort. Remercions donc bien la sainte Vierge qui m'a arrachée d'un tel abîme ! Ah ! que l'on souffre dans ce feu ! qui pourra jamais le dire et surtout le faire comprendre ! » Elle fut si reconnaissante de cette prodigieuse faveur, qu'elle pas-sa toute sa vie dans les larmes, dans la pénitence, et ne pouvait raconter la grâce que la sainte Vierge lui avait obtenue de son di-vin Fils sans pleurer à chaudes larmes. Elle aurait voulu appren-dre à tous combien la sainte Vierge est puissante pour secourir ceux qui se confient en elle.
Dites, M.F., si la sainte Vierge a le pouvoir d'arracher les âmes de l'enfer même, pourrions-nous douter qu'elle ne nous ob-tienne les grâces que nous lui demanderons, nous qui sommes sur la terre, lieu où s'exerce la miséricorde du Fils et la compassion de la Mère ?
Quand nous avons quelques grâces à demander au bon pieu, adressons-nous donc avec une grande confiance à la sainte Vierge, et nous sommes sûrs d'être exaucés.
Voulons-nous sortir du péché, M.F., allons à Marie ; elle nous prendra par la main et nous mènera à son Fils pour recevoir notre pardon. Voulons-nous persévérer dans le bien ? Adressons-nous à la Mère de Dieu ; elle nous couvrira du manteau de sa pro-tection et tout l'enfer ne nous pourra rien. En voulez-vous la preuve ? La voici : nous lisons dans la vie de sainte Justine qu'un jeune homme ayant conçu un violent amour pour elle ; et, voyant qu'il ne pouvait rien gagner par ses sollicitations, il eut recours à un certain Cyprien qui avait affaire avec le démon. Il lui promit une somme d'argent, s'il amenait Justine à consentir à ce qu'il souhaitait.
Bientôt après, la jeune fille se sentit violemment tentée contre la sainte vertu de pureté ; mais dès que le démon la sollici-tait, elle avait vite recours à la sainte Vierge. Tout aussitôt le dé-mon prenait la fuite. Le jeune homme ayant demandé pourquoi il ne pouvait gagner cette fille, Cyprien s'adressa au démon et lui reprocha son peu de pouvoir en cette circonstance, alors que, en semblable cas, il avait toujours pu accomplir ses desseins. - Le démon lui répondit : « Cela est vrai, mais elle recourt à le Mère de Dieu ; et, dès qu'elle la prie, je perds mes forces, et ne puis rien. » Cyprien, étonné qu'une personne qui avait recours à la sainte Vierge fût si terrible à tout l'enfer, se convertit et mourut en saint dans le martyre.
Je finis, en disant que si nous voulons conserver la pureté de l'âme et du corps, il nous faut mortifier notre imagination ; ne ja-mais laisser rouler dans notre esprit la pensée de ces objets qui nous conduisent au mal, et prendre garde de n'être pas un sujet de péché aux autres, soit par nos paroles, soit par notre manière de nous habiller, ce qui regarde surtout les personnes du sexe.
Si nous en apercevons quelqu'une mal arrangée, il faut bien vite nous en détourner, et non pas faire comme ceux qui ont des yeux impudiques, qui s'y arrêtent autant que le démon le veut. Il faut mortifier nos oreilles, ne jamais prendre plaisir à entendre des paroles ou chansons sales. Ah ! mon Dieu, comment se fait-il que des pères et mères, des maîtres et maîtresses qui entendent, dans les veillées, les chansons les plus infâmes, et voient commettre des actions qui feraient horreur à des païens, puissent les souffrir, sans rien dire, sous prétexte que ce sont des enfantillages. Ah ! malheureux, le bon Dieu vous attend au grand jour des vengean-ces !... Hélas ! que de péchés vos enfants et vos domestiques au-ront commis pour vous !...
« Bienheureux, nous dit Jésus-Christ, ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. » Qu'ils sont heureux ceux qui ont le grand bonheur de posséder cette belle vertu ! Ne sont-ils pas les amis de Dieu, les bien-aimés des anges, les enfants chéris de la très sainte. Vierge ? Demandons souvent au bon Dieu, M.F., par l'intercession de cette très sainte Mère, de nous donner une âme et un cœur purs, un corps chaste ; et nous aurons le bonheur de plaire à Dieu, pendant notre vie, et d'aller le glorifier pendant toute l'éternité : ce que je vous souhaite...

18ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
Sur la Tiédeur

Sed quia tepidus es, et nec frigidus, nec calidus, incipiam te evomere ex ore meo.
Mais parce que tu es tiède, et que tu n'es ni froid, ni chaud, je vais te vomir de ma bouche.
(Apoc. III, 16.)

Pouvons-nous, M.F., entendre sans frémir une telle sentence sortir de la bouche de Dieu même, contre un évêque qui semblait parfaitement remplir tous les devoirs d'un digne ministre de l'Église ? Sa vie était réglée, son bien n'était point dépensé mal à propos. Bien loin d'autoriser le vice, il s'y opposait au contraire fortement ; il ne donnait point de mauvais exemples, et sa vie pa-raissait vraiment digne d'être imitée. Cependant, malgré tout cela, nous voyons que le Seigneur lui fait dire par saint Jean, que s'il continuait à vivre de cette manière, il allait le rejeter, c'est-à-dire le punir et le réprouver. Oui, M.F., cet exemple est d'autant plus effrayant que beaucoup suivent la même route, vivent de la même manière, et tiennent leur salut pour assuré. Hélas ! M.F., qu'est petit le nombre de ceux qui ne sont ni du côté des pécheurs déjà réprouvés aux yeux du monde, ni du nombre des élus ! Dans quel chemin marchons-nous ? Est-ce le droit chemin que nous sui-vons ?
Ce qui nous doit faire trembler, c'est que nous n'en savons rien. Incertitude effrayante !... Essayons cependant de connaître si vous êtes assez malheureux que d'être du nombre des tièdes. Je vais 1? vous montrer les marques par lesquelles vous le connaî-trez ; et 2? si vous êtes de ce nombre, je vous indiquerai les moyens d'en sortir.

I. - En vous parlant aujourd'hui, M.F., de l'état épouvantable d'une âme tiède, mon dessein n'est pas de vous faire la peinture effrayante et désespérante d'une âme qui vit dans le péché mortel, sans même avoir le désir d'en sortir ; cette pauvre malheureuse n'est qu'une victime de la colère de Dieu pour l'autre vie. Hélas ! ces pécheurs m'écoutent, ils savent bien de qui je parle en ce mo-ment...... N'allons pas plus loin, tout ce que je dirais ne servirait qu'à les endurcir davantage. En vous parlant, M.F., d'une âme tiède, je ne veux pas davantage vous parler de ceux qui ne font ni Pâques ni confessions ; ils savent très bien que, malgré toutes leurs prières et leurs autres bonnes œuvres ils seront perdus. Lais-sons-les dans leur aveuglement, puisqu'ils y veulent rester. - Mais, me direz-vous, tous ceux qui se confessent, qui font leurs Pâques et qui communient souvent, ne seront-ils pas sauvés ? - Assurément, mon ami, ils ne le seront pas tous ; car si le plus grand nombre de ceux qui fréquentent les sacrements étaient sau-vés, il faut bien en convenir, le nombre des élus ne serait pas aussi petit qu'il le sera. Mais, cependant, reconnaissons-le ; tous ceux qui, auront le grand bonheur d'aller au ciel seront choisis parmi ceux qui fréquentent les sacrements, et jamais parmi ceux qui ne font ni Pâques ni confessions. Ah ! me direz-vous, si tous ceux qui ne font ni Pâques, ni confessions sont damnés, le nombre des réprouvés sera bien grand ! - Oui, sans doute, il sera grand. Quoi-que vous puissiez en dire, si vous vivez en pécheurs, vous parta-gerez leur sort. Est-ce que cette pensée ne vous touche pas ?... Si vous n'êtes endurci au dernier degré, elle doit vous faire frémir et même désespérer. Hélas ! mon Dieu ! qu'une personne qui a per-du la foi est malheureuse ! Bien loin de profiter de ces vérités, ces pauvres aveugles, au contraire, s'en moqueront ; et cependant, malgré tout ce qu'ils peuvent en dire, cela sera tel que, je le dis : point de Pâques, ni de confessions, point de ciel, ni de bonheur éternel. O mon Dieu ! que l'aveuglement du pécheur est affreux !
Je n'entends pas encore, M.F., par une âme tiède, celui qui voudrait être au monde sans cesser d'être à Dieu : vous le verrez, un moment se prosterner devant Dieu, son Sauveur et son maître ; et, un autre moment, vous le verrez se prosterner devant le monde, son idole. Pauvre aveugle, qui tend une main au bon Dieu et l'autre au monde, qu'il appelle tous deux à son secours, en pro-mettant à chacun son cœur ! Il aime le bon Dieu ; du moins il voudrait l'aimer, mais il voudrait aussi plaire au monde. Lassé de vouloir se donner à tous les deux, il finit par ne plus se donner qu'au monde. Vie extraordinaire et qui présente un spectacle si singulier, que l'on ne peut pas se persuader que ce soit la vie d'une même personne. Je vais vous la montrer d'une manière si claire, que, peut-être, plusieurs d'entre vous en seront offensés ; mais, peu m'importe, je vous dirai toujours ce que je dois vous dire, et vous en ferez ce que vous voudrez.
Je dis, M.F., que celui qui veut être au monde sans cesser d'être à Dieu, mène une vie si extraordinaire, qu'il n'est pas possi-ble d'en concilier les différentes circonstances. Dites-moi, oseriez vous penser que cette fille, que vous voyez dans ces parties de plaisirs, dans ces assemblées mondaines où l'on ne fait que le mal et jamais le bien, se livrant à tout ce qu'un cœur gâté et perverti peut désirer, est la même que vous avez vue, il y a à peine quinze jours ou un mois, au pied du tribunal de la pénitence faire l'aveu de ses fautes, protestant à Dieu qu'elle est prête à mourir plutôt que de retomber dans le péché ? Est-ce bien là cette personne, que vous avez vue monter à la table sainte les yeux baissés, la prière sur les lèvres ? O mon Dieu ! quelle horreur ! Peut-on bien y pen-ser sans mourir de compassion ? Croiriez-vous, M.F., que cette mère qui, il y a trois semaines, envoyait sa fille se confesser, en lui recommandant avec raison de penser sérieusement à ce qu'elle allait faire, et en lui donnant un chapelet ou un livre ; aujourd'hui, lui dit de se rendre à une danse, à un mariage ou à des fiançailles. Ces mêmes mains, qui lui ont donné un livre, sont employées à lui arranger ses vanités, afin de mieux plaire au monde. Dites-moi, M.F., est-ce bien cette personne qui, ce matin, était à l'église, chantait les louanges de Dieu, et qui maintenant emploie cette même langue à chanter de mauvaises chansons et à tenir les dis-cours les plus infâmes ? Est-ce bien là ce maître ou ce père de fa-mille qui, tout à l'heure, était à la sainte Messe avec un grand res-pect, qui semblait vouloir passer si saintement le dimanche, et que vous voyez maintenant travailler et faire travailler son monde ? O mon Dieu ! quelle horreur ! comment le bon Dieu va-t-il ranger tout cela au jour du jugement ? Hélas ! que de chrétiens damnés !
Je dis plus, M.F. : celui qui veut plaire au monde et au bon Dieu, mène une vie des plus malheureuses. Vous allez le voir. Voici une personne qui fréquente les plaisirs, ou qui a contracté quelque mauvaise habitude ; quelle n'est pas sa crainte quand elle remplit ses devoirs de religion, c'est-à-dire quand elle prie le bon Dieu, quand elle se confesse, ou veut communier ? Elle ne vou-drait pas être vue de ceux avec qui elle a dansé, et passé les nuits dans les cabarets, où elle s'est livrée à toutes sortes de désordres. Est-elle venue à bout de tromper son confesseur, en cachant tout ce qu'elle a fait de pire, et a-t-elle ainsi obtenu la permission de communier, ou plutôt de faire un sacrilège ; elle voudrait commu-nier avant ou après la sainte Messe, c'est-à-dire dans le moment où il n'y a personne. Mais elle est contente d'être vue des person-nes qui sont sages, qui ignorent sa mauvaise vie, et auxquelles elle espère inspirer une bonne opinion d'elle-même. Avec les per-sonnes de piété, elle parle de la religion ; avec les gens sans reli-gion, elle ne parlera que des plaisirs du monde. Elle rougirait d'accomplir ses pratiques religieuses devant les compagnons ou devant les compagnes de ses débauches. Cela est si vrai, qu'un jour quelqu'un m'a demandé de le faire communier à la sacristie, afin que personne ne le vît. Quelle horreur ! M.F., peut-on y pen-ser et ne pas frémir d'une telle conduite !
Mais allons plus loin, vous allez voir l'embarras de ces pau-vres personnes qui veulent suivre le monde sans quitter le bon Dieu, du moins en apparence. Voilà les Pâques qui approchent. Il faut aller se confesser ; ce n'est pas qu'elles le désirent, ni qu'elles en sentent le besoin : elles voudraient bien plutôt que les Pâques n'arrivassent que tous les trente ans. Mais leurs parents tiennent encore à la pratique extérieure de la religion ; ils sont contents que leurs enfants se présentent à la sainte Table, ils les pressent même d'aller se confesser : en cela ils font très mal. Qu'ils prient pour eux, et ne les tourmentent pas pour leur faire faire des sacrilèges ; hélas ! ils en feront assez ! Pour se délivrer de l'importunité de leurs parents, pour sauver les apparences, ces personnes se ras-sembleront afin de savoir à quel confesseur il faut aller pour être absoutes la première ou la deuxième fois. « Voilà déjà plusieurs fois, dit l'une, que les parents me tourmentent de ce que je ne vais pas me confesser. Où irons-nous ? » - « Il ne faut pas aller chez notre curé, il est trop scrupuleux ; il ne nous ferait pas faire de Pâques. Il nous faut aller trouver un tel. Il a passé telles et telles qui en ont bien autant commis que nous. Nous n'avons pas fait plus de mal qu'elles. » Une autre dira : « Je t'assure, que si ce n'étaient mes parents, je ne ferais point de Pâques ; puisque notre catéchisme nous dit que pour faire une bonne confession, il faut quitter le péché et l'occasion du péché, et nous ne faisons ni l'un ni l'autre. Je te le dis sincèrement, je suis bien embarrassée toutes les fois que les Pâques arrivent. Je ne vois les heures d'être éta-blie pour ne plus courir. Alors je ferai une confession de toute ma vie pour réparer celles que je fais maintenant, sans cela je ne mourrais pas contente. » - « Eh bien ! lui dira une autre, il te fau-dra retourner à celui qui t'a confessée jusqu'à présent, il te connaî-tra bien mieux. » - « Ah ! certes non, j'irai à celui qui ne m'a pas voulu passer, parce qu'il ne voulait pas me damner. » - « Ah ! que tu es bonne ! cela ne fait rien, ils ont bien tous le même pouvoir. » - « Cela est bon à dire tant que l'on se porte bien ; mais quand on est malade on pense bien autrement. Un jour, j'allais voir une telle, qui était bien malade ; elle me dit que jamais elle ne retour-nerait se confesser à ces prêtres qui sont si faciles, et qui, en fai-sant semblant de vouloir vous sauver, vous jettent en enfer. » C'est ainsi que se conduisent beaucoup de ces pauvres aveugles. « Mon. père, disent-elles au prêtre, je viens me confesser à vous, parce que notre curé est trop scrupuleux. Il veut nous faire pro-mettre des choses que nous ne pouvons pas tenir ; il voudrait que nous fussions des saints, et cela n'est pas trop possible dans le monde. Il voudrait que nous ne missions jamais le pied à la danse, que nous ne fréquentassions jamais les cabarets ni les jeux. Si l'on a quelque mauvaise habitude, il n'accorde plus l'absolution qu'on ne l'ait quittée tout à fait. S'il fallait faire tout cela, nous ne ferions jamais de Pâques. Mes parents, qui ont bien de la religion, me sont toujours après, sur ce que je ne fais pas mes Pâques. Je ferai tout ce que je pourrai ; mais l'on ne peut pas dire que l'on ne re-tournera plus dans ces amusements, puisque l'on ne sait pas les occasions que l'on pourra rencontrer. » - « Ah ! lui dira le confes-seur trompé par ce beau langage, je vois que votre curé est un peu scrupuleux. Faites votre acte de contrition, je vais vous donner l'absolution, et tâchez d'être bien sage. » C'est-à-dire, baissez la tête ; vous allez fouler le sang adorable de Jésus-Christ, vous allez vendre votre Dieu comme Judas l'a vendu à ses bourreaux, et de-main vous communierez, ou plutôt, vous irez le crucifier. O hor-reur ! ô abomination ! Va, infâme Judas, va, à là Table sainte ; va donner la mort à ton Dieu et à ton Sauveur ! Laisse crier ta cons-cience ; tâche seulement d'en étouffer les remords, autant que tu le pourras... Mais, M.F., je vais trop loin ; laissons ces pauvres aveugles à leurs ténèbres.
Je pense, M.F., que vous désirez savoir ce que c'est que l'état d'une âme tiède. Hé bien ! le voici : Une âme tiède n'est pas en-core tout à fait morte aux yeux de Dieu, parce que la foi, l'espé-rance et la charité, qui sont sa vie spirituelle, ne sont pas tout à fait éteintes. Mais, c'est une foi sans zèle, une espérance sans fer-meté, une cha-rité sans ardeur. Je vais vous faire le portrait d'un chrétien fervent, c'est-à-dire d'un chrétien qui désire vérita-blement sauver son âme, en même temps que celui d'une personne qui mène une vie tiède dans le service de Dieu. Mettons-les à côté de l'un et de l'autre, et vous ver-rez-auquel des deux vous ressemblez. Un bon chrétien ne se contente pas de croire toutes les vérités de notre sainte religion, il les aime, il les médite, il cherche tous les moyens de les apprendre ; il aime à entendre la parole de Dieu ; plus il l'entend, plus il désire l'entendre, parce qu'il désire en profiter, c'est-à-dire éviter tout ce que Dieu lui défend et faire tout ce qu'il commande. Les instructions ne lui paraissent jamais trop longues ; au contraire, ces moments sont les plus heureux pour lui, puisqu'il apprend la manière dont il doit se conduire pour aller au ciel et sauver son âme. Non seulement, il croit que Dieu le voit dans toutes ses actions et qu'il les jugera toutes à l'heure de la mort ; mais encore il tremble toutes les fois qu'il pense qu'un jour il faudra aller rendre compte de toute sa vie devant un Dieu qui sera sans miséricorde pour le péché. Il ne se contente pas d'y penser, de trem-bler ; mais il travaille à se corriger chaque jour ; il ne cesse d'inventer tous les jours de nouveaux moyens pour faire pénitence ; il compte pour rien tout ce qu'il a fait jusque-là, et gémit d'avoir perdu beaucoup de temps, pendant lequel il aurait pu ramasser de grands trésors pour le ciel.
Qu'il est différent le chrétien qui vit dans la tiédeur ! Il ne laisse pas de croire toutes les vérités que l'Église croit et enseigne, mais c'est d'une manière si faible, que son cœur n'y est presque pour rien. Il ne doute pas, il est vrai, que le bon Dieu le voit, qu'il est toujours en sa sainte présence ; mais avec cette pensée il n'est ni plus sage, ni moins pécheur ; il tombe avec autant de facilité dans le péché que s'il ne croyait rien ; il est très persuadé que, tant qu'il vit dans cet état, il est ennemi de Dieu, mais il n'en sort pas pour cela. Il sait que Jésus-Christ a donné au sacrement de péni-tence la puissance de remettre nos péchés, et de nous faire croître en vertu. Il sait que ce sacrement nous accorde des grâces propor-tionnées aux dispositions que nous y apportons ; n'importe : même négligence, même tiédeur dans la pratique. Il sait que Jé-sus-Christ est véritablement dans le sacrement de l'Eucharistie, qu'il est une nourriture absolument nécessaire à sa pauvre âme ; cependant, vous voyez en lui peu de désirs ! Ses confessions et ses communions sont très éloignées les unes des autres ; il ne se décidera qu'à l'occasion d'une grande fête, d'un jubilé ou d'une mission ; ou bien, parce que les autres y vont, et non par le besoin de sa pauvre âme. Non seulement il ne travaille pas à mériter ce bonheur ; mais il ne porte pas même envie à ceux qui le goûtent plus souvent. Si vous lui parlez des choses du bon Dieu, il vous répond avec une indifférence qui vous montre comme son cœur est peu sensible aux biens que nous pouvons trouver dans notre sainte religion. Rien ne le touche : il écoute la parole de Dieu, il est vrai ; mais souvent il s'ennuie ; il écoute avec peine, par habi-tude, comme une personne qui pense qu'elle en sait assez, ou qu'elle en fait assez. Les prières qui sont un peu longues le dégoû-tent. Son esprit est si rempli de l'action qu'il vient de finir, ou de celle qu'il va faire ; son ennui est si grand que sa pauvre âme est comme à l'agonie : il vit encore, mais il n'est capable de rien pour le ciel.
L'espérance d'un bon chrétien est ferme ; sa confiance en Dieu est inébranlable. Il ne perd jamais de vue les biens et les maux de l'autre vie. Le souvenir des souffrances de Jésus-Christ lui est continuellement présent à l'esprit ; son cœur en est toujours occupé. Tantôt il porte sa pensée dans les enfers, pour concevoir combien est grande la punition du péché et combien est grand le malheur de celui qui le commet, ce qui le dispose à préférer la mort même au péché ; tantôt pour s'exciter à l'amour de Dieu, et pour sentir combien est heureux celui qui préfère le bon Dieu à tout ; il porte sa pensée dans le ciel. Il se représente combien est grande la récompense de celui qui quitte tout pour le bon Dieu. Alors, il ne désire que Dieu et ne veut que Dieu seul : les biens de ce monde ne lui sont rien ; il aime à les voir méprisés et à les mé-priser lui-même ; les plaisirs du monde lui font horreur. Il pense qu'étant le disciple d'un Dieu crucifié, sa vie ne doit être qu'une vie de larmes et de souffrances. La mort ne l'effraie nullement, parce qu'il sait très bien qu'elle seule peut le délivrer des maux de la vie, et le réunir à son Dieu pour toujours.
Mais une âme tiède est bien éloignée de ces sentiments. Les biens et les maux de l'autre vie ne lui sont presque rien : elle pense au ciel, il est vrai, mais sans désirer véritablement d'y aller. Elle sait que le péché lui en ferme les portes ; malgré cela, elle ne cherche pas à se corriger, du moins d'une manière efficace ; aussi se trouve-t-elle toujours la même. Le démon la trompe en lui fai-sant prendre beaucoup de résolutions de se con-vertir, de mieux faire, d'être plus mortifiée, plus retenue dans ses paroles, plus pa-tiente dans ses peines, plus charitable envers son prochain. Mais, tout cela ne change nullement sa vie : il y a vingt ans qu'elle est remplie de désirs, sans avoir modifié en rien ses habitudes. Elle ressemble à une personne qui porte envie à celui qui est sur un char de triomphe, mais ne daigne pas seulement lever le pied pour y monter. Elle ne voudrait pas cependant renoncer aux biens éter-nels pour ceux de la terre ; mais elle ne désire ni sortir de ce monde, ni aller au ciel, et si elle pouvait passer son temps sans croix et sans chagrins, elle ne demanderait jamais à sortir de ce monde. Si vous lui entendez dire que la vie est bien longue et bien misérable, c'est seulement quand tout ne va pas selon ses désirs. Si le bon Dieu, pour la forcer, en quelque sorte, à se détacher de la vie, lui envoie des croix ou des misères, la voilà qui se tour-mente, qui se chagrine, qui s'abandonne aux plaintes, aux murmu-res, et souvent à une espèce de désespoir. Elle semble ne plus vouloir reconnaître que c'est le bon Dieu qui lui envoie ces épreu-ves pour son bien ; pour la détacher de la vie et l'attirer à lui. Qu'a-t-elle pu faire pour les mériter ? pense-t-elle en elle-même ; bien d'autres plus coupables qu'elle n'en subissent pas autant.
Dans la prospérité, l'âme tiède ne va pas jusqu'à oublier le bon Dieu, mais elle ne s'oublie pas non plus elle-même. Elle sait très bien raconter tous les moyens qu'elle a employés pour réus-sir ; elle croit que bien d'autres n'auraient pas eu le même succès : elle aime à le répéter, à l'entendre répéter ; chaque fois qu'elle l'entend, c'est avec une nouvelle joie. A l'égard de ceux qui la flat-tent, elle prend un air gracieux ; mais pour ceux qui ne lui ont pas porté tout le respect qu'elle croit mériter, ou qui n'ont pas été re-connaissants de ses bienfaits, elle garde un air froid, indifférent, et semble leur dire qu'ils sont des ingrats qui ne méritaient pas de recevoir le bien qu'elle leur a fait.
Mais un bon chrétien, M.F., bien loin de se croire digne de quelque chose, et capable de faire le moindre bien, n'a que sa mi-sère devant les yeux. Il se méfie de ceux qui le flattent, comme d'autant de pièges que le démon lui tend ; ses meilleurs amis sont ceux qui lui font connaître ses défauts, parce qu'il sait qu'il faut absolument les connaître pour s'en corriger. Il fuit l'occasion du péché autant qu'il le peut ; se rappelant combien peu de chose le fait tomber, il ne compte plus sur toutes ses résolutions, ni sur ses forces, ni même sur sa vertu. Il connaît, par sa propre expérience, qu'il n'est capable que de pécher ; il met toute sa confiance et son espérance en Dieu seul : Il sait que le démon ne craint rien tant qu'une âme qui aime la prière, ce qui le porte à faire de sa vie une prière continuelle par un entretien intime avec le bon Dieu. La pensée de Dieu lui est aussi familière que la respiration ; les élé-vations de son cœur vers lui sont fréquentes : il se plaît à penser à lui comme à son père, à son ami et à son Dieu qui l'aime, et qui désire si ardemment le rendre heureux dans ce monde, et encore plus dans l'autre. Un bon chrétien, M.F., est rarement occupé des choses de la terre ; si vous lui en parlez, il montre autant d'indiffé-rence que les gens du monde en témoignent quand on leur parle des biens de l'autre vie. Enfin, il fait consister son bonheur dans les croix, les afflictions, la prière, le jeûne et la pensée de la pré-sence de Dieu. Pour une âme tiède, elle ne perd pas tout à fait, si vous le voulez, la confiance en Dieu ; mais elle ne se méfie pas assez d'elle-même. Quoiqu'elle s'expose assez souvent à l'occa-sion du péché, elle croit toujours qu'elle ne tombera pas. Si elle vient à tomber, elle attribue sa chute au prochain et elle affirme qu'une autre fois, elle sera plus ferme.

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