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Blog Parousie de Patrick ROBLES (Sausses, Alpes-de-Haute-Provence - FRANCE)

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Sermons du Saint Curé d'Ars 48

Saint-Ursanne

Nous disons, M.F., que si nous aimons véritablement le bon Dieu, nous devons grandement désirer de le voir aimer par toutes les créatures. Nous en avons un bel exemple dans l'histoire, et nous y voyons un beau spectacle de l'amour divin. On vit une femme, au milieu de la ville d'Alexandrie, tenant d'une main un vase plein d'eau, et de l'autre un flambeau allumé. Ceux qui la vi-rent, tout étonnés, lui demandèrent ce qu'elle prétendait faire avec tout cet appareil. « Je voudrais, répondit-elle, avec ce flambeau, embraser tout le ciel et tous les cœurs des hommes, et, avec cette eau, éteindre tout le feu de l'enfer, afin que, désormais, l'on n'ai-mât plus le bon Dieu ni par l'espérance de la récompense, ni par crainte de la punition réservée aux pécheurs ; mais uniquement parce qu'il est bon, et qu'il mérite d'être aimé. » Beaux sentiments, M.F., dignes de la grandeur de l'âme qui connaît ce que c'est que Dieu, et combien il mérite par lui-même toutes les affections de notre cœur. L'on raconté dans l'histoire des Japonais, que, quand on leur annonçait l'Évangile, qu'on les instruisait de Dieu et de ses amabilités, surtout quand on leur apprenait les grands mystères de notre sainte religion, et tout ce que le bon Dieu avait fait pour les hommes : un Dieu naissant dans une pauvre étable, couché sur une poignée de paille dans les rigueurs de l'hiver, un Dieu souf-frant et mourant sur une croix pour nous sauver ; ils étaient si étonnés de tant de merveilles que Dieu avait faites pour notre sa-lut, qu'on les entendait s'écrier tout transportés d'amour : « Oh ! qu'il est grand ! oh ! qu'il est bon ! oh !qu'il est aimable, le Dieu des chrétiens ! » Mais quand ensuite on leur disait qu'il y avait un commandement qui leur ordonnait d'aimer le bon Dieu et qui les menaçait de châtiments s'ils ne l'aimaient pas, ils en étaient telle-ment surpris, qu'ils ne pouvaient plus revenir de leur étonnement. « Eh quoi ! disaient-ils, à des hommes raisonnable, faire un pré-cepte d'aimer un Dieu qui nous a tant aimés !... mais, n'est-ce pas le plus grand bonheur de l'aimer et le plus grand malheur de ne pas l'aimer ? Eh quoi ! disaient-ils aux missionnaires, les chrétiens ne sont-ils pas toujours au pied des autels de leur Dieu, tout péné-trés de la grandeur de ses bontés et tout embrasés de son amour ? » Et quand on venait à leur apprendre que, non seulement il y en avait qui ne l'aimaient pas, mais encore qui l'offensaient : « O peuple injuste ! Ô peuple barbare ! s'écriaient-ils avec indi-gnation, est-il bien possible que des chrétiens soient capables de tel outrage envers un Dieu si bon ? Dans quelle terre maudite ha-bitent donc ces hommes sans cœur et sans sentiments ? »
Hélas ! d'après la manière dont nous nous conduisons envers le bon Dieu, nous ne méritons que trop ces reproches ! Oui, M.F., un jour viendra où ces nations éloignées et étrangères appelleront ces témoignages, contre nous, nous accuseront et nous condamne-ront devant Dieu. Que de chrétiens passent leur vie sans aimer le bon Dieu ! Hélas ! peut-être en trouverons-nous plusieurs, au grand jour du jugement, qui n'auront pas donné un seul jour tout entier au bon Dieu ! Hélas ! quel malheur ! ...
Saint Justin nous dit que l'amour a ordinairement trois ef-fets. Quand nous aimons quelqu'un, nous pensons souvent, et vo-lontiers à lui ; nous donnons volontiers pour lui et nous souffrons volontiers pour lui : voilà, M.F., ce que nous devons faire pour le bon Dieu, si nous l'aimons véritablement. Je dis 1?, que nous de-vons souvent penser à Jésus-Christ. Rien n'est plus naturel que de penser à ceux qu'on aime. Voyez un avare : il n'est occupé que de ses biens ou du moyen de les augmenter ; seul ou en compagnie, rien n'est capable de le distraire de cette pensée. Voyez un liber-tin : la personne qui fait tout l'objet de son amour, ne le quitte guère plus que la respiration ; il y pense tellement que, souvent, son corps en est si accablé qu'il en est malade. Oh ! si nous avions le bonheur d'aimer autant Jésus-Christ qu'un avare aime son ar-gent ou ses terres, qu'un ivrogne, son vin, qu'un libertin, l'objet de sa passion, ne serions-nous pas continuellement occupés de l'amour et des grandeurs de Jésus-Christ ? Hélas ! M.F., nous nous occupons de mille choses qui, presque toutes, n'aboutissent à rien ; tandis que, pour Jésus-Christ, nous passons des heures et même des jours entiers sans nous souvenir de lui, ou d'une ma-nière si faible, que nous croyons à peine ce que nous pensons. O mon Dieu, comment ne vous aime-t-on pas ! Cependant, M.F., de tous nos amis y en a-t-il un plus généreux, plus bienfaisant ? Di-tes-moi, si nous avions bien pensé qu'en écoutant le démon qui nous portait au mal, nous avons grandement affligé Jésus-Christ, que nous l'avons fait mourir une seconde fois, aurions-nous eu ce courage ?... n'aurions-nous pas dit : Comment, mon Dieu, pour-rais-je vous offenser, vous qui nous avez tant aimés ! Oui, mon Dieu, le jour et la nuit mon esprit et mon cœur ne seront occupés que de vous.
2? Je dis que si nous aimons véritablement le bon Dieu, nous lui donnerons tout ce qu'il est en notre pouvoir de lui donner, et cela, avec un grand plaisir. Si nous avons du bien, faisons-en part aux pauvres, c'est comme si nous le donnions à Jésus-Christ lui-même ; c'est lui qui nous dit dans l'Évangile : « Tout ce que vous donnerez au moindre des miens, c'est-à-dire aux pauvres, c'est comme si vous le donniez à moi-même . » Quel bonheur, M.F., pour une créature, de pouvoir être libérale envers son créa-teur, son Dieu et son Sauveur ! Ce ne sont pas seulement les ri-ches qui peuvent donner ; mais tous les chrétiens, même les plus pauvres. Nous n'avons pas tous des biens pour les donner à Jésus-Christ dans la personne des pauvres ; mais nous avons tous un cœur, et c'est précisément de ce présent qu'il est le plus jaloux ; c'est celui-là qu'il demande avec tant d'empressement. Dites-moi, M.F., pourrions-nous lui refuser ce qu'il nous demande avec tant d'instances, lui qui ne nous a créés que pour lui ? Ah ! si nous y pensions bien, ne dirions-nous pas au divin Sauveur : « Seigneur, je ne suis qu'un pécheur, ayez pitié de moi ; me voilà tout à vous. » Que nous serions heureux si nous faisions cette offrande universelle au bon Dieu ! que notre récompense serait grande !...
3? Mais cependant la meilleure marque d'amour que nous puissions donner au bon Dieu, c'est de souffrir pour lui ; car, si nous voulions bien considérer ce qu'il a souffert pour nous, nous ne pourrions pas nous empêcher de souffrir toutes les misères de la vie, les persécutions, les maladies, les infirmités et la pauvreté : Qui ne se laisserait. pas attendrir à la vue de tout ce que Jésus-Christ a souffert pendant sa vie mortelle ? Que d'outrages ne lui font pas souffrir les hommes, par la profanation de ses sacre-ments, par le mépris de sa religion sainte, dont l'établissement lui a tant coûté ? Quel aveuglement, M.F., de ne pas aimer un Dieu si aimable et qui ne cherche, en tout, que notre bonheur ! Nous avons un bel exemple dans la personne de sainte Magdeleine, de-venue célèbre dans toute l'Église par ce grand amour qu'elle a eu pour Jésus-Christ . Une fois qu'elle fut à lui, elle ne le quitta plus ; non seulement de cœur, mais encore réellement : le suivant dans ses voyages, l'assistant de ses biens, et l'accompagnant jusqu'au calvaire : Elle fut présente à sa mort, elle prépara les par-fums pour embaumer son corps et se rendit de grand matin au sépulcre . N'y trouvant plus le corps de Jésus-Christ, elle s'en prend au ciel, à la terre ; elle supplie les anges et les hommes de lui dire où ils ont mis son Sauveur ; parce qu'elle veut le trouver à quel prix que ce soit. Son amour était si ardent que nous pouvons dire qu'il fut impossible à Jésus-Christ de se cacher à elle ; car, elle n'a pensé qu'à lui, elle n'a désiré et n'à voulu que lui ; toutes choses ne lui sont rien ; elle n'a eu ni respect humain, ni crainte d'être méprisée ou raillée ; elle a abandonné tous ses biens, elle a foulé aux pieds les parures et les plaisirs pour courir à la suite de son bien-aimé ; tout le reste ne lui est plus rien.
Écoutez encore la leçon que nous donne saint Dominique . Ce saint patriarche dont l'amour de Dieu avait rempli tous les dé-sirs, après avoir prêché toute la journée, passait les nuits entières en contemplation ; il se croyait déjà dans le ciel, et ne pouvait comprendre que l'on puisse vivre sans aimer le bon Dieu, puisque nous y trouvons tout notre bonheur. Un jour qu'il fut pris par des hérétiques, Dieu fit un miracle pour le tirer d'entre leurs mains. « Qu'auriez-vous fait, lui dit un de ses amis, s'ils avaient voulu vous faire mourir ? » - « Ah ! je les aurais conjurés de ne pas me faire mourir tout d'un coup, mais de me couper en tant petits mor-ceaux qu'ils l'auraient pu ; ensuite de m'arracher la langue et les yeux, et, après avoir roulé le reste de mon corps dans mon sang, de me trancher la tête. Je les aurais priés de ne laisser aucune par-tie de mon corps sans la faire souffrir. Ah ! c'est alors que j'aurais eu le bonheur de dire véritablement au bon Dieu que je l'aime. Oui, je voudrais être maître de tous les cœurs des hommes, afin de les faire tous brûler d'amour. » Quel beau langage part de ce cœur brûlant de l'amour divin ! Toute sa vie ce grand saint chercha le moyen de mourir martyr, pour montrer au bon Dieu que vraiment il l'aimait.
Voyez encore saint Ignace, martyr, évêque d'Antioche, qui fut condamné, par l'empereur Trajan, à être exposé aux bêtes. Il eut tant de joie d'entendre la sentence qui le condamnait à être dé-voré par les bêtes, qu'il crut mourir de bonheur. IL n'avait qu'une seule crainte, c'est que les chrétiens n'obtinssent sa grâce. Il leur écrivit en leur disant : « Mes amis, que je devienne la proie des bêtes et que je sois moulu comme un grain de froment de Dieu pour devenir le pain de Jésus-Christ. Je sais, mes amis, qu'il m'est très utile de souffrir ; il faut que les fers, les gibets, les bêtes fa-rouches déchirent mes membres et les brisent dans mon corps, et que tous les tourments viennent fondre sur moi. Tout m'est bon pourvu que j'arrive à la possession de Dieu. Je commence mainte-nant à aimer Jésus-Christ ; c'est à présent que je suis son disciple. Je n'ai plus que du dégoût pour les choses de la vie, je ne suis af-famé que du pain de mon Dieu, qui doit me rassasier pendant l'éternité ; je ne suis altéré que de la chair de Jésus-Christ, qui n'est que charité . » Dites-moi, M.F., peut-on trouver un cœur plus embrasé de l'amour de Dieu ? En effet, il fut dévoré par les lions, qui ne laissèrent que quelques parties de son corps.
Que faut-il conclure de tout cela, M.F., sinon que tout notre bonheur sur la terre est de nous attacher, à Dieu ? C'est-à-dire, il faut que, dans tout ce que nous faisons, le bon Dieu soit l'unique but ; puisque nous savons tous par notre propre expérience que rien de créé n'est capable de nous rendre heureux, que le monde entier avec tous ses biens, ses plaisirs ne saurait satisfaire notre cœur. Ne perdez jamais de vue, M.F., que tout nous quittera. Un moment viendra où tout ce que nous avons passera à d'autres mains... Au lieu que si nous avons le grand bonheur de posséder l'amour de Dieu nous l'emporterons dans le ciel, ce qui fera notre bonheur pendant l'éternité. Aimer Dieu, ne servir que lui seul et ne désirer que sa possession : voilà le bonheur que je vous sou-haite.
17ème DIMANCHE APRÈS LA PENTE-CÔTE
Sur la Charité
(FRAGMENTS)

Diliges Deum tuum in toto corde tuo
Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur
(S.Matth., XXII, 37.)

Pour servir le bon Dieu parfaitement, ah ! ce n'est pas assez de croire en lui. Il est vrai que la foi nous fait croire toutes les vé-rités que l'Église nous enseigne, et que, sans cette foi, toutes nos actions sont sans mérite aux yeux de Dieu. La foi nous est donc absolument nécessaire pour nous sauver. Cependant cette foi pré-cieuse qui nous découvre d'avance les beautés du ciel nous quitte-ra un jour, parce que, dans l'autre vie, il n'y aura plus de mystères. L'espérance, qui est un don du ciel, nous est aussi nécessaire pour nous faire agir avec des intentions bien droites et bien pures, dans la seule vue de plaire à Dieu, en tout ce que nous faisons, soit pour gagner le ciel, soit pour éviter l'enfer. Mais la charité nous porte à aimer Dieu parce qu'il est, infiniment bon, infiniment ai-mable et qu'il mérite d'être aimé.
Mais, me direz-vous, comment donc connaître si nous avons cette belle vertu qui est si agréable à Dieu, et qui nous fait agir avec tant de noblesse ; c'est-à-dire, qui nous porte à aimer le bon Dieu, non par la crainte des peines de l'enfer, ni par l'espérance du ciel ; mais unique-ment à cause de ses perfections infinies ? - Ce qui doit nous porter à tant désirer et à tant demander au bon Dieu cette belle vertu, c'est qu'elle doit nous accompa-gner toute l'éternité. Bien plus, c'est la charité qui doit faire tout notre bonheur ; puisque la félicité des bienheu-reux consiste à aimer. Cette vertu si belle ; si capable de nous rendre heureux, même dès ce monde, voyons, M.F., si nous l'avons, et cherchons les moyens de l'ac-quérir.

I. - Si je demandais à un enfant : Qu'est-ce que la charité ? Il me répondrait : C'est une vertu qui nous vient du ciel, par laquelle nous aimons Dieu de tout notre cœur, et le prochain comme nous-mêmes par rapport à Dieu. - Mais, me demanderez-vous mainte-nant, qu'est-ce qu'aimer le bon Dieu par-dessus toutes choses, et plus que soi-même ? - C'est le préférer à tout ce qui est créé ; c'est être dans la disposition de perdre son bien, sa réputation, ses pa-rents et ses amis, ses enfants ; son mari ou sa femme et sa vie même, plutôt que de commettre le moindre péché mortel . Saint Augustin nous dit qu'aimer Dieu parfaitement, c'est l'aimer sans mesure, quand il n'y aurait ni ciel à espérer, ni enfer à craindre ; c'est l'aimer de toute l'étendue de son cœur. Si vous m'en deman-dez la raison, c'est que Dieu est infiniment aimable et digne d'être aimé. Si nous l'aimons véritablement, ni les souffrances, ni les persécutions, ni le mépris, ni la vie, ni la mort ne pourront nous ravir cet amour que nous devons à Dieu.
Nous sentons nous-mêmes, M.F., que si nous n'aimons pas le bon Dieu nous ne pouvons être que bien malheureux, très mal-heureux. Si l'homme est créé pour aimer le bon Dieu, il ne peut trouver son bonheur qu'en Dieu seul. Quand nous serions maîtres du monde, si nous n'aimons pas le bon Dieu, nous ne pouvons être que malheureux tout le temps de notre vie. Si vous voulez mieux vous en convaincre, voyez, interrogez les gens qui vivent sans aimer le bon Dieu. Voyez ces personnes qui abandonnent la fréquentation des sacrements et la prière, voyez-les dans quelque chagrin, quelque perte, hélas ! elles se maudissent, elles se tuent, ou meurent de chagrin. Un avare n'est pas plus content quand il a beaucoup que quand il a peu. Un ivrogne est-il plus heureux, après avoir bu le coup de vin où il croyait trouver tout son plai-sir ? Il n'en est que plus malheureux, Un orgueilleux n'a jamais de repos : il craint toujours d'être méprisé. Un vindicatif, en cher-chant à se venger, ne peut dormir ni le jour ni la nuit. Voyez en-core un infâme impudique qui croit trouver son bonheur dans les plaisirs de la chair : il va jusqu'à, je ne dis pas perdre sa réputa-tion, mais son bien, sa santé et son âme, sans cependant pouvoir trouver de quoi se contenter. Et pourquoi, M.F., ne pouvons-nous pas être heureux en tout ce qui semble devoir nous contenter ? Ah ! c'est que, n'étant créés que pour Dieu, il n'y a que lui seul qui pourra nous satisfaire, c'est-à-dire nous rendre heureux autant qu'il est possible de l'être sur cette pauvre terre. Aveugles que nous sommes, nous nous attachons à la vie, à la terre et à ses biens ! hélas ! aux plaisirs, disons mieux, nous nous attachons à tout ce qui est, capable de nous rendre malheureux !
Combien les saints, M.F., ont été plus sages que nous de tout mépriser pour ne chercher que Dieu seul ! Que celui qui aime véritablement le bon Dieu fait peu de cas de tout ce qui est sur la terre ! Combien de grands du monde, combien même de princes, de rois et d'empereurs, ne voyons-nous pas, qui ont tout laissé pour aller servir le bon Dieu plus librement dans les déserts ou dans les monastères ! Combien d'autres pour montrer au bon Dieu leur amour, sont montés sur les échafauds, comme des vainqueurs sur leurs trônes ! Ah ! M.F., que celui qui a le bonheur de se déta-cher des choses du monde pour ne s'attacher qu'à Dieu seul est heureux ! Hélas ! combien en est-il parmi vous qui ont vingt ou trente ans, et n'ont jamais demandé au bon Dieu cet amour qui est un don du ciel, comme vous le dit votre catéchisme. Dès lors, il ne faut pas nous étonner, M.F., si nous sommes si terrestres et si peu spirituels ! Cette manière de nous comporter ne peut nous conduire qu'à une fin bien malheureuse : la séparation de Dieu pour l'éternité. Ah ! M.F., est-il bien possible que nous ne vou-lions pas nous tourner du côté de notre bonheur qui est Dieu seul ! Quittons ce sujet, quoique si intéressant..... La charité fait toute la joie et la félicité des saints dans le ciel. Ah ! « beauté ancienne et toujours nouvelle, » quand est-ce que nous n'aimerons que vous ?
Si maintenant je demandais à un enfant : Qu'est-ce que la charité par rapport au prochain ? Il me répondrait : La charité pour Dieu doit nous le faire aimer plus que nos biens, notre santé, notre réputation et notre vie même ; la charité que nous devons avoir pour notre prochain doit nous le faire aimer comme nous-mêmes, de sorte que, tout le bien que nous pouvons désirer pour nous nous devons le désirer pour notre prochain ; si nous voulons avoir cette charité sans laquelle il n'y a ni ciel, ni amitié de Dieu à espérer. Hélas ! que de sacrements fait profaner ce défaut de cha-rité, et que d'âmes il conduit en enfer ! Mais que doit-on entendre par ce mot notre prochain ? Rien de plus facile à comprendre. Cette vertu s'étend à tout le monde, aussi bien à ceux qui nous ont fait du mal, qui ont nui à notre réputation, nous ont calomniés et qui nous ont fait quelque tort, même quand ils auraient cherché à nous ôter la vie. Nous devons les aimer comme nous-mêmes, et leur souhaiter tout le bien que nous pouvons nous désirer. Non seulement il nous est interdit de leur vouloir aucun mal, mais il faut leur rendre service toutes les fois qu'ils en ont besoin et que nous le pouvons. Nous devons nous réjouir quand ils réussissent dans leurs affaires, nous attrister quand ils éprouvent quelque dis-grâce, quelque perte, prendre leur parti quand on en dit du mal, dire le bien que nous savons d'eux, ne point fuir leur compagnie, leur parler même de préférence à ceux qui nous ont rendu quelque service : voilà, M.F., comment le bon Dieu veut que nous aimions notre prochain. Si nous ne nous comportons pas de cette manière, nous pouvons dire que nous n'aimons ni notre prochain, ni le bon Dieu : nous ne sommes que de mauvais chrétiens, et nous serons damnés.
Voyez, M.F., la conduite que tint Joseph envers ses frères qui avaient voulu le faire mourir, qui l'avaient jeté dans une ci-terne et qui l'avaient ensuite vendu à des marchands étrangers . Dieu lui restait seul pour consolateur. Mais comme le Seigneur n'abandonne pas ceux qui l'aiment, autant Joseph avait été humi-lié ; autant il fut élevé. Lorsqu'il fut devenu presque maître du royaume de Pharaon, ses frères, réduits à la plus grande misère, vinrent le trouver sans le connaître. Joseph voit venir à lui ceux qui avaient voulu lui ôter la vie, et qui l'auraient fait mourir si l'aîné ne les en eût détournés. Il a tous les pouvoirs de Pharaon entre les mains, il pourrait les faire prendre et les faire mourir. Rien ne pouvait l'en empêcher ; au contraire, il était même juste de punir des méchants. Mais que fait Joseph ?... la charité qu'il a dans le cœur lui a fait perdre le souvenir des mauvais traitements qu'il a reçus. Il ne pense qu'à les combler... il pleure de joie, il demande vite des nouvelles de son père et de ses autres frères ; il veut, pour mieux leur faire sentir la grandeur de sa charité ; qu'ils viennent tous auprès de lui pour toujours .
Mais, me direz-vous, comment peut-on connaître si l'on a cette belle et précieuse vertu, sans laquelle notre religion n'est qu'un fantôme ? D'abord, M.F., une personne qui a la charité n'est point orgueilleuse, elle n'aime point à dominer sur les autres ; vous ne l'entendrez jamais blâmer leur conduite, elle n'aime point à parler de ce qu'ils font. Une personne qui a la charité n'examine point quelle est l'intention des autres dans leurs actions, elle ne croit jamais mieux faire qu'ils ne font ; et ne se met jamais au-dessus de son voisin ; au contraire, elle croit que les autres font toujours mieux qu'elle. Elle ne se fâche point si on lui préfère le prochain ; si on la méprise, elle n'en est pas moins contente, parce qu'elle pense qu'elle mérite plus de mépris encore.
Une personne qui a la charité évite autant qu'elle peut de faire de la peine aux autres, parce que la charité est un manteau royal qui sait bien cacher les fautes de ses frères et ne laisse ja-mais croire qu'on est meilleur qu'eux.
2? Ceux qui ont la charité reçoivent avec patience ; et rési-gnation à la volonté de Dieu, tous les accidents qui peuvent leur arriver, les maladies, les calamités, en pensant que tout cela nous rappelle que nous sommes pécheurs, et que notre vie n'est pas éternelle ici-bas.
Dans leurs chagrins, dans leurs peines, dans leurs maladies ou dans les pertes de biens, vous les voyez toujours soumis à la volonté de Dieu, et jamais ils ne désespèrent, pensant qu'ils ac-complissent cette divine volonté.
Voyez le saint homme Job sur son fumier : n'est-il pas content ? Si vous me demandez pourquoi il ne se laisse pas aller au désespoir ? c'est qu'il a la charité dans l'âme, et qu'en se sou-mettant à la volonté de Dieu, il acquiert des mérites pour le ciel. Voyez encore le saint homme Tobie qui devint aveugle en ense-velissant les morts : il ne se désespère pas, et il est tranquille. Pourquoi encore cette tranquillité ? Il sait qu'il fait la volonté de Dieu et que dans cet état il le glorifie ...
En troisième lieu, je dis que celui-ci a la charité, qui n'est point avare et ne cherche nullement à amasser les biens de ce monde. Il travaille parce que le bon Dieu le veut, mais sans s'atta-cher à son travail ni au désir de thésauriser pour l'avenir ; il se re-pose avec confiance en la Providence qui n'abandonne jamais ce-lui qui l'aimé. La charité régnant dans son cœur, toutes les choses de la terre ne lui sont plus rien ; il voit que tous ceux qui courent après les biens de ce monde sont les plus malheureux. Pour lui, il emploie autant qu'il le peut, son bien en bonnes œuvres pour ra-cheter ses péchés et pour mériter le ciel. Il est charitable envers tout le monde et n'a de préférence pour personne ; tout le bien qu'il fait, il le fait au nom de Dieu, Il assiste le pauvre qui en a be-soin, qu'il soit son ami ou son ennemi. Il imite saint François de Sales, qui, ne pouvant faire qu'une aumône, la remettait à celui dont il avait reçu quelque peine, plutôt qu'à celui dont il était l'obligé. La raison de cette conduite c'est que telle action est beau-coup plus agréable à Dieu. Si vous avez la charité, n'examinez jamais si ceux à qui vous donnez vous ont fait quelque tort, ou dit quelque injure ; s'ils sont sages on non. Ils vous demandent au nom de Dieu, donnez-leur de même. Voilà tout ce qu'il faut faire pour que vos aumônes soient rendues dignes d'être récompensées.
Nous lisons dans la vie de saint Ignace, qu'un jour, étant pressé par quelque affaire, il refusa l'aumône à un pauvre Mais il courut bientôt après ce malheureux pour lui donner, et dès lors promit au bon Dieu de ne jamais refuser l'aumône, quand on la lui demanderait en son nom. Mais, pensez-vous, si l'on donne à tous les pauvres, on sera bientôt pauvre soi-même. Écoutez ce que le saint homme Tobie dit à son fils : « Ne retenez jamais le salaire des ouvriers, payez toujours le soir après qu'il ont travaillé ; et quant aux pauvres, donnez à tous si vous le pouvez. Si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez peu ; mais donnez toujours de bon cœur ; parce que l'aumône rachète les pé-chés et éteint les flammes du purgatoire » D'ailleurs nous pou-vons dire qu'une maison qui donne aux pauvres ne tombera ja-mais en ruine, parce que le bon Dieu ferait plutôt un miracle que de le permettre.
Voyez saint Antoine qui vend tous ses biens pour les donner aux pauvres, et qui va dans un désert où il s'abandonne entière-ment entre les mains de la Providence . Voyez un saint Paul, er-mite , un saint Alexis, qui se dépouillent absolument de biens, pour mener une vie pauvre et méprisée . Voyez un saint Sérapion, qui, non seulement vend tous ses biens et ses vêtements, mais qui se vend encore pour racheter un captif .
Combien nous sommes coupables lorsque nous ne faisons pas l'aumône, et que nous méprisons les pauvres, en les rebutant, en leur disant qu'ils sont des fainéants, qu'ils peuvent bien travail-ler !... M.F., faisons l'aumône autant que nous pouvons, parce que c'est la chose qui doit nous rassurer à l'heure de la mort, et si vous en doutez, lisez l'Évangile où Jésus-Christ nous parle du juge-ment : « J'ai eu faim, etc. » Voulez-vous laisser des enfants heu-reux et sages ? Donnez-leur l'exemple d'être aumônieux et chari-tables envers les pauvres, et vous verrez un jour que le bon Dieu les a bénis. C'est ce que comprenait sainte Blanche, disant : « Mon fils, nous serons toujours assez riches si nous aimons le bon Dieu, et si nous aimons à faire le bien à nos frères. »
Si nous avons vraiment la charité, cette vertu si agréable à Dieu, nous ne nous comporterons pas comme les païens qui font du bien à ceux qui leur en font, ou de qui ils en espèrent ; mais nous ferons du bien au prochain, dans la, seule vue de plaire à Dieu et de racheter nos péchés. Qu'on nous soit reconnaissant ou non, qu'on nous fasse du bien ou du mal, qu'on nous méprise ou qu'on nous loue : cela, ne nous doit rien faire : Il y en a qui agis-sent tout humainement. Ont-ils fait une aumône, ont-ils rendu service à quelque personne, si elles n'usent pas de réciprocité, cela les fâche, et ils se reprochent d'avoir été simples. Que vous êtes... Ou vous avez fait vos bonnes œuvres pour le bon Dieu, ou vous les avez faites pour le monde. Si vous les avez faites pour être es-timés et loués des hommes, vous avez raison de vouloir être payés de reconnaissance ; mais si vous les avez faites dans la seule vue de racheter vos péchés et de plaire à Dieu, pourquoi vous plain-dre ? C'est de Dieu seul que vous en attendez la récompense. Vous devez bien plutôt remercier le bon Dieu de ce que l'on vous paie d'ingratitude, parce que votre récompense sera bien plus grande. Ah ! que nous sommes heureux ! parce que nous aurons donné quelque petite chose, le bon Dieu nous donne le ciel en re-tour ! Nos petites aumônes et nos petits services seront donc bien récompensés. Oui, M.F., préférons toujours faire du bien à ceux qui ne pourront jamais nous le rendre, parce que s'ils nous le ren-dent nous risquons d'en perdre le mérite.
Voulez-vous savoir si vous avez la vraie charité ? En voici la marque : Voyez à qui vous préférez faire l'aumône ou rendre quelque service. Est-ce à ceux qui vous ont fait quelque peine,... ou à ceux qui vous sont unis, qui vous remercient ? Si c'est à ces derniers, vous n'avez pas la vertu de charité ; et vous n'avez point à espérer pour l'autre vie ; tout le mérite de ces bonnes actions est donc perdu . Je suis persuadé que si je voulais bien entrer dans le détail de tous les défauts dans lesquels on tombe sur ce point, je ne trouverais presque personne qui ait dans l'âme cette vertu toute pure et telle que Dieu la veut. Pour être récompensés dans tout ce que nous faisons pour le prochain, ne cherchons que Dieu, et n'agissons que pour lui seul. Que cette vertu est rare dans les chré-tiens ! Disons mieux, il est aussi rare de la trouver qu'il est rare de trouver des saints. Et quoi d'étonnant ? Où sont ceux qui la de-mandent à Dieu, qui font quelques prières ou quelques bonnes œuvres pour l'obtenir ? Combien ont vingt ans et peut-être trente, et ne l'ont jamais demandée ? La preuve en est bien convaincante. L'ont-ils demandée ceux qui n'ont que des vues humaines ? Voyez vous-même quelle répugnance vous avez à faire, de suite, du bien à celui qui vient de vous faire quelque tort ou quelque injustice. Ne conservez-vous même pas une certaine haine ou, du moins, une certaine froideur à son égard ? A peine le saluez-vous, et consentez-vous à lui parler comme à une autre personne. Hélas ! ô mon Dieu ! que de chrétiens mènent une vie toute païenne, et se croient encore de bons chrétiens : Hélas ! combien vont être dé-trompés quand le bon Dieu leur fera voir ce qu'est la charité, les qualités qu'elle devait avoir pour rendre méritoires toutes leurs actions.
4? Il n'est pas nécessaire de vous montrer qu'une personne qui a la charité est exempte du vice infâme de l'impureté, parce qu'une personne qui a le bonheur d'avoir cette précieuse vertu dans l'âme, est tellement unie au bon Dieu, et agit si bien selon sa sainte volonté, que le démon de l'impureté ne peut point entrer dans son cœur. Le feu de l'amour divin embrase tellement ce cœur, son âme et tous ses sens, qu'il la met hors des atteintes du démon de l'impureté. Oui, M.F., nous pouvons dire que la charité rend une personne pure dans tous ses sens. O bonheur infini, qui te comprendra jamais !...
5? La charité n'est point envieuse : elle ne ressent point de tristesse du bien qui arrive au prochain, soit au spirituel, soit au temporel. Vous ne verrez jamais une personne qui a la charité, être fâchée de ce qu'une autre réussit mieux qu'elle, ou de ce qu'elle est plus aimée, plus estimée. Bien loin de s'affliger du bonheur de son prochain, elle en bénit le bon Dieu. - Mais, me direz-vous, je ne suis pas fâché de ce que mon prochain fait bien ses affaires, de ce qu'il est bien riche, bien heureux. Convenez ce-pendant avec moi que vous seriez plus content que cela vous arri-vât plutôt qu'à lui. - Cela est encore vrai. - Eh bien ! si cela est, vous n'avez pas la charité telle que le bon Dieu veut que vous l'ayez, comme il vous le commande, et pour lui plaire .....
6? Celui qui a la charité n'est point sujet à la colère, car saint Paul nous dit que la charité est patiente, bonne, douce pour tout le monde . Voyez comme nous sommes loin d'avoir cette charité. Combien de fois pour un rien nous nous fâchons, nous murmu-rons, nous nous emportons, nous parlons avec hauteur, et nous restons en colère pendant plusieurs jours !... Mais, me direz-vous, c'est ma manière de parler ; je ne suis pas fâché après. - Dites donc plutôt que vous n'avez pas la charité, qui est patiente, douce, et que vous ne vous conduisez pas comme un bon chrétien. Dites-moi, si vous aviez la charité dans l'âme, est-ce que vous ne sup-porteriez pas avec patience, et même avec plaisir, une parole que l'on dira contre vous, une injure, ou si vous voulez, un petit tort que l'on vous aura fait, ? - Il attaque ma réputation. - Hélas ! mon ami, quelle bonne opinion voulez-vous qu'on ait de vous après que vous avez tant de fois mérité .... ? Ne devons-nous pas nous regarder comme trop heureux que l'on veuille bien nous souffrir parmi les créatures, après que nous avons traité si indignement le Créateur ?... Ah ! ! M.F., si nous avions cette charité, nous serions sur la terre presque comme les saints qui sont dans le ciel ! Qui donc sait d'où nous viennent tous ces chagrins que nous éprou-vons, aussi bien les uns que les autres ; et pourquoi y en a-t-il tant dans le monde qui souffrent toutes sortes de misères ? Cela vient de ce que nous n'avons pas la charité.
Oui, M.F. ; la charité est une vertu si belle, elle rend tout ce que nous faisons si agréable au bon Dieu, que les saints Pères ne savent de quels termes se servir pour nous en faire connaître toute la beauté et toute la valeur. Ils la comparent au soleil qui est le plus bel astre du firmament, et qui donne aux autres toute leur clarté et leur beauté. Comme lui, la vertu de charité communique à toutes les autres vertus leur beauté et leur pureté, et les rend mé-ritoires et infiniment plus agréables à Dieu. Ils la comparent au feu qui est le plus noble et le plus actif, de tous les éléments. La charité est la vertu la plus noble et la plus active de toutes : elle porte l'homme à mépriser tout ce qui est vil, méprisable et de peu de durée, pour ne s'attacher qu'à Dieu seul et aux biens qui ne doivent jamais périr. Ils la comparent encore à l'or qui est le plus précieux de tous les métaux, et fait l'ornement et la beauté de tout ce que nous avons de riche sur la terre. La charité fait la beauté et l'ornement de toutes les autres vertus ; la moindre action de dou-ceur ou d'humilité, faite avec la charité dans le cœur, est d'un prix qui surpasse tout ce que nous pouvons penser. Le bon Dieu nous dit dans l'Écriture sainte que son épouse lui avait blessé le cœur par un cheveu de son cou ; pour nous faire comprendre que la moindre bonne œuvre faite avec amour, avec la charité dans l'âme, lui est si agréable, qu'elle lui perce le cœur. La moindre ac-tion, quelque petite qu'elle soit, lui est toujours très agréable, puisqu'il n'y a rien de si petit que les cheveux de cou. O belle ver-tu ! que ceux qui vous possèdent sont heureux ; mais, hélas ! qu'ils sont rares !... Les saints la comparent encore à la rose qui est la plus belle de toutes les fleurs, et très odoriférante. De même, nous disent-ils, la charité est la plus belle de toutes les ver-tus ; son odeur monte jusqu'au trône de Dieu. Disons mieux, la charité nous est aussi nécessaire pour plaire à Dieu et pour rendre toutes nos actions méritoires, que notre âme est nécessaire à notre corps. Une personne qui n'a pas la charité dans le cœur est un corps sans âme. Oui, M.F., c'est la charité qui soutient la foi et qui la ranime ; sans la charité, elle est morte. L'espérance, comme la foi, n'est qu'une vertu languissante qui, sans la charité, ne durera pas longtemps.

II. - Comprenons-nous maintenant, M.F., la valeur de cette vertu et la nécessité de la posséder pour nous sauver. Ayons au moins le soin de la demander tous les jours à Dieu, puisque, sans elle, nous ne faisons rien pour notre salut. Nous pouvons dire que lorsque la charité entre dans un cœur, elle y mène avec elle toutes les autres vertus : c'est elle qui purifie et sanctifie toutes nos ac-tions ; c'est elle qui perfectionne l'âme ; c'est elle qui rend toutes nos actions dignes du ciel. Saint Augustin nous dit que toutes les vertus sont dans la charité, et que la charité est dans toutes les ver-tus. C'est la charité, nous dit-il, qui conduit toutes nos actions à leur fin, et qui leur donne accès auprès de Dieu. Saint Paul, qui a été et qui est encore la lumière du monde, en fait tant de cas et tant d'estime, qu'il nous dit qu'elle surpasse tous les dons du ciel. Écrivant aux Corinthiens, il s'écrie : « Quand même je parlerais le langage des anges, si je n'ai pas la charité, je suis semblable à une cymbale qui retentit, et ne produit qu'un son. Quand j'au-rais le don de prophétie, et tant de foi que je pourrais transporter les montagnes d'un endroit à l'autre, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je donnerais tout mon bien aux pauvres et que je li-vrerais mon corps aux souffrances, tout cela ne servirait de rien si je n'ai pas la charité dans mon cœur, et si je n'aime pas mon pro-chain comme moi-même » Voyez-vous, M.F., la nécessité où nous sommes de demander au bon Dieu, de tout notre cœur, cette incomparable vertu, puisque toutes les vertus ne sont rien sans elle ?

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