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Blog Parousie de Patrick ROBLES (Sausses, Alpes-de-Haute-Provence - FRANCE)

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Sermons du Saint Curé d'Ars 49

En voulez-vous un beau modèle ? Voyez Moïse : lorsque son frère Aaron et sa sœur Marie murmurèrent contre lui, le Sei-gneur les punit ; mais Moïse voyant sa sœur couverte d'une lèpre qui était la punition de sa révolte : O Seigneur ! lui dit-il, pour-quoi punissez-vous ma sœur ? vous savez bien que je ne vous ai jamais demandé vengeance, pardonnez-lui, s'il vous plaît. Aussi le Saint-Esprit nous dit qu'il était le plus doux des hommes qui fus-sent alors sur la terre . Voilà, M.F., un frère qui a vraiment la charité dans le cœur, puisqu'il s'afflige de voir punir sa sœur. Di-tes-moi si nous voyions punir quelqu'un qui nous aurait fait quel-que outrage, ferions-nous comme Moïse ? nous affligerions-nous, demanderions-nous au bon Dieu de ne pas le punir ?... Hélas ! qu'ils sont rares, ceux qui ont dans l'âme cette charité de Moïse ! Mais, me direz-vous, quand on nous fait des choses que nous ne méritons pas, il est bien difficile d'en aimer les auteurs. - Diffi-cile, M.F. ?... voyez saint Etienne. Pendant qu'on l'assomme à coups de pierres, il lève les mains et prie Dieu de pardonner à ces bourreaux qui lui ôtent la vie, le péché qu'ils commettent . - Mais, pensez-vous, saint Étienne était un saint. C'était un saint, M.F. ? mais si nous ne sommes des saints, c'est un grand malheur pour nous : il faut que nous le devenions ; et aussi longtemps que nous n'aurons la charité dans le cœur, nous ne deviendrons jamais des saints.
Que de péchés, M.F., l'on commet contre l'amour de Dieu et du prochain ! Désirez-vous savoir combien souvent nous péchons contre l'amour que nous devons à Dieu ?
L'aimons-nous de tout notre cœur ? Ne lui avons-nous pas souvent préféré nos parents, nos amis ? Pour aller les voir, sans qu'il y eût nécessité, n'avons-nous pas souvent manqué les offices, les vêpres, le catéchisme, la prière du soir ? Combien de fois n'avez-vous pas fait manquer la prière à vos enfants dans la crainte de leur faire perdre quelques minutes ? hélas ! pour aller paître nos troupeaux dans les champs ! ... Mon Dieu ! quelle indi-gne préférence !... Combien de fois n'avons-nous pas manqué nous-mêmes nos prières ; ou les avons-nous faites dans notre lit, en nous habillant, ou en marchant ? Avons-nous eu soin de rap-porter toutes nos actions au bon Dieu, toutes nos pensées, tous nos désirs ? Nous sommes-nous consacrés à lui dès l'âge de rai-son, et lui avons-nous bien donné tout ce que nous avions ? Saint Thomas nous dit que les pères et mères doivent avoir un grand soin de consacrer leurs enfants au bon Dieu, dès l'âge le plus ten-dre, et que, ordinairement, les enfants qui sont consacrés au bon Dieu par leurs parents, reçoivent une grâce et une bénédiction toutes particulières, qu'ils ne recevraient pas sans cela. Il nous dit que si les mères avaient bien à cœur le salut de leurs enfants, elles les donneraient au bon Dieu avant qu'ils vinssent au monde.
Nous disons que ceux qui ont la charité reçoivent avec pa-tience et résignation à la volonté de Dieu, tous les accidents qui peuvent leur arriver, les maladies, les calamités, en pensant que tout cela nous rappelle que nous sommes pécheurs, et que notre vie n'est pas éternelle ici-bas.
Nous péchons encore contre l'amour de Dieu, quand nous restons trop longtemps sans penser à Lui. Combien, hélas ! pas-sent un quart et même la moitié du jour sans faire une élévation de leur cœur vers Dieu, pour le remercier de tous ses bienfaits, surtout de les avoir faits chrétiens, de les avoir fait naître dans le sein de son Église, de les avoir préservés d'être morts dans le pé-ché. L'avons-nous remercié de tous les sacrements qu'il a établis pour notre sanctification, de notre vocation à la foi ? L'avons-nous remercié de tout ce qu'il a opéré pour notre salut, de son incarna-tion, de sa mort et passion ? N'avons-nous pas eu de l'indifférence pour le service de Dieu en négligeant soit de fréquenter les sa-crements, soit de nous corriger, soit d'avoir souvent recours à la prière ? N'avons-nous pas négligé de nous instruire de la manière de nous comporter pour plaire à Dieu ? Lorsque nous avons vu quelqu'un blasphémer le saint nom de Dieu, ou commettre d'au-tres péchés, n'avons-nous pas été indifférents, comme si cela ne nous regardait pas ? N'avons-nous pas prié sans goût, sans dessein de plaire à Dieu ; plutôt pour nous débarrasser, que pour attirer ses miséricordes sur nous, et nourrir notre pauvre âme ? N'avons-nous point passé le saint jour de dimanche en nous contentant de la messe, des vêpres ; sans faire aucune autre prière, ni visite au Saint-Sacrement, ni lecture spirituelle ? Avons-nous été affligés lorsque nous avons été obligés de manquer les offices ? Avons-nous tâché d'y suppléer par toutes les prières que nous avons pu ?... Avez-vous fait manquer les offices à vos enfants, à vos domestiques sans des raisons graves ?...
Avons-nous bien combattu toutes ces pensées de haine, de vengeance et d'impureté ?
Pour aimer le bon Dieu, M.F., il ne suffit pas de dire qu'on l'aime, il faut, pour bien s'assurer si cela est vrai, voir si nous ob-servons bien ses commandements, et si nous les faisons bien ob-server à ceux dont nous avons la responsabilité devant le bon Dieu. Écoutez Notre-Seigneur : « En vérité, je vous dis que ce n'est pas celui qui dira : Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le royaume des cieux ; mais celui qui fera la volonté de Mon Père . » Nous aimons le bon Dieu, quand nous ne cherchons qu'à lui plaire dans tout ce que nous faisons. Il ne faut désirer ni la vie, ni la mort ; toutefois, l'on peut désirer la mort pour avoir le bonheur d'aller vers le bon Dieu . Saint Ignace avait un si grand désir de voir Dieu, que, quand il pensait à la mort, il en pleurait de joie. Cependant dans l'attente de ce grand bonheur, il disait à Dieu, qu'il resterait autant qu'il voudrait sur la terre. Il avait tant à cœur le salut des âmes, qu'un jour ne pouvant convertir un pécheur endurci, il alla se plonger, jusqu'au cou, dans un étang gla-cé afin d'obtenir de Dieu la conversion de ce malheureux. Comme il allait à Paris, un de ses écoliers lui prit en route tout l'argent qu'il avait. Cet écolier étant tombé malade à Rouen, ce bon saint fit le voyage de Paris à cette ville, à pied et sans souliers, pour demander la guérison de celui qui lui avait pris tout son argent. Dites-moi, M.F., est-ce là une charité parfaite ? Vous pensez en vous-mêmes que ce serait déjà beaucoup de pardonner. Vous feriez la même chose, si vous aviez la même charité que ce bon saint. Si nous trouvons si peu de personnes qui feraient cela, M.F., c'est qu'il en est très peu qui ont la charité dans l'âme. Qu'il est consolant que nous puissions aimer Dieu et le prochain sans être savant, ni riche ! Nous avons un cœur, il suffit pour cet amour.
Nous lisons dans l'histoire, que deux solitaires demandaient à Dieu depuis longtemps, qu'il voulût bien leur apprendre la ma-nière de l'aimer et de le servir comme il faut, puisqu'ils n'avaient quitté le monde que pour cela. Ils entendirent une voix qui leur dit d'aller dans la ville d'Alexandrie où demeuraient un homme, nommé Euchariste, et sa femme qui s'appelait Marie. Ceux-là ser-vaient le bon Dieu plus parfaitement que les solitaires, et leur ap-prendraient comment il doit être aimé. Très heureux de cette ré-ponse, les deux solitaires se rendent en toute hâte dans la ville d'Alexandrie. Étant arrivés, ils s'informent, pendant plusieurs jours, sans pouvoir trouver ces deux saints personnages. Crai-gnant que cette voix ne les ait trompés, ils prenaient le parti de retourner dans leur désert, quand ils aperçurent une femme sur la porte de sa maison. Ils lui demandèrent, si elle ne connaîtrait pas par hasard un homme nommé Euchariste. - C'est mon mari, leur dit-elle. - Vous vous appelez donc Marie, lui dirent les solitaires ? - Qui vous a appris mon nom ? - Nous l'avons appris, avec celui de votre mari, par une voix surnaturelle, et nous venons ici pour vous parler. Le mari arriva, sur le soir, conduisant un petit trou-peau de moutons. Les solitaires coururent aussitôt l'embrasser, et le prièrent de lui dire quel était son genre de vie. - Hélas ! mes pères ; je ne suis qu'un pauvre berger. - Ce n'est pas ce que nous vous demandons, lui dirent les solitaires ; dites-nous comment vous vivez et de quelle manière, vous et votre femme, servez le bon Dieu. - Mes pères, c'est bien à vous de me dire ce qu'il faut faire pour servir le bon Dieu ; je ne suis qu'un pauvre ignorant. N'importe ! nous sommes venus de la part de Dieu vous demander comment vous le servez. - Puisque vous me le commandez, je vais vous le dire. J'ai eu le bonheur d'avoir une mère craignant Dieu, qui, dès mon enfance, m'a recommandé de tout faire et de tout souffrir pour l'amour de Dieu. Je souffrais les petites correc-tions que l'on me faisait pour l'amour de Dieu ; je rapportais tout à Dieu : le matin, je me levais, je faisais mes prières et tout mon travail pour son amour. Pour son amour, je prends mon repos et mes repas ; je souffre la faim, la soif, le froid et la chaleur, les ma-ladies et toutes les autres misères. Je n'ai point d'enfants ; j'ai vécu avec ma femme comme avec ma sœur, et toujours dans une grande paix. Voilà toute ma vie et c'est aussi celle de ma femme. - Les solitaires, ravis de voir des âmes si agréables à Dieu, lui demandèrent s'il avait du bien. - J'ai peu de bien, mais ce petit troupeau de moutons que mon père m'a laissés me suffit, j'en ai de reste. Je fais trois parts de mon petit revenu : j'en donne une partie à l'église, une autre aux pauvres, et le reste nous fait vivre ma femme et moi. Je me nourris pauvrement ; mais jamais je ne me plains : je souffre tout cela pour l'amour de Dieu. - Avez-vous des ennemis, lui dirent les solitaires ? - Hélas, mes pères, quel est ce-lui qui n'en a point ? Je tâche de leur faire tout le bien que je peux, je cherche à leur faire plaisir en toute circonstance, et je m'appli-que à ne faire de mal à personne. A ces paroles, les deux solitaires furent comblés de joie d'avoir trouvé un moyen si facile de plaire à Dieu et d'arriver à la haute perfection .
Vous voyez, M.F., que pour aimer le bon Dieu et le pro-chain il n'est pas nécessaire d'être bien savant, ni bien riche ; il suffit de ne chercher qu'à plaire à Dieu, dans tout ce que nous fai-sons ; de faire du bien à tout le monde, aux mauvais comme aux bons, à ceux qui déchirent notre réputation, comme à ceux qui nous aiment, et, qui.... Prenons Jésus-Christ pour notre mo-dèle, nous verrons ce qu'il a fait pour tous les hommes et particulière-ment pour ses bourreaux. Voyez comme il demande pardon, mi-séricorde pour eux ; il les aime, il offre pour eux les mérites de sa mort et passion ; il leur promet le pardon. Si nous n'avons pas cette vertu de charité, nous n'avons rien ; nous ne sommes que des fantômes de chrétiens. Ou nous aimerons tout le monde, même nos plus grands ennemis, ou nous serons réprouvés. Ah ! M.F., puisque cette belle vertu vient du ciel, adressons-nous donc au ciel pour la demander, et nous sommes sûrs de l'obtenir. Si nous possédons la charité, tout en nous plaira au bon Dieu, et par là nous nous assurerons le paradis. C'est le bonheur que je vous sou-haite.

17ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
Sur la pureté

Beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt.
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu.
(S Matth., V, 8.)

Nous lisons dans l'Évangile, que Jésus-Christ, voulant ins-truire le peuple qui venait en foule apprendre de lui ce qu'il fallait faire pour avoir la vie éternelle, s'assit, et ouvrant la bouche, leur dit : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. » Si nous avions un grand désir de voir Dieu, M.F., ces seu-les paroles ne devraient-elles pas nous faire comprendre combien la pureté nous rend agréables à lui, et combien elle nous est né-cessaire ; puisque, selon Jésus-Christ, sans elle nous ne le verrons jamais. « Bienheureux, nous dit Jésus-Christ, ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront le bon Dieu. » Peut-on espérer une plus grande récompense que celle que Jésus-Christ attache à cette belle et aimable vertu, à savoir, la jouissance des trois personnes de la très sainte Trinité, pendant toute l'éternité ?... Saint Paul, qui en connaissait si bien le prix, écrivant aux Corinthiens, leur dit : « Glorifiez le bon Dieu, puisque vous le portez dans vos corps ; et soyez fidèles à les conserver dans une grande pureté. Rappelez vous bien, mes enfants, que vos membres sont les membres de Jésus-Christ, et que vos cœurs sont les temples du Saint-Esprit. Prenez bien garde de ne pas les souiller par le péché, qui est l'adultère, la fornication, et tout ce qui peut déshonorer votre corps et votre cœur, aux yeux de Dieu la pureté même . » Oh ! M.F., que cette vertu est belle et précieuse, non seulement aux yeux des hommes et des anges, mais aux yeux de Dieu même. Il en fait tant de cas, qu'il ne cesse de la louer dans tous ceux qui sont assez heureux pour la conserver. Aussi, cette vertu inestima-ble fait-elle le plus bel ornement de l'église, et, par conséquent, devrait-elle être la plus chérie des chrétiens. Nous, M.F., qui, dans le saint baptême, avons été arrosés par le sang adorable de Jésus-Christ, la pureté même ; dans ce sang adorable qui a tant engendré de vierges de l'un et de l'autre sexe ; nous, à qui Jésus-Christ a fait part de sa pureté en nous rendant ses membres et son temple... Mais, hélas ! M.F., dans ce malheureux siècle de corruption où nous vivons, on ne connaît plus cette vertu, cette céleste vertu qui nous rend semblables aux anges.... Oui, M.F., la pureté est une vertu qui nous est nécessaire à tous, puisque, sans elle, personne ne verra le bon Dieu. Je voudrais vous en faire concevoir une idée digne de Dieu, et vous montrer, 1? combien elle nous rend agréa-bles à ses yeux en donnant un nouveau degré de sainteté à toutes nos actions, et 2? ce que nous devons faire pour la conserver.

I. - Il faudrait, M.F., pour bien vous faire comprendre l'es-time que nous devons avoir de cette incomparable vertu, pour vous faire le récit de sa beauté, et vous en faire apprécier la valeur auprès de Dieu, il faudrait non un homme mortel, mais un ange du ciel. En l'entendant, vous diriez avec étonnement : Comment tous les hommes ne sont-ils pas prêts à tout sacrifier plutôt que de per-dre une vertu qui nous unit d'une manière intime avec Dieu ? Es-sayons cependant d'en concevoir quelque chose en considérant que cette vertu vient du ciel, qu'elle fait descendre Jésus-Christ sur la terre, et qu'elle élève l'homme jusqu'au ciel, par la ressem-blance qu'elle lui donne avec les anges, avec Jésus-Christ lui-même. Dites-moi, M.F., d'après cela, ne mérite-t-elle pas le titre de précieuse vertu ? N'est-elle pas digne de toute notre estime et de tous les sacrifices nécessaires pour la conserver ?
Nous disons que la pureté vient du ciel, parce qu'il n'y avait que Jésus-Christ lui-même qui fût capable de nous l'apprendre et de nous en faire sentir toute la valeur. Il nous a laissé des exem-ples prodigieux de l'estime qu'il a eue de cette vertu. Ayant résolu, dans la grandeur de sa miséricorde, de racheter le monde, il prit un corps mortel comme le nôtre ; mais il voulut choisir une vierge pour mère. Quelle fut cette incomparable créature, M.F. ? Ce fut Marie, la plus pure entre toutes, et qui, par une grâce accordée à nulle autre, fut exempte du péché originel. Elle consacra sa virgi-nité au bon Dieu dès l'âge de trois ans, et en lui offrant son corps, son âme, elle lui fit le sacrifice le plus saint, le plus pur et le plus agréable que Dieu ait jamais reçu d'une créature sur la terre. Elle le soutint par une fidélité inviolable à garder sa pureté et à éviter tout ce qui pouvait tant soit peu en ternir l'éclat. Nous voyons que la sainte Vierge faisait tant de cas de cette vertu, qu'elle ne voulait pas consentir à être Mère de Dieu avant que l'ange ne lui eût assu-ré qu'elle ne la perdrait pas : Mais l'ange lui ayant dit que, en de-venant la Mère de Dieu, bien loin de perdre ou de ternir sa pureté dont elle faisait tant d'estime, elle n'en serait que plus pure et plus agréable à Dieu, elle consentit alors volontiers, afin de donner un nouvel éclat à cette pureté virginale . Nous voyons encore que Jésus-Christ choisit un père nourricier qui était pauvre, il est vrai ; mais il voulut que sa pureté fut au-dessus de celle de toutes les autres créatures, la sainte Vierge exceptée. Parmi ses disciples, il en distingua un, à qui il témoigna une amitié et une confiance sin-gulières, à qui il fit part de ses plus grands secrets ; mais il prit le plus pur de tous, et qui était consacré à Dieu dès sa jeunesse.
Saint Ambroise nous dit que la pureté nous élève jusqu'au ciel et nous fait quitter la terre, autant qu'il est possible à une créa-ture de la quitter. Elle nous élève au-dessus de la créature corrompue et, par ses sentiments et ses désirs, elle nous fait vivre de la vie même des anges. D'après saint Jean Chrysostome, la chasteté d'une âme est d'un plus grand prix aux yeux de Dieu que celle des anges, parce que les chrétiens ne peuvent acquérir cette vertu que par les combats, au lieu que les anges l'ont par nature. Les anges n'ont rien à combattre pour la conserver, tandis qu'un chrétien est obligé de se faire à lui-même une guerre continuelle. Saint Cyprien ajoute que, non seulement la chasteté nous rend semblables aux anges, mais encore nous donne un caractère de ressemblance avec Jésus-Christ lui-même. Oui, nous dit ce grand saint, une âme chaste est une image vivante de Dieu sur la terre.
Plus une âme se détache d'elle-même par la résistance à ses passions, plus elle s'attache à Dieu ; et, par un heureux retour, plus le bon Dieu s'attache à elle : il la regarde, il la considère comme son épouse et sa bien-aimée ; il en fait l'objet de ses plus chères complaisances et y fixe sa demeure pour jamais. « Heureux, nous dit le Sauveur, ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront le bon Dieu . » Selon saint Basile, si nous trouvons la chasteté dans une âme, nous y trouvons toutes les autres vertus chrétiennes ; elle les pratiquera avec une grande facilité, « parce que, nous dit-il, pour être chaste, il faut s'imposer beaucoup de sacrifices et se faire une grande violence. Mais une fois qu'elle a remporté de telles victoires sur le démon, la chair et le sang, tout le reste lui coûte fort peu ; car une âme qui commande avec empire à ce corps sensuel surmonte facilement tous les obstacles qu'elle rencontre dans le chemin de la vertu. » Aussi, voyons-nous, M.F., que les chrétiens qui sont chastes sont les plus parfaits. Nous les voyons réservés dans leurs paroles, modestes dans toutes leurs démarches, sobres dans leurs repas, res-pectueux dans le lieu saint et édifiants dans toute leur conduite. Saint Augustin compare ceux qui ont le grand bonheur de conserver leur cœur pur, aux lis qui montent droit au ciel et qui répandent autour d'eux une odeur très agréable ; leur vue seule nous fait penser à cette précieuse vertu. Ainsi la sainte Vierge inspirait la pureté à tous ceux qui la regardaient... Heureuse vertu, M.F., qui nous met au rang des anges, qui semble même nous élever au-dessus d'eux ! Tous les saints en ont fait le plus grand cas et ont mieux aimé perdre leurs biens, leur réputation et leur vie même que de ternir cette belle vertu.
Nous en avons un bel exemple dans la personne de sainte Agnès. Sa beauté et ses richesses l'avaient fait rechercher, à l'âge de douze ans, par le fils du préfet de la ville de Rome. Elle lui fait connaître qu'elle s'était consacrée au bon Dieu. Elle fut arrêtée sous le prétexte qu'elle était chrétienne, mais en réalité afin qu'elle consentît aux désirs du jeune homme. Elle était tellement unie au bon Dieu que ni les promesses, ni les menaces, ni la vue des bour-reaux et des instruments étalés devant elle pour l'effrayer, ne lui firent changer de sentiments. Ses persécuteurs ne pouvant rien gagner sur elle, ils la chargèrent de chaînes, et voulurent lui met-tre un carcan et des anneaux de fer au cou et aux mains ; ils ne pu-rent y réussir, tant étaient faibles ses pauvres petites mains inno-centes. Elle demeura ferme dans sa résolution, au milieu de ces loups enragés, et elle offrit son petit corps aux tourments avec un courage qui étonna les bourreaux. On la traîne aux pieds des ido-les ; mais elle confesse hautement qu'elle ne reconnaît pour Dieu que Jésus-Christ, et que leurs idoles ne sont que des démons. Le juge cruel et barbare, voyant qu'il ne peut rien gagner, croit qu'elle sera plus sensible à la perte de cette pureté dont elle fait tant de cas. Il la menace de la faire exposer dans un lieu infâme ; mais elle lui répond avec fermeté : « Vous pouvez bien me faire mou-rir, mais vous ne pourrez jamais me faire perdre ce trésor : Jésus-Christ lui-même en est trop jaloux. » Le juge, mourant de rage, la fait conduire dans ce lieu d'ordures infernales. Mais Jésus-Christ, qui veillait sur elle d'une manière particulière, inspire un si grand respect aux gardes, qu'ils ne la regardaient qu'avec une espèce de frayeur, et il commande à un de ses anges de la protéger. Les jeu-nes gens, qui entrent dans cette chambre, brûlants d'un feu impur, voyant un ange à côté d'elle, plus beau que le soleil, en sortent tout brûlants de l'amour divin. Mais le fils du préfet, plus méchant et plus corrompu que les autres, pénètre dans la chambre où était sainte Agnès. Sans avoir égard à toutes ces merveilles, il s'appro-che d'elle dans l'espérance de contenter ses désirs impurs ; mais l'ange qui garde la jeune martyre frappe le libertin, qui tombe mort à ses pieds. Aussitôt se répand dans Rome le bruit que le fils du préfet avait été tué par Agnès. Le père, tout en fureur, vient trouver la sainte et se livre à tout ce que son désespoir peut lui inspirer. Il l'appelle furie de l'enfer, monstre né pour la désolation de sa vie, puisqu'elle avait fait mourir son fils. Sainte Agnès lui répond tranquillement : « C'est qu'il a voulu me faire violence, alors mon ange lui a donné la mort. » Le préfet un peu adouci, lui dit : « Eh bien ! prie ton Dieu de le ressusciter, afin que l'on ne dise pas que c'est toi qui l'as fait mourir. - Sans doute, lui dit la sainte, vous ne méritez pas cette grâce ; mais afin que vous sa-chiez que les chrétiens ne se vengent jamais, qu'au contraire, ils rendent le bien pour le mal, sortez d'ici, et je vais prier le bon Dieu pour lui. ». Alors Agnès se jette à genoux, prosternée la face contre terre. Pendant qu'elle prie, son ange lui apparaît et lui dit : « Prenez courage. » Au même instant le corps inanimé reprend la vie : Le jeune homme ressuscité par les prières de la sainte, s'élance de la maison, court par les rues de Rome en criant : « Non, non, mes amis, il n'y a point d'autre Dieu que celui des chrétiens ; tous les dieux que nous adorons ne sont que des dé-mons qui nous trompent et nous traînent en enfer. » Cependant, malgré un si grand miracle, on ne laissa pas que de la condamner à mort. Alors le lieutenant du préfet commande qu'on allume un grand feu, et l'y fait jeter. Mais les flammes s'entr'ouvrant, ne lui font aucun mal et brûlent les idolâtres accourus pour être les spec-tateurs de ses combats. Le lieutenant voyant que le feu la respec-tait et ne lui faisait aucun mal ; ordonne qu'on la frappe d'un coup d'épée à la gorge, afin de lui ôter la vie ; mais le bourreau tremble comme si lui-même était condamné à la mort... Comme les pa-rents de sainte Agnès pleuraient la mort de leur fille, elle leur ap-parut en leur disant : « Ne pleurez pas ma mort, au contraire, ré-jouissez-vous de ce que j'ai acquis une si grande gloire dans le ciel . »
Vous voyez, M.F., ce que cette vierge a souffert plutôt que de perdre sa virginité. Concevez maintenant l'estime que vous de-vez avoir de la pureté, et combien le bon Dieu se plaît à faire des miracles pour s'en montrer le protecteur et le gardien. Comme cet exemple confondra un jour ces jeunes gens qui font si peu de cas de cette belle vertu ! Ils n'en n'ont jamais connu le prix. Le Saint-Esprit a donc bien raison de s'écrier : « Oh ! qu'elle est belle cette génération chaste ; sa mémoire est éternelle, et sa gloire brille de-vant les hommes et les anges ! » IL est certain, M.F., que chacun aime ses semblables ; aussi les anges, qui sont des esprits purs, aiment et protègent d'une manière particulière les âmes qui imitent leur pureté. Nous lisons dans l'Écriture sainte que l'ange Raphaël, qui accompagna le jeune Tobie, lui rendit mille offices. Il le préserva d'être dévoré par un poisson, d'être étranglé par le dé-mon. Si ce jeune homme n'avait pas été chaste, très certainement l'ange ne l'aurait pas accompagné et ne lui aurait pas rendu tant de services. De quel plaisir ne jouit pas l'ange gardien qui conduit une âme pure !
Il n'y a point de vertu pour la conservation de laquelle le bon Dieu fasse des miracles aussi nombreux que ceux qu'il prodigue en faveur d'une personne qui connaît le prix de la pureté et qui s'efforce de la sauvegarder. Voyez ce qu'il fit pour sainte Cécile. Née à Rome de parents très riches, elle était très instruite de la re-ligion chrétienne, et suivant l'inspiration de Dieu, elle lui consacra sa virginité. Ses parents, qui ne le savaient pas, la promirent en ma-riage à Valérien, fils d'un sénateur de la ville. C'était, selon le monde, un parti très considéré. Elle demanda à ses parents le temps d'y penser. Elle passa ce temps dans le jeûne, la prière et les larmes, pour obtenir de Dieu la grâce de ne pas perdre la fleur de cette vertu qu'elle estimait plus que sa vie. Le bon Dieu lui ré-pondit de ne rien craindre et d'obéir à ses parents ; car, non seu-lement elle ne perdrait pas cette vertu, mais que celui qu'elle au-rait.... Elle con-sentit donc au mariage. Le jour de ses noces, lors-que Valérien se présenta, elle lui dit : « Mon cher Valérien, j'ai un secret à vous communiquer. Celui-ci lui répondit : Quel est ce se-cret ? - J'ai consacré ma virginité à Dieu et jamais homme ne me touchera, car j'ai un ange qui veille sur ma pureté ; et si vous y at-tentiez, il vous frapperait de mort. » - Valérien fut fort surpris de ce langage, parce qu'étant païen, il ne comprenait rien à tout cela. Il répondit : « Montrez-moi cet ange qui vous garde, » La sainte répliqua : « Vous ne pouvez le voir parce que vous êtes païen. Al-lez trouver de ma part le pape Urbain, et demandez-lui le bap-tême, vous verrez ensuite mon ange. » Sur-le-champ, il part. Après avoir été baptisé par le Pape, il revient trouver son épouse. Entrant dans sa chambre, il aperçoit l'ange veillant avec sainte Cécile. Il le trouve si beau, si brillant de gloire, qu'il en est char-mé et touché. Non seulement il permit à son épouse de rester consacrée à Dieu, mais lui-même fit vœu de virginité. Ils eurent bientôt l'un et l'autre le bonheur de mourir martyrs . Voyez-vous comment le bon Dieu prend soin d'une personne qui aime cette incomparable vertu et travaille à la conserver ?
Nous lisons dans la vie de saint Edmond ,qu'étudiant à Paris il se trouva avec quelques personnes qui disaient des sottises, il les quitta de suite. Cette action fut si agréable à Dieu, qu'il lui apparut sous la forme d'un bel enfant et le salua d'un air fort gracieux, lui disant qu'il l'avait vu avec satisfaction quitter ses compagnons qui tenaient des discours licencieux ; et, pour l'en récompenser, il lui promit qu'il serait toujours avec lui. De plus, saint Edmond eut le grand bonheur de conserver son innocence jusqu'à la mort. Quand sainte Lucie alla sur le tombeau de sainte Agathe pour demander au bon Dieu, par son intercession, la guérison de sa mère, sainte Agathe lui apparut et lui dit qu'elle pouvait obtenir, par elle-même, ce qu'elle demandait, parce que, par sa pureté, elle avait préparé dans son cœur une demeure très agréable à son Créateur . Ceci nous montre que le bon Dieu ne peut rien refuser à celui qui a le bonheur de conserver purs son corps et son âme...
Écoutez le récit de ce qui arriva à sainte Potamienne qui vi-vait au temps de la persécution de Maximien . Cette jeune fille était esclave d'un maître débauché et libertin, qui ne cessait de la solliciter au mal. Elle aima mieux souffrir toutes sortes de cruau-tés et de supplices que de consentir aux sollicitations de ce maître infâme. Celui-ci, voyant qu'il ne pouvait rien gagner, dans sa fu-reur, la fit remettre comme chrétienne entre les mains du gouver-neur auquel il promit une grande récompense s'il pouvait la ga-gner. Le juge fit conduire cette vierge devant son tribunal, et voyant que toutes les menaces ne la faisaient pas changer de sen-timents, il lui fit endurer tout ce que la rage put lui inspirer. Mais le bon Dieu, qui n'abandonne jamais ceux qui se sont consacrés à lui, donna à la jeune martyre tant de force qu'elle semblait être in-sensible à tous les tourments. Ce juge inique ne pouvant vaincre sa résistance, fit placer sur un feu très ardent une chaudière rem-plie de poix, et lui dit : « Regarde ce que l'on te prépare, si tu n'obéis pas à ton maître. » La sainte fille répondit sans se trou-bler : « J'aime mieux souffrir tout ce que votre fureur pourra vous inspirer qu'obéir aux infâmes volontés de mon maître ; d'ailleurs, je n'aurais jamais cru qu'un juge fût si injuste que de vouloir me faire obéir aux desseins d'un maître débauché. » Le tyran, irrité de cette réponse, commanda qu'on la jetât dans la chaudière. « Du moins, ordonnez, lui dit-elle, que j'y sois jetée toute vêtue. Vous verrez quelle force le bon Dieu que nous adorons, donne à ceux qui souffrent pour lui. » Après trois heures de supplice, Pota-mienne rendit sa belle âme à son Créateur, et ainsi remporta la double palme du martyre et de la virginité.
Hélas ! M.F., que cette vertu est peu connue dans le monde, que nous l'estimons peu, que nous prenons peu de soin pour la conserver, que nous avons peu de zèle à la demander à Dieu, puisque nous ne pouvons l'avoir de nous-même. Non, nous ne connaissons point cette belle et aimable vertu qui gagne si facile-ment le cœur de Dieu, qui donne un si beau lustre à toutes nos au-tres bonnes œuvres, qui nous élève au-dessus de nous-même, qui nous fait vivre sur la terre comme les anges dans le ciel !...
Non, M.F., elle n'est pas connue de ces vieux infâmes impu-diques qui se traînent, se roulent et se noient dans la fange de leurs turpitudes, dont le cœur est semblable à ces...... sur le haut des montagnes......rôtis et brûlés par ces feux impurs. Hélas ! bien loin de chercher à l'éteindre, ils ne cessent de l'allumer et de l'enflammer par leurs regards, leurs pensées, leurs désirs et leurs actions. Dans quel état sera cette âme, quand elle paraîtra devant un Dieu, la pureté même ? Non, M.F., cette belle vertu n'est pas connue de cette personne, dont les lèvres ne sont qu'une bouche et qu'un tuyau dont l'enfer se sert pour vomir ses impuretés sur la terre ; et qui s'en nourrit comme d'un pain quotidien. Hélas ! leur pauvre âme n'est plus qu'un objet d'horreur au ciel et à la terre ! Non, M.F., elle n'est pas connue cette aimable vertu de pureté de ces jeunes gens dont les yeux et les mains sont souillés par des regards et .... O Dieu, combien d'âmes ce péché traîne dans les enfers !... Non, M.F., cette belle vertu n'est pas connue de ces fil-les mondaines et corrompues qui prennent tant de précautions et de soins pour attirer sur elles les yeux du monde ; qui, par leurs parures recherchées et indécentes, annoncent publiquement qu'el-les sont d'infâmes instruments dont l'enfer se sert pour perdre les âmes ; ces âmes, qui ont tant coûté de travaux, de larmes et de tourments à Jésus-Christ !... Regardez-les, ces malheureuses, et vous verrez que mille démons environnent leur tête et leur poi-trine. O mon Dieu, comment la terre peut-elle supporter de tels suppôts de l'enfer ? Chose plus étonnante encore, comment des mères les souffrent-elles dans un état indigne d'une chrétienne ! Si je ne craignais d'aller trop loin, je dirais à ces mères qu'elles ne valent pas plus que leurs filles. Hélas ! ce malheureux cœur et ces yeux impurs ne sont qu'une source empoisonnée qui donne la mort à quiconque les regarde ou les écoute. Comment de tels, monstres osent-ils se présenter devant un Dieu saint et si ennemi de l'impureté ! Hélas ! leur pauvre vie n'est autre chose qu'un monceau de graisse qu'elles amassent pour enflammer les feux de l'enfer pendant toute l'éternité. Mais, M.F., quittons une matière si dégoûtante et si révoltante pour un chrétien, dont la pureté doit imiter celle de Jésus-Christ lui-même ; et revenons à notre belle vertu de pureté qui nous élève jusqu'au ciel, qui nous ouvre le cœur adorable de Jésus-Christ, et nous attire toutes sortes de bé-nédictions spirituelles et temporelles.

II. - Nous avons dit, M.F., que cette vertu est d'un grand prix aux yeux de Dieu ; disons aussi qu'elle ne manque pas d'en-nemis qui s'efforcent de nous la faire perdre. Nous pouvons même dire que presque tout ce qui nous environne travaille à nous la ra-vir. Le démon est un de nos plus cruels ennemis ; comme il vit dans l'ordure des vices impurs, comme il sait qu'il n'y a point de péché qui outrage tant le bon Dieu et qu'il connaît combien lui est agréable une âme pure, il nous tend toutes sortes de pièges pour nous enlever cette vertu. D'un autre côté, le monde qui ne cherche que ses aises et ses plaisirs, travaille aussi à nous la faire perdre, souvent en paraissant nous témoigner de l'amitié. Mais, nous pou-vons dire que notre plus cruel et notre plus dangereux ennemi, c'est nous-mêmes, c'est-à-dire, notre chair qui, ayant été déjà gâ-tée et corrompue par le péché d'Adam, nous porte avec une sorte de fureur à la corruption. Si nous ne sommes pas continuellement sur nos gardes, elle nous a bientôt brûlés et dévorés par ses flam-mes impures. - Mais, me direz-vous, puisqu'il est si difficile de conserver cette vertu, si précieuse aux yeux de Dieu, que faut-il donc faire ? - M.F., en voici les moyens. Le premier est de bien veiller sur nos yeux, nos pensées, nos paroles et nos actions ; le second d'avoir recours à la prière ; le troisième de fréquenter les sacrements souvent et dignement ; le quatrième de fuir tout ce qui est capable de nous porter au mal ; le cinquième d'avoir une grande dévotion à la sainte Vierge. Si nous faisons cela, malgré tous nos ennemis et malgré la fragilité de cette vertu, nous som-mes cependant sûrs de la conserver.

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